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Perdue ! Voilà ce que Lise est depuis son réveil au milieu de cet étrange brouillard. Alors que la jeune femme cherche désespérément à retrouver la mémoire de ces dernières vingt quatre heures, ses pas la mènent jusqu'à un étrange manoir…
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Seitenzahl: 124
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Pages de titre
Prologue
1- Amnésie
2- Perdue...
3- Un trésor caché
4- Une idée lumineuse
5- Tempête au cœur de la nuit
6- Beautés fatales
7- Le miroir de Moïra
8- Il était une fois...
9- Yaltos
10- Le départ
Page de copyright
« Je crois que c’est bon; elle a l’air stable. »
Lise ouvrit les yeux. Elle était étendue sur le ventre, son visage reposant sur une surface froide et dure.
La jeune femme tenta de se relever péniblement en réprimant une grimace : son corps tout entier la faisait souffrir. La tête lui tournait affreusement, comme si le monde autour d’elle s’était subitement mit à tanguer à la manière d’un bateau en pleine tempête. Son cœur cognait étrangement dans sa poitrine, son estomac secoué de nausées ; elle resta un moment assise, attendant que son malaise s’estompe.
« Que s’est-il passé ? Comment suis-je arrivée là ? » songea-t-elle inquiète.
Lise ne se souvenait plus de rien… Comment s’était-elle retrouvée allongée ici ? Pourquoi ? Depuis combien de temps ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Autour d’elle, un épais brouillard s’élevait tel un mur opaque, occultant de sa masse éthérée l’intégralité du décor ; seul un immense portail en fer forgé semblait se détacher de cette blancheur spectrale.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la jeune femme réussit enfin à se mettre debout, mais dut cependant encore patienter quelques secondes avant que le sol, sous ses pieds, ne cesse son étrange ballet. Enfin elle s’avança, encore étourdie, et tendit une main tremblante vers les entrelacs de métal ; le battant n’émit aucune résistance et s’ouvrit sans bruit. Lise franchit la grille et s’aventura prudemment de quelques pas à travers le voile diaphane du brouillard.
Venait-elle d’entrer ou de sortir ? Impossible de le dire : ici, comme de l’autre côté, un écran vaporeux empêchait de discerner tout élément du paysage, masquant du même coup tout indice. La jeune femme hésita un instant. Il ne lui restait plus qu’à espérer avoir fait le bon choix en franchissant ce portail. Elle prit une profonde inspiration et s’enfonça à travers la brume.
Lise progressait à l’aveugle, sans aucun moyen de savoir où ses pas la menaient. Tout, autour d’elle, semblait recouvert d’un voile blanc annihilant formes et couleurs ; le brouillard l’enveloppait totalement. Cette absence complète de visibilité avait quelque chose d’oppressant. Jamais Lise n’avait éprouvé un tel sentiment de solitude et d’isolement.
Enfin, après de longues minutes d’errance hasardeuse, la jeune femme entrevit soudain une forme au loin. Elle n’en était pas sûre, mais il lui semblait distinguer une silhouette féminine, à peine visible à travers la brume.
- Ohé ! Il y a quelqu’un ? , lança-t-elle à l’inconnue.
Le son de sa propre voix lui parut curieusement étouffé par l’atmosphère ouatée ambiante. La silhouette, elle, demeura parfaitement immobile et muette. L’avait-elle entendue ?
Lise hésita un instant, puis, non sans une certaine méfiance, se rapprocha à pas mesurés.
- Je m’excuse… je suis perdue. Pourriez- vous m’aider ?, se hasarda-t-elle à nouveau, sûre, cette fois, de se trouver à portée de voix.
Silence. Intriguée, la jeune femme ne savait que faire d’autre pour attirer l’attention de cette inconnue. Elle franchit alors en quelques enjambées hésitantes l’espace les séparant et, d’une main légère, tapota gentiment l’épaule de son interlocutrice. Alors qu’elle s’attendait à toucher du tissu ou de la peau, sa main rencontra une surface froide et dure. Surprise, Lise s’écarta aussitôt, laissant échapper un cri étranglé. Ce n’était pas une personne, mais une statue !
La jeune femme s’approcha à nouveau de la silhouette et en effleura la surface parfaitement lisse. La sculpture était confondante de réalisme : pas étonnant que Lise l’est prise pour une personne bien vivante au milieu de cette purée de pois ! Pendant un instant, elle s’était vue tirée d’affaire, trouvant des réponses à ses questions. S’adossant à sa compagne d’albâtre, Lise prit une profonde respiration et ferma les yeux : ça l’aidait à réfléchir. Elle tenta de se concentrer, essayant de remonter le cours des évènements, mais aucun souvenir antérieur à son réveil ne daignait refaire surface.
Pourquoi n’arrivait-elle pas à se rappeler ? Comment s’était-elle retrouvée allongée, inconsciente, en pleine nature ? Etait-elle venue là de son plein gré ou sous la contrainte ? L’avait-on droguée ? S’était-elle promenée, puis cognée la tête ? Tant de scénarios étaient envisageables …
Que n’aurait-elle donné pour se trouver, à cet instant, paisiblement installée dans son salon, une tasse de thé brûlant entre les mains et un duvet moelleux jeté sur ses jambes nues.
Lise ré-ouvrit les yeux. Le brouillard avait presque entièrement disparu, comme par magie, en quelques secondes. Lise se sentit parfaitement déconcertée par cette métamorphose à la fois inattendue, radicale et instantanée.
« Mais, combien de temps suis-je restée les yeux fermés ? », songea-t-elle.
La jeune femme se tenait au centre d’une large allée de gravier blanc, bordée de magnifiques jardins, au milieu desquels trônaient des statues. Les chérubins et les vénus étaient si méticuleusement et fidèlement réalisés, qu’ils semblaient prêts à prendre vie à tout moment. La jeune femme devinait presque la chaleur d’un corps vivant sous la couche d’albâtre, à peine souillée par les intempéries. Elle se sentait comme attirée par ces regards vides scrutant l’éternité et par ces visages figés à jamais dans une même expression. Les toges légères voilaient à peine les formes des vierges voluptueuses, dont quelques angelots se faisaient les fidèles gardiens.
Les premières minutes d’égarement oubliées, Lise put enfin faire la connaissance de son interlocutrice. Ses formes n’étaient que peu dissimulées sous les voilages figés, aussi cachait-elle, aux yeux des passants, sa poitrine charnue de ses bras nus entrelacés. Une fragilité touchante émanait de son visage angélique. Son regard semblait timide, presque fuyant, une pudeur qui n’était pas sans rappeler à Lise celle qu’elle même avait éprouvée la première fois qu’un homme l’avait vue entièrement nue.
Deux mésanges avaient élu domicile à son sommet. Aucune d’elles ne prêta attention à la jeune étrangère ; toutes deux l’ignorèrent superbement, trop occupées à leur toilette, chaque nouvelle plume lissée donnant lieu au plus exubérant des ballets.
Lise, laissa échapper un gloussement amusé. Surpris, les deux oiseaux s’envolèrent maladroitement de leur perchoir, laissant la jeune femme à sa bonne humeur retrouvée. Lise suivit un moment des yeux les deux volatiles dans leurs ébats aériens.
Le ciel s’était paré de ce fameux gris bleuté, annonciateur d’orage. Il ne tarderait pas à pleuvoir. Rien autour d’elle n’aurait pu la protéger d’une quelconque averse, même pas le chêne centenaire sur lequel les deux mésanges trouvèrent refuge. Le sourire de la jeune femme s’évanouit aussi vite qu’il était apparu : les orages étaient violents dans cette région, et les pluies torrentielles. Il allait falloir qu’elle trouve un abri, et vite, si elle ne voulait pas finir trempée jusqu’aux os. Elle n’avait d’autre choix que de suivre l’allée, en espérant trouver au bout une maison où l’on daignerait bien volontiers l’accueillir jusqu’à ce que la pluie cesse.
Lise découvrit un véritable Jardin d’Eden où aucune variété, aucune essence, ne semblait avoir été oubliée : une arche de Noé botanique, aux couleurs chatoyantes et aux camaïeux de verts les plus profonds où perçait, ça et là, une touche de blanc, le tout savamment orchestré pour former une parfaite harmonie.
Tandis qu’elle s’avançait au milieu des sculptures et des parterres fleuris, s’émerveillant devant tant de luxuriance, Lise ne pouvait tout de même s’empêcher de se questionner. Cet endroit ne lui évoquait aucun souvenir. Tout semblait si flou dans sa tête, un film décousu, une succession d’images sans rapport les unes avec les autres, ponctué d’un grand trou noir. Malgré tous ses efforts, cet endroit ne lui évoquait aucun souvenir.
C’est à cet instant qu’elle le vit, au détour d’un massif plus volumineux que les autres : un manoir, majestueux, dominant de toute sa hauteur le domaine.
Stupéfaite, Lise s’arrêta net, totalement subjuguée par cette étrange apparition. Elle se sentit, tout à coup, toute petite sous le regard sévère et inquisiteur de ce seigneur d’un autre temps.
Froid et austère, l’édifice n’avait pas l’air de toute première jeunesse ; bien au contraire. La jeune femme aurait presque pu parier que ces pierres trônaient ici depuis plus de cent ans. Cette splendeur en décrépitude contrastait singulièrement avec le jardin, méticuleusement entretenu, qui l’entourait ; cependant, malgré cette apparente déchéance, ce géant n’accusait nulle fissure dans son armure, nulle pierre descellée ou tuile envolée.
Avec le temps, mousses et lichens avaient pris possession des lieux et teintaient de vert et de blanc les rebords sculptés qui séparaient de leurs motifs aériens chaque étage du précédent. De longues traînées noires sur les façades trahissaient le chemin emprunté par la pluie lorsque les gouttières venaient à déborder.
Des moulures soulignaient le contour de fenêtres toutes en hauteur. Par beau temps, les pièces sur lesquelles donnaient ces élégantes ouvertures devaient être baignées de lumière !
Sur cette façade, trois balcons surplombaient le parc, offrant une vue dégagée des environs.
Le tout était coiffé de tuiles couleur ardoise, entrecoupé de toits terrasses et percé par endroit d’ouvertures devant éclairer greniers et chambres de bonnes.
Alors que Lise contemplait, abasourdie, l’extraordinaire architecture du manoir, son regard se posa sur un superbe escalier en granit menant jusqu’au perron. De part et d’autre, d’imposantes colonnes, autrefois d’un blanc immaculé, soutenaient d’une main ferme un balcon fleuri, ménageant pour les visiteurs un abri hors de portée du vent et de la pluie.
« Enfin », songea la jeune femme avec soulagement. Et comme si l’orage avait attendu cet instant précis, une violente averse s’abattit sur elle, sans crier gare. La jeune femme laissa échapper un juron, maudissant cette coïncidence par trop parfaite à son goût, et le regard toujours rivé sur l’étrange demeure, reprit sa route.
La jeune femme se retrouva très vite trempée. La chaleur déserta rapidement ses vêtements, puis sa peau. Lise se mit à grelotter.
Un manoir ! Quel accueil lui réserverait-on lorsqu’elle se présenterait à la porte, mouillée et sans explication sur les raisons de sa présence ici? Un accueil chaleureux ? Un bonjour du bout des lèvres ? Un regard méfiant ? Un vieil acariâtre lâcherait-il les chiens sur elle ? Qui pouvait bien vivre dans une telle demeure ? Lui reprocherait-on d’être entrée sans autorisation ? Même dans le but de demander de l’aide ?
Lise sentait un étrange mal-être monter en elle jusque dans sa gorge, l’empêchant presque de respirer. Elle mit alors de côté toutes ces questions pour lesquelles elle ne tarderait pas à trouver réponse et essaya à la place de s’occuper l’esprit en imaginant le décor alentour par une chaude journée de printemps : le jardin, les statues, le soleil effleurant les hauts murs de pierre. Mais le soleil ressemblait à un lointain souvenir au milieu de toute cette grisaille ; la distraction ne fut que de courte durée et bientôt interrogations et inquiétudes reprirent le dessus.
L’allée de gravier s’arrêtait au pied de l’escalier. Lise tremblait à présent de la tête aux pieds. Ses cheveux pendaient lamentablement de chaque côté de son visage, humides et emmêlés. Ses vêtements, trempés, collaient à elle telle une seconde peau, ne lui apportant aucun réconfort.
Lorsque Lise eut enfin atteint le perron, elle hésita un instant avant de saisir le heurtoir et de frapper. Les trois coups, lents et parfaitement audibles, résonnèrent longtemps entre les murs du manoir. Le cœur battant, la jeune femme resta un moment sans bouger, guettant le moindre bruit provenant de l’intérieur : si la demeure était inhabitée, la question serait réglée.
Alors qu’elle s’apprêtait à frapper de nouveau, la porte s’entrouvrit. Surprise, la jeune femme sursauta.
Lise patienta un moment, attendant qu’on l’invite à entrer.
Personne ne vint.
Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que la jeune femme n’ose enfin s’approcher de l’ouverture laissée par le lourd battant de bois, risquant un coup d’œil furtif à l’intérieur de la demeure. Il n’y avait là pas âme qui vive, à en croire l’odeur de renfermé et la couche de poussière.
-La porte devait, tout simplement, être mal fermée, se désola-t-elle.
La pluie continuait de s’abattre rageusement autour de la jeune femme et, si le balcon la protégeait en grande partie de cette caresse glacée, il n’était cependant pas d’un grand secours contre les assauts du vent.
Lise hésitait. Elle jeta un énième regard vers le ciel. La voûte nuageuse semblait s’épaissir de minute en minute, étirant sa masse grisâtre et cotonneuse jusqu’à l’horizon. La jeune femme n’avait aucune idée de l’heure qu’il pouvait bien être, mais la luminosité ambiante paraissait déclinante. Si la maison était bien inoccupée, comme elle le pensait, quel mal y aurait-il à ce qu’elle entre s’abriter. Aucun si elle demeurait dans l’entrée. Mais dans le cas contraire ? Après un long débat intérieur avec sa conscience, Lise se décida enfin et pénétra dans la demeure.
L’intérieur était plutôt sombre ; un vaste hall, délicieusement tiède… Aucune lumière ne venait éclairer la pièce et la timide clarté dispensée par les fenêtres créait plus d’ombre qu’elle n’en chassait. Il fallut à la jeune femme quelques minutes avant que ses yeux ne s’habituent à l’obscurité régnante.
La silhouette imposante d’un majestueux escalier occupait pratiquement tout l’espace. Celui-ci formait, à mi-hauteur, un palier intermédiaire, puis se scindait ensuite en deux volées plus modestes, à moitié dévorées par l’obscurité. Le bois était omniprésent, aux murs comme au plafond, entrecoupé, ça et là, de tapisserie aux couleurs ternies par les années. Pour rompre la monotonie du décor, des tableaux avaient été disposés sur chaque pan de mur à intervalles réguliers. Mais eux aussi semblaient avoir succombé à l’usure du temps.
Tout dans cette demeure mettait Lise mal à l’aise. Malgré la pluie battante, il régnait à l’intérieur de ces murs un silence lugubre. La jeune femme avait la sensation étrange d’une présence tapie dans l’ombre. Plus encore, s’était comme si la demeure elle-même l’observait.
Le tonnerre se mit à gronder violemment à l’extérieur. L’éclat intense de la foudre repoussa fugitivement les ténèbres au fond de leur tanière. Lise crut apercevoir une ombre traverser fugitivement la pièce ; ou était-ce seulement son imagination ? Non. La jeune femme était sûre d’avoir vu quelque chose, tout comme elle était à présent certaine que quiconque entrerait dans cette pièce pourrait entendre sans difficulté les battements effrénés de son cœur à dix pas à la ronde.
Tout à coup, son sang se figea dans ses veines. Quelqu’un se tenait derrière elle ; elle l’aurait juré. Elle ne l’avait ni vu, ni entendu s’approcher. Elle ressentait simplement sa présence, sa chaleur interposée entre elle et la porte ; entre elle et la sortie ! Elle était prise au piège.
Une main surgie tout à coup de nulle part. Lise eut tout juste le temps d’entrapercevoir cinq doigts à la peau blafarde se poser sur son épaule puis, se saisir fermement d’un coin de sa veste. Un vent de panique s’empara de la jeune femme qui tenta vainement de se défendre. Un second jeu de phalanges apparut alors, venant à la rescousse du premier. Lise se sentit soudain habilement dépouillée de son gilet imbibé d’eau. Emportant leur étrange butin, les mains s’éloignèrent aussitôt.
C’est alors qu’un homme apparu dans le champ de vision de la jeune femme, tout de noir et de blanc vêtu : un domestique. Rien dans l’attitude de ce personnage ne laissait paraître qu’il eut été conscient d’avoir causé une telle frayeur chez sa jeune invitée. Lise, quant à elle, sentit une immense vague de soulagement la submerger. Elle aurait pu crier sa joie et son bonheur si sa gorge ne s’était pas encore trouvée nouée.
L’homme s’occupa avec la plus grande méticulosité possible de sa veste : il déplia soigneusement le vêtement humide, le secoua une ou deux fois pour le débarrasser de l’eau accumulée, et le replia consciencieusement sur son bras. L’étranger se tourna ensuite vers Lise, et, sans un mot, la salua d’un signe de tête élégant. S’il n’était en tenue de majordome, elle l’aurait surement pris pour un noble, …ou, tout du moins, pour le maître de maison tant elle lui trouva un port altier et des manières apprêtées ! Subjuguée, la jeune femme faillit en oublier les rudiments de la politesse ; elle s’inclina, imitant une révérence maladroite, tentant de rendre ainsi son salut au domestique.
