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Une nuit en salle d'accouchement parmi tant d'autres... Mais celle-ci m'aura particulièrement coûté en sérénité ! La faute à un insouciant et farfelu "projet de naissance"...
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Seitenzahl: 27
Veröffentlichungsjahr: 2022
Il ne faisait pas très beau ce soir-là, mais j’avais pourtant la volonté de me rendre à mon travail en bicyclette.
Loin des raisons écologiques bienpensantes ou économiques, mon léger surpoids constituait une motivation suffisante pour enfourcher mon vélo avant une garde de nuit.
La première partie du trajet, un peu ennuyeuse, consistait à descendre ce long faux plat vers le centre-ville, souvent avec le vent de face, ce qui, en cas de surpoids est fort désagréable.
S’en suivait une reposante petite balade sur les pavés du centre-ville, puis le long de la rivière.
Commençait ensuite une pénible ascension, surnommée par mes soins « le col de l’hôpital ». Je l’abordais toujours motivé, en danseuse, sur un rythme sûr et régulier, sans l’aide d’une batterie.
Une fois le col atteint, se présentait l’Hôpital, un édifice en béton d’une autre époque, surplombant la ville.
Mon vélo sécurisé, j’allais pour prendre mon poste de nuit en salle d’accouchement, de vingt heures la veille à huit heures le lendemain matin.
Comme d’habitude, je ne savais pas ce qui m’attendait en garde mais j’étais serein, avec quelques calories en moins.
Ce soir-là, J’ai relevé ma collègue de jour : on a discuté, on a un peu déconné, puis elle est partie.
La garde a commencé calmement avec deux patientes en travail à prendre en charge jusqu’au retentissement répétitif de la Sonnette.
Porteuse de beaucoup d’angoisse pour les collègues fainéants, ou d’espoir pour les rares hystériques, la Sonnette et sa mélodie stridente et récurrente pourrait rapidement transformer le plus apaisé des moines tibétains en un redoutable déséquilibre, ou ranimer le plus léthargique des parlementaires.
Qui est-ce ?
Qu’est-ce que c’est ?
Qu’est ce qui m’attend ?
Je suis occupé, qui va aller répondre ?
Bordel, ça ne va pas s’arrêter de sonner ?!
Une auxiliaire de puériculture partie répondre et accueillir la patiente est revenue avec un dossier en s’amusant :
« les grosses chaussettes dans les tongs ! C’est sûr, c’est une « bio » et elle a un projet de naissance ! ».
Elle venait de prononcer ces mots qui, je l’avoue, me contrarient et m’oppressent : « bio »,« Projet de Naissance ».
Bien entendu, c’est toujours plaisant de discuter et prendre en charge un couple qui s’investit et qui veut être actif pour la naissance et l’accueil de leur nouveau-né.
Pourtant, à la différence de certaines de mes collègues enjouées par les fantaisies obstétricales, je ne suis pas un adepte des projets de naissance.
Plutôt ouvert d’esprit, je ne m’oppose pas au respect de certains rituels, ou à une façon moins médicalisée de prendre en charge l’accouchement, mais je ressens un malaise lorsqu’un couple m’impose la façon dont je dois exercer mon métier alors qu’il n’a aucune compétence dans le domaine.
« Projet », est le mot qui nous fou dedans.
Il invite les patientes à se projeter, comme si elles maitrisaient tous les paramètres de la naissance, plaçant l’opinion de chacun dans le domaine de la santé, mettant en en doute le Savoir.
Ce mot induit tous les acteurs en erreur.
Les patientes tout d’abord, qui plient la réalité à leur désir (refus de certaines conduites à tenir, d’actes ou de surveillance). En leur demandant de se projeter, nous risquons de les emprisonner dans une forme d’ignorance.
Les patientes sont aussi susceptibles d’être mises en insécurité en n’étant pas préparées à la difficulté du réel, aux contraintes de la situation clinique auxquelles elles peuvent être soudainement confrontées.
