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Bettina célèbre attachée de presse espère qu'elle va pouvoir décrocher ce travail qui lui permettrait de tourner définitivement la page de son passé. Malheureusement, tout ne va pas se dérouler comme prévu. Et Bettina va se retrouver confronter une nouvelle fois à de terribles et douloureux souvenirs qui referont surface bien malgré elle.
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Seitenzahl: 128
Veröffentlichungsjahr: 2021
Le ciel d’un bleu azur faisait planer une chaleur moite, plisser les yeux et brûler la moindre parcelle de peau qui osait se dévoiler. Une douce brise caressait les arbres en fleurs. Les fenêtres des maisons s’ouvraient comme reconnaissantes d’être enfin libérées de la rudesse de l’hiver. Bettina marchait d’un pas vif, presque militaire. Les yeux fixés sur son seul but et objectif de la journée : son rendez-vous avec la plus célèbre boite de productions françaises du moment. Les rouages de son cerveau s’engluaient dans d’innombrables questions, mais telle une mouche prise dans une toile d’araignée, ses neurones s’entrechoquaient sans réussir à se connecter d’une manière efficace.
Sans même regarder sa lourde montre en or, elle savait exactement l’heure qu’il était. Bettina faisait partie de ces femmes avec une horloge fixée solidement dans un coin de leur cerveau. Jamais en retard, mais toujours avoir quelques brins de minutes d’avance, telle était sa devise. Elle leva à peine les yeux devant l’imposant bâtiment d’un blanc immaculé. Elle n’était ni là pour faire du tourisme ni même pour contempler les immenses bureaux aux allures modernes et resplendissants.
Elle poussa la porte à double battant et tomba nez à nez avec la responsable de l’accueil posté derrière son comptoir. Blonde, les yeux noirs, elle sortait visiblement tout juste de l’adolescence. En voyant Bettina s’approcher, la jeune employée releva bravement la tête et lui lança d’une voix avenante :
- Bonjour, vous désirez ?
- J’ai rendez-vous avec Mr Lancaster. Je suis Mlle Bettina Rémy.
La jeune femme, tout en fronçant les sourcils, consulta le cahier se trouvant devant elle. Elle finit par poser son doigt sur un mot griffonné à la hâte.
- Oui, en effet, vous êtes pile à l’heure. Troisième étage. Son bureau se trouve juste en face de l’ascenseur. Vous ne pourrez pas le rater, de plus son nom est inscrit dessus !
Tout en se dirigeant vers l’ascenseur, Bettina pensa que la jeune blonde, certes mignonne, n’avait pas l’air d’avoir inventé la poudre ! Voyant la porte s’ouvrir, elle se re concentra sur le discours qu’elle connaissait par cœur tant elle l’avait récité pendant des heures. En entrant, une immense glace occupait tout un pan de l’ascenseur.
Malgré elle, Bettina jeta un œil sur son reflet. Elle essaya de remettre en place une mèche récalcitrante, comprenant très vite que son combat face à cet épi rebelle était perdu d’avance, Bettina poussa un soupir et décrocha ses yeux du miroir. Elle avait toujours détesté se regarder ainsi, se retrouver face à son double l’avait toujours mis mal à l’aise. Elle sortit de l’ascenseur et se dirigea d’un pas qui se voulait assuré vers le seul bureau de l’étage. Elle frappa deux coups, une voix agréable et grave lui pria d’entrer. En franchissant le seuil de la porte, elle leva les yeux vers son interlocuteur, elle rencontra une paire d’yeux d’un gris perçant, une barbe naissante, des traits fins finissaient de compléter le visage de Mr Lancaster. Tout en lui faisant un bref sourire, il lui demanda de s’asseoir, puis l’entretien commença. Les questions pleuvaient, Bettina y répondit d’une voix assurée, posant ses arguments d’une voix à la fois chaude et convaincante. Mr Lancaster la dévisagea visiblement impressionné. Alors qu’un silence tombait sur la pièce, il jeta un œil à sa montre et lança :
- Très bien, je pense que nous allons en rester là à moins que vous ayez quelque chose à rajouter ?
- Non, nous avons fait, je pense, le tour de la question .
- Merci de vous être présenté, nous vous tiendrons très vite au courant de notre décision.
- OK, merci à vous.
Une solide poignée de main ponctua la fin de l’entretien.
Bettina repartit, légèrement déçue. Certes, tout s’était déroulé comme elle l’avait imaginé. Cependant, elle aurait espéré que son interlocuteur sous-entende sa décision, même si elle savait, au fond d’elle, que cela ne se passait jamais ainsi. Elle sortit du bâtiment et la chaleur, lourde, pesante, tomba à nouveau sur elle. Il était beaucoup trop tôt pour rentrer, et pour y faire quoi ? Tournez en rond attendant, impatiente, que son portable sonne ? Non, elle décida d’aller manger au restaurant chinois tout près de l’endroit où elle se trouvait. La circulation était dense à cette heure de la journée. Bettina marchait vite, ses talons claquant sur le trottoir, les yeux fixés un peu plus haut que les passants qu’elle croisait. C’était sa manière d’aborder le monde, ne jamais regarder qui que ce soit dans les yeux, marcher le port altier et faire comme si elle était seule au monde. Elle préférait que les personnes qu’elles croisent, pensent qu’elle leur était indifférente plutôt que de risquer les voir s’intéresser à elle. Être transparente aux yeux et aux vues de tous, voilà comment elle souhaitait désormais mener sa vie.
Elle ouvrit la porte du restaurant chinois. Elle fit rapidement le tour de la salle, il y avait peu de monde, cela lui convenait.
Elle contourna quelques tables et s’installa dans un recoin. Aussitôt, une jeune chinoise se dirigea vers elle, après l’avoir salué traditionnellement, elle lui demanda dans un français moyen ce qu’elle souhaitait prendre. Sans même consulté le menu, Bettina énuméra la liste d’ingrédients qu’elle avait choisis. Elle prenait toujours la même chose dans ce même restaurant, comme une espèce de rite immuable qui la rassurait. Les yeux fixés dans le vague, elle attendit sa commande. Elle regardait peu ce qui se passait autour d’elle, comme si elle ne se sentait pas concernée par ce qui bougeait ou ce qui se passait juste devant ses yeux.
Elle connaissait le décor du restaurant par cœur. Tout y était toujours à la même place, les mêmes couleurs, les mêmes tables, le même personnel… Ce côté statique la tranquillisait. « Si ma vie pouvait être ainsi, fixée sans que rien ni personne ne puisse la toucher, la perturber, cela me faciliterait grandement l’existence », pensa-t-elle.
Un bruit léger la fit tressaillir, son portable vibrait dans la poche intérieure de sa veste. Vérifiant que personne ne s’en était aperçu, elle l’attrapa rapidement et jeta un coup d’œil sur la personne qui osait la déranger. « Ma mère »
- Oui, maman.
- Ah, ma chérie, tu réponds enfin, où étais-tu donc passée ?
- Inutile de hurler, je t’entends très bien, et puis nous nous sommes parlées hier soir.
- Mais hier soir, c’est une éternité surtout lorsque je sais que ma fille chérie a besoin de moi.
- Maman, dois je te rappeler mon âge ?
- Arrête, ton âge n’a rien à voir là-dedans et tu le sais très bien.
- Que t’arrive t il ?
- Comment as-tu deviné ?
- Maman, tu ne m’appelles jamais à cette heure-ci, puisque tous les mardis midi, à cette heure précise, tu as ton rendez-vous avec ton psy.
- Oh, ce type est un gros nul finalement ! Je l’ai viré. Tu te rends compte, à la dernière séance, il m’a fait comprendre que j’étais égocentrique et possessive !
« Malheureusement, il a vu juste », pensa Bettina.
- Oh ? Il a osé te dire ça ?
- De toute façon, je comptais m’en séparer. Christina, tu te souviens de Christina ? M’a conseillé un homme tout à fait charmant. Je pense que je vais prendre rendez-vous de suite avec lui.
- Tu as raison maman.
- Je parle, je parle et toi, comment vas-tu ?
- Je vais très bien maman.
- Vraiment ? Je ne sais pas comment tu fais, s’il m’était arrivé la même chose que toi, jamais je n’aurais réussi à m’en sortir aussi bien, sans aide en plus. Tu es sure de ne pas vouloir consulter ?
- Maman, je n’ai pas besoin de psy.
- Tu as raison, une folle dans la famille, cela suffit gloussa sa mère.
- Ne parle pas comme ça de grand-mère.
- Je ne faisais que plaisanter, quoique, quand j’y pense, ma mère a quand même un sacré grain.
- Si tu le dis.
- Bon, allez, bisous, bisous, faut que je file.
- Salut maman, à la prochaine.
- Tchao et n’oublie pas, ta maman chérie pense à toi !
Et elle raccrocha avant même que Betty puisse répondre quoi que ce soit. Elle fixa son portable, soudainement songeuse. Ce n’était pas l’excentricité de sa mère qui l’avait perturbée ni cette façon désinvolte qu’elle avait de parler. Non, il s’agissait plutôt d’une des phrases que sa mère avait innocemment jetées sans même imaginer que celle-ci puisse troubler sa fille. Les sourcils froncés, Bettina rembobina la discussion entre elle et sa mère et appuya inconsciemment sur stop lorsqu’elle r entendit sa mère lancer « s’il m’était arrivé la même chose que toi… Ce qui était sûr, c’est que Mme Rémy en serait peut-être morte. « Et moi, peut-on dire que je vis encore ? » Cette question résonna dans sa tête… heureusement, sa commande arriva, ce qui lui permit de reporter son attention sur ce qui se trouvait dans son assiette. Sans cela, cette question se serait incrustée dans sa tête comme une cicatrice qui n’aurait jamais pu partir. Elle essaya de se concentrer à la fois sur ce qu’elle mangeait ou plutôt mastiquait et en même temps sur ce que nouveau job pourrait lui ouvrir comme possibilité. « Je dois avoir ce travail, sinon je vais finir par tournée cinglée» comme après chacun de ses repas dégustés dans ce restaurant, elle le termina en s’offrant un petit verre de saké, qu’elle but cul sec. L’alcool de riz brûla son œsophage et une douce chaleur descendit jusqu’au milieu de son abdomen.
Elle savoura cet instant, jeta un œil sur sa montre et décida de profiter du beau temps pour flâner et faire les boutiques. Après avoir payé et remercié chaudement les propriétaires qui lui sourit en retour, elle quitta discrètement sa place et sortit.
Le soleil lui fit cligner les yeux et la chaleur presque étouffante la laissa un instant sur place. Finalement, il faisait beaucoup trop chaud pour faire du shopping, elle tourna le dos au centre ville, prit la première RAM de métro qui se trouvait à sa portée et s’arrêta près du Louvre. Elle connaissait les moindres recoins de ce musée. Cependant, elle y retournait régulièrement. Parfois pour le simple plaisir, d’autres fois, pour laisser vagabonder son esprit ailleurs que là où il voulait sans cesse aller, surtout depuis la conversation qu’elle avait eu avec sa mère. Elle apprécia comme toujours les magnifiques jardins des tuileries et du carrousel.
Elle aurait pu s’y offrir une longue ballade, mais il faisait vraiment trop chaud « cela sera pour une autre fois » pensa-t-elle, à regret. Elle décida de passer par l’entrée principale, au niveau de la pyramide. Une fois engouffrée à l’intérieur, elle admira la vue imprenable sur les façades de la cour Napoléon. Elle y aimait chaque recoin. En suivant un itinéraire précis, elle se faufila sous la pyramide, inondée de lumière, la gigantesque sculpture qui s’offrait à elle la laissa sans voix. Elle avait beau l’avoir vu des centaines de fois, à chaque fois, elle lui donnait toujours cette même impression, lui procurant des sensations que seuls de tels ouvrages entraînaient chez elle. Une nouvelle fois, elle avait eu raison de se fier à son instinct, cette visite, c’était tout ce dont elle avait besoin, lui permettant l’oubli, ne serait-ce que pendant quelques heures. Après avoir déambulé par delà d’immenses couloirs, elle se décida, à regret, à quitter le musée. Elle reprit la RAM dans l’autre sens, fit quelques courses pour se faire un plateau-repas et entra dans son immeuble.
Elle prit l’ascenseur et appuya machinalement sur le quatrième bouton. Quelques minutes plus tard, elle était à nouveau chez elle. Un appartement, certes, un peu petit, mais très fonctionnel. De plus, elle avait toujours détesté habiter dans de grands espaces. Ici elle se sentait protégée, comme si elle se trouvait dans un cocon, un nid douillet.
Elle jeta un œil sur son répondeur. Aucun message. Malgré elle, poussa un soupir de soulagement, ce qui était complètement ridicule. Cela remontait à combien de temps maintenant ? Plus de quinze ans ? S’il avait voulu la retrouver, il l’aurait fait depuis longtemps. Elle le savait, elle se le répétait souvent, mais rien à faire, la peur était là, tapie au fond d’elle et il suffisait d’un rien, un mot, une image, une photo pour qu’elle ressurgisse.
Il était encore tôt pour manger. Elle rangea les quelques courses qu’elle avait fait, puis, s’installa au salon. Celui-ci était composé d’une table basse, un écran plat dernière génération avec home cinéma, une large bibliothèque en pin massif où des livres de tous genres y étaient rangés, parfois même empilés, un canapé d’un blanc immaculé accompagné d’un fauteuil du même ton. Tout y était rangé avec soin, le parquet lustré régulièrement brillait de mille feux. Elle alluma la télé sans faire attention à la chaîne qui s’inscrivait à l’écran et s’installa dans son lourd fauteuil en cuir, devant son outil de travail et principal ami en ce bas monde : son ordinateur portable. Elle y flâna pendant de longues minutes, s’intéressant au dernier article lié à son travail et surtout touchant de près la peut-être future chanteuse qui deviendrait son employeur, puis remit à jour son compte e-mail. Elle sentit alors son ventre réclamer quelques aliments. Elle se prépara un rapide plateau-repas, composé de chips, croissant au jambon et yaourt et partit s’affaler dans son canapé tout en jetant un regard morne sur une série télévisée passant en boucle sur une des chaînes du câble. Elle décida finalement de regarder un DVD, une belle histoire d’amour qui à coup sûr allait la faire verser quelques larmes.
Quelques heures plus tard, vaincue par sa longue ballade de l’après-midi associée à la chaleur moite de ce mardi, elle partit se coucher après avoir pris une douche quasiment froide.
****
Le lendemain, ce fut la sonnerie de son portable qui la tira hors de son lit, elle s’en félicita d'ailleurs, car le rêve qu’elle faisait était loin d’être agréable.
- Allô fit-elle d’une voix encore ensommeillée.
- Mlle Bettina Rémy ?
- C’est elle-même.
- Bonjour, je suis la secrétaire particulière de Mr Lancaster, après en avoir parlé avec ses collaborateurs, celui-ci tenait à vous faire part de sa décision concernant votre candidature.
- Je vous écoute dit Bettina la voix brusquement sèche.
- Vous avez le poste, félicitations !
Bettina poussa un soupir de soulagement. Un mélange d’excitation et d’appréhension monta en elle. Sensation déjà éprouvée lors de poste d’avant, mais elle sentait que celui-ci serait différent sans savoir exactement d’où provenait ce style d’intuition.
- Quand dois-je prendre mes fonctions ?
- Le plus tôt sera le mieux, Louann Malouy qui est la directrice commerciale est débordée, un coup de main serait la bienvenue.
- Très bien, je suis disponible de suite.
- Parfait, voyons nous sommes mercredi ? Si je vous demandais de vous présenter vendredi, cela vous conviendrait, ou serait-ce trop tôt ?
« Vendredi, déjà ? »
- Non, ça me convient tout à fait.
- Présentez-vous directement au bureau de Mr Lancaster, disons vers neuf heures trente. Il vous attendra et vous présentera Louann. De plus, celui-ci vous parlera peut-être d’une fonction qui n’est pas présente dans votre contrat. Il vous en dira plus vendredi.
- D’accord, merci à vous.
- À vendredi, Mlle Rémy.
- À vendredi.
Bettina raccrocha un sourire aux lèvres. Ce boulot, elle l’avait tellement voulu qu’elle avait du mal à réaliser qu’elle était embauchée.Elle se demanda quand elle aurait le grand honneur de rencontrer la célèbre Carrie Loumar. Comme elle était maintenant parfaitement réveillée, elle prit un café bien noir accompagné d’un croissant. « Voilà une journée qui commence fort bien » songea-t-elle. Le soleil cognait déjà fort aux fenêtres, elle baissa un peu les stores pour préserver son appartement de la chaleur, prit une longue douche froide, enfila rapidement un
