Les méprisables - Thierry VERGNET - E-Book

Les méprisables E-Book

Thierry VERGNET

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Beschreibung

Gabin échoue dans ses tentatives amoureuses comme professionnelles et supporte de moins en moins les jugements et mésestimes de ses proches. Dans le difficile tournant de sa vie de la cinquantaine qui approche, il se trouve plus que jamais confronté au discrédit général et à la préservation de son ego. Le vent semble pourtant tourner pour Gabin et sa nouvelle compagne. Cependant convient-il de fermement tenir la barre... Né en 1970, l'auteur vous propose une comédie dramatique parfois un brin satirique sur la réussite et les apparences sociales, jusqu'à plonger dans les failles de l'âme humaine capable de mépris qui se perpétue malgré le ridicule.

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Seitenzahl: 295

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Les méprisables

Thierry VERGNET

Du même auteur...

Comédie dramatique :

- La belle vie de Camille et Paul

Science-fiction :

EXODUS

Premier cycle : L’odyssée Exodus

- Tome 1 : Le premier visiteur

- Tome 2 : Tribulations xaniennes

- Tome 3 : Terres inconnues               (à paraître)

- Tome 4 : Les dernières frontières            (en préparation)

Les mentions légales...

Éditeur :

ÉDITIONS CTV

Thierry VERGNET

59 avenue de Casselardit

31300 Toulouse

France

SIRET 908 122 955 00010

Auteur et couverture : Thierry VERGNET

© 2023, Thierry VERGNET

ISBN : 978-9-403700-27-4

Dépôt légal : octobre 2023

Coéditeur :

Mybestseller BV

Delftsestraat 33

3013 AE Rotterdam

The Netherlands

Prix TTC : 2.99 euros

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »

Merci à Françoise pour ses relectures et avis.

Merci à Marie et Guillaume

pour leur apparition sur la couverture.

Le blog de l’auteur et des Éditions CTV :

http://thierryvergnet.canalblog.com/

Les méprisants

Noël au balcon

« Quatre boules de cuir

 tournent dans la lumière »1

Me voilà de nouveau plongé dans le bain familial de ce prétendu festif samedi soir, veille de Noël 2022, qui s’annonce tout aussi ennuyeux, brûlant et piquant que ceux passés et à venir, pour l’éternité, et même un peu au-delà.

Nul doute que perdure la vie après la mort pour continuer à nous torturer puisque les Dieux se plurent à nous imposer de telles incontournables et fastidieuses fêtes. Je ne les imagine pas se passer du spectacle de nos fourberies à cause de nos fragiles et limitées conditions biologiques.

Bien sûr, passée l’appréhension de nos si redoutées retrouvailles, la joie m’étreint un instant lorsque je revois mes parents ou mon frère descendu de Paris avec son épouse Valérie et leur fils Lucas, le seul qui m’épargne. Je me plais à espérer un peu d’humanité de leur part.2

Mais rapidement, les piques assassines reviennent sous le couvert de la plaisanterie. Jusqu’à m’inciser sans retenue, juste assez pour me laisser un souffle de vie et pouvoir continuer à s’amuser de moi.

Je sais que tout y passera comme durant chacune de nos réunions familiales annuelles qui se succèdent dans un rythme bien trop effréné pour moi au fil des saisons bien trop courtes, bien au-delà de ma résistance psychologique profonde. Je me sens tellement épuisé à la seule idée d’endurer les supplices des miens durant les heures qui suivent et se prolongeront avec perfidie jusqu’à dimanche soir.

Même si l’habitude et la résignation finissent par me préserver un minimum, ne laissant paraître que ce qui pourrait passer que pour des dépressions passagères, voire saisonnières. Alors que je me sens pourtant si fondamentalement positif et solaire au fin fond de mon être qui tente de subsister dans les obscures profondeurs. Je demeure cependant engourdi, éteint même, groggy tel un boxeur éprouvé par les coups de ses adversaires. Car ils s’y mettent à plusieurs, les lâches, à me tourner autour pour m’étourdir et mieux me castagner…

Certains diront que j’exagère mais seuls peuvent comprendre ceux qui subissent eux aussi une si perfide famille qui ressasse indéfiniment mes si nombreux et dégradants revers. De mon échec professionnel indéniable face à leurs propres réussites sociales jusqu’à ma vie sentimentale et surtout familiale si dissolues. Alors que j’approche en plus déjà la cinquantaine. Mon existence même leur semble si méprisable qu’ils ne peuvent s’empêcher de me railler sans cesse pour mieux laisser resplendir leur propre grandeur et se satisfaire d’eux-mêmes.

Déjà, pour échapper un peu à cette ambiance étouffante, je me sens obligé de me rendre sur le vaste balcon qui entoure une partie de la maison familiale des années cinquante, désormais presque rétro, qui n’en garde pas moins son prestige, comme ses prétendus honorables occupants. Surplombant un vaste et florissant jardin encerclé de hauts arbres qui cachent la vue de la ville environnante, nous pourrions nous croire dans un majestueux château au sein de son immense domaine. Mais nous demeurons juste dans l’un des élégants quartiers de la non moins chic banlieue ouest toulousaine de Tournefeuille.

J’aimerais tant passer cette soirée sur ce balcon, dans la douceur de ce Noël presque printanier, si loin de la froideur des occupants du salon si proche qui ne manquera pas de se prolonger bien au-delà de pâques, jusqu’à finalement l’année prochaine. A rêver de chaleureux Noël qui semblent pourtant bien exister dans tant d’autres familles. A moins qu’il ne s’agisse que de contes pour rassurer les enfants sur la condition humaine.

Les miens cependant, à l’intérieur, ne manqueront bientôt pas de se rappeler à moi pour continuer à se gausser de ma condition et se divertir. J’entends d’ailleurs de moqueuses clameurs qui me semblent me concerner.

Déjà s’ouvre la porte-fenêtre du salon…

Mais il s’agit de Lucas, mon neveu. Le seul vraiment censé et humain de cette famille. Avec peut-être aussi le toujours si mystérieux oncle Jean qui sut s’échapper de par le monde, pour se préserver, m’imaginé-je depuis mon enfance. Même si nous en savons bien plus avec Lucas depuis trois ans.

— Je me doutais que tu traînais par ici, me dit-il en souriant en finissant de boutonner son manteau, lorsque j’ai réalisé que je ne te voyais plus.

— Les autres ne tarderont alors pas à bientôt se rappeler de mon existence pour continuer à s’amuser de moi.

Compatissant, Lucas s’appuie comme moi à la haute rambarde du vaste balcon.

— Tu peux encore profiter d’un peu de répit. Mon père raconte à papi et mamie les déboires de certains de ses collègues de chirurgie. Ce qui l’occupera un moment. Surtout que ma mère arrive tout de même à glisser quelques idioties analogues de son service de recherches médicales.

— Tu dois en baver là-haut à Paris, mon pauvre !

— Non, pas tant que ça. Avec leurs horaires de dingues et tant que je suis le parcours qu’ils désirent, ils me laissent à peu près tranquille. Et puis je sais comment les prendre à la longue, au moins dans les grandes lignes.

— Comment se passe ta première année de kiné au fait ? Tu ne m’en as pas vraiment parlé depuis la Toussaint. Et tu ne me réponds pas beaucoup là-dessus dans tes mails.

— Parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire, me répond-il de manière si triste. Dès le début, je n’aimais pas trop mais là, je déteste vraiment. Plus que jamais, je veux continuer dans la musique. Mais sans ressources ni travail, et dans quelle branche juste avec le bac, je ne vois pas comment m’affranchir de l’aide de mes parents. Mais je dois trouver avant l’année prochaine parce que je ne tiendrai pas le coup. Là-dessus, je ne maîtrise rien du tout !

— Surtout que se loger dans le 16eme paraît insurmontable sans un minimum d’argent. N’oublie pas que je pourrais t’héberger ici à Toulouse, même si mon nouveau domicile demeure petit.

— Je sais, merci. Mais je ne veux pas t’embêter alors que tu viens d’aménager avec Laure. Et puis je préfère rester sur Paris. Ou dans les alentours. Je ne crains pas de loger même en banlieue. Mais encore faut-il là aussi posséder assez d’argent. Parce que déjà que mes parents se montrèrent déçus que je n’étudie pas médecine comme eux, je ne te dis pas leur tête lorsqu’ils apprendront que j’arrêterai un jour les études de kiné pour produire de la musique ! Ils me couperont les vivres de manière certaine. Mais parlons de toi. Je m’étonne de ne pas voir Laure alors que tu me disais que tu devrais te résoudre à leur présenter.

— Elle passe Noël chez ses parents avec sa sœur à Gruissan. Elle serait bien venue mais je préfère encore temporiser. Histoire de vérifier que ça colle bien entre nous. Sinon, j’en entendrais encore des vertes et des pas mûres entre mes parents et ton père et même ta mère si nous nous séparions rapidement.

— Je sens que tu as enfin vraiment rencontré la bonne personne. Je la trouve très chouette cette fille. J’étais content de la découvrir à la Toussaint lors de notre soirée à Toulouse sans la famille.

— Oui, j’ai beaucoup de chance… Pour une fois.

Je me tais car je ne désire pas épiloguer sur ma destinée tourmentée que connaît de toute façon Lucas. Il ne me relance d’ailleurs pas. Et nous restons là silencieux, pensifs, dans le noir à peine orangé par les lumières de la ville qui percent à travers les grands chênes, platanes et sapins du parc et des villas avoisinantes.

La famille se rappelle cependant à nous avec des rires stridents qui fusent du salon.

— Tu sais à qui je pensais quand tu me rejoignis ? me réveillé-je. À tonton Jean. Je lui ai envoyé mes vœux avant-hier et il m’a gentiment répondu.

— Moi aussi, me répond Lucas. Je l’adore trop. Il a tout compris en partant ainsi au bout du monde pour créer sa propre et vraie famille. Dire qu’ils profitent d’un superbe été austral en Océanie. Il doit pratiquer la pêche sous-marine ou se dorer sur sa plage. Tiens, ça serait une idée de squatter chez lui pour créer ma musique !

Nous rions ensemble.

— J’espère, rêvé-je, que nous pourrons vraiment le rencontrer un jour, tous les deux. Voire même lui rendre visite dans son paradis.

Si loin, pensé-je, des méprisants de toute sorte, jusque dans ma famille.

Nous demeurons à nouveau songeurs, les yeux plongés dans les lagons de la Polynésie française.

L’oncle Jean comprit l’essentiel en partant assez jeune pour l’Océanie, bien avant ma naissance. Né en 1946, six ans avant mon père, je ne le vis que deux ou trois fois dans mon enfance. Seule sa dernière visite, durant à peine quelques heures de l’été de mes douze ans, me laissa de vrais souvenirs d’une personne qui me semblait si libre, dans ses vêtements exotiques comme dans sa manière de penser. Malgré les retenues polies de chacun, je sentais pourtant que couvaient de profondes tensions entre les deux frères et même avec ma mère.

Sans parvenir, encore aujourd’hui, à vraiment discerner les causes de ces troubles.

Car ma mère et même mon père éludèrent toute ma vie l’histoire qui poussa Jean à fuir. A peine mon père admit-il une fois, étrangement amer et triste, dans un rare moment de relâchement, leur fâcherie pour cause d’incompatibilité d’humeur, jusque avec mes grands-parents.

De temps en temps, nous recevions une belle carte postale des îles dans laquelle Jean donnait quelques brèves nouvelles. J’appréciais qu’il me cite avec de gentils mots. Je sais, maintenant que j’aie retrouvé sa trace grâce au Net, qu’il désirait garder un lien avec moi, sentant déjà, selon ses propres confessions récentes, que je n’entrais pas, comme lui, dans le moule formaté de notre famille si hautaine et coincée.

Il appréciait d’ailleurs qu’autrefois, enfant, je répondisse moi-même dans le courrier de retour de ma frêle écriture. En fait, je réalise maintenant que mon désir de lui écrire arrangeait bien ma mère et surtout mon père. Car ils ne voulaient pas s’investir dans une quelconque relation avec ce parent perdu si insignifiant à leurs yeux.

Je regrettai cependant la trop grande rareté de ces nouvelles succinctes qui m’en apprenaient si peu sur cet oncle si mystérieux. Même si mon imagination comblait les vides grâce aux superbes photos des cartes postales. Tout au plus apprenions-nous que Jean, parti sans presque rien en poche selon mon père, ouvrit une année un petit commerce, puis un autre, un restaurant de plage, jusqu’à un hôtel sur une quelconque île de la Polynésie française.

Mon père n’en croyait rien et pensait que ces établissements fermèrent rapidement, s’ils avaient existé, et que son frère vivait la plupart du temps comme un Robinson Crusoé, quémandant quelques pièces aux touristes pour survivre dans le plus grand dénuement. Mon admiration du roman de Daniel Defoe participa sans nul doute à apprécier très tôt l’oncle Jean, malgré son mystère et son étrange rejet par mes parents.

Mais je sais désormais que mon oncle disait vrai. Puisque grâce à la magie d’Internet, j’ai pu retrouver sa trace voilà trois ans. Il créa bien de petites affaires modestes qui prospérèrent et lui permirent de développer de nouveaux projets sans cesse plus ambitieux. Résidant à Bora Bora, à environ deux cent cinquante kilomètres à l’ouest de Tahiti, il possède maintenant avec des associés une chaîne de villages vacances. Ce dont je me garde bien d’informer mes parents, tant à sa demande que par choix.

Seul compte pour lui son bonheur et celui de ses proches. Et peu importe ce que pensent les autres de sa vie, surtout sa famille métropolitaine, parents, frère et belle-sœur, dont il ne partagea jamais l’esprit bourgeois arrogant. Il ne se soucie que de moi et aussi Lucas qu’il découvrit récemment. Nous l’intéressons car il sent nos natures vraies, vivant en toute simplicité, comme lui.

Il nous envoya des photos de sa belle Polynésienne d’épouse, Heiani, et de leurs trois beaux enfants de mon âge. Sans oublier leurs petits-enfants. Ils nous semblent tous vivre si heureux dans une famille si soudée et chaleureuse.

Et nous avons pu vérifier que l’oncle Jean ne fabulait même pas en dénichant des preuves sur le Net, à travers les réseaux sociaux, des archives de presses locales ou les sites de ses établissements.

Depuis trois ans, nous échangeons donc, Lucas et moi, avec cet oncle encore si mystérieux dont nous découvrons peu à peu le si bel art de vivre dans la simplicité et le respect des autres. Même s’il semble désormais bien gagner sa vie, il continue son existence en toute modestie, en profitant des moindres cadeaux simples mais pourtant si riches du quotidien si exotique de sa vie australe, proche de la nature.

Au début, il se montra un brin curieux sur le devenir de ses parents, disparus, de son frère et sa belle-sœur mais il s’intéressa surtout à moi mais aussi à Lucas qu’il ne connaissait pas. Il ne revint en effet pas en France métropolitaine depuis plus de trente ans.

Il trouve passionnants nos amours de la musique pour Lucas et du cinéma pour moi. Il regrette que nos proches ne partagent pas nos engouements. Lui, par contre, nous pousse à foncer dans nos projets. Même pour moi qui tarde à les concrétiser. Mieux vaut, selon lui, courir après ses passions plutôt que de se morfondre dans une vie morne. Peu importe son prestige.

Il trouve d’ailleurs admirables mes trois courts métrages de ma période audiovisuelle parisienne de 1993 à 2007 que je mis en ligne.

Avec lui, Lucas, ma Laure et de trop rares vrais amis, quelques personnes m’encouragent tout de même dans ce bas monde, malgré tous mes échecs et mon âge presque avancé.

Lucas et moi sursautons, émergeant de nos eaux limpides des mers du Sud, alors qu’une des portes-fenêtres s’ouvre violemment :

— A table les jeunes, s’écrie presque mon frère Frédéric en chemisette. Vous n’en avez pas marre de faire bande à part ? Il pèle en plus dehors !

Et il referme aussitôt la porte, tout aussi brusquement.

— Attention à la porte ! entendons-nous crier ma mère.

— Elle est toujours debout, s’écrie mon frère en riant.

Nous nous regardons dépités en sachant ce qui nous attend, surtout moi, dans ce repas de noël qui s’annonce et dont nous connaissons tous les rouages à l’avance. Nous rentrons résignés dans le salon surchauffé pour intégrer de nouveau le vaste et continuel cirque de nos vies tourmentées.

De manière étonnante, j’arrive à profiter des plats des entrées alors que mes parents me laissent tranquille, encore absorbés par les aventures médicales de leur si fabuleux aîné Frédéric et de leur belle-fille Valérie qui ne pensent pas encore, eux non plus, à me taquiner. Mon frère et son épouse parlent de cette manière si pressée et frénétique, si parisienne, que mes parents peinent à placer de leurs propres exploits.

Je les admire presque de tous ainsi se pavaner sur leurs prestigieuses vies, dédaignant ceux dont ils s’abreuvent pourtant de l’admiration, sans saisir le ridicule de leurs parades. Ils se piétinent même dessus, malgré leurs supériorités réciproques imaginaires, lorsque manque un bon public comme ce soir, alors que Lucas et surtout moi comptons si peu à leurs yeux. Aucun invité dont je plaindrais la présence ne pourrait échapper à leurs parcours si glorieux.

Mon grand frère, comme il me le rappelle souvent, pourtant à peine plus vieux de deux ans, vante si bien sa carrière de grand chirurgien, qui donne aussi d’illustres cours aux étudiants en médecine parisiens et de renommées conférences à travers le monde.

Son épouse ne démérite pas, éminente chercheuse, pourtant même pas trouveuse,  qui dirige son propre service sur les maladies cancéreuses dans le même hôpital parisien que son éblouissant mari.

Ils ne parlent pourtant pas de leur fils Lucas que tout bon parent devrait magnifier, si déméritant à leurs yeux, à peine un si modeste étudiant masseur-kinésithérapeute.

Ils n’évoquent même pas mes parents qui doivent réaliser par eux-mêmes, lorsqu’ils parviennent à glisser quelques mots, leurs propres promotions que tout le monde connaît pourtant ici.

Respectable et même admirable ingénieur aéronautique chez un grand fournisseur de l’avionneur toulousain Airbus, mon père finit sa carrière, voilà déjà quelques années, en dirigeant le service maintenance de son entreprise à la tête de plus de cent quarante personnes. Il aime aussi rappeler comment il se construisit en partant de rien, à une époque où les formations comptaient moins que l’apprentissage sur le terrain. En moins d’un battement d’aile, à l’entendre, il excella tellement dans ses disciplines qu’il voyagea souvent dans le monde entier pour réparer des avions, jusqu'à devenir ingénieur grâce à la formation continue. Durant notre enfance, mon frère et moi le vîmes ainsi disparaître si souvent lors de trop longues périodes.

Notre mère, remarquable avocate selon elle, ne se montra pas moins absente en fin de journée que d’habitude lors de ces disparitions paternelles. Car son ascension dans son cabinet l’accapara bien plus, avec des horaires à rallonge, que notre quotidien d’enfants désireux de grandir mais si ignorants du sentiment de compter pour leurs géniteurs. Notre ambitieuse mère finit par devenir associée et même diriger ce cabinet si masculin, seule femme de l’équipe, vers le début des années 80. Ce qui relevait de l’exploit selon elle dans ces premières années d’émancipations professionnelles féminines de sa génération. Même s’il me semble que la libération de la femme commença bien plus tôt sur bien des aspects, sans attendre ma mère.

Pourtant, le sujet impose encore de nos jours tellement de luttes, au moins dans les esprits et les mœurs, autant masculins encore trop souvent imbus de leurs supériorités et autorités, que certains féminins pour redorer l’image de la femme même dans leurs pensées. Lorsque l’on voit que les femmes devaient encore demander l’autorisation de leurs maris pour exercer un travail en 1966 !

Mais en ce qui concerne mon frère et moi, cette victoire personnelle indéniable de notre mère se réalisa à notre détriment. Sans que je ne lui reproche rien, comprenant en plus désormais bien mieux son besoin de l’époque de s’affirmer en tant que femme dans un monde si masculin. Certains combats n’en demeurent pas moins nobles malgré certaines regrettables victimes collatérales.

Heureusement, nos quatre grands-parents, désormais tous disparus, s’occupèrent bien mieux de nous, au moins en nous accordant un minimum de leur présence.

Aujourd’hui, nos propres parents à la retraite depuis six ou sept ans se montrent bien plus présents. Et même trop ! Le comble. Même s’ils trouvèrent de nouvelles occupations, ils se mêlèrent tant de nos vies qu’ils en devinrent rapidement déplaisants.

Surtout pour moi qui revint à Toulouse en 2007 après avoir travaillé à Paris dans l’audiovisuel durant quatorze années, comme assistant réalisateur et surtout régisseur. Frédéric, encore, lui, vit là-haut depuis la fin de sa médecine en 2001. Il y rencontra Valérie deux ans plus tard et Lucas naquit l’année d’après. Ne revenant à Toulouse que durant certaines vacances et aussi un peu pour leur trêve estivale de juillet ou d’août, ils peuvent récupérer de leur séjour ici une fois revenus à Paris.

Même si finalement, je me débrouille moi-même pour venir à peine plus souvent, sans trop subir de reproches de la part de mes parents. En même temps, je pense qu’ils préfèrent que je ne leur rappelle pas trop par ma présence l’échec que je constitue au sein de leur famille si élitiste et parfaite.

Je parviens même encore à passer inaperçu ce soir alors que s’annoncent enfin les premiers desserts de cet interminable festin des Rois.

Mais les monarques commencent à tourner en rond dans leurs vantardises.

Mes parents reportent leurs discussions sur les amours changeants de Lucas en suivant mon frère qui commence à le taquiner sur le sujet. Ce qui plonge mon neveu dans une profonde gêne. Je viens donc rapidement à son secours.

Mais avec effroi, telle une proie qui se découvre ciblée, je vois à l’œil perçant et au sourire malin de Frédéric qu’il vient de trouver un nouveau jouet bien plus appétissant :

— Et toi, mon petit frère qui se montre bien discret, où en es-tu dans tes amours ? Arrives-tu enfin à trouver une compagne que tu arrives à garder plus de quelques petits mois ? C’était qui la dernière qui te supporta quelques temps ? Je finis par m’y perdre alors qu'elles t’abandonnent si rapidement, ricane-t-il.

Et ils continuent tous à me harceler sur mes propres amours, oubliant au moins Lucas. Ils ne comprennent pas que je préfère parfois vivre seul plutôt qu’avec la mauvaise personne. Là aussi, la chance me manqua souvent de ne rencontrer que des femmes qui s’avérèrent bien futiles, compliquées ou même vénales avec le temps. Ou qui finissaient par ne plus supporter mes projets artistiques qui me prennent beaucoup de temps et le peu d’argent que je gagne. Alors que moi-même, me semble-t-il, je me laisse porter par l’écoulement du temps pour profiter au mieux des choses simples de la vie, sans créer de problèmes là où il ne devrait pas en exister, comme s’y attelèrent pourtant avec vigueur la plupart de ces femmes-là que je connus.

Pourquoi faire compliqué alors que l’on peut faire simple ? Même s’il est plus compliqué de faire simple que simple de faire compliqué. La vie si compliquée pourrait se montrer si simple avec cependant si peu d’efforts ! ris-je en moi de ces boutades sans public.

Même s’il n’en demeure pas moins vrai que s’accomplir de manière simple peut souvent demander de multiples qualités et efforts dont les intégrations et applications apparaissent paradoxalement complexes dans leur globalité... mais pas si compliquées envisagées chacune dans leur coin.

Je ne rêve ainsi que d’une longue vie à deux dans la plus grande simplicité, jusqu’à nos tout derniers souffles. Mais les quelques filles qui se succédèrent finirent toujours par partir, lassées par je ne sais quoi exactement, un rien qui finissait par leur sembler confus dans nos relations, et surtout dans ma vie.

Je pourrais me dire que je ne vaux rien. Mais avec le temps, je finis par me rassurer en réalisant que ces compagnes me demandaient trop de manière si irrationnelle, et surtout sans vraiment chercher à dissiper les tensions que peuvent connaître une majorité de couples. A croire que ces femmes ne m’aimaient pas vraiment, si tant est qu’elles aient pu vraiment m’aimer un jour, courant surtout à la poursuite de leurs idéaux masculins impossibles à assouvir pour un simple mortel.

Je finis par me dire que beaucoup de femmes compliquent tout, comme probablement tout autant d’hommes, et sans vouloir généraliser à tout le monde. Au moins pour continuer à croire, au minimum espérer, que je puisse enfin trouver l’âme sœur qui me supporterait, ne se lasserait pas,  obnubilée par un simple détail, qui confierait ses craintes pour au moins tenter ensemble de les déjouer. Car j’aurais pu tant m’investir en nous pour qu’elles se sentent mieux à mes côtés, rassurées, enfin comprises. Même si je persiste à ne pas trop vouloir montrer ma trop grande soumission qui pourrait passer pour de la faiblesse que tant de femmes semblent ne pas vouloir porter comme un fardeau chez leur homme. Alors que, paradoxalement, beaucoup craquent au moins dans un premier temps sur des fragilités masculines.

Mais non, un jour, toutes mes compagnes décidèrent qu’il n’existait plus d’espoir en moi, sans même chercher à en discuter, m’abandonnant lâchement sans vraiment m’accorder d’explications rationnelles. Moi qui croyais que la plupart des femmes aimaient tant parler à leur conjoint ! Mais je n’en semblais pas digne, alors même que je me trouvais pourtant toujours disposé à papoter avec elles. Finalement, je me retrouvai à chaque fois seul avec mon incompréhension.

Tout comme avec celle d’aujourd’hui, provoquée par les si incessantes et gratuites railleries de mes proches. Décidément, je ne comprends pas la nature humaine disposée à tant de si surprenantes mesquineries et méchancetés alors que la vie pourrait se dérouler de manière si agréable et simple. Pourquoi faire compliqué… ?

Alors comme en ce moment, dans cette si belle célébration de l’esprit de Noël, entre illusoires simplicités, amours et bonheurs partagés surtout bafoués, j’encaisse en silence le roulement des coups, sachant que je ne peux quitter le ring, cerné par ces quatre frénétiques paires de boules de cuir qui tournent dans les scintillantes lumières de Noël. Je sens cependant la pression tellement augmenter que le sang martèle douloureusement mes tempes...

Je finis par céder. Mais je regrette déjà la déclaration que je m’apprête à livrer pour relâcher l'étau qui me tourmente :

— J’ai rencontré cet été une charmante femme qui s’appelle Laure et nous aménageons ensemble.

Ils demeurent tous surpris quelques instants et je sens la pression redescendre d’un coup. Même Lucas au courant affiche la surprise, bien sûr feinte pour éviter les questions embarrassantes.

J’appréhendais de leur présenter mon âme sœur avec leurs habitudes de tout démolir. Mais je savais que cette révélation devait arriver un jour. Autant aujourd’hui pour clouer en plus le bec à ces persifleurs volatiles. La nouvelle passe d’autant mieux lorsqu’ils apprennent qu’elle travaille comme libraire dans l’un des grands commerces historiques du centre de Toulouse.

Mais déjà, ils reprennent tous du poil de la bête et, sitôt félicité, recommencent avec quelques piques sous le couvert de l’humour. Ma mère, comme mon frère, excelle plus que quiconque dans cet art, tout en se persuadant de demeurer polie :

—Nous pouvons enfin espérer, rêve ma mère, qu’une telle femme forcément instruite te pousse à t’enrichir et à chercher à ton tour une profession plus noble. De quels rayons s’occupe-t-elle ?

— Les Beaux-arts.

— Ah, s’attriste ma mère… Cela reste des livres ! Quand nous la présentes-tu, néanmoins ?

— Bientôt, répondis-je brièvement pour ne plus m’étendre sur le sujet.

S’ils savaient que ce travail ne constitue pour Laure qu’un travail alimentaire. Car elle s’avère tout aussi paumée et ratée que moi avec sa passion de la peinture, au moins en terme de réussite.

— Je prends les paris sur la durée de cette nouvelle relation, s’amuse mon frère. Je te donne six mois avant de la perdre, sourit-il de manière si bête et méchante.

Je trouve toujours étonnant que leur noirceur et leur cruauté déforment tant leurs visages sans qu’ils ne s’en rendent compte. Ils subissent pourtant leurs propres reflets dans les horribles rictus et déformations des figures de leurs pairs arrogants.

— Arrête de l’embêter avec ça, lui dit ma mère sans réelle conviction et souriant même elle aussi à ce sujet. Tu sais bien qu’il fait ce qu’il peut. Surtout avec le peu de moyens qu’il peut offrir à une femme avec son modeste travail. Même si je considère qu’une épouse doive subvenir à ses propres moyens, finit-elle avec la plus grande fierté féministe.

Mon père lui sourit d’ailleurs avec la même suffisance.

— D’accord, j’arrête de te taquiner sur tes amours mon frangin, se résout-il à mon grand étonnement. Mais de quoi pourrions-nous alors  discuter !?

Il laisse planer un étrange silence et je sais qu’il me prépare un de ses mauvais coups qui ne tarde pas à me frapper :

— Mais oui, ton travail, sourit-il avec malice en me regardant avec joie. Merci maman pour cette riche idée que tu nous suggéras en évoquant son… emploi. Quelles folles aventures nous racontes-tu sur ton Service Après Vente informatique ? Si tu y travailles toujours ! Encore avec des contrats d’intérim à la semaine ?

— Rien ne change, lui réponds-je très calme et sans relever ses piques grossières qu’il pense subtiles.

— Depuis le temps, tu aurais au moins pu négocier un CDI ! regrette mon père.

— Je préfère ces contrats d’intérim qui me permettent de partir lorsque je trouverais une meilleure offre… ou pour mes projets…

Je m’arrête net sur ma passion dont je regrette déjà l’évocation car je sais que je leur tends la meilleure des perches pour me harceler.

— Depuis le temps que tu travailles là-bas, s’insurge ma mère, si on peut appeler cela un travail, je ne pense pas que tu trouveras mieux ailleurs. Quant à réaliser un jour un de tes maudits films qui te perdirent depuis une éternité !

— Depuis combien de temps ne trouves-tu pas mieux ? me demande Valérie de manière si triste pour moi que j’en deviendrais moi-même dégoûté si je ne me montrais pas aussi confiant en mon avenir malgré l’adversité et mon âge.

— Un peu plus de dix ans, lui précisé-je.

— Quelle si brillante endurance ! ironise Frédéric. Nous devrions presque fêter cette période pour te féliciter de ton courage.

S’ils savaient que j’ai même effectué des remplacements comme éboueur dans les premières années de mon retour sur Toulouse !

— Je préférais presque lorsque tu travaillais dans le cinéma, conclut ma mère. Il en ressortait comme un minimum de grandeur. Même si je n’ai jamais compris ta passion pour cet univers de saltimbanques démunis, à quelques exceptions près, comme le grand Gabin, notre idole à nous deux, finit-elle en se tournant vers mon père qui lui sourit de façon aussi mièvre qu’elle.

— Si peu de monde lui arrive à la cheville, lâche mon père sans même me regarder.

Même ce grand nom, je sus le gâcher, me reprochèrent-ils si souvent ! Je sais que je ne devrais pas en culpabiliser mais je ne peux m’en empêcher de n’avoir ainsi jamais été à la hauteur pour eux, en quoi que ce soit. Jusqu’à se montrer tous deux si tôt si éloignés de moi, comme mon frère d’ailleurs. Leurs cœurs congelés par leurs nombrilismes.

Ça m’a toujours épaté comme des parents à priori proches pouvaient se comporter en parfaits intimes inconnus, me jugeant de manière si froide et impersonnelle, selon leur intime conviction, dans le plus terrible des tribunaux.

— C’est parce que tu as si honte du travail de tonton, mamie, se lâche Lucas, que tu dis hier à l’ami de papa que nous avons croisé à Toulouse que Gabin travaillait toujours à Paris sur les tournages lorsqu’il demanda de ses nouvelles ?

— Lucas ! s’insurge sa mère Valérie alors que sa belle-maman lance un vénéneux regard à son petit-fils.

— Toute les vérités ne sont pas bonnes à dire, le réprimande son père. Mon ami de médecine pourrait répandre la situation sur ton oncle, ce qui incommoderait forcément tes grands-parents dans le huis clos des bonnes familles de la région…

— Non mais vous vous entendez ? s’indigne Lucas. Vous parlez de Gabin comme d’un raté alors qu’il manque juste d’un peu plus de chance.

— Mais non, réplique mon frère. Il doit travailler un peu plus pour développer ses talents cachés…

— Même lorsque tu essaies de lui adresser des compliments, rétorque Lucas, tu l’enfonces sans cesse plus. Et puis tu ne vaux pas mieux que tes parents. Car à Paris, il m’est arrivé de te voir omettre de même dire que tu avais un frère lorsque l’on te demandait de parler de ta famille proche. Et toi, maman, tu laissais faire.

— On ne parle pas forcément de tous les membres de sa famille, se défend Frédéric.

— Par contre, enchaîne Lucas, tu te répands pour parler des si belles carrières de papi et mamie. Vous avez tous de magnifiques parcours mais faut voir vos mentalités arrogantes…

La gifle de son père surprend Lucas qui demeure ébahi quelques longues secondes alors que sa joue rougit. Le silence persiste encore et tous restent pétrifiés, moi le premier, par l’ambiance devenue si lourde.

Les atteintes physiques, au contraire des sévices psychologiques qui n’en sont pas moins graves, n’appartiennent pas aux habitudes familiales des trois dernières générations. Et je sais que Frédéric ne distribua que rarement des gifles. Je vois d’ailleurs bien qu’il s’en veut, même s’il tente de conserver sa prestance. Il s’interdira tout de même de présenter ses excuses à son fils.

Lucas le sait bien et réagit enfin en quittant la table pour se rendre sur le balcon :

— Je vous déteste. Et toi, peste-t-il dans le dos de son père, tu ne me touches plus jamais.

— Sinon quoi ? ricane Frédéric que je sens toujours contrit mais fier. Je me demande ce que tu deviendrais si nous te n’aidions pas…

— Ça suffit, parviens-je enfin à réagir en me levant. Lâchez-le un peu ce gamin.

Et je me dirige vers le canapé pour récupérer mon blouson et celui de Lucas.

— Laisse-les ensemble, réagit mon frère en retenant son épouse par le bras.

— Cet enfant mériterait quelques leçons de savoir-vivre, se cabre ma mère.

— Le respect se perd, renchérit mon père.

Dehors, je donne son blouson à mon neveu qui l’enfile nerveusement. Puis il s’accoude de nouveau à la rambarde, le regard plongé dans le paysage arboré faiblement éclairé en contre-jour par la Lune à son périgée.

— Je te remercie d’avoir pris ma défense, Lucas, mais ne te les mets pas à dos. Ils te supportent encore assez bien.

— Tant qu’ils ne sauront pas, me corrige-t-il, que j’abandonnerai bientôt mes études de kiné. J’en ai assez d’œuvrer pour conserver les apparences et leur standing étouffant. Je veux vivre pour moi, comme tu l’oses.

» Par contre, je ne comprends pas que tu ne piques pas de temps en temps une bonne gueulante pour les remettre à leur place ! Que risques-tu de pire que tout leur mépris actuel ? Tout au plus ne voudront-ils plus te voir et tu ne t’en porterais que mieux !

— Oh mais j’ai essayé plusieurs fois, et bien avant ta naissance. Mais ils ne semblent pas réaliser leur arrogance. Je les pense désormais irrécupérables.

— Je ne comprends pas, enchaîne Lucas, qu’ils ne se rendent pas compte de leur bêtise tant ils baignent dans la caricature. Comment peuvent-ils se montrer aussi intelligents pour construire leurs si grandes carrières et aussi idiots pour s’étouffer dans leurs suffisances.

— Je me dis, pensé-je tout haut, qu’ils savent peut-être, au moins dans une semi-conscience, qu’ils ne réalisent pas vraiment leurs rêves. Et qu’ils tentent malgré tout de continuer à paraître auprès des autres, pour pallier à leurs échecs profonds. La préservation de l’ego considérée parfois comme vitale pour certains peut souvent diriger bien des vies vers des routes bien tristes.

— Je ne sais pas mais je ne comprends pas leurs dérives, regrette Lucas. Et surtout qu’ils nous les fassent subir. C’est Hiroshima dans leurs têtes.

Je souris à cette image burlesque en imaginant une énorme cocasse explosion perpétuelle dans leurs caboches détraquées.

— Promets-moi, reprend-il, de me réveiller si un jour, je plongeais ainsi comme eux.

— Promis, le rassuré-je en lui tapotant l’épaule.

— Bon, poursuis-je, si nous essayions de rentrer pour calmer le jeu ?

— D’accord, se résigne Lucas. Mais pas tout de suite. Je veux d’abord prendre un peu d’air frais pour me requinquer. Avant de repartir en apnée dans cette fournaise aux vanités.

— Je comprends, acquiescé-je. De toute façon, je les connais. Ils réagiront comme s’il ne s’était rien passé pour enterrer ce moment gênant. Et surtout pour éviter que leur conscience ne se réveille, qui pourrait risquer de les ramener à la raison. Ils n’y survivraient pas.