Les Larmes de Cristal - Lorenzo Robert - E-Book

Les Larmes de Cristal E-Book

Lorenzo Robert

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Beschreibung

La vie d’une jeune et brillante concertiste va se trouver bousculée quand elle va être mêlée malgré elle à une opération des Services Secrets français pour une mission impliquant la Raison d’État.
De pays en pays, cette aventure aussi dangereuse que palpitante, où elle trouvera le grand amour, l’obligera à dépasser ses limites et découvrira un secret enfoui depuis des décennies.
Ne sera-t-elle qu’un pion sur un échiquier mondial, ou aura-t-elle la force de réchapper aux terribles menaces qui vont peser sur son destin ?
Et vous, qu’auriez-vous fait par amour ?

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1952, marié, quatre enfants et quatre petits-enfants, une page s’est tournée pour Lorenzo Robert après une carrière de manager dans différents groupes français. Le temps a pris une autre dimension et l’écriture l’a rattrapé. L’envie de raconter des aventures, de faire naître des émotions et de partager des moments de vie avec les lecteurs est maintenant devenue son nouvel horizon et sa grande ambition.

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Seitenzahl: 234

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Lorenzo ROBERT

Les Larmesde Cristal

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-38157-004-4ISBN Numérique : 978-2-38157-005-1Dépôt légal : Juin 2020

© Libre2Lire, 2020

Ce livre est une œuvre de fiction.

Les personnages, les lieux et les évènements sont les fruits de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement, et toutes ressemblances avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, des établissements d’affaires, des évènements ou des lieux seraient pures coïncidences.

Un remerciement appuyé à Victor Delta qui m’a motivé pour écrire ce livre.

À mon père…

I. BIG APPLE

Son nom trônait en lettre de feu sur le fronton du mythique Carnegie hall à l’angle de la 7e avenue et de la 57e rue ouest, juste au sud de Central Park dans l’arrondissement de Manhattan. C’était la première fois qu’elle venait à New York et la ville l’impressionnait, tant par sa configuration, que par sa population bigarrée. Elle avait quitté son domicile parisien très tôt le matin après une courte nuit agitée. L’enregistrement anticipé, les neuf heures de vol suivies par les six heures de décalages horaires commençaient à peser et les marques de ses yeux trahissaient une fatigue certaine, qu’elle tentait de dissimuler derrière ses lunettes de soleil en écaille Gucci, sans que cela puisse parvenir à la rassurer. Le tout premier contact avec le sol américain fut dès sa descente d’avion avec l’agent d’immigration peu affable.

— Passport ! How long will you stay ? Business or tourism ?

L’accent la perturbait et elle essaya de répondre sans perdre son flegme.

— A couple of days, répondit-elle. It’s for business, I am a pianist.

Le policier se contenta de tamponner son passeport avec un OK, sans un regard.

— Next.

Propulsée dans un flot agité et mouvant, sa première pensée fut de localiser l’endroit où récupérer sa valise. En passant devant une baie de prompteurs, elle s’arrêta et repéra que le vol AF930 en provenance de Paris Charles de Gaulle était prévu sur le tapis n° 16.

En se dirigeant vers ce point de chute, elle réalisa que son anglais lui permettait somme toute de se débrouiller plutôt correctement et se remémora ses années passées à Sup de Co La Rochelle avec son amie Louise.

Elles avaient écumé les bancs de cette école pendant cinq longues années et avaient toutes deux obtenu un master 2 en tourisme. Mais la vie en avait, pour ce qui concerne Ophélie, décidé autrement et sa passion artistique déjà bien ancrée depuis son enfance, l’avait conduite au conservatoire pour cinq années supplémentaires. Louise quant à elle poursuivait son bonhomme de chemin et était devenue chargée d’affaires au sein du groupe Havas. Son illustre et précédent dirigeant, auteur de la célèbre formule, si à cinquante ans tu n’as pas de Rolex, c’est que tu as raté ta vie, faisait régulièrement la une des émissions politiques à ce jour.

Un job où elle avait l’occasion d’effectuer de fréquents déplacements pendant lesquels elle évaluait la qualité des prestations des établissements sélectionnés par le groupe. Ce qui expliquait en grande partie pourquoi à trente-cinq ans le célibat l’emprisonnait toujours. À moins que ce ne soit parce qu’elle était un peu ronde et que la grossophobie grandissait dans ce monde de clichés.

Elle ne paraissait pas en souffrir, ou du moins, elle ne le montrait pas. Cela ne l’empêchait pas d’essayer tous les régimes vantés par la publicité, même si ses efforts n’étaient pas couronnés de succès.

****

L’aérogare bruissait littéralement sans que l’on ne parvienne à identifier clairement tous les sons qui composaient cet étrange concerto. Des conversations lui parvenaient hachées dans de multiples langues, preuve que la ville était un lieu d’attraction touristique indéniable. Le flux des caddies chargés de valises s’entrecroisait, et ce melting pot avançait à différentes cadences, les uns déambulant en attendant leur vol, les autres pressés, poussant et jouant des coudes dans ce magma vivant. Les courants d’air traversaient les halls et elle ressentit un frisson qui la parcourut de la tête aux pieds. Elle réalisa que sa jupe, qui s’était accommodée de la chaleur de la carlingue, n’était sans doute pas adaptée à la fraîcheur de la matinée new-yorkaise. Elle remonta le col de son blouson et poursuivit sa quête pour récupérer ses bagages, dans lesquels elle avait entassé un maximum de vêtements, comme si elle partait pour un long périple de plusieurs semaines. La tâche fut comme d’habitude périlleuse, le parcours habituel dans ces circonstances. Quand vous avez, agglutinés autour du tapis roulant, des centaines de personnes, affublées de chariots, qui cherchent toutes à reprendre possession de leurs effets personnels, noyés dans ce torrent mécanique, ce n’est pas étonnant. Après avoir extrait du flux une valise qui n’était pas la sienne et avoir subi les foudres du propriétaire, elle mit la main sur son bien, vérifia par acquit de conscience l’identité dissimulée à l’intérieur de l’étiquette et cette fois, rassurée et soulagée, reprit son chemin de croix pour la sortie.

Avant d’affronter la brume matinale qui peinait à se dissiper, elle entreprit un détour par les commodités qui se présentaient sur sa gauche. Elle se dirigea vers les lavabos au-dessus desquels se positionnaient des miroirs bien dimensionnés. Elle fut à peine effrayée de l’image qu’ils lui renvoyèrent. Son visage juvénile portait à merveille une chevelure mi-longue d’une blondeur satinée et des mèches blondes balayaient son front. Elle passa ses doigts délicatement dans ses cheveux pour les arranger et sortit son rouge à lèvres carmin de son sac à main. Après avoir minutieusement redessiné le contour de sa bouche ourlée, elle jeta un dernier coup d’œil d’ensemble, et l’image renvoyée lui parut à nouveau présentable. Elle se retrouva à nouveau dans l’aérogare et aperçut l’information qu’elle cherchait sur le panneau lumineux bleu et blanc, à deux pas au-dessus de sa tête. Way Out Taxis. Elle franchit la porte coulissante et se retrouva sur le trottoir, encombré lui aussi de ces naufragés, ayant supporté eux aussi d’interminables temps de vol et le jet lag qui va avec. Elle prit son tour dans la file d’attente. Les célèbres Yellow Cabs chargeaient docilement le flot de clients, patientant sagement sur le trottoir. Ce fut son second contact avec le pays.

Il était Portoricain, jeune et souriant, et portait une casquette sportwear. Son enthousiasme la transporta et quand il lui demanda où il devait l’emmener, elle le fit en français machinalement.

— Hôtel Plazza central Park s’il vous plaît.

Il rit et en se retournant lui demanda sans vraiment attendre la réponse :

— Française ?
— Oui.
— First time in New York Mam ?

Malgré la fatigue accumulée, elle s’efforça de faire bonne figure et répondit aimablement.

— I’m a bit tired.

Et elle fit mine de s’endormir ou peut être le fit-elle vraiment. Le chauffeur la tira de sa léthargie avec un vigoureux,

— Plazza Hôtel Mam !

Elle régla et lui laissa un généreux pourboire, tradition oblige, lui avaient recommandé ses amis.

À peine eut-elle le pied à terre que le bagagiste officiait déjà. Il empoigna sa valise et son sac de voyage, et poliment lui fit signe de passer et d’entrer dans le hall de l’hôtel.

Le monde des beaux-arts et celui du luxe authentique cohabitaient à merveille dans ce décor moderne.

À peine eut-elle le temps de penser à tous ces prestigieux locataires qui avaient séjourné avant elle dans l’établissement, que le concierge lui demanda son nom et son passeport. Elle fouilla dans son sac à mains fourre-tout et lui tendit le précieux sésame.

— Votre suite est prête Madame Teillier. Appartement 410, quatrième étage. Notre majordome va monter vos bagages.

Arrivée dans sa chambre, elle regarda sa montre et constata qu’elle était toujours à l’heure parisienne.

Elle jeta un coup d’œil à la pendule et régla les aiguilles sur dix heures cinquante-cinq. La journée promettait d’être longue.

Heureusement le concert était programmé pour le lendemain soir, ce qui lui laissait le temps pour absorber le jet lag.

Mais elle avait mille choses à faire et tout d’abord, prendre un bain.

Elle défit sa valise et déplia ses tenues avec précaution, avant de les pendre dans le dressing qui pouvait à lui seul accueillir plusieurs familles pour un long séjour.

Elle se dirigea dans la salle de bains avec tous ces petits accessoires qui font le charme féminin et déposa crèmes et lotions sur l’immense plan de travail en marbre, flanqué de deux vasques aux robinets dorés à l’or fin.

Elle se regarda dans l’immense miroir et se déshabilla.

Ce dernier lui renvoyait sa silhouette élancée. Sa chevelure blonde tombait sur ses épaules et ses seins au galbe parfait moulaient son buste dans le prolongement de son ventre plat laissant percevoir une fine toison blonde au croisement de ses longues jambes fuselées.

Finalement elle abandonna l’idée du bain et entra dans la vaste douche à l’italienne, au carrelage nacré et au sol en galets. Elle tourna le mitigeur, régla la température chaudement et fut prise par un délassement, émanant de la douce pression de l’eau sur sa peau, combinée à la torpeur provoquée par la vapeur d’eau qui embuait la paroi de verre panoramique.

Elle resta longtemps sous cette pluie divine et lorsqu’elle émergea, elle constata qu’une demi-heure s’était écoulée.

Elle replia délicatement le dessus de lit de satin sur les draps de lin blanc et s’allongea sur le pullman immense, qui bien qu’elle mesurât plus d’un mètre soixante-dix, lui laissait un champ immense inoccupé.

Après avoir tamisé la lumière, elle ferma les yeux et se laissa aller. Elle s’agitait et se retournait, essayant de trouver ce sommeil qui ne venait pas.

Sa main effleurait tour à tour le textile et son corps, jusqu’à se retrouver délicatement posée sur son ventre nu. Inconsciemment elle la descendit et sentit sous ses doigts ce soyeux duvet qu’elle caressa innocemment. Les yeux toujours clos elle explora cette fleur qui s’offrit à elle, humectant délicatement le bout de ses doigts. Elle accentua sa pression et frotta son index sur ce joli bouton qui lui envoya une décharge dans le bas du ventre, et qui, loin de la faire renoncer, l’encouragea de plus belle. Elle ouvrit légèrement ses jambes et continua la caresse qui l’entraînait dans un plaisir solitaire et salutaire, jusqu’à ce que l’orgasme éclate au plus profond de sa chair de femme repue de plaisir.

Alors elle s’assoupit… La sonnerie feutrée du radio-réveil la tira de ses rêves.

Elle se leva quelque temps après, refit un passage éclair sous la douche, se maquilla, et choisit une tenue de saison après avoir vérifié par la fenêtre le temps qu’il faisait à l’extérieur. La brume avait disparu et le ciel était plus lumineux. Toutefois il n’y avait toujours pas de soleil. La température étant clémente, elle opta pour un pantalon léger de couleur claire et un chemisier noir en soie qui mettait sa poitrine en exergue. Des chaussures ouvertes complétaient l’ensemble et concourraient au plus bel effet pour cette première matinée printanière, la métamorphosant en touriste lambda.

Après un petit déjeuner au buffet de l’hôtel, elle se sentait ragaillardie et elle se dirigea d’un pas décidé vers le hall de sortie. Après avoir jeté un coup d’œil au Google Map de son téléphone, elle réalisa qu’elle était à deux blocs de la salle de spectacles. Elle décida de s’y rendre à pied, espérant que Monsieur Alexander Clapton, le Manager, serait présent sur les lieux à cette heure qu’elle jugeait encore matinale, pour un homme de la nuit et du spectacle.

Elle devait refaire avec lui le filage du concert et mettre au point les derniers détails.

Il fallait entre autres qu’elle aménage quelques heures de répétition avant la représentation et qu’elle prenne la mesure de cet instrument fabuleux qui s’imposait au milieu de la scène et sur lequel elle allait devoir performer.

****

Chaque piano avait sa personnalité et celui-là un « Steinway and Sons » de près de trois mètres de long et plus de un mètre et demi de large valait à lui seul le déplacement. Avec ses quatre cent quatre-vingts kilos et sa robe noire laquée, il forçait le respect.

Nul besoin d’amplificateur, le son magique et grandiose s’envolait de ses entrailles et emplissait de sa puissance le volume entier de la salle immense.

Elle avait arrêté son choix sur Chopin, son compositeur favori, et particulièrement, sur la nocturne opus 9 deuxième, en mi bémol majeur. Elle aimait ce morceau plus que tout autre. Il la transporterait et le public avec elle pendant cette heure captive où tout s’arrêterait pour ne laisser la place qu’à la grâce et la félicité.

****

Une petite brise l’enveloppa sur le parvis de l’hôtel. Elle sourit et d’un pas badin tourna à droite dans la célèbre 5e avenue, s’arrêtant brièvement devant les devantures de luxe. L’heure n’était malheureusement pas au shopping, mais elle se promit de prendre un peu de temps avant de regagner la France, pour assouvir ses désirs et ramener à sa sœur Emma, sa jumelle, un joli souvenir de la grosse pomme.

En passant devant Bergdorf Goodman, un des plus célèbres Mall new-yorkais où l’on peut trouver à peu près tout ce qui se fait de mieux dans les tendances de la mode et des marques de prestige internationales, elle jeta un coup d’œil à la carte du restaurant du dernier étage, nota le numéro de l’établissement et le composa sur son iPhone dernier cri, pour réserver une table pour un dîner demain, après le récital.

Elle arrivait au croisement de la 57th qu’elle prit pour rejoindre le mythique théâtre à deux pâtés d’immeubles.

Avant de pénétrer dans l’édifice, elle traversa la rue pour admirer ce temple de la musique qui la recevait pour la première fois. La façade était gigantesque et faisait à elle seule toute la largeur d’un bloc, avec en son centre, une entrée à cinq larges et hautes portes à colonnes, surmontées de cinq demi-rosaces, le tout souligné de spots lumineux. L’ensemble se dressait sur trois étages, avec un quatrième rapporté sur ce dernier, ce qui faisait penser à une construction de Lego en briques de verres. Sur le côté Est, une colonne atypique se dressait. Le côté ouest portait lui un traditionnel escalier de secours métallique, preuve qu’on était bien aux États-Unis.

Elle immortalisa l’image sur son Smartphone et se dirigea vers l’entrée des artistes.

Mr Clapton, prévenu de son arrivée l’accueillit en personne et lui fit les honneurs du propriétaire. C’était une personnalité des plus en vogue de la ville et son raffinement ne devait rien au hasard. La cinquantaine, les cheveux gominés, il avait cette prestance de la noblesse sans en avoir l’air éculé et ringard. Cela venait-il du fait que les représentations allaient du rock’n’roll au style le plus classique, en passant par la comédie ? Sans doute que les différents publics qu’il côtoyait entretenaient-ils un certain jeunisme.

Il maîtrisait parfaitement son rôle, et s’enquit de son voyage, de son installation, et tout en marchant, continuait de la remercier de lui faire l’honneur de son établissement, pour cette unique représentation, tant appréciée des mélomanes.

****

Elle eut le souffle coupé en pénétrant dans la salle, émerveillée par tant de beauté. La scène immense faisait face à un impressionnant parterre de fauteuils rouges surmonté de quatre niveaux de balcons en corbeilles. Un éclairage indirect des plus raffiné apportait un halo de lumière apaisant et propice à l’écoute. La hauteur du plafond culminait à plus de vingt mètres, au centre duquel pendait un gigantesque lustre moderne, auréolé de petits spots, telle une myriade d’étoiles.

Mr Clapton respecta son silence attendant que les effets des premiers instants s’estompent.

C’est elle qui reprit la parole :

— C’est grandiose Mr Clapton, et de toute ma jeune carrière, je n’ai vu autant de raffinement. Puis-je vous demander quand je pourrai disposer de la salle pour quelques heures ?

Mr Clapton la rassura et l’informa qu’elle pourrait disposer de la totalité des équipements une grande partie de l’après-midi et dans la matinée du lendemain, jour du concert.

— Je vous remercie Mr Clapton, je suis ravie et déjà conquise.
— Si vous voulez bien m’excuser, j’ai d’autres rendez-vous, mais vous pouvez me joindre à ce numéro quand vous le voulez. Alors je vous dis à plus tard, Ophélie. Je peux vous appeler Ophélie ?

Elle acquiesça et prit congé à son tour.

Il lui restait juste le temps pour avaler un croque-monsieur et un Coca-cola avant de revenir taquiner le clavier de son nouvel ami.

Après être repassée à l’hôtel prendre ses partitions, elle changea à nouveau de tenue avant de revenir dans le mythique endroit.

Comme promis par Mr Clapton, le lieu était désert et propice à la concentration sur les points épineux de sa partition.

Elle ajusta sa courte jupe et prit place sur le tabouret, derrière le clavier de quatre-vingt-onze touches noires et blanches, qui par la magie de leurs combinaisons, produisaient ces mélodies intemporelles, composées pour la plupart par des génies. Elle n’était pas compositrice, juste interprète, mais lorsqu’elle regardait ses feuillets noircis de portées et d’annotations, elle ne pouvait s’empêcher de magnifier le talent et l’inspiration de ces créateurs, laissant leur empreinte à la postérité.

Elle se concentra et entama la première mesure en soupirant de plaisir. Le son était remarquable et ses doigts agiles descendaient et remontaient le clavier, tantôt lascifs, tantôt agressifs, pour ne former que pureté et sentimentalité.

Elle poursuivit sa tâche avec méthode et ne s’arrêta que lorsqu’elle fut satisfaite.

Quand elle sortit, la nuit était tombée. Au lieu de remonter vers l’hôtel, elle redescendit l’avenue pour atteindre Colombus Circle. C’était un complexe accueillant, bourré de magasins et de petits estaminets, où l’on pouvait manger à sa guise, tant chinois que sri lankais, en passant par l’italien et le français.

Elle opta pour une pizza, et après ce frugal repas, se mit à arpenter les nombreuses vitrines et devantures de la galerie commerciale.

Elle acheta pour Emma un short en jean denim déchiré « Ruany », à imprimé drapeau et motif Daisy Duke du plus bel effet, et pour être sûre d’elle le passa sur elle en cabine. Les deux sœurs faisaient la même taille 38 et leurs goûts étaient assez semblables dans l’ensemble.

Emma n’avait jamais pu se résigner à quitter le cocon familial. Depuis l’émancipation d’Ophélie, elle était la « Tanguy féminine » de la famille Teillier.

****

Arrivée dans sa suite elle regarda la pendule et jugea qu’elle pouvait encore, sans offusquer grand monde, téléphoner en France. La famille ne se couchait pas vraiment tôt. Elle tenta sa chance en se donnant trois sonneries. Sa mère, Béatrice décrocha. Elle lui raconta le déroulement de son périple et ne tarit pas d’éloges sur son état d’esprit. New York tenait ses promesses et la démesure de la ville lui tournait la tête. Tout le monde était content pour elle.

Après avoir raccroché, elle alluma la télévision et s’informa de la météo et zappa sur les différentes chaînes. C’était comme partout. La publicité, la politique, les talk-shows…

De guerre lasse, elle décida d’aller prendre un verre au bar de l’hôtel.

L’atmosphère était feutrée et la lumière diffuse. Un pianiste jouait du jazz et le serveur rangeait son comptoir et astiquait ses verres.

Elle commanda une coupe de champagne frappé et s’installa à une petite table dans un coin de la salle, dans un fauteuil marquise à l’assise de velours rouge.

Le serveur lui apporta son verre sur un plateau d’argent.

— Pouvez-vous mettre la consommation sur ma chambre ?
— Certainement Madame, quel est votre numéro de chambre ?
— La 410.

Il lui tendit la note à signer, la remercia et s’éloigna.

Un homme en costume, la quarantaine, lui sourit tandis qu’il se dirigeait vers le comptoir.

Elle ne le lui rendit pas.

— Un martini gin dry avec une tranche de citron, s’il vous plaît 

Le garçon, un jeune homme hispanique au regard vif, s’affaira et choisit un verre évasé dans lequel il versa d’un trait le liquide clair ambré. D’un geste précis il ajouta la tranche d’agrume et avança la commande sur le comptoir nickelé serti d’une rambarde cuivrée, sur le haut et le bas de l’imposant manteau en bois verni. De hauts tabourets cloutés, en velours cramoisi, donnaient à l’ensemble un air d’autrefois, et tranchaient avec la modernité du reste de la pièce. Les murs étaient recouverts de fresques modernes rappelant le Street Art, et apportaient au local une touche branchée. Le décorateur avait su marier habilement les couleurs et les thèmes, et le tout procurait cette ambiance cosy, à la hauteur de ce cinq étoiles.

Le client le remercia et prit son verre en s’éloignant vers l’inconnue, seule autre personne partageant les lieux, exceptée le pianiste, qui au vu l’assistance, faisait le service minimum avec les morceaux d’un répertoire piano jazz qu’il égrenait en sourdine.

— Je peux vous tenir compagnie ? lui demanda-t-il d’une voix neutre et faussement désintéressée, tout en arborant un sourire du plus bel effet.

Elle acquiesça d’un petit hochement de tête.

Elle se méfiait des don Juan de palaces, mais celui-ci avait plutôt l’air inoffensif, et de toute façon, elle n’avait pas prévu de veiller jusqu’à l’aube, car le sommeil commençait à s’affirmer.

— Je m’appelle Paul et je suis pour quelques jours à New York.
— Enchantée, moi je m’appelle Ophélie et je suis également ici que pour peu de temps.
— Vous n’êtes pas obligée de me répondre, mais votre séjour est-il plutôt professionnel ou bien touristique ?

Elle hésita quelques secondes et lui répondit.

— Je suis concertiste et je suis là pour une représentation.
— Vous jouez de quel instrument ?
— Du piano.
— Je crains que le pianiste n’imagine pas votre profession, car il essaierait certainement d’attirer votre attention d’une quelconque manière, ce qui ne semble pas être le cas pour l’instant.

Elle ne releva pas l’allusion et lui demanda.

— Vous aimez la musique ?
— C’est un domaine tellement vaste que la réponse risque de nous prendre une grande partie de la soirée.
— Dois-je en déduire que vous êtes mélomane, mais que vous n’avez pas un domaine de prédilection particulier.
— En vérité mon métier est en quelque sorte une musique spécifique.
— Vous m’intriguez.
— Ce n’était pas mon propos, mais si vous devinez, alors je vous serai redevable d’une invitation à dîner.
— Je vous promets d’y réfléchir, dit-elle en se levant pour prendre congé. Je vous prie de bien vouloir m’excuser, je suis arrivée de Paris ce matin, tôt et je commence à ressentir vraiment le décalage horaire et je manque cruellement de sommeil.

Il se leva à son tour, s’excusa de sa hardiesse et la salua poliment en lui souhaitant une bonne nuit réparatrice.

— Juste un dernier mot, quand doit avoir lieu votre représentation ?
— Demain soir au Carnegie Hall à 20h00.

Il la laissa s’éloigner.

Elle s’endormit en pensant à cette rencontre fortuite qu’elle regrettait maintenant d’avoir écourtée si vite. Était-ce juste un réflexe féminin ou bien avait-elle craint de ne pouvoir résister à ce charme puissant qu’elle avait ressenti au plus profond d’elle.

II. PIANISSIMO

La salle était pleine à craquer et l’atmosphère de cette soirée d’été pesait sur les épaules de l’assistance cosmopolite venue partager un moment privilégié de communion musicale. Mr Clapton avait tenu à l’accueillir en personne et lui avait glissé que Mr Bill de Blasio, le maire démocrate de New York, était dans l’assistance avec son épouse. D’origine italienne, connu pour ses vues anti Trump, il s’était illustré au cours de son premier mandat, en ouvrant les écoles publiques de la capitale financière américaine à tous les enfants dès trois ans, une mini révolution aux États-Unis, où ces derniers doivent généralement attendre cinq ans pour quitter les garderies privées.

CBS News avait conformément au contrat, installé ses caméras à l’autre bout de la scène et l’enregistrement de la soirée serait effectué pour l’édition du DVD disponible dans quelques semaines.

Il y avait ici tout ce que comptait la ville comme personnalités du monde des arts et du spectacle, des médias, et même de la politique. C’est dans ce genre d’endroit qu’il est de bon ton d’afficher sa présence et de pouvoir, le cas échéant, étoffer son relationnel et son carnet d’adresses, voire même de faire avancer ses projets personnels. Elle repensait à la chance qu’elle avait eue en signant ce contrat que son agent avait décroché l’an dernier. Jamais elle n’avait perçu auparavant un cachet de cent mille dollars avec tous les avantages connexes tels que les frais d’hébergement, et bien évidemment, le vol aller-retour Roissy aéroport JFK. Maintenant le moment était venu d’honorer le deal en réalisant une prestation irréprochable de technique et d’émotions. Elle jeta à nouveau un coup d’œil par le mouchard sur la foule mi-assise mi-debout, et nota l’élégance et le raffinement qui prévalaient. Les femmes portaient pour la plupart d’élégantes robes longues et exhibaient leurs plus beaux bijoux. Les hommes, en majorité, arboraient des smokings et des nœuds papillon blancs ou noirs. Elle avait pour sa part choisi un sarouel de soie noir, laissant ses épaules et ses bras dénudés pour ne pas gêner ses grands mouvements amples dans les déplacements de ses mains sur le clavier, lors des montées d’octaves.

La costumière avait ajusté dans son dos, au bas de ses reins, le petit boitier qui piloterait la partition électronique lue sur la dernière tablette de 19 pouces Apple. Cette dernière technologie était appréciable, car en plus d’une vision exceptionnelle des pages, elle n’aurait pas besoin de jongler en son temps avec les différents et nombreux changements de pagination, occasionnant, stress, anticipation et risques d’exécutions. L’appareil se chargeait de la synchronisation, automatiquement au fur et à mesure du déroulement de l’œuvre. Elle n’était pas habituée à ce genre de modernité, mais elle savait que de toute manière, ce n’était qu’une aide, un support, car elle connaissait par cœur l’intégralité de l’opus. Un haut-parleur crépita pour annoncer l’imminence de la représentation et pour inviter les spectateurs à prendre place. Il recommanda également la mise hors service des téléphones portables et autres Smartphones et leur rappela que toutes photos étaient interdites afin de ne pas perturber la concertiste. Le brouhaha des conversations se réduisit fortement pour ne devenir qu’un chuchotement.