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Léon Gressin, historien et professeur d'histoire à l'université Jean Moulin à Lyon est passionné de la Seconde Guerre Mondiale. L'ensemble de ses travaux et des livres qu'il a écrit concerne cette période mais sous différents aspects. Alors qu'il effectue des recherches qui consistent à répertorier les juifs déclarés sur des registres afin de connaître ensuite ce qu'ils sont devenus, il reçoit une lettre d'un vieil homme affirmant vouloir le rencontrer pour lui livrer son témoignage sur la Seconde Guerre Mondiale avec une vérité qu'il est le seul à connaître et lui donne comme preuve une photo. Aux premiers abords, Léon n'y croît pas une seconde et laisse la lettre de côté mais connaissant son ami avide de théories farfelues sur l'Histoire ou les extra-terrestres, il la lui montre et son ami se met à faire des recherches sur la photo pour convaincre Léon d'aller rencontrer le vieil homme. Que vont-ils découvrir? Un vieux fou sénile ou une terrible vérité qui changera à jamais la conception de l'Histoire telle que nous la connaissons?
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Seitenzahl: 481
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Chapitre XI
Chapitre XII
Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
Chapitre XVI
Ambroise Chagnot, 98 ans, se leva de son lit et s’avança jusqu’à la fenêtre de sa chambre afin d’observer le lever du soleil. Il se disait que son heure allait bientôt arriver, il avait de plus en plus de mal à bouger sans que les douleurs ne se fassent sentir pourtant il était le doyen de la maison de retraite « La vallée verdoyante ». Tout les pensionnaires valides ainsi que tout le personnel avaient organisés il y a quelques semaines une fête pour son anniversaire.
Cela faisait 6 ans qu’il avait décidé à contre coeur de s’installer ici malgré sa validité mais il sentait qu’il commençait à être un poids pour sa famille qui devait de plus en plus l’aider dans les tâches quotidiennes comme les courses, l’emmener chez le docteur. Il se sentait encore jeune dans sa tête, il n’avait pas vu les années passées depuis qu’il était arrivé en France en 1939 à l’âge de 20 ans. Il n’aurait jamais cru qu’il survivrait à sa mission et encore moins qu’il rencontrerait l’amour dans ce lointain passé. Grâce à Marguerite, il avait trouvé la force de continuer à vivre dans ce monde dévasté et aux outils archaïques. Ils vécurent heureux jusqu’à ce que la maladie emporta Marguerite dans sa 81 année et depuis Ambroise vivait l’esprit dans le passé.
Jusqu’à ce jour, il n’avait jamais raconté à qui que ce soit la mission secrète qui l’amènerait à mourir avant même qu’il ne naisse. Depuis, après avoir ressassé le passé et ses souvenirs maintes et maintes fois depuis plus de quinze ans et maintenant qu’il sentait sa vie venir à son terme, il se posait la question cruciale de savoir si oui ou non, il devait raconter la vérité à quelqu’un. Les événements tragiques qui se passaient régulièrement dans le monde et même en France comme les attentats contre des innocents à Paris, Nice et partout dans le monde lui avait fait perdre l’espoir qu’il avait mis en l’humanité lorsqu’il s’était engagé dans cette fameuse mission il y a 78 ans.
L’individualisme augmentait, la haine et le racisme devenait grandissant à cause de ces terroristes, des guerres qui n’avaient cessées mais aussi à cause des politiciens partout dans le monde qui ont pour devise de diviser pour gouverner . Il avait remplacé un chaos par un futur autre chaos en devenir. Serait-il pire que celui dans lequel il était né et avait grandi ? Il n’en avait aucune idée et afin que le sacrifice de sa vie et des gens qu’il a connus ne soit pas vain, il pensait de plus en plus à révéler la vérité sur leur monde actuel et celui que l’humanité avait évité à une personne qui pourrait la raconter, espérant que cela servirait à apaiser les tensions entre les pays et les peuples s’ils savaient dans quel monde ils vivraient si lui et ses comparses n’avaient pas accepté de partir pour l’inconnu pour changer l’histoire.
Il fut sorti de ses pensées par l’aide soignante venant le chercher pour l’amener à la salle à manger pour prendre son petit déjeuner.
- Comment va mon patient préféré ce matin ? Vous êtes toujours aussi matinal, j’espère que vous avez bien dormi quand même ? ,lui demanda-t-elle
- Oui ça va comme un vieux de mon âge, autant dire que je pète la forme, répondit Ambroise, j’ai même très faim.
-En route chef, allons-y . Allez hop, on s’installe dans le fauteuil.
Arrivé dans la salle de repas, il rejoignit André et Eugène, ses copains de retraite et ils prirent leur petit déjeuner dans la bonne humeur et leurs sujets favoris : le temps, la pétanque qu’ils allaient ou non pouvoir faire en fonction de la météo. Cependant, André et Eugène avait remarqué depuis quelques jours qu’Ambroise n’était plus vraiment lui-même. Il leur semblait préoccupé mais à chaque fois qu’ils avaient essayé de questionner Ambroise, ils n’avaient pour réponse qu’il dormait mal et qu’il était un peu fatigué. André et Eugène connaissant bien leur ami, savaient que ce dernier leur cachait la vérité sur son état mais pensaient qu’il avait des problèmes de santé dont il ne voulait pas leur faire part.
-Salut l’ami, dit André à Ambroise.
-Salut les amis, répondit ce dernier.
-Çà n’a pas l’air d’aller ce matin. Tu as des soucis de santé ? Tu peux tout nous dire tu sais, on est tes amis. On est là pour toi si tu as besoin, ajouta Eugène.
-Á mon âge, on a forcément des problèmes de santé. Mais en ce moment, je me sens plus fatigué que d’habitude c’est tout, lui répondit Ambroise.
Ils étaient bien loin du compte au final, Ambroise était uniquement préoccupé sur son dernier devoir à faire avant de quitter ce monde. Il avait signé un contrat avant de s’engager dans sa mission et dans celui-ci il était bien spécifié qu’il ne devait rien dévoilé de sa mission ni pendant ni après qu’elle soit finie. Cependant, il se disait que c’était du gâchis de priver l’humanité de la vérité surtout si elle pouvait changer les choses pour ses propres descendants. Il pensait que peut-être cette mission avait finalement échouée et que l’homme était voué à la destruction quoi qu’il arrive.
Ambroise retourna dans sa chambre en prenant le soin de voler le journal quotidien comme chaque matin. Dans le journal, on parlait des célébrations du 8 mai 1945 avec le nouveau président français et en bas de page, il vit une interview d’un historien Léon Gressin qui faisait une exposition dans un musée de la grande ville de Lyon.
Cet homme avait consacré sa vie au devoir de mémoire concernant la seconde guerre mondiale autant sur les résistants, le génocide des juifs que des civils. Il semblait être la personne parfaite à qui Ambroise pouvait livrer son secret. Le déclic avait enfin eu lieu dans sa tête et il allait trouver le moyen de contacter cet historien et le convaincre de l’écouter et surtout de croire son récit. Il avait peur de passer pour un vieux fou sénile mais peu importe il prendrait le risque, pour lui, il fallait qu’il fasse quelque chose de ses souvenirs qu’il était le seul à posséder. Il ne savait pas ce qu’était devenu les autres membres de sa mission et il n’avait pas le droit de chercher à savoir si ses frères d’armes avaient survécu ou non et de toute façon il ne savait pas qui était parti en même temps que lui, le contrat le lui interdisait aussi.
La décision prise, il se laissa quelques jours pour mettre au point un plan d’attaque pour approcher l’historien. Il savait que la tâche ne serait pas facile quand bien même l’approche ne serait pas le plus gros problème.
Il s’allongea donc sur son lit pour réfléchir à tout cela et finit par s’endormir. Il se réveilla vers midi. Décidément il était vraiment fatigué, non seulement par les douleurs quand il marchait mais aussi par ses nuits agitées. Ce sujet le préoccupait tellement qu’il rêvait de sa mission et de sa vie d’avant et cela le réveillait en pleine nuit sans pouvoir se rendormir ensuite.
Ce sommeil lui avait malgré tout fait du bien et il reprenait donc le cours de ses réflexions afin de trouver un moyen de contacter l’historien Léon Gressin et de l’intéresser afin qu’il vienne le voir. Il ne pouvait plus se déplacer en voiture seul et il ne voyait pas quelle excuse il pourrait sortir à un de ses enfants pour l’emmener à Lyon. Il y avait plus de 300 km entre Aurillac là où se trouvait sa maison de retraite à Lyon. Il ne voyait vraiment pas l’excuse pouvant prétexter un trajet pareil. Cet historien devait donc venir jusqu’à lui.
Il lui fallait donc une preuve de ce qu’il avançait et il se trouvait que contrairement à ce qu’avait autorisé le contrat, il avait pris une trace de sa vraie vie, une photo de lui et sa famille dans le complexe sous-terrain dans lequel il avait vécu. Il en ferait une copie dans la salle des ordinateurs pendant un cours d’informatique et il en profiterait également pour chercher sur internet l’adresse où écrire à Léon Gressin. Le cours avait lieu le jeudi après-midi, il devait donc attendre encore deux jours mais peu importe son plan était en place.
Après le repas du midi, Ambroise retourna dans sa chambre à pied. Il tenait à continuer de marcher malgré ses douleurs articulaires pour garder une petite condition physique. Il ouvrit la porte de sa chambre et se dirigea de suite à sa table où se trouvait son papier à lettre et ses enveloppes. Il essaya ensuite pendant toute l’après-midi d’écrire le courrier qu’il allait envoyé à l’historien. Cependant il resta longtemps devant sa feuille blanche. Par quoi commencer ? Devait-il se présenter en premier ? Aborder le vif du sujet directement ?
Quand il regarda l’heure, il était déjà presque l’heure du dîner et il n’avait toujours pas écrit sa lettre. Tant pis, il verrait cela le lendemain, il devait rejoindre André et Eugène dans le salon afin de faire une partie de belote avant le repas.
- Vous êtes toujours en avance ma parole les gars, y’a des jolies demoiselles dans le coin au moins, demanda Ambroise.
- Mais non, avec nos têtes, on ne risque pas de séduire qui que ce soit, rigola Eugène. On est juste prêts à attaquer la revanche, on en a marre de perdre avec André, je me demande si je ne vais pas changer de partenaire et me mettre avec Gérard.
- Merci bien, rétorqua André, dis que c’est de ma faute si on perds tout le temps. Dis plutôt que t’es pas doué pour planquer ton jeu.
- Ah enfin !!! Voilà Gérard !!! s’exclama Ambroise. On va pouvoir leur montrer qu’on est les rois de la belote à ces guignols.
- Ouais, c’est parti pour leur mettre leur deuxième branlée de la semaine, annonça Gérard.
La partie de belote commença et Ambroise retrouva son enthousiasme légendaire pendant la partie, il faut dire qu’elles faisaient l’objet de paris en tout genre les parties de belote. Il en était de même avec les parties de pétanque quand le temps le permettait. Ils ne jouaient jamais d’argent mais faisaient des paris stupides comme des enfants à faire au moment des repas ou dans les lieux où tout le monde pouvait les voir. Une fois Eugène, devait recracher sa soupe sur la table mais cette andouille s’était étranglée et avait aspergé toute la table ainsi que ses camarades de repas. Il ne prenait pas ses repas avec Ambroise, André et Gérard car il avait un diabète à surveiller étroitement et mangeait donc avec d’autres diabétiques.
La partie se termina 30 minutes avant le repas et comme depuis le début de la semaine, l’équipe Gérard et Ambroise avait gagné. Les autres, s’ils gagnaient toutes les autres parties de la semaine, pouvaient encore être les vainqueurs et choisir le gage à faire mais Ambroise s’en fichait complètement, il adorait les faire. Il avait l’impression de rajeunir de 30 ans si ce n’est plus.
Le repas fut silencieux à sa table, André faisait la tête. Quel mauvais perdant celui-ci quand même pensa Ambroise. Et il n’avait pas envie de discuter avec les autres car c’était toujours les mêmes sujets de vieux qui revenaient : la santé, le temps, les rhumatismes etc. et il était agacé par ces personnes âgées qui ne faisaient que de se plaindre de leur sort. On naissait, on vivait, on vieillissait puis on mourrait. Point. C’est une fatalité et on le sait dès notre naissance alors pourquoi se plaindre de l’inévitable au risque de faire fuir sa famille et les copains. C’était une chose qu’Ambroise ne faisait pas et ces deux meilleurs amis dans cette maison de retraite étaient comme lui. Heureusement, sinon il se serait sauvé illico pour retourner dans sa maison. Gérard, lui, était un peu geignard mais bon c’était un super camarade de belote donc Ambroise faisait exception pour lui et les rares fois où il avait commencé à se plaindre, les trois autres lui avaient demandé de cesser sinon plus de parties de belote avec eux.
Quand le repas prit fin, Ambroise salua Eugène et retourna dans sa chambre. L’infirmière était passée lui déposer son médicament pour ses rhumatismes. Il le prit et se mit au lit. Comment allez-t-il donner envie à l’historien de venir à sa rencontre ? Il n’avait pas d’autre choix pour lui que de lui envoyer sa photo. Sur celle-ci, il y avait la date de prise ainsi que des technologies inconnues à ce jour derrière lui et ses parents. Il verrait qu’il n’y a aucun trucage et quelque chose de spécial l’attendrait dans cette petite maison de retraite du Massif Central. Enfin Ambroise l’espérait, l’option qui le prenne pour un fou et qu’il ne revoit même plus la photo de ses parents lui avait traversé l’esprit mais il se préférait optimiste. C’était un trait principal de son caractère, sans cela, il n’aurait sûrement jamais réussi sa mission ni à s’adapter à la vie de cette époque jusqu’aujourd’hui.
Il ne lui restait plus qu’une journée à tuer et il se demandait bien ce qu’il allait pouvoir faire pour calmer sa nervosité grandissante. S’il faisait beau, il pensait faire un petit tour dans le parc pour faire un peu d’exercices pour ses jambes et ensuite s’asseoir sur un banc pour observer la vue sur la vallée verdoyante, elle ne s’appelait pas comme çà pour rien la maison de retraite. Il adorait voir cette vallée verte et tous ces arbres, il avait grandi sans et il avait été ébahi la première fois qu’il avait vu un vrai arbre et senti de l’odeur de la nature. Il n’avait senti que l’odeur du métal et de renfermé du complexe sous-terrain dans lequel il avait vécu. Bien sûr dehors, il y avait de la nature mais sortir était un vrai danger pour la sûreté du sous-terrain. Celui-ci était inconnu de l’ennemi et était devenu le refuge de personnes ayant un espoir d’une vie meilleure ou qui ne supportait plus la vie imposé par l’ennemi. Il s’endormit avec ses pensées et rêva de la première fois où il avait vu l’extérieur du complexe par l’écran de surveillance devant lequel l’avait emmené son père à l’âge de 6 ans.
Il se réveilla le mercredi vers 6h comme presque tous les jours et avait enfin bien dormi. Cette décision l’avait apaisé et permit de dormir correctement. Il comptait bien profiter de cette journée qui allait sûrement être ensoleillée quand il vit le ciel en ouvrant ses volets. Il demanderait à André et Eugène s’ils avaient envie de faire une petite partie de pétanque. Depuis le printemps, ils n’avaient pas vraiment pu en faire une, le temps finissait toujours par annuler leurs plans de sortie. Il s’assit dans son fauteuil donnant vue sur la fenêtre et attendit que l’aide soignante vienne le chercher à 7h30 pour le petit déjeuner. Vers 7h, il décida de prendre sa douche, il avait une salle de bain dans sa chambre et pouvait encore faire sa toilette et c’était un privilège qu’il appréciait vraiment et qui l’avait décidé à choisir cette maison de retraite. Les personnes âgées valides pouvaient rester autonomes et leur santé était vérifiée régulièrement. On ne les forçait pas à se faire laver par une aide soignante ni à rester dans leur chambre toute la journée. Il y avait des activités et des sorties pour ceux qui le pouvaient et c’était vraiment appréciable.
À 7h30, la jolie Cécile arriva avec le fauteuil roulant pour aller dans la salle de repas. Ambroise pour changer était de bonne humeur et ses amis André et Eugène le virent de suite quand il entra dans la salle. L’aide soignante le dirigea jusqu’à la table d’André et Ambroise se leva pour s’installer à côté de lui. Les biscottes, le pain, le beurre et la confiture étaient déjà sur la table et le café allait bientôt être servi. Ambroise en profita pour demander à son ami ce qu’il comptait faire de sa journée.
- Bonjour André, comment vas-tu ce matin ?, demanda Ambroise.
- Bien et toi ? T’as l’air d’aller mieux aujourd’hui, une raison particulière ?, répondit André.
- Oh que oui, tu as vu le temps qu’il va faire aujourd’hui, je vais pouvoir faire une petite balade le matin et admirer la vallée. Et si toi et Eugène vous avez envie, on peut se faire une partie de pétanque cet après-midi. Tu veux toi ?, dit Ambroise
- Oui je veux bien, il faut profiter du soleil tant qu’il y en a et puis en mai c’est pas encore trop étouffant. Je pense qu’Eugène sera partant aussi, il va encore ronchonner que l’on triche car il perds toujours mais que veux-tu, un mauvais perdant restera toujours un mauvais perdant. On lui demandera quand on sortira en espérant qu’il ne courre pas jusqu’à sa chambre pour son popo quotidien, rigola-t-il.
- C’est quoi cette histoire de popo quotidien? s’amusa Ambroise.
- Hier, il m’a raconté que depuis quelques jours, dès qu’il avait fini un repas, il fallait qu’il aille aux toilettes fi-çà. Tu vois ce que je veux dire, ajouta André.
-Oui, je vois. Pauvre Eugène !, s’exclama Ambroise tout en pleurant de rire.
Il n’avait pas ri de cette façon depuis un bon moment déjà. Le café arriva enfin et il mangea comme un ogre. Celui qui avait inventé les dentiers était un génie, il ne se voyait vraiment pas manger de la bouillie parce qu’il n’avait plus de dents. Il se leva en même temps qu’André pour rejoindre Eugène avant son fameux popo et ils réussirent. Il leur dit qu’il était d’accord et partit aussi vite que son ombre dans sa chambre. Inutile de rappeler pourquoi.
André partit dans sa chambre également lire le journal. Mais Ambroise n’avait pas du tout envie de lire le journal et s’empressa de sortir dans le parc. Il marcha le long des allées boisées, c’est fou comme leur parc était grand. N’importe qui pouvait s’y perdre dans ce dédale d’allées arborées. Il marcha pendant une trentaine de minutes, ses jambes ne lui permettaient pas plus puis il se dirigea tranquillement vers son banc favori, celui qui donnait sur la vallée. C’était son moment à lui, là où il pensait à ses années de bonheur avec Marguerite mais aujourd’hui, ce n’était pas seulement à elle qui pensait mais il se remémora tous les moments importants de sa vie. Ses pensées furent coupées par la jolie Cécile qui le cherchait partout pour le repas du midi, il n’avait vraiment pas vu le temps passé autant pour ses pensées que pour sa vie entière. Il s’excusa auprès de l’infirmière et partit à pied lui tenant le bras pour rejoindre les autres pensionnaires pour le déjeuner.
Arrivé à sa table, il prit place comme d’habitude à côté d’André et commença son entrée, concombre en vinaigrette.
- Alors tu t’es endormi sur ton banc Ambroise ? Le personnel a flippé, il te cherchait partout depuis un bon moment quand on m’a demandé si je savais où tu étais. Je leur ai dit que tu devais être au banc à côté de la statue face à la vallée comme tu m’as dit que tu allais marché dans le parc, dit André à Ambroise.
- Oui, j’étais bien là, je me suis perdu dans mes pensées et j’ai pas vu le temps passé, répondit Ambroise.
Arriva ensuite le plat principal, poisson purée, Ambroise n’était pas friand de poisson mais bon il fallait s’y faire. Vivre ici c’est ne plus avoir le choix de ce que l’on mange à ses repas. Les pensionnaires de la maison de retraite n’avait pourtant pas à se plaindre, un vrai cuisinier leur préparait les repas et ce n’était pas mauvais. Heureusement, Ambroise n’aurait pas supporté de manger tous les jours le même type de nourriture que celle que l’on mange dans les hôpitaux. À la lecture du menu, cela semblait appétissant mais lorsque l’on ouvrait les barquettes plastifiées, c’était une autre histoire.
Le dessert fut une compote de pomme, eh oui, les vieux ont du mal à mâcher. À la fin du repas, le rendez-vous fut pris pour la pétanque. Ambroise, André, Eugène, Bernard et d’autres pensionnaires devaient se retrouvaient à 16h pour attaquer la partie. Dans le parc pas loin de l’accès se trouvaient plusieurs espaces dédiés à la pétanque. Eugène alerta un membre du personnel de leur activité de l’après-midi et celui-ci devait leur apporter les boules et le cochonnet pour tous les concurrents. Les pensionnaires de « la Vallée Verdoyante » avaient plus de prestations de services que dans la plupart des maisons de retraite de la région mais le coût était en proportion avec ces dernières. Cependant, le plus agréable était la manière dont les pensionnaires se sentaient traités par le personnel. Ils n’avaient pas l’impression d’être des malades en fin de vie qu’on laisse à leur ennui jusqu’au dernier souffle. Non, ici, les pensionnaires avaient l’impression de pouvoir vivre leur vie dans un cadre agréable et convivial et les lieux de vie commune tout comme les chambres ne faisaient en rien penser à un hôpital mais plutôt à un club de vacances avec du personnel toujours à disposition pour que le séjour soit agréable.
Ambroise partit dans sa chambre faire une sieste, la balade du matin l’ayant fatigué. Il voulait être en forme pour la partie de pétanque. Les parties de pétanque étaient un lieu de rendez-vous de tous les pensionnaires, même si seulement quelques uns jouaient, les autres pensionnaires venaient regarder le spectacle ainsi que certains membres du personnel au cas où. En général, l’ambiance était joyeuse, tous le monde criait car les conversations se faisaient de tous les côtés et plus personne ne s’entendait. Les participants de la partie faisaient souvent preuve de mauvaise foi à chaque tir de l’un d’entre eux. La seule chose qui manquait était l’apéro en fin de partie. Pour Ambroise, un petit pastis n’aurait pas été de refus après la partie pour finir en apothéose mais on n’avait pas le droit à l’alcool ici sauf au jour de l’an où on leur servait une coupe de champagne au repas du soir.
Ambroise et son équipe perdit la partie et tout le monde rentra dans le salon dans un joyeux brouhaha afin de se reposer et de se mettre au frais en attendant le dîner. Les journées étaient parfois difficiles à remplir entre les repas. Chaque jour était rythmé par les heures de soins, les heures de repas et parfois par des activités comme l’informatique, le coiffeur, le travail de la mémoire etc. Malgré tout, certaines journées semblaient plus longues que les autres comme pour Ambroise ces derniers jours mais il arrivait enfin au moment qu’il attendait tant.
Le dîner fila à toute vitesse, la partie de pétanque ainsi que le retour du beau temps avait rendu tous les pensionnaires guillerets et tout le monde papotait de tout et de rien à table. Son repas fini, Ambroise se dépêcha de retourner à sa chambre, il avait remis à plus tard sa réflexion sur la tournure de son courrier. Mais arrivé devant son bureau, il se sentit fatigué et se dit que la spontanéité du moment devrait faire l’affaire demain en cours d’informatique ou après en revenant. Il alla donc se mettre en pyjama dans sa salle de bain, se brossa les dents et se mit au lit. Ambroise s’endormit presque instantanément et passa une nuit paisible.
Le jeudi matin, Ambroise se réveilla comme d’habitude vers 6h du matin. Il avait une vraie horloge interne que ce soit pour le réveil ou les repas. Il ouvrit sa fenêtre pour prendre l’air frais du matin. Aujourd’hui était le grand jour, celui où il allait jeter le pavé dans la mare. Il avait vraiment hâte d’être au cours d’informatique de l’après-midi. Il imaginait déjà la tête des animateurs en voyant le doyen venir prendre des cours d’informatique. La plupart des participants avaient entre 60 et 80 ans, au-delà cela faisait peur aux pensionnaires.
Il avait hâte que l’aide soignante vienne le chercher pour le petit déjeuner. Ensuite il irait décompresser dans le parc sur son banc préféré. Il ne savait toujours pas comment s’y prendre pour aborder le sujet dans le courrier qu’il enverrait à Léon Gressin, l’historien dont il avait lu l’article sur la Seconde Guerre Mondiale au moment de l’armistice. Il prendrait la photo de sa jeunesse preuve d’une vie plus complexe technologiquement qui devrait intéresser l’historien et prouverait que ses dires sont vrais.
A 7 h30, une nouvelle aide soignante arriva dans sa chambre afin de l’emmener en fauteuil roulant à la salle de repas pour le petit déjeuner.
- Bonjour Monsieur, je suis Mélissa, je suis votre aide soignante pour la journée, dit-elle en entrant dans la chambre d’Ambroise.
-Bonjour nouvelle Mélissa, enchanté, appelez moi Ambroise j’ai l’impression d’être un vieux quand on m’appelle Monsieur, rigola Ambroise.
-Pas de problème Ambroise, vous êtes prêts à y aller ? Demanda-t-elle.
-Oh oui, je meurs de faim et j’ai un planning chargé, répondit Ambroise.
-Ah bon qu’allez donc vous faire aujourd’hui?, questionna Mélissa amusée.
- Après le petit déjeuner, je compte me balader dans le parc et observait la vallée depuis mon banc et cet après-midi, je prends mon premier cours d’informatique. Vous vous rendez compte, j’ai attendu mes 98 ans pour me décider à toucher ses engins de malheur et je vais même essayer d’aller surfer sur internet. Peut-être que quand je maîtriserais tout çà, je vais aller m’inscrire sur un site de rencontre pour me trouver une belle jeunette de 80 ans, rigola Ambroise, d’humeur joyeuse ce matin.
- En voilà, une bonne idée et on ferait un mariage ici. Ce serait vraiment génial ! Eh voilà, vous êtes arrivés à destination Ambroise. On se verra sûrement ce midi. Bonne balade, dit Mélissa en aidant Ambroise à s’installer à sa table.
André était déjà là et avait commencé à beurrer ses tartines en attendant que le café arrive.
-T’es rudement affamé ce matin. T’as fait quoi cette nuit ? , plaisanta Ambroise
-À mon âge, on ne peut plus rien faire la nuit même dormir on n’y arrive presque plus. J’ai juste super faim, répondit André.
- Moi aussi, j’ai trop faim, ajouta Ambroise. Dis moi, t’as envie de te promener avec moi dans le parc ce matin, il fait pas trop chaud ?
-Oui, pourquoi pas. Tu me laisseras m’asseoir sur ton banc aussi ?, demanda André
- Bien sûr que oui, mon nom n’est pas gravé dessus non plus, rigola Ambroise.
-D’accord, je suis partant, conclut André en voyant le café arriver.
Ils prirent leur déjeuner rapidement tellement ils étaient affamés et furent les premiers à sortir de table. Ils se dirigèrent donc en direction du parc pour leur balade entre copains. Ils marchèrent longuement dans le parc se convainquant l’un et l’autre des bienfaits de la marche sur leurs rhumatismes et sur leur souffle. L’air était sain et André suggéra que c’était grâce à l’air de la vallée qu’ils vivaient si vieux et que si sa théorie était vraie, ils seraient centenaires et battraient les records de longévité. Cette conversation amusa beaucoup Ambroise depuis qu’il avait pris sa décision, il était redevenu lui-même avec son humeur joyeuse et ses blagues déroutantes sur son âge dont il n’avait que faire.Ils décidèrent d’arrêter de marcher et d’aller observer la vallée verdoyante.
Ils s’assirent sur le banc et contemplèrent un moment la vallée dans le silence.
- Je comprends pourquoi tu aimes ce banc et cette vue, c’est vraiment magnifique, dit André rompant le silence entre eux.
- Oui, je ne me lasse pas de cette vue. J’ai grandi dans un endroit complètement différent et on ne voyait pas souvent une telle verdure, répondit Ambroise.
- Ah bon tu as grandi où ?, demanda André.
- En Afrique, à côté des chutes Victoria, répondit-il perdu dans ses pensées.
- Quoi ? Tu me l’a jamais dit ! Mais c’est dingue tu devais être dans les premiers européens à vivre là-bas quand tu étais petit. C’était quand en 1910 ? Les anglais les avaient découvertes il y a quelques dizaines d’années. T’as vécu avec les populations locales ?, demanda André curieux de ce passé inconnu de son ami.
-Non !!! J’aurais jamais dû te le dire ! Comment t’expliquer ! Mais quel con !, hurla Ambroise en se levant brusquement.
Il fit face à un André interloqué. Il avait fait la gaffe de sa vie. Comment allait-il s’en sortir maintenant ? Il ne connaissait rien de l’histoire de cette région pendant la période où il était censé y avoir vécu. Il prit une grande inspiration et décida de dire la vérité à son ami. Il avait peur de sa réaction mais au lieu de dire des inventions, il préférait être sincère et puis de toute façon, il avait prévu de le dire à un historien alors pourquoi pas à son meilleur ami.
- André, il faut que je te dise quelque chose d’important concernant mon passé. C’est complètement fou mais c’est la vérité, je te le jure, dit Ambroise en se rasseyant en côté de lui.
- Euh, d’accord racontes moi donc, répondit inquiet André.
- Alors comment te dire ? J’ai bien vécu à côté des chutes Victoria mais je n’ai pas vécu sur le sol africain mais dans un complexe caché par les chutes dans la roche. C’était un complexe secret qui recueillait des expatriés du monde entier qui avait la possibilité de le rejoindre afin de lutter contre le régime aryen. Je n’y ai pas vécu dans les années 1910 mais dans les années 2150. Je sais c’est impensable pour toi mais c’est la vérité. La technologie était beaucoup plus avancée qu’aujourd’hui donc on pouvait y vivre sans risque, le régime ne savait pas que ce complexe existait et il était bien protégé avec la roche et les moyens technologiques qu’on avait à notre disposition. J’ai une photo de moi enfant avec mes parents dans ce complexe dans ma chambre si tu veux la voir.
André était complètement sous le choc de cette révélation. Ambroise devenait-il fou ou lui avait-il dit la vérité ? Il avait besoin de temps pour assimiler ce qu’il venait d’apprendre. Il ne savait pas quoi lui répondre. Il ne pensait pas que cette simple question l’amènerait à un tel choc. Devait-il appeler une infirmière pour lui faire part de ses craintes par rapport à la santé mentale d’Ambroise ? Mais Ambroise était son meilleur ami, si c’était vrai, il lui en aurait déjà parlé. Et s’il commençait à perdre la tête, il s’en serait aperçu avant. Il y a des signes avant coureur. Il n’eut pas eu le temps de réfléchir à ce qu’il allait dire qu’Ambroise reprit son récit devant son silence.
- Je sais que c’est dur à comprendre mais, André, je te jure que je ne délire pas. C’est bien la vérité. Tu dois te demander comment je peux être ici si je suis né dans les années 2150 ?
-Oui, effectivement, lui répondit enfin André.
-Le monde était sur le point de non retour. Le régime aryen instauré par Hitler dans les années 1930 avait continué . Il a fait des guerres partout dans le monde, décimé les peuples un par un et son idéologie d’avoir des aryens parfaits a fini par conduire le monde à sa perte bien des années après. Les gens comme moi et mes parents avions un ADN non modifié et nous étions pourchassés par les médecins du régime afin de mener des études pour pallier l’extinction programmée de leur race tellement il avait modifié les ADN et les organes de leurs citoyens. Nous étions leur seule chance de continuer leur régime. Donc le peu de non aryens et les aryens ne voulant plus suivre leur régime et sauver l’humanité se sont regroupés dans plusieurs complexes bien cachés dans le monde afin de trouver un moyen de sauver l’humanité et c’est de cette façon que j’ai été renvoyé dans le passé en 1939 avec d’autres camarades afin de changer l’histoire et faire tomber Hitler. André, je pourrais tout te raconter dans les détails mais cela prendrait des jours, expliqua Ambroise.
- Ok, tu es complètement fou , c’est impossible ce que tu me racontes. Tu délires, je vais prévenir les infirmières de ton état, rétorqua choqué André.
André se leva du banc et partit en direction des locaux de la maison de retraite. Ambroise était inquiet. Si André prévenait les infirmières, il ne pourrait pas assister au cours d’informatique pour obtenir les coordonnées de Léon Gressin, l’historien à qui il voulait raconter son histoire. Cependant, après la réaction de son meilleur ami, il se demandait si l’historien ne risquait pas de réagir de la même façon à sa lettre. Ambroise s’inquiéta vraiment de la réussite de son plan pourtant il fallait aider ce monde à reprendre confiance dans des valeurs humaines d’entraide, de respect et de paix. Il fallait qu’il tente sa chance malgré tout. Si ce n’était pas aujourd’hui ce serait un autre jour.
Ambroise resta un moment à se ressasser ce qu’il venait de se passer avec son meilleur ami et se demandait s’il allait vraiment voir les infirmières pour leur dire qu’il était en plein délire. Qu’allait-il lui arriver ? Il allait sûrement vouloir l’ausculter après le repas et il ne pourrait pas assister au cours d’informatique qu’il attendait tant. Il finit par se lever et se diriger vers les locaux avec appréhension.
Arrivé dans le salon, il vit André mais il ne savait pas s’il devait aller le voir ou le laisser digérer ses paroles. Il était 11 heures et avait le temps de retourner à sa chambre récupérer sa photo et la montrer à André pour lui prouver qu’il était sincère. Quand il ouvrit la porte de sa chambre il aperçut le Docteur Ranier arrivant dans sa direction. Il entra dans sa chambre et le Docteur Ranier l’interpella.
-Monsieur Chagnot, attendez moi, j’aimerais vous voir, dit -il à l’attention d’Ambroise.
Le docteur Ranier était le psychiatre de la maison de retraite. André avait donc bien été voir les infirmières pour leur dire qu’Ambroise avait un problème car il lui avait raconté une histoire invraisemblable. Ambroise se demandait comment il allait se sortir de cette situation. Devait-il continuer à dire la vérité ou devait-il faire l’ignorant quitte à se faire passer pour un fou? Le problème c’est que s’il faisait semblant de ne pas se souvenir d’avoir eu les propos de ce matin, il risquait des examens supplémentaires et d’avoir un traitement qu’il ne devrait pas avoir. Tant pis il continuerait dans sa lancée même si on ne le croyait pas.
-Monsieur Chagnot, j’aimerais avoir une séance avec vous demain. Un de vos amis s’inquiète pour vous et il a parlé au personnel d’une conversation où vous avez tenu des propos incohérents. J’aimerais discuter de tout cela avec vous. Êtes-vous d’accord?, demanda le Docteur Ranier.
-Ai-je le choix?, répondit Ambroise
-Bien sûr, mais il est préférable de le faire afin de déterminer si vous ne souffrez pas d’ Alzheimer , de démence ou d’une autre maladie mentale. Ce n’est pas rien les propos que vous avez tenus ce matin, affirma le docteur.
-Et si les propos que j’avais tenus étaient vrais, ce n’est pas parce qu’ils vous semblent improbables qu’ils sont faux et que je délire!, répondit Ambroise.
-Raison de plus pour que nous discutions ensemble de tout ceci, vous ne trouvez pas ?, ajouta le Docteur Ranier.
-D’accord, de toute façon je sens que vous ne me laisserez pas tranquille tant que je n’aurais pas accepté de vous voir. On prend rendez-vous quand alors?, demanda Ambroise.
-Demain matin à 10h?, dit le docteur.
-Va pour demain, affirma Ambroise. Maintenant vous pouvez me laisser? Je dois aller aux toilettes.
Le docteur Ranier referma la porte et repartit à son bureau. Ambroise, lui, alla aux toilettes et ensuite il prit sa photo pour le cours d’informatique de cet après-midi. Il regarda l’heure et se décida à rejoindre le salon pour patienter jusqu’au déjeuner. Il ne savait pas comment réagir face à André qui avait alerté le personnel. Il pouvait comprendre ses doutes face à ses propos mais de là à aller le dénoncer au personnel. Il avait dû mal à digérer ce coup de poignard dans le dos.
Dans le salon se trouvait Eugène et André et quand ce dernier aperçut Ambroise, il se trouva gêné et cela fit plaisir à Ambroise que celui-ci culpabilisait après ce qu’il s’était passé ce matin.
Ambroise s’assit à côté d’Eugène dans le canapé.
-Salut Eugène, comment tu vas? André t’a-t-il dit que j’étais devenu fou ce matin ?, demanda Ambroise.
-Il ne m’a pas dit cela comme çà mais il m’a parlé de tes propos insensés de ce matin, répondit Eugène.
-Je ne t’ai pas menti André et je ne délire pas non plus et pour preuve voici la photo dont je t’ai parlé. Et en passant, je te remercie de ta loyauté, j’ai rendez-vous avec le psychiatre demain, ajouta Eugène.
Eugène prit la photo d’Ambroise et l’examina de près. Sur cette photo, il y avait un petit garçon qui effectivement avait des traits communs avec Ambroise notamment ses oreilles légèrement décollées. Et les deux adultes semblaient être les parents du petit. Ils avaient des combinaisons grises bombantes tous les trois et leurs noms et prénoms étaient inscrits sur le côté droit. Sur celle du petit, il était bien écrit Ambroise. Il observa l’arrière plan, on aurait dit une bulle blanche en plastique avec un ordinateur transparent avec des signes étranges dessus et de l’autre côté on pouvait deviner des plantes. Peut-être était-ce une serre à fruits et légumes? Il retourna la photo et vit derrière une date de 21 juin 2159. Ambroise pouvait dire vrai mais qui nous dit que les photos existent encore dans le futur alors qu’aujourd’hui tout se passe sur les téléphones et les ordinateurs. Cet enfant pouvait très bien être un des petits enfants d’Ambroise et qu’il s’appelait pareil. Ils étaient visiblement dans une serre agricole et à la télévision, il avait vu un reportage où les serres pouvaient être gérées à partir d’ordinateur pour l’arrosage, le contrôle des températures et que la combinaison qu’ils portaient étaient des combinaisons agricoles. Reste cet ordinateur bizarre, c’est la seule chose qu’il ne s’expliquait pas mais cela ne suffisait pas à prouver que cette photo avait été prise dans le futur. La date au verso ne voulait rien dire car si on paramètre mal son appareil photo la date pouvait être n’importe laquelle.
Eugène passa la photo à André et en profita pour faire part de ses observations à Ambroise. Ambroise se dit que ses observations se tenaient et se disaient qu’il allait être difficile de les convaincre et que la tâche serait aussi difficile avec l’historien mais peu importe, il ne lâcherait rien.
Ambroise expliqua qu’il s’agissait de lui et de ses parents dans la serre agricole du complexe sous-terrain dans lequel il vivait sous les chutes Victoria. C’était l’endroit où l’on faisait pousser les légumes et les fruits grâce aux technologies de l’époque afin de nourrir sainement toutes les personnes vivant dans le complexe. Tout le monde portait ses combinaisons dans le complexe car il n’avait plus les moyens de trouver différents tissus. Il avait conçu un tissu particulier à partir de certains déchets agricoles et il avait été décidé que tout le monde porte ces combinaisons pratiques pour les travaux de chacun dans le complexe. Cette photo avait été prise avec un vieil appareil photo que son père avait gardé de son arrière-grand-père et il avait une ancienne imprimante à photo, ce qui fait qu’il avait une photo papier alors que le papier n’était plus utilisé à cette époque.
Eugène et André restèrent sceptiques face à ses explications mais Ambroise semblait avoir lui aussi des explications cohérentes pour prouver ses dires. Ils ne savaient plus quoi penser, Ambroise était étrange depuis plusieurs jours déjà, il se pouvait qu’il ait déclenché un délire.
Ils firent part de cet événement à Eugène et Ambroise lui répondit qu’il réfléchissait à savoir si oui ou non, il devait raconter son histoire au monde entier compte tenu de ce qu’il se passait dans le monde. Il leur expliqua qu’il ne leur avait rien dit avant car quand il avait signé le contrat pour la mission qui l’avait conduit ici, il y avait une clause interdisant de raconter la vérité à qui que ce soit.
Eugène et André regardaient Ambroise complètement interloqués. Soit leur ami disait vrai et André l’avait mis dans l’embarras soit Ambroise avait vraiment un problème psychologique. Il pouvait souffrir de démence ou d’une double personnalité mais à 98 ans , avoir une double personnalité c’est quand même peu probable et s’il souffrait de démence, il ne serait pas si précis et logique dans ses explications et il serait constamment dans cet état . Or ce n’était pas le cas. André commença à douter de sa décision d’avoir alerter le personnel pour les propos d’Ambroise.
Leur conversation fut coupée par les aides soignants qui les appelaient pour venir déjeuner. Eugène partit à la table pour les diabétiques comme lui. Il en avait marre de ces repas à la limite du régime, il avait envie d’un bon bout de pain avec du pâté de campagne et d’un bon verre de vin rouge.
De leur côté, Ambroise et André s’assirent à leur place et prirent leur repas sans aborder ce sujet devant les autres pensionnaires assis à leur table. Arrivé à la fin du repas, Ambroise prit congé afin de se reposer avant le cours d’informatique, cela lui laissait une heure de repos.
Ambroise n’arrivait pas à se reposer, il était contrarié par la réaction de ses amis. Mais à leur place, comment aurait-il réagi si l’un d’entre eux lui avait fait de pareilles révélations? Il aurait certainement pris peur et cru que son ami avait eu une crise de délire. Il ne pouvait pas leur en vouloir mais il aurait vraiment aimé que ceux-ci le crussent ne serait-ce parce qu’ils étaient amis depuis longtemps et qu’ils n’avaient aucun secret les uns envers les autres. Tous trois connaissaient la vie de chacun des autres depuis leur enfance jusqu’à leur arrivée à la maison de retraite. Ambroise a avait seulement omis certains détails de son enfance jusqu’à son arrivée en France en 1939. Il leur avait raconté qu’il avait vécu à l’étranger et qu’à cause du nazisme grandissant en Europe, sa famille avait préféré retourner en France. Seul ce point avait été déformé mais ce n’était pas tout à fait faux. Sa famille depuis un certain nombre de générations avait fui les pays dirigés par le régime aryen en sachant qu’elle ne trouverait que pauvreté et chaos sur leur route et qu’il leur fallait vivre comme des parias. Sa famille avait traversé de nombreux pays dans le monde parfois dans des climats et reliefs dangereux afin d’être hors de portée des soldats du régime. Et la génération de ses parents avaient entendu la légende du complexe des chutes Victoria lorsqu’ils vécurent dans les montagnes chinoises. Personne n’avait la certitude que cet endroit existait, il avait peut-être été créer afin de redonner espoir aux parias du régime qui vivaient sous la menace de bombe et de représailles en tout genre quand l’envie prenait à l’armée du régime de s’en prendre à eux. Avec les soucis de natalité du régime aryen, les parias étaient de plus en plus traqués, au début impérativement vivants puis morts ou vifs, ce qui poussa les parents d’Ambroise a cherché ce complexe qu’il existe ou pas. Il voulait que leur fils ait la vie sauve.
Ces souvenirs étaient si lointains et précis que suite à la réaction de ses amis, il en venait à douter de ses propres souvenirs certains jours. Mais au fond de lui, il savait qu’il n’avait pas pu inventer quelque chose de pareil depuis 1939. Il avait toujours eu ses souvenirs et sa mémoire, malgré ses 98 printemps, ne lui faisait pas encore trop défaut. Il lui arrivait de ne plus se souvenir dans les détails le visage de ses parents ainsi que celui de sa femme mais il avait leurs photos et elles étaient concrètes et la preuve de la véracité de sa mémoire. Il ne divaguait pas, c’était impossible, il ne pouvait pas avoir inventé cette histoire depuis tant d’années. Mais les observations d’Eugène sur la photo de son enfance lui avait mis un doute. Il était vieux, et si c’était une photo qu’il avait pris quelque part et qu’elle ne concernait en rien sa vie. Non, ce ne pouvait pas être possible sur la combinaison du petit garçon se trouvait son prénom, ce ne pouvait pas être un hasard. Il se souvenait aussi dans les moindres détails de cette serre agricole où il allait souvent, il était émerveillé par ses plantes diverses et variées alors qu’il n’avait vu que paysages ravagés par la guerre. Ce n’est pas possible que ce soit une crise de démence ou qu’il s’est inventé une autre vie. Grrr, il se perdait dans ses réflexions et commençait à douter de lui à cause de son âge. Il allait certainement passer pour un vieux abruti sénile en contactant l’historien. Non, non, non, il ne devait pas se laisser aller à douter de lui après tant d’années de secret, c’était cette période sans parler qui lui causait ses incertitudes. Elles ne devaient pas le contaminer, il avait une dernière mission à faire avant de mourir et il comptait bien aller jusqu’au bout .
Quand il reprit confiance en lui, il prit son carnet de lettres et ses enveloppes ainsi qu’un stylo et partit au cours d’informatique.
Ambroise arriva devant la salle d’informatique pile à l’heure où les professeurs bénévoles ouvraient la porte de la salle. Il les suivirent et un des professeurs lui indiqua un ordinateur où s’installer.
Ambroise s’assit donc devant cet ordinateur, il n’y a pas à dire cette machine était archaïque même pour 2017 pensa-t-il amusé.
Le professeur se présenta à lui. Il s’appelait Antoine, il était ingénieur informaticien dans un hôpital et il venait ici pour aider les seniors à se familiariser avec l’informatique, ce qui pouvait leur permettre d’avoir plus de contact avec leur famille grâce à internet, aux mails et aux réseaux sociaux. Il était ici pour guider les seniors dans leur apprentissage ainsi que dans toute tâche informatique qu’un pensionnaire voulait faire.
Antoine allait s’occuper d’Ambroise pour cet après-midi.
-Alors Ambroise, on commence par quoi?, demanda Antoine
-Je souhaiterais en premier apprendre à faire des recherches sur des gens, des livres, trouver des adresses, des articles à lire, répondit Ambroise.
-Joli programme, donc on va déjà se familiariser avec le moteur d’accès ou plus simplement la page d’accueil sur laquelle on arrive lorsque l’on clique sur l’icône d’internet. Vous voyez la page devant vous que l’on voit dès que l’on ouvre l’ordinateur? On appelle cette page le bureau, et les images que vous voyez ce sont les icônes pour accéder aux programmes que vous souhaitez. Vous voulez aller sur internet , vous cliquez donc sur le gros E. Cela veut explorer, c’est cette icône qui vous mène sur internet et la page d’accueil d’internet. Vous avez compris?, demanda Antoine à Ambroise.
-Oui, je pense avoir compris le principe, répondit Ambroise.
-Alors je vous laisse faire les manipulations avec la souris en cliquant uniquement du côté gauche pour arriver sur internet à moins que vous voulez que je vous montre comment faire?, dit Antoine
-Non, je pense que je vais y arriver. Laissez moi faire voir si le plus vieux d’ici peut faire mieux que les jeunes, rigola Ambroise.
-Parfait, conclut Antoine.
Ambroise saisit la souris et la dirigea un peu difficilement vers le E du bureau et cliqua dessus deux fois. Antoine ne le lui avait pas dit mais son petit fils lui avait montré comment faire un jour mais il n’était pas vraiment intéressé à s’y mettre surtout qu’il avait connu des ordinateurs beaucoup plus évolués où tout se faisait de façon tactile. Attention les ordinateurs qu’il avait connu ce n’étaient pas les tablettes tactiles, elles étaient bien plus perfectionnées, elles étaient en réseau, on pouvait accéder à tous les programmes du complexe même si on avait besoin d’accès sécurité par empreinte pour les programmes les plus sensibles. On pouvait créer un programme soit même sur ses ordinateurs tactiles et parfois c’étaient même des écrans transparents pouvant prendre la place de tout un mur. Enfin, il arriva sur la page d’accueil d’internet qui était une page blanche avec au milieu écrit en gros GOOGLE et en dessous un cadre où on devait taper sa recherche apparemment. Arrivé à cet instant, Antoine reprit la parole pour continuer son cours.
-Alors maintenant que nous sommes sur la page d’accueil, vous avez ici un cadre de recherche. Vous tapez dans ce cadre un ou plusieurs mots clés et cliquez sur le carré bleu à côté. Que voulez - vous rechercher? Ce peut être n’importe quoi , on va prendre un exemple . Imaginer que vous rechercher qui est le nouveau président de la France. Vous tapez «Président de la France» dans le cadre de recherche et vous cliquez, reprit Ambroise.
- Je sais déjà qui c’est mais bon c’est un exemple alors allons-y, répondit Ambroise.
Ambroise tapa avec difficultés les mots clés. Pourquoi donc les lettres n’étaient pas dans l’ordre alphabétique comme dans son passé? Pour chaque lettre, il fallait qu’il la cherche sur le clavier avant de taper dessus. Au moins pour le coup, il était un débutant en la matière ironisa-t-il dans ses pensées. Et quand il eut fini, il cliqua sur recherche et une nouvelle page avec plein de lignes s’afficha.
-Bien Ambroise, vous vous débrouillez comme un chef. Vous verrez avec l’habitude, vous saurez instinctivement où se trouvent les lettres. Alors maintenant vous avez sous vos yeux les résultats de la recherche. Normalement se trouvent en haut les réponses les plus pertinentes ou celles qui font l’objet de pub. Les titres des réponses vous aiguillent pour savoir si vous êtes sur le bon sujet ou non ou alors vous cliquez sur la réponse et là une nouvelle page va s’ouvrir avec la page consacrée au titre indiqué dans les réponses.
Prenez la première, c’est celle du figaro qui indique que les scores des élections.
Ambroise cliqua sur la réponse et un nouvelle page se téléchargea sous ses yeux avec indiqué en haut le figaro puis le titre de l’article et les scores des élections. Finalement,il trouvait cela plutôt simple d’utilisation.
-Je pense avoir compris le système, dit Ambroise à son professeur.
- Je vois çà, après si vous souhaitez imprimer cet article, vous allez dans la barre d’exploitation en haut, tout à droite, il y a trois lignes horizontales vous cliquez dessus et vous avez imprimer, vous cliquez dessus et la page s’imprime. Parfois la page prévoit la possibilité d’imprimer l’article comme ici juste au dessus du titre et cela permet d’imprimer que l’article et non toute la page, ajouta Antoine.
-Je n’aurais pas besoin d’imprimer aujourd’hui, je vais faire quelques recherches que je vais lire directement sur l’ordinateur ou je noterai sur mon carnet ce dont j’ai besoin. Par contre, j’aurais besoin de faire une photocopie couleur d’une photo pour une lettre que je dois envoyer à un ami. Est-ce qu’il y a çà ici?, demanda Ambroise.
-Oui, bien sûr, suivez-moi je vais vous la faire et vous expliquer comment faire si vous en avez encore besoin une prochaine fois, accepta Antoine.
Ambroise suivit Antoine jusque l’imprimante, elle était toute simple. Il souleva le réceptacle et posa la photo sur la vitre en fonction des indications notés sur le bord en fonction de la taille du document que l’on souhaite photocopier. Puis il appuya sur un écran tactile pour choisir la fonction couleur et il appuya sur le gros bouton vert qui lançait la photocopie. Il tendit la photocopie et la photo à Ambroise et lui demanda s’il avait besoin de lui pour d’autres explications. Ambroise lui répondit qu’avec ce qu’il venait d’apprendre, il en savait assez pour s’occuper le temps de la séance et Antoine partit voir un autre pensionnaire.
Ambroise retourna à son ordinateur et tapa donc la fameuse recherche qu’il souhaitait faire depuis deux jours soit Léon Gressin. Il retourna à la page d’accueil grâce à la petite maison, chose que son petit fils lui avait appris et tapa dans le cadre de recherche le nom de Léon Gressin et cliqua sur le carré bleu.
La nouvelle page se téléchargea et plein de réponses se sont affichées sur l’écran. Il y avait la reprise de l’article qu’il avait lu, des interviews qu’ils avaient faites ainsi que les titres des livres qu’il avait écrit sur l’histoire. Les réponses étaient trop vastes, il fallait qu’il tape un mot clé supplémentaire comme contact.
Il recommença donc sa recherche et là il tomba sur plusieurs réponses qui indiquait qu’il habitait Lyon et qu’il était professeur à la faculté de Jean Moulin Lyon 3. Il retourna donc à la page de recherche et tapa «adresse université jean moulin Lyon 3» et il tomba directement dessus, il nota donc l’adresse sur son calepin : Université Jean Moulin Lyon 3 – 6 cours Albert Thomas 69008 Lyon.
Ambroise avait enfin une adresse de contact pour adresser sa lettre à Léon Gressin. C’était une aubaine qu’il soit professeur à l’université car chercher une adresse personnelle aurait été plus compliquée surtout s’il était sur liste rouge. Il avait son adresse et sa photocopie, il ne lui restait plus qu’à écrire la lettre racontant une partie de son histoire à cet historien. Il fallait qu’il s’applique car elle devait lui taper dans l’œil et lui paraître plus que crédible et ceci était le plus dur à faire.
Il restait un quart d’heure de cours et Ambroise fit des recherches en tout genre sur l’actualité. C’était pas mal ce système d’internet et de recherche. Au complexe, les informations se trouvaient en réseau et non reliées au monde entier comme ici. C’était une question de sécurité mais les concepteurs du complexe ainsi que les personnes qui arrivèrent au fur et à mesure avaient créé un lieu de stockage d’informations comme celui -ci mais il ne devait pas y avoir autant de sujets abordés. Sur internet, tout le monde pouvait savoir n’importe quoi sur n’importe qui à n’importe quel moment, cela allait plus vite que la télévision et les autres médias et cela permettait que tout le monde raconte ce qu’il se passe pour éviter les propagandes. Vraiment génial cette invention.
Le cours se termina et Ambroise retourna à sa chambre poser ses affaires et décida de faire profil bas auprès de ces copains sur les propos qu’il avait tenus. Il avait beaucoup plus important à faire, écrire sa lettre mais il préférait attendre le rendez-vous avec le psychiatre on ne sait jamais. Et quand il aurait réglé ce problème, il s’attaquerait à sa lettre. Il décida de chercher ses amis dans les salles communes et il les trouva en train de faire une partie d’échecs. Ambroise ne savait pas y jouer, il avait essayer d’apprendre mais c’était trop compliqué pour lui. Il prit une chaise et s’assit auprès d’André et d’Eugène.
-Salut les gars, alors qui a l’avantage?, leur demanda-t-il.
-Pour le moment Eugène, répondit André, alors comment c’était ce cours d’informatique?
-C’était bien, j’ai vite compris comment marche internet et le moteur de recherche, dit Ambroise
-Et t’as cherché quoi?, demanda Eugène, des sites porno?
Ambroise n’eut pas le temps de répondre qu’ils éclatèrent tous de rire. L’incident du matin semblait avoir été oublié et cela arrangeait Ambroise. Il se tut et regarda leur partie d’échecs mais malgré tout ce qu’on lui avait appris, il n’arrivait toujours pas à comprendre comment on y jouait. Il les regardait réfléchir longuement à leur prochain coup et il se disait qu’il préférait largement jouer aux dames. C’était bien plus facile et il pouvait trouver beaucoup plus de partenaires de jeu que pour les échecs, quasiment tout le monde savait jouer aux dames. Il regarda autour de lui et vit que tout le monde semblait occupé, il abandonna donc son idée de trouver une personne pour jouer avec lui et soupira un bon coup pour se remettre à regarder la partie de ses amis.
Il se décida à les embêter en émettant des sons étranges à chaque fois qu’ils touchaient une pièce de l’échiquier afin de les perturber.
-Ambroise, arrête un peu, je n’arrive plus à me concentrer avec tes bêtises, donne moi un conseil à la rigueur au lieu de faire des bruits bizarres à chaque fois que je touche quelque chose, grommela André.
-Mais je n’y connais rien moi au échecs, je n’ai jamais rien compris aux règles, répondit Ambroise en ricanant.
-Eh bien arrêtes donc ton cinéma alors, c’est pas possible, t’es pire qu’un gosse quand tu t’ennuies. En plus, je suis mal barré dans la partie alors laisse moi tranquille, ronchonna André.
-Non, non, tu peux continuer, çà ne me dérange pas du tout, rigola Eugène, je pourrais gagner haut la main comme çà.
Ambroise continua pendant encore 5 minutes son petit manège puis les laissa jouer tranquillement en fixant leur jeu sans vraiment le regarder.
Une demi heure après, quelques membres du personnel arrivèrent dans le salon commun pour les avertir du dîner et aider les moins valides à aller dans la salle à manger.
André, Eugène et Ambroise se levèrent et suivirent les autres dans la salle à manger. Eugène les quitta pour aller à sa table et André en profita pour parler à Ambroise.
