Les Chroniques d'Antalia - Aubry Yann - E-Book

Les Chroniques d'Antalia E-Book

Aubry Yann

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Beschreibung

Les Chronique d'Antalia, une histoire immersive, facile à lire où des personnes radicalement différentes se retrouvent opposés à ce qu'elles sont. Après un très long voyage semés d'épreuves, ils découvriront la vérité sur ce qui à causé la chute de leur ancien monde. Mais l'accepteront-ils?

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Seitenzahl: 254

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sommaire

Préambule

Chapitre Premier : Antalia

Chapitre 2 : Une journée ordinaire

Chapitre 3 : Joa, aller-retour

Chapitre 4 : Arius l’explorateur

Chapitre 5 : Sting, la cité céleste

Chapitre 6 : Arackis, l’incarnation de la justice

Chapitre 7 : Éruption EMO

Chapitre 8 : Jax, le chaos silencieux

Chapitre 9 : Joa, un arrêt périlleux !

Chapitre 10 : Arius, une famille perdue

Chapitre 11 : Sting, la chute de Célestia

Chapitre 12 : Arackis, en quête de justice

Chapitre 13 : Exo, la mouche ???

Chapitre 14 : Kyra, une dette de cœur

Chapitre 15 : La chute du géant

Chapitre 16 : Départ pour l’île d’Arc

Chapitre 17 : Sting, le mémorial

Chapitre 18 : Arius, prisonnier des Eludries

Chapitre 19 : Tréla, guet-apens à Terminal

Chapitre 20 : Arackis, en quête de vérité

Chapitre 21 : Jax, les arènes d’End Bay

Chapitre 22 : Combat à mort

Chapitre 23 : Combattre pour survivre

Chapitre 24 : Éruption, l’évasion

Chapitre 25 : Le choc des titans

Chapitre 26 : Sting, le danger venu du dessous

Chapitre 27 : Le cimetière des abysses

Chapitre 28 : La piste de la mort

Chapitre 29 : Christa, la promesse

Chapitre 30 : L’équipage au complet

Chapitre 31 : Colère, Volonté et Fidélité

Chapitre 32 : L’honneur des squales

Chapitre 33 : ARC, l’île des questions

Chapitre 34 : Le prix de la survie

- Préambule -

Si tu espères voir des nains, des elfes, des trolls, des Orcs ou des dragons, ce n’est pas le monde qu’il te faut visiter. En revanche, cet univers peut te révéler les parties les plus sombres qui sommeillent en toi, ainsi que les plus lumineuses lorsqu’il te faudra dompter tes plus bas instincts et surmonter des épreuves toutes plus compliquées les unes que les autres, de la fin du monde à la mort de tes proches, en passant par une solitude oppressante.

Mais ne t’en fais pas, cher lecteur, tu ne seras pas seul, tu ne seras jamais seul en Antalia. Peu importe le temps que cela te prendra, les saisons défileront, de l’électrique Ora1au grand froid de Frosta2, en passant par la caniculaire Chala3et les tempêtes de Tempa4, de multiples alliés croiseront ta route durant ton périple en quête de vérité, des alliés auxquels tu ne t’es jamais attendu. Toute bonne action est récompensée un jour ou l’autre, n’oublie jamais ça…

1 Ora : saison des pluies

2 Frosta : saison froide

3 Chala : saison des fortes chaleurs

4 Tempa : saison des tempêtes

- Chapitre Premier -

Antalia

Bonjour à toi, cher lecteur. Bienvenue dans le monde d’Antalia, un monde utopique où il n’y a ni arme, ni guerre, ni le moindre crime depuis des millénaires.

L’énergie EMO ? Tu en entendras souvent parler durant tes visites ici. Oui, l’énergie EMO – ou plus clairement l’énergie des émotions – provient de chaque être vivant de ce vaste monde. Captées par des antennes et redirigées vers le cœur EMO sur l’île d’Arc, toutes ces émotions y sont converties en énergie qui alimente les différents systèmes régissant ce monde, que ce soit la pêche, l’agriculture, la chasse, les transports… Tout cela fonctionne de manière automatisée grâce à l’énergie humaine.

Cela ne coûte rien ! Eh oui, ici, l’argent n’a pas cours, chacun travaille de manière purement désintéressée pour le bienfait de la communauté. Il n’y a ni riche ni pauvre, et chaque logement a été créé de manière fonctionnelle, avec une pièce à vivre convertible en salle à manger, en chambre à coucher ou en salle de bains, le tout étant encastré dans les murs. Chaque jour, à leur réveil, les habitants d’Antalia se voient servir un fruit, un jus de fruits et un mukka5 ; le midi, un repas complet qui change chaque jour ; en milieu d’après-midi, un fruit ; et le soir, un autre repas complet.

Les habitants vivent de manière communautaire, chaque cité se divise en différents quartiers et une énorme salle à manger commune qui permet, tous les matins, midis et soirs, aux habitants de se retrouver et de passer un moment ensemble s’ils le désirent.

Chaque cité possède une spécialité qui lui est propre et est régie par un conseil. La ville de Kyros est régie par le Conseil des Transports : elle est responsable de l’entretien de la Boucle6 ainsi que de la fabrication des trains circulant dessus et des pièces de rechange pour la maintenance.

Férocia est une ville régie par le Conseil de l’Économie, qui s’occupe de l’entretien des champs nécessaires à la culture des fruits et légumes, ainsi que du matériel de récolte.

Célestia est régie par le Conseil de la Justice : eh oui, même dans ce monde utopique, il y a des hors-la-loi, s’agissant souvent de petits groupes d’individus anti-énergie EMO qui passent leur temps à saboter les différentes installations fonctionnant à l’énergie EMO. Une fois attrapés, les hors-la-loi sont déportés à Célestia, jugés et condamnés, souvent à des travaux forcés.

La ville de Pionner Lak rassemble le Conseil des Pionniers. Il s’agit d’une cité peuplée de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens, qui s’évertuent à faire évoluer les moyens d’utilisation de l’énergie EMO. C’est aussi la cité où sont sélectionnés les Élites – des ingénieurs formés à Pionner Lak – pour effectuer différentes tâches à l’extérieur des enceintes de chaque cité : entretien, maintenance des systèmes, etc. Ils sont aussi formés à la survie en milieu hostile. Chaque cité est entourée d’une muraille de plusieurs dizaines de mètres, appelée le Grand Mur, à travers laquelle passe la Boucle (un rail reliant chaque cité entre elles). Il est interdit à quasiment tous les habitants de quitter leur cité d’une autre manière, car, hors des murs de chaque cité, la nature règne en maîtresse absolue.

Et, pour finir, l’île d’Arc est régie par le Conseil de l’Énergie, responsable de la distribution d’énergie EMO de par le monde, ainsi que des infrastructures qui y sont liées.

Notre histoire commence la veille du Renouveau, au début de la saison Frosta, dans la cité de Pionner Lak, près du lac d’Eno.

La neige commençait doucement à tomber sur la cité. Les tours pyramidales du quartier résidentiel et ses routes pavées se teintaient peu à peu d’un blanc cristallin.

Un énorme brouhaha s’échappa de la Grand Salle, où la communauté de Pionner Lak se rassemblait chaque jour et savourait un goûteux repas, après une journée de dur labeur, bien réglée comme la journée précédente, et celle précédant la précédente.

Cette salle était remplie d’une dizaine de tables autour desquelles chaque habitant avait sa place. Mais une poignée de personnes se voyaient malgré tout isolées, dans un coin de la pièce. À leur place régnait un silence pesant.

Son repas fini, un individu se leva discrètement et prit la direction de la sortie à toute vitesse. Bien que hué, insulté et traité en paria, il resta silencieux et imperturbable, et continua d’avancer. Une fois dehors, il traversa en toute hâte les rues désertes de la cité, en direction de son logement, bien au chaud, à l’abri de la neige qui tombait en intermittence.

En bas de chez lui, il prit le temps de récupérer, de repenser, de regretter : pourquoi avait-il fallu qu’il soit choisi ? Pourquoi lui, au lieu d’un autre ? Choisi pour être un Élite, l’un des seuls à être autorisés à quitter la cité par la grande porte, l’un des seuls à pouvoir franchir le Grand Mur.

Quelques instants plus tard, il se retrouvait sept étages plus haut, dans un long couloir où des dizaines de portes se suivaient. Il s’arrêta net devant l’une d’entre elles et sortit un étrange disque de son veston, qu’il inséra dans une petite fente horizontale au milieu de la porte. Un énorme bruit de rouages précéda l’ouverture de la porte, qu’il franchit rapidement.

Son appartement était très petit, tout en longueur, au bout duquel se trouvaient une très grande baie vitrée, une table vieillotte, deux chaises en bois foncé qui n’étaient pas accordées à la table, et un buffet en piteux état ne contenant rien. Un appartement standard identique aux milliers d’autres à travers Antalia.

— Enfin rentré ! s’écria-t-il à voix haute. Pffffff ! Travail à la noix ! poursuivit-il dans un soupir.

Il s’installa sur une chaise et saisit une télécommande.

— Colère, dit-il à la télécommande.

— Playlist colère en démarrage, souhaitez-vous une Configuration Détente pour apaiser votre humeur ? répliqua-t-elle.

— Non, démarre la Configuration Sommeil, dit-il d’une voix lasse en se levant.

Un quadrillage rouge lumineux apparut des murs au plafond, la table et les chaises disparurent comme absorbées dans le sol, et un petit lit en prit la place, avec en fond une musique résonnant au rythme des tambours et des percussions.

La musique était l’un des seuls plaisirs encore accordés aux gens. Alcools interdits, relations charnelles interdites, ou encore animaux de compagnie INTERDITS.

La musique s’atténuait à mesure que notre improbable héros se rapprochait d’un sommeil profond.

5 Mukka : boisson chaude au goût très prononcé de noix et de fruits rouges

6 Boude : rail de métro reliant toutes les cités d’Antalia entre elles

- Chapitre 2 -

Une journée ordinaire

Il est six heures du matin, le soleil noir disparaît à l’horizon, le piaillement des moineaux affamés résonne dans la cité.

L’homme ouvrit la porte et se trouva nez à nez avec une jeune femme. Dans ses âges, son visage était encadré de longs cheveux couleur ébène, et ses yeux couleur noisette étaient cachés par des lunettes noires.

— Ça alors ! C’est vous que j’ai vu hier, qui fuyiez la Grand Salle, hué par tout le monde ! s’exclama-t-elle.

— Eh oui, mais ne vous en faites pas, c’est mon quotidien. Je suis au calme le reste de la journée. Et puis, la jalousie que l’on montre à mon égard n’a rien de surprenant, dit-il en souriant.

— Oh, mince, je vais être en retard à la gare pour ma relève ! Désolée de vous planter comme ça. Au revoir ! s’exclama-t-elle en commençant à courir.

— Au revoir… et merci ! dit-il avec un petit sourire amusé. « Allez, c’est reparti pour une journée pourrie », pensa-t-il pour s’encourager.

Quelques minutes plus tard, il se retrouvait dans une rue à l’entrée de la cité, devant deux portes imposantes en métal ornées de vis grosses comme des balles de tennis.

— Bonjour, Jax, comment ça va aujourd’hui ? lui dit un des deux hommes qui gardaient la porte.

— Bonjour, Marco, très bien et toi ? Toujours en charge de la porte, comme tous les jours ? ! lui répondit Jax.

— Tu l’as dit, toujours en poste. Bon, tu connais la procédure : mot de passe ? lui dit-il en saisissant la carte d’identification qu’il lui tendait par réflexe.

— Mot de passe, Arc EMO, comme tous les matins, répondit le jeune homme.

— Il paraîtrait qu’ils vont bientôt le changer, dit-il sur un ton moqueur.

— Cela fait dix ans qu’il y paraît, et il n’a toujours pas changé ! railla Jax en riant à chaudes larmes.

— Ouvre la porte, dit l’homme à son collègue.

Les deux gigantesques portes s’ouvrirent, laissant place à une immense étendue végétale luxuriante.

— Dans combien de temps comptes-tu rentrer ? lui demanda le garde.

— Au coucher du soleil, répondit Jax.

Jax franchis calmement la porte et s’introduisit dans un petit chemin entre des broussailles, qui allait le conduire jusqu’à sa destination : la Plantation.

Cela faisait déjà un long moment que Jax avançait, et le soleil était maintenant haut dans le ciel. Il était bientôt arrivé à destination quand un curieux bruit l’interpella, un très faible gémissement, qui l’amena à s’éloigner légèrement de son chemin.

Le gémissement était de plus en plus près, juste derrière un buisson de ronces, sur lequel Jax entailla ses vêtements. Et voilà qu’apparut un petit renard blanc, étendu à terre, maigre, couvert d’entailles, sûrement à cause des ronces, en déduisit Jax.

Il souleva le petit animal, le déposa dans une petite grotte pour le mettre en sécurité, et sortit une petite pince de sa sacoche pour enlever les épines acérées qui lacéraient le corps de la petite créature. Il se pencha sur lui, en saisit une doucement et tira d’un coup sec, pour le faire un minimum souffrir. L’animal sursauta et saisit la main de Jax avec ses crocs.

— Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! hurla-t-il de douleur.

Il serra l’animal au cou pour le faire lâcher prise, le renard desserra sa mâchoire et le lâcha. Il le reposa et continua d’enlever les épines. Quelques minutes plus tard, le petit renard n’avait plus la moindre écharde, mais restait très faible. Jax prit un récipient de son sac, un peu de nourriture, de l’eau, et disposa le tout devant le petit animal qui n’aurait plus qu’à se lever et à se nourrir une fois qu’il aurait retrouvé des forces.

— Bon, je vais peut-être me mettre au travail, moi, je suis à la bourre ! s’écria Jax qui devait se hâter.

Il se rendit à la Plantation, vérifia les compteurs hydrométriques, l’état des cultures, ainsi que celui des machines, tandis que le soleil déclinait rapidement.

Le soleil rasant, il prit le chemin du retour, en faisant une petite et très rapide halte là où il avait abrité son petit protégé au début de la journée. Le petit renard n’était plus là. Un peu attristé, notre héros prit la route de la cité de nuit.

Des détonations retentirent au loin, de grandes lumières multicolores illuminèrent le ciel de part en part. Jax se mit alors à courir, curieux de savoir ce qui se passait.

Il se retrouva face aux portes et hurla : « ARC EMO ! » Aucune réaction derrière les portes. Il répéta « ARC EMO » plusieurs fois et, soudain, il distingua une silhouette.

— Ah, c’est toi, Jax, lui dit le garde, soulagé.

— Oui, c’est moi, qu’est-ce qui se passe ? l’interrogea-t-il.

— Aucune idée, on allait envoyer une équipe pour te chercher, tant tu as mis du temps. Que s’est-il passé ? rétorqua le garde.

— J’ai dû effectuer quelques réparations, je n’ai pas vu le temps passer, s’expliqua-t-il pour ne pas dire qu’un petit renard blessé avait retenu un peu trop son attention.

Les portes s’ouvrirent. Le ciel toujours illuminé devant lui, une dizaine de gardes vinrent à sa rencontre pour l’interroger sur son retard ainsi que sur sa blessure.

Une journée pas si ordinaire que ça, n’est-ce pas ? Va, Jax, repose-toi, demain sera encore moins ordinaire.

- Chapitre 3 -

Joa, aller-retour

Le téléphone sonne.

— Allô ! murmura Joa en décrochant son téléphone.

— Bonjour, Joa, c’est Jack.

— Bonjour, Jack ! Qu’est-ce qui se passe ?

— Celui qui devait faire la nuit nous a lâchés. Je sais que tu veux faire des heures supplémentaires, tu veux prendre le service ?

— Oui, ça va bien m’aider. Je commence à quelle heure ?

— Dix-huit heures, ma grande. Repose-toi, la nuit risque d’être très longue.

— T’inquiète ! dit-elle avant de raccrocher le combiné et de murmurer dans un soupir : La nuit va être longue.

Elle frotta son visage avec ses mains, se redressa et s’assit au bord de son lit.

— Playlist réveil, dit-elle à peine réveillée.

— Playlist réveil activée, répondit la voix du système de gestion de son domicile.

Une musique électro commença doucement à se faire entendre.

Elle se leva d’un coup et articula : « Configuration Baignoire. » La table disparut dans le sol, laissant place à une grande baignoire, pleine d’eau fumante.

Elle déboutonna son chemisier, laissant apparaître son corps athlétique, enleva son pantalon et se glissa d’un coup dans sa baignoire, répandant de l’eau et de la mousse partout dans la pièce. Elle se saisit doucement d’une fleur de Ganayer7 et la passa d’abord sur ses jambes, la fleur absorbant toute saleté présente sur la peau, tout en massant et en moussant. Elle continua sur ses bras, et commença doucement à masser sa poitrine voluptueuse, le bas de son ventre toujours très doucement. Elle ferma les yeux et resta immobile dans son bain un long moment.

Quelques heures plus tard, elle quitta son appartement et croisa le jeune homme qu’elle avait vu la veille quitter la Grand Salle et courir dans la rue. Elle eut une brève discussion avec lui, se rendit à la station de transports pour prendre son service. Elle s’introduisit dans la cabine de train, s’assit dans le fauteuil, abaissa la manette de vitesse et fit avancer l’engin, qui quitta la gare de Pionner Lak en direction de Rockstein. Le train desservait les villes de Pionner Lak, Border Lak, la cité de Terminale, End Bay, Aqua City, Kyros, Férocia, le cœur EMO, Gold City, Storm Age, et enfin le terminus Rockstein.

— Enfin à Rockstein ! Pfiouuuuuu ! dit Joa.

Elle quitta sa cabine et se dirigea vers le poste de garde sur le quai de la gare, y entra et attendit le prochain départ le temps d’une Guoa8 bien chaude.

— C’est toi qui remplaces l’autre feignant ? lui dit l’un des autres chauffeurs qui attendaient là.

— Oui, c’est moi, pourquoi ? répondit-elle.

— Toi, toi, aaaah, toi, tu as du cran, et j’aime ça ! Allez, je paye ma tournée. GUOAS BIEN CHAUDES POUR TOUS ! hurla-t-il.

— Avec Froa qui se déchaîne, ce n’est pas de refus ! rétorqua-t-elle avec un sourire.

Puis elle retourna dans sa cabine : chemin inverse, traversée des quatre saisons et des quatre continents à nouveau.

— Prochain arrêt : le cœur EMO.

Le train s’arrêta à la station, de laquelle sortaient essentiellement des scientifiques habillés de leur longue blouse blanche. Soudain, le sol se mit à trembler d’une vive secousse. Joa saisit le combiné et appela la centrale.

— Allô centrale, ici navette 4256, je viens de sentir une secousse. Les voies sont-elles endommagées ?

— Navette 4256, le diagnostic n’indique aucune avarie, poursuivez votre route.

— Bien reçu, centrale, répondit-elle.

La navette poursuivit sa route jusqu’à la cité de Terminal, lorsque le ciel s’embrasa de lumières multicolores. Tous les passagers se collèrent aux vitres de la navette pour observer cet étrange spectacle, qui semblait provenir de l’île d’Arc.

Dans sa cabine, Joa continua comme si de rien n’était, la navette avança.

— Prochaine station : Endbay, dit-elle avant de se rendre compte que les freins ne répondaient plus.

Elle saisit le combiné :

— Allô centrale, ma rame ne freine plus.

Aucune réponse. Toutes les lumières de la rame s’éteignirent, et elle traversa End Bay et Terminal à toute allure. Les passagers frappaient à la porte de sa cabine. Joa essaya de l’ouvrir, mais rien à faire, plus rien ne fonctionnait, ni les freins, ni les lumières, ni le système d’ouverture des portes.

Les passagers étaient en panique, lorsque la rame commença à ralentir doucement. Joa respira, elle se calma. La rame était enfin à l’arrêt, mais au-dessus de l’océan et en pleine nuit. Elle était complètement isolée dans sa cabine, enfermée sans aucun moyen de communication, ni avec la centrale ni avec les passagers. Elle se mit devant la porte en verre blindé et commença à essayer de communiquer avec ces derniers en utilisant le langage des signes.

— Il fait nuit, aucun moyen de communication ne fonctionne, essayez de vous calmer. Quand le soleil sera levé, nous essayerons de rejoindre Border Lak à pied, essaya-t-elle de dire à travers la porte vitrée.

Elle se rassit dans son fauteuil et se mit à réfléchir à un moyen de quitter le train et de rejoindre Border Lak en toute sécurité.

7 Ganayer : arbre massif des plaines de Férocia, donc les feurs singulières sont utilisées comme éponge

8 Guoa : Boisson chaude alcoolisée, voisine de notre vin chaud

- Chapitre 4 -

Arius l’explorateur

À travers Antalia, certaines personnes étaient autorisées à quitter leur cité : les ingénieurs de maintenance des systèmes EMO étaient les plus nombreux, mais d’autres – plus rares – partaient en expédition à travers le monde. Arius était de ceux-là, il voyageait sur les mers avec son équipage, à bord de son navire Le Christa.

— Toc-toc ! Monsieur Arius, réveillez-vous, c’est le jour du départ, résonna une voix à travers la porte.

Dans un long grincement, la porte s’ouvrit, faisant place à un homme de taille très moyenne, d’une petite vingtaine d’années, aux cheveux longs d’un noir très prononcé, qui s’arrêtaient au bas de son dos, aux yeux tout aussi noirs, un noir aussi profond que les abysses, habillé d’un long manteau en cuir décoré de fines incrustations dorées.

— Eh bien, qu’attendons-nous ? En route pour Le Christa, mon cher ami ! dit-il d’une voix pressante.

— À vos ordres, monsieur, votre vaisseau est ravitaillé, les hommes n’attendent plus que vous, dit le moussaillon.

Arius, capitaine du Christa, était un explorateur dans l’âme, ignorant la peur. Il travaillait pour le Conseil de Terminal et prenait régulièrement la mer avec son équipage pour découvrir de nouvelles régions d’Antalia. Il était l’un des cartographes officiels d’Antalia. Sa nouvelle mission : explorer le littoral de la région de Savage, au nord du continent, répertorier les récifs et divers obstacles qu’il pourrait rencontrer en vue de la mise en fonctionnement d’un nouveau système d’approvisionnement de la ville de Férocia par la voie des mers depuis la cité de Terminal.

Les deux hommes quittèrent l’auberge « La Tuile Rouillée » en remerciant la propriétaire pour son hospitalité et traversèrent une multitude de routes étroites pavées de pierres rouges ralliant l’auberge jusqu’au lieu où était amarré Le Christa. Ils longèrent des bâtiments habillés de plaques métalliques couleur cuivre. Une odeur métallique émanait de la cité à des lieues à la ronde. Les mines de minerais situées en dessous de la ville donnaient à Terminal le monopole de l’industrie du métal sur tout Antalia.

Au détour d’un carrefour, ils croisèrent un homme étrange qui attira leur attention. L’homme portait une sorte de bandana et était drapé dans une sorte de cape complètement déchirée et délavée, son visage était à moitié masqué, mais l’on distinguait une cicatrice qui lui traversait le visage de part en part.

— Qu’est-ce que vous regardez ? hoqueta l’homme d’une voix très agressive.

Arius resta bouche bée, il ne savait que ou quoi dire, surpris par cette agressivité soudaine.

L’homme reprit sur un ton plus insistant :

— Je vous parle, les deux pécores !

— Qui tu traites de pécores, l’ancêtre ? se décida à répondre Arius.

— Vous me dévisagez depuis un moment, vous avez un problème, pécores ? reprit ce dernier de plus belle.

— Qui traites-tu de pécore, l’ancêtre ?! Lui dit il qui commençait à s’énerver.

— L’ancêtre va t’enterrer six pieds sous terre, morveux ! répliqua le vieil homme apparemment bien décidé à en découdre.

Arius s’approcha de l’homme qui était plus grand et plus massif que lui, s’arrêta nez à ventre. Vu l’immense écart de taille entre les deux hommes, le moussaillon resta à l’écart, mais esquissa un petit sourire, signe de l’assurance qu’il avait envers son capitaine. Plus aucun bruit ne sortit de la bouche des deux hommes. Se joua juste un intense jeu de regards, comme si chacun attendait que l’autre porte le premier coup.

Les rares passants formèrent un cercle autour des deux. C’est alors que l’antenne EMO présente à proximité se mit à briller, et un éclair scintillant frappa Arius et le vieil homme. Une fois leurs cris tus, les deux hommes se relevèrent et se fixèrent comme vidés de toute émotion, de toute colère et dirent simultanément « PARDON », puis ils reprirent chacun leur route.

Le Christa en vue, Arius devenait fou d’excitation. Son altercation avec le vieil homme leur avait fait perdre pas mal de temps, ils devaient partir en milieu de journée et le soleil commençait déjà à se coucher.

— CAPITAINE EN VUE ! AU GARDE-À-VOUS ! hurla le maître d’équipage.

Tous les membres de l’équipage se mirent instantanément au garde-à-vous.

— Du calme, Ice. Reprenez vos activités, on est en retard. Finissez vite, on part dans dix minutes, messieurs.

— OUI, CAPITAINE !! répliqua simultanément chacun d’entre eux.

Dix minutes plus tard, l’ancre remontée, les voiles déployées, Le Christa repartait. C’était un magnifique voilier voguant au ras de l’eau, avec sa sublime coque d’un bleu pâle à moitié submergée qui cachait une base complètement transparente. Composé d’un mélange de verre et d’une résine créée par Arius, Le Christa était un véritable joyau dont le nom lui avait été donné par Arius en mémoire d’une amie qu’il avait perdue longtemps auparavant, et que sa proue représentait.

Un vrai bijou que notre capitaine avait créé entièrement de ses mains.

Les eaux étaient calmes, le vent léger, le ronflement des hommes résonnait du fond du navire. Mais le capitaine était, lui, sur le pont, bien réveillé, à veiller sur son navire, et plus encore sur son équipage.

Il voguait sur les océans depuis des années et il était toujours rentré avec la totalité de son équipage intact, ce pour quoi ses hommes le respectaient autant et lui accordaient une confiance aveugle. La nuit bien entamée, Arius leva les yeux au ciel et remarqua de curieuses illuminations multicolores traverser le ciel.

— La beauté de notre univers, se dit-il.

Mais quelle beauté ?

Chapitre 5 -

Sting, la cité céleste

Le ciel s’obscurcit. Une tempête arrive. Souffle le vent, frappe la foudre, gronde le tonnerre. Déchaîne-toi, Tempête, rien de ce que tu pourras faire n’entravera Célestia, la grande cité des cieux…

Elle dominait tout Antalia telle une étoile scintillante dans les cieux, entièrement faite du plus pur argent extrait des mines de Terminal et forgée par les meilleurs forgerons de tout Antalia. Il n’avait fallu pas moins de quatre générations – soit plusieurs centaines de forgerons – pour créer chaque pièce constituant cette cité. L’un d’eux s’y était installé. Il était le dernier de sa génération, le plus ancien de tous : Sting.

Il avait participé aux préparatifs de mise en altitude de la cité, et s’occupait essentiellement de la maintenance du système de propulsion.

— STING ! LE RÉACTEUR QUATRE MANQUE DE PUISSANCE ! VA VOIR CE QUI CLOCHE ! hurla une voix à travers un moniteur.

— D’acc’, répondit Sting qui se mit directement en route.

— QUOI D’ACC’ ? !! ON DIT OUI, MONSIEUR ! hurla la voix. OH, ALLÔ ! JE TE PARLE ! poursuivit l’homme dans le combiné.

Sting était déjà en route. Parler pour ne rien dire ne l’intéressait pas. D’un tempérament calme, il allait à l’essentiel, et ne voulait pas s’encombrer de petits détails inutiles à ses yeux. Il quitta son atelier avec ses lunettes de protection et sa boîte à outils, et se dirigea vers l’ascenseur sans attendre.

Célestia brillait tel un astre, la lumière du soleil se reflétant sur sa structure de métal pur, obligeant ses habitants à porter des lunettes de protection dès que le soleil se levait. Il arrivait maintenant à un ascenseur semblable à une boîte métallique très obscure, caché au fond d’une ruelle, avec un interrupteur tout aussi ancien que notre vieux forgeron, et que Sting actionna avec difficulté tant le mécanisme n’était activé que rarement.

— Toi, mon petit gars, va falloir que je te remplace ! Tu as fait ton temps, comme moi, dit le vieille homme à l’interrupteur sur un ton nostalgique.

L’épaisse porte de l’ascenseur coulissa, ouvrant la route à Sting qui s’engouffra dans la cabine. Il n’y avait à l’intérieur qu’un seul bouton, celui de la salle des machines, que notre forgeron pressa sans retenue. Les portes de la cabine se fermèrent, puis elle descendit à très grande vitesse.

Sting avait des difficultés à rester debout tellement la descente était rapide. Quelques minutes plus tard, elle s’arrêta brutalement, mettant ce dernier à genoux.

— Saleté d’ascenseur, dit-il en serrant les dents.

Il prit quelques secondes à se remettre de cette chute, se releva et prit la route de la salle des machines. À travers un dédale de couloirs obscurs, nappés de murs en métal rouillé qui contrastait avec la vision de l’étoile que le peuple d’Antalia pouvait distinguer d’en bas, il progressa dans les entrailles de cette bête céleste qu’il connaissait par cœur.

Il pénétra alors dans une gigantesque salle en forme de dôme renversé d’où l’on voyait les quatre réacteurs principaux en son cœur, et huit autres réacteurs secondaires sur les parois de la salle. Le réacteur quatre était au plus bas. Sting prit la direction d’un escalier, en traversant plusieurs passerelles en plus piteux état les unes que les autres, les rambardes rouillées et déchirées par le temps témoignant du vécu de cette cité. Sting se tenait maintenant devant le réacteur quatre. Le pronostic était sans appel, le moteur était irréparable : câbles dénudés, convertisseur EMO oxydé, turbine rouillée et percée, de gros travaux étaient à prévoir. Il prit le moniteur et appela le centre de contrôle pour leur annoncer son pronostic.

— Allô centrale ?

— Oui, Sting. Alors, qu’est-ce qu’il se passe ? lui dit son interlocuteur.

— Mon pronostic ? Le moteur quatre est mort, il faut le changer de A à Z, dit-il d’un ton ferme.

— Changer le moteur quatre ? ! Tu plaisantes ! Tu vas nous arranger ça, tu es le magicien de la cité, le flatta le contrôleur.

— Je ne peux pas faire de miracle, si vous ne le changez pas, au prochain moteur qui claque, la chute va être rude, répliqua t-il.

— C’est une menace ? dit l’homme sur un ton agacé.

— Non, une promesse, dit Sting avant de raccrocher et de commencer à essayer de faire fonctionner à nouveau le moteur.

Plusieurs heures s’étaient écoulées. Agacé, éreinté, Sting jeta sa clef, ses tournevis puis toute sa sacoche sur le moteur abîmé, et prit la décision de quitter la cité. « Je les ai suffisamment avertis, mon départ va peut-être les secouer », se dit-il. Et il laissa ses outils sur place, reprit l’ascenseur en sens inverse, se hâta de regagner son atelier, saisit un sac posé sur son plan de travail et y fourra quelques vêtements, outils, et vivre. Il sortit de sa maison d’un pas pressant, en clouant sur la porte de son atelier une note :

« Quitte la cité pour une durée indéfinie jusqu’à ce que la direction change le réacteur quatre, actuellement hors fonction. » Quel meilleur moyen de faire bouger les choses ?

Il prit la direction du téléphérique ralliant Célestia à la cité de Storm Age, s’arrêta au guichet et prit un aller simple. Alors que le soleil se couchait déjà, la prochaine navette ne partirait que dans une heure. Il s’assit sur un banc et patienta. Une heure plus tard, une alarme résonna, lui indiquant que la navette était proche. Il prit place sur le quai d’embarquement et se prépara à s’engouffrer à l’intérieur de la cabine.