Les amis de Louis - Richard Lanoux - E-Book

Les amis de Louis E-Book

Richard Lanoux

0,0
5,49 €

oder
-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Un dessin réapparait mystérieusement, et Alex et Sophie se voient entrainer malgré eux dans une course-poursuite effrénée...

Au téléphone, Sophie est allée droit au but :
" Nous sommes brocanteurs, comme notre célèbre confrère de France 3 dont les aventures se tournent souvent tout près de chez nous. On adore la série, Louis est comme un ami. Mais dans la région, le seul à posséder ce que vous cherchez, c'est Alexandre Signamarchaix, mon époux. »
Et voilà comment notre héros croise la route de Victor Lanoux sur le tournage d’un épisode de Louis la Brocante.
Mais avant de poursuivre la sienne, il va devoir se sortir d'un mauvais pas lors de la foire de L'Isle-sur-Sorgue, La Mecque des Antiquités.
En cause, une copie vendue par erreur et convoitée par tous.
Qui est donc ce receleur aux multiples identités prêt à tout pour se l’approprier ?
Un nouvel épisode… ou plutôt, une page qui reste encore à tourner.

Plongez dans ce roman passionnant qui nous emporte dans le monde particulier des brocantiers et des antiquaires, truffé de secrets, de combines et de découvertes extraordinaires...

EXTRAIT

Andrew Bradford s’éloigne, suivi par l'instituteur et Maggy, la productrice de la BBC. Ils disparaissent tous les trois derrière le car-régie.
« Flûte ! Il s’en va !
– Qui ça ?
– Mais l’instituteur à qui j’ai vendu le dessin de poisson. Il en cherchait un pour les gamins de sa classe, en Aveyron. »
Signa se fige :
« Quel dessin ? Quel poisson ?
– Une truite. D’ailleurs, je te remercie ! Tu n’avais pas indiqué de prix comme tu le fais d’habitude. Il a essayé de me jouer du violon mais je suis fière de moi, j’ai quand même réussi à en tirer deux cent cinquante euros. C’est bien, non ? »
Signa est stupéfait :
« Tu as vendu La Truite au fusain ?
– J’ai fait une gaffe ? Deux cent cinquante, ce n’était pas le bon prix ?
– La Truite, où tu l’as trouvée ?
– Dans l’armoire, avec les gravures. C’est moi qui l’ai rangée au départ du Grenier. »
Signa se prend la tête entre les mains.
« Oh, non ! Ce n’est pas possible !
– Mais Alexandre, qu’est-ce qui se passe ? »

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB

Veröffentlichungsjahr: 2019

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Couverture et iconographie :

Alain Cournoyer / alaincournoyer.com

Photo de couverture : collection privée de l’auteur

     Sur le tournage de « Louis la Brocante »

          Lyon-Fourvière, 26 Juin 2012.

© L’Astre Bleu Éditions, 2019

709 RD 933 – Les Leynards – 01140 GARNERANS

[email protected]

http://lastrebleu-editions.fr

Collection Hélium

ISSN : 2497-4811

Création des versions numériques :

IS Edition, via son label Libres d’écrire, Marseille.

ISBN (version papier) : 978-2-490021-08-6

ISBN (versions numériques) : 978-2-37692-161-5

Dépôt légal : août 2019

Pour Victor

"Une pensée est toujours plus imaginative

en ce qui concerne la personne

et le vide immense qui lui succède".

« Dans les arbres de l’incertitude »

Richard Lanoux, recueil paru en 1996.

I

Le jour pointe au sommet de la cathédrale de Fourvière quand, sorti de nulle part, un convoi apparaît. Le premier camion sert de guide. Le bruit assourdissant du diesel va certainement mécontenter les riverains encore endormis.

Très vite, le groupe électrogène et les véhicules de matériel se garent sur l’espace qui leur a été réservé. Les premiers techniciens arrivent et s’approchent de la table régie, ravis de pouvoir prendre un café.

Aujourd’hui, une équipe de fiction de la télévision pose sa caméra dans le quartier de l’Évêché, où de superbes bâtisses dissimulent leurs jardins en terrasses avec vue imprenable sur les hauteurs du vieux Lyon.

Un havre de paix, préservé de l'agitation de l'immense agglomération.

C'était il y a plus de dix ans déjà, mais ici, le temps semble s'être arrêté pour laisser place à une toute autre dimension de l'ordre du souvenir et de l'imagination.

Sophie a dû insister et revenir à la charge plusieurs fois pour qu'Alexandre accepte de se présenter sur le tournage ce jour-là.

À la suite d’une annonce passée dans le journal, elle n'a pas hésité à contacter l'accessoiriste de plateau.

Au téléphone, elle est allée droit au but :

« Nous sommes brocanteurs, comme notre célèbre confrère de France 3 dont les aventures se tournent souvent tout près de chez nous. On adore la série, Louis est comme un ami. Mais dans la région, le seul à posséder ce que vous cherchez, c'est Alexandre Signamarcheix, mon époux. Vous pouvez l'appeler Signa, dans la profession, tout le monde le surnomme comme ça, même moi. »

Signa est donc venu montrer une poivrière de curé, un drôle de pistolet de collection rangé dans son étui en cuir patiné, une ancienne arme à feu de poche avec un barillet, mais sans canon. Quand l'accessoiriste l'a découverte, il a tout de suite proposé une location pour la durée du film.

L'affaire conclue, Signa est invité à déjeuner à la cantine avec l'équipe et les acteurs. Et sous un barnum monté à l'arrière d'un camion cuisine, il prend place aux côtés de Pierrot et de ses amis machinistes.

Son hôte lui explique le planning de la journée :

« Le matin, on installe, on se prépare, et à onze heures, on déjeune. Le tournage commence à midi et se termine à dix-neuf heures trente, on appelle ça : journée continue. Là, nous sommes en extérieur, pour moi, ça va, pas trop de boulot... »

Et, regardant son voisin de table :

« Par contre, pour vous… »

Daniel, le chef machiniste, relativise :

« Un beau travelling à monter ne m'a jamais dérangé. Au contraire, c'est ce que je préfère. »

Fabien, le plus jeune des machinos, le plus costaud aussi, a compris qu'il avait un novice en face de lui. Il surenchérit :

« C'est mieux que de devoir monter cinq étages sans ascenseur et de faire le sherpa pendant deux plombes avec les caisses caméra, pour se retrouver dans une chambre de bonne où tout le monde se marche dessus. »

Mais Signa ne semble pas si novice que cela :

« Je croyais que vous utilisiez un monte-meuble pour les décors inaccessibles ? »

Amusé, Daniel mouche son jeune machino :

« Le monte-meuble, c'est toi... »

À Signa :

« Pourquoi vous croyez que je l'ai choisi ? »

Soudain, une grosse main s'abat sur l'épaule du chef machiniste.

Chaque fois qu'il fait son apparition à la cantine, Victor Lanoux n'oublie jamais de venir saluer ceux qui sont toujours assis ensemble, à la même table :

« Bon appétit, les gars ! Alors ? Comment ça va ? »

Les techniciens répondent en chœur :

« Merci, Victor, ça va fort ! Et vous ? »

Victor répond du tac-au-tac :

« Impec, les mecs ! »

Au fil des épisodes, l'équipe a appris à connaître les codes de Victor. Ils savent que l'acteur se protège : si un inconnu est convié sur le tournage, souvent il vaut mieux le lui présenter. Et Pierrot ne perd pas de temps :

« Victor, je vous présente Alexandre Signamarcheix, il est brocanteur à Saint-Sulpice. Un joli petit patelin à une demi-heure d'ici. »

Surpris :

« Signamarcheix ? Vous êtes Creusois ? »

Face à la célébrité de son interlocuteur qu'il rencontre pour la première fois, Signa n'est aucunement intimidé :

« Du côté paternel. Mon arrière-grand-père était paysan et tailleur de pierres, comme beaucoup de paysans de la région, à l'époque.

– Les maçons creusois, un savoir-faire qui s'est perpétué. J'ai fait construire ma maison dans un petit hameau au-dessus de La Chapelle-Taillefert, en lisière des bois, avec une vue incroyable. La route ne va pas plus loin, c'est magnifique ! »

Mais Patrick, le premier assistant à la mise en scène, vient interrompre la conversation qui s'engage :

« Veuillez m'excuser, Victor. Pierre est prêt pour la lecture.

– J'arrive... »

Et il continue avec Signa :

« À Saint-Sulpice, vous êtes ouvert le dimanche ?

– Bien sûr, si nous sommes là et si vous nous prévenez à l'avance, nous serions très heureux de vous recevoir.

– Le dimanche, les autres acteurs rentrent à Paris. Pour moi, c'est plus compliqué, il n'y a pas le TGV. La Creuse, ça se mérite. »

Puis, un brin provocateur, Victor s'adresse à nouveau à toute la tablée :

« Traînez pas à table, les gars. Si Patrick doit venir vous chercher vous aussi, il me le dira et vous aurez affaire à moi ! »

Suivi de près par l'assistant, il quitte la cantine :

« C'est toujours les mêmes qui bossent. »

Pierrot précise pour son invité :

« Pierre Sisser est le réalisateur. Tous les jours, ils ont leur petit rituel. Dans le mobil-home de Victor, avant le maquillage et l’habillage, ils parlent des séquences prévues dans la journée. »

À la fin du repas, après avoir assisté au tournage d'un premier plan, Signa s'éclipse poliment.

Au moment de se frayer un chemin parmi les gens du quartier, dont un groupe de religieuses sorties de l’Évêché et des badauds qui commencent à s'agglutiner derrière les barrières de sécurité, il se retrouve nez à nez avec une vieille connaissance, un gradé en uniforme de la gendarmerie, qui arrive pour déjeuner.

Le lieutenant Marceau aussi est surpris par cette rencontre :

« Signa ? C'est dingue, je voulais vous appeler ! »

Et, comprenant qu'il s'en va :

« Vous avez déjeuné avec l'équipe ? Et Victor Lanoux, il était là ?

– Oui, il est passé.

– Alors, il est comment ? Aussi sympa que dans ses films ?

– Il a l'air, mais il ne s'est pas attardé, il était occupé.

– J'imagine. »

Marceau croit bon de préciser :

« Le directeur de production et le chef décorateur m'ont invité. À la Brigade, nous avons souvent affaire à eux pour les autorisations de tournage sur les grosses brocantes de la région. Ce serait bien que vous les connaissiez. Vous ne voulez pas rester un peu ?

– Désolé, une autre fois peut-être, j'ai du travail. Je me prépare à partir pour la brocante de L’Isle-sur-la-Sorgue.

– À L'Isle ? Très bonne idée, vous y allez pour la première fois ?

– Non... mais je n'y suis pas retourné depuis des années.

– Ça tombe bien, vous allez être content : nous avons retrouvé quelque chose qui vous appartient et que vous allez pouvoir récupérer rapidement. Un joli petit secrétaire de voyage en palissandre que votre femme a déclaré volé l'année dernière. Ça vous dit quelque chose ?

– Bien sûr ! Le vol a été commis un soir, au moment du remballage, sur la foire de Vénissieux.

– Et dans votre secrétaire, nous avons aussi découvert un superbe dessin au fusain, une belle truite. »

Cette fois-ci, Signa ne dissimule pas sa surprise :

 « Une truite au fusain ? Heu... non, là par contre, vraiment, je ne vois pas ! »

Le gendarme semble embarrassé, mais il est distrait par l'arrivée d'une voiture avec chauffeur. Il aperçoit Évelyne Buyle, l'interprète du personnage de Maryvonne Roman, l'ex-femme de Victor Lanoux à l'écran. Elle est accueillie par Patrick, l'assistant omniprésent et, à nouveau, Marceau ne peut s'empêcher de montrer son intérêt pour les acteurs, comme pour les actrices :

« Regardez, c'est Maryvonne ! »

Évelyne Buyle s'engouffre sous le barnum de la cantine et Signa ajoute :

« Quelque chose me dit que vous allez déjeuner en bonne compagnie. »

Soudain pressé, Marceau élude :

« Bon, je vous laisse. Si vous n'avez pas le temps de venir me voir, envoyez-moi Sophie à l'entrepôt, je m'arrangerai avec elle pour la restitution. À bientôt. »

Une jeune religieuse s'approche mais le gendarme a déjà disparu. Elle s'adresse alors à Signa :

« Pardon, monsieur. Savez-vous si c'est ici que l'équipe du film va tourner les scènes du "Terrier" ? J'aimerais tellement pouvoir le visiter. »

Signa lui sourit :

« Désolé, ma sœur, mais je ne pense pas que le décor du "Terrier" se trouve en pleine ville. Je l'imagine plutôt à la campagne. »

Il écarte une barrière pour la laisser passer :

« Vous devriez tenter de vous renseigner là-bas, à la cantine. Tout le monde est très gentil, quelqu'un vous aidera. »

***

Alexandre et Sophie Signamarcheix forment un couple dont les années de vie conjugale n'ont fait que renforcer leur belle complicité. Depuis leur mariage, aucune entorse, aucun coup de canif au contrat. Et pour la brocante et les antiquités, après un passage par les Beaux-Arts, la même passion qu'ils ont toujours partagée.

Belle comme un soleil avec sa chevelure de sauvageonne, naturellement blonde comme les blés, Sophie est un peu plus jeune que son mari et, à quarante-huit ans, elle tire toute sa vitalité en observant un mode de vie quasi exemplaire : du sport, et pas d'alcool, pas de tabac, pas de café.

Quand elle faisait un jogging avec son fils Pierre, on aurait presque pu penser qu'ils étaient frère et sœur.

Désormais, Pierre a quitté le cocon familial, il vit et travaille à l'étranger et Sophie s'est habituée à courir sans lui.

À l’époque, elle se souvient très bien avoir vécu l'annonce de cette maternité comme un risque qui aurait pu entraver une certaine soif de liberté. Mais cette inquiétude fut rapidement dissipée au profit d'une sérénité ponctuée de fabuleuses découvertes, avec son beau bébé aux yeux bleus dans les bras.

Pour Signa également, se retrouver père fut ressenti comme une immense fierté.

Au pays de ses ancêtres, là-bas, dans la Creuse, le petit Pierre a appris, dès son plus jeune âge, à pêcher, à s'orienter, et à connaître les gens et les champignons, les bons et les vénéneux. Avec son gamin accroché à ses pas, du haut de sa haute et belle stature, Alexandre a toujours été fier et heureux.

II

"Le Terrier", le "Terrier du Renard", un lieu où le beau est protégé par le sauvage. Dans la série, c’est le nom de la boutique de Louis Roman, avec son célèbre TUB toujours stationné à portée de main, quelque part dans la cour.

Alexandre Signamarcheix a sa propre analyse : pour une brocante, suggérer l'aspect secret et caché s'avère bien trouvé. Louis est un esthète, or son côté bourru aime à laisser penser qu'il n'en est rien, alors que son magasin dissimule des trésors qu'il faut savoir débusquer avec la malice du bel animal. Ce renard des contes et légendes, plus souvent visible dans la vitrine d’un taxidermiste que dans son milieu naturel, bois, sous-bois, ruisseaux et taillis battus à découvert par la force du vent.

Signa et sa femme ont baptisé leur brocante : "Le Grenier de Saint-Sulpice" et il y a une très bonne raison à cela. Mais quand les gens en parlent, eux aussi ont tendance à abréger.

Le Grenier, chez les Signa, tous les chineurs de la région connaissent. Après avoir officié dans le vieux Lyon touristique où leur petite boutique attirait de nombreux visiteurs, Alexandre et Sophie ont eu envie de changer, sans trop s'éloigner. Ils ont donc saisi l'opportunité d’acquérir une demeure de maître qui donne sur la place du village, et à l'arrière, sur les prés et les champs. Saint-Sulpice a gardé quelques vestiges de son époque médiévale, autour de son donjon délabré et son chemin de ronde envahi par les fougères. Mais cette maison est aussi un beau témoignage du passé. Dans la cour trône une dépendance insolite, un magnifique grenier à grains très ancien, avec sa charpente monumentale restée intacte.

***

Alors que Signa s'affaire en continuant l'inventaire indispensable à son départ pour L’Isle-sur-la-Sorgue, Sophie l'interroge sur sa rencontre avec Victor Lanoux :

« Tu sais pourquoi il t'a parlé de la Creuse ?

– Je m'en doute un peu, mais tu vas me raconter.

– Pendant la guerre, avec sa famille, il vivait sous les bombardements. À Boulogne-Billancourt, les usines Renault avaient été réquisitionnées par les Allemands. Lui et sa sœur aînée ont été envoyés à l'abri dans la Creuse, par la municipalité. Ils étaient dans le même village, mais pas dans la même famille. Je l'ai lu dans son bouquin. Tu imagines le choc ? Un gamin de la ville qui se retrouve tout seul chez des paysans qui ne parlent que le patois !

– Il n'en a pas été traumatisé pour autant puisqu'il est revenu s'y installer.

– Oui, je sais, je l'ai vu dans un magazine avec des photos de sa nouvelle maison. Il a raison d'être fier, c'est superbe ! »

Signa vérifie un vase en pâte de verre, un Gallé{1} de la première période, puis il le range avec précaution dans une malle spécialement conçue pour le transport des objets de collection.

« Tu es passée voir Marceau à l'entrepôt des gendarmes ?

– Non, pas encore. D'ailleurs, j'y pensais : l'assurance nous a remboursés pour le vol de ce secrétaire, il va falloir les prévenir eux aussi, je ne voudrais pas qu'on nous accuse d'escroquerie.

– C'est surtout mon dessin qui m'inquiète, je ne comprends pas comment il est arrivé là !

– Tu as dû le ranger sans le faire exprès. Qu'est-ce que tu as dit au lieutenant ?

– Rien !

– Et moi ? Qu'est-ce que je dois dire si on me pose des questions ?

– Il faut le récupérer sans que personne ne se doute de quoi que ce soit.

– Dans ce cas, il vaut peut-être mieux que tu y ailles, toi ! »

***

Le fourgon Mercedes de Signa quitte les jolis paysages vallonnés qui font le charme de la campagne aux alentours de Saint-Sulpice, pour se diriger vers la grande ville, en direction des locaux de l'Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels, l'OCBC, dont l'antenne régionale de la gendarmerie se situe dans une banlieue improbable, en lointaine périphérie de Lyon.

Vus de l’extérieur, ces locaux sont plutôt discrets, rien n’est fait pour attirer l’attention. Un petit bâtiment accolé à un bel entrepôt qui ressemble plus à celui d’une société de transport de fret avec son quai de déchargement.

Cette brigade un peu particulière intervient sur les foires, sur les brocantes, ou encore directement chez les marchands. Grâce à une base de données informatiques traitant de la disparition des objets déclarés volés, descriptions et photos à l’appui, les hommes de l'OCBC repèrent et récupèrent ceux remis en circulation sur le marché des antiquités.

Au fil du temps, l'entrepôt des gendarmes est devenu une véritable caverne d’Ali Baba avec toutes ces merveilles qui s’amoncellent en attendant l’identification des propriétaires légitimes. Tableaux, gravures, porcelaine de Sèvres et tapisseries d'Aubusson, meubles Régence et fauteuils Second Empire, horlogerie, orfèvrerie, Art sacré : un joyeux et précieux mélange.

Escorté par l'adjudant Touati, un gendarme en civil, contact méfiant en relation avec son petit gabarit, Signa

est reçu dans le bureau du lieutenant.

À l'adjudant, il confie son Livre de Police qu'il a pris soin d'apporter avec lui.

Son secrétaire en palissandre figure parmi un lot très important saisi dans la cache d’un supposé receleur, et à l’intérieur de cette magnifique écritoire à compartiment pour voyageur distingué, se trouve également un très beau dessin représentant une truite. Mais ce dessin n'apparaît nulle part, ni dans la déclaration de vol, ni dans la base de données.

Et le lieutenant Marceau a des doutes :

« Ce dessin ne vous dit toujours rien ? Moi, j'ai vraiment l'impression de l'avoir déjà vu quelque part ! »

Signa identifie tout de suite la patte d'un grand maître :

« Dans le domaine de la grande musique, tout le monde connaît La Truite de Schubert. Et dans celui de la peinture, il existe La Truite de Courbet. »

Touati intervient :

« Mais ce dessin, il est bien à vous ? »

Signa élude la question et détaille le dessin avec une loupe :

« Aucune signature pour cette phase intermédiaire de travail, un salmonidé décliné à la mine de plomb, à la pierre noire et au fusain. Une belle truite ventrue aux nuances sombres. Ce dessin a été exécuté par un copiste amateur d'après l'œuvre de Gustave Courbet, ça ne fait aucun doute. »

Le lieutenant confirme :

« Je me disais bien…

– Et si je ne l'ai pas déclaré, c'est un oubli de ma part, veuillez m'en excuser. »

Tout en feuilletant le Livre de Police, Touati semble dubitatif. Signa préfère s'adresser au lieutenant :

« Cette copie n'a pas une grande valeur, mais cette truite m'a tout de suite intéressé.

– C'est vrai, elle est magnifique. »

Signa remet le dessin dans le compartiment de son secrétaire de voyage :

« Après les émeutes de La Commune, Courbet s'est réfugié en Franche-Comté, son pays natal, et c'est à Ornans qu'il s'est mis à peindre les truites que ses amis pêcheurs venaient lui apporter régulièrement. »

Touati referme le Livre de Police qu'il a examiné :

« Ce genre de dessin ne figure pas dans le registre que vous devez mettre à jour. Où, pour quelle somme, et à qui l'avez-vous acheté ?

– Je ne sais plus. Il y a longtemps. Et je n'ai jamais eu l'intention de le revendre. Pourquoi cette obligation de le mentionner dans mes comptes ? »

Marceau temporise :

« En effet, vous n'avez aucune obligation, et si vous nous dites que ce dessin est à vous, il est à vous. »

Le lieutenant se tourne vers l'adjudant :

« N'est-ce pas, Touati ?

– Bien sûr, mon lieutenant. Je peux vous laisser, mon lieutenant ? J'ai l'inventaire complet à finir.

– Allez-y, et refermez la porte derrière vous. »

L'adjudant sort du bureau en laissant son supérieur en tête-à-tête avec Signa.

Marceau s'explique :

« Ce que je craignais surtout, c’était une embrouille supplémentaire de la part de ce receleur très malin. Vous imaginez ? Si ce dessin de Courbet avait été authentique ?

– Avec des si, on peut tout imaginer. »

Mais le lieutenant insiste :

« Cet escroc hors normes utilise de multiples identités, il a toujours réussi à passer au travers des mailles du filet, il ne s’est jamais fait arrêter.

– Et sa planque ?

– Un atelier désaffecté, au fond d’une cour, dans le quartier des Célestins. Pour l’instant, les recherches n’ont rien donné. Impossible de remonter jusqu’à lui. Mais nous dressons l’inventaire de son butin et nous commençons un peu à comprendre sa manière de procéder. Apparemment, son dernier coup a été de se faire passer pour un prêtre, dans une maison de retraite. Une pensionnaire lui aurait confié des bijoux très anciens qui étaient en sa possession mais qui ne lui appartenaient pas. Et ces bijoux, nous les avons tous retrouvés aux Célestins. Le véritable propriétaire vient de les identifier.

– Le problème des receleurs tapis dans l'ombre n'est pas une nouveauté et si celui-là vous complique la vie, c'est qu'il a su étendre la palette de ses activités.

– C’est bien ce qui a motivé ma hiérarchie pour nous accorder plus de moyens. Et d’ailleurs, il m'arrive de partir en mission à L’Isle-sur-la-Sorgue. Une brocante avec une forte clientèle internationale. Pour les affaires, c’est devenu La Mecque des antiquités.

– Chacun son petit pèlerinage. Moi, je ne suis pas mécontent de m’être enfin décidé à y retourner. »

Signa serre la main du gendarme :

« Merci, lieutenant... et pour le dessin, c’est une belle surprise qu'il réintègre ma collection personnelle, je ne m’y attendais pas. »

***