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Octobre 2016, Paris, alors que s'apprête à ouvrir la première Salle de Consommation À Moindre Risque, appelée « salle de shoot ». Marion, 21 ans, consommatrice, souhaite s'y rendre afin de pratiquer ses injections dans un cadre sécurisé. Mais sa mère, Sonia, est démunie face à l’addiction et au mal-être de sa fille. Les deux femmes ne réussissent plus à communiquer : à l'enjeu de cette ouverture historique, se mêle toute la complexité d'une relation mère-fille faite de rancœurs et d'espoirs.
Ce texte a été Lauréat du Concours d'écriture pour le théâtre Fondation Johnny Aubert-Tournier Maisons Mainou et Prix Coup de Cœur du Jury du concours Coup de Théâtre à Paimpol.
Genre : Drame
Personnages : 2
Lieux : 1, une chambre à coucher
Scènes : 3
Durée totale : 50 minutes.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Alexandre Santos est auteur de théâtre et scénariste-réalisateur. Ses écrits ont fait l'objet de plusieurs créations et publications, dont dernièrement le scénario de long-métrage En ton nom, en 2021. Parallèlement à son travail d’écriture, il est travailleur social spécialisé en addictologie.
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Seitenzahl: 43
Veröffentlichungsjahr: 2024
Alexandre Santos
Les Ronces dans ma bouche
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0802-7
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : janvier 2024
©couverture Ex Æquo
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Les Ronces dans ma bouche a été lauréate de la 3ème édition du concours d'écriture pour le théâtre (2020-2021), organisé tous les deux ans par La Fondation Johnny Aubert-Tournier, « Maisons Mainou », à Genève, Suisse. Cette fondation est une résidence pour l'écriture et la traduction de théâtre, l'écriture scénaristique et pour la composition de musique de scène. www.maisonsmainou.ch
Cette pièce a également obtenu le Prix Coup de Cœur du Jury du concours Coup de Théâtre à Paimpol.
La création de Les Ronces dans ma bouch a eu lieu le 28 février 2023, au Théâtre des Amis, à Carouge/Genève, dans une mise en scène de Philippe Lüscher, avec Émilie Cavalieri et Sophie Lukasik.
Marion, 21 ans
Sonia, sa mère, 50
(La lumière est tamisée, très délicate.
Marion est allongée sur son lit en chien de fusil, le visage tourné vers le public, les yeux clos... Un calme à la lisière de l'onirique.
Des coulisses on entend des clés, une porte lourde qui s'ouvre, se referme en claquant.
Marion émerge comme d'un rêve profond.
Elle se redresse, gestes évasifs. Saisit une bouteille d'eau au pied du lit qui ne tarit pas sa soif, la vide d'un trait.
Puis elle prend quelque chose dans son dos qu'elle range dans un tiroir sans que nous ne puissions voir ce que c'est.
Un instant suspendu, avant de briser le quatrième mur.)
MARION
(Au public.)
Maman laisse toujours la porte se fermer de tout son poids, pour qu'elle fasse assez de bruit. Que je me réveille, au cas où.
(Des pas se rapprochent de la chambre.On tape à la porte.)
SONIA
(Des coulisses.)
SONIA
(Des coulisses.)
Ça va ?
MARION
Ça va et toi ?
SONIA
(Des coulisses.)
Claquée... Je vais prendre ma douche, je me sens sale.
MARION
Ça a été ta journée ?
SONIA
(Des coulisses.)
J'ai sué comme je sais pas quoi au bureau. Je me sens sale.
(Les pas s'éloignent.)
MARION
(Au public.)
Elle n'a pas cherché à entrer ce soir. Trop usée certainement pour faire semblant de ne pas voir mes yeux vitreux, la façon dont les traits de mon visage se sont affaissés, mes stigmates... Elle remarque ces traces, je le sais, mais sans rien dire pour que ça se cache, pour que ça se taise et qu'on reste tranquilles toutes les deux...
MARION
(Au public.)
J'avais un copain. Lui aussi dedans. C'était un de nos points communs, avec le cinéma taïwanais et le punk hardcore.
(Au loin, bruit de l'eau qui coule dans la douche.)
MARION
(Au public.)
Quand il était là Maman ne tapait pas, elle ne s'approchait même pas, elle laissait juste le son pachydermique de la porte d'entrée nous prévenir qu'elle était rentrée. Je ne sais pas si c'est par respect ou par peur de nous surprendre en train de faire notre truc, ou en train de faire l'Amour, parce qu'elle ne le fait plus, elle, enfin je crois, et l'amour des autres, même si c'est votre fille, peut-être que l'amour des autres au bout d'un moment...
(Marion se lève, ouvre le tiroir dans lequel elle avait rangé l'objet inconnu. Elle en extrait une feuille A4 blanche, pliée.)
MARION
(Au public.)
Ces mots qu'on s'écrit via les écrans, c'est bien sur le moment, ça fait son petit effet, mais après coup j'ai l'impression qu'ils n'ont jamais existé. Vous les rédigez puis ils partent dans des limbes informatiques, en binaire. C'est affreux de se dire qu'un sentiment puisse être traduit en chiffres. « J'ai envie de toi » c'est qu'une série de 0 et de 1.
MARION
(Au public.)
Il ne voulait pas m'écrire de lettres, il ne pensait pas au temps comme moi. Que les choses soient éphémères ou éternelles, ça n'avait aucune importance pour lui : il prenait ce qu'il prenait, ratait ce qu'il ratait. Alors ses SMS je les ai imprimés.
Ça existe un peu plus encore depuis que c'est fini entre nous.
(Marion hésite à lire, esquisse un sourire doux-amer, replie la feuille, remet dans le tiroir, ferme le tiroir.
Le bruit de la douche s'interrompt.
Un temps.
Des pas se rapprochent de la porte puis s’éloignent : on vient de passer devant la chambre.)
MARION
(Au public.)
Quand je pense à lui, il y a une foule de sensations encore douloureuse. J'attends d'oublier ça. Que ce wagon de sensations s'arrête à une station de ma mémoire et ne reparte plus. J'attends les bandits de l'oubli qui viendront faire sauter le chemin de fer, ma mémoire comme un western.
SONIA
(Des coulisses.)
