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Un jeune consultant de la police est appelé pour une enquête sur un manoir rempli de cadavres. Doué pour le mentalisme, son enquête va l'amener à rencontrer un professeur d'arts martiaux au passé sombre et un pasteur en quête de rédemption. Ensemble, ils vont devoir affronter une organisation terroriste internationale. Ils ne se doutent pas encore que cette affaire cache des desseins macabres et surnaturels, ainsi que des douleurs du passé...
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Seitenzahl: 251
Veröffentlichungsjahr: 2019
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D'après une idée originale de Florian Draven.
Scénario : Pascal Robby, Xavio Cloud et Florian Draven. Personnages créés par : Pascal Robby, Xavio Cloud et Florian Draven.
Dessin de couverture : Aline Berger. Correction et mise en page : Carole Lau et Pascal Robby.
CHAPITRE 1 : Une visite explosive
CHAPITRE 2 : Un sermon agité
CHAPITRE 3 : Reconnaître le doute
CHAPITRE 4 : Les choses sérieuses commencent
CHAPITRE 5 : Expériences contre-nature
CHAPITRE 6 : Une vérité difficile à digérer
CHAPITRE 7 : Point de non-retour
CHAPITRE 8 : Une petite démonstration
CHAPITRE 9 : Quand le passé refait surface...
CHAPITRE 10 : Trouver la lumière
CHAPITRE 11 : Beat’em All !
CHAPITRE 12 : Nuits de folie
CHAPITRE 13 : Une vieille habitude
CHAPITRE 14 : Faux espoirs
CHAPITRE 15 : Blessé pour sauver
CHAPITRE 16 : Les attaches de Raphaël
CHAPITRE 17 : Quand tout part en vrille...
CHAPITRE 18 : Sorties de route
« 5h du mat’, j’ai des frissons,
Je claque des dents et je monte le son
Seul dans mon lit dans mes draps bleus froissés
C’est l’insomnie, sommeil cassé. »
Toujours cette même musique pour se réveiller le matin. Six heures et le jour n’a pas vraiment envie de se lever que Robby est déjà sorti en caleçon de son lit. Il traverse le couloir pour aller dans son salon où plusieurs bibliothèques décorent les murs du sol au plafond de son appartement haussmannien, chacune remplie de livres en tout genre : langage des gestes, psychologie, hypnose, religion, économie, politique ou encore criminologie. Son bureau est recouvert de plusieurs cahiers éparpillés dont le contenu est au contraire très structuré et précis : schémas, notes agencées, codes couleur. Il jette un œil attentif sur toutes ces notes, puis se dirige dans la cuisine pour préparer un café. Pendant que le café coule, il en profite pour se diriger dans la salle de bain. Douche, séance de rasage, coiffe de la barbe et lunettes noires teintées, il est enfin prêt. Aujourd'hui, il commence une nouvelle journée en tant que consultant mentaliste1 au sein de la Brigade Criminelle. Pour ça il n'a pas passé d'entretien d'embauche. Son ami Chris Gosselin a fait appel à ses compétences, ils se connaissent depuis plus de dix ans. C'est lui qui l'a encadré lorsqu'il était adolescent, et c'est à travers lui que Robby eut l'envie de faire des études en psychologie. En France, ce métier est très peu répandu contrairement aux États-Unis. Chris savait que de plus en plus de policiers se formaient en synergologie, une discipline qui permet de détecter plus rapidement les mensonges que n’importe quelle machine. Il a pensé que les facultés psychologiques de Robby étaient nécessaires au contexte actuel, pour élucider au mieux les enquêtes en cours et à venir. Robby se rend aux Batignolles, porte de Clichy à Paris. Il se retrouve dans le bureau du Commissaire Gosselin. Son visage est fermé et il semble moins jovial que d’habitude. Gosselin fait part de l'enquête sur laquelle il travaille en ce moment. Sa voix se fait basse et un sentiment de crainte se fait ressentir. Le jeune homme voit à quel point son ami est perturbé par cette enquête. Ils s’assoient. Le Commissaire pose sa tasse de café et en fixant Robby lui dit d'une voix tremblante :
– J'ai déjà entendu parler d'affaires dans ce genre-là mais à un niveau dégueulasse comme celle-ci... Jamais !
Robby se dit immédiatement que cette affaire était lourde psychologiquement et pas jolie à voir. Quelques minutes plus tard, Gosselin reçoit un coup de téléphone. Pendant qu'il parlait, Robby observait ses expressions faciales, et il pouvait y lire de la terreur et de l'angoisse. Après avoir raccroché, Robby lui demanda de quoi il s'agissait, Gosselin lui répondit que c'était le même taré qui avait remis ça. Il semblait si inquiet, qu'il dit même à Robby de venir plus tard sur une autre enquête ! Robby lui répondit avec un petit sourire en coin :
– Je suis venu pour éclairer ta lanterne non ?
Gosselin lui confirma que c'était le cas et qu'il espérait plus de réponses grâce à son aide.
Pendant le trajet, Gosselin était silencieux et Robby se pose beaucoup de questions. Après quelques minutes de route, ils arrivent dans une rue assez étroite, devant un vieux manoir style victorien. En descendant de la voiture, Robby dit à Gosselin en plaisantant :
– Tu vas me dire qu'il est hanté ?
– Tu ne crois pas si bien dire, lui répondit-il d'une voix inquiète.
La police scientifique est déjà sur les lieux, les visages sont fermés et froids. C'est sombre, sale et ça sent très mauvais. Certains policiers sortent en vitesse, le visage pâle et nauséeux. Gosselin récupère un feuillet auprès d'un de ses policiers arrivé en premier sur les lieux. Il donne à Robby une paire de gants médicaux et une crème à appliquer sous son nez, pour mieux supporter l'odeur, puis ils montent un vieil escalier et arrivent à l'étage. Une dizaine de corps sont alignés sur le sol. Dévêtus, d'autres à moitié habillés, certains démembrés, une énorme quantité de sang jonche le sol et le mobilier tout autour, sous forme de giclées. Robby se sent mal, il s'appuie contre un mur. Pendant qu'il se ressaisit, il s'aperçoit que l'une des fenêtres est cassée. En s'approchant de celle-ci, il fait la remarque à Gosselin que si on a jeté quelqu'un ou que quelqu'un s'est défenestré ça n'aurait pas fait autant de dégâts ! En effet, le trou d'impact est immense, il manque même une partie du mur au-dessus de la fenêtre.
– D'après le rapport il y a rien en bas, réplique aussitôt Gosselin.
Robby observe les corps, les lieux. Il prend des notes, énormément de notes. Il demande au photographe criminologue de prendre en photos de nombreux détails. Peu après, il descend et se dirige vers l'arrière du manoir, il constate que le rapport dit vrai : ni aucun corps ni aucune trace ne sont présentes au sol. Il ne comprend pas, il manque des éléments. Quelque chose n'est pas clair dans la tournure des événements. Robby demande à l'un des policiers si une enquête de voisinage a été faite. Il lui répond que non. La rue qui longe le manoir semble vide, beaucoup d'anciens commerces et de maisons à l'abandon. Il y a juste un club plus loin au bout de la rue dont les lumières font penser qu’il y a de l’activité. Robby prend les coordonnées et se rend à ce fameux club. Arrivé devant, c'est un ancien commerce transformé en club d'arts martiaux, avec un appartement au-dessus. Robby entre. Les murs sont vieux mais c'est bien aménagé, propre, décoré avec des posters d'acteurs de films d’arts martiaux. Des sacs et des bustes de frappe, des mannequins de bois2, des tatamis et des kiai3 se font entendre un peu plus loin. Robby suit donc ces cris venant d'une salle résonante. En entrant, une dizaine de jeunes saluent Robby, qui les salue à son tour. Il y en a de tout niveau, Robby le remarque à leurs ceintures en se frayant un chemin au milieu des deux rangées qu'ils forment face à leur entraîneur. Jogging et t-shirt noir, l'homme semble posé. Il possède un regard perçant, les cheveux minutieusement plaqués en arrière et rasés sur les côtés ainsi qu’une boucle d'oreille. L'homme salue ses élèves avant même que Robby ouvre la bouche, les élèves le saluent à leur tour et s'en vont. Robby se présente et se fait interrompre par l'homme en question :
– Qu'est-ce qu'un flic vient faire ici? réplique-t-il calmement avec un très léger sourire en coin.
Robby lui fait remarquer qu'il n'a aucune carte à lui présenter, qu'il n'est pas de la police mais qu'il travaille avec eux et qu'il est mentaliste. Pour le mettre en confiance, le consultant pose beaucoup de questions à son hôte : sur lui, sa salle et ce qu'il enseigne. C'est une technique qu’il a particulièrement affinée pendant son service militaire. S'intéresser à l'individu pour le mettre en confiance tout en analysant sa personnalité. L'homme répond aux questions. Il s'appelle Raphaël, il a ouvert ce club il y a quelques mois et vit dans l'appartement juste au-dessus. Au bout d'un moment, il rétorque à Robby :
– Maintenant que tu m'as observé à travers ton numéro de psy, à mon tour. Sur le tatami ! dit-il d'un ton ferme.
Le mentaliste sourit et enlève délicatement son manteau et ses chaussures en dehors du tapis puis se met en garde. Raphaël commence par un terrible coup de pied circulaire que Robby évite de justesse. Raphaël semble surpris que son adversaire réponde coup pour coup et ne se laisse pas intimider. Robby enchaîne avec un crochet du gauche qui est esquivé grâce à une roulade. En se relevant, le professeur de Karaté réussit à faire tomber Robby au sol, qui se relève et ne voit pas le direct lui arriver brutalement dans la joue, Raphaël tente un coup de pied retourné mais Robby lui enchaîne un coup de pied brutal dans le dos, ce qui le fait tomber. Les deux hommes se regardent, la tension est palpable mais ils arrêtent le combat. Robby aide le professeur à se relever, ce dernier refuse :
– Tu te bats bien pour un psy, lance Raphaël.
– Mentaliste, pas psy. Oui toi aussi... Sauf que tu te bats avec rage, ça te perdra.
Quelques heures plus tard, Robby mène ses recherches. Documents de la mairie sur le manoir, renseignements sur les propriétaires, photos des corps, il passe tout au peigne fin. Quelque chose ne va pas, certains éléments ne collent pas. Il se rend compte au bout d'un certain temps qu'il y a un bâtiment dont la croix domine la vue, pas loin du manoir où ont eu lieu ces atrocités. Il décide de s'y rendre. S’il n’y avait pas cette énorme croix sur le toit, ce serait un immeuble quelconque. En entrant, c'est calme. Avec plusieurs dizaines de rangées de chaises vides, la salle ressemble plus à une grande salle de séminaire vide qu’à une église qui date de plusieurs siècles. De grandes fenêtres donnent sur la rue et l’on peut admirer le vieux manoir. Robby entend des bruits de pas derrière lui. Il s'arrête et entend :
– Vous semblez chercher quelque chose ?
Robby se retourne et tombe nez-à-nez avec un homme aux cheveux en brosse qui porte un beau costume noir avec une chemise bordeaux. S’il n’y avait pas cette croix de Jésus-Christ qui orne sa poitrine, il ressemblerait plus à un directeur de cabinet de ressources humaines qu’à un homme d’Église. Le consultant lui explique la raison de sa visite et se présente. Sans entrer dans les détails glauques, il lui fait part des éléments dont il dispose. Ryo, pasteur de l'église, parle de certains bruits terrifiants et inhabituels qu’il entend dans la rue en question depuis quelques semaines. Robby lui demande alors si d'autres personnes auraient pu entendre ces bruits ?
– Moi, résonne subitement dans l'église.
Les deux hommes se retournent et observent un homme aux cheveux plaqués en arrière, appuyé contre une colonne, vêtu d'un manteau trois quart en cuir noir, les bras croisés.
– Raphaël ! Ça fait trois jours que je ne t'avais pas vu... Comment vas-tu ?
– Comme on se retrouve, lance-t-il à Robby d'un petit air provocateur.
Ryo se dirige vers l’homme en cuir et parle avec lui quelques instants tout en laissant Robby observer la scène. Puis, Raphaël silencieusement s'en va. Robby demande alors à Ryo si Raphaël n'a jamais eu de comportement suspect. Le pasteur répond non, que derrière son apparence antisociale, il est très attentif aux autres. Il donne des leçons de Karaté aux jeunes, y compris ceux dont les parents n'ont pas les moyens de leur payer des cours. Il est en quête de réponses à cause d’une enfance quasiment inexistante. Il a été trouvé au milieu d'une forêt lorsqu’il avait à peine huit ans. C'est une veuve qui l'a recueilli et adopté. Aux premiers abords, il semble extrêmement méfiant et froid et se comporte comme un loup solitaire. Mais lorsqu'il a confiance en vous, il donnerait sa vie pour vous. Robby y voit un peu plus clair sur Raphaël. Ryo lui dit qu'il peut compter sur eux pour élucider cette affaire, car cela fait un moment qu'ils se posent des questions sur ce manoir. Le consultant lui donne sa carte de visite.
*
* *
Plusieurs jours passent, Robby enquête encore sur l’affaire du manoir. Il décide de retourner sur les lieux, en commençant par Raphaël car quelque chose l'intrigue chez lui. Arrivé au club, il n'y a personne. Robby se rend à l'église pour retrouver Ryo et lui demande s’il a une idée d’où pourrait se trouver Raphaël. Il lui indique qu'il a pour habitude d'aller se balader vers la zone industrielle. Robby remonte dans sa voiture et part en direction des vieux entrepôts. Parmi les usines désaffectées étendues sur plusieurs hectares, l’une d’entre elles accroche l’attention avec ses nombreux graffitis qui recouvrent les murs. Le mentaliste décide de s’arrêter. En se rapprochant de l’usine, il entend des cris. Il escalade un vieux conteneur et à travers une fenêtre cassée aperçoit...Raphaël, en train de se battre contre un homme, avec autour plusieurs personnes agitées, hurlants et brandissant de l'argent. Ils semblent prendre du plaisir à regarder deux hommes se taper dessus. Cette vision dérange et interroge Robby, qui malgré cette scène va attendre la fin du combat pour aborder Raphaël. Il l'attend donc à une sortie derrière l'entrepôt. Raphaël est très surpris. Énervé, il lui demande :
– Qu'est-ce que tu fous ici ? Tu me suis ?!
– Pas du tout, mais j’aimerais retourner au manoir avec toi et Ryo, car en vous observant, j’ai compris que des phénomènes vous intriguent depuis un moment...
– Tu veux y aller officiellement ou officieusement ?
– Officieusement.
– Ce n'est pas légal !
– Et ce que tu viens de faire sous mes yeux, tu crois que c'est légal ?
Raphaël lui sourit.
– Tu fais ça pour l'argent ou le plaisir, demande Robby ?
– À ton avis ? Lui répond Raphaël.
*
* *
21h14. Robby se gare devant l'église de Ryo. La nuit est déjà tombée, forcément en mars. Il patiente dans sa voiture. Une moto arrive à toute allure et freine bruyamment juste à côté de sa portière.
– T'es en avance le psy, lance le motard en relevant sa visière.
En entrant dans l'église, les deux hommes discutent.
– Heureux de voir que des liens se sont créés entre vous, leur lance Ryo en souriant.
Robby leur propose de faire un tour dans le manoir de façon non officielle. Ryo acquiesce silencieusement tandis que Raphaël ouvre légèrement sa veste et laisse paraître une arme à feu : un colt 45 chrome.
– Range moi ça ! Pas ici, lance Ryo en élevant le ton. Ne t'ai-je pas déjà dit que la meilleure arme était la foi ? Et n'allume pas ta cigarette ici !
– Ouais, ouais. C'est juste au cas où, répond Raphaël.
– Ça aussi c'est légal ? ironise Robby.
Arrivés devant le manoir, les trois hommes entrent en veillant à ce que personne ne les voit. Robby se charge des scellés de la police. Il fait encore plus froid à l'intérieur que dehors. Pas un bruit. Ryo fait remarquer qu'il y a des traces de pas... au plafond ! L'ambiance est pesante comme dans un bon film d’horreur. En bon solitaire, Raphaël indique qu'il va fouiller les pièces du bas. Même si Robby n'est pas favorable à l'idée de se séparer, il monte au premier étage avec Ryo et lance au professeur d'arts martiaux :
– Sois prudent, Karaté Kid !
– T'en fait pas le psy, vous aussi.
Avec la lampe de son portable, Raphaël avance doucement parmi toutes ces grandes pièces, l'odeur est encore forte. En avançant à l'étage, Robby pose encore des questions sur Raphaël, et s'intéresse à Ryo.
– Raphaël était très attaché à Matiya, sa mère adoptive. Écrivain, elle écrivait des livres pour enfants mais la pauvre femme est décédée d'un cancer quand il avait seize ans. Je sais ce qu'il a pu ressentir, et je comprends sa colère.
En continuant à marcher le plus silencieusement possible, le bruit d'une porte qui s'ouvre se fait entendre au rez-de-chaussée. Des bruits de pas... Plusieurs personnes semblent être entrées...
– Planque-toi, dit rapidement Robby à Ryo !
Caché derrière une commode près de la grande rambarde du palier en haut de l'escalier, Ryo aperçoit une dizaine de personnes, toutes vêtues de toges avec une grande capuche. Avec le peu de lumière qu'il y a, Ryo regarde Robby et l'éclairage de la pleine lune laisse apparaître la terreur dans le regard de Ryo. Raphaël lui aussi a entendu les bruits de pas, il veut éteindre à toute vitesse sa lampe... Mais c'est trop tard, il s'est fait repérer. Cinq intrus courent vers lui sauvagement, Raphaël lâche son téléphone qui tombe sur le sol mais la lumière ne s'éteint pas. Il en attrape un par le dos et avec une pression sur l'estomac, le retourne brutalement vers l'avant, le laissant tomber lourdement au sol. Un deuxième parvient à mettre un crochet à Raphaël, qui fait saigner sa lèvre. Énervé, il lui enchaîne deux Jodan-Zuki et un coup de pied retourné qui envoie son adversaire s'écraser dans une table basse en verre qui se casse sous son poids. Le troisième quant à lui projette Raphaël dans une grande vitrine en verre qui s'effondre en mille morceaux à l'impact de ce dernier. En se relevant avec un saut de carpe, il cogne brutalement plusieurs fois de suite le visage de son adversaire contre une table en chêne. Au même moment, cinq autres individus montent à l'étage pour vérifier qu'il n'y ait personne d'autre. Les nuages se dissipent et la lumière de la lune fait apparaître à l’étage Ryo et Robby. Le consultant effectue un ikkyo4 sur le premier qui se jette sur lui, le second se prend un Mawashi-Geri en plein dans le visage qui le fait passer par-dessus la rambarde et s’écrase violemment sur le dessus d'une bibliothèque, sous le poids il passe à travers toutes les étagères et atterrit sur le sol avec en prime les étagères fracassées et les livres sur lui ! Ryo, lui, en balance un par-dessus la rambarde qui s'écrase contre un gros coffre en bois ! Il se retrouve à terre dû à un coup de genou dans la cuisse, mais Ryo enchaîne des techniques de combat redoutables au corps à corps. Pendant ce temps, Raphaël ne parvient pas à prendre le dessus, il se cache derrière une vieille armoire. Lorsque l'un des intrus passe devant lui, Raphaël sortant de la pénombre braque son colt sur le crâne de l'agresseur... Mais au même moment l'un d'eux plante une seringue dans le cou de Raphaël. Ryo et Robby s’évanouissent aussi... Ils viennent d'être projetés à leur tour par-dessus la rambarde.
*
* *
Le sang... ça sent le sang. Il fait froid... ça tourne, la tête est douloureuse... Et les yeux piquent… Robby, Raphaël et Ryo sont attachés par les poignets, leurs vestes leur ont été enlevées... Pas un bruit, mais des cadavres dénudés, mutilés sauvagement jonchent le sol. Un individu de grande taille vêtu d’une toge pourpre arrive devant eux en ricanant sournoisement. Il les fixe un par un, et en attrapant dans sa main le visage de Raphaël, d'un ton menaçant :
– Que faîtes-vous ici ?
– Va t'faire foutre, lui répond calmement Raphaël.
L'individu lui met un grand coup-de-poing dans le visage. Ryo se met à prier. Robby reste stoïque. Le grand individu se met à rire et disparaît dans la pénombre... La lumière s'éteint.
– Ça va les gars ? J'ai l'impression qu'on est au sous-sol, lance Robby.
À peine terminé sa phrase, les corps qui recouvrent le sol s'embrasent brusquement. Tous les trois prennent peur, quand subitement une sorte d'ombre noire apparaît devant eux... Un visage très difficilement visible... Comme si cette ombre flottait en mouvement perpétuel, des yeux indéfinissables, une voix très menaçante, glauque.
– Toi le renégat je te connais... » Lance-t-elle à Raphaël, je vous enverrai toutes mes armées pour vous tuer, pour prendre toutes les âmes de cette terre et pouvoir revenir...
Puis l'ombre disparaît aussi vite qu'elle est apparue. Le grand individu en toge pourpre réapparaît au loin, seules trois lueurs violettes parsèment son visage. Avant de disparaître, il pousse un vieux chariot grinçant qui roule lentement vers eux. Dessus est posé une grosse caisse métallique avec un compte à rebours. Raphaël, jurant de tous les noms, tire de toutes ses forces pour tenter de briser les chaînes mais rien à faire. Robby et Ryo font de même et ce dernier poursuit toujours ses prières.
Une voix à l’étage se fait entendre :
– Robby ! T'es où ? Robby !!!,
– Ici ! Le sous-sol !
Il s'agit du commissaire Gosselin !
– Comment t'as su que je serai là ? demande Robby.
Le commissaire lui répond qu'il le connaît bien, qu'il le sentait tellement intrigué par cette première affaire et surtout tellement têtu ! Il demande également qui sont les deux hommes qui l'accompagnent.
– Si ça t’gênes pas on fera les présentations plus tard ! lance Raphaël.
Gosselin casse alors avec un parpaing le tuyau où ils sont tous attachés. Il les libère avec des clés de chaînes posées sur la table à côté d'eux et ils courent vers le rez-de-chaussée. Raphaël se jette à travers une fenêtre où Ryo le suit. Quant à Robby, il ouvre la porte d'entrée, se jette au sol en entraînant Gosselin par le bras. La maison explose de tous les côtés, les vitres volent en éclats, embrasant les arbres qui arborent le manoir. Les quatre hommes sont soufflés par la déflagration et tombent violemment sur le sol. Secoués, choqués, blessés mais vivants.
1 Mentaliste* (psychologie) : le mentalisme (du latin mens, « esprit ») est une approche qui vise à comprendre le fonctionnement de l'esprit humain et plus particulièrement de la conscience en utilisant largement l'introspection. C'est en réaction à cette tradition que naîtront aussi bien le béhaviorisme que le courant psychanalytique.
2 Le mannequin de bois est un instrument d’entraînement des arts martiaux chinois utilisé comme partenaire ou adversaire. Son usage est particulièrement associé au wing chun, bien qu'il soit utilisé par d'autres styles du Sud de la Chine (choy lay fut, mante religieuse...). Traditionnellement construit en bois, aujourd'hui ces mannequins sont parfois construits avec des matériaux modernes comme le plastique et l'acier.
3 Kiai (japonais), Chi-yi ou Qi-i ou Fa-sheng (en Chine), Het (vietnamien) ou Kihap (coréen), désigne dans les arts martiaux, le cri de combat qui précède ou accompagne l'application d'une technique.
4 Ikkyo :Technique d'immobilisation en Aïkido
10h07, bureau du commissaire. Après avoir passé la nuit en détention provisoire, les compagnons d’un soir se retrouvent tous les trois assis devant Gosselin en train de peaufiner leur déposition.
– Dis-moi, tu nous as sorti du pétrin dans le manoir, mais tu nous as quand même mis en détention provisoire. Tu peux me dire pourquoi, lance Robby à son ami ?
– J’ai pensé que vous mettre ensemble pour une nuit vous ferait du bien, réplique ironiquement le commissaire, et puis c’est bien que tu développes ta vie sociale ! Et ça t’apprendra à revenir sur une scène de crime sans un officier pour t’accompagner.
– C’est vrai que se faire molester par une dizaine d’individus, être attachés dans un sous-sol et attendre d’être cuits comme des saucisses, ça aide à développer sa vie sociale, dit Raphaël avec le visage en coin. »
L’homme d’église reste renfermé dans ses songes, le regard lointain qui se rumine la nuit passée. Se faire rouer de coups par plusieurs individus dans un manoir où des gens sont morts, c’est risqué. Être attaché dans un sous-sol avec des cadavres mutilés et démembrés, ça devient glauque. Voir des corps brûler spontanément et une ombre démoniaque menaçante, c’est de l’ordre du surnaturel... ou de la fiction. Pourtant, c’est le compte rendu final qui se trouve sur la table de Gosselin. Perplexe, il décide de relâcher les trois compères en début d’après-midi.
*
* *
Les frites industrielles du fast-food et les sachets de ketchup n’ont pas l’air d’avoir entamé la faim de Raphaël. Installés près d’une fenêtre qui donne sur la rue menant au dojo et assis sur une table, Robby écrit une multitude de notes dans ses carnets. Accompagné du bruit des frites et du burger dévorés par le rebelle en cuir noir et d’un pasteur qui remue un café refroidi par les souvenirs de la veille, Robby pose la main sur le bras du religieux :
– C’est pas en regardant dans le vide que tout va s’arranger.
– Qui est le gars en toge ? Et cette ombre, était-elle réelle ?
– Quand nous étions dans le sous-sol, j’ai observé la tenue de notre hôte et j’ai remarqué plusieurs détails. Il était beaucoup plus athlétique que nos agresseurs, il portait des chaussures militaires et pas n’importe lesquelles : des chaussures uniquement utilisées par les unités du GIGN. Pendant mes études, j’ai eu l’occasion de faire un stage auprès des négociateurs du GIGN. Ils portaient tous ce type de chaussures.
– Et tu peux déduire ça uniquement avec une paire de pompes ?
– Tout comme je peux déduire que Raphaël finira avec un triple pontage avant ses 50 ans s’il continue à bouffer comme un goinfre.
– Ehh, en plus d’être psy, t’es aussi docteur ?, répond Raphaël avec quelques frites collés sur le coin des lèvres par le ketchup.
– Et ces gars, ils cherchaient quoi dans le manoir ? questionne Ryo.
– Il paraît que le meurtrier revient toujours sur la scène du crime. La question est: Qu’est-ce qui le motiverait à revenir ? »
Le mentaliste fixe ensuite du regard l’homme de Dieu et lui demande s’il connaît les propriétaires du manoir, car parmi les victimes aucune n’habitait dans les alentours. Ryo propose de le revoir demain à l'église pour la prédication de 11h. Il y aura du monde et parmi eux les propriétaires du manoir. Il saisit ensuite la main de Raphaël « N’oublie pas, demain ».
*
* *
Dimanche, 10h30, devant l’église. Beaucoup de monde. Et du beau monde. On se demande si on assiste à une messe ou une rencontre entre hommes d’affaires. Les limousines et les taxis rythment l’animation devant l’entrée de l’église. Les costumes cravates et les tailleurs chics se côtoient étrangement et harmonieusement avec les riverains et il est difficile de savoir qui l’emporte sur le nombre. Robby observe la foule avalée par l’entrée du salut et de la rédemption. Il est rapidement rejoint par Raphaël. Debout et les mains accrochées à son pupitre, l’homme en noir commence son sermon. À la droite de l’autel, le mentaliste scrute minutieusement la salle et deux choses retiennent son attention : une armée de gorilles entoure le public en transe sur les chaises en mousse, avec les lunettes noires dirigées sur une seule personne. Raie sur le côté, gomina en excès, costume blanc nacre et gant de cuir à la main gauche et converses noires...un style vestimentaire discutable, mais assurément la personne qu’il ne faut pas bousculer de trop près. Quelques rangées plus loin, une ravissante femme aux cheveux lisses roux, habillée d’une robe noire moulée à sa silhouette, avec les épaules dénudées qui laissent échapper un cobra noir dont la queue débute à gauche et la tête apparaît sur son épaule droite. Son visage d’ange, son reptile de compagnie et sa tenue sombre illuminent tout l’arrière de la nef. Robby demande à Raphaël :
– Tu sais qui c’est le Don Corleone habillé par Desigual ?
– Tout le monde l’appelle Panama, à cause de son look sorti de nulle part, murmure le prof de karaté. Il possède tous les bâtiments du quartier, et cherche à étendre son influence sur toute la ville. Le plus étonnant, c’est qu’il y a encore quelques mois, personne ne le connaissait et du jour au lendemain, il achète tout un quartier. Personne ne lui parle en face, les gens baissent la tête devant lui et il y a toujours un garde pour le protéger, même pour aller aux toilettes. La seule personne qui ose le regarder en face sans avoir peur de ses gardes, c’est Ryo.
- D’où se connaissent-ils ?
- Aucune idée ! Mais Ryo est la seule personne à qui Panama donne son respect…
Brusquement, on entend le bruit d’une vitre brisée. La foule s’agite et fait du brouhaha. Tous les gorilles forment un cercle afin de protéger leur boss alors que la jolie rousse au cobra reste totalement calme au milieu de la foule. Puis une autre vitre se brise et de la fumée commence à inonder toute l’église. Plusieurs personnes se ruent à la sortie afin d’échapper aux lacrymogènes. Pendant que Robby, Ryo et Raphaël orientent les dernières personnes vers la sortie, il est devenu totalement difficile de se déplacer dans la salle sans avoir les yeux qui piquent ou tousser jusqu’à s’étouffer, sauf pour Raphaël étrangement. Pourtant, des bruits de pas lourds commencent à remplacer le silence de l’église. Des types habillés comme des militaires et armés de fusils d’assaut...et la jolie rousse au milieu de ces soldats ! Nos trois acolytes commencent à accourir vers elle, mais ils sont rapidement arrêtés par des soldats pointant les fusils dans leur direction. Devant elle se trouvent deux corps sans vie :
– Qui êtes-vous, crie Robby ?
– Oohh, un trio bien téméraire. Et qui vois-je, désignant Raphaël ? Cela fait bien longtemps.
L’œil rebelle et taquin s’est obscurci. Ce n’est pas le prof de karaté que Robby a rencontré, c’est quelqu’un d’autre. Quelque chose d’autre. Raphaël se met à murmurer :
– Pardonne-moi, Maman...
Il fonce tout droit vers la jolie rousse. Avant que les soldats aient pu tirer sur le rebelle, ils sont percutés de chaque côté par Robby et Ryo avec les chaises de l’église comme bélier :
– Vas-y on gère, balance Robby à Raphaël. »
