Les braises sous la cendre - Tara Lain - E-Book

Les braises sous la cendre E-Book

Tara Lain

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Beschreibung

Les contes de Pennymaker, numéro hors série Mark Sintorella (surnommé Cendres) travaille sans relâche en tant que valet dans un hôtel de luxe le jour, et dessine des vêtements la nuit, dans l'espoir secret de réussir un jour à entrer en école de mode. Mais tous ses plans tombent à l'eau le jour où il rencontre Ashton Armitage, fils de la cinquième plus grosse fortune des États-Unis. Le Prince Ashton est sans conteste le jeune homme le plus séduisant que Mark ait jamais vu de sa vie. Le testament du grand-père d'Ashton le contraint à se marier s'il veut toucher l'héritage familial, aussi décide-t-il d'épouser Kiki Fanderel. Ce que personne ne sait, c'est qu'en réalité, Ash est gay, et c'est le garçon qui nettoie les cheminées qui fait battre son cœur. Pour compliquer encore la situation, l'étrange Carstairs Pennymaker, petit homme espiègle et facétieux, découvre que Mark est styliste et décide de lui faire porter ses créations en le faisant passer pour une femme, espérant ainsi impressionner les gourous de la mode qui séjournent à l'hôtel. Et lorsque sonnent les douze coups de minuit, le prince se retrouve confronté non pas à une, mais deux princesses. Seulement l'une d'entre elles n'est pas ce qu'elle semble être. À qui la chaussure ira-t-elle ? Seul le mystérieux Monsieur Pennymaker le sait…

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Les braises sous la cendre

De Tara Lain

Les contes de Pennymaker, tome 1

Mark Sintorella (surnommé Cendres) travaille sans relâche en tant que valet dans un hôtel de luxe le jour, et dessine des vêtements la nuit, dans l’espoir secret de réussir un jour à entrer en école de mode. Mais tous ses plans tombent à l’eau le jour où il rencontre Ashton Armitage, fils de la cinquième plus grosse fortune des États-Unis. Le Prince Ashton est sans conteste le jeune homme le plus séduisant que Mark ait jamais vu de sa vie.

Le testament du grand-père d’Ashton le contraint à se marier s’il veut toucher l’héritage familial, aussi décide-t-il d’épouser Kiki Fanderel. Ce que personne ne sait, c’est qu’en réalité, Ash est gay, et c’est le garçon qui nettoie les cheminées qui fait battre son cœur.

Pour compliquer encore la situation, l’étrange Carstairs Pennymaker, petit homme espiègle et facétieux, découvre que Mark est styliste et décide de lui faire porter ses créations en le faisant passer pour une femme, espérant ainsi impressionner les gourous de la mode qui séjournent à l’hôtel. Et lorsque sonnent les douze coups de minuit, le prince se retrouve confronté non pas à une, mais deux princesses. Seulement l’une d’entre elles n’est pas ce qu’elle semble être. À qui la chaussure ira-t-elle ? Seul le mystérieux Monsieur Pennymaker le sait…

Table des matières

Résumé

Dédicace

Notes de l’Auteur

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

Extrait exclusif

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Biographie

Par Tara Lain

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Droits d'auteur

À Lynn Lorenz, une amie très chère, qui m’a continuellement inspirée et soutenue dans ma carrière.

Notes de l’Auteur

LES CONTES de fées se caractérisent généralement par une fin heureuse, le traditionnel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », même si un grand nombre des histoires d’origine ne finissait pas toujours très bien. Parfois aussi, on les décrit comme des histoires à dormir debout, des récits impossibles. Permettez-moi de ne pas être entièrement d’accord. Les Contes de Pennymaker vous proposent de redécouvrir des contes connus, à travers des intrigues modernes qui, quoique rocambolesques, restent possibles, pour notre plus grand plaisir. J’espère que vous serez charmés par les aventures de ces nouveaux héros, sages conseillers, reines maléfiques et autres belles-mères cruelles, sans oublier le mystérieux petit elfe, qui pourrait bien être une marraine la bonne fée. Bienvenue dans les Contes de Pennymaker.

I

MAUDITES CENDRES ! Mark retira son bonnet et le frappa énergiquement contre sa cuisse. Son pantalon était déjà dans un état déplorable de toute façon. Il y avait tellement de suie qu’il n’y voyait presque rien. Non pas qu’il soit nécessaire de bien voir pour nettoyer une cheminée. Heureusement d’ailleurs, parce qu’il avait pour ordre de les nettoyer, toutes sans exception. Tout devait être parfait pour l’arrivée de « Sa Majesté le Prince ».

Mark essuya rapidement ses lunettes en écailles de tortue avec la manche de la chemise en coton bleu qu’il était obligé de porter tous les jours. L’hôtel lui fournissait et nettoyait sa chemise d’uniforme, mais le pantalon était à lui, et le garder propre au quotidien était un véritable tour de force. Il s’écarta de la cheminée et aperçut son reflet dans l’un des grands miroirs ornementés. Il ressemblait à un grand raton laveur dégingandé. Ce serait drôle si…

La porte du petit salon privé s’entrouvrit. Il remit son bonnet et ses lunettes à la hâte, et retourna dans la gigantesque cheminée en pierre pour essuyer les parois couvertes de suie.

— Bérénice, Kiki, venez par ici, je veux voir votre maquillage, ordonna la voix d’une femme derrière la porte.

En entrant dans le petit salon un peu plus tôt, Mark était passé par la cuisine et il avait pu apercevoir brièvement l’agitation dans le hall d’entrée : un troupeau de curieux et de prétendantes pleines d’espoir qui ne rêvaient que d’assister au retour du héros victorieux. Ils s’imaginaient sans doute qu’ils avaient l’air discret, tous entassés devant la porte à guetter l’arrivée du fils de millionnaire.

La femme entra et referma la porte derrière elle, étouffant les bruits de pas et les éclats de voix de l’entrée. Mark se remit à l’ouvrage. Un coup d’éponge, on rince, et on recommence. Il n’eut pas besoin de tourner la tête pour savoir qu’il s’agissait de madame Fanderel et de ses deux filles. Madame Fanderel était la sœur du propriétaire de l’hôtel, ce qui – selon elle – lui donnait tous les droits.

— Rapprochez-vous de la fenêtre, la lumière est bien meilleure.

Sa voix nasillarde avait le don de lui hérisser le poil.

— Mais maman, geignit Bérénice, il est là, ajouta-t-elle en chuchotant avec exagération.

Elle était très jolie, mais elle passait tellement de temps à se plaindre que son visage était perpétuellement figé dans une expression de mécontentement.

Mark sentit leurs yeux se poser sur lui comme des insectes indésirables, et continua de frotter sans leur prêter attention.

— Qui ? Cendres ? Ignorez-le voyons. Maintenant tournez-vous vers la lumière et montrez-moi vos visages.

Mark leur jeta un coup d’œil discret par-dessus la table qui trônait au milieu du salon. Madame Fanderel tenait le visage de Bérénice entre ses mains et lui essuyait les joues. Il détourna le regard et tomba sur celui de Kiki, qui l’observait en souriant malicieusement. La petite blondinette lui fit un clin d’œil, et il dut se retenir pour ne pas lui sourire en retour. Elle était vraiment mignonne, et puis elle avait l’air tellement plus gentille que le reste de la famille.

— Très bien Bérénice, remets du rouge à lèvres et tu seras prête ma chérie, ordonna madame Fanderel avec un geste mou du poignet. Kiki viens ici, c’est ton tour.

— Eh euh evrait ême ah ere là, baragouina Bérénice la bouche entrouverte en redessinant le contour de ses lèvres avec un pinceau.

Elle s’admira dans le miroir en faisant la moue, puis se tourna vers sa mère pour lui montrer le résultat.

— C’est moi l’aînée, ajouta-t-elle. J’ai la priorité.

— On ne sait pas quel est son type de femme, rétorqua madame Fanderel imperturbable, en brossant les cheveux de Kiki. Tu ne voudrais quand même qu’il épouse quelqu’un d’une autre famille ? Si Kiki lui plaît, il épousera Kiki, un point c’est tout.

Kiki essayait en vain de se dégager d’entre les mains de sa mère en se tortillant.

— Non, non, Bérénice a raison. Elle veut l’épouser, moi pas. Elle est l’aînée et elle a bien plus de chances de plaire au Prince. Je vais monter dans ma chambre, vous n’avez qu’à aller le rencontrer sans moi.

Sa mère resserra ses doigts autour du bras de Kiki.

— Il s’agit de l’une des plus riches familles du pays et le Prince Ashton est réputé pour être extrêmement séduisant, arrête de te comporter comme si on t’envoyait à une mort certaine.

— Je ne tiens pas à me marier tant que je n’aurais pas fini mes études, je te l’ai déjà dit. Et même après mon diplôme, je ne suis pas certaine d’en avoir envie.

— Pour l’amour du ciel Kiki, avec tout l’argent qu’il possède tu pourrais aller étudier la musique sur une autre planète si l’envie t’en prenait. Tu vas me faire le plaisir d’afficher ton plus beau sourire, de bien te comporter, et si le prince te choisit, alors tu l’épouseras sans poser de questions, est-ce que je me suis bien faite comprendre ?

Bérénice lança un regard mauvais dans la direction de Mark.

— Maman, la soubrette nous écoute, tu ne crois pas qu’on devrait parler de ça à un autre moment ?

Madame Fanderel le toisa brièvement.

— C’est inutile, cette discussion est close. Je suis certaine que Cendres vous souhaite de trouver le bonheur avec le Prince. Après tout, il travaille ici, et il sait pertinemment que son futur dépend du bien-être de notre famille.

Mark se contenta de continuer à nettoyer la cheminée sans faire de commentaire.

— Assurez-vous de sortir par la cuisine lorsque vous aurez fini, Cendres. Je ne tiens pas à ce que les invités vous voient dans cet état.

— De toute façon, même couvert de cendres, il est plus beau que nous trois réunies, gloussa Kiki.

Mark écarquilla les yeux. Mais qu’est-ce qu’il lui prenait de dire des choses pareilles ? Madame Fanderel lui lança un regard dégoûté en poussant ses filles hors de la pièce.

— Enfin Kiki, aurais-tu perdu l’esprit ? Ce n’est qu’un adolescent maigrichon, et un homosexuel de surcroit. Quelle personne saine d’esprit le trouverait beau ?

Bérénice lui lança un étrange regard, puis elles disparurent toutes les trois comme elles étaient venues.

Mark lâcha son éponge, qui retomba dans le seau en l’éclaboussant. Fantastique. Il allait encore s’amuser à laver son pantalon. Il s’accroupit dans l’âtre, la tête baissée, le cœur battant. Le pire dans tout ça, c’était qu’elle avait raison. Son avenir dépendait entièrement des bonnes dispositions de leur famille. Il avait besoin de cet emploi, aussi insupportable et difficile soit-il au quotidien. Les clients de l’hôtel étaient invariablement des gens très riches, et avec un petit verre dans le nez, ils pouvaient aussi se montrer très généreux. Les femmes de chambre le trouvaient étrange, mais elles l’aimaient bien, et elles appréciaient qu’il fasse les tâches les plus ingrates sans rechigner, alors elles lui avaient donné des conseils sur la manière d’obtenir des pourboires. Elles appréciaient sans doute également qu’il ne passe pas son temps à les draguer.

Il avait déjà économisé près de mille dollars depuis qu’il avait commencé. Il n’achetait presque pas de nourriture, se contentant des deux repas proposés aux employés par l’hôtel. Il n’aurait jamais pu économiser autant s’il avait dû payer son propre loyer. Il avait accepté d’occuper la petite pièce sous les combles, ce qui lui offrait une certaine intimité, et même assez de place pour dessiner. Il n’avait pas beaucoup de temps à lui, et les nuits étaient très courtes, mais s’il travaillait dur et qu’il faisait profil bas, tout irait bien. Il ne devait surtout pas se faire remarquer. Il savait très bien ce qui se passerait s’il se faisait remarquer.

Il se redressa et recula de quelques pas. Il restait des traces à un endroit. Il plongea de nouveau son éponge dans l’eau trouble et entendit la porte se rouvrir. Tous ses muscles se tendirent et il se tourna, prêt à devoir affronter de nouveau madame Fanderel et ses filles, mais ne découvrit qu’un étrange petit homme, vêtu d’un incongru costume trois-pièces vert. Le petit homme fit quelques pas dans la pièce en titubant, comme s’il ne tenait pas sur ses jambes.

— Puis-je vous aider Monsieur ? demanda Mark en avançant instinctivement vers lui, de peur qu’il s’écroule sur le sol.

— Oui, s’il vous plaît. Est-ce que je pourrais m’asseoir quelque part ?

Mark s’essuya les mains à la hâte, avant de tirer l’une des dispendieuses chaises tapissées de tissus carmin qui se trouvaient autour de la table.

— Asseyez-vous, je vous en prie, l’invita-t-il en l’aidant à s’installer.

Il aurait sans doute pu le porter si besoin était, l’homme devait à peine mesurer plus d’un mètre cinquante. Il avait d’étranges yeux gris, des petites lunettes à monture invisibles, une chemise blanche très classe avec des boutons de manchettes, et une fleur rouge vif à la boutonnière de son incroyable costume émeraude. Un vrai petit dandy.

— Merci infiniment, la foule était extrêmement dense. Je me suis retrouvé coincé entre une maman déterminée et ses trois adolescentes, j’ai bien cru que les vapeurs de parfum allaient m’asphyxier.

Mark ne put s’empêcher de sourire malicieusement.

— Une véritable jungle, pas vrai ?

Le petit homme s’éventa d’un geste rapide de sa main, tout en se laissant aller contre le dossier de la chaise.

— Je suis très admiratif de leur détermination et de leur stratagème. Attendre le prince, tous entassés dans le hall d’entrée, c’est tellement subtil. Lol, comme on dit de nos jours.

Mark ne dit rien, mais il n’en pensait pas moins. L’homme cessa de s’éventer, et à la place, lui tendit la main.

— Carstairs Pennymaker, se présenta-t-il.

— Oh. Euh… Mark. Mark Sintorella, mais je préfère ne pas vous serrer la main, je viens juste de nettoyer la cheminée.

— Ne sois pas ridicule mon garçon, je ne me tache jamais.

Il attrapa la main droite de Mark d’une main, et referma l’étreinte en ajoutant l’autre par-dessus. D’ordinaire, Mark aurait trouvé cela déconcertant, mais venant de cet étrange petit homme, c’était presque naturel.

— Vous faut-il quelque chose Monsieur ? Un verre d’eau ?

— Ce ne sera pas nécessaire, je me sens déjà beaucoup mieux, tu as été extrêmement bienveillant.

— Je devrais retourner travailler alors, s’excusa poliment Mark en reculant.

— Et manquer l’arrivée de Sa Majesté ?

— Je n’ai pas le droit de me présenter dans le hall dans cette tenue, expliqua-t-il en indiquant sa chemise couverte de trace de suie. On vient d’ailleurs tout juste de me mettre en garde, ajouta-t-il, rieur.

— Allons, allons, il n’y a là rien d’irrémédiable. Un petit coup d’eau sur le visage, une chemise propre et on n’en parle plus. Quand à cette mise en garde, ne t’en fais pas, je suis un excellent client de l’hôtel, j’ai besoin d’aide pour regagner ma chambre et pour m’assister je choisis…

Il fit mine de parcourir la pièce du bout de son index, avant de désigner Mark.

— Toi !

— Mais, la cheminée, protesta faiblement Mark en indiquant derrière lui.

— Elle me semble impeccable, regarde par toi-même, répondit Monsieur Pennymaker en l’invitant à se retourner.

Mark obéit et fut surpris de constater que, dans la lumière dorée de fin d’après-midi, la cheminée avait en effet l’air plus propre que jamais.

— Très bien alors, si vous avez besoin d’aide, je suis à votre service.

— C’est très aimable à toi. Je vais encore rester assis là quelques instants, le temps de reprendre mes esprits et le temps que tu ailles te débarbouiller en cuisine, puis nous nous éclipserons.

— Si vous préférez, je peux nous faire passer tous les deux par la cuisine pour rejoindre votre chambre, ça vous évitera un nouveau bain de foule.

Le visage du petit homme se fendit d’un large sourire.

— Et manquer le spectacle ? Certainement pas.

Mark alla se rincer le visage. Les préparatifs pour le dîner battaient déjà leur plein, et il avait bien l’intention d’entrer et sortir de cuisine avant de se faire remarquer.

— Où est-ce que tu te crois Sintorella ? Tu n’es pas dans ta salle de bain !

Trop tard. Mark essuya son visage, remit ses lunettes et se redressa lentement sans oser se retourner immédiatement. Il avait reconnu la voix du Sous-chef, Richard-le-bâtard, comme tout le monde l’appelait dans son dos.

— Je suis désolé, un des clients de l’aide m’a demandé mon aide. Je devais d’abord me nettoyer.

Mark l’entendit se rapprocher, jusqu’à ce qu’il puisse sentir sa respiration nerveuse contre sa nuque. Ce type lui filait les jetons.

— Ce n’est pas ton travail, et ma cuisine n’est pas une suite parentale.

— Ce n’est peut-être pas mon travail, Monsieur, mais le client a insisté pour que je l’aide personnellement. Et il m’attend.

Il y eut un long silence, durant lequel Mark se fit violence pour ne pas frissonner sous le souffle tout proche du Sous-chef.

— Allez, sors d’ici. Et que je ne te reprenne plus à faire tes ablutions dans ma cuisine !

— Merci Chef.

Mark se précipita hors de la cuisine en jetant en boule sa chemise dans le chariot de linge sale à la sortie. Le tee-shirt qu’il portait en dessous n’était pas très habillé, mais il avait peint le design dessus lui-même, ce qui lui donnait un certain style. Il ne lui restait plus qu’à raccompagner monsieur Pennymaker jusqu’à sa chambre.

En arrivant à la porte du petit salon, il prit une grande inspiration. Avec un peu de chance, le prince était déjà arrivé. Il n’avait aucune envie de traverser le hall et d’être témoin de l’arrivée en fanfare d’Ashton Armitage. D’accord, c’était un mensonge éhonté. Il était tout aussi fasciné que le reste de la plèbe. Pour les petites gens comme lui, le prince était presque un extraterrestre. Mark ne pouvait même pas imaginer vivre une vie dans tant d’opulence. Il avait vécu dans la rue pendant des mois après avoir été mis dehors par ses parents, parce qu’il était gay. À cette époque, il avait souvent dû faire un choix entre acheter à manger ou acheter du tissu pour ses créations. Bien souvent la priorité allait au tissu. Après tout, c’était sa passion.

Il réajusta soigneusement son bonnet sur sa tête et entra dans la pièce. Monsieur Pennymaker ronflait doucement sur sa chaise. Peut-être qu’il n’aurait pas à l’accompagner dans le hall après tout.

— Monsieur ? appela Mark en se raclant poliment la gorge.

Le petit homme ouvrit immédiatement ses yeux gris, comme s’il n’avait jamais été endormi.

— Prêt à affronter la cage aux lions ? demanda-t-il enjoué. Après cette petite sieste, je me sens plus prêt que jamais.

— Le prince est peut-être déjà arrivé.

— Pas sans m’attendre, il n’aurait pas osé.

— Je vous demande pardon ?

— Je plaisante, mon garçon. Mais je suis persuadé qu’il n’est pas encore là. Viens, allons vérifier par nous-mêmes.

Il bondit de sa chaise et se dirigea jusqu’à la porte qui donnait sur le hall à une vitesse alarmante pour un homme avec de si petites jambes. Il était difficile d’imaginer qu’il était au bord de l’évanouissement quelques minutes plus tôt. Mark se précipita sur ses talons.

Juste avant d’ouvrir la porte, monsieur Pennymaker se retourna et lui lança :

— Au fait, très joli tee-shirt. C’est toi qui l’as fait ?

— Oui ? répondit Mark incertain.

— On croirait presque un vêtement de créateur.

Un sourire immense illumina le visage de Mark. La confection de ce tee-shirt lui avait pris des heures, et il était rare que qui que ce soit complimente son travail.

Une fois de l’autre côté de la porte, la chaleur insupportable de la foule compacte les enveloppa immédiatement. Monsieur Pennymaker se faufila entre les corps serrés en jouant des coudes, et Mark le suivit tant bien que mal, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent au premier rang, juste devant l’entrée. Les gens autour d’eux leur lançaient des regards assassins. Mark était mortifié.

— Monsieur, vous avez l’air d’aller beaucoup mieux, je pense que je devrais maintenant vous laisser et retourner à mon poste.

— C’est hors de question mon garçon, je compte bien me faire remarquer avec toi et ton splendide tee-shirt à mes côtés. Et puis je parie que secrètement, toi aussi tu meurs d’envie de le voir, pas vrai ?

— Pas vraiment non, ça m’est égal, répondit-il vaguement en tirant sur son tee-shirt et en se demandant pourquoi le petit homme y prêtait tant d’attention.

Carstairs pencha la tête sur le côté, l’air songeur. Avec son costume vert et son air malin, il faisait penser à Mark à un farfadet.

— Allons, allons, pas de bobards, même à soi-même jeune homme, admonesta-t-il gentiment.

Ce n’est pas un bobard, songea Mark indigné. Il se fichait bien de voir le prince.

Les chuchotements de la foule s’intensifièrent, et quelques personnes se mirent même à crier.

— Le voilà !

— J’ai vu la voiture se garer !

— Ça y est je le vois !

Cette dernière remarque s’accompagna d’un cri d’enthousiasme perçant. Quelqu’un bouscula Mark et une femme donna un coup de sac à main dans la tête de monsieur Pennymaker en se précipitant devant lui. Mark se décala aussitôt pour protéger son client farfadet, en écartant largement les bras pour forcer les gens à le contourner. Un homme à la carrure impressionnante les bouscula sans faire attention.

— Monsieur s’il vous plaît, regardez un peu où vous allez.

L’homme lança à Mark un regard courroucé, mais il recula.

— Oh mon Dieu !

— Il est tellement beau !

— Regardez !

Mark s’échina sans relâche à repousser les gens, essentiellement des femmes, avant qu’elles n’écrasent le petit homme, et lorsqu’il baissa les yeux pour s’assurer qu’il allait bien, il le trouva en train de lui sourire. Mark lui rendit son sourire, puis monsieur Pennymaker tourna les yeux légèrement vers la droite. Mark suivit son regard et s’immobilisa.

La partie rationnelle de son cerveau savait qu’il n’avait rien à faire là et qu’il ne devrait pas regarder, mais il était impossible de faire autrement. Il était pétrifié, le souffle coupé.

Derrière un garde du corps menaçant et une femme à l’air inquiet, se tenait la perfection incarnée. Grand, mais pas démesurément, mince, mais large d’épaules. Son port de tête était gracieux et sa démarche féline. Il avait les cheveux marron. Non, le mot était trop banal. La lumière de fin de journée jouait à cache-cache entre les mèches châtain cendré de sa chevelure, donnant l’impression qu’un rideau aux reflets d’argent encadrait son visage sculptural. Ashton Armitage retira lentement ses lunettes de soleil, sous le regard médusé de Mark, et plissa les yeux afin de les laisser s’ajuster au changement de luminosité. Il était magnifique.

Un homme s’approcha de lui pour lui souhaiter la bienvenue et se courba légèrement devant lui.

— Bonjour monsieur Armitage, je suis Alan Macintosh, le gérant de l’hôtel. C’est un honneur pour nous de vous accueillir dans notre établissement.

Le prince plissa de nouveau les yeux, en souriant cette fois-ci.

— Les lieux sont splendides monsieur Macintosh, j’ai hâte de séjourner dans votre hôtel.

Oh cette voix. Un véritable chant de sirène. Un chant de sirène alangui, impossible d’y résister.

Le prince regarda autour de lui. Il n’était pas dupe au point de croire que toute la clientèle était rassemblée dans le hall par hasard, mais il eut la délicatesse de se comporter comme si de rien n’était.

— Et que d’animation, je suis certain que mon séjour sera très agréable.

Madame Fanderel fendit la foule et l’interpella sans l’ombre d’une hésitation.

— Bonjour monsieur Armitage, je me présente, je suis Béatrice Fanderel, la sœur de monsieur Marcusi, le propriétaire de l’hôtel. Malheureusement il n’a pas pu se libérer aujourd’hui.

Mark leva les yeux au ciel. Il savait de source sûre qu’elle avait forcé son frère à se cacher dans sa suite parce qu’elle voulait faire les présentations elle-même.

Madame Fanderel fit un geste de main plus ou moins discret dans son dos, et Bérénice émergea à son tour de la foule.

— Mes filles et moi-même… Oh, tiens, justement, voilà Bérénice, mon aînée.

Bérénice lui fit la révérence. Mark ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Madame Fanderel chercha la foule du regard, trouva rapidement Kiki qui se cachait près d’un pilier et la foudroya du regard. La petite blondinette réprima un soupir évident, puis s’avança à contrecœur. Sa mère offrit un sourire étincelant au jeune et beau monsieur Armitage.

— Et voici Kiki, la plus jeune.

La jeune femme lui tendit la main et le prince la prit avec un sourire qui aurait sans doute tourné la tête à plus de la moitié des femmes présentes. La simple vision de sa dentition parfaite faisait trembler les jambes de Mark. Mais Kiki ne semblait pas particulièrement impressionnée.

— Ravi de faire votre connaissance, Kiki.

Mark ne se lassait pas du son de sa voix.

— Moi de même, sourit Kiki en retirant sa main.

Mark devait le reconnaitre, il admirait son sang-froid, à sa place il se serait sans doute déjà évanoui depuis longtemps.

— Merci pour cet accueil chaleureux madame Fanderel, dit le prince avant de se tourner vers le manager. Si vous voulez bien m’indiquer la réception ?

Le manager pâlit comme s’il venait de proposer d’aider en cuisine.

— C’est inutile votre altesse, tous les détails de votre réservation sont déjà réglés.

Il fit signe au bagagiste de s’approcher et Mark ne put réprimer un pincement de jalousie, il aurait bien aimé être de corvée de bagage ce jour-là.

— Je vous présente Ricardo, il va vous conduire jusqu’à votre suite.

— Merci, monsieur Macintosh, répondit le prince en souriant.

Puis il porta son regard sur la gauche et le cœur de Mark cessa de battre. Bleus, ses yeux étaient bleus. Avait-il rêvé, ou bien s’étaient-il attardés une fraction de seconde sur lui ? Sans doute horrifiés à la vision du maigrichon avec un bonnet et des lunettes de grand-père, rien d’autre. Malgré tout, Mark se sentit fébrile.

Le bagagiste invita le prince et ses accompagnateurs à le suivre jusqu’aux ascenseurs qui les mèneraient à l’aile des clients VIP. Bien entendu, tout dans cet hôtel était géré autour de la hiérarchisation des VIP.

Mark baissa les yeux. Monsieur Pennymaker le regardait avec un sourire narquois. Il se croyait sans doute très malin. Inutile d’être détective privé pour remarquer que le pantalon de Mark était soudain beaucoup trop étroit. Cette journée était un cauchemar. Il ne voulait pas être attiré par Ashton Armitage, il n’avait pas besoin de ça.

Trop tard, chantonna une petite voix dans sa tête qui ressemblait à s’y méprendre à celle de Monsieur Pennymaker.

ENFIN, SONGEA Ash en laissant tomber sa tête contre le dossier du canapé. Il était épuisé d’avoir serré autant de main et il avait la mâchoire courbatue d’avoir tant souri. Il offrit un ultime sourire et un signe de main au jeune bagagiste qui les avait accompagnés.

— Merci pour tout Ricardo, la suite est magnifique, je suis certain que nous serons très bien installés.

Son assistante, Véronica « Appelez-moi Ronnie », glissa un billet de vingt dollars au jeune homme, et il disparut aussitôt. Ash poussa un long soupir en massant les muscles entre son pouce et son index. Ronnie se mit à rire.

— Et bien, quelle entrée en scène ! Je ne me souviens pas avoir vu autant de gens depuis que tu as fait la une de Closer.

— Je fais la une de Closer presque tous les mois, remarqua-t-il en se tournant vers elle et en étendant ses longues jambes sur le canapé. J’imagine que j’aurais dû m’y attendre, avec toute cette histoire de mariage. Au moins, l’hôtel est aussi sublime que je l’espérais.

— C’est vrai, reconnut-elle en regardant autour d’elle pour admirer l’élégante décoration classique de la pièce. J’avoue que j’ai eu peur au début quand tu as choisi cet endroit pour trouver une dulcinée, mais au final, il semble qu’au moins tu vivras cette torture dans un cadre confortable.

— Toujours le mot rassurant, Ronnie. Merci.

Elle s’avança jusqu’au canapé, poussa ses jambes contre le fond du canapé et s’assit. Elle ne prenait pas beaucoup de place et pouvait se faufiler presque n’importe où.

— Tu as un choix à faire, Ash.

Oh. Elle ne s’apprêtait définitivement pas à le rassurer. Il replia ses jambes et se redressa pour s’asseoir correctement à côté d’elle.

— Choisir de ne pas me marier et de tirer un trait sur l’héritage, tu veux dire ?

— Tu es intelligent et tu as du talent. Quand tu veux, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel. Tu peux très bien te débrouiller tout seul sans cet argent.

— Rappelle-moi pourquoi je t’ai engagé ? demanda-t-il avec un sourire en coin.

— Parce que tu as besoin que quelqu’un te secoue de temps à autre, mon coco.

— J’aime être riche.

— Ça ne se voit pas.

Il la scruta un long moment. Elle était belle avec ses airs de garçon manqué, son tempérament volcanique et sa perpétuelle expression belliqueuse. Il l’adorait, et elle avait raison. Heureusement qu’elle était là pour le ramener à la réalité. Il pouvait toujours compter sur elle pour lui dire la vérité nue, sans prendre de gants obséquieux. Il fixa son regard déterminé et sentit son estomac se serrer. Elle avait raison : il était riche et malheureux comme les pierres.

— Je ne suis pas certain qu’être pauvre réglerait le problème, remarqua-t-il.

Ses grands yeux sombres soutirent impassiblement son regard.

— Refuser cet argent te permettrait enfin de dire la vérité.

— À quoi bon ? demanda-t-il en haussant les épaules.

— J’espère que tu plaisantes ?

Il quitta le canapé et se dirigea vers le coin cuisine. Il ouvrit le réfrigérateur et y découvrit du champagne, des fraises fraiches recouvertes de chocolat, et de la vodka.

— Je t’offre un verre ? proposa-t-il en se tournant vers le salon.

— Tu as vu l’heure qu’il est ?

— Quelque part dans le monde il est l’heure de l’apéritif, rétorqua-t-il, mais il referma le frigo et attrapa un pot de noix de cajou posé sur le comptoir.

Il se débattit avec le couvercle pendant plusieurs secondes, puis fit tomber dans le creux de sa paume quelques noix, qu’il plaça ensuite dans sa bouche. Un goût de sel lui assaillit les papilles et il grimaça. Ce n’était pas ce qu’il voulait. Il reposa le pot, et partit explorer le reste des placards.

— Ash, viens t’asseoir, ordonna gentiment Ronnie en tapotant le canapé à côté d’elle.

Elle le connaissait trop bien. Il la rejoignit en traînant des pieds et se laissa lourdement tomber sur le canapé.

— Arrête de t’apitoyer sur ton sort. Si tu décides de mener cette mascarade jusqu’au bout, fais-le correctement. Enfile quelque chose de présentable et descend charmer tes prétendantes.

— Ça ne sera peut-être pas si terrible que ça. Après tout, je n’ai rien de mieux à faire.

— Si tu le dis.

Une demi-heure plus tard, il rejoignit le hall d’entrée vêtu d’un pantalon de costume noir et d’une chemise à manches courtes. Son garde du corps le suivait de près, mais Ash finit par lui demander de se faire discret. Il ne risquait pas de trouver une femme avec un gorille armé dans son ombre.

Il n’avait pas fait cinq pas dans le hall qu’une femme se présenta à lui.

— Monsieur Armitage, enchantée, je suis Lavinda Oscular, et voici ma fille, Chrissy.

Il sourit. Une première candidate, parfait.

— Enchanté, offrit-il en retour.

Une main sur son épaule attira son attention, et il se retourna pour découvrir une autre femme.

— Bonsoir Ash, je suis Anne Pulkay, j’attends de vous rencontrer depuis très longtemps…

— Oh. Bonsoir.

Très bien, deux candidates. Il pouvait gérer deux candidates, il en était capable.

— Bonsoir, susurrèrent deux voix à l’unisson, suivi d’un double gloussement.

Ash se tourna sur sa gauche et tomba nez à nez avec deux jeunes femmes à l’apparence si identique qu’il doutait fortement qu’elles sachent elles-mêmes qui était qui.

— Je suis Mimi.

— Et moi Lili, voulez-vous jouer à trois ?

Oh mon Dieu. Il avait commis une erreur. Il n’était pas armé pour ça. Il n’allait pas survivre.

— Vous joindriez-vous à nous pour le dîner ?

Qui avait demandé ça ? Ash se retourna vers la voix.

— Ash, pourrions-nous parler en privé ?

Il regarda par-dessus son épaule et constata que deux autres femmes venaient de les rejoindre et qu’un groupe de curieuse, sans doute inquiète de louper quoi que ce soit, se dirigeait vers eux.

La situation devenait terrifiante. Il fit un pas en arrière et heurta une autre personne. C’était Ronnie. Elle l’attrapa par la manche et il se demanda quand et comment elle était arrivée. D’une voix tout juste assez haute pour être entendue par-dessus le brouhaha, elle lui dit :

— Monsieur Armitage, il y a un appel pour vous dans votre chambre.

Les dieux bénissent Ronnie.

— Mesdames, mesdemoiselles, je suis désolé, je vais devoir vous faire faux bond. Mais ce n’est que partie remise.

Ronnie garda un bras rassurant autour de son dos en le raccompagnant jusqu’aux ascenseurs. La cabine s’ouvrit dans un ding, et ils entrèrent.

— Appuie sur le bouton pour fermer les portes, vite.

Ronnie appuya compulsivement sur le bouton jusqu’à ce que les portes se referment, et Ash s’appuya aussitôt contre le mur.

— Je n’arrive pas à croire ce qui vient de se passer.

— J’ai pris l’ascenseur juste après le tien, j’avais peur que tu ne reviennes pas intact. Ou pire, que ta chasteté ne revienne pas intacte, ricana-t-elle.

Ash prit une grande inspiration.

— Changement de programme, tu te souviens de cette femme qui nous a salués quand nous sommes arrivés ? Celle avec ses deux filles ?

— Oui, je crois que c’est la sœur du propriétaire.

— La blonde était plutôt mignonne, organise un petit déjeuner avec elle demain matin.

— Ça marche.

— En attendant, je crois que je vais simplement rester terré dans ma suite.

II

MARK N’ARRIVAIT