Les mots des milléniaux - Amine Boudelaa - E-Book

Les mots des milléniaux E-Book

Amine Boudelaa

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Beschreibung

"Ceux qui ont plus vécu que nous ceux qui sont plus proche de la mort que nous le sommes ces personnes-là nous appellent les milléniaux. La génération Y d'après le Y que forment les écouteurs que nous portons pour ne plus entendre le monde et rester tranquillement à l'intérieur de nous. Nous. Nous qui sommes nés en Occident entre la naissance du sida et les attentats du 11 Septembre. [...] Nous sommes les milléniaux arrivés à maturation. Nous sommes les nouveaux visages d'un art qui se meurt."

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Seitenzahl: 96

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Personnages :

Loup – Metteur en scène.

Meryam – Comédienne.

Nikita – Comédienne.

Darwin – Comédienne.

Elle – Comédienne.

« L’acteur doit jouer ce texte comme s’il cherchait constamment le bon mot à dire ; comme s'il se perdait dans ses phrases ; comme si sa pensée n’arrivait jamais ou très rarement, après une longue recherche dans la parole, à se mettre en bouche. » Amine Boudelaa ; à propos de Les mots des milléniaux.

Sommaire

L'acteur sur scène.

L’acteur dans la nuit.

L’acteur face à Elle.

L’acteur face à qui veut l’entendre.

I L'acteur sur scène.

Darwin Elle Nikita Meryam jouent une partie du texte

Chef d’œuvre ; de Christian Lollike.

Nikita joue Y.

Elle joue X.

Meryam joue Z.

Darwin joue W.

Y - Respire.

X - « Mercredi 12 septembre, 9h36. Je recherche mon mari, Randy S. Jackson, brun, les cheveux courts et frisés, mince mais athlétique, quarante-trois ans. Pompier aperçu la dernière fois le matin du 11 septembre. Merci de répondre par e-mail. »

Y - Respire, calmement. Détends-toi. De plus en plus. Tu entends leurs voix. Tu entends ce qu’ils disent.

Z - Même à neuf ans, on comprend ce que ça veut dire que l’école a explosé parce que d’autres gens croient en une autre croix – et qu’il y a la guerre à cause de ça. C’est pour ça qu’ils nous ont emmenés dans le gymnase. Et Sifa pleurait.

Y - On dit que ça s’est produit pendant une offensive hutu à Bukavu. Une armada de séropositifs venait de dévaliser une pharmacie en Viagra. Ils ont attaqué l’hôpital. On m’a dit que j’étais dans cette chambre-là, dans ce lit, à côté de douze autres femmes.

Z - Maman dit que ma petite sœur va être enterrée. Mais en vrai, Sifa n’est pas morte. C’est pour ça que je me suis caché ici, derrière l’église. Et là, il y a un petit chiot.

X - C’est que mon mari n’est pas rentré. Il est pompier et il n’est pas rentré.

W - Je monte dans un bus à Hambourg. Je m’assieds à côté d’une vieille dame. Elle me toise de la tête aux pieds et elle commence à me crier après - « C’est de votre faute, vous êtes musulman et vous êtes responsable du terrorisme. C’est vous qui faites exploser des avions dans le World Trade Center et qui nous assassinez tous. » Elle se me à me frapper avec sa canne.

Y - Je venais d’être hospitalisée quand c’est arrivé. Ils ont dit qu’ils nous tenaient. Ils se sont piqué le bout du sexe avec une aiguille. Et puis ils m’ont pénétrée, l’un après l’autre. Ils ont dit qu’ils me remplissaient de sang, de sperme et de maladie.

W - Une autre femme, un peu plus jeune, m’est venue en aide - « Il n’est pas forcément terroriste parce qu’il est mat de peau et musulman. » Mais si. C’est moi qui ai précipité American Airlines vol 11 en provenance de Boston dans le World Trade Center.

X - Le jour est une cicatrice qui s’ouvre chaque matin.

W - Crachez-moi dessus.

X - Le camion de pompier de mon fils est rouge. Il est posé sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. A l’intérieur, il y a un joli petit bonhomme en plastique qui sourit. Il porte un tout petit casque, rouge. « C’est papa – regarde, c’est papa dans le camion. »

Z - Viens, viens, joli petit chien.

X - Ils sont jaunes. The firefighters. Leurs casques sont jaunes. Mais quand je l’imagine, montant les escaliers le tuyau à la main, son casque est rouge.

W - « Tu peux laisser la paix envahir ton âme, car le temps qui te sépare de ton mariage au paradis est très court.

Y - Je ne connais pas l’amour.

W - Vérifie ton arme avant de partir. Longtemps à l’avance. Tu devras aiguiser ton couteau car l’animal ne devra pas souffrir durant le sacrifice. »

Y - Je ne connais pas l’amour, mais je sais qui est Dieu.

X - Le jour est une cicatrice qui s’ouvre chaque matin et je m’évanouis devant l’évier de la cuisine. Je m’agrippe au rebord de la table. Mes doigts heurtent un verre qui tombe et se brise.

W - Haïssez-moi. Ne vous gênez surtout pas. Vous avez le droit. C’aurait pu être vous dans l’avion. Ou vous auriez pu être fille au pair, garçon de courses au World Trade Center. Vous dans l’ascenseur, apportant des sandwichs au saumon à l’un des directeurs. Ah, papa aurait été fier, n’est-ce pas ? Sa petite fille à New York. Ah ! là là… Vous pouvez me cracher dessus.

Z - Viens, petit chien. Viens manger la jolie bombe…

W - « Je voudrais réserver un billet pour le 11 septembre, vol 11, départ de l’aéroport international de Logan à 8h02. Non fumeur. Aller simple, s’il vous plaît. »

Z - BAAAANNNNNG ! Et il n’en restait plus qu’une. La grosse maman chien. Juste sur la queue, et boum, elle est tombée ! Juste sur la jambe et boum, elle est tombée aussi.

Y - C’est comme un coup de pied de l’intérieur. Il siffle. Le sol tourne.

W - Je SUIS Mohammed. Mohamed Atta, Mohammad El Amir, Mohamed El Sayed, Muhammad Al Amir Awag Al Sayyid Atta, Mehan Atta, Muhammad Al-Amir Awad Al Sayad.

Vous m’avez vu à la télévision. Grand soleil. Deux tours. Un avion. Bang.

X - Les carreaux sont froids, ils sont couverts d’éclats de verre, le robinet goutte, le ventilateur bourdonne et je fixe une tache. Sur la porte, il y a une petite porte, une trappe. C’est lui qui l’avait découpée. Elle s’ouvre. Le chat entre sur ses pattes de velours. Il me dévisage, sans curiosité, évite les éclats de verre. Je tends le bras, j’hésite, je veux le caresser puis me durcis subitement. Je le chasse.

Z - Cette nuit, j’ai rêvé que Sifa était bien vivante.

Y - Entre mes jambes, il y a quelque chose. Je ne sais pas ce que c’est. Un cratère ? Peut-être. Je ne sais pas.

X - C’est comme si mon âme était recouverte d’un filtre. Et clac !

Y - Et clac !

W - Et clac !

Z - Et clac !

Y - Nous avons d’abord entendu les bruits. Nous retenions notre respiration, sans bouger. Puis les bruits sont arrivés des autres chambres. Comme un murmure d’abord, et puis de plus en plus fort.

Z - Maman ! Maman !

Y - Un enfant s’est mis à pleurer. La porte s’est ouverte. Une machette ! Lui tranche la gorge. La tête tombe en arrière. Elle reste accrochée à la peau, balance un peu.

Z - Oh non, ils cicatrisent. Les yeux cicatrisent. Viens là, bonne grosse maman chien. Viens là, grosse mémère. Viens manger la bombe !

Y - Suivante.

X - … Ils disaient.

Y - Elle, là. Tiens-la. Ecarte les jambes ! Ecarte ! Tout de suite. Ferme-la. Mets-lui la baïonnette.

W - Tout de suite.

X - Tout de suite !

Y - Tiens-lui les jambes !

Z - Tout de suite !

Y - Oui.

W - Ecarte.

Y - Et le fusil aussi ! « Jésus est amour. Jésus est amour. » Et le pied de la chaise. Allez, mets-lui. Essaie la bouteille ! Plus profond. « Jésus est amour. » Sers-toi de la baïonnette. Oui, comme ça, coupe les lèvres ! Oui, c’est ça. « Jésus est amour. Jésus est amour. »

W - Ecarte.

Y - Regarde dans les lits. Des corps. Des jambes et des bras coupés. Jusque-là. On ne dirait plus des êtres humains. Rien qu’un sein qui se soulève, en mouvement rapides. La tête tremble. Les mouches. Les pleurs. Des enfants. Ils les prennent. Ils coupent les mains qui essaient de les retenir. Une main tranchée, non deux. Non trois. Les enfants ? Où sont-ils ? Ils les brisent contre les murs.

X - C’est tout ce dont elle se souvient.

Y - C’est tout ce dont je me souviens.

X - Randy ?

Z - Maman ?

X - Les yeux. De quelle couleur ?

W - Matin clair.

Y - Jésus est amour.

X - La petite tache de naissance sur la main.

Z - Tac, tranchée.

Y - Et toc.

W - Bing.

X - Bien fait.

Y - Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour. Jésus est amour.

W - Je passe le transit. Sur moi, une lame de rasoir. Dans l’avion, classe affaire of course. L’appareil décolle, un enfant crie, et nous voilà partis.

Z - Mais là, ils nous ont emmenés dans le gymnase. Tous, et on était très nombreux. On transpirait. Et il y en avait beaucoup qui pleuraient, moi aussi je pleurais. Et puis j’ai fait pipi dans ma culotte, alors quelqu’un m’a déshabillé. Et puis Sifa a commencé à respirer très fort et une dame qui venait de faire pipi dans une tasse lui a tendu la tasse et Sifa a presque tout bu.

W - J’ai perçu un vieux monsieur devant les toilettes qui essayait d’ouvrir la porte. « Il faut pousser la porte, pas tirer », j’ai pensé. J’ai hésité une seconde à me lever pour l’aider. Et puis juste après, je me suis rendu compte que c’était absurde.

Z - Sifa, cache-toi ici. Cache-toi Sifa !

W - Bientôt. Tu te lèves. Bientôt. Ils sont prêts. Bientôt. J’enfonce la lame de rasoir dans la gorge de cette femme qui est assise là. Maintenant !

Z - Maintenant ! Cache-toi, Sifa, cache-toi ici, Sifa. Tout de suite !

W - « Nobody moves. Everything will be O.K. If you try to make any moves, you’ll endanger yourself and the airplane. Just stay quiet. »

Y - Bang.

Z - En plein dans le groupe assis devant la fenêtre, et le professeur Lavetta, puis j’ai fermé les paupières de Sifa et je me suis endormi les yeux ouverts.

Y - Bang.

Z - Il y en a un qui courait dans tous les sens, et son bras avait disparu. Un os blanc couvert de sang sortait de son bras. Et une fille avait un trou dans le dos.

W - Dans l’allée du milieu, trois hôtesses sont allongées. La gorge tranchée.

Y - Et voilà.

W - Du sang et des enfants qui crient.

Z - Bang.

W - Il y a la peur, et le cockpit. Un pilote est mort. A genoux. En prière. Allah.

X - Randy ?!

W - I am coming home.

X- I am coming home. I am coming home.

Frappez-moi.

W - Crachez.

Y - Vous pouvez me cracher dessus.

X - Plantez-moi.

Y - Vous n’avez qu’à me planter.

Z - Frappez-moi.

Y - Frappez-moi.

X - Plantez-moi.

W - Crachez.

Y - Plantez.

Z - Frappez.

Y - Crachez.

W - Vous n’avez qu’à me cracher dessus.

X - Plantez.

Y - Frappez-moi.

Z - Plantez.

W - Crachez.

X - Frappez.

W - Je vous apporte un signe du Seigneur. D’argile, je formerai pour vous un animal semblable à un oiseau. - Je lui insufflerai la vie, et par la bénédiction de Dieu, il deviendra oiseau. Et par la bénédiction de Dieu, je donnerai la vue aux aveugles, je guérirai les paralytiques et je ressusciterai les morts.

X - Les carreaux sont froids, ils sont couverts d’éclats de verre et le robinet goutte. Je m’entaille le bras. Pas le poignet, juste le bras. Avec un éclat de verre. Le sang gicle et ce qui et dur à l’intérieur coule. Sur les carreaux. Je coupe encore. Plus profond, et ça coupe, plus fort – et Michael appelle - « Le chat saigne. Le chat saigne. »

Z - Maman, raconte une histoire. Raconte-moi une histoire, Maman.

X - Les petites pattes de chat laissent des traces de sang sur les carreaux de la cuisine. Il se lèche et replie l’une d’elle sous son ventre, continue en boitant jusqu’au salon où mon fils est en train de dessiner. « Papa dans le feu », « Papa qui tombe, Papa dans l’escalier qui s’effondre », « Papa qui sauve une dame, Papa qui sauve une dame, Papa qui sauve une dame, Papa qui sauve une dame, Papa qui sauve une dame. »

Z - Sifa, qui sauve une dame.

W - Mohammed dans le feu.

X - Randy, raconte une histoire.

Y - Les voix.

X - Raconte une histoire, Randy.

W - Habille-toi.

Z - Tu dois retourner à la terre, à présent.

Y - Les voix ne comprennent pas ce qu’elles disent.

Z - Maman dit qu’il reste un peu de ma sœur à l’intérieur de moi. C’est pour ça que je joue avec elle. Sifa, tu peux utiliser ta gomme, maintenant. Tu peux nettoyer le chien avec. Sifa sort tout juste de moi et elle nettoie le chien avec sa gomme. Voilà.