Les Contes de Zattise Zeqwestchen - Eusébie Boutevillain - E-Book

Les Contes de Zattise Zeqwestchen E-Book

Eusébie Boutevillain

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Beschreibung

Le Moyen Age et ses clichés. Le Moyen Age et ses vérités. Deux femmes s'accommodent de ces temps obscurs et combattent la bêtise humaine. Un château est attaqué. Une princesse doit être sauvée. Qui le fera? Hexerine, sorcière en son village, aidée de son amie, Mme Catherine, tenancière en son bordel? Ou le prince charmant? Zattise Zeqwestchen.

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Seitenzahl: 111

Veröffentlichungsjahr: 2019

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J’écris pour moi et pour le petit groupe de lecteurs qui pensent qu’il y a presque toujours dans un livre médiocre de quoi en faire un bon.

Alexandre de Tilly, Mémoires.

Sommaire

PROLOGUE

L’ATTAQUE

PROLOGUE

Une fin d’après-midi banale voyait s’annoncer un début de soirée banal. Oublieuse de son environnement, cette fin d’après-midi se disait qu’elle était contente que la journée se finisse parce qu’elle avait été mortellement chiante. « Comme d’habitude en fait », se prit à penser la fin d’après-midi. Sauf que voilà, une fin d’aprèsmidi à Zattise Zeqwestchen n’est pas une fin d’après-midi comme une autre.

De même que la princesse, qui rentrait d’un pas allègre ce soir-là, n’était pas une princesse comme les autres. Point de tapisserie ni de broderie. Non. Cette princesse-là, elle bossait. Dans l’associatif. Pour l’évêque. Elle tentait de caser dans des familles, les enfants abandonnés ou tentait de leur donner une vie un peu plus décente en récoltant des fonds. C’était sa mission et elle y croyait. De même qu’elle croyait à un avenir radieux. Ouiche. Une princesse rêve de prince charmant. C’est ainsi. Elle a été élevée pour cela. Elle y a cru, une fois, a vite déchanté, mais pas suffisamment tôt pour s’épargner deux mouflets, désormais devenus grands. Encore une particularité de notre princesse : mère célibataire avec deux enfants. Peut-être que dans une autre contrée, sa situation aurait étonné, mais pas à Zattise Zeqwestchen. Non. Rien n’étonne personne dans ce bled. Encore moins une princesse autonome, qui, glissant, sur le pont-levis huilé par son aîné en pleine révolte, refuse de sortir des douves et décide d’attendre le prince charmant. On le lui a inculqué. Une princesse en danger est sauvée par un prince charmant. Faut juste être en danger et être une princesse. Regroupant les deux conditions principales, la princesse se mit en devoir d’attendre. Elle aurait pu appeler la garde à l’aide, mais c’eut été déchoir. Donc, elle se mit à attendre.

Le soir s’approchait, mais pas trop vite de façon à ne pas gêner la vue sur l’orée de la forêt, quand, soudain, sortie du néant, une ombre grandit et se refléta dans l’eau des douves. Pleine d’espoir, la princesse leva les yeux et grimaça quand elle vit en lieu et place d’un bellâtre, une femme, sans âge, cheveux hirsutes, robe, si tant est que ce fût une robe, sale et patchworkée.

– Ben ma jolie, heureusement qu’avec Julot on passait par là sinon tu y passais la nuit, dit la femme en tendant la main.

Mais la princesse, farcie d’idées préconçues, se mura dans son obstination et refusa l’aide.

– Allons bon, s’étonna Hexerine. Tu ne veux pas de mon aide ? C’est bien la meilleure !

Stupéfaite, elle se mit à faire les cent pas. Chez elle, la marche avait la faculté d’aérer le cerveau. Elle repéra l’huile sur le pont et se prit à sourire.

– Je vois. On a un petit con au château. Pas facile la vie d’artiste, hein ? Ça ne me dit toujours pas pourquoi tu ne veux pas de mon aide.

– Je suis une princesse, souffla agacée la princesse.

– Et pis ? Tu ne veux pas de l’aide des pécores ?

– Mais non ! C’est que ça ne se fait pas !

– Ça ne se fait pas ? Tu es une comique toi !

La princesse se mit à bouder. Soudain, la lumière se fit dans l’esprit d’Hexerine. Elle retourna à sa charrette en grommelant, farfouilla dans les sacs à l’arrière et revint sur les berges.

Elle planta une graine dans le sol, prononça les mots suivants ARAMSAMSAM ARAMSAMSAM OH GULLI GULLI GULLI GULLI RAMSAMSAM incantation incompréhensible pour tout un chacun voire pour elle-même et fit surgir du sol deux immenses racines qui relièrent les deux côtés de la berge. Elle prit, ensuite, quelques outils dans sa charrette et sculpta un escalier avec une main courante. Fière de son travail, elle se tourna alors vers la princesse :

– Bon. T’es une princesse, détail que j’avais oublié puisque tu bosses et que ce n’est pas commun. D’habitude, les gens comme toi, ça fait rien. Donc voilà. Tu as tout ce qu’il te faut pour sortir des douves. Absolument tout. Tu peux le faire seule, si, si ou attendre l’andouille qui ne viendra jamais vu qu’ici tu es à Zattise Zeqwestchen et que les histoires de princesse, ici, tout le monde s’en tamponne. Tu peux donc attendre et attendre. Ou tu peux accepter mon aide et sortir de la merdasse. Mais pour cela, il faut que tu me fasses confiance. Mais dans tes contes à toi, l’aide ne peut venir que d’un homme. Dans mes contes à moi, l’aide vient de toutes parts, notamment de soi. Mais bon. Tu fais comme tu veux. De toute façon, tu as pied.

La princesse tiqua.

– Oui ma jolie, tu as pied. Si en sortant, si jamais tu te décides à sortir, tu as froid, ma cabane est au fond de la forêt, tu la repéreras facilement c’est la seule cabane dans la forêt, la porte est tout le temps ouverte, tu rentres, tu te mets bien au chaud devant la cheminée pour te sécher et tu te reposes. Ce n’est pas un château de prince charmant, mais on y est très bien. Mais ça, c’est toujours pareil, on ne peut pas obliger les gens à faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire, on n’est, cependant, pas obligé de les regarder se détruire sans rien faire non plus. En attendant, mon Julot et moi, on va s’en retourner finir nos emplettes et puis si t’as besoin, je te laisse mon nom, t’auras qu’à crier, où que je sois je t’entendrai parce que l’avantage du vieux, c’est qu’il a une très bonne ouïe.

Hexerine planta alors une petite pancarte avec écrit son nom dessus, fit un dernier petit signe à la princesse en rouspétant — que les princesses c’est vraiment toutes les mêmes et que c’est injuste que ce soit toujours elles les héroïnes des contes vu que ce sont des tartes — lança ARABI ARABI ARAMSAMSAM ARAMSAMSAM, sort puissant s’il en est pour emmerder le petit con parce qu’un petit con même dans un conte, ça reste un petit con et remonta dans la charrette tirée par son âne Julot

– Allez mon Julot, on va laisser la princesse avec ses histoires de prince charmant et de guimauve, de toute façon, cracha-t-elle, la guimauve, ce n’est pas bon pour les dents !

Une fois Hexerine loin, la princesse s’approcha et lut

« Hexerine, mariage, accouchement, dépeçage, embaumement, mise au tombeau, potions, onguents, sorts, menus travaux, E311, lécithine de soja, arôme naturel de vioque, peut contenir des traces de gluten, sauvetage en mer et autres causes perdues vu qu’il n’y a pas de mer dans le coin. Nous trouver : cabane au fond de la forêt, direction Zattise Zeqwestchen ou gueuler très fort. »

Arrivée à la cabane, elle laissa Julot faire les manœuvres pour se garer, puis descendit et commença à décharger sa charrette. Une fois le déchargement terminé, Hexerine se dirigea vers l’âtre afin d’inspecter le contenu d’une marmite. Celle-ci bouillonnait d’un liquide saumâtre dans lequel des objets non identifiés flottaient. Elle touilla un peu la mixture, porta une cuillerée à sa bouche et constata qu’il manquait comme d’habitude un œil-de-bœuf. C’était toujours pareil, à chaque fois qu’elle cuisinait, elle oubliait un œil-de-bœuf. Ce n’était pourtant pas ce qui manquait sur les étagères. Elle en avait des bocaux remplis ! Et pas que des bocaux d’œil-de-bœuf, non, non, non, elle a aussi des lézards, des grenouilles, des viscères, des on — sait — pas — quoi, mais que toute sorcière — ou prétendue telle – doit avoir dans son gardemanger, bref elle avait de quoi nourrir un régiment et soigner la région entière.

Parce qu’elle soigne aussi et pas seulement les problèmes de cœur, enfin surtout pas les problèmes de cœur. Il n’y a pas une fracture, une égratignure, une éventration, une lacération, un bouton qui aient le moindre secret pour elle. Et elle en a vu des éventrations et des lacérations ! Sans compter les accouchements. Alors ça, c’est dégueu. Alors qu’une bonne lacération ou une bonne éventration avec des tripes à l’air et du pus en prime, ça c’est formidable, c’est facile à soigner, c’est propre, c’est net, c’est naturel, c’est sain. Pas comme les vagissements d’un mioche gluant, gueulant comme un poulet qu’on égorge, rouge comme une écrevisse. Non, ça, elle n’aime vraiment pas. Surtout quand elle connaît d’avance l’avenir du mioche. Pas glorieux au vu de l’époque. Zattise Zeqwestchen ne connaissait pas la guerre, mais en subissait les conséquences : passage de troupes, augmentation des impôts. Parfois, une émotion populaire venait animer la région, mais dans l’ensemble le patelin était calme. L’Église avait la mainmise sur les âmes, décidait de ce que l’on devait penser et dire. Les seigneurs épuisaient les corps en corvées et autres taxes. Les hobereaux arrachaient comme ils pouvaient des parcelles de puissance. Bref, un village comme un autre qui survivait comme il pouvait. Elle faisait, aussi, ce qu’elle pouvait pour soulager la souffrance des femmes et des enfants. Et ce n’était pas simple dans un monde où l’honneur de la femme se limitait à pondre et à subir.

Elle était en train de ranger ses emplettes, déplaçant un bocal deci de-là, remplissant un autre au risque de déranger la quantité faramineuse d’araignées qui s’étaient installées et qui commençaient à monter un syndicat afin de défendre leurs droits de tisser leur toile où bon leur semblait et réclamant la création d’un parc naturel protégé pour qu’elle ne puisse plus détruire leur habitat. Les plus courageuses brandissaient des pancartes sur lesquelles elles avaient écrit « droit au logement » « ma vie ma maison » « CRS SS » « sous les bocaux la toile » « tous solidaires » « mort aux vaches » tandis que les autres lançaient des invectives et des mouches crevées dans sa direction. Quand, soudain, surgit Jeannot, lapin de son nom de famille.

– Ben, mon Jeannot ! C’est quoi tout ce tintouin ?

Jeannot tapait vigoureusement du pied soulevant une montagne de poussière qui se mit à virevolter avec agacement autour du lapin. « Merde alors, je m’étais bien installée », grondait-elle. Mais Jeannot n’en tint pas de cas et poursuivit son récit.

– Doucement, mon gars, articule un peu, tu vas trop vite.

Jeannot raconta ce qu’il se passait dans les douves.

– Aaaaahhh, fit Hexerine, le héros est arrivé.

Jeannot opina des deux oreilles. Il poursuivit :

– Il est descendu de son destrier blanc suivi de son écuyer. Se sont approchés des douves et… bordel ! Tu es sûr de ça ?

Jeannot confirma.

– Il est tombé dedans ?

– J’ai glissé chef, a-t-il dit.

– Ah, ben, là, elle n’est pas sortie de l’eau la blonde. Mais dis-moi, mon lapin, comment tu sais tout cela ? Ah ben, oui, je suis bête, tu tapines.

Jeannot confirma. Le tapin était le langage le plus vieux du monde employé par les animaux pour communiquer entre eux. Il sera, comme on le sait, supplanté par celui des morses, une fois l’Arctique découvert. Les lapins, du fait de leur rapide prolifération et de leur incroyable capacité à tapiner, étaient donc employés à la TSF — transmission sonore de la forêt — et informaient ainsi le reste des habitants des bois des dernières nouvelles.

– Et il fait quoi l’écuyer ? demanda curieuse Hexerine tout en lévitant pour ranger ses étagères.

– Il regarde, médusé, son maître planté dans les douves.

– Il ne fait rien ?

– A priori, il ne sait pas nager. Ah, une nouvelle de dernière minute : le cadet de la princesse fait des glissades sur le pont.

– Et la blonde ?

– Elle prend l’eau.

– Chacun sa croix.

Mais Jeannot n’était pas venu pour distraire Hexerine. Il avait été missionné par les animaux aquatiques des douves qui se plaignaient du risque de pollution et attendaient de notre amie qu’elle fasse quelque chose.

– Ben, vous êtes amusants. C’est une histoire de princesse, là, pas de « sorcière ».

Jeannot prit son souffle et tapina que un, elle n’était pas une sorcière ; que deux, si on attend le réveil de la garde ou une action de l’écuyer, on sera encore là dans cent vingt pages ; que trois, le fer et l’eau, ça fait pas bon ménage et qu’il est plus que temps de protéger la nature pour laisser un espace sain aux générations futures. Notamment, en arrêtant de prendre les douves pour une déchetterie. Hexerine souffla, puis se rappelant brusquement que les douves étaient habitées — et pas par n’importe qui — se décida à filocher en direction du château. L’écuyer du prince, au bord du gouffre, vit arriver Hexerine et Julot. Cette dernière s’approcha, scruta le fond des douves, huma l’air, observa la scène et se mit à marmonner

« Y’ a pas trente-six façons de faire ». Elle s’éloigna de quelques pas et se mit à danser.

– I’m singing in the douves, just singing in the douves, now how feel is I feeel goog gnagnagnagnagnanana oh I feel good I will survive oooooooooooohhhhhhhhh a a a a a a a a a a a a a a a a a staying alive, a a a a staying aliiiiiiivvvveeeeeeeeeeee.

Stupéfait et quelque peu effrayé, l’écuyer la regarda faire tout en restant le plus stoïque possible. La princesse, quant à elle, s’était appuyée sur une des racines et observait la danse de Saint-Guy de la vieille en se demandant bien ce qu’elle était en train de mijoter.