Les aventuriers de la cinquième ère - Franck Grupeli - E-Book

Les aventuriers de la cinquième ère E-Book

Franck Grupeli

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Beschreibung

Après une catastrophe économique mondiale aux conséquences sociales dramatiques, et voyant que les actions d’états isolés ne répondent pas aux besoins, la Terre est aux abois. Un grand plan économique mondial est lancé en 2026, appelé la cinquième ère, avec pour objectif la relance économique et sociale. C’est ainsi que la création de cinq villes spatiales autonomes dont le but sera de trouver une nouvelle planète vivable et de la coloniser est lancée. En 2076, Europa, seconde ville spatiale terminée, part à la découverte d’une partie de l’univers. En 2115, Maxime Carrère, tout jeune pilote d’exploration de la ville spatiale d'Europa, part en mission pédagogique à bord d’une unité d’exploration, avec le capitaine Pirlo et quelques jeunes scientifiques, à la découverte d’une galaxie répertoriée comme ne possédant pas de planètes habitables. Durant cette mission, il va découvrir que cette galaxie, Otos, n’est pas si inhabitée que cela. Maxime, accompagné de l’équipage de l’unité d’exploration, va vivre quelques aventures étonnantes, rencontrer des êtres surprenants et découvrir qu’il n’est peut-être pas qui il pensait être.

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Veröffentlichungsjahr: 2016

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Du même auteur :

'Tu sais pourquoi...' Mai 2013, Ed. Humanis

'Les yeux fermés' Mai 2014

Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Prologue :

11 mars 2026,

Les chefs d’État des vingt pays les plus puissants du monde se réunissent en catastrophe au Kremlin, à Moscou, en terre d’USSR (United States of Soviet Republics).

Tous ces personnages importants, accompagnés de leurs délégations, sont soucieux, et cette réunion du G20 est tout sauf de la diplomatie ordinaire et ne concerne pas des calculs géopoliticiens nombrilistes.

La situation est mondialement grave. Certes, tous savent qu’elle a une origine bien précise et qu’ils auraient pu y faire face bien avant par des décisions drastiques, définitives et communes. Ce ne fut pas le cas, pour des raisons allant d’envie de réélection à des querelles politiques ou religieuses entre nations ou simplement entre communautés.

Pourtant, ils auraient dû, ils le savaient, prendre les bonnes décisions, celles qui s’imposaient, bien avant, en 2019, lors de ce fameux mois de septembre noir qui vit l’effondrement de l’économie américaine, suite à une crise financière sans précédent, et par effet domino, la chute des pays économiquement liés à eux, et ceux qui étaient en relation avec ces derniers.

Pourtant, une dizaine d’années avant 2019, il y avait déjà eu une crise économique grave, qui, partie de Londres, avait contaminé le monde entier, faisant vaciller, dans ses fondements, l’économie libérale mondiale. Nulle leçon n’avait été retenue depuis. Bien entendu, il y eut des discours, fermes et convaincants, mais les actes ne furent pas à la hauteur de la situation. Tout rentra, à peu de choses près, dans l’ordre, alors, pourquoi s’en faire. Mais le mal était bien plus profond et ancré qu’il n’y paraissait. Après avoir spéculé sur l’endettement des personnes, puis des villes et des états, sans presque aucune inquiétude, les financiers ne pouvaient pas s’arrêter là. Ils se mirent à imaginer un modèle financier virtuel, à base de serveurs informatiques de confiance, générant des tickets de différentes valeurs non basés sur des produits marchands, dans une économie parallèle aux cours des bourses habituels. Ces tickets étaient régis sur la loi de l’offre et de la demande, et leur rendement était sans commune mesure avec les actions habituelles, mais également avec les dettes diverses. Quelques sociétés se firent un pactole virtuel, puis vinrent les villes, les régions, puis les états. C’était une aubaine, car chaque investissement rapportait et le faisait vite. C’est ainsi que certains grands responsables financiers décidèrent de financer la dette ainsi. À première vue, c’était un risque modéré, vu que la valeur de ces tickets ne cessait d’augmenter. Et puis, alors que les sommes investies étaient devenues astronomiques, un petit virus informatique vint détruire avec gourmandise, les serveurs de confiance et leurs bases de données, les unes après les autres, pour ne laisser qu’un vide économique bien réel.

Les plus touchés furent les Américains. Mais chaque acteur de l’économie mondiale étant lié à l’autre, le résultat fut catastrophique. Les États-Unis se retrouvèrent dans l’incapacité de rembourser leur dette, en partie détenue par les Chinois, mais pas seulement, ce qui provoqua un cataclysme économique mondial.

Certes, chaque pays travailla à se refaire la cerise. Se succédèrent des plans de relance, des plans de relance et des plans de relance, toujours voués à l’échec, les pays les plus puissants ergotant toujours à agir de consorts. À un problème mondial, il n’y eut que des réponses nationales, locales. Et dans ce cas, lorsque les politiques ne forcent pas les décisions nécessaires, ce sont les populations qui trinquent. Les sociétés fermant les unes après les autres, le chômage se mit à grimper en flèche. Les chômeurs se multipliant, la consommation chuta. Tous les secteurs économiques furent détruits pour ne laisser que des ruines, sans matelas social. La pauvreté s’installa, pour tous, et partout. Après la grogne vint la violence.

Certains gouvernements, extrêmes, voulurent déclarer la guerre aux pays voisins. Faute de moyens et de nourritures, les armées désertèrent.

Tous les pays étaient exsangues et il fallait trouver des réponses politiques et économiques. Les élites n’avaient rien à proposer.

Des guerres civiles s’ensuivirent, mais pas pour une religion, ou pour des partis politiques, mais pour de la nourriture. La rue était devenue un lieu de bataille, et le moindre objet de valeur était synonyme de nourriture. La loi du plus fort s’installa partout.

L’insécurité était omniprésente, et les lois étaient devenues du passé, les états n’étant plus capables de financer leur justice et encore moins de la faire respecter.

Il n’existait plus aucun endroit où l’on puisse se sentir à l’abri.

Malgré cette décrépitude générale, les gouvernements ne prirent aucune décision à la hauteur de ce qui se passait. Les peuples étaient aux abois, mais les gouvernants et les élites, le crime profitant toujours à quelqu’un, s’enrichissaient en ramassant les miettes de possession des citoyens. Ces miettes devinrent vite des amas énormes, et dans ce cas, nul besoin d’arranger les choses, la division de la population suffisait amplement.

Les peuples étaient en perdition sans réaction des politiques, jusqu’à une série d’événements qui commença à inquiéter les populations nanties. En effet, les dernières semaines avant ce sommet urgent, une vague de meurtre d’hommes politiques et d’hommes d’affaires se développait partout. La population, poussée par le désespoir absolu, n’avait plus peur de franchir les forteresses de ces élites, afin de glaner de quoi faire du troc et un peu de nourriture.

Le moment était grave, car les puissants n’étaient plus à l’abri, et ceci, partout dans le monde.

Il fallait donc trouver des solutions au plus vite pour que tout ceci cesse et que l’économie redémarre.

Ce 11 mars 2026 devint, par la force des choses, un jour historique, fêté par tous et partout.

Ce jour-là, à ce sommet, fut décidé l’inimaginable : la remise à plat de l’économie mondiale ainsi que la mise en place d’un grand projet de coopération internationale. Ce grand projet, directement dérivé du New Deal, cher à Franklin Delano Roosevelt, fut appelé ‘la cinquième ère’, en référence aux ères géologiques.

Une monnaie d’échange, unique et mondiale, fut créée pour l’occasion, annulant les déficits abyssaux des pouvoirs financiers.

Afin de relancer l’emploi, un grand projet mondial fut adopté et mis en action aussitôt : la conquête de l’espace. Mais cette conquête devait avoir un but précis : trouver une planète où l’homme pourrait s’installer, où nos cultures, nos élevages seraient biologiquement acceptés et dotée des ressources primordiales pour y déployer des industries.

Comme le voyage durerait sûrement des dizaines d’années, l’état des connaissances astrologiques étant limité aux galaxies proches, il fallait donc construire des villes spatiales, capables d’une complète autarcie pendant un laps de temps important.

Comme l’univers était empli de galaxies, avec le temps et le trajet, une galaxie finirait bien par posséder des caractéristiques proches de la Terre. Cinq zones de prospection furent définies, avec l’aide d’astronomes de renom, chacune dans des directions différentes, afin d’optimiser les recherches. Il fallait donc construire cinq villes spatiales, autonomes, et cela pour des décennies.

Au-delà des industries qui devaient être créées, des compétences à faire émerger et à développer, un peu partout dans le monde, il fallait assurer la subsistance de la population qui reprenait de l’activité.

De gigantesques chantiers agroalimentaires furent lancés, pour subvenir aux besoins de cette population renaissante.

Un contrôle des naissances fut également décrété. Un enfant par famille, pas plus, le temps de pouvoir produire de quoi faire vivre les populations.

Un pouvoir exécutif mondial, contrôlant les naissances, le bon déroulement de la relance de la production, fut créé.

Une dizaine de mois plus tard, la ‘cinquième ère’ était en route, et les populations s’activaient.

Certes, les problèmes de sécurité persistèrent quelque temps, mais tout fût jugulé, grâce au pouvoir exécutif, à l’aide de l’autocontrôle des populations et de la promesse de plein emploi. L’espoir reprenait forme un peu partout.

Le grand chantier de conquête de l’espace démarra ainsi.

Avec les années, des dizaines de plates-formes d’assemblage furent déployées dans l’espace, en orbite autour de la Terre. Chacune d’elles devait monter des modules spécifiques. Chaque module terminé et testé était transféré sur une des deux plates-formes de montage final.

Le montage final consistait à assembler les différents modules et ainsi construire les cinq villes spatiales.

Chaque ville était méticuleusement pensée et chaque module également, afin d’assurer la pérennité des voyages. Chaque module était dupliqué dans chaque ville flottante, mais disposé de façon asymétrique dans la ville, et capable d’être isolé et abandonné si un souci survenait.

Afin d’assurer l’alimentation de la population, deux modules d’élevage par ville, comprenant des animaux alimentaires mais également nombre d’embryons furent créés. Afin d’assurer un équilibre alimentaire, des unités de production de fruits, légumes et céréales, comprenant de grosses quantités de semences furent construites.

Afin que le voyage et potentiellement la colonisation se passe au mieux, il fallut prévoir de nombreux modules, chacun ayant un but précis. La santé eut son module, comprenant toutes les activités hospitalières, en prévoyant les personnes, chirurgiens, médecins, infirmiers, formés. L’éducation également, de la primaire aux études supérieures, afin d’assurer la pérennité des compétences. Des modules de sports et loisirs, afin de conserver un équipage en bonne forme et équilibré spirituellement. Des modules, d’astrologie, scientifiques, d’exploration, de maintenance des villes spatiales, de mécanique intérieure et extérieure, de sécurisation, juridiques, militaires dans l’espace et terrestres, de logement, administratifs et les modules de direction et pilotage.

Les unités qui prirent le plus de temps à imaginer et réaliser furent celles permettant l’alimentation en eau, en oxygène et en énergie. Vingt-cinq années de recherche de centaines de chercheurs furent nécessaires, le temps d’envoyer la plupart des plates-formes d’assemblage en orbite.

Une fois que tout fût pensé, il fallut vingt années supplémentaires pour que la première ville spatiale soit terminée et puisse démarrer son périple à travers l’immensité. Dans le même temps, le recrutement des familles avait été lancé, pour que toutes les compétences nécessaires soient embarquées.

Chaque ville devait embarquer vingt mille familles, toutes logées dans des appartements spacieux, comprenant deux grandes chambres avec salle de bain, une cuisine, un salon, un bureau et une salle de détente. Tous les appartements devaient posséder un ordinateur central, capable de piloter le quotidien de la maison (nettoyage, cuisine), mais également, de faire réviser les enfants, de gérer l’agenda de la famille, de commander ce qu’il manquait, que ce soit alimentaire ou autre, et, bien plus encore.

Chaque famille, plutôt jeune, excepté pour les compétences rares, devait ne pas avoir d’enfant. La procréation se ferait in vitro, afin de pouvoir sélectionner les meilleurs gènes et d’améliorer la race humaine. Un unique enfant par couple avait été décrété, au sein de la ville spatiale, afin de maintenir une population assimilable ainsi que l’équilibre homme femme.

Point de salaires, car tout emploi était utile, mais des droits d’accès aux luxes divers, en fonction de l’importance du poste occupé dans la ville.

C’est ainsi que le 25 novembre 2071, la première ville spatiale habitée quitta l’orbite de la Terre pour découvrir l’univers, dans une liesse mondiale.

Il fût décidé que cette ville, la première à s’élancer dans le grand vide, serait nommée « América », et que chacune des suivantes porterait le nom d’un continent. La seconde ville, prévue cinq années plus tard s’appellerait « Europa », puis il y aurait « Asia », « Africa » et « Oceania ».

En Mars 2076, le 11, ce fut donc au tour d’Europa et son équipage à être fêtés par la Terre entière. Quarante mille personnes qui furent projetés dans l’inconnu.

Chapitre 1 :

20 juin 2115,

Je vis au milieu de rien.

Une immensité de vide, d’obscurité, d’entités lumineuses lointaines qui nous entourent.

Pourtant, autour de moi, tout vit, grouille, court, s’agite, sans jamais s’arrêter.

Maman me disait parfois que nous vivions un peu comme dans une ville, qu’ils appelaient “le nouveau Paris”, mais suspendue dans le vide.

Je dois bien dire qu’au début, je la croyais sans mot dire, vu que j’ignorais de quoi elle pouvait bien parler. Et puis, en grandissant, je me suis rendu compte que ce n’était pas loin de la vérité.

L’activité est perpétuelle, ici.

Je n’ai pas le souvenir que notre ville ait connu une seconde de sommeil. Trop de choses à penser, à contrôler, à réparer, à produire, à diriger, à fabriquer, à faire évoluer, bref, une activité incessante.

Et moi, je me trouve au beau milieu de ce mouvement ininterrompu.

Quand je dis au milieu, je devrais dire que je fais partie de ce mouvement continu.

Je sais depuis bien longtemps que je n’ai pas les aptitudes à être au centre du mouvement, ni même à en diriger une partie.

Je n’en avais pas été déçu, d’ailleurs. Mes parents non plus, du moins je le crois.

Par contre, je sais qu’ils sont fiers de moi aujourd’hui.

Ils exultaient quand ils l’ont appris.

Je commence demain.

Demain, je vais vivre l’un des jours les plus importants de ma vie. Si ce n’est le plus important.

Demain, je serais officiellement pilote au sein de la célèbre F.A.E, la flotte aérienne d’Europa.

Certes, je ne ferais pas partie de l’élite, les FAE-PS, les pilotes de sécurisation, mais je serais tout de même FAE-PE, pilote d’exploration. C’est de toute manière, ce que je voulais devenir. J’aurais été déçu, si j’étais devenu FAE-PM, pilote de maintenance. En bref, je possède les aptitudes physiques à être pilote, mais mes notes dans certains cours de discipline collective, tels que le vol en escadre, ne me permettaient pas de prétendre à devenir pilote de sécurisation. Par contre, mes bons résultats aux unités “pilotage à l’instinct”, et “connaissance des environnements naturels”, m’ont permis de gagner le poste de pilote d’exploration.

Les principales différences entre les pilotes de sécurisation, d’exploration et de maintenance, sont importantes.

Le pilote de sécurisation vole en escadre sur les modèles les plus récents, et intervient dès qu’un problème de sécurité externe se produit. Ce sont les élites des pilotes. Discipline, sang-froid, stratégie sont leurs principales qualités.

Le pilote d’exploration vole, escorté par des pilotes de sécurisation jusqu’à l’entrée dans l’atmosphère d’une étoile à visiter. Une fois entré dans l’atmosphère, le pilote d’exploration doit déposer au sol, des scientifiques (géologues, biologistes, chimistes) et des membres de sécurité armés. Les scientifiques effectuent des prélèvements, et les membres de sécurité assurent leurs retours à l’unité. Une fois l’étude terminée, le pilote ramène tout le monde à bon port.

Le pilote de maintenance, essaie les nouveaux modèles d’unités spatiales (de sécurisation ou d’exploration), ainsi que les modèles sortant de maintenance ou de réparation. Certes, les pilotes de maintenance peuvent piloter tous types d’unités spatiales, mais seulement pour quelques minutes, et pour valider que tout fonctionne.

Les pilotes de sécurisation pilotent les dernières versions d’USS (unité spatiale de sécurisation), alors, que les pilotes d’exploration pilotent des USE, plus gros, moins rapides, moins maniables, capables de contenir jusqu’à cinquante tonnes de matériel et de se poser presque n’importe où. C’est vrai que piloter un USE n’est pas glorieux, mais j’ai ce rêve enfoui en moi depuis tout jeune, où je fais partie des quelques personnes qui poseront leurs pieds, pour la première fois, sur la planète sur laquelle nous pourrons nous installer définitivement.

Je dois préciser que tous les habitants de la ville spatiale sont apatrides, si je m’en tiens au sens du dictionnaire. Même, si, pour le coup, nous ne recherchons pas un pays d’accueil, mais une planète d’accueil.

Cette ville spatiale, sur laquelle je vis, se nomme Europa.

J’ai appris qu’une ville semblable à la nôtre était partie cinq années avant nous. Elle s’appelait América. Nous n’en avons aucune nouvelle, mais, vu la distance qui nous sépare, cela est complètement normal.

Asia, la troisième ville flottante, devait partir peu de temps après nous. Mais que signifie le terme peu de temps dans cette immensité ?

Nous sommes originaires, à ce que l’on m’a appris, d’une planète bien réelle : la Terre.

Je ne l’ai jamais connue.

Au fait, je ne me suis pas présenté, je m’appelle Maxime et j’ai vingt-quatre ans.

Je suis célibataire, et n’ai encore rencontré aucune femme avec qui je désire ou puisse partager ma vie.

Je suis né ici, sur Europa.

En étudiant le passé, j’ai pu m’apercevoir que les gens, habituellement, naissaient dans une ville, à l’intérieur d’un pays, dans un continent. J’ai du mal à intégrer ces notions.

Ici, il n’y a qu’une ville : Europa.

Je suis donc né sur Europa, une ville suspendue dans l’infini.

Expliquer Europa serait très long, mais je vais essayer.

En bref, Europa est une entité spatiale gigantesque, de la taille d’une ville terrienne, mais où tout est prévu pour vivre en autarcie pendant des centaines d’années.

Europa possède des entités agricoles, culturelles, énergétiques, informatiques, matérielles, de divertissement, etc.

Europa fournit la nourriture, l’air, l’eau, l’énergie, et les ressources nécessaires à la vie.

Comme le dit l’axiome présent partout : “chacun est unique, chaque poste est indispensable, mais chacun est remplaçable”. Cette nécessité de vie de la communauté est obligatoire pour notre survie. Certes, cela peut laisser à penser que nous ne sommes rien, parmi rien, au milieu de rien. Mais avons-nous le choix ? Soit nous avançons ensemble, soit nous mourrons ensemble.

Le moindre manque peut-être fatal.

Les personnes de mon âge ont déjà pris maris ou épouses, et sont bien souvent pères ou mères, mais personne ne m’a fait chavirer au point de devenir dépendant.

Certes, je passe, dans certains milieux, pour un réfractaire, un individualiste, mais je désire aimer la personne que je devrais épouser.

Je n’ai pas déniché celle qui, mais j’ai trouvé ma voie. Si je veux être totalement honnête, j’ai trouvé celle qui, à un moment de ma vie. Je n’étais simplement pas celui qui. Pas assez brillant, sûrement. Elle était sublime. Elle était brillante. Je n’étais que moi.

Dans cette ville d’union obligatoire, où tout le monde a besoin de tout le monde, la notion de valeur intrinsèque des personnes est oubliée au détriment de l’avenir commun. Certaines personnes, malgré l’axiome, sont tout de même moins irremplaçables que d’autres. Certaines personnes ont plus d’importance pour la communauté que certaines autres. Les postes de dirigeants, glorieux, attirent toujours plus que ceux, opérationnels, indispensables à la mécanique collective.

Dans tous les cas, je vais devenir ce que je désirais être.

Je suis impatient d’être à demain.

Mais pour le moment, Maria me rappelle que mes parents m’attendent dans la salle à manger pour dîner.

Maria, c’est ma seconde mère, ma sœur, ma confidente, ma gouvernante, mon professeur personnel. Maria, c’est l’ordinateur de la maison. Elle est capable de presque tout gérer.

Maria était capable de désactiver la télévision, si je n’avais pas fini de faire mes devoirs, ce qui arrivait assez souvent.

Maria me préparait le repas lorsque mes parents ne pouvaient être présents.

Maria me diffusait les petits messages d’amour de mes parents quand ils ne pouvaient pas être présents pour le réveil et le départ à l’école, ou pour le coucher.

Maria corrigeait mes fautes lorsque je tapais des rapports ou que j’apprenais à écrire, et toujours en m’expliquant pourquoi c’était une faute.

Maria est capable de gérer presque tout dans la maison, mais je l’ai déjà dit.

Sa douce voix me rappelle à nouveau que mes parents me demandent à la cuisine.

– Je t’ai entendue, ma Maria, j’y vais de ce pas.

Sa voix me contacte à nouveau :

– Maxime.

– Oui, Maria.

– Félicitations pour ton poste, je suis fière de toi.

– Merci Maria, mais tu sais que c’est aussi grâce à toi.

– Je suis heureuse d’avoir contribué à te construire.

– Tu es une merveilleuse bâtisseuse d’hommes, ma Maria.

– Merci.

Je quitte ma chambre blanche, pour me diriger vers la salle à manger.

Un couloir sépare la zone repos de la zone de vie, et est entièrement parsemé de nos photos familiales.

Une porte coulissante à ouvrir digitalement et je suis dans la salle à manger.

Je présente mon doigt et la porte se dérobe latéralement.

Je vois cette grande table blanche au centre d’une pièce composée de chaises hautes et toutes blanches, aux pieds métalliques, et tout autour, tous les instruments de cuisine, du four au mixeur, du frigo digital aux placards. Par contre, je ne vois pas mes parents.

Bizarre.

Maria ne se trompant jamais, je soupçonne une surprise.

À l’autre bout de la pièce, la porte donnant sur le salon est fermée.

Je traverse la pièce et m’en approche.

Je l’ouvre d’un doigt.

À peine ouverte, j’entends de multiples voix chanter en chœur :

‘Félicitations,

pour ta nomination.

Nous sommes fiers de toi,

tu marches sur nos pas.

Tu honores ta patrie,

tu honores tes amis.

Europa est en émoi,

et attends tes exploits.'

Tous chantent la chanson du nominé.

Ne m’attendant pas à cela de la part de mes parents, je suis un peu glacial.

Je regarde autour de moi.

Mes parents sont là, au fond de la pièce. Ils paraissent gênés.

Mon futur responsable, le colonel Rojas, et sa femme sont là.

Mon formateur est là également, avec sa femme et son enfant.

Mon meilleur ami, Noa, et ses parents sont là également.

Il y a aussi des amis de l’école de pilotage, et il y a Delilah, ses parents et son mari.

Delilah qui m’a quittée pour lui. Lui, directeur administratif en second d’Europa.

Rien que sa vision me donne envie de faire demi-tour.

Tous viennent me féliciter pour mes nouvelles fonctions, en me souhaitant beaucoup de réussite.

Mon père sort le pichet de champagne reconstitué.

Le champagne est tellement rare. Je suis à la fois ému, et un peu en colère pour ce geste. J’aurais préféré partager cela avec mes parents seuls.

Je croise le regard de mon père. Il saisit de suite mon malaise.

Il s’approche de moi avec le pichet de champagne.

Il a les cheveux bruns, virant sur le gris. Un regard cerné par tant d’heures de travail et de nombreuses responsabilités. Il a le regard bienveillant du père aimant. Il me scrute, il me ressent.

À peine arrivé à mes côtés, il me dit :

– Nous n’avons pas fêté ta nomination tous les deux.

J’ai envie de le prendre dans mes bras, mais me contente de lui dire :

– Non, il faut rattraper ça.

Il me sert une coupe de champagne et nous trinquons ensemble.

Il ajoute d’une voix tremblante :

– Nous sommes fiers de toi, tu sais. Moi et ta mère.

– Je sais papa. Mais pourquoi tout ça ? Vous avez dû vous ruiner ?

Il me regarde profondément dans les yeux, avec une larme naissante :

– Et pour qui d’autre aurions-nous dû le faire ? Tu es notre fils.

En entendant cela je m’effondre, plonge mon visage dans son cou en le prenant dans mes bras.

Il me prend dans ses bras à son tour, et me serre fort.

Nous restons quelques secondes ainsi.

Soudain, je sens une main frôler mon dos.

Je me retourne.

Ma mère.

Elle nous a vus et a les yeux rougis.

Elle est magnifique, sa longue chevelure brune, son teint légèrement mat. Elle semble si fine et fragile.

Je me retourne et explose à nouveau en larmes dans les bras de ma mère.

J’ai le visage enfoui dans son cou.

Elle me susurre :

– Tu es notre unique enfant, et quoi que tu fasses, nous serons toujours fiers de toi, si tu es heureux.

– Merci maman.

– Nous t’aimons plus que tout, ne l’oublie pas.

– Merci.

Le reste de la soirée se passe de façon très agréable, même si la présence de Delilah et de son mari me dérange un peu.

Je fais le tour de toutes les personnes présentes, et reçois les félicitations de tout le monde.

Je repousse au maximum le moment où je vais devoir recevoir les félicitations de Delilah et de son mari.

Une occasion se présente, son mari part discuter avec un groupe de personnes un peu plus âgées, dont fait partie mon père.

Je saute sur l’occasion pour approcher Delilah.

Nous nous faisons la bise.

Elle me dit avec affection :

– Félicitations.

– Merci.

– Je savais que tu allais réussir.

– Réussir quoi ? Visiblement, cela n’est tout de même pas suffisant.

– Tu parles de quoi ?

– Je me comprends.

– Ne recommence pas.

– J’arrête.

– Tu étais mon meilleur ami, cette amitié me manque, et je suis vraiment fière de toi.

– Je sais. Mais les choses ont changé.

– Parce que je suis mariée ?

– Non. Parce que tu es mariée avec lui.

– C’est un bon parti.

– Je sais. Si c’est la seule chose que tu souhaitais, c’est très bien ainsi.

– Ne gâche pas tout. Tu sais très bien que…

– Que tes parents voulaient un beau mariage, avec un homme brillant. Tu l’as eu et je suis heureux pour toi.

– Merci.

– Et tu es heureuse ?

– Mais oui, et là n’est pas la question. Nous sommes une communauté et nous devons avancer pour le bien de celle-ci.

– Je sais.

– Et tu vas mettre, à partir de ce jour, ta pierre à l’édifice.

– J’espère bien.

– Je n’en ai aucun doute. Tu es fait pour faire de grandes choses, je le ressens et je te l’ai toujours dit.

– C’est vrai.

– Tu resteras mon ami Max, avec qui je partageais mes états d’âme et tant d’autres choses.

– Toi aussi.

Je me radoucis :

– Toi aussi, tu resteras unique pour moi.

– C’est gentil. Accompagne-moi voir Killian, il veut te féliciter.

Killian, celui qui me harcelait lorsque j’étais gamin. Ce même Killian qui, s’il n’avait eu un père influent, n’aurait pu prétendre à son poste, vu ses capacités intellectuelles limitées.

Et ce même Killian qui m’a volé celle qui m’était destinée. Je n’ai jamais su si c’était par réel intérêt pour elle ou juste parce que je l’avais choisie moi, et qu’il lui fallait me la voler absolument, comme un trophée supplémentaire, après avoir traumatisé mes années scolaires en essayant systématiquement de m’humilier physiquement sur les terrains de sport. Il était costaud et moi beaucoup moins. Depuis, nous avons bien changé, lui et moi, mais ce qu’il a perdu en force, il l’a gagné socialement.

Alors que je pense à tout ça tout en suivant Delilah, je me retrouve enfin devant Killian.

Il me prend dans ses bras et me lance :

– J’étais sûr que tu arriverais à quelque chose, vieux frère. Félicitations.

Je lui rends un ‘merci’ forcé.

Il approche sa bouche de mon oreille, et murmure suffisamment fort pour que Delilah entende :

– Si tu le souhaites, dans quelque temps, je peux m’arranger pour que tu deviennes pilote de sécurisation.

J’avale la pastille et lui réponds calmement :

– Je suis devenu ce que je voulais être, mais merci pour la proposition.

Quel sale con ce mec. Jusqu’au bout, il essaie de me rabaisser.

La soirée se poursuit, mais le plus dur est fait.

Une fois les derniers invités partis, mes parents chaleureusement remerciés, je me retrouve seul dans ma chambre avec mon amie de toujours : Maria.

Ce n’est que notre ordinateur de maison, je sais, une amie virtuelle, mais je peux parler avec elle des heures, et elle me calme ou me console toujours. Par moments, lorsqu’elle n’est pas capable d’analyser mes sentiments humains, elle me soumet sa logique cartésienne, et j’avoue que cela me calme.

Nulle révolte ou colère chez Maria, mais elle me rassure et m’enveloppe toujours d’une ambiance de calme et de quiétude qui me mènent systématiquement au sommeil.

Chapitre 2 :

21 juin 2115,

Maria m’a réveillé en fanfare ce matin.

C’est ma première journée comme pilote d’exploration et je vais rejoindre mon équipe, mais cette fois en tant que membre et non plus en tant qu’apprenti.

Maria sait cela, et pour marquer l’évènement, j’ai eu droit à un réveil musical : ‘Time’ des Pink Floyd. J’adore ce groupe. Il paraît qu’ils ont eu un immense succès au vingtième siècle, et je dois bien avouer que c’est mérité. Mais pour le coup, la succession des réveils à l’introduction de ce morceau m’a quelque peu surpris.

J’en fais d’ailleurs le reproche à Maria, qui, loin de s’en excuser, se félicite de l’effet que ce morceau a eu sur ma personne.

Elle devient de plus en plus humaine.

Le temps de faire ma toilette, de déjeuner et d’enfiler ma tenue de pilote, fraîchement reçue, et me voilà prêt.

Ma tenue est constituée d’une combinaison noire sur laquelle est dessinée le logo d’Europa représentant le globe terrestre, d’une paire de chaussures rigides sur les pieds et les chevilles mais qui restent souples pour marcher, et qui remontent presque à mi mollet.

Sur les épaules je découvre mes premiers galons. En devenant pilote, je suis également devenu lieutenant. Je ne suis pas un fervent amateur des signes extérieurs, mais je dois bien avouer ressentir une certaine fierté en portant cette combinaison.

Alors que je m’admire dans ma nouvelle tenue de travail, Maria me ramène à la réalité en annonçant :

– Une navette taxi vous attend devant la porte, Mr le lieutenant.

– Tu te moques.

– Pas du tout.

– Merci d’avoir commandé la navette.

– Ce n’est pas moi.

– Qui est-ce alors ?

– Je crois que c’est le moyen de transport dû à vos nouvelles fonctions, Mr le lieutenant.

– Non ?

– Si. Cela fait partie des avantages de votre nouveau poste. Mais il y en aura d’autres, vous verrez.

– Tu me dis que je n’aurai plus à me soucier des horaires des transports collectifs ou de réserver un taxi ?

– Oui.

– Je crois que je vais aimer mes nouvelles fonctions.

– Je l’espère. Et je tenais à vous rappeler une chose de ma part et de celle de vos parents, qui sont au travail.

– Laquelle ?

– Nous sommes fiers de vous, Lieutenant.

– Merci Maria, c’est adorable. Mais une chose, avant de partir.

– Oui Lieutenant.

– Moi, c’est Maxime, et je ne veux pas de lieutenant entre nous.

– J’espérais que vous diriez ça.

– Et tu me tutoies.

– D’accord.

– Bonne journée Maria.

– Bonne journée Maxime.

Je sors de notre maison. Une capsule taxi attend juste devant la porte. J’entre, m’assois, et dépose ma main sur l’authentifieur biométrique.

Aussitôt, la porte de la capsule se referme et une voix me dit :

– Bonjour lieutenant Carrère. Notre temps de trajet jusqu’à l’unité d’exploration sera de 13 minutes et 23 secondes. Souhaitez-vous regarder la télévision durant ce trajet ?

– Non merci.

– Désirez-vous une boisson ?

– Non merci.

– Désirez-vous un petit en-cas ?

– Non merci, je n’ai besoin de rien.

– Dans ce cas, nous démarrons.

La capsule se meut pour se diriger sur la voix centrale, puis accélère.

Les portes d’entrée des appartements défilent, puis la capsule ralentit pour prendre un virage à 90° à gauche. Quelques secondes plus tard, nous sommes sur la voix centrale 3. La capsule accélère durant quelques centaines de mètres, avant de se diriger devant une unité ascensionnelle et patienter. Deux autres capsules patientent devant la mienne.

La porte de l’unité s’ouvre et ma capsule y entre. Quelques secondes d’attente, le temps que deux nouvelles capsules nous rejoignent et les portes se referment et nous montons.

Au niveau 2, les capsules m’entourant quittent l’unité ascensionnelle.

La porte se referme et nous montons vers le niveau 1.

Quelques minutes plus tard je me retrouve devant la porte de mon unité d’affectation : l’exploration.

Je descends de la capsule et cette dernière s’en va aussitôt non sans m’avoir souhaité une bonne journée.

Je pose ma main sur le lecteur biométrique devant la porte métallique de mon unité d’affectation et une voix masculine me dit :

– Bienvenue lieutenant Carrère.

La porte s’ouvre.

Il va me falloir m’habituer à cette appellation de lieutenant.

Je traverse le couloir blanc de la zone de bureau, en recevant des bonjours et des félicitations lieutenant, de-ci, de-là avant de me trouver devant la porte biométrique donnant sur le balcon. Le balcon n’est autre qu’un couloir donnant sur les bureaux des pilotes et des responsables d’un côté, et vitré de l’autre afin de pouvoir observer, dix mètres plus bas, la flotte d’USE (unité spatiale d’exploration) présente sur la base.

Je reste quelques instants devant la porte qui me sépare du balcon, afin d’immortaliser l’instant. Jusqu’ici, je ne pouvais la franchir qu’accompagné d’un pilote ou d’un responsable, mais aujourd’hui était différent. Aujourd’hui, je pouvais ouvrir cette porte seul, d’un doigt, parce que j’étais officiellement pilote. Je regarde mon index, clé de mes futures explorations spatiales, comme s’il était un diplôme, avec respect et gratitude, avant de le poser contre la porte, qui cède immédiatement.

À peine sur le balcon, je profite de la vue de ces machines spatiales perfectionnées, que j’aurai le plaisir de piloter sous peu.

Quelques minutes plus tard, j’assiste au débriefing de la journée à venir, au milieu d’une vingtaine de pilotes chevronnés, tous lieutenants ou capitaines. C’est le colonel Rojas qui mène le débriefing quotidien et donne les ordres.

– Capitaine Morand et lieutenant Benchetrit, vous partez sous escorte sur 02.0328.00034. Un chimiste, un biologiste et un médecin vous accompagneront. L’objectif : réaliser des prélèvements et rentrer. La mission devrait durer deux mois.

– Capitaine Karpov et lieutenant Traoré, vous partez sous escorte sur 02.0328.00125. Un chimiste, un biologiste et un médecin vous accompagneront. L’objectif : réaliser des prélèvements et rentrer. La mission devrait durer un mois et demi.

– Capitaine Descartes et lieutenant Wagner, vous partez sonder 02.0329 avec un astronome. Retour dans un mois.

– Capitaine Queffelec et Lieutenant Riverte, vous partez demain pour explorer 02.328.00268. Vérifiez bien le matériel.

Le reste ne fut qu’une succession de missions en préparation. Et vint la dernière : la mienne.

– Capitaine Pirlo, je vous laisse le soin de préparer une mission pédagogique de quinze jours avec notre nouvelle recrue, le lieutenant Carrère. Je vous laisse le soin de faire connaissance. Le capitaine Pirlo s’occupera de votre formation, lieutenant Carrère, désormais. Je le laisse seul juge quant au contenu de la formation pratique qu’il vous donnera.

Une mission de quinze jours dès le départ. Je vais pouvoir piloter des heures et des heures. Quel bonheur.

Le capitaine Pirlo est un homme plutôt petit et sec, au visage d’aventurier, qui doit bien avoir une quarantaine d’années. Il a dû participer au grand décollage de la Terre. Nul doute qu’il va pouvoir me raconter tout un tas d’anecdotes de notre planète d’origine. Par contre, il n’a pas l’air commode.

Une fois la réunion terminée, le capitaine Pirlo me demande de la suivre, ce que je fais.

Une fois dans son bureau, où se trouvent une table de travail tactile et deux chaises de chaque côté, il attaque froidement :

– J’aime beaucoup ton père, mais ne crois pas que cela altérera mon jugement sur toi.

– Je pense qu’il n’en attend pas moins.

– Soit. Je dois te prévenir que je préfère l’exploration à la formation.

– Cela tombe bien, j’ai envie d’explorer les nouveaux mondes depuis tout jeune.

– Tu pilotes peut-être bien, mais lors des missions d’exploration, le pilote ne doit prendre aucun risque. Tu es casse-cou ?

– Ce n’est pas ce qui me caractérise.

– Mais tu as envie d’aventure.

– De découverte surtout.

– Alors, oublie. Nos missions sont d’amener notre appareil à bon port, avec le personnel qui s’y trouve en parfait état. Ne jamais oublier cette notion. Nous ne sommes pas seuls à bord et il est hors de question de se faire plaisir.

– Compris.

– De plus, une fois sur une planète, une étoile, une météorite ou tout autre objet sur lequel il est possible de se poser, nous devons toujours respecter une règle essentielle.

– Laquelle ?

– Tu ne t’en souviens pas ?

– Ne jamais laisser le vaisseau seul.

– Exact. Et pourquoi ?

– Pour éviter qu’il soit souillé, corrompu ou volé durant notre absence.

– Oui. Mais encore.

– Pour pouvoir venir en aide rapidement aux scientifiques s’il y a un problème.

– Oui. Mais encore.

– Je ne vois pas.

– Il y a fort peu de chances pour qu’un scientifique sache piloter un USE, alors il vaut mieux que le pilote reste entier pour pouvoir ramener tout ce beau monde.

– Oui, c’est logique.

– Seule condition où un pilote peut quitter son vaisseau pour suivre les passagers ?

– C’est une question ?

– Oui.

– Lorsque aucun danger potentiel n’est avéré ?

– Non. Lorsqu’il y a deux personnes capables de piloter.

– Et qui accompagne les scientifiques ?

– Lorsqu’il y a deux pilotes, il y en a toujours un plus gradé. Je te laisse réfléchir à la réponse.

– J’ai compris le message.

– Et accepté ?

– Oui. Il y a des chances que je ne reste pas lieutenant toute ma vie.

– Si tu es discipliné, il y a des chances.

– Dans ce cas, cela ne me gêne pas.

– Parfait. Bon maintenant, passons aux choses sérieuses.

D’un geste, il sort le bureau tactile de sa veille énergétique.

L’écran fait toute la table, et des icônes applicatifs apparaissent enveloppés dans un fond d’écran photo des pilotes devant un USE.

Il sélectionne l’application carte instantanée.

La photo et les icônes sont remplacés par une carte stellaire dans laquelle un point indique notre position.

Le capitaine Pirlo se lève et me dit :

– Tu connais ces cartes ?

– Oui, j’ai appris à les décoder lors de mes études.

– Je me doute, mais quelle est leur particularité ?

– Elles nous donnent notre positionnement dans l’espace en temps réel.

– Oui. Mais ne trouves-tu pas que cela manque de précision ?

– En faisant coulisser l’écran, je peux découvrir les autres dimensions.

– Je vois que tu n’es pas idiot.

– Merci.

– Nous avons, ici, une carte à deux dimensions. Précise, certes, mais qui ne propose, par défaut, qu’une vision plane et fonction de la direction où nous allons et d’où nous venons. Tu peux effectivement faire une rotation de la surface plane pour découvrir ce qui nous entoure et donner une illusion de tri dimension sur notre axe de déplacement. Maintenant, je vais te présenter quelque chose que l’on ne montre pas à l’école, pour différentes raisons, et notamment parce que nous devons rester économes en énergie et que cette fonction est tout, sauf économe. Maintenant, lève-toi et viens à côté de moi.

Je m’exécute et me positionne à ses côtés.

D’une voix grave il dit clairement :

– Lancement de la vision holographique.

La lumière du bureau s’éteint, nous plongeant dans l’obscurité la plus totale. Puis, il se remplit d’une multitude de petits points brillants et de minuscules halos de lumières. Je comprends rapidement qu’il s’agit d’une carte en 3 dimensions qui s’affiche au milieu du bureau.

Je reste béat d’admiration devant cet univers qui nous paraît si éloigné et vide et pourtant si rempli.

Je vois le petit point rouge qui situe notre ville flottante et je perçois notre petitesse parmi l’immensité.

Je ne peux que murmurer, dans un état admiratif :

– C’est fabuleux.

– Content que ça te fasse de l’effet. Mais tu n’as pas encore tout vu.

D’une voix forte et claire il dit :

– Affiche le trajet d’Europa.

Une ligne rouge pleine apparaît à gauche de notre position et une ligne rouge en pointillés à droite.

Il me demande alors :

– Que remarques-tu ?

– Nous naviguons en passant au loin des galaxies et des zones encombrées de météores.

– Exact. Et qui permet cela ?

– Les astrologues ?

– Oui. Mais aussi les pilotes, qu’ils soient d’exploration ou de sécurisation, ainsi que les sondes que nous envoyons.

– Je suis impressionné.

– Mais ce n’est pas tout. Mais nous devons organiser ton voyage de formation n’est-ce pas ?

– Oui.

D’une voix claire il dit :

– Missions en cours et prévues.

Des lignes de couleurs différentes apparaissent un peu partout sur la carte et le capitaine Pirlo m’annonce :

– Voilà les missions en cours ou prévues. Si tu veux plus de détail, je peux faire afficher les noms des étoiles et les références des vols, les équipages, etc. Mais cela peut rapidement devenir illisible. Maintenant, je te laisse observer cette carte quelques minutes et j’aimerai que tu m’indiques où tu aimerais que nous allions durant ta formation.

J’observe attentivement la carte et les différentes destinations des missions d’exploration.

Il y a des missions qui partent vers des étoiles ou des planètes bien définies, mais non colonisables. Il y a des missions qui vont vers des zones instables, tels des champs de météorites, pour étudier leur comportement. Il y a celles qui partent en amont de notre direction pour vérifier que nous ne rencontrerons pas d’obstacles.

En jetant un rapide coup d’œil, il y a des missions d’exploration vers toutes les galaxies nous entourant. Toutes ces galaxies semblent posséder un soleil, noyau de la galaxie, et des planètes qui gravitent autour à des distances énormes, mais qui paraissent si proches vu d’une carte. Toutes les galaxies que je peux observer semblent proches structurellement, sauf une, par ailleurs la plus proche de nous. Elle semble posséder un soleil, une limite externe, des planètes toutes proches du soleil, et d’autres très éloignées, mais entre les deux, un vide, comme une anomalie.

Je me permets de demander au capitaine en montrant du doigt l’objet de ma question :

– Cette galaxie me paraît bizarrement structurée par rapport aux autres, vous ne trouvez pas ?

– Si, en effet.

– Comment se fait-il qu’aucune mission n’ait été prévue, d’autant plus qu’elle est proche de notre position ?

– Nos astrologues ont déterminé qu’elle était, justement, structurée de façon à ce qu’aucune vie ne soit possible.

– Et dans ce cas, aucune mission de vérification n’est programmée ?

– Nous avons des effectifs limités et nous nous concentrons sur les galaxies probablement vivables.

– Je comprends.

– Bien.

Mais, étant curieux de naissance, et ne comprenant pas cette structure bizarre, je me permets de faire une réflexion :

– Et croyez-vous, capitaine, que l’on puisse effectuer une mission de formation vers ce lieu ?

– Je vous avoue que ce n’était pas ce que j’avais prévu, mais cette anomalie me rend aussi curieux que vous. J’avais prévu de rejoindre une équipe étudiant les météorites, mais si vous êtes intéressé, je peux demander une dérogation pour aller à la rencontre de cette galaxie sans intérêt.

– Vous pourriez ? J’adorerai vraiment.

– Je ne devrais pas vous dire ça, mais vous avez la curiosité de

votre père.

– Je suis flatté.

– Vous pouvez. En ce qui concerne la mission, je ne vous garantis pas que nous aurons l’autorisation, mais je vais essayer. Par contre, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles cette nuit, nous ne partirons pas demain.

– D’accord. Et quelle que soit la décision, je ne serai pas déçu. Je suis là pour apprendre.

– Mais une zone à découvrir ne serait pas pour vous déplaire.

– C’est clair.

– Sur ce, nous nous verrons demain, et je vous dirai ce qu’il en est.

***

Le soir, lors du repas familial, mes parents, bien évidemment, me demandent comment s’est passée ma première journée dans la peau d’un lieutenant.

Alors que je finis à peine d’expliquer la réunion d’équipe, mon père bout d’impatience et me demande :

– Qui sera ton parrain ?

– Mon parrain ?

– Ton instructeur.

– Le capitaine Pirlo.

Il sourit :

– C’est un homme que j’apprécie beaucoup. Et c’est un des pilotes les plus chevronnés de notre flotte.

– Je crois qu’il t’apprécie aussi, à ce que j’ai compris, mais il ne me fera pas de cadeaux pour autant.

– Il faut le comprendre, tu vas transporter des personnes et leur sort reposera sur toi. Il veut que tu sois à la hauteur. Mais, sur ce point, j’ai peu de doute.

– J’espère.

– Ne sois pas inquiet.

– Et tu l’as connu où, le capitaine Pirlo ?

– C’est une longue histoire, et nous en discuterons une prochaine fois. Ta première mission consistera en quoi ?

– Je ne sais pas encore.

– Tu sais au moins quand tu dois partir ?

– Non. Je sais seulement que ma mission durera 15 jours, c’est tout.

Ma mère écarquille les yeux et s’exclame :

– 15 jours ? Mais c’est très long.

Mon père répond à ma place :

– Il est au service d’Europa et de la collectivité maintenant. Ce n’est plus un enfant.

Quelques minutes plus tard, alors que je suis allongé sur mon lit, je réalise que je n’ai pas parlé de ma possible mission dans une galaxie non visitée, alors que nous nous sommes toujours tout dits. En analysant bien ma retenue sur le sujet, j’y vois trois raisons inconscientes. La première est que j’ai envie de réaliser cette mission et que je ne veux pas me porter la poisse en en parlant. La seconde est que ma mère aurait été folle d’inquiétude plusieurs jours à l’avance. La troisième est que si mon père jugeait, potentiellement sous la pression de ma mère, que cette mission pouvait être dangereuse, il essaierait d’interférer pour la faire annuler. Je ne suis plus un enfant, et j’ai envie de cette mission et de découvrir de nouveaux univers.

Depuis que je suis né, je ne me suis jamais éloigné d’Europa plus de quelques heures. À chaque fois, j’y ai vu l’obscurité la plus totale, et de temps en temps quelques météorites hasardeuses. Le reste du temps, j’ai vécu dans un environnement contraint, contrôlé et sans surprise. Comment ne pas avoir envie de découverte, d’une certaine part de liberté. Si quelqu’un lisait dans mes pensées il me dirait que la liberté n’est que collective. Il aurait raison, mais, je ne sais pourquoi, j’ai une soif de découverte, d’exploration, comme si ma vie était écrite bien au-delà des limites de ce vaisseau.

Alors que je suis plongé dans mes pensées, la voix de Maria me ramène à la réalité :

– Tu m’as l’air soucieux.

– Non, je suis heureux, au contraire.

– Tes indicateurs vitaux me disent pourtant que tu es soucieux.

– Je ne peux rien te cacher.

– C’est mon rôle.

– J’ai simplement peur de ne pas être à la hauteur.

– Tu le seras, je te connais. Tu possèdes des capacités que toi-même ignores encore.

– Tu n’es pas objective, ma Maria.

– Au contraire, je ne suis qu’un ordinateur, et, comme tu le sais, je ne suis pas capable de subjectivité.

– Tu dis ça quand cela t’arrange.

– C’est vrai, mais pas sur tes capacités.

– Merci, ma Maria. Je ne t’ai jamais considérée comme un ordinateur. Toi aussi, tu es remplie de ressources.

– Si c’est un compliment, je l’accepte.

– C’est un compliment.

– Il faut dormir maintenant, Maxime.

– Bonne nuit, ma Maria.

– Bonne nuit, mon Maxime.

Chapitre 3

22 juin 2115.

J’ai encore fait un étrange cauchemar cette nuit, presque toujours le même depuis une éternité.

Une jeune femme, à ce que je crois, vu le peu de ressemblances qu’elle peut posséder avec les femmes que je connais, me murmure de la rejoindre et de l’aider, dans un souffle de vent. Elle semble penser que j’ai peur d’elle, car elle insiste en me répétant de lui faire confiance. Sa voix est envoûtante au point qu’elle brise mes appréhensions malgré sa différence. Sa peau est blanche, à la limite du translucide, ses cheveux oscillent entre le blanc et le turquoise, sa bouche et son nez sont minuscules et elle est aussi grande que moi. Mais le détail qui me déstabilise est la beauté de ses yeux. Ils sont en amande, grands, et l’iris est entre le violacé et le pourpre.

Comment de tels yeux peuvent-ils naître de mon imagination ? Jeune, certes, j’aimais à regarder des mangas du vingtième siècle, mais tout de même.

Dans ce rêve, je suis dans une forêt dense et drue, peuplée d’arbres aux feuilles immenses au point que l’on pourrait se cacher derrière une seule d’entre elles, et elle semble blessée. Je ne sais pourquoi, mais au fond de moi, je lui en veux de quelque chose.

Mais ce n’est qu’un rêve, et alors que je me décide à la toucher pour l’aider, le rêve s’évapore sur l’air de ‘sweat child o’ mine’ des Guns’n’roses. Ce morceau vous sort de votre torpeur en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Encore une idée de Maria.

Je me lève rapidement, car aujourd’hui est un jour important : je vais savoir quelle première mission je vais effectuer, en espérant, au plus profond de moi, partir pour cette galaxie non explorée. Je sais que je ne trouverais rien de particulier dans cette zone, mais découvrir une galaxie, même sans intérêt pour notre population, est un rêve d’enfant. Être un explorateur, un vrai. Découvrir ce que personne n’a vu et ne verra, ou, pourquoi pas, découvrir la planète sur laquelle nous pourrons tous nous poser et enfin construire une nouvelle Terre.

Mais en attendant, trêve de rêverie, il faut que je me prépare, car je suis attendu à l’unité d’exploration.

***

Quelques dizaines de minutes plus tard, je me retrouve dans le bureau du capitaine Pirlo, qui m’accueille avec un visage qui reflète la déception. Je me fais à l’idée que nous allons nous frayer un chemin au milieu des astéroïdes ou suivre des unités d’exploration en reconnaissance.

Il attaque sans conviction :

– J’ai une bonne et deux mauvaises nouvelles pour toi. Je te livre quoi en premier ?

– Les mauvaises.

– Nous partons en mission dans trois jours. Mais nous partons pour, au minimum, quinze jours, mais plus sûrement pour un mois.

– Ce sont les mauvaises nouvelles ?

– Non, c’est juste la première.

– Ah.

– Nous ne serons pas seuls. Un biologiste, un chimiste et un astronome nous accompagnent.

– Pourquoi cela ?

– Ils veulent découvrir s’il n’y a pas des résidus de planète et d’atmosphère dans cette galaxie. Mais, pour eux aussi, ce sera leur première mission, car, tout comme toi, ils sortent de l’école.

– Quand tu dis cette galaxie, c’est…

– Oui, la mission est acceptée.

Je saute de joie et il sourit en me voyant heureux.

Je redescends vite sur terre pour lui demander :

– Nous partons avec des jeunes scientifiques sans être escortés ?

– À vrai dire pas tout à fait. Deux agents de sécurité nous accompagneront.

– J’espère qu’ils ne sont pas des novices.

– Ça, je ne peux pas te l’affirmer.

– Mais qu’importe, nous partons découvrir… Comment s’appelle cette galaxie d’ailleurs ?

– 02.0331

– Pas de petit nom ?

– Pas encore.

– Comment nous organisons nous pour la préparation du voyage ?

– Bonne question. Aujourd’hui, nous préparons l’USE, et demain, nous nous occuperons du chargement.

– Et après-demain ?

– Tu restes chez toi pour te reposer et profiter de ta famille et tes amis.

– Il n’y aura rien d’autre à faire ?

– Non, mais crois-moi, tu vas en avoir besoin.

– Pourquoi ?

– La préparation d’une première mission est tout sauf du repos, tu verras. D’autres questions ?

– Oui, mais elle est sûrement sans intérêt.

– Pose ta question. Si elle est bête, je te fournirais une réponse du même acabit.

– Dans le manuel des explorateurs, il est indiqué qu’une mission d’exploration qui embarque des scientifiques est toujours accompagnée par des unités de sécurisation. Nous en aurons ?

– Non.

– OK. J’aime mieux ça, mais, est-ce parce que ce sont des débutants et que la galaxie est sans intérêt ?

– J’imagine.

– Et qu’il n’y a pas de risques ?