Les Guerres de Drakayden - Le Cycle Nerodien - Alexandre Sassier - E-Book

Les Guerres de Drakayden - Le Cycle Nerodien E-Book

Alexandre Sassier

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Beschreibung

Après avoir vaincu Parlabolo Ticadrion et perdu tout ce qu'elle chérissait, Kendra Follow s'est destinée à l'oubli, bien décidée à tourner cette page noire de son histoire. Toutefois, l'émergence d'une organisation, la Ligue de Daomir, fondée sur la base de ses exploits du passé, la pousse à reprendre le chemin de la vie. Mais malheureusement pour la guerrière, en plus d'un culte naissant autour de sa légende s'avérant plus dangereux que jamais, de nouveaux ennemis surgissant de l'ombre semblent décidés à la faire disparaître à tout jamais...

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Veröffentlichungsjahr: 2019

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L’Aventure drakaydienne continue avec le début d’un nouveau Cycle. Merci aux lecteurs, l’histoire est encore loin d’être terminée…

Sommaire

PROLOGUE

RÉSUMÉ DU LIVRE I

CHAPITRE PREMIER : SUR LES RUINES D'UN ANCIEN MONDE

CHAPITRE II : DE RETOUR AU MONASTÈRE

CHAPITRE III : LES APPRENTIS

CHAPITRE IV : ALLER ET RETOUR

CHAPITRE V : EN ROUTE POUR LA GLOIRE

CHAPITRE VI : LA LIGUE DE DAOMIR

CHAPITRE VII : PAIX SUR DRAKAYDEN

CHAPITRE VIII : PREMIÈRES ARMES

CHAPITRE IX : LA SOIF

CHAPITRE X : UNE NOUVELLE MENACE

CHAPITRE XI : TROUBLES PENSÉES

CHAPITRE XII : NÉGOCIATIONS

CHAPITRE XIII : UN TEMPS DE REPOS

CHAPITRE XIV : MENACES

CHAPITRE XV : RADA

CHAPITRE XVI : PRISE DE CONSCIENCE

CHAPITRE XVII : ALLIANCES ET AVANCEMENTS

CHAPITRE XVIII : EMBUSCADE

CHAPITRE XIX : ATTAQUE SURPRISE

CHAPITRE XX : RANCŒUR

CHAPITRE XXI : LA FUITE

CHAPITRE XXII : SACRIFICE

CHAPITRE XXIII : UN NOUVEAU DÉPART

CHAPITRE XXIV : UNE PÉRIODE NOIRE

CHAPITRE XXV : POST MORTEM

CHAPITRE XXVI : REGRETS

CHAPITRE XXVII : LA SÉRÉNADE DE LA GUERRIÈRE

CHAPITRE XXVIII : UNE BIEN BELLE RENCONTRE

CHAPITRE XXIX : SUR UN LONG CHEMIN D'ESPOIR

ÉPILOGUE

PROLOGUE

« En tant que Chef Suprême et Guide de l'Ordre de Daomir, j'attribue la médaille de l'Honneur aux guerriers qui sont tombés pendant la bataille des Roachers Downfields »

Déclaration du grand Prêtre de Daomir devant la toute Nouvelle Assemblée Constituante, réunie pour la première fois depuis la chute de L'Empire de Skull Terron.

« Razor Pes'Vla a renversé le maître de la ville de Tarkan, Mayhev Valgar, en amenant avec lui sa section Arvavsia. Il fait pression sur le gouvernement et demande qu'on lui attribue les commandes de toute la région de Delosvan. Ce n'est pas parce que c'est un leader de la Coalition qu'il doit se montrer aussi dur avec l’Autorité ! Ces affronts ne passeront pas, c'est certain »

Extrait d'une œuvre de Wagneur Bonslay, conseiller principal au Gouvernement Élitique, institution pour la gestion de Drakayden après la chute de l’Empire.

« Comme dans toute guerre, nous avons des gagnants et des perdants. Ceux qui remportent la victoire sont couverts de gloire tandis que les vaincus rentrent chez eux, noircis par la honte. Mais dans cette guerre-là, où nos opinions ont été obscurcies tout au long du conflit, seule la voie divine a réussi à nous guider. Ce fut pour cela qu'après la bataille des Roachers Downfields, le grand Lord Falcon eu pitié de ses ennemis, qui lui avaient pourtant pris un frère. »

Paroles d'un soldat de l'ancien Empire.

RÉSUMÉ DU LIVRE I

L'histoire commence au moment où les parents de la jeune Kendra Follow sont tués sous ses yeux par le maléfique Parlabolo Ticadrion. La jeune fille est alors recueillie par le moine Chang, un religieux qui a consacré sa vie dans les armes. Ce dernier décide de l'entraîner, afin qu'elle devienne assez forte pour venger l'honneur de ses parents.

À la fin de l’entraînement de sa protégée, le moine Chang confie une lourde tâche à Kendra : elle devra amener Tao Zeng, un Ticadrion, porteur d’une relique ancestrale, à Lord Falcon, le futur dieu Dragon de Métal de Drakayden. Tous deux se rendent alors à Roversilver, là où le jeune homme accomplira sa quête. Mais leur chemin est semé d'embûches et nos deux héros font la connaissance de Razor Pes'Vla, le capitaine de la section d'élite des arvavsias, qui avait pour mission de les traquer et de rapporter la relique à son maître, un chef de ville cupide. Malgré toutes leurs divergences, tous trois parviennent non sans mal à accomplir cette lourde tâche.

Les trois guerriers, unis par leur quête, décident de faire serment de servir le dieu Dragon Lord Falcon et de l'aider à forger un monde où régnerait la paix.

Mais les choses sont plus difficiles qu'elles n'y paraissent : le nouvel empereur des hommes, Skull Terron, menace l’équilibre du monde et est prêt à détruire les autres races, qu'il considère comme impures. Lord Falcon est alors le seul à pouvoir agir. L'avenir de Drakayden repose sur ses épaules et sur celles de ses alliés.

Alors qu'ils se rendaient à la ville de Taltset, siège de l'Empire, pour porter un coup mortel à Skull Terron, le dieu dragon est dépossédé de ses pouvoirs et voit ses chances de ramener la paix sur le continent réduites à néant. Malgré cela, ses alliés humains ne désespèrent pas et continuent la lutte. Traquée par les armées de l'empereur et inférieure en nombre, l'armée de Lord Falcon parvient à atteindre les Roachers Downfields, là où aura lieu une bataille qui déterminera non seulement le futur du continent, mais de toutes les espèces.

La victoire est cependant donnée à la Coalition de Lord Falcon, au prix de lourdes pertes. Pendant cet affrontement monumental, Kendra venge l'honneur de sa famille en réussissant à tuer son ennemi de toujours, Parlabolo Ticadrion, grâce au sacrifice de Tao Zeng, qui était devenu l'un de ses plus proches amis.

Le livre I se termine au moment où la nymphe noire Lawra monte Arissa contre la dernière des Follow. Elle la tient pour responsable de la mort de Tao, l'homme qui avait su faire battre son cœur. Sa vengeance sera terrible.

CHAPITRE PREMIER : SUR LES RUINES D'UN ANCIEN MONDE

Nous sommes une année après la bataille des Roachers Downfields, une année après la victoire de la Coalition sur l'Empire des Hommes. Le monde a bien changé. Tout a été modifié, aussi bien au niveau politique que social. Chaque être vivant est maintenant considéré comme égal à un autre.

Les elfes du Nord ayant été emprisonnés dans des réserves pendant des années après la Grande Guerre, ont été libérés sans conditions et mènent maintenant une vie normale. Le gouvernement n'est plus impérialiste comme il l'a été pendant les longs siècles de domination humaine. Dorénavant une assemblée constituante, elle est composée d’êtres de toutes les races.

Les héros de la Coalition n’ont eu aucun mal à trouver leur place dans le nouveau monde. Feyria Arnshow est ainsi devenue la capitaine des arvavsias, après que Razor Pes’Vla ait décidé d’envahir et de chasser Mayhev Valgar hors de Tarkan ; Hemsley a décidé d’abandonner toute activité liée à la guerre et de devenir pêcheur ; Scarto et les elfes sylvestres sont revenus dans leurs contrées, libérés de leur serment envers le dieu dragon… dont personne n’a de nouvelles. Depuis la fin de la bataille des Roachers Downfields, il a disparu loin au nord et est devenu pour certains un mythe, une légende ailée. Il laisse derrière lui une chance, une chance pour Drakayden.

***

Guilber Leewol venait de passer la grande forêt qui bordait le sentier des Chèvres, près de la ville de Tarkan. Il avait traversé la région de Delosvan pour un voyage d'affaires. Chevauchant un cheval peu confortable, il souffla, exténué. Il faisait très chaud et la terre craquelait sous les sabots de sa monture. Un univers aride se présenta devant lui.

Des steppes s'étendaient à perte de vue. Le soleil tapait fort sur sa tête. Sa gourde, attachée à son cou, était bientôt vide. Aucun point d'eau à l'horizon. Il fallait qu'il s'arrête pour faire une pause.

Il quitta le sentier et prit un chemin qui n'était pas indiqué sur ses cartes. Sortant ces dernières, il passa son doigt sur le papier humide pour essayer de trouver sa position dans cet univers hostile. Guilber avait l'habitude de voyager, mais il n'aimait pas ce genre de climat. En tant que simple ermite, il avait décidé de faire ce trajet en guise de pèlerinage. En effet, suite à l'apparition du Dragon de Métal, le nombre de pratiquants de la religion Daomirienne avait fortement augmenté. Le vieil homme n’avait pas fait exception à la règle.

Son cheval était vraiment fatigué. Il avait faim. Son cavalier aussi. Tout le long de son trajet, Guilber s'était arrêté dans chaque village qu'il traversait pour demander asile aux habitants. Mais là, aucun signe de civilisation en vue. Rien. Seulement une nature sèche et hostile.

— Je ne le crois pas, ce désert n'en finit pas ! s'exclama le vieil homme.

Cela faisait deux semaines qu'il avait quitté sa demeure et la sécurité d'être dans un endroit familier. Au cours de son voyage, il avait traversé des environnements divers et variés. Il se souvînt qu'en passant le Col de Vallendir, il avait essuyé une terrible tempête de neige. Guilber s'était réfugié dans une grotte durant l'intempérie. Il se rappela du froid qu'il y avait eu durant ce dur moment. Les parois de la grotte étaient glaciales, il avait cru y rester. Et maintenant, autre temps, il subissait de fortes chaleurs. Entre mourir de froid et mourir de soif, le choix était vite fait : il fallait qu'il trouve de l'aide.

Utilisant les dernières forces de sa monture, il accéléra la cadence. Il sentit le cœur de son cheval qui battait, encore plus fort que lors de la tempête de neige. Regardant à gauche et à droite, jusqu'à l'horizon, il remarqua qu'au loin il y avait les ruines d'une ancienne ferme. C'était à quelques mètres, plus bas, sur une colline environnante. Ce n'était peut-être pas une auberge, mais au moins il était sûr qu'à coté il y aurait des habitants. Il fit accélérer sa monture, mettant à l'épreuve les dernières forces qu’il lui restait.

À proximité de ces ruines, il y avait une sorte de puits, entouré d'un petit muret. Allait-il trouver de l'eau ici ? Peu importe la réponse, il fallait qu'il y aille, pour son bien-être.

Le vieil homme décida de descendre de son cheval afin que celui-ci souffre moins. Il prit les rênes dans une main et continua à marcher en direction du puits. Sa gorge était sèche et il fallait qu'il se rafraîchisse. Il marcha pendant quelques minutes, puis arriva à hauteur de son objectif.

Le temps était toujours aussi chaud. Un vent violent se leva, frais, annonçant l'arrivée de Guilber près de ces ruines, apparemment vieilles de quelques dizaines d'années. Le voyageur n’hésita pas une seule seconde. Constatant que toute la terre autour de cette ancienne maison était noire, comme maudite, il attacha les rênes de sa monture autour d'un piquet puis s'avança prudemment vers les ruines. Piqué par la curiosité, sa soif passa au niveau secondaire.

D'un pas lent et méfiant, il s'approcha. Il put distinguer dans les décombres une sorte de trappe. Cette dernière était incrustée dans un plancher à peine distinguable du reste de la maison.

Le vieil homme continua son exploration. Il allait de découverte en découverte. Chacun de ses pas dans cet endroit le rapprochait de quelque chose, il en était certain. Guilber voulait savoir où il était. Il voulait connaître toute l'histoire de ce lieu. Un indice ne tarda pas à arriver. Au milieu de ce capharnaüm, il tomba nez à nez avec un vieux parchemin, noircit par la feu mais encore lisible. Ce dernier était marqué du sceau royal de Shwaeon, deuxième du nom. Peut-être que ce document était important ? Il voulait en avoir le cœur net.

Se baissant doucement, il prit garde de ne pas se blesser dans les amas de verres et de bois qu'il y avait tout autour de lui. Il attrapa avec soin le morceau de parchemin et le tira vers lui, doucement.

Quelque chose attira son attention. En effet, Guilber avait cru entendre un souffle, comme une respiration, mais faible. Regardant tout autour de lui, il constata qu'une sorte de main en argile était posé sur un coussin, lui-même éventré, au milieu de ce qu’il restait d'une table. Le vieil homme s'approcha, curieux. Il découvrit avec stupeur que cette main était en réalité un bras, et que ce bras se prolongeait et formait...

Guilber ne put s'empêcher de hurler. Il fit un grand bond en arrière et se dépêcha de remonter sur son cheval. Jamais dans sa vie il n'avait couru autant vite. Ce qu'il venait de voir était au-dessus de son imagination. Au bout de quelques secondes, il se remit en question. Et si jamais cette personne était encore vivante ? Il se rappela ce qu'il venait de voir. Une femme, enduite de boue sèche, couchée au sol, les yeux grands ouverts. On aurait dit une statue de cire.

Le vieil homme se souvînt du regard de cette jeune fille. Il était vide, dans sa direction. C'était comme si elle le fixait, comme si elle était vivante, mais que ses yeux n’abritaient aucun signe de vie.

Il se rappela du souffle qu'il avait entendu. Était-ce le sien ? Si oui, il fallait qu'il agisse au plus vite. Tout n'était peut-être pas encore perdu. Il avait dans ses mains la vie d'une personne...

Descendant de son cheval, il partit de nouveau dans les ruines. Enlevant les débris qui obstruaient son passage avec rage, il se jeta à ses pieds et prit son pouls. Le tenant entre ses doigts serrés, il put sentir que la vie ne l'avait pas encore quitté. Guilber passa sa main sur le front de la femme et il constata que ce dernier était chaud, comme la braise.

Cela l'intrigua aux plus hauts points : qu'est-ce qu'elle était ? Que se passait-il ? Ne réfléchissant pas plus, il entreprit de l'amener sur sa monture. Il fallait qu'il l'amène au village le plus proche. Des médecins pouvaient sans doute la soigner, rien n'était encore perdu. Le vieil homme tenta de lui parler, de la faire réagir, mais il n'y eut aucune réponse de sa part. C'était comme s’il parlait à un cadavre. Cela lui fit froid dans le dos.

Son corps pesait une tonne. Comme solidifié, il mettait à l’épreuve les forces limitées du vieillard. L’effort exceptionnel fit revenir inéluctablement sa soif, qu’il se promit d’étancher le moment venu.

Quand il eut enfin fini, il accrocha la jeune fille avec quelques cordes sur la selle de sa monture puis décida de continuer sa route.

***

— D'où est-ce qu'elle vient ?

— On ne sait pas. Un vieil ermite l'a trouvé dans les ruines d'une maison et l'a apporté ici. On ne sait ni qui elle est, ni si elle est toujours en vie. Nous l'avons mise en observation, mais le guérisseur est formel : ils n'ont jamais vu une telle chose auparavant...

Deux gardes attendaient, perplexes, devant la salle de réunion, à l'intérieur du grand Hall. Siège de la direction du hameau de Woodsborrow, commune de Tarkan, ce lieu avait été l'un des principaux attaqué durant la Grande Guerre. Il avait vu aussi naître un héros de la Deuxième Guerre,Tao Zeng, dont les parents adoptifs habitaient toujours ici.

À l'annonce de la mort du jeune garçon, tout Drakayden avait été bouleversé. À l'origine, la Coalition de Lord Falcon était inconnue sur tout le continent, jusqu'à cette grande bataille des Roachers Downfields. De ce conflit, on racontait maintes histoires de courage au sujet de ce garçon. C'était comme si la guerre avait tourné autour de lui. Jeune homme innocent, porteur du médaillon rouge, élu de Daomir, il avait suivi le dieu jusque dans la tombe ; son sacrifice n'avait pas été vain. En plus de permettre aux espèces non-humaines de gagner une légitimité de vie, il avait permis la destruction d'un être présumé légendaire : Parlabolo Ticadrion.

Le guérisseur en charge de la jeune fille ne savait quoi faire, quoi dire. Ici, dans le hameau de Woodsborrow, toute rumeur se propageait vite. Les habitants savaient déjà tous qu'une femme avait été retrouvé dans les ruines d'une maison et que son état de santé était plus que préoccupant. En effet, devant le grand Hall, un petit groupe de personnes patientait, attendant des nouvelles.

Le médecin, pressé par la foule, se décida enfin à donner son diagnostic. Un juste milieu entre la non-vie et la mort. Toutes les tentatives de réanimation ayant été un échec, c’était sans doute six pieds sous terre qu’on allait déposer cette étrangère.

De temps en temps, le médecin croyait entendre son souffle. Cela lui redonnait espoir, non seulement à lui, mais à tous ceux qui attendaient dehors. Cette attraction locale avait grand besoin de se terminer en happy end, pour cette peuplade bien assez concernée par les évènements.

Le médecin n’en démordit pas. Revenant sur ses conclusions précédentes, il tenta encore une fois de la réveiller. Sa combativité se retrouva récompensée quand il vit l’un des doigts de sa patiente bouger.

— Mademoiselle ? Vous allez bien ? Est-ce que vous pouvez m'entendre ? s’exclama-t-il, alarmé.

Pas de réponse. Mais le guérisseur constata avec surprise que les yeux de la jeune femme bougeaient et allaient dans sa direction. Elle était en vie ! Bondissant de joie, il s'empressa de rejoindre les gardes pour leur annoncer la nouvelle. Courant à en perdre haleine, il traversa tous les couloirs du Hall et arriva finalement à destination. Les soldats le regardèrent avec des yeux ronds. Le médecin essaya de reprendre son souffle, puis enfin il put parler :

— Mes amis ! Ça y est, ça y est ! hurla-t-il.

— Quoi ?

— Je crois que j'ai réussi, elle est vivante, elle est vivante ! Venez-vous en rendre compte par vous-même !

Les soldats le suivirent de suite. Ils parcoururent le chemin inverse, jusqu'à la chambre où le corps de la jeune fille était entreposé. Ce fut quand le guérisseur ouvrit la porte qu'une surprise de taille l'attendit.

Elle n'était plus là.

La couchette sur laquelle on l'avait déposé était vide. Tout autour de cette dernière, des flaques d'eau et de boue se mélangeaient. Une odeur de terre vînt chatouiller leurs narines. « C'est impossible ! » cria le médecin. Deux minutes auparavant, elle était encore couchée ici. Mais où était-elle passée ? La bonne nouvelle était qu'elle était toujours en vie. Mais la mauvaise était qu'elle s'était enfuie. Cherchant dans toute la pièce, ils finirent par la trouver.

Elle était assise par terre. En les voyants, elle se leva de suite. Dans sa main, la jeune fille tenait un petit coutelas, qu'elle pointa dans leur direction. Les soldats eurent le réflexe de sortir leurs épées, ce qui n'arrangea pas les choses.

Voyant son comportement changer, le guérisseur ne put s'empêcher de réprimander les militaires et leur ordonna de ranger leurs armes. Il fallait qu'il établisse un contact avec la jeune femme, certes, mais de manière pacifique.

— Calmez-vous mademoiselle. Nous ne voulons que votre bien. Posez cette arme tout de suite, je vous assure que nous n'allons rien vous faire de mal, expliqua calmement le guérisseur.

La jeune fille tourna la tête dans sa direction. Son visage, recouvert d'une boue sèche, semblait luire. La chaleur qui émanait de son corps était extraordinaire. À elle seule, elle réchauffait toute la pièce.

— Où est-ce que je suis ?

— Dans un endroit sûr. Vous êtes dans le hameau de Woodsborrow, près de la ville de Tarkan. Un ermite vous a trouvé et vous a ramené. Vous étiez inconsciente...

La jeune femme lâcha l'arme et fit quelques pas dans la salle. Elle avait besoin de se dégourdir les jambes. C'est alors que les mots du médecin résonnèrent dans sa tête. Tarkan, Woodsborrow, hameau... ces mots lui étaient familiers. C'est alors qu'elle se souvînt.

Les ruines, les collines. C'était là qu'elle était allée pour mourir. Toute cette terre sur son corps, tout ce vide dans sa tête, tout venait de là.

Elle prit sa tête entre ses mains. La douleur devînt insoutenable. Des milliers d'images lui vinrent à une vitesse affolante. Elle se revoyait, combattre, une épée dans chaque main, une armure sur son dos, sur un champ de bataille qui semblait s'éterniser. Elle se souvenait de lui, de sa chute. Elle se souvenait de l'avoir pris dans ses bras au moment où il rendit l'âme. Lui.

La jeune fille se mit à hurler. Elle renversa tout ce qu'elle pouvait trouver sur son chemin et bouscula les gardes. Elle était devenue incontrôlable. Les soldats tentèrent de la maîtriser, en vain. Ils ne purent même pas la toucher. Telle une furie, elle courait dans tous les sens, instoppable.

Dehors, les gens commençaient à entendre les cris de la jeune fille. Ils s'approchèrent de la salle dans laquelle elle était retenue, mais ils furent arrêtés par les gardes. Malgré cela, une personne réussit à entrer.

— Kendra !

À la prononciation de ce nom, la jeune fille se calma tout de suite. Dévisageant celle l’avait appelé, sa respiration se stoppa quelques secondes. Son visage lui semblait familier.

C'était comme si elle était lui. Les mêmes cheveux, d'un noir absolument vide, le même regard, sensible et innocent. À bout de force, elle se jeta à genoux à ses pieds.

Le guérisseur s'approcha d'elle, tout en prenant la précaution d'être entouré par les gardes. Il alla rejoindre l'intruse, qui était une femme âgée d'environ quarante ans, de petite taille. Il la connaissait. C'était la femme de Juarez, un berger qui habitait près d'ici. Mais comment se pouvait-il qu'elle la connaisse ? Et qui était cette Kendra ? Le médecin avait entendu ce nom tellement souvent, ces derniers mois. Selon ce qu'on lui avait dit, elle était une guerrière sans peur et sans reproches, capable de se battre contre des géants et des hordes de manticores. On avait fait des poèmes sur ses exploits, sur ses épées tranchantes et son armure orangée. On l'avait décrite comme une déesse de la guerre, venue sur Terre pour répandre le sang des traîtres. Mais la personne qu'il avait en face de lui ne ressemblait en rien à cela.

— Kendra, est-ce bien toi ?

Le guérisseur constata avec effroi que plus le temps passait, plus l'intruse s'avançait vers elle. Croyant que Gona courait un risque, il fit signe à ses gardes de la protéger elle plutôt que lui.

Les deux femmes se firent face. La jeune fille n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle. Les gardes étaient autour, prêts à intervenir, la main sur la garde de leurs épées.

C'est alors que la jeune femme posa ses mains sur le visage de son aînée. La chaleur se répandit dans tout son corps. C'était incroyable, improbable. Leurs yeux se croisèrent, puis des larmes vinrent aux yeux de la jeune fille.

— Gona ? murmura-t-elle.

CHAPITRE II : DE RETOUR AU MONASTÈRE

La nouvelle avait fait le tour du hameau. La jeune fille, qui avait été retrouvé inconsciente dans les ruines d'une maison, était la légendaire Kendra Follow, une redoutable guerrière, dernière de sa famille. Une héroïne de la Deuxième Guerre. Une commandante robuste et forte, qui avait mené son camp à la victoire. C'était elle qui avait tué le chef des Ticadrion. Tout le prestige lui revenait de droit. Le hameau de Woodsborrow n'avait jamais reçu en ses lieux une personnalité de cette ampleur.

Gona Zeng, mère adoptive de Tao Zeng, lui aussi héros de la Deuxième Guerre, avait su raisonner la jeune fille. Son apparition dans le grand Hall avait été décisive.

Les gardes s'étaient réunis et avaient demandé au régent du hameau s'il était envisageable que la guerrière vienne se reposer dans la demeure des Zeng, sur les hauteurs des collines. Le guérisseur avait tout d'abord refusé, préférant que la guerrière se repose en ces lieux, car elle n'était pas en état de marcher. En effet, c'était tout juste si elle arrivait à tenir debout.

Au final, un accord avait été conclu. La jeune fille devait rester en observation pendant une journée entière, et si son état s'améliorait, alors le couple de bergers pourrait l'emmener.

On lui avait réservé toute une partie du grand Hall. De sa pauvre chambre sale et vide, elle était passée à une salle plus luxueuse, où on avait mis un lit à baldaquin pour qu'elle puisse se reposer dans un confort acceptable. On avait essayé de lui apporter à manger, mais elle n'avait rien voulu avaler. La boue qu'il y avait sur son corps s'enlevait petit à petit. Elle n'avait pas voulu qu'on la lave, ni qu'on la touche. Le guérisseur avait ordonné qu'on l'enferme à clé dans sa chambre, pour éviter que quelqu'un ne la dérange durant ces vingt-quatre heures.

Livrée à elle-même, la jeune fille préféra économiser ses forces. Il lui fallait du repos. Passer comme cela de l'ombre à la lumière, cela avait été fatal pour elle. Jamais elle ne s'était sentie dans un tel état de déchéance.

Depuis que Tao était mort, son esprit avait été déconnecté. Sa raison avait sombré. Elle l'avait tenu dans ses bras, jusqu'à son dernier souffle. Elle l'avait aimé, lui, jeune berger. Mais encore une fois de plus, on lui avait arraché ceux qu'elle aimait. La peine avait été immense. Si immense qu'elle avait parcouru des centaines de kilomètres pour venir se terrer là, dans la région de Delosvan, à cet endroit précis. Là où tout avait commencé. Et où tout aurait dû se finir. Déterminée, la jeune fille s'était endormie, pour ne plus jamais se réveiller.

Seulement, jamais elle n'aurait pu penser qu'un jour quelqu'un la retrouverait, vivante. Était-ce ses gènes de vampires qui l'avait préservé de la mort et de la soif ? Elle n'en savait rien. Cette force qui sommeillait dans son âme était sans fin.

Méditant une fois de plus sur son sort et essayant de rassembler ses souvenirs, la guerrière entendit des bruits de pas qui allaient en direction de la chambre. On toqua à la porte, quelques minutes plus tard. C'était le guérisseur.

La journée était déjà écoulée. La jeune fille n'avait même pas vu le temps passer. Elle avait perdu toute notion de l'existence et du temps...

— Mademoiselle, vous avez l'autorisation de sortir, lui dit-il.

Prenant les vêtements qu'on lui avait donné, elle s'habilla en hâte. Elle avait dormi toute la journée. Le moment d'aller voir Gona et son époux était arrivé.

On l'amena à la sortie du grand Hall. Ici, une petite foule de quelques dizaines de paysans attendaient impatiemment, l'arrivée de l'héroïne de la Deuxième Guerre. Dès qu'on la vit, des applaudissements et des acclamations retentirent. La guerrière en fut embarrassée. Le retour à la vie lui avait été fatal. Elle avait de la peine pour marcher et une servante dû l'aider à monter dans la charrette qui devait la conduire chez le couple de bergers.

C'est ainsi qu'elle quitta le centre du hameau de Woodsborrow, au milieu de paysans qui criaient son nom. Follow.

Le chemin jusqu'à la chaumière de Gona et Juarez était assez long. En effet, il traversait de vastes chemins de terre et de rochers, au plein cœur des collines des environs de Tarkan. Les montagnes étaient proches, c'était là qu'on envoyait les bêtes pendant la saison.

Observant le paysage, Kendra se remémora sa vie ici, en tant qu'apprentie du moine Chang. Ces terres avaient toujours été les siennes. C'était là où elle était née, là où elle avait grandi. Tout comme lui.

Tao... le simple fait de repenser à lui lui causait un mal de tête épouvantable. Ses yeux s'emplirent de larmes, elle ne put s'empêcher de laisser échapper quelques sanglots. Tremblante, la guerrière décida de mettre sa tête entre ses mains afin qu'on ne puisse pas la voir dans cet état.

Le cocher qui conduisait la charrette était au courant de toute l'histoire. D'ailleurs, tout le monde la connaissait à vrai dire. Eux deux, les camarades maudits du champ de bataille. Un duo qui s'était formé et dissout au même endroit, sur les cimes des Roachers Downfields.

Ils arrivèrent enfin devant la maison des deux bergers. Le trajet avait duré une petite heure. Le cocher la regarda descendre puis lui adressa un bref signe de la main, avant de quitter les lieux. La guerrière se retrouva seule, une fois de plus.

Tao... Elle allait entrer dans l'endroit où il avait été élevé. Cette idée la fit frémir. La jeune fille hésita avant de frapper à la porte. Il n'était pas trop tard pour faire demi-tour, pour disparaître, comme elle l'avait toujours voulu.

La guerrière n'eut pas plus le temps de réfléchir, la porte d'entrée de la maison s'ouvrit à la volée.

Devant elle, Juarez, le père adoptif de Tao. Il avait pratiquement les mêmes yeux que lui, d'un vert émeraude absolument incroyable. La jeune femme ressentit une grande peine en elle. Dans quel embarras s'était-elle engagée ?

— Bonsoir Kendra. Tu vas bien ? Allons, entre, ne reste pas dehors !

La guerrière s’exécuta. A l’intérieur, l'atmosphère était agréable, attrayante. Au fond de la salle d'entrée se tenait une petite cheminée, très simple, faite de pierres trouvées dans les roches environnantes. Un feu y brûlait. Des souliers étaient posés près de la cheminée. À côté, il y avait une grande table où une multitude de fromages étaient posés au hasard. Bien que Kendra ne pouvait pas supporter la nourriture humaine, l'odeur la fit approcher.

La petite chaumière du couple était vraiment magnifique. À droite, un petit couloir conduisait à un escalier en bois, qui devait monter à un étage. C'était là que Gona fit son apparition.

— Bonsoir, comment tu vas ? La route n'a pas été très longue ? demanda-t-elle, avec un sourire jovial.

La jeune fille ne répondit pas. Regardant les deux adultes d'un air totalement absent, elle prit une chaise et s'assit dessus, se prenant la tête entre ses mains. La guerrière ne savait plus où elle en était. Ses forces l'avaient complètement abandonnée. On l'avait tiré d'un sommeil dont il ne fallait pas ressortir. Et malheureusement, les effets avaient été principalement néfastes. Son corps n'allait pas supporter la douleur. Il fallait qu'elle fasse quelque chose, ou bien elle allait en payer les conséquences.

— Kendra ? Ça va ? insista Gona.

Elle fit quelques pas en direction de la guerrière mais son mari la retînt. Le moine Chang leur avait donné quelques indications sur les mesures à prendre quand elle se trouvait dans un mauvais état.

— Laisse-la tranquille, il faut qu'elle se repose un peu, lui dit Juarez en la poussant doucement.

Son épouse l'écouta. Au fond, il avait raison. Car quelques minutes plus tard, la guerrière était en train de somnoler, assise sur sa chaise, la tête entre les mains. La fatigue l'avait prise de cours. Devant cette scène peu commune, le couple décida de la laisser faire, sans la déranger.

Ils mirent la table et mangèrent devant elle, en essayant de faire le moins de bruit possible. Ensuite, le mari prit un livre et s'installa devant la cheminée. Sa femme nettoya la table, en gardant un œil attentif sur la guerrière. Cette dernière était toujours autant immobile. Aucun des deux n'osait faire quelque chose pour essayer de la réveiller. Gona prit bien soin de ne pas toucher la jeune fille quand elle débarrassa la nappe. Rien ne devait la déranger.

Quand elle la regardait, c'était Tao qu'elle voyait. Vulnérable, sympathique, discrète, elle était pratiquement son égale. Depuis le départ du jeune berger, les choses n'avaient plus jamais été les mêmes. Son absence avait produit un grand manque pour les deux individus. Même les moutons avaient été touchés. La maison était redevenue silencieuse, comme avant.

Le jeune garçon avait grandi entre ces murs. Chaque moment de sa vie était comme imprimé dans les pièces de la maison. Son premier dessin, ses premiers mots, sa première crise d'adolescence, la brique s'en souvenait encore. Le couple avait toujours désiré avoir un enfant. Même s'il avait été marqué par le maître des Ticadrion et qu'il possédait malgré lui une relique de la plus haute importance, le couple l'avait accepté comme il était et l'avait élevé comme leur propre fils. Jusqu’à ce jour fatidique où il était parti, pour ne plus jamais revenir.

Juarez soupira. Le livre qu'il était en train de lire ne lui convenait pas. Il se leva de son siège et avança petit à petit vers la bibliothèque, qui était juste à côté du siège où la guerrière dormait. Ses pieds foulèrent le sol avec une finesse incomparable

Passant devant Kendra une nouvelle fois, Juarez constata avec surprise que cette dernière était réveillée. Elle le regarda avec de petits yeux, puis se redressa sur sa chaise. Gona arriva à ce moment-là, curieuse de savoir comment allait son invitée.

Visiblement, la guerrière devait se porter un peu mieux. Son teint était plus clair, ses gestes moins lents.

Voyant qu'on l'observait, la dernière des Follow ne tarda pas à se manifester. Elle s'était reposée pendant près d'une heure.

— Je suis désolé, je me suis endormie.

— Ce n'est pas grave ma chérie, tu ne nous as pas dérangés. Tu avais besoin de te reposer, après tout ce qu’il t'es arrivé... Nous en sommes vraiment navrés. Mais nous sommes heureux de t'accueillir, tu as toujours fait partie de la famille à vrai dire.

Kendra se sentait gênée. L'attention que lui portait Gona était trop parfaite. Cela lui arracha quelques larmes. Jamais on ne lui avait parlé de la sorte. L'épouse de Juarez en fut toute confuse.

— Si tu veux dormir au chaud ce soir, je te conseillerai d'aller à l'étage. Il y fait très bon. Et le lit est très confortable.

La jeune fille accepta. Hormis la couchette dans laquelle elle avait séjourné pendant toute une journée, elle n'avait pas dormi sur quelque chose de confortable depuis un bon moment. Un lit, c'était ce qu’il lui manquait pour terminer son repos. Et pour ce qui était de sa soif... Le problème ne s'était pas encore fait sentir en elle. C'était plutôt un bon signe, en théorie.

Elles montèrent les escaliers, puis arrivèrent à l'étage. Comme l'avait dit Gona, il y régnait une atmosphère de sérénité admirable. En haut, il n'y avait qu'une seule pièce, assez vaste. Une multitude de jouets en bois étaient posés aléatoirement. On aurait dit une véritable chambre d'enfant. Un grand lit était installé contre le mur. Sur ce dernier, il y avait des feuilles de dessins, qui représentaient des moutons. Cela attira tout de suite Kendra, qui se précipita à leur rencontre. Elle prit les feuilles, et constata sur toutes une signature bien distincte. Son nom était marqué en bas de chaque page. Ce nom, qui avait résonné dans sa tête pendant toute une année entière...

— Tao... laissa-t-elle échapper.

— Il aimait bien dessiner. Je me souviens qu'il adorait aller dans la bergerie, avec une feuille et un crayon. Il en revenait toujours avec un dessin qu'il adorait me montrer, expliqua Gona avec tristesse.

Une larme coula sur son visage. Son fils adoptif avait été la plus belle chose qui lui soit arrivé dans sa vie. Mais depuis sa mort, Gona n'avait pas osé remonter à l'étage. Jusqu'à ce jour. Même si elle n'était pas seule dans l'épreuve, la peine était toujours présente dans son cœur. Une peine qui était partagée, d'ailleurs. La guerrière résistait tant bien que mal à la tristesse qui la prenait d'assaut. Tao avait été l'un de ses plus grands amis... et plus encore.

— Toute son enfance est entre ces murs. Si tu ne souhaites pas dormir ici, je comprendrai, fit Gona.

— Non, c'est bon, ne vous en faites pas, ça ira pour moi, conclut la guerrière.

Hochant la tête, Gona sortit de la pièce puis descendit les marches, une par une, laissant la jeune fille seule, à l'étage. Elle avait une chambre entière pour elle. Ce qu'elle n'avait jamais pu avoir de sa vie.

Kendra enleva son manteau. Depuis qu'on l'avait amené à Woodsborrow, elle n’avait nullement exprimé le désir de retrouver son armure et ses épées. Symboles d’une vie qu’elle avait cherché à fuir, ils ne lui manquaient en rien sur le moment.

Elle se coucha sur le lit, exténuée. La petite sieste qu'elle avait faite sur la chaise ne l'avait pas entièrement remise d'aplomb. Prenant les dessins de Tao, elle les examina un par un. Ils étaient tous magnifiques. Il dessinait avec une telle grâce, un réalisme saisissant... Jamais auparavant elle n'aurait pu penser cela de lui. Tao, un artiste, alors là ! Elle esquissa un petit sourire en voyant un dessin, un peu moins bien réalisé, sûrement fait quand il était plus jeune. Il représentait Gona et Juarez, assis l'un à côté de l'autre, sur un banc. L'affection qu'il avait à leur égard était vraiment au-dessus de ses espérances.

La jeune fille chercha un peu plus dans la chambre du jeune berger. Elle trouva un livre, assez froissé. Des dessins d'enfants étaient présents sur la couverture. La jeune fille l'ouvrit avec précaution. Des lignes d'écritures, des lignes et des lignes, dans les premières pages. Ce fut vers la fin du livre que Kendra put remarquer quelque chose d’intriguant.

Une phrase. Une seule. « Le chemin qui mène aux morts ne s'ouvre qu'aux deux Âmes ». La guerrière se mit à la relire, plusieurs fois, en essayant de comprendre le sens de chaque mot. Tout lui était vraiment étranger. Était-ce lui qui avait écrit cela ?

Un souffle de vent vînt éteindre la bougie qui éclairait la pièce. Tout devint obscur. Kendra s'endormit, presque aussitôt.

***

Bien plus loin, dans les contrées obscures de la région d'Ashtor.

Au fin fond d'une clairière, une cérémonie guerrière avait lieu. Un feu immense brûlait autour d’une tribu ici rassemblée. Des hommes dansaient, chantaient, buvaient, ils faisaient la fête. À proximité d'eux, une petite fille était en train de les regarder faire. Assise sur une petite chaise en bois, elle était la seule enfant. Des adultes de la tribu lui tournaient autour en sifflotant des airs barbares. Les membres du groupe étaient tous des militaires, qui venaient des steppes gelées du Sud. Ils avaient fait des milliers de kilomètres à travers tout Drakayden pour venir assister à cet événement. L'un d'eux allait faire un grand sacrifice...

Le soleil s'était couché il y a bien longtemps, en cet endroit éloigné de toute civilisation. À des centaines de kilomètres de la plus proche ville, un rituel allait être accompli.

On jeta des cendres dans les flammes. Des hommes prononcèrent des incantations primitives, puis tournèrent autour du feu de camp. La petite fille les observait avec curiosité. Elle ne savait pas pourquoi on l'avait amené ici, mais la réponse à cette question n'allait pas tarder à venir...

L'un des hommes s'approcha de l'enfant et la prit par la main. Il se dégagea du groupe et alla en direction d'une roulotte en bois, qui avait plutôt l'air d'une grande cage. On avait enfermé quelque chose à l'extérieur, ou pour être plus clair, quelqu'un. Le reste de la tribu leur emboîta le pas. Tout devait se passer publiquement, rien ne devait être laissé au hasard. L'homme qui s'occupait de la petite fille sentit que c'était à lui de jouer.

Sous les regards attentifs des autres, il sortit de sa ceinture un long couteau, qu'il passa sous la gorge de la gamine. Ce fut direct. Une exécution sommaire, un sacrifice inévitable.

Son sang se répandit sur le sol humide de la clairière. Le père de la victime laissa échapper un sanglot. On ouvrit la roulotte et une créature de forme humaine en sortit.

Elle s'avança pas à pas vers le corps de l'enfant puis se baissa. Les membres de la tribu se reculèrent, effrayés, quand ils virent que la bête les regardait. Une fois seule, cette dernière se mit à aspirer le sang qui coulait de la gorge de la jeune fille. Quelque chose d'impensable se produisit à cet instant.

Le père de la pauvre enfant, submergé par la rage, accourut, une épée à la main, pour protéger la dépouille de sa progéniture. Personne n'eut le temps de le stopper. Il planta sa lame dans le cou de la bête. Celle-ci laissa échapper un hurlement strident, puis elle se retourna, comme si la douleur était passée. C'est alors qu'on vit que la créature n'avait rien d'un monstre.

C'était une femme, blonde, vêtue d'un long manteau de cuir noir. Elle avait des yeux d'un bleu presque époustouflant qui luisaient dans la nuit comme deux saphirs. Sa beauté coupa le souffle de toute personne ici présente. Même celui de son agresseur. Celui-ci n'eut même pas le temps de voir la lame de sa propre épée venir se planter dans son abdomen. Il lâcha un dernier cri d’agonie, puis tomba au sol.

La tribu entière ne savait plus quoi faire. On leur avait dit de sacrifier un enfant, mais rien d'autre. C'est alors que la jeune fille prit la parole :

— Mon nom est Katja Ticadrion. Je suis la fille de Parlabolo. J'ai été envoyé ici avec un but précis : tuer Kendra Follow, l'assassin de mon père.

La tribu connaissait très bien Parlabolo. C'était lui qui, des siècles plus tôt, avait donné le feu à leurs ancêtres. Il était vu comme une divinité ici. Mais savoir qu'il avait une descendante, c'était vraiment au-dessus de tout espoir. On se prosterna devant elle, des chants à sonnantes religieuses se firent entendre. Mais pourtant dans le groupe, un membre n'était pas totalement convaincu.

— Et quel est notre rapport avec vous ? Nous avons prêté serment à votre père, pas à vous.

— C'est donc pour cela que je viens devant vous, en toute humilité, pour vous demander de me servir comme vous avez servi mon père.

Tous se regardèrent. Que devaient-ils faire ? En temps normal, jamais ils n'auraient osé obéir à quelqu'un d'autre que Parlabolo, ou bien leur chef, Jachira. Or, l'un était mort depuis une année, et l'autre venait de se faire tuer devant toute la tribu réunie, pour s'être révolté après la mort de sa fille. Devant tant d’indécision, le plus haut gradé de la tribu prit la parole. Après s'être concerté avec ses semblables, il en avait conclu un accord :

— Très bien, jeune fille. Nous acceptons de te servir, mais à une seule et unique condition.

— Laquelle ?

— Depuis la nuit des temps, nous avons servis ton ancêtre, Parlabolo. On lui a tout donné, tout ce qui comptait beaucoup pour nous. C'est pour cela qu'après t'avoir aidé à venger sa mort, nous souhaitons tous acquérir la liberté et ne plus rien avoir en commun avec vous.

— Si c'est ce que vous voulez, alors je l'accepte, conclut Katja. Les crusaders marcheront aux côtés des Ticadrion, une fois de plus.

***

Les rayons du soleil entrèrent discrètement à l'étage de la chaumière des Zeng. Il faisait chaud, en cette nouvelle journée. Les oiseaux chantaient, le vent était doux.

Couchée dans son lit, sous une couverture confortable, la guerrière ouvrit doucement les yeux. Elle venait de passer l'une des nuits les plus calmes de toute sa vie. Dormir sur un matelas était un luxe qu'elle pouvait se permettre dorénavant. La bonté de Juarez et de son épouse la réjouissait.

Tout autour d'elle, il y avait encore les feuilles de dessins et le livre d'écriture de Tao. C'était comme si sa présence habitait ces objets, elle se sentait en sa compagnie. Soudainement motivée, Kendra descendit du lit et se décida à ranger ce qu'elle avait déballé. Puis quand la guerrière eut fini, elle se décida à rejoindre ses hôtes. Elle pouvait sentir la bonne odeur de nourriture en bas, des croissants et des pains au chocolat. Quand elle était plus jeune, et avant que sa soif de sang ne se révèle en elle, la dernière des Follow se souvint que ces deux aliments étaient sans doute ses favoris.

Dès que Gona entendit des pas dans les escaliers, elle accourut à sa rencontre. Kendra avait dormi pendant un bon bout de temps. Cela était plutôt bon signe. La guerrière avait l'air un peu fatiguée malgré tout, mais elle leur sourit en les voyant, tous les deux, satisfaits.

— Bonjour ! Alors, bien dormi ? demanda Juarez avec une voix enjouée.

— Oui, merci. Le lit est très confortable, c'est très gentil de votre part de me laisser dormir ici, déclara la jeune fille.

— Oh, ce n'est rien, je t'assure. C'est un plaisir de t'avoir en notre compagnie, sache-le.

Kendra les remercia d'un signe de tête. Elle prit place à la table et regarda ce qui était au menu du petit-déjeuner. Comme elle l’avait senti, il y avait bien des croissants et des pains au chocolat. D'un œil curieux, elle examina cette nourriture qu'elle avait apprécié auparavant. La voyant ainsi, Gona ne put s'empêcher de lui en proposer, mais la guerrière refusa, à contrecœur. Elle n'avait pas faim... ni soif. Un manque qui ne se manifestait pas à sa plus grande surprise.

— Prends-en un ! D'après les médecins, cela fait une année entière que tu n'as pas mangé ! s'exclama Juarez en lui tendant un croissant.

Malgré tout ce qu'elle savait sur ses caractéristiques vampiriques, elle ne put se résoudre à faire de la peine à ses hôtes.

Hésitant un peu, la jeune fille prit le croissant que lui tendait le berger, puis le porta à sa bouche. L'odeur se répandit à travers tout son corps. Un frisson d’effroi parcourut son dos. Est-ce qu'il fallait le manger ? Qu’allait-il lui arriver si son organisme rejetait la nourriture ? Trop de questions. Elle croqua un morceau, puis l'avala, lentement.

Ce goût lui rappela de bons souvenirs. Contrairement à ce qu'elle avait pu penser, elle réussit à le manger... entièrement.

Gona et Juarez suivaient l'ingurgitation de cet aliment comme s'il s'agissait d'une histoire épique. Quand elle eut fini, ils ne purent s'empêcher d'applaudir. La guerrière rougit, c'était sympathique de leur part d'être autant à son chevet.

— Hé bien tu vois que ce n'était pas si difficile. Prends-en donc un autre. Il y en a assez pour nous tous ! assura le berger.

Même si elle ne ressentait pas en elle le désir de se nourrir, Kendra ne put s'empêcher d'engloutir quatre croissants et deux pains au chocolat. Elle en fut satisfaite, car contrairement à ce Chang avait pu lui dire, se nourrir d'autre chose que du sang ne produisait pas forcément en elle une réaction de rejet violente. Au contraire, quand il s’agissait d’aliments qu’elle chérissait, cela la réconfortait aux plus hauts points.

Juarez essaya même de lui faire boire du lait de chèvre. Là, tout commençait à devenir un peu plus compliqué. Mais malgré tout, elle accepta. Mal lui en prit.

À la première gorgée, elle ne put s'empêcher d'étouffer un cri de douleur. Sa gorge entière avait pris feu instantanément. Ses yeux devinrent rouges en l'espace de quelques secondes, puis tout se calma au fond d'elle. Regardant les deux bergers pour voir si sa petite crise ne les avait pas effrayés, Kendra fut heureuse de constater que seule Gona avait été brusquée par la tournure des événements. La guerrière refusa donc le reste du lait de chèvre, cette fois-ci pour une bonne raison.

Un an, que ses yeux n'avaient pas changé de couleur. Un an, qu’elle ne s’était pas nourrie de sang. Qu'est-ce qu'il se passerait si jamais elle venait à perdre le contrôle ? La jeune fille préféra ne pas penser à cette éventualité...

— Ah au fait, nous avons reçu la visite du moine Chang hier. Il a été mis au courant de ton arrivée dans le hameau, déclara Juarez.

Kendra regarda le berger avec des yeux ronds, plein de surprise. Savoir qu'il était un proche du couple la réjouissait. Une question se posait ensuite dans sa tête : mais qu'est-ce qu'ils avaient pu se dire ? Chang était la seule personne qu’elle connaissait bien en ce monde. Sa seule famille.

Alors qu’elle allait s’apprêter à demander à Gona de plus amples informations, quelqu’un tambourina à la porte avec violence. Kendra sentit un frisson lui traverser le corps. Traumatisée par son passé et toujours fragile mentalement, elle perdit son sang-froid.

La guerrière s'arma d'un couteau. N’osant pas la retenir, le couple la laissa faire, espérant que tout allait bien se passer. Autant inquiets de l’état de leur invitée que de la visite de quelqu’un à cette heure, ils observèrent la dernière des Follow ouvrir délicatement la porte, prête à bondir.

C'est alors qu’une présence connue mit le pied à l’intérieur, laissant une Kendra pantoise.

— Chang ! s'exclama-t-elle.

Il était là, devant elle. Le même, sans exceptions. Il n'avait pas pris une ride, sa barbe était toujours autant longue et blanche. Son regard clairvoyant inspirait la confiance. Sa force n’avait jamais été aussi palpable.

— Alors Kendra, c'est comme cela que tu accueilles ton maître ? lui lança-t-il avec entrain en désignant l’arme dont elle s’était emparée.

Prise de cours, la guerrière se sentit honteuse. Se dirigeant vers son maître d’armes, elle le prit dans ses bras et le serra fort. Le vieil homme, surprit, accepta ce gage d'affection.

Rassurée par la tournure des évènements, Gona décida d'intervenir dans la discussion, en proposant à son invité de prendre le couvert. La table n'avait pas été encore débarrassée et il restait encore quelque chose à manger. Acceptant l’offre avec joie, le vieil homme s'assit, à côté de sa protégée, puis croqua dans un croissant, tout en s'adressant à sa meilleure élève.

— J’espérai que tu sois de nouveau rétablie, Kendra. Les choses ont bien changé depuis que tu es partie d’ici. La Deuxième Guerre a changé les mentalités de tout le monde, et c'est en partie grâce à toi. Je te félicite pour ton courage et ta bravoure !

La dernière des Follow le remercia d’un bref signe de tête.

— Des événements alarmants sont arrivés après la fin du conflit. Dans le bon sens, de mon point de vue.

Kendra n'avait aucune idée de ce que le moine voulait insinuer. Avoir passé un an complètement hors de la civilisation l'avait malmenée.

— Des centaines de jeunes gens ont manifesté leur désarroi face à la trahison de l'ancien empereur, Skull Terron, continua Chang. Ils ont décrété que plus jamais une crise de ce genre n’arrivera à l'intérieur de Drakayden, et que pour cela l'Empire lui-même devait être dissout. Une immense assemblée a donc pris d'assaut le palais, sans que les gardes ne la stoppent. Elle s'est déclarée maîtresse des quatre régions et a partagé les pouvoirs, équitablement. À la suite de cela, dans tout le continent, des révoltes ont eu lieu. La plus proche se situe à Tarkan, et elle n'est pas si vieille.

— Qu'est-ce qu’il s'est passé ? laissa échapper la guerrière, rongée par la curiosité.

— La section d'élite des arvavsias, menée par un de tes amis, a fait un coup d'État des plus violents. La ville aurait été incendiée, des gens tués, mais au final, Razor Pes'Vla a réussi à toucher le gros lot. La cité d'argent lui appartient désormais. On raconte que le pauvre Valgar a été balancé depuis le haut des remparts.

Kendra était vraiment surprise. Jamais elle n'aurait pensé cela de lui. Un aussi grand opportuniste, capable d’éliminer ses supérieurs pour son propre bon vouloir ? Même si cette information la choqua, la jeune fille savait que son maître n’était pas venu uniquement pour faire le point sur l’actualité drakaydienne.

La vraie raison ne tarda pas à venir.

— Le monastère n’est plus aussi vide. Suite à la Deuxième Guerre et ton implication dans le conflit, une génération entière de jeunes gens se sont décidés à prendre ton exemple et à apprendre à se battre comme tu l'as fait. La plus grande partie d'entre eux est venu ici, à mes côtés.

— Tu veux dire que... tenta la guerrière.

— Oui, des gens sont venus au monastère. Ils sont des dizaines, et tous ont ton âge. Ils souhaiteraient beaucoup te rencontrer. À vrai dire, tu es leur exemple et ils aimeraient savoir à quoi tu ressembles, expliqua Chang.

La réaction de la guerrière était palpable. Rien qu'en voyant son visage, qui se détériorait au fil des mots du vieil homme, on pouvait prévoir quelle allait être sa réaction.

La guerrière venait de sortir d'un coma long d'une année, et deux jours après son réveil, on lui proposait d'aller voir des apprentis... qui s'étaient calqués sur son modèle ! Mais en quoi Kendra était quelqu'un à suivre ? Elle avait tout perdu au cours de sa vie. Ses parents, son foyer, ses amis, Tao... La seule chose que les gens retenaient d'elle, c'était sa bravoure au combat. Rien d'autre. Ils n'avaient aucune idée de qui elle était, à l'intérieur. Ils n'avaient aucune idée de ce qu'elle avait pu subir le jour où le jeune berger était mort dans ses bras. Ce n'était que des ignorants, rien de plus. Ils ne méritaient pas de recevoir son aide. Et pourtant...

Au plus profond d'elle, la dernière des Follow avait toujours été une battante. Seize ans d'entraînement, une guerre entière à son actif, un tableau de chasse des plus impressionnants. Au niveau des faits d'arme, personne ne pouvait l'égaler. Cette supériorité qu'elle avait sur les autres était un moyen de se prouver que même si elle avait tout perdu, il restait encore quelque chose : de l'espoir, au plus profond de son être.

Kendra se mit à repenser à la bataille des Roachers Downfields. C'était là qu'elle avait eu son premier baptême du sang. Etait-ce cela que la jeunesse d’aujourd’hui souhaitait connaître ?

— Alors, que choisis-tu ? Je ne désire que ta présence, rien de plus. Tu pourras partir dès que tu les auras vus. Je ne te retiendrais pas, sois-en sûre.

Kendra doutait un peu de sa sincérité. S'il y avait bien quelque chose qu'elle avait appris à faire durant ces temps de guerre, c'était de toujours remettre en question ce qu'on lui disait, d’analyser chaque intention, chaque parole.

Dans l’hypothèse où elle acceptait son offre, un détail la chagrinait. La présence de Chang la ramenait directement à son passé, à une époque où elle portait ce qui faisait d’elle la « guerrière » de Drakayden. Et aujourd’hui, tout avait disparu.

— J'ai perdu mon armure et mes épées. Tu sais autant que moi que j'y tenais beaucoup... commença la dernière des Follow.

— Le problème est déjà résolu à vrai dire. Nous les avons retrouvé lors de l'une de nos sorties et tout est au monastère.

— C'est du chantage pour me faire venir, c'est cela ? supposa Kendra, un peu méfiante malgré la bonne nouvelle que le moine Chang venait de lui annoncer.

Le vieil homme ne put s'empêcher de laisser échapper un rire. Elle n'avait pas changé d'un iota. La même fille qu'il avait laissé, toujours autant méfiante, toujours autant prévoyante. Celle qui avait quitté son monastère, partant pour une quête de veangeance.

— Tu me connais bien, jamais je ne te ferai une plaisanterie de cette espèce. Je ne veux pas te causer du tort, la Guerre a déjà été une grande épreuve pour toi. Jamais plus tu n'auras à reprendre les armes après avoir rencontré mes apprentis. Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer.

La guerrière en avait assez entendu. Pour elle, tout était déjà bon. Le vieil homme avait réussi à la convaincre. Voyant sa victoire sur son ancienne apprentie, Chang lui sourit.

— Il me semble que tu connais le chemin, n'est-ce pas ? ajouta-t-il en riant.

***

Cela faisait un peu moins de deux ans qu'elle n'était pas revenue au monastère. Il lui semblait si grand, si majestueux... c'était là qu'elle avait passé la plus grande partie de sa vie. Sa première expérience des armes, ses premières crises, elles les avaient eus ici.

Kendra constata avec joie que les murs, qui étaient clairs et bien peints, n'avaient pas changé. Sa deuxième maison, voilà ce qu'était le monastère.

La jeune fille avait fait le chemin seule, de son propre gré. Le vieil homme lui avait laissé le choix, et elle avait agi en conséquence. L'idée de voir que des jeunes gens de son âge avaient décidé de venir apprendre à se battre ici la surprenait en tous points. La dernière des Folllow avait hâte de voir à quoi ils ressemblaient, elle désirait savoir s'ils étaient dignes de pouvoir apprendre dans les mêmes murs qu'elle.

Devant le monastère, une petite planche de bois était posée à côté d'un puits. Kendra se souvint alors de son utilité. Un jour, son maître l'avait attaché, juste au-dessus du puits, pour qu'elle puisse lutter contre sa peur du vide. Malheureusement, cela ne s'était pas déroulé comme prévu. La jeune fille était tombée dans le puits et avait failli se noyer. Chang lui avait donc envoyé cette planche de bois, pour qu'elle puisse s'y accrocher. Décidant de mettre à l'épreuve son élève malgré les événements, il la laissa remonter par elle-même les cinq mètres qui la séparait du sol, avec la seule force de ses bras et ses propres moyens. Au bout d'une journée d'efforts, la dernière des Follow avait réussi l'expérience.

La guerrière constata avec joie que le moine l'attendait à l'entrée du monastère. Il était accompagné par un jeune homme, âgé d'environ quinze ans, qui portait une épée de bois dans sa main droite. Le garçon avait les cheveux courts, roux, et il regarda la jeune fille d'un air songeur. Ce fut quand le vieil homme lui expliqua qui elle était qu'il se mit à sourire.

Kendra s'avança vers eux, un peu embarrassée. Même si cela faisait moins d'un jour qu'elle n'avait pas vu son ancien maître, cela lui faisait toujours chaud au cœur de le revoir.

— Je suis heureux que tu ais accepté mon invitation. Ta parole est toujours autant fiable à ce que je vois, fit Chang.

— Je ne donne jamais ma parole à quelqu'un, et tu es bien placé pour le savoir, rétorqua Kendra en lui décochant un sourire réconfortant.

— Naturellement. Tiens, je te présente Jakob. C'est l'un de mes plus jeunes apprentis. Il se débrouille bien pour son âge et il a déjà réussi le test du puits, plus d'une fois à vrai dire.

Le jeune garçon s'agenouilla et baissa la tête en signe de respect. La guerrière en fut étonnée. Il s'était prosterné à elle comme si c'était une divinité ! Est-ce que le respect que Drakayden lui voulait était aussi important ? Le moine vit la surprise dans les yeux de sa plus fervente élève.

— Relève-toi donc Jakob. Nous allons entrer et la présenter à tous les apprentis. Assure-toi que ces derniers soient tous réunis.

— Bien maître.

La salle d’accueil n’avait pas changé. Elle était vaste, et contenait toute une variété d'armes pouvant équiper toute une armée. Les murs étaient marqués par des lacérations, témoignages des exercices intenses se déroulant en ces lieux. C'était ici même que Kendra avait commencé à utiliser ses épées et à les limer.

En regardant un coin de la pièce, elle se souvint que c'était à cet endroit même qu'elle se réfugiait pour venir pleurer, lorsque les séquences d'entraînement devenaient trop insupportables. Cela la fit sourire de revenir sur ses propres traces avec un œil nouveau.

Trop occupée à ressasser le passé, elle ne vit pas qu’un attroupement s’était constitué autour d’elle.

Chang ne lui avait pas menti. Des elfes, des liliputs, des sirènes... La dernière des Follow reconnut une nymphe noire dans le lot. Elle se distinguait des autres par sa forme squelettique et sinistre. Quand la créature la vit, elle changea immédiatement son apparence et se transforma en une magnifique jeune fille. Et en parlant de filles... Les garçons étaient en bien faible majorité ici. Il devait y en avoir quatre ou cinq, sur une trentaine de filles. Mais le peu d'hommes qu'il y avait était suffisant. Ils étaient tous bien bâtis et avaient l'air de soldats aguerris. L'un d'eux, brun, assez costaud, portant une cuirasse et un casque dans sa main, s'avança vers la guerrière. Il tenait dans son autre main deux épées, qui lui semblaient familière. Kendra réagit alors, pleine de surprise. C'était les siennes !

— Tu peux avoir de la chance que quelqu'un les aies retrouvées. Ce n'était pas très futé de les lancer dans le premier ruisseau venu, lui glissa l'homme avec malice.

Il les lui tendit, et elle les prit avec joie. Cela faisait longtemps qu'elle ne les avait pas eus en sa possession. Le moment où elle s’en était débarrassée lui semblait bien lointain dorénavant.

Kendra voulut ranger ses armes dans leurs fourreaux, mais ces derniers n'étaient plus dans son dos. Son armure... Le jeune homme vit son désespoir et lui tapa l'épaule amicalement.

— Ne t'en fait pas pour ton armure. Elle n'était pas si loin de tes épées après tout. La chance ne t'a pas abandonné on dirait.

— J'aimerai l'avoir.