Les Anekphantes - Roger Farney - E-Book

Les Anekphantes E-Book

Roger Farney

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Beschreibung

Ce court roman de SF pratiquement tombé dans l'oubli, écrit en 1931 par Roger Farney ne manquera pas de surprendre et de séduire les amateurs du genre. Le narrateur décrit avec une précision scientifique une forme de vie miscrocopique ; des cellules douées d'intelligences organisées au sein d'une société fusionnelle.À force de les étudier, il adopte leur point de vue et fait un parallèle avec notre propre monde, si différent et dont il va indirectement lister les insuffisances et les incohérences.

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Seitenzahl: 62

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Les Anekphantes

Les AnekphantesIIIIIIIVVVIVIIVIIIIXXPage de copyright

Les Anekphantes

 Roger Farney

Combien y a-t-il de choses peu vraysemblables… desquelles si nous ne pouvons être persuadez, au moins les faut-il laisser en suspens : car de les condamner impossibles, c’est se faire fort, par une téméraire présumption, de sçavoir jusques où va la possibilité.

MONTAIGNELes Essais, Livre I, Ch. XXVI

OÙ L’ON SE CROIT DANS UNE RÉGION INCONNUE

Mollement suspendue entre six pôles magnétiques d’une égale puissance attractive, la doyenne des conservatrices des harmonies jouissait de son équilibre parfait et s’attardait à ressentir les vibrations qu’elle renfermait en elle.

Chaque fois que des ondes d’une cadence nouvelle étaient parvenues jusqu’à son âme, elle les avait inscrites profondément à l’intérieur de sa fine paroi de néo-cellulose, et depuis dix mille ans, d’une simple émanation de sa matière magnétique ou de celle de ses compagnes, renaissaient certaines émotions dont l’esthétique humaine ne soupçonne ni la profondeur tranquille ni la douceur silencieuse.

C’étaient de tout petits chocs à peine perceptibles, plus ou moins délicats, plus ou moins prolongés, isolés ou groupés, comme ces trous que l’on voit aux appareils mécaniques des sons que la conservatrice des harmonies ne pourrait jamais entendre, ou comme ces rayons lumineux de certains phares qu’elle ne pourrait jamais voir, puisqu’elle n’avait aucun organe auditif ou visuel.

Mais tous les fluides inapparents épars dans l’univers que les astres échangent d’espace infini en espace infini, toutes les ondes imperceptibles pour d’autres êtres pénétraient en elle, et leurs caprices répétés en ses compagnes et en elle-même la charmaient par la nouveauté de leur frisson ou la beauté acquise en leur habitude.

Elle était en train d’influencer un des réseaux gravés en elle et qui lui renvoyait des vibrations successives et prolongées ou dont la monotonie la berçait sous le charme sévère et lent de sa régularité spondaïque, quand une petite commotion la rappela au monde extérieur : une autre anekphante la sollicitait et l’appelait à elle.

L’harmonie vivante transmit ce désir à ses aides magnétiques, se tourna de champ vers celle qui passait et se laissa porter de son côté, soutenue par trois de ses cellules-pôles qui la dirigeaient doucement. La voyageuse l’attendait, entourée de toutes ses cellules constitutives.

C’était une belle anekphante mesurant au moins trois millimètres de diamètre. Pour un organe sensible aux rayons lumineux, elle était à peine plus perceptible que les diverses poussières qui flottent dans l’atmosphère ; mais si quelque savant curieux avait pu la fixer sous le microscope telle qu’elle était à ce moment, il aurait pu distinguer treize corpuscules unis par un fluide émanant de trois d’entre eux et sensible aux dix autres, qui affectaient pourtant des formes différentes.

La cellule la plus importante occupait le centre ; elle avait l’aspect d’un coussin minuscule d’une forme à peu près circulaire et dont les bords seraient en arête comme une lentille à parois souples et creuses. Dans cette poche vivante, c’est-à-dire capable de certains mouvements contractifs et perméable aux rayons magnétiques, se malaxaient des fluides indéfinissables, puisqu’ils nous sont inconnus. Et ce mélange produisait à son tour un effluve original qui permettait à son enveloppe consciente de reproduire des sensations éprouvées et d’en créer d’autres qui, d’épurement en épurement, devenaient de moins en moins sensibles en se rapprochant de l’idéal.

Ce composé d’idées pouvait se propager de cellule en cellule, comme par ce que les hommes appellent volonté, et devenait pour les unes un rêve, pour les autres une action.

Ces tendances et ces rêves magnétiques, en voyageant d’anekphante en anekphante, étaient finalement absorbés et enregistrés dans une cellule cérébrale qui avait la faculté, par conséquent la mission de les conserver et de se prêter ensuite aux lectures de ses semblables.

Mais retournons au microscope imaginaire. Autour de l’atome dirigeant ou plutôt cérébral, se groupaient trois autres espèces de cellules : les plus rapprochées semblaient des petits satellites étoilés avec leurs branches irrégulières, mais épaisses et divergentes qui leur donnaient la plus grande surface : puis une au chef de l’ensemble, deux en pointe, se tenaient de tout petits cônes plus obscurs ; enfin guère plus importants, sur les flancs et en arrière-garde, trois croissants aux extrémités racornies comme des organes endurcis par un pénible travail. C’était les Digestives, les Magnétiques et les Motrices.

Les points étoilés retenaient puis absorbaient par osmose les poussières utiles environnantes ; ils en tiraient une énergie qu’ils communiquaient aux autres cellules selon leurs besoins et chacune à son tour en usait d’après sa fonction particulière.

Les petits cônes opaques, étant chargés de matières aimantées, attiraient leurs voisines ou s’attiraient eux-mêmes vers un endroit choisi d’après l’ordre de la cellule directrice.

Quant aux motrices, elles étaient les ouvrières du corps social qui pouvaient brasser des matériaux, en construire au besoin des abris ou des ustensiles et ramer dans l’air par des contractions des branches de leur croissant.

Aucune ne possédait d’organe défensif ou guerrier, car elles ne connaissaient pas d’étrangers, et la lutte intestine est une forme inférieure d’évolution chez les espèces qui tendent de loin encore à leur épanouissement idéal et définitif.

La conservatrice des harmonies arriva doucement au contact du noyau cérébral de l’anekphante et se confondit presque avec lui, pendant que ses petits cônes accompagnateurs prenaient leur place à l’arrière de la colonne pour se maintenir en liaison avec ceux qui étaient demeurés à l’endroit qu’elles venaient de quitter.

L’anekphante se remit en marche lentement ; laissant leurs membres divers accomplir chacun son devoir, les deux cellules maîtresses échangeaient leurs vibrations pour charmer le voyage. L’une déchiffrait en l’autre des cadences successives et la seconde, passivement entraînée, regardait pour ainsi dire dans l’âme de sa compagne. Sensible aux fluides qui l’habitaient, frémissant sous l’influence des rêves nouveaux qu’elle y rencontrait, elle pressentait les idées en formation dans le creuset minuscule et pourtant infini du cerveau électrique.

C’est ainsi qu’elle apprit où se dirigeait le cortège ; autour de lui d’ailleurs d’autres caravanes aériennes suivaient le même chemin, et chaque centre saluait l’autre au passage d’un éclair de reconnaissance.

Plusieurs dizaines de mètres avaient été parcourus ; déjà les cônes magnétiques d’arrière-garde s’inquiétaient de leurs compagnons restés au sol, lançaient des signaux d’appel et les autres obéissants rejoignaient sagement leur société.

Quand les deux cellules cérébrales furent satisfaites l’une de l’autre, elles se séparèrent naturellement. La porteuse de secousses mélodiques se détacha, bientôt recherchée par d’autres sœurs. Elle voyagea de centre en centre, entraînant son petit cortège personnel, emportant même çà et là une cellule alimentaire en supplément pour se réconforter.

D’autres accouplements se produisaient encore : des cérébrales simples ou créatrices appelaient vers elles d’autres conservatrices d’après leur penchant naturel, car elles trouvaient autour d’elles dans une bibliothèque vivante toute la science et tous les arts inscrits dans le corps de leurs semblables. Chacune des conservatrices avait sa spécialité : harmonies douces ou vibrantes, terribles ou rêveuses, poésie mélangée au goût plus neuf, pensées métaphysiques ou calculs précis, souvenirs géographiques des chemins parcourus, où chaque direction successive avait été notée. Au demeurant, il y avait des vibrations à la mode que toutes en même temps aspiraient à ressentir au grand dam de la spécialiste ; mais c’étaient là des caprices de courte durée ; chacune avait son tour.

Maintenant les groupes étaient nombreux : tout ce monde voguait vers une destination déterminée sans doute par les fonctionnaires de l’orientation et poursuivie servilement par les pôles attractifs braqués sur l’objectif choisi. Les sachets minuscules contenant le fluide subtil se reposaient de leurs premières conceptions en suivant l’instinct directeur déclenché dès l’impulsion initiale.

Chaque partie de ces êtres minimes baignait comme dans une vapeur électrique qui se dégageait de toutes parts ; des impressions silencieuses s’échangeaient, des ondes traversaient rapidement les interstices, atteignaient l’une ou l’autre des molécules, ou bien rebondissaient transformées.

L’activité croissait ; quelques-unes étaient tendues vers leur but, d’autres les aidaient de leurs efforts musculaires ; les alimentaires absorbaient, transformaient et nourrissaient, les cérébrales pensaient ou simplement se communiquaient leurs idées écloses.