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Dans une chambre funéraire, deux femmes se retrouvent autour du corps d’un homme. Pour des raisons différentes, dans des expériences opposées, elles ont toutes les deux aimé cet homme d’affaires de plusieurs décennies leur aîné. Pourquoi se déchirent-elles ? Par jalousie ? Pour un confortable héritage ? Ou pour régler une fois pour toutes leurs comptes avec Georges ? Car on le sait : ce n’est pas parce que les morts jamais ne nous répondent, que nous ne sommes pas libres de leur dire ce que l’on a sur le cœur… Portraits doux-amers de deux femmes trop longtemps soumises et, en creux, d’un businessman sans morale ni vertu, Les Pleureuses s’interroge sur la mort et le deuil, pour mieux raconter les vivantes.
INFORMATIONS DE MISE EN SCÈNE
Comédie en un acte
2 personnages
1 lieu
Durée approximative : 1 heure 15
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né en 1982 à Douarnenez, Brendan De Roeck vit en Bretagne où il exerce la profession de musicien. Guitariste et pianiste, auteur-compositeur, il a enregistré de nombreux albums, tourné sur scène dans toute la France et autour du globe. Après "Curriculum Vitae", "Les pleureuses" est sa seconde pièce.
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Seitenzahl: 54
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Brendan De Roeck
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0905-5
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : juillet 2024
©couverture Ex Æquo
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
(Une chambre funéraire, très peu décorée.
Le corps d’un homme âgé est allongé sur un lit mortuaire. Une musique neutre, fade, d’apparence apaisante, berce la pièce de ses quelques notes de piano. Lydie, une grande et belle femme noire, est assise à ses côtés, absorbée dans l’observation de son téléphone portable. La porte s’ouvre, Lydie lève la tête dans sa direction. Sonia, non moins jolie, élégante, petite, blanche de peau, entre.)
LYDIE
Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
SONIA
La même chose que toi.
LYDIE
Tu n'as pas la moindre idée de ce que je suis en train de faire.
SONIA
Une petite idée, pourtant.
LYDIE
Tu n'es pas la bienvenue.
SONIA
SONIA
Qui t'autorise à juger seule qui peut veiller les morts ou non ?
LYDIE
Va-t'en, j’te dis !
SONIA
Écoute… J’arrive tout juste de vingt-deux heures d'un voyage éprouvant, j'ai traversé la moitié de la planète pour venir, maintenant, si tu ne veux pas voir ma gueule, sors, mais laisse-moi un moment avec lui.
LYDIE
Vingt-deux heures d'un voyage éprouvant ? Tu te fous de ma gueule ? Moins d’une journée, au final ! Quel sacrifice ! Quel dévouement !
SONIA
(En chuchotant.)
Baisse le ton, s’il te plaît...
LYDIE
Oh, tu as peur de le réveiller ? (Se tourne vers le mort et lui crie à l'oreille.) Eh Georges ! C'est bon, réveille-toi, Sonia est là ! Avec cinq ans de retard, mais ça y est, elle est arrivée, tout va s'arranger. (Elle se retourne vers Sonia.) Il ne veut rien entendre… (Haussant les épaules, ironique.)
SONIA
Épargne-moi ça, je t’en conjure. Va prendre un café et laisse-moi dix minutes avec lui...
LYDIE
(En se levant.)
Dix minutes. Pas cher payé. Si c’est le temps qu'il te faut pour faire ton deuil. (En sortant.) Il t’a attendu plus longtemps que ça, Georges...
SONIA
Merci Lydie.
(Sonia, restée seule, s’approche du corps de Georges, pose son sac à main sur le dossier d’une chaise. Elle reste longuement à fixer son visage, le caresse du revers de la main.)
SONIA
Qu’est-ce que tu as encore fait, patron ? Hein ? T’en loupes pas une… Jamais ! (Silence.) Et qu’est-ce que t’es vieux !
(Elle s’assoit, le regard fixé droit devant elle.)
SONIA
Mais t’en imposes toujours, Georges. Tu fais un vrai cadavre charismatique. Même fripé et mort… Même dans ce costume horrible. (Elle caresse son visage un moment encore puis se lève soudainement.) Putain, c’est quoi cette musique de merde ? (Elle cherche dans la pièce le petit poste qui diffuse cette mélodie, et le coupe immédiatement.) Musique apaisante, mon cul !
(Elle retourne s’asseoir un instant, puis se relève et regarde le mort et la pièce qui l’entoure de manière mystérieuse, comme si quelque chose clochait. Brusquement, elle agrippe les bords du lit mortuaire à roulettes, et se met à déplacer le mort dans une autre direction. La porte s’ouvre dans son dos.)
LYDIE
Mais qu’est-ce que tu fous, bordel ?
(Lydie court pour attraper le lit à son tour et empêcher Sonia dans son entreprise. Toutes deux s’agrippent au lit, Sonia derrière la tête de Georges, Lydie à ses pieds, et elles tirent chacune de son côté, comme dans un jeu d’enfant.)
SONIA
Je mets sa tête au nord.
LYDIE
Pour favoriser son sommeil ? Il est mort, là...
SONIA
Et les morts doivent reposer la tête au nord !
LYDIE
Selon qui ?
SONIA
Selon l’Ayurveda.
LYDIE
L’Ayur Vé quoi ?
SONIA
L’Ayurveda ! La médecine traditionnelle hindoue.
LYDIE
Il n’a plus besoin de médecin, il est tout raide. Lâche ce lit, espèce de cinglée !
SONIA
(Hurlant.)
Laisse-moi mettre sa tête au nord, sombre conne !
(Sonia arrache le lit des mains de Lydie et le place où bon lui semble. Lydie va chercher une chaise et la place aux côtés de Georges, elle s’y assoit en soupirant, incrédule. Sonia, va à son tour chercher une chaise et se place de l’autre côté du défunt. Silence gêné.)
LYDIE
J’ai toujours entendu dire que c’était pour les vivants, moi, cette histoire de dormir la tête au nord.
SONIA
Selon le Feng Shui chinois, oui. Mais l’Ayurveda préconise le contraire.
LYDIE
(Applaudit ironiquement.)
Eh bien voilà des informations dont Georges se branlait littéralement de son vivant, alors sa dépouille, j’imagine même pas...
SONIA
Non, il ne s’en foutait pas. On a étudié ensemble, lui et moi, tous les rites funéraires possibles et imaginables… Part of the job !
LYDIE
Ok, ok… Enfin, j’ai vécu à ses côtés pendant quinze ans, je suis heureuse d’apprendre enfin qu’il était plus hindou que chinois dans sa mort. Lui qui était si français de son vivant...
SONIA
Mais, non… Bien sûr qu’il n’en avait rien à foutre… C’est juste qu’on a découvert ça ensemble, à Bombay, en voyage...
LYDIE
D’affaires ?
SONIA
Oui, en voyage d’affaires.
LYDIE
Voyage d’affaires...
SONIA
Oui, en voyage d’affaires !
LYDIE
Exclusivement professionnel.
SONIA
Je ne te le fais pas dire. C’est toi qui as choisi cette tenue ?
LYDIE
Oui, c’était son costard préféré.
SONIA
Il est horrible.
LYDIE
Sur la fin, après tout ce cirque, je veux dire, il n’a plus jamais eu de goût pour s’habiller… Pas autant que quand il partait (Elle mime les guillemets avec les doigts.
SONIA
Lâche-moi avec ça !
LYDIE
Et c’est moi qui faisais sa valise, en plus...
SONIA
Oui, ça ne m’étonne pas. Mais je dis juste que là, pour sa dernière tenue, il aurait pu faire un effort.
LYDIE
À part toi et moi, tu penses vraiment qu’il y a une seule personne au monde qui compte venir le voir ?
SONIA
J’en sais rien, mais moi, ça me pique les yeux de le voir sapé comme ça.
(Elle se lève et attrape une couverture au pied du lit, qu’elle déplie et remonte jusqu’au cou de Georges pour cacher le costume.)
LYDIE
Tu es folle, ma pauvre. Tu vas laisser ce cadavre tranquille ?
SONIA
