Les papillons - Sam Roynet - E-Book

Les papillons E-Book

Sam Roynet

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Beschreibung

Les âmes n'ont jamais fini leurs tâches sur terre. Les coeurs blessés ne cicatrisent jamais. Dans ces six nouvelles, vous découvrirez l'immense tristesse qui se terre dans la joie, le bonheur et le destin de tout un chacun... Vous y verrez comment la cruauté est à son comble. Comment la maladie vous dévore de l'intérieur ainsi que d'entrer dans un monde différent du nôtre. Certaines personnes, même, tentent d'aller au-delà de leurs rêves... Un magnifique recueil bordé de sombres émotions... Sam Roynet

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Pour ma mère…

Sommaire

Introduction

Le spectre

Mon commentaire

Le coeur

20 octobre 2065

Mon commentaire

Forgotten Le monde de l'oubli

Mon commentaire

Les larmes du passé

Mon commentaire

La lanterne

Mon commentaire

Milaïa

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Mon commentaire

Commentaire général

Introduction

Chers lecteurs,

J'ai travaillé sur ce recueil pendant quatre ans et demi. Aujourd'hui c'est à vous de le découvrir. Mais avant cela j'aimerais vous expliquer un peu mon parcours.

Pour tout vous dire, je suis né trois semaines à l'avance ; le 12 mai 1995. Normalement, je devais naître le 10 juin. J'ai toujours résidé dans le village de Jemelle. J'ai souffert de problèmes respiratoires après que ma mère m'ait mis au monde. Il a fallu me mettre en couveuse. J'étais seul, sans ma famille.

Au fil des années j'ai eu d'autres difficultés, j'ai commencé à parler à l'âge de 2 ans car j'avais des problèmes d'audition. Après m'être fait opérer des tympans à deux reprises, j'ai commencé à dire mes premiers mots. J'ai ensuite très vite appris à parler.

J'ai toujours vécu dans une famille aisée mais un jour mon père a décidé de partir pour des raisons compliquées en nous laissant dans l'angoisse, la solitude et le désespoir. Ma sœur ainée a commencé sa crise d'adolescence ce qui entraînait très souvent des conflits avec ma mère. Quant à moi, j'ai commencé à devenir très anxieux et angoissé. Le sentiment d'abandon me hantait, la peur de mourir m'empêchait d'avancer. Ma mère a énormément souffert suite au divorce. Concernant mon parcours scolaire, je suis passé de l'enseignement ordinaire à l'école spécialisé de Forrières. J'y suis resté pendant trois ans. Là, j'ai commencé par souffrir de T.O.C (Troubles obsessionnels compulsifs). Durant quelques années, c'était invivable. Mais un jour j'ai enfin trouvé la force de les combattre grâce à un médicament que l'on m'a prescrit. J'ai pu avancer à mon rythme en laissant mes angoisses de coté.

Je tiens d'ailleurs à remercier ma famille pour m'avoir aidé à surmonter cette maladie. Mais la personne que j'aimerais remercier en particulier… c'est ma maman. C'est grâce à elle que j'en suis là aujourd'hui. Sans elle rien de ce que j'ai accompli jusqu'à aujourd'hui ne se serait présenté. C'est ma mère qui m'a énormément aidé à me remettre sur le droit chemin. Et comme je l'ai toujours dit, elle est ma violette et je suis son soleil. Car la violette a besoin du soleil pour vivre. Sans lui, elle fanerait. Cela veut dire que si un jour je ne suis plus là, elle serait peut-être morte de chagrin. Sans ma mère je me sentirais inutile. Un vide se creuserait au fond de moi-même et le chagrin serait intense et dévastateur… Le fait qu'on soit fort liés, elle et moi, nous permet de croire en notre vie et au bonheur… Sans quoi, il serait totalement absent…

Après avoir passé trois ans à Forrières, je suis allé dans une autre école afin d'obtenir mon CEB. Ensuite, je suis allé à l'Athénée Royal de Rochefort en première et deuxième générale. En 2011, je suis entré à Saint Roch à Marche-en-Famenne où j'ai obtenu mon diplôme d'Auxiliaire Administratif et d'Accueil en fin de sixième. Pour conclure, j'ai réussi mon CESS en septième. J'ai refait un parcours de deux ans à l'Athénée Royal de Marche-en-Famenne pour apprendre le métier d'éducateur. Malheureusement je n'ai pas réussi. Mais ce milieu m'a permis d'apprendre et de découvrir certaines choses sur moi-même.

J'ai souvent été intéressé par le dessin. J'aime inventer des histoires depuis ma plus tendre enfance. Même avec ma grand-mère on en réalisait sous forme de bande dessinée. Avant de commencer mon recueil, j'ai écrit un essai inachevé où j'étais le personnage principal de l'histoire. J'inventais aussi des contes que j'ai supprimé ensuite car je les trouvais trop simplistes et enfantins. Mais lorsque j'ai commencé à écrire "Souvenirs" j'ai tout de suite su que cette histoire devenait du sérieux ainsi que les autres que j'ai réalisé par après.

Dans ces histoires vous découvrirez la magie qui se cache derrière les ténèbres. Vous serez hanté par les ombres des cauchemars et enchanté par les miracles qui peuvent survenir… À vous de découvrir…

Sam Roynet

Le spectre

Il y a longtemps que je fais sans cesse le même rêve. Et chaque fois, je pleure horriblement. Je m’appelle Colin Delmore, j’ai 10 ans et je souffre d’hallucinations.

Toutes les nuits, je sens une présence quand je dors. Il fait froid et j’ai l’impression de mourir. Je ne peux plus bouger ni même respirer. Je m’enfonce de plus en plus dans le sommeil de la mort pour rejoindre l’au-delà.

C’est à cet instant que je sursaute de peur en me réveillant. Et je pleure. Je pleure car je perçois un vide dans mon cœur, comme si j’avais perdu quelqu’un. Je suis sûr et certain qu’il me manque quelque chose. Mais quoi ? En fait je sais : j’ai le sentiment d’avoir perdu un être cher. Mais qui ? Je n’arrive pas à me rappeler.

Pour dire, je suis enfant unique et je vis dans une épaisse forêt au bord d’un immense lac glacé. Chaque hiver, même au courant de l’automne, je l’entends murmurer doucement. Mais je ne peux pas la voir. Je ne sais même pas si ce spectre est masculin ou féminin.

En été, elle ne me suit plus ; ni au printemps. Là, nous sommes en hiver et je sais qu’elle est ici, tout près de moi et je l’entends… Chaque fois qu’elle est là, l’émotion et l’envie de me lâcher en sanglots arrive.

Je me cache sous la couette et mes larmes brillantes coulent. Je répète : « Pourquoi ?... Pourquoi ?!... Je me sens seul, aidez-moi… » Ma voix est tremblante et triste.

Quelques minutes plus tard, je me redresse. Mon lit se trouve tout contre la grande fenêtre. Je peux admirer la mélancolie de dehors. La neige, la glace, les arbres, les sapins et le lac. Sans la moindre couleur d’été. Je pose la paume de ma main sur le carreau gelé et j’inspire profondément ma grande tristesse.

Je sens un coup de froid dans le dos. Je suis mal en point. Je n’ai qu’une envie, c’est de me remettre sous la couette.

À dix heures du matin, je descends à la cuisine. Les flocons de neige tombent. Je suis pensif. J’ai encore l’envie de pleurer. Mon cœur bat la chamade.

Ma mère arrive près de moi. Elle me demande ce qui me tracasse en me caressant le dos. C’est là que je m’effondre. Elle me serre très fort dans ses bras. Pétrifiée, elle m’ordonne gentiment d’en parler.

Je lui explique tout ; que j’ai le sentiment d’avoir perdu quelqu’un, que j’ai failli mourir la nuit et que je sens une présence fantomatique. Elle me dit clairement dans les yeux que certaines choses ne s’effacent jamais, que certaines douleurs restent dans nos cœurs pour toujours. Elles restent sous la forme d’une cicatrice. Et elle me dit que même si je souffre, elle et mon père seront toujours là à mes côtés.

-Courage ! Chuchote-t-elle.

Dans ma somptueuse chambre, je m’habille chaudement et je sors dans le froid. Il fait sombre… sombre ! La neige recouvre tout, il gèle. J’admire le merveilleux paysage blanc sous la pluie d’étoiles glacées. Ma vieille balançoire abandonnée et décorée par des fleurs balance lentement dans les brises. Depuis ma naissance, elle reste accrochée à l’arbre qui frôle notre grande maison. Quand je regarde cette balançoire, quelque chose me dit qu’il y a un rapport avec ce que je ressens. Sauf que je n’arrive pas à le découvrir.

Au loin, j’aperçois un magnifique papillon bleu ciel battre des ailes vers une étrange lumière dorée provenant du lac. J’y vais. Je suis le papillon tout en restant prudent. Malheureusement, la lumière est loin et je ne peux pas traverser.

Je me sens à nouveau très mal. J’ai encore plus froid que jamais. Je tremble et je m’effondre.

Je me réveille dans une petite maison qui me semble inconnue. Une sorte de cabane en bois. Le vent souffle. Un homme étrange arrive vers moi et me dit que j’ai eu de la chance de m’en être sorti.

Je suis angoissé. Cela ne peut plus attendre. Je dois en parler. Je demande au monsieur si il y une sorte de fantôme dans les environs.

Il me sert du lait chaud et explique tout. Il raconte qu’il y a huit ans, une jeune adolescente de 14 ans a été affreusement assassinée. Elle était belle, grande avec de longs cheveux châtains lisses qui flottaient dans l’air du vent. Cette fille était une des plus merveilleuses et des plus généreuses. Un jour, elle s’est promenée en robe de nuit dans le village puis dans les bois alors que l’hiver était très rude. Elle emportait un papillon dans un bocal. C’était son plus tendre ami. La fille adorait se promener la nuit. Elle semblait insensible au froid. Tout à coup, un homme mystérieux en noir à la tête de croque-mort a fait son apparition dans la forêt. Au début il a sympathisé avec la fille ; il l’a attirée vers lui. C’est là que tout s’est déclenché. Il l’a battue violemment, a fracassé le bocal contenant le papillon contre un arbre afin d’écraser celui-ci dans sa main. Après-quoi, il l’a violée en poignardant par la suite sa partie vaginale. Il a porté le même coup de couteau dans le cœur et lui a arraché d’un coup sec ; ainsi que ses yeux. Il a mis les fragments du papillon dans le trou où était entreposé son cœur et a jeté le corps en sang dans le lac (dans les plus grandes profondeurs obscures). Jamais nous n’avons retrouvé son corps. Et une chose est sûre, c’est que le tueur est toujours en liberté à l’heure qu’il est. Ça n’a pas été sa seule victime, il y en a eu bien d’autres.

En entendant cela, je verse mes larmes. Je lui dis que j’ai l’impression d’avoir un lien avec elle. Il affirme qu’il est son père et qu’elle s’appelait Maura.

Un souvenir m’a soudain traversé l’esprit. Je me souviens d’une fille qui portait le même prénom. Mais je n’arrive pas à le distinguer. Je veux savoir !

Le père de cette défunte pleure toutes les larmes de son corps. J’éprouve le même chagrin ; il me donne l’envie de l’extérioriser aussi.

« Je suis désolé… »

Je lui ai parlé du lac, de la lumière et du papillon. C’est pour cela qu’il a raconté cette histoire et qu’il a mentionné son nom. Concernant la lumière, il n’en sait rien. Sans doute celle du paradis, affirme-t-il.

Une fois rétabli et remis sur pied, je revois le papillon par la fenêtre de la cabane. Je sors en le repérant à une certaine distance. Je cours. Alors que j’arrive tout près de lui, je tends ma main pour le toucher et pour qu'il se pose sur mon index. Mais ce ne fut le cas pour aucun des deux. Même si j’arrive à l’atteindre, je ne peux pas le toucher ; impossible. Lui, ne semble pas savoir que j’existe. Je continue à le suivre jusqu’au grand lac.

La lumière dorée est au beau milieu de la surface d’eau, parfaitement immobile. Le papillon se dirige vers cette mystérieuse étoile. Il brille à l’intérieur. C’est impressionnant. Ensuite, il disparaît l’étoile s’éteint lentement comme une bougie éphémère.

-Non… pas ça… non ! Criai-je.

Il n’y a plus rien. Je veux quand-même aller voir, mais c’est impossible de traverser. Surpris, en me retournant, je vois une barque au loin. Je l’amène au bord de l’eau et je saute dedans.

Je commence à ramer, à ramer comme je n’ai jamais ramé auparavant. La brume occupe le lac désormais. Il n’y a nulle trace d’une lumière dorée. Encore moins du papillon.

Mais, je vois quelque chose sortir de la brume. Je sursaute d’une peur verte. C’est elle, c’est Maura. Maura aux longs cheveux châtains, à la robe de nuit crasseuse, avec des taches de sang. Je vois même le monstrueux trou au niveau de son cœur qui fut arraché. Ses yeux noirs de mort et ses larmes sombres me donnent la chair de poule. Le sang dégouline de partout, même entre ses jambes. Elle est pâle.

Elle passe à travers moi. Je perds connaissance et tombe dans le lac.

Lorsque mon corps s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres, j’entends une voix qui m’apaise. La voix de Maura : « Coliiiiiiiiiiiiiiiiiiin… in… in… in… »

Au-dessus de moi, la lumière dorée brille et son visage apparaît. Maintenant, je me souviens.

J’avais deux ans, je me sentais abandonné. Mes parents étaient toujours absents. Ils étaient partis porter secours à des êtres chers pendant toute une année. J’avais fait la connaissance d’une jeune adolescente qui s’était occupée de moi. Elle me faisait rire, me racontait des histoires avant de dormir, elle jouait avec moi et me chérissait toujours. Maura m’adorait. Je me souviens aussi de son papillon qui la suivait. Je m’amusais à le pourchasser. Il savait que j’existais. Ensuite, j’allais sur la balançoire qui était toute neuve en ce temps-là et elle me poussait de plus en plus haut. Je sentais la liberté en moi, la joie et l’émerveillement. Je regardais le papillon s’envoler dans le ciel. Cette balançoire… c’était mon plus grand divertissement. Le plus marquant, c’est quand elle me serrait dans ses bras pendant la nuit en m’embrassant et en murmurant dans mon oreille : « Je t’aime Colin. »

« Coliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin… in… in… in… »

-Maura ?!

-Colin… si tu savais comme tu m’as manqué… et comme tu as grandi !...

-Toi aussi tu me manque Maura… comment ai-je pu t’oublier ?... Je suis tellement désolé !

-Tu n’as pas à être désolé… Tu sais ça fait tant d’années. Tu étais encore trop petit pour te souvenir de moi.

-Maintenant je me souviens… mais il m’a fallu du temps. Je me sens tellement seul sans toi…

-Tu ne seras plus seul désormais. Car tu seras avec moi… pour l‘éternité.

-C’est vrai ?

-Tu es en train de mourir. Ton corps refroidit. Ton cœur s’est arrêté. C’est ton âme qui vit maintenant.

-Mais…

-N’aie pas peur Colin… Je suis avec toi… pour toujours.

Mes larmes ruissellent de plus belle.

-Il est temps de dire au revoir à tes parents… Prends ma main… Viens…

Et voilà, mon histoire se termine ici. Durant toute ma vie j’ai souffert suite à la mort de cette fille. Biensûr au fond de moi-même je ne savais pas vraiment pourquoi j’étais malheureux. Mais je savais que j’avais eu un traumatisme et un lien très fort avec elle. Quand elle a été tuée, je pleurais sans cesse. En grandissant tous ces souvenirs se sont dissipés. Mais le sentiment d’abandon est toujours resté gravé dans mon cœur. J’étais amoureux de Maura. Et puis en découvrant la vérité bien plus tard, je m’en suis souvenu. Même si le tueur est toujours en liberté Maura et moi sommes à nouveau réunis.

Le papillon est revenu et nous a guidé vers la lumière de l’au-delà.

Jamais je ne reverrai mes parents. Mais dans un sens, j’ai tellement été exclu et rejeté des autres que pour finir je suis enfin heureux. Je pleure de joie. Mes parents pleureront de peine mais je serais toujours présent dans leurs esprits. Je suis émerveillé par la splendeur de la vie qui m’a été offerte grâce à Maura… Maura… Je pourrais répéter son nom des centaines de fois…

Son merveilleux visage, bien vivant cette fois, m’alarme encore plus. Et comme deux amants, nous avons quitté cette vie…

« Pour l’éternité…

Fin

Mon commentaire

J’ai déjà vécu ce genre d’expérience ; rêver de mourir est commun pour chaque personne.

C’était durant la nuit, où je rêvais de ma première petite amie que j’avais tant aimée, mais qui m’a laissé tomber.

Il arrive qu’elle soit encore présente dans mes rêves mais pas régulièrement. Je m’enfonçais de plus en plus dans un sommeil profond, ne sachant plus bouger ni même respirer. (Telle est la phrase du petit garçon dans l’histoire). Je m’étais réveillé en sursaut. Je me souviens encore de ces mots qui me prédisaient comme quoi je devais quitter ce monde, sachant que je ne reverrai plus les gens que j’aime plus que tout.

Pour vous dire, je croix aux esprits. Ils existent bel et bien, mais pas au sens négatif. Les esprits restent sur terre soit pour nous aider, soit parce qu’ils veulent qu’on les aide. Maintenant, les fantômes sont rares, mais ils sont là ; tout près de nous. Si vous voulez savoir la vérité, je n’en ai pas peur.

Voilà pourquoi il m’est venu à l’idée d’écrire cette nouvelle, afin d’exprimer mon ressenti face à ce genre de situation. Je ne sais pas vous dire si c’était un spectre qui voulait m’attirer dans l’audelà mais je sais une chose : rêver de mourir est signe d’une longue vie positive et merveilleuse…

Le cœur

20 octobre 2065

Dieu,

Je ne sais pas si vous pouvez m’entendre ou me voir mais vous êtes mon seul soutien. Je m’appelle Eliot Corame, j’ai 83 ans et je vis dans une maison de retraite au cœur d’une épaisse forêt sinistre. C’est étrange comme cet endroit me rappelle celui que j’ai connu durant ma jeunesse. Seulement, la forêt dans laquelle j’ai vécu était encore bien plus belle que celle-ci et un peu moins effrayante. C’est dans cette forêt lointaine que j’ai vécu une partie de ma vie. Toutes les nuits, je rêve de ma vie d’avant en voulant à tout prix y revenir. Malheureusement, c’est impossible. Quand je me réveille, je me mets à pleurer. C’est incroyable comme les rêves peuvent faire mal. Ils vous font espérer puis vous lâche dans seul coup. Il ne me reste plus beaucoup de temps ; ma maladie me dévore de l’intérieur. C’est pourquoi je tiens à vous écrire cette lettre.

Pour vous dire, ma vie a été détruite. Vous vous demandez sans doute pourquoi ? Eh bien je vais vous raconter. J’ai quitté mes parents à l’âge de 13 ans. Je sais cela paraît très étrange mais c’est la vérité. Je ne pouvais plus les supporter. Ils me battaient sans arrêt. Je ne recevais même pas un brin d’amour de leur part. Mon père m’a même frappé violemment avec une poêle brulante. J’en ai encore la marque sur ma joue. Ma vie a été misérable.

Quand je suis parti, j’ai appris à me débrouiller tout seul. J’ai trouvé un emploi en tant que jeune homme de ménage. Vu que je ne pouvais pas encore avoir un véritable emploi, je devais me contenter de brosser, de balayer et de nettoyer les répugnantes cuvettes des toilettes publiques. Pour l’école, j’étais un assez bon élève mais je n’ai pas continué mes études tout de suite. Pour la seule et unique raison que je devais travailler pour me nourrir et gagner ma vie. Au début je ne gagnais pas beaucoup mais au fur et à mesure, j’ai eu une augmentation sur mon salaire. Pendant 1 an c'était difficile.

A 14 ans, j’ai rencontré une fille. Alice elle s’appelait. Elle était belle ! Elle et moi, nous passions de merveilleux moments tous les deux. Alice était seule comme moi, livrée à elle-même et triste. Nous avions fait un maximum d’économie avec l’argent que nous gagnions. On a trouvé une somptueuse maison à l’ancienne au beau milieu des bois. La propriété était sécurisée par une grande grille de fer noir. Le chemin agrémenté de feuilles mortes serpentait toute la façade jusqu’à la demeure. Elle était abandonnée. Nous avions décidé d’y habiter. Nous sortions souvent par derrière pour descendre jusqu’au lac pour aller se baigner et lorsque nos mains se rencontraient sous un soleil de fin d’après-midi, Alice affirmait en me regardant dans les yeux : « Je t’aime Eliot. » Nous nous sommes embrassés tendrement. Le soir qui a suivi notre baignade, nous l'avons fait pour la première fois dans un grand lit confortable. C’était merveilleux ! Dehors, on pouvait entendre le hululement éloigné d’un hibou, le cri d’un loup, les criquets et les brises. Nous apercevions la lune par la fenêtre et les branches d’arbres projetaient leurs ombres dans notre chambre.

Au fur et à mesure, nous nous sommes occupés de nettoyer toute la maison et d’acheter le nécessaire pour nos loisirs. Les meubles étaient déjà là bien sûr mais nous avions quand même acheté une télévision et collecté l’eau potable, l’électricité et le chauffage. La maison n’appartenait qu’à nous.

Après plusieurs semaines, Alice avait quelque chose à m’annoncer. « Je suis enceinte ! » Je n’en revenais pas… Enceinte ! À 13 ans en plus ! L’idée me traversait l’esprit en me disant que c’était terrible pour notre âge d’être parents mais merveilleux à la fois. Elle a sauté dans mes bras. C’était le plus beau jour de notre vie.

-Nous l’appellerons Junior si c’est un petit garçon, a affirmé Alice.

-Et si c’est une fille ?

-Alors nous l’appelleront Emilie.

Je n’étais pas tellement d’accord pour ce prénom car j’en avais un autre en tête.

-S’il te plaît, appelons-la Emilie, je t’en prie ! C’est un si beau prénom.

J’ai hésité pendant un instant et j’ai dit : « On verra. » Je n’étais toujours pas du même avis qu’elle.

C’est pourquoi notre argent s’est vite dépensé en achetant des jouets pour bébé ainsi qu’un berceau en bois. Nous l’avons déposé tout près de la fenêtre dans notre chambre. Nous voulions qu'elle ait la sienne. Il y en avait une au bout du couloir en face de la nôtre mais comme nous n’avions pas beaucoup les moyens de la rénover pour le moment, on a décidé de la garder avec nous. Au moins, notre petite famille était réunie pour la nuit.

Les mois passaient assez lentement selon Alice. Puis c’est arrivé mais pas comme je l’espérais.

Alice a commencé à ressentir des douleurs atroces. Elle s’est effondrée. Horrifié, je l’ai portée jusqu’à l’étage et je l’ai déposée sur le lit.

-Ecoute, mon cœur… je vais compter jusqu’à trois, puis tu pousses… Courage… nous formerons une belle famille je te le promets… Allez…

Elle hurlait tellement elle avait mal.

-Allez… courage… continue à pousser… vas-y, mon cœur !

Elle hurlait de plus belle et le pire, du sang inondait la couverture. C’était horrible…

Alice a continué à pousser, s’est immobilisée et a donné naissance à une petite fille. J’ai coupé le cordon avec une paire de ciseaux et j’ai pris le bébé dans mes bras, je l’ai embrassé et l’ai bercé tendrement. Je tremblais de joie.

-Regarde Alice, c’est une petite fille, j’ai dit en souriant.

Elle n’a pas répondu.

-Alice ?

Toujours rien. J’ai enveloppé le bébé dans une petite couverture épaisse et je l’ai déposé dans le berceau. Je me suis précipité vers Alice. Elle reposait maintenant dans une mare de sang.

-Mon cœur tu m’entends ?!

Elle avait les yeux fermés. J’ai senti si son cœur battait encore. Et bien pour tout vous dire, il ne battait plus. Elle est morte pendant l’accouchement.

-Oh, non…

J’ai caressé son beau visage jusqu’à ses longs cheveux blonds. Mes larmes perlaient. Je l’ai prise dans mes bras en la serrant très fort et je me suis mis à sangloter.

Je l’ai enterrée en face de la maison sous un arbre en y plantant une croix en bois. J’ai même marqué sur une plaque : « R.I.P Alice Mariel, 1983-1996 ». Ensuite, j’ai déposé une rose sur sa tombe. J’inspirais profondément en levant la tête vers le ciel et en regardant les feuillages flotter lentement dans les brises sous un ciel gris. Je tenais le bébé en caressant sa petite tête. Elle dormait. J’ai versé une larme. Elle est tombée sur son cœur.

-Ne t’inquiète pas, je serais toujours là pour toi… Je te promets que je prendrai soin de toi… Emilie…

Six ans ont passé.

-Réveille-toi papa ! Réveille-toi !

J’ai sursauté.

-Réveille-toi, c’est mon premier jour d’école ! Allez debout, gros flémard !

Elle riait.

-Emmy ! S’il te plaît, il n’est que six heures du matin.

-Justement, c’est maintenant que je dois y aller, allez lève-toi, vite !

-D’accord, d’accord, j’arrive ma puce.

-Tu me prépares mon petit déjeuner ? A-t-elle demandé en courant jusqu’au rez-de-chaussée.

-Oui, oui, j’arrive mon cœur.

Je n’étais pas rassuré. Car Emmy souffrait d’une grave maladie du cœur. Je l’ai appris quelques jours après sa naissance. Je n’avais qu’une chose en tête, c’était de la garder ici, avec moi. Mais d’un autre côté, je ne pouvais pas la priver de ses loisirs, encore moins de son avenir.

Je me suis levé et je suis descendu à la cuisine. Pour le déjeuner, j’ai préparé des œufs, du bacon et des tartines de confitures. Elle s’est régalée.

-Dis papa ?

-Oui ma chérie ?

-C’était comment ton premier jour d’école ? En première primaire ?

-Et bien… c’était assez compliqué au début tu comprends. Je me faisais souvent marcher sur les pieds. Mais, j’ai toujours eu des bonnes notes. Et je m’étais fait quand même quelques amis au fil du temps. L’école ne me déplaisait pas. Mais mon premier jour n’a pas été facile.

-Tu crois que ça ira pour moi ? A-t-elle demandé. Elle avait de la confiture autour de la bouche. Je me suis approché d’elle en lui frottant les lèvres avec une serviette.

-Bien sûr que oui. Allez, va te préparer, on va bientôt partir, j’ai dit en l’embrassant sur le front. Elle a souri.

La voiture que j’avais achetée était un vieux modèle d’occasion mais qui fonctionnait très bien malgré tout. Au fil des années, j’ai su gagner ma vie un peu plus. Tout le monde savait ce que je venais de vivre. Et aussi, j’ai décroché un emploi en tant qu’ouvrier et je n’étais pas déçu du salaire. C’était dans cette vieille Volkswagen qu’on est monté et nous avions démarré pour l’école primaire qui se trouvait dans le village tous près de la forêt.

En arrivant devant l’école, Emmy m’a embrassé sur la joue et est partie en courant vers la cour de récrée.

-Passe une bonne journée, ma puce ! Lui ai-je lancé puis je suis reparti plus inquiets que jamais.

Quand je suis revenu aux environs de trois heures et demie, la maîtresse d’Emmy est venue vers moi et m’a dit qu’elle avait passé une bonne journée. C’était une enfant adorable et j’avais de la chance d’avoir une fille comme elle. Et une chose était sûre, elle m’aimait plus que tout. Malheureusement, il y avait eu un petit incident dans la classe. Elle s’était effondrée en se tenant la poitrine, elle gémissait de douleur. J’ai eu un profond sentiment de stupéfaction, mais elle m’a dit qu’elle allait bien. J’étais à moitié soulagé.

Emmy a couru vers moi et a sauté dans mes bras en me donnant un cadeau. C’était un dessin qui nous représentait tous les deux ; on se tenait la main devant la tombe de maman. Les larmes me montaient aux yeux. J’ai serré ma fille dans mes bras.

-Je t’aime tellement Emilie !

La maitresse semblait aussi au bord des larmes. Emmy est montée dans la voiture et nous sommes rentrés chez nous.

Ma fille était grande pour son âge. Elle avait de magnifiques yeux verts avec de longs cheveux châtains et était mince. Sa peau était si douce ! Il y a bien des mots pour dire que j’aimais Emmy à la folie ! Après tout, c’était ma fille unique.

Aussi, je ne vous l’avais pas dit, mais à 16 ans, j’avais pris des cours par correspondance afin de me remettre dans le droit chemin concernant les études. Quand j’ai eu 20 ans, j’ai arrêté. Mais ce n’est pas ça le plus important. J’en reviens maintenant au moment où j’étais revenu à la maison avec Emmy.

Je lui ai demandé comment elle se sentait, elle m’a dit : « Je vais bien. »

-Ton cœur ?

-Ça va. Je peux aller jouer dehors avec ma poupée ?

-Bien sûr.

Je la regardais par la fenêtre du grand salon. Je la surveillais tout le temps. Elle courrait dans tous les sens en sautillant de joie, longeant la tombe de sa défunte mère. Elle était tellement mignonne ! Je pleurais… Je pleurais à chaudes larmes. Il fallait que je profite de mes moments avec elle. Car sa maladie pouvait prendre le dessus n’importe quand.

-Ma chérie ?! Ais-je crié. Emmy s’est détournée.

-Ça te tente, qu’on aille se baigner au lac ?

Elle a dit oui avec émerveillement.

Nous avions installé nos draps face au soleil. Celui d’Emmy était occupé par sa poupée.

-Vas-y doucement s’il te plaît, je lui ai dit, puis je l’ai rejoint dans l’eau où nous avions échangé des éclaboussures. Elle s’est jetée sur moi et je suis tombé. On s’amusait à s’attraper. On riait au point de ne plus nous rattraper. Ensuite, je l’ai prise dans mes bras et nous avions nagé.

Sur nos draps, nous admirions les nuages et les oiseaux qui volaient vers le soleil couchant.

-Papa ?

-Oui ma puce ?

-Tu venais souvent ici avec maman ?

-Oui… très souvent même. Même au temps où elle était enceinte de toi.

-Qu’est-ce qui s’est passé ?

J’ai marqué un temps d’hésitation en poussant un soupir.

-Tu sais Emmy, la mort n’est qu’un bref passage de la vie. C’est quelque-chose de naturel et de mystérieux. Mais moi tout ce que je sais, c’est que même si tu ne vois pas ta mère, elle est quand même présente auprès de toi. Elle te regarde tout le temps. Et je suis sûr et certain qu’elle se dit : « OOH ! Quelle belle petite fille j’ai mis au monde ! Elle est si jolie ! Si gentille !... et merveilleuse. »

Je regardais en direction du lac en étant près à pleurer.

« Perdre un être cher, Emmy… c’est perdre une partie de soi-même. Mais je savais que je n’étais pas seul. Car tu es arrivée. C’est le cercle de la vie. On ne peut pas l’expliquer. Et croix moi,… jamais, je ne voudrais qu’il t’arrive du mal.

-C’est pour ça que tu me protège beaucoup ?

-…Oui… oui, c’est pour ça… car je t’aime… tu es ma fille et la seule personne que j’ai.