Le voyage de Nambu - Tome 2 - Tony Hemery - E-Book

Le voyage de Nambu - Tome 2 E-Book

Tony Hemery

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Beschreibung

Lorsque l'incertitude de la vie se dissipe, le destin dévoile une lumière prodigieuse. Sur cette voie, Nambu s'ouvre à sa vérité profonde et découvre comment cultiver son jardin intérieur afin que se révèle l'immensité de son être. Dans ce parcours initiatique, il comprendra comment se libérer des expériences qui limitent le talent et la providence. Nambu est maintenant prêt à la voie de l'éclaireur : le regard de l'âme. Mais lorsque l'esprit de la vie offre, il est sans mesure et au delà de l'espérance timide. Dans cet enthousiasme, des grands changements se profilent. Mais surtout, une rencontre au delà de tout espoir, lui offrira ce que le coeur, dans ses secrets, attend...


À PROPOS DE L'AUTEUR


Tony Hemery réside dans le département des Alpes Maritimes. De part ses expériences d'éveil, il est un voyageur de l'esprit, sensibilisé par la compréhension des énergies profondes en lien avec nos émotions. Ses recherches se portent sur les états modifiés de conscience et le voyage de l'esprit.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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LE VOYAGE DE NAMBU

LE REGARD DE L’ÂME

Livre 2

TONY HEMERY

« D'un éclair éphémère, saisir l'éternité de l'âme ».

Résumé du tome 1 : Le Voyage de Nambu.

« Cette conversation m’avait un peu boulversé. J’avais l’impression d’avoir jusque-là cohabité avec moi-même sans jamais vivre réellement. Je possédais enfin les connaissances nécessaires pour me découvrir. » Une déclaration qui résonne comme le franchissement d’un cap pour Nambu, comme le début d’une nouvelle étape. Et pour cause… Après sa discussion avec celui qui l’a recueilli : maître Oktan, le jeune homme est en effet invité à l’accompagner au chevet de Dame Kenata que l’on dit souffrante de l'âme. Une femme frappée par la destinée, qu’Oktan souhaite que son disciple rencontre au terme de leur voyage. Un périple par villes, temples et montagnes, qui se doublera d’une dimension spirituelle pour Nambu… Au travers de tête-à-tête, de confidences ou de dialogues, au contact de sagesses par d’autres prodiguées, l’apprenti éclaireur ne cessera ainsi de se rapprocher de l'essence secrète et de la sérénité espérée.

Durant le périple du tome 2, Nambu livrera quelques clefs d'expériences de méditation, afin de permettre à celui qui écoute son cœur, un nouveau regard sur la vie.

Loin des multiples méthodes qui s'offrent à vous, Tony Hemery propose l'expérience intérieure dans la simplicité.

Etre proche de soi permet de se comprendre afin de s'approprier chaque instant et révéler l'essence initiale qui sommeille en chacun.

Prologue

 

 

Parole de Nambu...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'appel du maitre

 

 

"Maintenant, je vois, je suis là."

 

Le grand esprit est en moi, je suis libre de choisir mon chemin.

Maintenant, je vois, je suis là.

 

Je suis Nambu Hyegesa, éclaireur, appelé par mon maître de lignée.

Était-ce ma destinée ? A cette époque, je ne pouvais répondre à cela. Loin de cette interrogation, le sage Oktan m'a choisi pour mes qualités : la maitrise de soi, mais aussi l'écoute de la vie intérieure qui invite à avancer et à se remettre en question.

 

Complet et nourri, je vois en haut, en bas. Dans l'espace illimité de cette vision, tous les possibles s'accomplissent.

 

Je suis le regard de l'âme, je suis ma destinée.

 

 

 

Ouseba

 

 

« L’être que nous recherchons existe déjà au fond de nous. Il suffit de le regarder ».

 

Les chemins de l'amour s'avèrent souvent étonnants. La vie, comme joueuse, nous donne différentes clefs pour nous mener à ce destin.       

 

Malgré la richesse des masques et l'éventail des émotions livrées, l'amour ressemble bien à l'amour. En manquer ou en avoir à profusion ne laisse jamais indifférent : il prend, abandonne, va et vient, demeure, interpelle, interroge, nourrit, ou blesse suivant l'aventure qu'il nous fait vivre. Étincelle de vie ou extinction jusqu’à la mort, à son contact, nous révélons différents visages : l'amour transforme.

 

L'amour est-il si important pour que l'homme soit prêt à changer afin de le rencontrer ? Mais finalement, l'homme change t-il vraiment ?

L'amour est-il assez patient, le veut-il vraiment, ou demande t-il simplement à exister ?

 

Je désirais me confier, mais je n'étais pas en présence des êtres chers qui m'entouraient habituellement. Je l'avoue aussi, je souhaitais connaître la vision d’Ouseba sur l'amour. Cette curiosité me titillait. Vraisemblablement, cet homme plutôt rustre et solitaire ne semblait pas avoir grand-chose à dire à ce sujet. Presque sans préjugé, je souhaitais "creuser" davantage ce personnage.

 

- Ouseba, pourquoi l'homme est-il en recherche continuelle d'amour ?

- L'homme ne cherche que lorsqu'il se cherche.

 

Assis face à moi, il restait fidèle à sa nature. Aussi évidente qu'évasive, sa réponse me laissait dans l'étrangeté.

Je ne comptais pas en rester là, et je tentai donc une nouvelle approche.

- C'est vrai, d'un regard plus profond, on peut s'apercevoir de l'influence que peut avoir sur nous l'esprit de recherche.

 

- C'est en soi, il génère ce qu'il produit : la recherche.

 

Je ne sais pas s’il le faisait exprès, ou si la digestion matinale tardait dans l'accomplissement de son œuvre. Cette dernière pensée s'éteignit au moment où il reprit de la viande séchée et la déchira d'un trait net, laissant apparaître une dentition épaisse et parfaitement alignée. Comme pris d'un élan de conversation, le maître commença à libérer sa parole pour compléter sa réponse.

 

- Sous un profil intéressé, chacun convoite l'objet de ses désirs, comme s'il en attendait de merveilleux présents qui le rendraient absolument heureux. Cela peut être de l'amour... ou bien de l'admiration. L'homme est très attaché et dépendant de ces richesses, qu'il aimerait vivre à travers le regard de l'autre. Mais ce qu'il souhaite réellement, c'est remplir cette solitude béante qui l'isole de lui-même. L'intérêt serait plutôt de se tourner vers notre cœur. En révélant sa qualité initiale, la pauvreté disparaît. Le sens est plutôt de soi vers l'autre. S’orienter vers notre profondeur réveille l'essence de notre être. Nous grandissons en connaissance, mais surtout, nous sommes réellement honnêtes quant à nos échanges avec l'autre. Nous exprimons l'authenticité.

Propre à la lenteur des gens de la montagne, Ouseba ponctuait par de grands silences chacune de ses phrases.

Je comprenais peu à peu le sens de son langage.

 

- Donc, la première chose serait de se libérer de l'esprit de recherche en comprenant honnêtement ce que nous désirons donner. Cela permettrait de dépasser nos limites et ainsi, de grandir. En agissant dans ce sens, notre cœur se libère de l'inquiétude. Lorsque l'amour et la peur empruntent le même chemin, l'être perd ses repères et s'oublie dans ses pensées, jusqu'à ne plus savoir ce qu'il est. Dès que la peur domine, l'amour devient illusion.

 

- C'est cela ! L’être que nous recherchons existe au fond de nous. Il suffit de le regarder, de lui offrir notre présence. Il révèle ensuite la sienne. Cette conscience unie rapprochera l'être aimé dans notre vie !

 

- L'état de confiance est-il nécessaire ?

 

- Par la pratique, la confiance s'installe et nous libère de nos propres doutes.

 

- Cette démarche amène un temps intermédiaire, qui laisse parfois un sentiment de vide.

 

- Comme tu le dis, c'est un sentiment.

 

- C'est ce que je ressentais au début de ma pratique.

 

- La recherche continuelle peut rendre l’Homme malheureux. Je l’invite à pratiquer un petit exercice qui lui permettra de s’intéresser à sa situation. Il commence en regardant en lui le lieu où se manifeste le manque d'amour.

Par la présence tournée vers soi, l'esprit sera nourri et clarifié. Cette habitude ouvre la porte sur des messages profonds, nous nous rapprochons de notre réalité intérieure. Nous pouvons ressentir des impressions. Cela peut être une forme, une ombre, un corps, des cheveux, des vêtements ou tout rêve de vie que nous attendons profondément, un message qui apaise. Quelquefois, une belle présence nous laisse dans une joie sereine, comme si lentement on s'ouvrait à l'être que l'on attend.

 

- Cette visualisation mène à une meilleure compréhension.

 

- Patients et honnêtes, nous traversons le vide jusqu'à la réalisation. Dans l'esprit d'ouverture, toutes sortes de visions peuvent apparaître. Prenons garde de ne pas créer notre désir et livrer ainsi une joie éphémère au cœur meurtri. La route peut être longue, mais nous progressons jusqu'au but: révéler et vivre l'amour auprès de ceux à qui nous sommes réellement destinés.

 

Kajero venait de se réveiller. Depuis peu, il prenait part à notre conversation. Intéressé, il questionna Ouseba.

 

- Quel est cet endroit où nous mettons nos pensées ?

 

- Cet endroit est un espace que chacun possède. Il est à la fois personnel et commun. Personnel, car nous y voyons nos pensées s'accumuler jour après jour. Dans ce lieu vivent aussi les énergies transmises par nos parents. Nos émotions réagissent selon ces connaissances. C'est aussi le domaine des rêves qui retransmettent ce que nous vivons quotidiennement mais nous n'en percevons consciemment qu'une infime partie. Il est aussi commun, car toutes les personnes intéressées y ont partiellement accès.

Elles peuvent y trouver certaines essences et caractéristiques. Cette compréhension se fait par le filtre de leur propre espace. Ce lieu est le siège de notre vie, il possède un grand pouvoir.

Tourner notre regard vers son sens développe une meilleure compréhension de nous et de ce qui nous entoure. Est-ce que tu peux voir l'endroit où se forment tes rêves ?

 

- Oui, je rêve souvent, mais ce n'est pas la réalité ?

 

- Quand tu dors, n'es-tu pas dans une autre réalité ? Pourtant, tu en retires des ressentis et des expériences. Tu pourrais t'intéresser à ce moment, car tu y reviens toutes les nuits, ce n'est pas anodin. Dormir n'est pas un hasard ! Le sommeil a une grande influence sur ta vie. Est-ce que tu te rappelles d'un rêve effectué dernièrement, ou bien un rêve que tu n'as pas oublié ?

 

- Oui, parfois, je rêve d'une jeune fille, et celui-là, je ne l'ai pas oublié. Par moments, lorsque je repense à ce rêve, je suis encore amoureux.

 

Ouseba gardait le regard baissé. Un léger sourire sur la commissure des lèvres révélait discrètement la pudicité de ses sentiments. L'homme de la taverne sous son aspect le plus rude était ému de la spontanéité du jeune garçon. Ouseba lui répondait avec attention. Sa délicatesse et ses mots choisis pour l'enfant révélaient qu'ils avaient beaucoup à apprendre l'un de l'autre.

La richesse de cette sensibilité envahissait progressivement mon être, je baissai à mon tour les yeux.

 

- Lorsque tu te rappelles d'un rêve et le compares à la pensée courante, tu constates qu'il se trouve un peu plus loin, comme s'il venait de plus haut. L'as-tu remarqué ?

- Oui, c'est vrai, je n'avais jamais fait attention à cela.

 

- C'est de cet endroit que nous pourrons commencer à travailler. Ainsi, tes rêves révèleront ta réalité par la conscience de ce qui vit en toi.

 

Ouseba se leva pour se diriger vers la pièce de méditation, puis subitement fit demi-tour.

 

- Aujourd'hui, nous descendrons en ville pour y passer quelques jours. Je dois parler à ton père. Quant à toi, Nambu, tu rencontreras quelques personnes, afin de poursuivre ta voie d'éclaireur.

 

Comme pris d'un élan d'organisation, l'attitude d'Ouseba avait changé, nous disant ce que nous allions faire. J'avais l'impression qu'une armée de trois hommes allait descendre des montagnes pour assaillir la ville. En bon général, Ouseba nous donnait les dernières instructions. L'homme, trop habitué à la montagne, ne savait plus comment se comporter et commençait à perdre ses repères bien installés. Il souhaitait faire avancer notre mission et peut-être retrouver cette sérénité qui semblait s'épuiser au fond de lui...

 

Il restait beaucoup à faire. Le nouveau grand projet était de former Kajero. Je comprenais qu'Ouseba devrait plonger dans ses limites. Pour ce travail , je l'épaulerais. Oktan ne m'avait pas seulement fait venir ici pour apprendre, je devais aussi donner l'enseignement de mon maître.

Un sentiment de compassion s'orienta vers Ouseba. Cet homme avait dû faire beaucoup d'efforts pour rencontrer « les autres ». Évidemment, c'est pour cela qu'il se réfugiait à chaque saison chaude au sommet. Le climat rafraîchissant n'était finalement qu'une excuse.

Mes pensées revinrent vers la ville, comme la remémoration d'une multitude d'aventures vécues.

La première était mon entrevue avec l'instructeur. Où en était-il depuis notre rencontre ? La plus importante était pour moi celle qui me nourrissait d'un sentiment d'amour et d'unité. En fait, Ina me manquait. Je souhaitais revivre notre rencontre, encore et encore, je repensais à notre soirée et au premier moment où je la vis entrer au casernement. Quand rentrerait-elle au palais ? Elle et moi avons ce point commun : nous vivons au service de notre cause. Aussi différente soit-elle, je sens que bientôt cela nous rassemblera, c'est une question de temps, j'ai confiance en notre histoire, nous ne sommes pas séparés. Je sais aussi que nos vies respectives nous ont projetés face à face, afin que nous nous reconnaissions et sachions que nous sommes destinés l'un à l'autre. Mais la vie a décidé que nous finissions ce pourquoi nous sommes ici. D'apparence j'étais seul, pourtant mon cœur demeurait rempli de sa présence. Souvent, son parfum surgissait, comme si Ina me rappelait son existence... Je restais à rêver.

 

C'était évident, j'avais encore beaucoup à faire dans cette nouvelle vie, je ressentais maintenant l'essence de ma destinée. La vie d'éclaireur commençait à s'installer paisiblement en moi, j'y trouvais ma place.

 

Les pas d'Ouseba mirent fin à ma rêvasserie du moment, nous devions partir.

 

 

•      

 

À distance de la maison de Kajero, j'aperçus au loin le vieillard, toujours "posé" devant la porte. Il regarda dans notre direction, puis, subitement disparut !

Quelques instants plus tard, le père du jeune homme sortit et attendit devant l'entrée, sa mère vint bientôt le rejoindre. Un jeune voisin avança vers nous, s'inclina, puis prit en charge le mulet que Kajero lui abandonna avec étonnement.

Au seuil de l'entrée, le père tomba littéralement au sol pour se prosterner aux pieds d'Ouseba. La mère restait en retrait, le corps incliné. L'atmosphère était plutôt chargée, nous étions attendus. Le père nous invita à entrer. L'intérieur n'avait pas changé : les tables basses posées sur les vieux tapis où reposaient les coussins aux multiples couleurs passées. Le vieillard avait pris congé. Nous nous installâmes, le père semblait gérer sans délai la réception. Kajero venait de changer de statut, il était assis à côté d'Ouseba, face à son père. Sa mère posa des collations avant de disparaître aussitôt. Malgré l'incessante descente, le voyage justifiait notre appétit, mais surtout notre soif.

 

Ouseba ne changea pas ses manières et en vint très rapidement au fait de sa visite. Il venait récupérer le garçon et informait le père que le jeune remonterait au sommet dans trois jours. Durant ce temps, Ouseba resterait au temple de la ville. Au terme de l'annonce, le père resta un moment en flottement. En un éclair, il se ressaisit, recula puis relança à maintes reprises ses remerciements, touchant presque le bol resté devant lui avec son front. À cet instant, un flot de pensées me traversa, je ne souhaitais pas rester durant tout ce temps au temple. Je me rendrai au casernement et à l'école pour rendre visite à l'instructeur et surtout prendre des nouvelles d'Ina.

 

Kajero était resté auprès de sa famille. Ouseba et moi marchions vers le centre ville. Chaque pas me rapprochait un peu plus de mon histoire. Le temple se trouvait à proximité du centre d'instruction. L'édifice était surélevé par de grandes pierres de taille blanches, sur lesquelles reposaient d'immenses colonnes de pierres sculptées. L'accès principal donnait sur une impressionnante bâtisse en bois de couleur rouge et blanche.

Le toit, assemblé de tuiles bleu foncé, était patiné par le temps.

 

À l'entrée, un moine en robe noire nous dirigea vers l'étage. Il tenait à la main un petit collier de pierres ocre, qu'il faisait passer une à une entre ses doigts. Les vibrations sempiternelles des gongs, mêlées aux voix graves des moines en prière, annonçaient la cérémonie du matin.

Nous empruntions un long couloir lorsque l'homme se retou-rna, nous indiquant, sans mot, de l'attendre à cet endroit. Quelques instants plus tard, la paroi recoulissa, le moine ressortit cérémonieusement et s'inclina, attendant passivement notre entrée.

Dans cette pièce, un moine d'un âge très avancé était assis, rehaussé sur une chaise basse en bois, le corps affaissé.

Il portait une coiffe de couleur orangée et or, son regard rempli de compassion se posa tout d'abord sur Ouseba puis sur moi, d'une intensité égale.

Ouseba s'avança et s'inclina à genoux, je m'exécutai à mon tour. Le vieillard posa sa main sur la tête d'Ouseba puis sur la mienne. Le regard au sol, nous restions silencieux.

Tel un chat qui demande une caresse supplémentaire, Ouseba s'approcha encore un peu du vieillard, qui en signe d'acquiescement lui frotta doucement la tête et ce fut tout.

À ce simple geste, je compris qu'un lien fort les unissait. Nous échangeâmes un dernier regard, puis nous reprîmes le chemin inverse. La porte s'ouvrit et nous ressortîmes.

Je restais sur l'étrangeté du moment.

 

À peine plus loin, le moine nous invita à entrer dans une pièce sobrement décorée de couleurs identiques au temple.

Le moine referma doucement la porte derrière notre passage.

 

Alors que nous étions assis sur la natte, je remarquai le trouble d'Ouseba. Il ne souhaitait pas préserver son énigme et m'expliqua que, durant sa jeunesse, l'homme s'était occupé de son éducation. Il ajouta que le vieillard se préparait maintenant au grand voyage. Ouseba souhaitait l'accueillir pour son retour au monde de l'âme. Je comprenais à présent l'importance de son investissement, et des sentiments qui les unissaient. Nous restâmes assis un long moment. Je profitais de cette expérience et appréciais la richesse d'Ouseba, intérieurement ému par cette confidence partagée.

Il commençait à naître entre nous une histoire singulière et pour cela aussi je le remerciais.

 

Une question cependant me taraudait : comment Ouseba avait-il su que le vieillard signait ses derniers jours, alors qu'il n'était pas descendu du mont Kera depuis plusieurs mois ? Je n'osais pas le questionner car l'instant était au recueillement.

 

Après un long moment, Ouseba se leva et m'invita à le suivre. Nous allâmes nous promener dans l'enceinte du temple.

 

- Maître, comment avez-vous été informé que le moine souhaitait vous rencontrer ?

 

- Nous nous sommes rencontrés lors d'un voyage en esprit. Il souhaitait que je l'accueille à son arrivée. Je suis venu lui rendre visite afin de le réconforter avant son départ. Tu comprends ce domaine, le monde des esprits ?

 

- Je tends vers cet objectif. Je pratique afin de l'expérimenter, c'est mon souhait.

 

- Cet instant approche, tu devras toi aussi voyager en esprit. Nous débuterons ta formation dès notre retour au mont Kera.

- Est-ce que je peux demander où se rendra le moine, lorsque son esprit quittera son corps ?

 

- Bien sûr, je dois te répondre à cela. Lorsque tu rejoins ce monde, tu peux être accueilli par des proches, ta famille ou parfois par des éclaireurs. Tout dépend de tes choix profonds. Cela, tu le découvres au moment venu. Dans ce cas particulier, j'accueillerai Soulema et le présenterai à notre communauté. Il sera formé par Kajero.

 

- Mais quel est le rôle d'un éclaireur dans le monde de l'âme ?

 

- Dans le monde des esprits, une personne peut désirer être enseignée, jugée ou bien, être formée par un éclaireur pour y renaître et faire une vie où elle sera à son tour éclaireur.

 

- Être jugée ?

 

- Cela paraît étrange, mais l'éclaireur n'a pas d'idée préconçue, il est le miroir de nos croyances profondes. Lorsque nous finissons ici, nous sommes encore envahis d'idées ou de concepts. Pour y voir clair, l'éclaireur peut intervenir. Lorsque l'on entend le mot jugement, on pense souvent punition. Mais il n'en est rien, c'est surtout un juste retour sur soi, au-delà des croyances qui emprisonnent. Cette réelle vision libère pour avancer.

 

- Comment s'effectue la rencontre avec l'éclaireur dans le monde de l'âme ?

 

- Pour te répondre, je peux te raconter ma propre expérience. Lors d'un séjour dans ce pays, je souhaitais pénétrer dans une pièce, fermée par une porte, je n'arrivais pas à l'ouvrir. À force d'insister, je sentais en moi diverses émotions. Puis, alors que je ne m'y attendais pas, un homme s'est mis entre moi et la porte. Je lui ai dit que je souhaitais pénétrer à l'intérieur et que je désirais qu'il m'aide. Ce qui s'est passé est alors invraisemblable. Son visage s'est alors transformé devant moi jusqu'à devenir une sorte de lumière, une flamme où s'est reflétée ma conscience. J’ai vu défiler ma propre vie, mais le plus important est ce que j'en ai ressenti, j'avais la pleine connaissance de ce que j'étais réellement, avec mes avantages et mes limites. J’ai vécu cela avec une intensité profonde. Mes limites n'étant que moi-même, j'ai compris que je n'étais pas prêt à ouvrir cette porte.

 

- Est-ce que j'ai fait le choix d'être éclaireur dans le monde de l'âme ?

 

- Bien sûr ! Pour être éclaireur ici, il faut être enseigné dans le monde de l'âme. Ta rencontre a souvent lieu avec le maître qui t'a enseigné en haut. Mais c'est avant tout un destin que tu accomplis lorsque tu es prêt.

 

- Mais pourquoi un moine souhaiterait-il être éclaireur ?

 

- Être éclaireur est particulier. Tu peux appartenir ou te former à d'autres écoles et être éclaireur. Au pays des âmes, cela nous permet d'accéder à plusieurs mondes différents. Lorsque tu te libères de ton corps, l'âme se dirige naturellement vers son lieu de croyance. L'éclaireur a aussi ses missions dans ce monde, il peut aider à intégrer ou libérer certaines croyances. Nous pouvons tous devenir éclaireur. Pour certains, le chemin sera de se libérer des croyances qui entravent l'enseignement.

 

Je commençais à comprendre ce fameux monde de l'âme, je le pressentais d'une immensité que je ne pouvais encore réaliser complètement.

J'avais maintenant hâte de remonter au mont Kera pour commencer mon enseignement.

Ouseba me demanda si je dormais au temple, je lui répondis que non. Il m'informa que je devrais rencontrer une personne durant mon séjour. Joignant le geste, il me donna une lettre à remettre.

De son côté, il resterait près de Soulema afin de l'accompagner pour son grand voyage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Expérience de méditation

 

«  Je m'ouvre à mon espace intérieur  ».

 

Les yeux fermés, écoutez tranquillement votre respiration, laissez-la vivre son cycle naturellement.

 

Restez ainsi un moment afin de vous recentrer en portant votre attention sur votre intériorité.

 

Tout en gardant les yeux fermés, levez votre bras tendu, aisément, sans le crisper, à hauteur de vos yeux.

 

Regardez l'espace à cet endroit, où se trouve votre main.

 

Comme vous pouvez le constater, l'espace que vous regardez est maintenant un peu plus loin que votre espace habituel, restez un moment à cet endroit.

 

Tout en gardant le bras tendu, levez encore un peu la main, à hauteur du sommet de votre front.

 

Portez votre regard intérieur vers cet endroit, maintenez tranquillement votre présence, ne forcez surtout pas, simplement, vous êtes à cet endroit.

 

Comme vous connaissez maintenant l'endroit où vous pouvez porter votre attention, reposez votre bras naturellement.

 

Maintenez votre attention sur ce nouvel espace, explorez-le, laissez-lui aussi la possibilité de vous répondre.

 

Vous pouvez ressentir certaines choses, voir éventuellement des images, ou toute nouvelle information sur cet espace que vous découvrez.

 

Au départ, il est difficile de porter son attention sans pour autant l'imposer, pensez à garder l'esprit accueillant à ce que vous vivez.

 

Laissez vivre ce que vous voyez devant vous.

 

Vous pouvez ressentir par la pratique que vos pensées courantes sont moins présentes à cet endroit. Vous ressentez une grande ouverture intérieure, cet espace vous appartient aussi et vous pouvez l'habiter progressivement.

 

Il continue de vivre lorsque vous ouvrez les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'homme riche de bronze

 

 

« Pour échapper à ses vérités, l'homme préserve, tel un bénéfice, ses dépendances ».

 

Je respirais les parfums de la ville. Forte de ses activités variées, elle offrait un nouveau visage à chaque tournant. À droite, les tanneurs exhibaient leurs plus belles peaux. À gauche, les potiers exposaient, au bord de l'allée, vases et récipients de toutes formes.

 

Des jarres immenses servaient à la conservation des alcools de riz, grande spécialité du village. Les coups répétitifs des forgerons s'éteignaient au fur et à mesure de mes pas. Je me sentais libre, glanant, çà et là, le savoir de chacun.

 

L'adresse indiquée par Ouseba s'ouvrait sur une série de maisons alignées de chaque côté de la rue. Elles présentaient une architecture plutôt différente. Du fait de l'éloignement de la rivière, elles étaient construites près du sol. Devant les constructions en pierre, s'ajoutaient des avancées en bois faisant office d'ateliers. Les récoltes des rizières tapissaient l'allée centrale en terre. La paille était soigneusement dispersée sur le sol. Chacun, par ses pas, contribuait à séparer les grains de la tige.

 

J'avançai timidement vers la maison. Un jeune homme me fit entrer. Nous longeâmes un étroit couloir qui donnait sur une grande cour intérieure. Au milieu, un amas de cendre fumait, les employés s'affairaient pour en sortir des blocs de terre informes. D'autres, plus loin, les cassaient pour en révéler des statuettes de bronze.

 

J'entrai dans une pièce pour rencontrer celui que je devais désormais éclairer. L'homme d'un certain âge, assis, tapotait de son petit marteau sur un bronze. Interrompant son œuvre, je lui présentai la lettre d'Ouseba. J'eus droit, de ce fait, à un accueil courtois.

 

L'homme était habitué à commander. Ce dont il avait besoin arrivait immédiatement et sans mot : thé, galettes, furent disposés sur la tablette. Toute cette agitation autour de lui contrastait avec son affabilité à mon égard.

 

Très rapidement, il commença à se plaindre de son dos et de sa jambe. De lourds gémissements accompagnaient ses soupirs, désireux que je m'imprègne au mieux de sa douleur.

 

J'écoutai sa complainte. Son statut faisait de lui un homme plutôt éduqué et prévenant. Difficile de compatir sans me laisser submerger par ses lamentations.

 

Je le questionnai sur son état, l'invitant à décrire ses douleurs physiques. Au moment où il tentait de me faire rentrer en lui, je le questionnai sur sa personne. J'avais bien compris que cela l'intéressait, inutile de parler d'autre chose...

 

- Mais, que ressens-tu exactement ?

 

- J'ai un métier très pénible. Ces douleurs incessantes me parcourent le corps comme des pics pour se prolonger jusque derrière ma jambe.

 

D'un geste lent, sa main montrait les différents endroits d'où semblait provenir sa souffrance. Accompagnant du regard sa main, je m'aperçus vite que la description devenait in-terminable.

- Réussis-tu à dormir ?

 

- C'est très difficile, je suis réveillé au beau milieu de la nuit. Par moments, la douleur est telle que je suis obligé de demander à ma compagne de me soulager par un massage. Sur le moment, ça va un peu mieux, mais dès qu'elle s'arrête, la douleur revient.

 

L'homme me regardait, attendant que je lui donne une solution à ses problèmes. Mais de toute évidence, ma réponse ne serait pas la bonne. Voulant échapper à ce regard insistant, je relançai des questions de diversion.

 

- Et comment va ton esprit  ?

 

- Comment pourrait-il aller ? Cette douleur continuelle ne me fait penser qu'à cela. Parfois, lorsque cela s’estompe, je retrouve mon énergie, mais rapidement, la douleur refait des siennes.

 

- À quel moment ça s'estompe ?

 

- Presque jamais ! En fait, dès l'automne, la douleur réapparaît progressivement jusqu'à devenir insupportable. À la saison où les bourgeons commencent à revenir, mon moral fleurit aussi à son tour, j'ai moins mal. Peut-être le début de la saison sèche ? J’ai remarqué que l'humidité augmente la douleur.

 

- Durant l'été, tu n'as plus mal ?

 

- Pratiquement plus ! Parfois, je peux même partir en ville pour y effectuer des achats. Nous sommes nombreux, je suis le chef de cette famille. J'ai aussi des ouvriers, ils comptent sur moi, ça fait beaucoup de bouches à nourrir...

 

Je profitai des lamentations de l'homme pour m'interroger. Lorsqu’ il le remarqua, il me regarda avec insistance. Je ne comprenais pas vraiment ce qu'il attendait, j'ajoutai maladroitement :

 

- Je comprends ce qu'il t'arrive...

 

- Comment allons-nous faire ?

 

- Je dois y réfléchir. Tu es malade depuis longtemps ?

 

- Oh ça oui, depuis toujours !

 

- Je reviendrai te voir. Tu es une personne sensible, le vide te dérange. Est-ce que tu voudrais que nous parlions un peu de la mort ?

 

- La mort ! Mais je ne suis pas intéressé par ce sujet.

 

- La mort nous concerne tous.

 

- Tu penses que je vais mourir ?

 

- Tu ne le penses pas ?

 

- Je ne sais pas. En tout cas, je ne veux pas en parler.

 

- Est-ce que tu peux au moins y réfléchir, une fois par jour ?

 

- Pourquoi est-ce que je ferais cela ?

 

- Prendre le temps de comprendre tes douleurs te maintient dans la vie pour échapper à la mort. Cette peur t'incite à la goûter et tu entretiens tes blessures pour expérimenter la souffrance. Non soignées, elles sont comme un trou béant que tu cherches à remplir par des douleurs. Lorsque tu n'es plus contenté, les blessures internes libèrent leur acidité. Cela provoque en toi de la colère. Lorsque tu es dans la satiété, tu ressens l'énergie t'habiter. À ce moment, tu pourrais conquérir le monde. Voilà deux facettes de ta personne. Progressivement, la lumière n'éclaire plus ton visage, ce sombre vide t'envahit de nouveau et les blessures refont leur apparition. Les autres ont besoin de toi pour manger, comme tu as besoin d'eux pour remplir ce qui te manque, vous dépendez les uns des autres.

 

- C'est vrai, nous dépendons tous les uns des autres.

 

- C'est pourquoi, tu penseras à la mort chaque jour, en te réveillant et au coucher. Et chaque jour, tu te rappelleras que dans la maison où tu vis, vous avez besoin les uns des autres. Tu as besoin d'eux, ils ont aussi besoin de toi. Je reviendrai te voir pour constater le changement.

 

Son regard désapprobateur attendait davantage. Je ne souhaitais pas nourrir ses habitudes et culpabiliser pour ce qu'il ne désirait pas profondément changer. Je coupai court à ce regard.

 

- N'oublie pas que tu souffres beaucoup.

 

Un pincement sur le bord de ses lèvres en signe d'acquiescement, montrait qu'il se sentait trop faible pour en exprimer davantage.

 

- Tu vois, c'est le seul remède !

 

Sur le retour, je me disais que l'homme dans sa généreuse nature, ne se prive pas d'offrir ce que l'autre lui demande. Celui qui reçoit, oublie souvent que celui qui donne a aussi ses besoins. Que le receveur y ait pensé ou non, de toute façon, c'était nécessaire. Pour celui qui tend la main, peu importe que le généreux donneur lui retienne cette main en juste retour.

 

Croyant se soustraire à sa destinée, l'homme trouve des occupations. L'important n'est pas ce qu'il fait, du moment que cela occupe son esprit.

 

Pour échapper à ses vérités, l'homme préserve, tel un bénéfice, ses dépendances.

 

 

 

 

 

Expérience de méditation

 

«  Ma vérité profonde ».

 

Installé tranquillement, je porte l’attention sur moi.

 

Je pense au mot vérité, ce que je connais de lui. Sans attache, je laisse les idées affluer.

 

Lorsque je pense avoir recueilli des informations claires, je reste dans la tranquillité.

 

Je regarde en moi et pense: ma vérité profonde.

 

Je pense simplement à ma vérité profonde.

 

Je ne cherche pas de réponse et je laisse venir ce que cela représente en moi.

 

J'ai semé la graine.

 

Les réponses viendront à leur moment.

Je laisse agir.

Une rencontre amoureuse

 

 

Ma visite au centre d'instruction réveillait beaucoup d'émotion. La première, la rencontre avec l'instructeur. La seconde, comme un passé maintenant présent, témoin de mon histoire: le début de mon indépendance.