Les mots qu'on ne s'est pas dits - Stacy Hayne - E-Book

Les mots qu'on ne s'est pas dits E-Book

Stacy Hayne

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Beschreibung

Restera-t-il assez de temps à Zoé pour avouer ses sentiments ?

Zoé est une jeune femme ambitieuse pleine de projets. La vie lui sourit : elle est acceptée dans deux universités ! Son choix se porte sur l’université de Chicago, même si cela lui brise le cœur : elle sera loin de sa famille d’adoption, de ses amis et de Tom... Tom, l’homme avec qui elle a grandi, son meilleur ami qui la connait mieux que personne... Tom, pour qui elle ressent plus que de l’amitié, mais à qui elle n’ose pas avouer totalement ses sentiments.
Mais la vie de Zoé est brutalement bouleversée lorsqu’elle apprend que ses jours sont désormais comptés. Aura-t-elle le temps de tout expliquer à Tom ?

Ce récit vous promet des larmes de joie, de compassion, de nostalgie, d’amour mais aussi d’espoir. Une première romance stupéfiante.

À PROPOS DE L'AUTEURE

Stacy Hayne est une grande romantique qui adore dévorer les livres ou les séries sur ce sujet. Elle écrit depuis ses quinze ans avec une plume qui ne cesse d’évoluer au fil des années, essayant toujours de trouver de nouvelles idées qui sortent de l’ordinaire ! Les mots qu'on ne s'est pas dits est sa première romance publiée.

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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PROLOGUE

TOM

16 juin 2018

Un peu plus d’un an plus tard...

La sonnette n’arrête pas de retentir dans tout l’appartement, me tirant de mon sommeil. Je regarde le radio-réveil et soupire en voyant l’heure qui s’affiche : deux heures quinze. Je me lève difficilement et avance d’un pas lourd vers la porte d’entrée, en m’exclamant « j’arrive ! ».

Ne sachant pas ce qui m’attend, mon cœur bat à cent à l’heure lorsque j’ouvre la porte et tombe nez à nez avec ma mère, qui semble terrorisée.

— Maman... ?

— Tom...

Elle m’observe un instant avant de se jeter dans mes bras et de me serrer fort, mouillant mon tee-shirt de ses larmes. Tout doucement, elle relève la tête et je l’entends renifler dans mon cou. Je ne bouge pas, ne comprenant pas ce qu’il se passe.

Je la laisse rentrer pour qu’elle m’explique pourquoi elle est dans cet état. Son regard effrayé ainsi que ses yeux rouges par ses pleurs n’annoncent rien de bon et mille et une questions se bousculent dans ma tête lorsqu’elle prononce son prénom : Zoé. C’est comme si la scène se passait au ralenti, alors que ses lèvres bougent toutes seules, je m’abandonne lourdement sur le canapé, mon cerveau refusant d’accepter la nouvelle, tandis que mes mains agrippent mes cheveux comme une bouée de sauvetage, dévasté par l’annonce de ma mère.

— Je t’ai appelé plusieurs fois, mais tu n’as pas répondu..., dit-elle la gorge nouée par la peur. Il faudrait qu’on aille à l’hôpital.

Je hoche la tête et dans la précipitation, je me dirige vers ma chambre. J’enfile un jean et change mon tee-shirt, puis, je récupère mon portable sur le chevet et aperçois les appels manqués sur l’écran verrouillé. Nous sortons de l’appartement que je ferme à clé et monte dans la voiture de ma mère.

Le trajet se fait dans le silence. Nous laissons nos pensées divaguer dans le pire des cauchemars, nous contentant d’écouter le ronronnement du moteur et de la pluie qui s’abat sur la carrosserie. Tandis que ma culpabilité me ronge de l’intérieur, je m’interroge sur la question : pourquoi est-elle à l’hôpital ? Dans ma tête se dessinent les plus horribles scénarios et je ne peux pas m’empêcher de penser que tout cela est de ma faute ! Je n’aurais jamais dû lui dire qu’elle était lâche hier soir...

Arrivés dans l’établissement, nous nous approchons de l’accueil et demandons à une femme brune vêtue d’une blouse violette de biper le docteur qui s’occupe de Zoé Anderson. Alors que nous patientons dans la salle d’attente où je fais les cent pas en me mordillant les ongles, j’aperçois des personnes qui entrent ou ressortent de cette pièce. Leurs expressions sont semblables à la mienne, marquées par l’angoisse et la tristesse, rares sont ceux qui semblent soulagés… Être dans cette salle, entouré de tous ces inconnus me met mal à l’aise... J’essaie de ne pas penser au pire, mais quand je vois les médecins s’approcher des familles ou amis, pour leur annoncer une nouvelle... Certains repartent avec le sourire tandis que d’autres s’écroulent dans les fauteuils grisâtres, les yeux noyés par les larmes.

Une dizaine de minutes plus tard, un médecin en blouse blanche s’avance vers nous. C’est un homme d’une trentaine d’années, aux traits affirmés, ce qui souligne son professionnalisme.

— Bonsoir. Je suis le neurochirurgien Sheperd, vous êtes madame Brown ?

— Oui et voici mon fils, Tom, son meilleur ami...

— Comment va-t-elle ? interviens-je, ne tenant plus en place.

— Elle se repose pour le moment. Êtes-vous au courant qu’elle est souffrante ?

— Malade ? Non, elle est revenue à Los Angeles il y a peu, je l’ai vue hier soir et elle allait bien... Elle te l’avait dit, maman ? demandé-je en me tournant vers elle.

Elle secoue la tête et je reprends mon interrogatoire auprès du médecin.

— Qu’est-ce qu’elle a ?

— J’ai bien peur que sa tumeur soit passée au stade trois.

Ma mère porte sa main à sa bouche, en nous tournant le dos, horrifiée par l’annonce.

— Comment ça, une tumeur... ? Quoi ? Je... Que voulez-vous dire ? questionné-je d’une voix tremblante.

L’information a dû mal à monter, j’ai l’impression de me retrouver dans un cauchemar, et j’ai beau attendre qu’on vienne me réveiller, rien ne se passe. Le médecin attend patiemment qu’avec ma mère nous assimilions ses propos.

— Va-t-elle s’en sortir ? l’interrogé-je hésitant.

— C’est compliqué... Si vous voulez bien me suivre, je vais vous expliquer à tous les trois ce qui se passe et les interventions possibles.

Les mains sur les hanches, je me sens dévasté. Je serais incapable de m’en remettre si elle quitte ce monde. Mon monde…

Les larmes montent et je m’efforce de les retenir. J’inspire profondément avant de faire un signe de tête au médecin. Ma mère passe son bras autour du mien et nous emboitons le pas au docteur. Nous traversons les couloirs blancs imprégnés de l’odeur de désinfectant, jusqu’à la chambre de Zoé où nous entrons doucement, l’œil alerte sur le monitoring qui affiche un rythme cardiaque régulier. Je m’approche d’elle du côté droit de son lit, ma mère en face de moi. Je passe délicatement, ma main sur les cheveux roux de Zoé qui m’empêchent de voir son visage pour ensuite m’asseoir sur une chaise, en prenant sa main dans la mienne sans jamais rompre le contact visuel que j’ai sur elle. Quand elle ouvre les yeux, son regard se pose sur le mien et malgré sa fragilité et sa peau pâle, un mince sourire apparaît sur ses lèvres.

— Tom..., dit-elle faiblement.

— Zoé... Nous sommes là. Le médecin est avec nous aussi, il souhaiterait nous parler.

Nous nous concentrons sur les paroles du docteur Sheperd.

— Nous avons fait une IRM qui nous a permis de voir que le glioblastome a gagné le pédoncule cérébral. Malheureusement, on ne peut pas l’enlever sans causer de graves séquelles, comme la cécité ou encore l’élocution...

— Y a-t-il un traitement ? bredouille ma mère à nouveau au bord des larmes.

— Pour un cancer d’une telle virulence, même la radiothérapie et la chimiothérapie ne peuvent presque rien faire..., explique le spécialiste. Elles pourraient rétrécir la tumeur, mais il y a de faibles chances...

— Docteur... Pouvez-vous nous laisser seuls s’il vous plaît ? Je vais leur expliquer..., coupe Zoé avec une voix timide, et exténuée.

Il acquiesce avec un sourire compréhensif et s’en va, nous laissant tous les trois dans la pièce. Zoé nous contemple tous les deux, tour à tour, avec un regard désolé. Mes battements de cœur s’amplifient quand elle prononce ces quelques mots :

— Vous devez connaître toute la vérité, murmure-t-elle, la gorge nouée.

CHAPITRE 1

ZOÉ

7 avril 2017

Je tourne la poignée et laisse la porte s’agrandir lentement. Je marche sur la pointe des pieds, espérant que le parquet ne grince pas sous mon poids pour ne pas le réveiller. Il dort à poings fermés, la bouche légèrement ouverte, et je ne peux m’empêcher de sourire. Arrivée à la hauteur du matelas, je me jette sur lui et il s’éveille en sursaut en se redressant rapidement contre la tête du lit.

— Ah ! Tu es folle, ma parole ! lance Tom en se passant la main dans ses cheveux.

— Joyeux dix-huitième anniversaire !

Je lui donne un paquet cadeau rouge que je cachais derrière mon dos.

— J’espère qu’il te plaira, ajouté-je avec un large sourire.

Tom déchire le paquet et découvre un simple cadre photo. Un simple cliché de nous, mais qui a une grande importance pour tous les deux. Ce n’est pas grand-chose, mais ce portrait de nous enfants représente un moment fort de notre amitié. Mon meilleur ami est ce qu’il m’est arrivé de mieux dans la vie.

— Tu es adorable. C’est le cadeau parfait. Et tu sais ce qu’on dit, les choses les plus simples sont les plus belles.

Nous nous prenons dans les bras avant de nous sourire mutuellement. Tom pose le cadre photo sur son chevet et la regarde avec admiration. Je joins mon regard sur ce cadre, qui nous donne l’illusion de retourner dans le passé pour nous rappeler l’innocence que nous avions à cet âge-là. On dormait paisiblement face à face dans la cabane de draps que nous avions construite autrefois.

Une fois habillés, nous descendons dans la cuisine et nous nous asseyons à table où le petit-déjeuner a été préparé par la mère de Tom, Abby.

— Vous êtes prêt à faire la fête au bal de promo ce soir ? demande-t-elle enjouée.

— Oui ! Notre dernier bal de lycée...

— Le temps passe, chéri… Demain soir, on va au restaurant ? lance-t-elle en remettant une de ses mèches brunes derrière l’oreille.

— Évidemment. On va fêter ça en famille ! interviens-je plus heureuse que jamais.

Abby ouvre un tiroir et en sort une boite carrée avant de la faire glisser sur la table jusqu’à Tom.

— Joyeux anniversaire, mon chéri.

Tom récupère l’écrin et en l’ouvrant, il y trouve une magnifique montre, étincelante, avec un bracelet en cuir noir. Il la sort de sa boite et la met à son poignet, puis il se lève et va remercier sa mère en la prenant dans ses bras.

— Elle est sublime, maman, merci !

— Tout le monde verra que tu es quelqu’un d’important à ta rentrée en faculté.

Depuis notre plus tendre enfance, Tom et moi partageons tout. Les bonbons, les bêtises, les jouets et même Abby. Elle n’est pas seulement la maman de Tom. À mes yeux, elle est la figure maternelle que j’ai perdue jeune, beaucoup trop jeune. Abby s’occupe de moi comme si j’étais sa propre fille, elle l’a promis à mes parents avant qu’ils ne meurent et elle excelle dans son rôle.

— Tu sais, on n’y est pas encore et puis en médecine, on ne porte pas vraiment de montre au poignet mais merci beaucoup, je l’adore, dit Tom en revenant s’asseoir.

— Tu y seras vite !

— En tout cas, avec cette montre, tu vas faire des ravages ! déclaré-je en prenant le poignet de Tom dans ma main pour contempler l’objet de plus près. Fais attention aux croqueuses qui ne viennent que pour ça.

— Ne dis pas de stupidités, tu sais très bien que les deux uniques femmes qui comptent à mes yeux sont présentes ici à mes côtés, conclut-il en posant ses mains sur les deux femmes qu’il admire.

Une fois le petit-déjeuner fini dans la joie et la bonne humeur, Tom et moi partons pour aller en cours.

Toute la journée, avec nos amis, nous parlons du bal que nous attendons depuis le début d’année et pour cette occasion, nous avons choisi avec Tom de ne pas avoir de cavalier même si nous avons quelques noms en tête. Pour cet ultime bal, on voulait être ensemble, rire, s’amuser et ne penser à rien d’autre que faire la fête. Une fois le dernier cours terminé, nous nous dépêchons de regagner la maison. Il est dix-sept heures, ce qui nous laisse peu de temps pour nous préparer.

— Preum’s à la salle de bain ! dis-je en essayant de refermer l’accès à la demeure avant qu’il ne puisse rentrer.

Une course-poursuite dans les escaliers, de petits rires taquins et une porte qui se verrouille, me faisant la grande gagnante de ce périple.

— Tu vas mettre trois heures, Zoé ! annonce-t-il à grand fracas contre la porte.

— Menteur ! Je n’ai pas le temps de toute façon et puis premier arrivé, premier servi.

— Tu as intérêt à te dépêcher !

— Oui, oui.

J’ai à peine fini de me sécher que Tom tambourine à nouveau contre la porte.

— Un instant !

J’allume le sèche-cheveux et les coups contre la porte se font de plus en plus fort. J’ouvre cette dernière et vise Tom avec le séchoir. Ses cheveux partent en arrière tandis qu’il plisse les yeux pour se protéger du souffle d’air chaud qui lui arrive en plein visage. Je l’éteins et le débranche, lui laissant ma place.

— Si monsieur veut bien passer.

— Pas trop tôt, déclare-t-il avec un petit rictus en coin.

— Ce n’est pas parce que je suis en serviette qu’il faut te rincer l’œil.

— Pourquoi manquer une pareille occasion ? demande-t-il en me faisant un clin d’œil avant de fermer la porte de la salle de bain.

Je souris en secouant légèrement la tête. Qu’est-ce qu’il peut être con parfois ! Toujours à me chercher, essayant de faire en sorte que ça me gêne, ou que ça m’énerve, mais je m’en fiche. On se connaît depuis tellement longtemps que je n’ai aucun malaise avec lui. Ce qu’il n’a pas l’air d’avoir compris.

Je termine de me sécher les cheveux et revêts la robe que j’ai achetée la semaine dernière avec Abby. Je m’assieds devant le miroir, finissant de me maquiller légèrement, quand on frappe à ma porte.

— Qui est-ce ?

— C’est moi, répond une voix féminine.

— Tu peux entrer, Abby.

Je me retourne vers la porte. Abby me tend sa main, je la saisis et je me lève. Elle me fait tourner sur moi-même.

— Tu es magnifique ! Tes parents seraient tellement fiers de toi, Zoé... dit-elle en essuyant une modeste larme qui coule sur son visage.

— Ne pleure pas, sinon je vais m’y mettre aussi et il ne faut pas, réponds-je en la prenant dans mes bras, laissant échapper un petit rire. Tu peux m’aider ? demandé-je après un instant en lui montrant le fer à boucler.

Elle acquiesce de la tête et se place derrière moi. Je la regarde faire dans le reflet du miroir et j’imagine cette scène comme si c’était ma mère qui était là... Toutes ces choses, que je n’ai pas connues et que je ne vivrai jamais avec ma mère, me rendent folle de colère à certains moments. Pourquoi le monde est-il si affreux ? Par chance, il me reste Abby, qui me montre ce que c’est d’être une mère affectueuse et chaleureuse. Et bien que ni Tom ni moi n’avons eu une présence paternelle, nous le vivons parfaitement. Il me prouve chaque jour qu’avoir un ami sur qui on peut compter à tout moment est essentiel. C’est vrai qu’il est insupportable parfois, qu’il veut souvent avoir le dernier mot, et qu’il est têtu, mais je l’aime. Je l’apprécie comme le frère que je n’ai jamais eu. Tous les deux, ils sont ma famille depuis quatorze ans.

— Tu es prête, ma belle...

— Merci, Abby. Je descends dans un instant.

Elle me sourit, puis s’en va. J’ouvre un tiroir et prends le carnet qui s’y trouve. Je l’ouvre aussi et écris ce que je ressens au moment présent. « Si la vie m’a appris quelque chose, même si je suis encore jeune, c’est qu’il faut profiter de chaque moment avec ceux qu’on aime avant qu’il soit trop tard ».

— Zoé, c’est l’heure ! crie Tom depuis en bas.

— J’arrive !

Je ferme le cahier, le range à sa place puis je jette un dernier regard dans le miroir avant de descendre les marches, sous les yeux d’Abby et de Tom qui me dévisagent de la tête aux pieds.

— Tu vas les rendre jalouses, dis-moi.

— Tu vas les rendre jaloux, dis-moi.

Nous nous sourions avant que sa mère n’interrompe ce moment pour prendre une photo de nous deux.

— Tom, tiens-la par la taille !

— Maman...

— Ne discute pas.

Il tire une grimace et je ne peux m’empêcher de laisser échapper un petit rire. Nous fixons la caméra tandis qu’Abby capture des portraits en rafale puis nous sortons. Tom m’ouvre la portière, tel un gentleman puis nous faisons un signe de la main à Abby à travers la fenêtre et nous prenons la route sur la mélodie de « Footloose » de Kenny Loggins.

Une dizaine de minutes plus tard, nous voilà arrivés sur les lieux du bal de fin d’année. Tom gare la voiture, puis nous rejoignons nos amis, Sam et Cindy, devant la porte d’entrée. Sam porte un smoking classique comme celui de Tom. Il se met à siffler à l’aide de ses doigts, tandis que Cindy pousse des cris, plus aigus les uns que les autres.

— Attention, Sam s’est fait beau ! Il a mis du gel, ricane Tom.

— Eh oui ! Qu’est-ce que tu crois ? rit-il lui aussi en passant sa main dans ses cheveux bruns.

— Il met toujours autant de temps à se coiffer Cindy ?

— Toujours ! rit-elle avant de se retourner vers Zoé. En tout cas, je trouve ta robe magnifique. Ça te va parfaitement les robes bustier miss. Et le rose pâle, c’est très joli.

Je la remercie et lui retourne le compliment, sa robe bleue fait ressortir ses yeux.

— On rentre ? demande Sam, me surplombant de deux têtes.

— Let’s go, Samy ! s’exclame Tom, mettant son bras par-dessus les épaules de son ami et le taquinant par des chatouilles de son autre main.

Nous rentrons dans la salle remplie de lycéens. Des ballons or et noir, accrochés un peu partout, s’accordent avec le thème de la soirée : l’élégance. Katelyne, l’organisatrice du bal de fin d’année, a tenu à ce que celui-ci ressemble aux élèves de dernière année. Quelque chose de raffiné, de chic, de préadulte. Car oui, c’est ce que nous sommes. Dans deux mois, le lycée sera fini et nous rentrerons dans la vie active. Certains iront à la faculté, d’autres trouveront un petit boulot, ou succéderont à l’entreprise familiale, ou alors s’offriront une année sabbatique.

— Salut, vous ! Allez au stand photo et prenez-en une, annonce Katelyne en nous désignant le kiosque de la main.

— D’accord, répond Samy en partant vers ledit stand.

— Tu as fait une très belle décoration, la complimenté-je en posant ma main sur son épaule.

— Merci, Zoé. Dites-moi, tous les deux, pourquoi ne vous êtes-vous pas présentés pour être le roi et la reine ?

Avec Tom, nous nous regardons, un sourire aux lèvres.

— Nous n’avons pas besoin de couronnes pour que les personnes nous apprécient. Autant les laisser à ceux qui ont l’ego trop susceptible, jasé-je avec un rire étouffé qui gagne vite Tom.

— Bonne soirée, Kate, conclut mon meilleur ami avant que nous ne nous éloignions en direction du stand.

Les flashs se succèdent, ainsi que les élèves. Nous faisons une photo tous les quatre, sautant dans les airs, devant un panneau de lettres lumineuses suspendu au mur affichant « Promo 2016 », puis Tom et moi nous faisons photographier rien que tous les deux. Il se place derrière moi, m’entourant de ses bras rassurants et protecteurs. Nous passons ensuite sous une petite arche de guirlandes brillantes conduisant à la foule qui dansent sous l’ambiance du DJ. Nous préférons d’abord aller boire un verre, alors nous nous dirigeons vers le buffet où un professeur veille à ce qu’aucun élève n’amène d’alcool. Nous nous servons nos breuvages en contemplant les danseurs autour de nous. Tout le monde a fait l’effort de bien s’habiller, même les enseignants les plus mauvais en termes de goûts vestimentaires.

Alors que les musiques commencent à devenir beaucoup plus dansantes, la chanson « Marvin Gaye » de Charlie Puth feat Meghan Trainor se fait entendre à travers toute la salle.

— Viens danser, Zoé, dit Tom en me tirant par la main sur la piste.

Je le suis et nous dansons en nous mêlant à la foule, les bras levés, sautant en l’air, en bougeant le bassin et en faisant des mouvements plus déchaînés les uns que les autres. Nous rions, rions de joie, de bonheur. Nos amis nous rejoignent sur la piste et nous nous amusons, profitant du moment présent comme il se doit.

— À tous les amoureux..., déclare le DJ en adoucissant la chanson avant de lancer « The night we met » de Lord Huron.

Nous nous regardons avec Tom, un peu gênés, puis il me tend sa main que je saisis en lui adressant un léger sourire. Lorsqu’il pose son autre main sur ma taille, des frissons parcourent mon corps, un bien-être m’envahit. J’appuie ma tête contre son torse et j’entends les battements de son cœur prendre un tempo effréné. Je respire profondément et sens son odeur. Il a mis le parfum que je lui ai acheté à Noël. Nous restons blottis l’un contre l’autre, dansant doucement, n’ayant besoin de rien, seulement d’être ensemble. Je ne peux pas rêver meilleur cavalier que mon ami de toujours, la personne qui me connaît par cœur.

Une fois la chanson terminée, le DJ coupe la musique, laissant la place au directeur de l’établissement afin qu’il puisse monter sur scène.

— Bonsoir à tous ! J’espère que vous passez une bonne soirée ?

Des hurlements de joie se font entendre dans tous les sens.

— Merci à Katelyne, élève dévouée et sans qui cette soirée n’aurait pas eu une aussi belle décoration, dit-il avant d’applaudir le succès de Kate. Maintenant, que tous les nommés pour le roi et la reine de cette promo 2016 me rejoignent sur scène.

Six personnes montent donc sur l’estrade, le sourire aux lèvres comme si leurs vies en dépendaient.

— Nous avons par conséquent : Ethan, Zach et Keith pour la couronne du roi et pour celle de la reine, nous avons : May, Georgina et Hannah. À présent, je vais ouvrir l’enveloppe, annonce-t-il en associant le geste à la parole. Et le gagnant est... commença-t-il, laissant durer le suspense, scrutant un par un les concurrents. Ethan et May, félicitations à vous deux.

Nous les applaudissons et le directeur Jackson leur remet les couronnes. Il fait un signe au DJ pour permettre aux vainqueurs d’aller sur la piste de danse. Nous les regardons un moment avant de les rejoindre pour un autre slow.

— C’était sûr qu’ils allaient gagner.

— Évidemment, ils terrifient tout le monde comme les bad boys dans les films.

Nous pouffons de rire. Cette soirée est idyllique, rien ne peut égaler le fait d’être dans les bras de mon meilleur ami. Je l’aime tellement que je ne sais pas si je serais capable de vivre sans lui...

CHAPITRE 2

ZOÉ

8 avril 2017

Les rayons du soleil illuminent mon visage. J’ouvre difficilement les yeux et tourne la tête vers mon radio-réveil qui affiche un peu moins de onze heures. Le réveil est éprouvant, la nuit a été bien trop courte. Je sors de mon lit, allant devant mon miroir où je me brosse les cheveux tout ébouriffés de mon lourd sommeil. Les mèches fusent dans tous les sens. Pitié, elles vont me rendre dingue. Même lorsque je les ramasse dans un chignon, celles-ci tentent de s’échapper de l’élastique rouge. L’odeur délicieuse du cacao me fait vite oublier ce combat matinal. Je descends et retrouve Abby en train de faire son moelleux au chocolat.

— Coucou Abby…

— Dur le réveil, hein ? dit-elle en riant, le sourire aux lèvres.

— Oui, tu fais un gâteau pour son anniversaire ?

— Exact, on le mangera pour le dessert à midi, répond-elle en plaçant ledit gâteau au four.

— Tu as besoin d’aide ?

— Tu n’as qu’à mettre la table, si tu veux.

— Il dort encore, Tom ? demandé-je en m’exécutant.

— Non, il est parti ramener son costume à la boutique.

— Ah d’accord.

— Ça va toi ? Tu n’as pas l’air bien…

— Si si… juste la fatigue, mais cet après-midi, une bonne sieste devant un film et c’est reparti, expliqué-je avec un léger sourire.

Une drôle de sensation se fait sentir en moi. Et je ne sais pas si c’est à propos du rêve que j’ai fait cette nuit. Un désir dont j’aurais pu me passer avec plaisir et qui me tourmente.

Une fois le couvert mis, je monte dans ma chambre et m’habille simplement d’un jean foncé et d’un haut large beige. Je reste dans ma chambre et me mets à écrire dans mon carnet quand j’entends la porte de la chambre de Tom se refermer. Je clos alors mon cahier et nous nous retrouvons sur le palier de nos chambrettes.

— Salut toi ! lance Tom en m’adressant un large sourire.

— Salut…

— À table ! crie Abby depuis la cuisine.

Nous la rejoignons et nous asseyons à table. Abby nous pose un tas de questions sur la soirée de la veille et nous lui répondons avec plaisir, en plaisantant sur le roi et la reine. Après avoir fini de manger le poulet, Abby me fait un signe de la tête et je comprends qu’il faut que j’aille chercher le gâteau. Je place les bougies en forme d’un et huit dessus et les allume, puis je m’avance vers Tom. Nous nous mettons à chanter la traditionnelle chanson d’anniversaire sous le regard radieux de Tom.

— Fais un vœu ! le persuadé-je en posant la pâtisserie devant lui.

Il garde un instant les yeux clos avant de souffler les bougies qu’il éteint d’un coup sous nos applaudissements. Il coupe ensuite le gâteau, se réservant une grosse part, le moelleux au chocolat étant son préféré. Nous finissons de manger, et pendant que l’on débarrasse, je ressens la fatigue de la nuit courte que j’ai passée.

— Je vais aller me reposer dans mon lit, devant un DVD, signalé-je d’une petite voix.

Il me sourit puis je monte dans ma chambre, où je lance sur le téléviseur « PS : I love you ». À peine installée et le film commencé, quelqu’un frappe à ma porte.

— Oui ?

— Salut… Je peux m’incruster ?

Je me décale et tapote la place du lit à côté de moi. Tom sourit et s’allonge à mes côtés. Ma tête posée contre son épaule, je sens mes paupières se fermer peu à peu jusqu’à tant que le son de la télévision ne me parvienne plus.

— Zoé ? Tu es prête ?

J’ouvre les yeux en sursaut, ainsi que Tom qui s’est lui aussi probablement endormi. Abby, un air surpris et gêné ressort de la chambre en s’excusant de l’intrusion. Nous nous regardons avec Tom et rions de la situation.

— Il est presque dix-huit heures… On a beaucoup dormi saperlipopette !

— Saperlipopette ? Tu es sérieuse là ? dit-il d’un fou rire.

— Mais quoi ? Ce n’est pas bien de se moquer ! Allez, file de ma chambre, dis-je en lui lançant un oreiller.

— J’y vais, j’y vais, s’exclame Tom en levant les mains comme si c’était un criminel. Au fait, tu ronfles quand tu dors, lâche-t-il avant de vite fermer la porte.

J’aurais aimé lui courir après, mais le temps tourne. Je me lève de mon lit et me dirige vers la salle de bain pour me préparer : mascara, eye-liner, et j’enfile un chemisier blanc avec un jean et des bottines noires à talon haut. Après avoir vérifié que je n’ai rien oublié, je descends dans le salon, où je trouve Abby en train de lire.

— Je suis prête, annoncé-je. Qu’est-ce que tu lis ?

— Un roman de Guillaume Musso, un écrivain français. Tu connais ?

Je hoche négativement la tête puis Abby reprend :

— Tom est prêt ?

— Je ne sais pas.

— On parle de moi ? s’annonce-t-il en faisant irruption dans l’encadrement du séjour.

— Que vous êtes beaux tous les deux ! déclare Abby d’un ton joyeux en posant son livre et se levant du canapé.

Nous sourions puis nous partons direction le restaurant. Abby se gare et nous la suivons jusqu’à un établissement très raffiné, Le Petit Paris.

— Même si vous n’êtes jamais allé à Paris, avec ce restaurant, vous allez goûter un peu sa gastronomie !

— Merci maman ! déclare Tom en la prenant dans ses bras.

Nous rentrons dans le restaurant et tout est tellement élégant que j’ai soudain l’impression d’être dans un autre monde. De petites tables rondes recouvertes de nappes blanches sont disposées un peu partout. Une photo de la tour Eiffel est tapissée sur tout le mur au fond de la salle. Un employé nous accompagne à notre table et un instant plus tard, un serveur vient prendre notre commande.

Alors que le repas se passe à merveille, nous ne nous quittons pas du regard avec Tom et nous nous chamaillons comme de vrais enfants. Nous mangeons le dessert en discutant de nos avenirs proches. Avocate pour moi, et médecin pour Tom.

— Mais avant ça, il faut réussir nos longues années d’études, annoncé-je.

— En espérant que nous soyons acceptés dans les facultés que nous avons demandées, ajoute Tom.

— On le saura dans moins de deux mois...

— C’est sûr que vous allez être pris, déclare Abby avec un grand sourire.

— On verra bien, conclus-je.

Lorsqu’à la fin de la soirée, nous quittons le restaurant pour rejoindre la voiture, nous sommes interpellés par plusieurs voix provenant de l’ombre.

— Tom, Zoé !

— Hey ! Ça va vous deux ? demandé-je.

— Impeccable, on s’apprêtait à aller au bowling. Vous voulez venir ? propose Sam.

Nous regardons Abby, qui nous fait signe d’y aller.

— Amusez-vous bien les jeunes ! s’exclame-t-elle en montant dans la voiture.

— On vous suit, ajoute Tom.

Nous nous mettons donc tous les deux en route avec Sam et Cindy, et rentrons dans le bowling qui n’est qu’à quelques rues de là. Les pistes sont bondées. Les rires et les sourires fusent de toutes parts ainsi que les quilles qui tombent en trombes.

Nous changeons nos chaussures avant de nous avancer vers la piste dix-sept. Cindy commence et crie de joie quand elle obtient un six comme score. Ensuite, c’est au tour de Sam qui fait un spare, ravi, il lève le poing en l’air en vue de sa victoire. Vient mon tour : je lance la boule dans l’une des gouttières. Je soupire de cette malchance que j’ai.

— Ah, bravo Zoé ! me taquine Tom.

— Je n’ai pas dit mon dernier mot, rétorqué-je.

Je lance ma deuxième boule, qui fait un meilleur score que la première.

— Huit ! C’est déjà ça..., blague Tom en grimaçant.

— Tu sais ce qu’on dit : rien ne sert d’aller trop vite, il faut juste partir à point, lui rappelé-je le dicton avant de reprendre. Vous voulez quelque chose à boire ?

— On verra bien, et un soda s’il te plait, demande-t-il en se levant pour choisir sa boule.

— Pareil que Tom, déclare Sam.

— Je vais venir avec toi.

Cindy me suit jusqu’au bar du bowling et nous commandons nos verres.

— C’est quoi ces regards avec Tom ?

— Quels regards ?

Elle m’observe avec l’air de vouloir dire « Tu te fiches de moi ».

— Je suis sûre qu’il se passe quelque chose entre vous.

— Je t’assure qu’il ne se passe rien entre nous. Bon dieu, c’est Tom, je le connais depuis que je suis née.

— Justement.

— Tu ne racontes que des bêtises, soufflé-je en donnant l’argent au barman.

— Un jour, tu me diras que j’avais raison.

— Tu rêves.

Ma meilleure amie à la chevelure brune me fait un grand sourire et récupère les deux boissons restantes. Comment peut-elle penser une chose pareille ? Ensemble ? Nous deux ? Non... Cindy se fait des illusions. Nous retournons auprès des garçons qui patientent gentiment assis sur les sièges tout en discutant.

— Et comme toujours, ce sont elles que nous attendons, râle Tom en se levant, aussitôt imité par Sam.

— Et comme toujours, ce sont les garçons qui se plaignent, rétorqué-je. Je lance un grand sourire à mon ami puis nous prenons nos breuvages et nous trinquons.

— À l’anniversaire de Tom... Même si c’était hier ! déclare Sam.

— À Tom ! dit-on en cœur.

Et nous buvons en continuant de jouer, totalement sous l’emprise du bonheur. Quand nous arrivons à la dernière manche, Sam et Tom sont à égalité.

— Lequel des deux remportera cette partie ? dis-je en jouant à la présentatrice, la main armée d’un micro invisible.

— Soyons joueurs ! Celui qui perd devra payer sa tournée dans la boite de nuit où nous avons l’habitude d’aller. Ça marche ? défie Sam en présentant sa main.

— Marché conclu ! répond Tom en lui serrant la main. À toi l’honneur.

Alors que Sam prend la boule numéro treize, en faisant son malin, il se prépare, le regard tourné vers la piste, avant de lancer sa boule.

— C’est un strike, crié-je. Va-t-il en faire un deuxième ?

Il prend une deuxième boule, avec son plus beau sourire aux lèvres. Il tire une deuxième fois, avec autant de vivacité que pour la première, et la boule renverse pratiquement toutes les quilles sauf une, qui valse.

— Tombe, tombe, marmonne Sam.

Il se retourne, le visage dépité. Il lui reste une quille et une dernière boule pour avoir le plus haut score possible. Les deux concurrents se dévisagent. Avant que Sam lance sa dernière opportunité, Tom n’hésite pas à essayer de le déstabiliser.

— Ne t’en fais pas Sami. Si tu perds, je te promets d’être là pour te le rappeler à chaque instant de ta vie, nargue Tom avec un grand sourire accompagné d’un léger rire.

Sam lance sa dernière chance ; malheureusement, sa boule passe à côté de la quille.

— Tu auras au moins essayé, frime Tom en posant sa main sur l’épaule de son ami.

Il prend la boule numéro douze, se prépare mentalement et sans trop hésiter, il la lance, avec la même rapidité que Sam.

— Tom suit Sam en faisant un strike lui aussi. Va-t-il réussir son deuxième ? La tension est à son comble. Sam se mord les doigts. Tom prend sa deuxième boule et se prépare à lancer…

— Zoé, tu veux bien la fermer un instant s’il te plait ? me demande Tom.

Je fais le signe de bouche cousue. Après quelques secondes, Tom lance la boule qui les fait toutes tomber. Avec Cindy, nous applaudissons les exploits de Tom et la détermination de Sam.

— L’important, c’est de participer, réconforte Cindy en embrassant la joue de son copain.

— Ça se voit que ce n’est pas toi qui as perdu…, répond Sam légèrement déçu.

— Mon vieux, la prochaine fois, je te laisserai gagner.

Tom lance quand même sa dernière boule laissant seulement une quille debout. Une victoire fortement méritée.

— Allez venez, on y va.

Nous payons et partons. Sam nous emmène dans la boite de nuit du coin, le Club Crawl. La queue est immense, mais il nous fait passer devant tout le monde et salue son frère, Jake qui est le vigile. Ils se font une accolade puis il nous laisse entrer. Nous nous dirigeons directement vers le bar où nous commandons nos verres d’alcool. Même si nous n’avons pas l’âge requis pour en boire, la barmaid, Shirley, étant la petite amie de Jake et nous connaissant, nous laisse nous abreuver sans rien dire.

La salle est remplie et les spots de lumières nous éblouissent. Alors que Tom est assis au comptoir, Sam, Cindy et moi décidons d’aller danser. Nous nous déhanchons comme si nous étions seuls, comme si le monde nous appartenait.

Comment se sentir merveilleusement bien ? Être avec les personnes qui comptent à vos yeux. S’amuser avec ces personnes-là et savourer le moment pour qu’il reste gravé à jamais dans votre mémoire, pensé-je en regardant mes amis et en fixant Tom qui enchaine les verres de vodka, d’un regard songeur comme si quelque chose le frustrait. En l’observant, un sentiment bizarre m’envahit, peut-être de la peine de le voir avec cet air triste...

— Tu veux boire un verre de plus, Zoé ? me demande Cindy en me sortant de mes pensées.

— Une autre Limonade Absolut s’il te plait, lui réponds-je en lui donnant mon verre.

Je poursuis la danse avec Sam quand je sens quelqu’un m’enlacer de ses bras. Je les serre contre moi, sentant son parfum sucré et je me retourne doucement pour le voir. Tom. Nous échangeons un sourire et dansons main dans la main tout en nous regardant droit dans les yeux. Et c’est alors que cette sensation refait surface. Nous ne nous quittons pas du regard et continuons à danser ensemble comme si nous étions en phase. Du moins, c’est ce que j’éprouve. Il m’est impossible de penser à autre chose qu’à lui. Je ne sais pas si c’est l’ambiance ou le fait que nous soyons plus qu’alcoolisés qui nous rapprochent de façon dangereuse. Quelques centimètres de plus, à chaque battement de cœur, jusqu’à ce que nous arrêtions de danser. Nous nous regardons dans le vert profond de nos yeux. Cette fois, je ressens parfaitement cette sensation, comme si elle envahissait tout mon être. C’est comme dans mon rêve... Quand je le regarde, je ne le vois plus comme Tom, mon meilleur ami, mais comme quelqu’un que je désire de plusieurs manières. Lorsqu’il pose sa main sur ma joue, des frissons parcourent mon corps. Il avance doucement ses lèvres jusqu’à tant qu’elles touchent les miennes avec subtilité et tendresse. À cet instant précis, nous sommes justes tous les deux, ensemble, à jamais...

CHAPITRE 3

ZOÉ

9 avril 2017

Je me réveille avec un mal de tête et une lourde sensation de culpabilité. Les souvenirs d’hier soir reviennent comme un mauvais rêve. Qu’a-t-on fait ? Ce baiser va rendre notre amitié ambiguë et bizarre.

Je regarde l’heure et je n’ai qu’une envie, me rendormir et me réveiller une bonne fois pour toutes sans avoir embrassé Tom... Des lèvres douces et des baisers tendres. Nous ne cherchions rien et pourtant, c’est arrivé. Je récupère mon téléphone sur la table de chevet et vois un message de Cindy accompagné d’une pièce jointe : une photo de Tom et moi, nous embrassant au milieu de la foule. « Qui avait raison ? », m’écrit-elle. Le sourire que j’affiche en lisant ce message s’efface aussi vite qu’il est apparu lorsque j’ouvre la photographie. Nous avons l’air d’être en symbiose, tel un vrai couple. Regarder la photo me déchire un peu plus le cœur. Je verrouille mon portable et fixe le plafond. Ai-je de véritables sentiments amoureux ou était-ce juste l’alcool et l’affection que je ressens pour lui qui m’ont poussée à faire ça ? Mes émotions sont brouillées et, par conséquent, des tas de questions tournent en boucle dans mon cerveau, en plus de la gueule de bois. Je mets un gilet en laine puis je descends jusqu’à la cuisine prendre une aspirine. Je suis à peine entrée que j’aperçois Tom, la tête baissée vers son verre d’aspirine lui aussi.

— Salut, dis-je d’une petite voix.

— Salut, dit-il en relevant le visage vers moi.

Dois-je engager la discussion la première sur ce baiser ou attendre qu’il le fasse ? pensé-je en me préparant mon verre d’aspirine et un café. Il a l’air d’être autant préoccupé que moi. Je m’assieds en face de lui et bois mon verre.

— Zoé, que s’est-il passé hier soir ? bredouille-t-il, l’air perdu.

— Je... De quoi te rappelles-tu ?

— C’est flou, répond-il en passant sa main dans ses cheveux. Nous avons mangé avec ma mère, nous avons fait un bowling avec Sam et Cindy. Il a perdu alors il a payé sa tournée en boite, mais à partir de là, c’est le brouillard..., reprend-il en me regardant droit dans les yeux.

Est-ce qu’il dit la vérité ? C’est vrai qu’il aurait pu tout oublier vu tous les shots qu’il a enchainés, mais est-ce que ça arrive réellement de perdre la mémoire, en dehors des films ? Je préfère lui mentir et enterrer cette histoire. Ce doit être le destin, s’il ne se souvient plus de rien. C’est surement mieux ainsi, au moins nous pouvons laisser notre amitié indemne, sans cet incident. Une larme silencieuse coule sur ma joue et je l’essuie rapidement avant qu’il ne s’en rende compte.

— Alors ? rétorque Tom.

— Euh… Rien d’important. Nous avons bu, dansés et on s’est beaucoup amusés...

— Ah, d’accord.

— Tout va bien ? demandé-je en absorbant quelques gorgées de café.

— Oui, oui, j’ai juste une sensation bizarre, mais ce n’est certainement rien.

— Surement, dis-je en prenant un air innocent et en esquissant un léger rictus.

Je finis ma tasse et la mets dans le lave-vaisselle puis je monte dans ma chambre où je m’écroule sur le lit, le visage sans expression, repensant à ce qui s’est passé ces dernières vingt-quatre heures. Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, toute une journée vient de passer sans que je m’en rende compte. Je m’installe face à ma coiffeuse et je prends le carnet noir qui est rangé dans le tiroir, et j’écris ce qui vient de se produire ainsi que les questions que cela a provoquées en moi.

Une fois mes pensées couchées sur le papier, je me dirige vers la salle de bain, et laisse couler l’eau chaude pour prendre un bain. Je lance ma playlist sur mon téléphone, passant de Meghan Trainor avec Dear Future Husband à Lord Huron et d’autres encore. Je me laisse glisser au fond de la baignoire, écoutant les paroles et ne réfléchissant plus à rien... Du moins, j’essaie.

— Le repas est bientôt prêt ! crie Abby depuis la cuisine.

Je dois donc écourter ce moment et finir de me laver, de me remettre de cette culpabilité, de mes émotions. Je n’ai pas envie de faire souffrir qui que ce soit alors si mentir est le mieux dans cette situation. Mentons… Je descends et rejoins Tom et Abby qui se trouvent déjà assis.

— Tu as fait des lasagnes ! Ça sent terriblement bon, m’exclamé-je en souriant.

— Merci Zoé.

Le diner se passe dans le calme mais je ressens un malaise même si tout paraît normal. Tom me parle comme si rien ne s’était passé, quant à sa mère, elle ne se doute de rien. Je m’efforce de sourire, même si je n’en ai pas envie. Ce baiser m’a bouleversée... A-t-il eu raison de nous ? Sommes-nous faits pour être ensemble ? réfléchis-je en le regardant d’un œil discret.

Tom et moi débarrassons la table et nous souhaitons bonne nuit. Une fois dans ma chambre, je me mets au lit, prends mon portable et compose le numéro de Cindy.

— Allô ?

— Cindy. J’ai quelque chose à te dire...

— À propos d’hier soir ?

— Oui...

— Je t’écoute.

— Promets-moi que Sam et toi, vous ne direz jamais à Tom ce qui s’est passé entre nous en boite ?

— Pourquoi ça ? Il doit le...

— Il ne s’en souvient plus, la coupé-je. Et je ne veux pas qu’il le sache, ça serait trop bizarre entre nous. Dis-le à Sam, qu’il ne fasse aucune maladresse quand il verra Tom. Je t’en supplie...

— Je te le promets, Zoé.

— Merci.

— Tu souhaites en parler ?

— Non, réponds-je après un moment de silence. Bonne nuit et à demain.

— Bonne nuit, et je suis là si tu as besoin.

— Je sais...

Je raccroche, pose mon portable sur ma table de nuit et éteins la lumière, me laissant vite sombrer dans les bras de Morphée.

Le lendemain matin, je me lève en sursaut à cause de ce maudit réveil. Une nouvelle journée a commencé. Une autre journée où je vais devoir oublier et faire semblant que rien ne s’est passé. Je prends mes affaires dans mon armoire et pars dans la salle de bain où je me lave et me prépare. Comme à son habitude, Tom essaie d’ouvrir la porte et je réplique.

— Tu n’as qu’à te lever plus tôt !

— Fait chier ! râle-t-il derrière la porte.

Je souris en finissant de me maquiller « Une bonne journée aujourd’hui », me répété-je en mettant mon rouge à lèvres. Je me regarde une dernière fois dans le miroir avant de souffler un coup et sors de la salle de bain. Je descends dans la cuisine où une tasse de café et un croissant m’attendent sur la table. Je m’assieds en face de Tom en le remerciant de cette délicate attention.

— Où est Abby ? demandé-je en mordant dans la viennoiserie.

— Elle est déjà partie au travail, elle avait une réunion tôt ce matin, dit-il en achevant son café et le mettant au lave-vaisselle. Je vais finir de me préparer. On part dans dix minutes ?

J’acquiesce et termine mon petit-déjeuner dans le calme. Je nettoie la table et monte dans ma chambre pour enfiler mes converses blanches et prendre mon sac à bandoulière. En sortant de ma chambre, je tombe nez à nez avec Tom qui sort de la sienne.

— Synchro !

— Comme toujours, réponds-je. On y va ?

— Je te suis.

Nous descendons l’escalier. Tom ferme la porte à clé et nous partons prendre le bus jusqu’au lycée. Une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons devant le portail où nous retrouvons Cindy et Sam que nous saluons, et nous nous dirigeons tous en salle de classe. Les matières se succèdent ainsi que les derniers examens avant ceux du bac. À la pause de midi, alors que nous mangeons des menus achetés au fast-food, sur l’une des tables de pique-nique, Zach, un des joueurs de l’équipe de basket, s’approche de nous.

— Que veux-tu ? demande Sam.

— Je souhaite juste dire à Zoé que je l’ai trouvée très jolie au bal de fin d’année.

Les visages de mes amies se tournent vers moi. Je soulève une main pour me protéger du soleil et lève les yeux pour regarder Zach. Un tee-shirt blanc moule parfaitement les biceps du jeune homme au sourire ravageur et au petit cul bombé. Qui n’a jamais jeté un œil... ou deux aux sportifs de son lycée...

— Merci, dis-je en souriant.

— Ça te dirait d’aller boire un verre, un de ces soirs ?

— Je ne sais pas trop...

— Quand tu sauras, appelle-moi.

Il prend un stylo qui traîne sur la table, prend ma main et écrit son numéro dessus avant de repartir aussi soudainement qu’il était arrivé. Cindy saisit mon poignet et examine les chiffres.

— Xoxo, Zach ! Tu vas l’appeler ? demande-t-elle.

— Je ne sais pas, réponds-je en regardant dans la direction du jeune homme qui fait des passes de basket un peu plus loin.

— À ce qui paraît, c’est un bon coup, déclare Sam.

— Ça ne va pas ? lui demandé-je en lui filant une petite tape sur le bras. Je ne coucherai pas avec lui. Certes, il n’est pas aussi arrogant qu’Ethan mais il est imbu de lui-même, comme toute l’équipe d’ailleurs. Les deux seuls côtés positifs que je pourrais leur trouver, c’est qu’ils remportent beaucoup de victoires pour le lycée et que ce sont de bons vivants.

— Pas faux, rétorque Cindy.

Nous continuons à déjeuner tout en révisant. La demande de Zach m’a prise au dépourvu… Pourquoi se manifester que maintenant, alors que la fin du lycée va bientôt se terminer ? Je regarde discrètement Tom. Le seul qui n’a rien dit sur Zach. C’est à peine s’il a fait attention à la discussion, comme s’il n’était pas là. Tout comme s’il s’en fichait éperdument...

***

Les semaines passent. Le vent souffle les nuages qui laissent place au soleil et à la chaleur caractéristiques de Los Angeles. Les derniers examens arrivent à grands pas, ne laissant aucune liberté pour les promenades sur la plage de Santa Monica et aux tours de manège sur la jetée. De toute façon, toute seule, ce n’est pas très amusant. Bien que je ne voulais pas que ça arrive, une tension est née entre moi et Tom depuis que nous nous sommes embrassés. Je sais qu’il n’est pas au courant, mais c’est bizarre. Je ne parviens pas à l’oublier, et ça me gêne d’autant plus pour communiquer avec lui. Nous nous sommes éloignés l’un de l’autre et ça n’a pas l’air de le déranger plus que ça, ce qui me brise le cœur.