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Zakaria est le héros de cette fresque historique qui se déroule quelques mois avant le déclenchement de l'insurrection, en Novembre 1954. Il décrit son quotidien et le pourquoi de son engagement pour la reconquête de la liberté Algérienne dans un partage, une pédagogie et la compréhension, qui feront que demain soit réalisable. Il rencontrera plusieurs acteurs de la guerre d'Algérie qui pour l'heure ne sont encore que des personnes anonymes. Il va de péripéties en péripéties, jusqu'à devenir un acteur privilégié qui le mènera à la découverte de lui-même et de la nation. Garde en mémoire que le tribut n'est pas un lègue, mais une offrande, que la part de tous doit se faire inévitablement. La haine et la colère ne nourrissent personne, la nostalgie est un facteur de dérision, l'instant present est le moment le plus important. Quoique tu fasse, tu ne pourras modifier le passé, mais le présent, tu peux y apporter ta rime, est transmettre l'amour, ne transmets jamais rien d'autre que l'amour. L'amour est la clé. Toi Algérien et Algérienne du futur, transmets mon amour et mon amitié à tous les peuples.
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Seitenzahl: 289
Veröffentlichungsjahr: 2018
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J'ai beaucoup de respect pour mes parents, ma mère en particulier. J'ai toujours souhaité la tenir informée de mes faits et gestes, mais également de mes pensées et de mes désirs profonds. J'ai imaginé que je lui écrivais régulièrement, quasiment quotidiennement. L'histoire de mon pays, l'Algérie, me fascine. Plus particulièrement cette période de la montée en puissance de cette volonté d'aller vers l'Indépendance et la guerre qui suivra ce désir profond, la Liberté.
Il me fallait raconter cet épisode de notre Nation avec les véritables acteurs et un candide qui se retrouve au milieu du marasme. Il s'agit d'un jeune homme qui se trouve mêlé à l'Histoire. Il y prendra sa place tout naturellement.
Ce livre n'est pas une œuvre historique, la fiction y est bien présente. C'est un roman historique caractérisé par une toile de fond narrative à une période de l'Histoire. Le roman historique respecte la vérité et je m'appuie sur une importante documentation au plus près de celle-ci.
Je ne remets jamais en cause aucune notion ni invente aucun événement majeur, j'écris l'histoire telle que je l'entends en faisant évoluer mon personnage central qui est un jeune de 20 ans, Zakaria, plongé dans les préparatifs de la Libération de l'Algérie de juin à novembre 1954.
En lisant ce livre, vous serez téléporté dans la révolution algérienne, dans le temps exact des événements, avec des acteurs que vous connaissez et qui ont forgé la révolution algérienne, à l'exception de Zakaria et de ses proches.
Nabil Khalfaoui
À la mémoire de mon père “ Ô Dieu ! Accorde-lui le pardon, la miséricorde et préserve-le. Efface ses pêchés, accueille-le avec générosité et facilite lui l’accès au paradis “.
À toi, ma Mère
Béni soit le jour où tu es née, béni soit le jour où porté par cette volonté ineffable de me porter, tu as comblé mes yeux de ton sourire, tes bras ardents ont fortifié mon être sous le regard bienveillant du Seigneur des mondes, béni soit le jour qui t’a vu naître sous les embruns de la terre algérienne, promise à un avenir meilleur. À toi femme courageuse, mémoire des mères de notre nation, tu as contribué à mon émancipation. À toi mère qui fais face au silence du cœur pour m’abreuver de rêves et de senteurs, je n’ai de cesse de courtiser ton regard empreint de cet amour indéfectible, unique et déterminé. À toi mère qui supplante tous mes rêves. À toi l’amour de ma vie. Je te dis merci.
Ton fils Nabil
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Bien avant les Romains, les Carthaginois et leurs soldats, dominaient ce qui allait devenir plus tard l'Algérie pendant plusieurs siècles, à leur tour les Byzantins venus en conquérant céderont leurs places aux hordes de Vandales, et ainsi va l’histoire, car aucune civilisation n’a pu résister aux fluctuations et à la tectonique de la pensée sans cesse en mouvement, leur hégémonie prenant fin, l’occasion se prêta aux Arabes qui apporteront une connaissance, une philosophie et une culture qui allait devenir l'épine dorsale de l’Algérie. Les Espagnols et les Turcs tentent à leur tour des incursions plus ou moins brèves et essayèrent de convoiter ce sol d'Algérie sans succès.
Nous sommes alors au XVIe siècle, Kheireddine Barberousse est proclamé " Sultan d'Alger " entre la fin octobre et le début novembre 1519, une assemblée composée de notables algérois et d'Oulémas charge une délégation de soumettre au sultan ottoman Sélim 1er, une proposition de rattachement de l'Algérie à l’Empire ottoman. En effet, à la suite de la tentative de l’Empire espagnol de prendre Alger en 1518, Kheireddine Barberousse prend conscience de la nécessité de s'appuyer sur l'aide ottomane. Cet État fut très important aux yeux des Turcs, car il constituait le fer de lance de la puissance ottomane en Méditerranée occidentale. Dès lors, Alger dotée d’un port et entraînée par un chef de guerre compétent se livre avec succès à l'attaque de navires en mer et au pillage des régions côtières européennes. Devenue un grand port de guerre, elle gagne au fil des expéditions étrangères la réputation de ville " bien gardée " al-marūsa et d'" imprenable ".
Les Maures eux, entrent en France dès 714 et n’en ont été définitivement chassés qu’en… 1830 ! Un millénaire d’incursions permanentes sous la forme d’occupations durables et de razzias ponctuelles. Ils se retrouvent en Espagne en 711, ils profitent de l’effondrement de l’Empire wisigoth, ils envahissent alors la Septimanie composée des Pyrénées-Orientales, l’Aude, l’Hérault et le Gard. Le 25 octobre 732 à Poitiers, Charles Martel et son armée mettent un terme aux incursions arabo-musulmanes qui refluent vers l’Espagne.
La baie d’Alger
En 752, Pépin le Bref, fils de Charles Martel, et son petit-fils Charlemagne se lancent à l’assaut de la Catalogne qu’ils annexent en 801. Jusqu’au début du XIe siècle, les Arabes conduisent des raids par terre ou par mer en Languedoc comme en Provence. Leur présence sédentaire se maintient pendant près d’un siècle en Provence, dans le Massif des Maures.
Cette situation et cette occupation perdurent. En 1798, le gouvernement du Directoire achète du blé à la Régence d’Alger pour les besoins de l’expédition du général Bonaparte en Égypte. Des frictions éclatent avec le dey d’Alger, Hussein, qui frappe " du manche de son chasse-mouches " le consul de France Deval, un affairiste qui refuse non sans insolence de s’engager sur le remboursement du prêt.
Un geste insensé aux conséquences graves pour l’entente entre les deux pays. Les Français sont bien décidés à ne pas accepter l’affront et le laisser sans lendemain. Ils demandent réparation et des excuses pour ce qui est considéré comme une humiliation.
Le président du ministère français, Villèle, demande réparation au Dey pour l’offense faite à son consul, mais n’obtient aucun semblant d’excuse. En réalité, pour faire diversion aux difficultés politiques intérieures de la France en 1830, qui entraînera la chute de la dynastie des Bourbons et l’avènement de la monarchie de juillet sous Louis-Philippe. Le roi Charles X éprouvera le besoin de restaurer son image en utilisant comme prétexte l’incident du Dey d’Alger. Le 3 mars 1830, dans le discours du trône, il évoque pour la première fois l’idée d’une expédition punitive destinée à obtenir réparation de la dette ainsi qu’à détruire le repaire de corsaires installé dans la régence d’Alger et mettre fin à l’esclavage !
Le dey d’Alger, Hussein, qui frappe " du manche de son chasse-mouches " le consul de France Deval.
14 juin 1830, les troupes françaises débarquent à Sidi-Ferruch une presqu'île située à 30 km à l’ouest d’Alger qui suit le plan de 1808 de l'espion “Boutin” et marque le début d’une expédition punitive destinée à restaurer le prestige du gouvernement. Le Dey capitule le 5 juillet, après plusieurs jours de difficiles combats. Cet événement marque la fin de la domination ottomane et le début de la domination française en prenant le nom officiel d’Algérie le 14 octobre 1839.
Sous Louis-Philippe de 1830 à 1848, l’Emir Abd El Kader, le fondateur de l’Algérie, résiste à l’occupation coloniale. Il possède des velléités offensives et n’hésite pas à s’en prendre à la France en se mesurant aux tribus alliées. Il dispose du Général Trézel à Makta dans l’Ouest algérien. Il fait le siège d’Oran pendant 40 jours jusqu’à l’arrivée du Général Bugeaud. Il capitule le 30 mai 1837 en signant le traité de Tafna. En échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen, il peut conserver 59 000 hommes en armes.
L’historien Olivier La Cour Grandmaison écrit : " le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre 1830/1872 souligne son extrême violence , il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l’armée d’Afrique. En l’espace de quarante-deux ans, la population globale de l’Algérie est en effet passée de 3 millions d’habitants environ à 2 125 000 selon certaines estimations, soit une perte de 875 000 personnes, civiles pour l’essentiel. Le déclin démographique de l’élément arabe était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les indigènes et les colons. " Plusieurs observateurs s’accordent à dire que la conquête de l’Algérie a causé la disparition de presque un tiers de la population algérienne. Guy de Maupassant écrivait dans Au Soleil en 1884 je le cite " Il est certain aussi que la population primitive disparaîtra peu à peu ; il est indubitable que cette disparition sera fort utile à l’Algérie, mais il est révoltant qu’elle ait lieu dans les conditions où elle s’accomplit ".
Le 6 septembre 1808 naît Abd El Kader. Il devient un héros de la résistance algérienne, mais aussi promoteur avant l’heure d’un islam d’ouverture et précurseur du réveil national arabe. Le 7 janvier 1853, il débarque à Constantinople. Doté d’une confortable pension du gouvernement français, il s’installe à Brousse (Bursa), une ville voisine, puis, deux ans plus tard, à Damas. Il recevra de nombreux visiteurs jusqu’à sa mort le 26 mai 1883.
La trêve ne sera que de courte durée. Le 15 octobre 1839, les hostilités reprennent. L’Emir Abd El Kader estime que l’armée française a dépassé ses droits en occupant les " Portes de fer " dans la chaîne des Bibans territoire que l’émir comptait annexer. Dans cette partie du monde, le Général Bugeaud est omniprésent et veille sur les intérêts français. Avec en arrière-plan cette guerre larvée contre les troupes de l’Emir Abd El Kader, le Général Bugeaud, le 14 août 1844, étrille l’armée du sultan marocain à la bataille d’Isly, ses troupes se replient vers Taza. Dès lors, Abd El Kader est bloqué, car il ne peut entrer au Maroc, le Sultan ayant signé un traité de paix avec la France. Toutefois, Abd El Kader sort victorieux de la bataille de Sidi Brahim contre le colonel Montagnac.
Abd El Kader sent bien que sa position n’est pas tenable très longtemps et il se rend aux spahis en décembre 1847. Durant 4 ans, il est en résidence surveillée en France avant d’être libéré par Napoléon III. Il part alors s’installer à Damas. L’Assemblée constituante de 1848 proclame l’Algérie partie intégrante du territoire français avec trois départements Bône, Alger et Oran. Seule la Kabylie résiste à la domination française. Ce dernier territoire est annexé après la Guerre de Crimée (1853-1856), au moment où l’armée française redevient complètement opérationnelle de par son effectif.
La Kabylie se soulève une nouvelle fois en mars 1871 après que la France ait connu beaucoup de difficultés lors de la Guerre contre la Prusse (1870-1871). Mohamed El Mokrani entre en dissidence et fait appel au Cheikh El Haddad, grand maître de la confrérie de Rahmaniya. Ce ne fut que feu de paille, la répression française ne tarde pas. Les Spahis sont condamnés et doivent purger leur peine en France. Ils n’acceptent pas cette sanction et se révoltent fin janvier 1871 à Moutjebeur et à Ain-Guettar, à la frontière avec la Tunisie. Les Français reprennent rapidement le dessus. Pour tenter d’amener la culture française en Algérie, le gouvernement français décide de favoriser l’immigration et de grouper ces populations européennes à des endroits stratégiques du pays. La loi du 21 juin 1871 (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d’Alsace-Lorraine. De 1871 à 1898 les colons acquièrent plus de 1 000. 000 d’hectares, alors que de 1830 à 1870 ils en avaient acquis 481 000.
En 1881, le 28 juin, il est décidé à distinguer deux catégories de population en Algérie. Il y a les citoyens français, de souche métropolitaine, et les sujets français, les Africains noirs, les Malgaches, les Antillais, les Mélanésiens. Les droits des sujets français sont très limités notamment pour les déplacements dans le pays. Ces restrictions sont abolies par la loi du 7 mai 1946, les autochtones sont autorisés à circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. En 1900, l’Algérie se voit attribuer un budget spécial, un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires.
Surgit alors le nationalisme algérien à l’instar de Messali Hadj en 1927. Il fonde le Parti du Peuple algérien (PPA) et demande l’indépendance de son pays. D’autres groupes se forment sur les mêmes bases le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques et le Mouvement national algérien (MNA).
Les deux Guerres mondiales où la France est engagée mobilisent bon nombre d’Algériens et de Pieds Noirs. Entre 1914 et 1918, les musulmans, juifs et Européens représentent 249 000 hommes, 73 000 dans la population française, 176 000 dans la population indigène. Lors de la Deuxième Guerre mondiale, 123 000 musulmans algériens sont recensés, contre 93 000 Européens, seront tués 2 600 Algériens et 2 700 pieds noirs.
Le 8 novembre 1942, le Général de Gaulle et les forces anglo-américaines débarquent dans le cadre de l’opération Torch, à Oran, Alger et Bône. Au sein de l’armée française de Libération, on retrouve de nombreux Algériens pour les campagnes de France et d’Italie. Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid, Krim Belkacem sont les principaux gradés algériens de l’armée française qui ont participé à cette guerre. À peine, l’armistice signé l’armée française en Algérie reprend du service pour raisonner des manifestations nationalistes à Seta et Guelma. On dénombre des morts de part et d’autre, 103 Européens tués et 10 000 Algériens selon la source officielle française, 45 000 selon une source algérienne.
Je m’appelle Zakaria. En ce jour d’automne 1935, j’illumine le cœur de ma mère Nohr, un prénom qui signifie Lumière en arabe. J’ai trois sœurs et voici que j’arrive dans cette famille, un garçon, un don du ciel.
Nohr, ma mère, est bien installée dans la vie, elle enseigne le français dans un lycée d’Oran. Mon père, originaire d’Oran, travaille le bois, des architectures orientales, des cadres ciselés façonnés par des artistes du passé, des portes et des moucharabiehs, un dispositif de ventilation naturelle fréquemment utilisé dans l’architecture traditionnelle des pays arabes. Il travaille également le fer. Mon père est un artisan reconnu et apprécié.
Ma mère est de Constantine. Sa famille est relativement aisée, ce qui lui permet de fréquenter une école privée et faire des études poussées. Elle reçoit une éducation chrétienne dispensée par des religieuses et des missionnaires. À cette époque, l’école publique n’existe pratiquement pas d’autant que l’école n’est pas obligatoire. Les enfants conservent donc leur culture musulmane.
Son éducation catholique lui permet de progresser dans sa pratique de la langue française en étant correspondante pour l’Église de Paris.
Nohr conserve cette formation musulmane, et la transmet à mes sœurs et moi. Elle est objective et pas dupe, elle sait qu’un jour ses convictions profondes serviront à la nation. Elle n’aspire pas encore à cet esprit nationaliste, elle veut transmettre cette richesse, l’éducation et la connaissance.
La majorité de la population en Algérie est musulmane, des paysans et pour eux l’éducation se limite à la connaissance de l’islam. En revanche ceux qui possèdent les ressources suffisantes pour se rendre à l’école, accéder à la connaissance dispensée par les catholiques, le gouvernement les aides dans leurs démarches et les incite à évoluer. Une certaine promiscuité existe avec le pouvoir en place. Ils servent ainsi la cause française et la façade qui se dressent au grand jour pour prouver que certains peuvent atteindre un niveau important d’éducation au sein de la population, en réalité une chimère.
Une forme d’aristocratie vivante et visible qui permet certains privilèges comme côtoyer les grands califes de l’islam, être connu et respecté dans leur village, pouvoir ouvrir un commerce. Ils ne possèdent toutefois pas les connaissances suffisantes pour accéder à un poste dans l’administration ou devenir policier ou gendarme.
Ils parviennent à un emploi de garde champêtre à cause de leur allégeance au drapeau français. En échange, ils communiquent les faits et gestes des uns et des autres. Ils inspirent le respect dans leur tribu où ils occupent une position élevée. Ce sont les caïds.
Les années passent. Je suis en primaire dans une école d’Oran. Je travaille bien, je fais honneur à mes parents. Ma mère passe beaucoup de temps à parfaire mon éducation.
Je suis trop jeune pour tout comprendre, mais ma mère m’explique que l’Allemagne vient d’envahir l’Autriche et va bientôt entrer en guerre contre une partie du monde. Ma mère me donne des informations que je commence à comprendre. La vie politique de l’Algérie se modifie à chaque fois que la France s’engage dans une guerre, en 1870, en 1914 et en 1940, l’espoir de mettre à profit la conjoncture pour réformer le système colonial ou libérer l’Algérie s’empare des militants.
La défaite de la France en juin 1940 bouleverse le conflit entre la colonisation et les nationalistes algériens. Le monde colonial, menacé par le Front populaire accueille avec enthousiasme le pétainisme, et avec lui le sort fait aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes.
L’arrivée des Américains en modifie le climat. Les nationalistes prennent au mot l’idéologie anticolonialiste de la Charte de l’Atlantique du 12 août 1942 et s’efforcent de dépasser leurs divergences. Le Parti communiste algérien et des "Amis de la démocratie ", s’opposent à ceux qui ne veulent pas sacrifier les intérêts algériens pour le compte de la lutte antifasciste comme le chef du Parti du peuple algérien (PPA), Messali Hadj, ou encore Ferhat Abbas, qui, en 1936, estime que la patrie algérienne représente un mythe et se prononce pour "une République autonome fédérée à une République française rénovée, anticoloniale et anti-impérialiste ", mais ne modifie en rien sa culture française et occidentale.
Ferhat Abbas a plusieurs fois fait appel au Maréchal Pétain, sans toutefois recevoir de réponse. Il change alors de camp et transmet aux Américains un texte cosigné par 28 élus et conseillers financiers, texte qui devient le 10 février 1943, avec le soutien du PPA et des oulémas, le Manifeste du peuple algérien.
Messali Hadj
Ferhat Abbas
Le Général de Gaulle passe à côté de ces poussées nationalistes. Son discours de Brazzaville, le 30 janvier 1944, n’annonce aucune politique d’émancipation et encore moins d’autonomie. "Cette incompréhension se manifeste au grand jour avec l’ordonnance du 7 mars 1944 qui, reprenant le projet Blum-Violette de 1936, accorde la citoyenneté française à 65 000 personnes environ et porte à deux cinquième la proportion des Algériens dans les assemblées locales ", écrit Pierre Mendès France.
J’assiste de très loin aux événements de la Deuxième Guerre mondiale. Le 8 novembre 1942, le Général de Gaulle et les forces anglo-américaines débarquent dans le cadre de l’opération Torch, à Oran, Alger et Bône. Je ressens le remue-ménage que cela provoque dans ma ville, mais je ne suis pas complètement impliqué, ma mère m’éloigne de tout ce tohu-bohu. Je suis d’autant plus loin des tractations qui se passent au plus haut niveau et dont je prendrais connaissance que beaucoup plus tard dans ma vie.
Messali Hadj pour les indépendantistes du PPA, Cheikh Bachir El Ibrahimi pour les oulémas et Ferhat Abbas pour les autonomistes, l’unité des nationalistes se réalise au sein d’un nouveau mouvement, les Amis du Manifeste et de la liberté (AML). La jeunesse urbaine leur emboîte le pas. Partout, les signes de désobéissance se multiplient. Les antagonismes se durcissent. La colonie européenne et les juifs autochtones prennent peur et s’agitent. Beaucoup de projets prennent forme, mais sans trop de consistances et donc ces projets avortent. La majorité opte pour un État séparé de la France et uni aux autres pays du Maghreb et proclame Messali Hadj "leader incontesté du peuple algérien ". L’administration s’affole et fait pression sur Ferhat Abbas pour qu’il se dissocie de ses partenaires.
En réponse, Messali Hadj est enlevé et déporté à Brazzaville, le 25 avril 1945. La pression monte. Les partisans de Messali Hadj n’entendent pas rester inactifs. Ils font bande à part pour le défilé du 1er mai, puisque la CGT et les Partis communistes français et algériens restent muets sur la question nationale. À Oran et à Alger, la police et des Européens tirent sur le cortège nationaliste. Il y a des morts, des blessés, de nombreuses arrestations, mais la mobilisation continue.
Dans quelques jours, la paix sera signée mettant un point final à la Deuxième Guerre mondiale. Au sein de l’armée française de Libération, on retrouve de nombreux Algériens pour les campagnes de France et d’Italie. Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid, Krim Belkacem sont les principaux gradés algériens de l’armée française qui ont participé à cette guerre.
Mes parents m’emmènent à Constantine pour fêter la signature de la Paix le 8 mai 1945. Je n’ai pas encore 9 ans. Il fait beau, le soleil étincelant nous revigore de son panache coutumier et nous sommes en pleine euphorie. Je le suis un peu plus, car je sens cette marche en avant et ce bonheur qui trahit la joie de mes parents à travers leurs sourires.
Les rues de Constantine sont drapées d’oriflammes tricolores. Au loin résonne l’hymne national mêlé à une multitude de klaxons, de sifflets et de cris de joie qui donne à ce décor des allures de fête foraine.
Nous fêtons la fin de la guerre en Europe, les Allemands sont vaincus. Leur agonie emporte avec eux le désir foudroyant d’un homme désespéré et prêt à tout pour imposer sa vision du monde, un monde fait de blonds et de blondes, une race arienne avec pour métaphore les ancêtres de jadis qui peuplaient l’occident, un mélange de Vikings et de Slaves. Somme toute des couleurs qui se mélangent autour de lui et qui lui semblent être familières à cet homme d’hier, à cet Hitler qui dans un projet fou, accompagné d’une ribambelle d’hallucinés, tout comme lui, ont livré bataille au monde pour terminer dans la fosse commune des travées d’un bunker loin de la foule, loin de la grandeur pittoresque. Ce sont les fossoyeurs du monde, mais la liberté telle une source trouve à travers la roche, un écueil, une fissure qui l’emmènera toujours à bon port pour finalement devenir un lac où toutes les espèces cohabitent et où la prospérité et la richesse n’endiguent pas la soif de vivre.
Nous traversons les rues de Constantine. Nous fendons une foule multicolore. Je sens pour la première fois le goût du bonheur avec mes parents pour tableau. Au-delà du rêve, l’essentiel est de fêter la victoire, non pas sur l’ennemi, car on ne s’en soucie guère. Nous pensons à la liberté qui nous élèvera vers l’émancipation de l’âme et du cœur où l’on pourrait arborer nos vies dans une symbiose toute naturelle avec une liberté et une indépendance retrouvées. Cette journée restera gravée à jamais dans ma mémoire, mais également celle de mes parents et celles de mes compatriotes pour l’éternité.
La journée se déroule agréablement, quand soudain alors que nous marchons librement dans une atmosphère bon enfant, des cris inhabituels se font entendre. À la façon d’une charge de bisons, une foule immense s’avance vers nous. Les passants tous à leur joie, regarde horrifié ce spectacle inattendu. Il s’en faut de peu pour que nous soyons emportés par cette immense vague humaine. Mon père demande à un homme :
- Que se passe-t-il ?
- Cache-toi vite avec ta famille !
Ma mère me prend la main pour nous emmener dans une course folle. Au loin, nous distinguons l’appartement de ma tante. Celle-ci nous regarde de loin et referme la porte dès que nous sommes à l’abri. Essoufflé, apeuré, mon père se demande ce qui arrive…
Nous assistons à des scènes d’horreur. La radio nous distille des informations. L’horreur est l’invité surpris de cette libération qui devient notre tombeau. Nous entendons qu’à Sétif, à Guelma, dans la région montagneuse de Kabylie, et dans le Constantinois les manifestations en marge de celles qui proclamaient la chute du 3e Reich avaient été organisées. Un drapeau algérien avait été arboré aux cris de Vive l’Algérie libre et indépendante.
Tout a basculé en quelques minutes. Dans une confusion totale, le drapeau est arraché et les manifestants sont tués sur place. Les chasses à l’homme sont organisées dans toute la région pour retrouver les coupables de cette propagande fasciste et d’inspiration hitlérienne qui avait pour but de saboter la cérémonie en marge de la victoire. Nous entendions au loin des manifestants français scander le nom du Général de Gaulle et chanter La Marseillaise, entrecoupée d’insultes et de menaces à l’adresse de cette communauté indigène que nous sommes.
La radio ne cesse de répéter que cette unité extrémiste sanguinaire est recherchée et que l’intérêt de tout le monde est de rester calfeutré et de ne pas bouger. Nous restons là dans cet appartement, à ne plus presque respirer. Nous sommes prisonniers chez nous.
Combien de temps cela durera-t-il ?
La répression prend fin officiellement le 22 mai 1945, au prix de 45 000 morts indigènes et une centaine de morts français. Les chiffres sont toujours sujets à controverse. Le Consul général américain à Alger chiffre le nombre de morts indigènes à 40 000, à cela s’ajoute les mutilés, les privés de liberté, les disparus, car la torture aux nombres inégalés a atteint son paroxysme.
On ne compte plus les récits de ces hommes et ces femmes, témoins de la férocité à laquelle le gouvernement de l’époque s’est employé pour démanteler ce qui est communément appelé la démocratie. On ne compte pas les traumatismes de cette folie meurtrière qui s’empare de la police, de l’armée et des colons qui rivalisent d’ingéniosité pour pourchasser ce qui de près ou de loin ressemble à un indigène. Nous gardons en mémoire le nom de Bouzid Saâl, jeune scout musulman, tué par un policier le drapeau de l’Algérie à la main, durant cette première journée d’horreur, journée qui dura jusqu’au 22 mai 1945.
Les manifestations de Sétif et Guelma
Nous sommes abasourdis. Durant près d’un mois notre vie s’est arrêtée. Dès lors notre combat moralement digne, sans être moralement obligatoire prend naissance dans nos cœurs. Car la confiance est altérée depuis longtemps par les réticences, les privations qui avaient consumé cette confiance. Le Général Raymond Duval conduit la répression au nom du Général de Gaulle et du gouverneur général d’Algérie Yves Chataigneau et du sous-préfet André Achiary. Il conduit cette action sanglante pour réprimer cette insurrection qui sonne la fin de la cohabitation pacifique entre pieds noirs et Algériens.
En nous, le combat contre l’ennemi intime prend naissance. La morale disparaît et les armes parleront un jour. Je n’avais que 9 ans et déjà l’esprit nationaliste vient en moi comme une nouvelle peau qui ne me quittera plus. Des émotions au plus profond de mon être me happent durant cette période et la logique m’offre un plan plus large, car j’apprends de mes parents, surtout grâce à ma mère, de me dissocier de l’instant présent, d’avoir une vision globale dans le temps, avec tous les acteurs en présence. Merci de m’avoir appris à contrôler mes émotions et que ce ne soient pas elles qui me contrôlent, qu’elle puisse nous donner la victoire un jour, si dieu le veut.
Incomprises, désorientées, nos valeurs demeuraient là dans cette lassitude profonde qui nous envahissait chaque seconde. À la trahison des mots s’ajoutent celle du cœur et au-delà la douleur intense que celle-ci nous procurait et nous laissait sans voix. Des voix, il n’était guère question dans ce labyrinthe d’inconfort dont nous étions les sujets, dans un état qui nous propulsait au bon gré de sa mansuétude. Faisant cohabiter une espérance qui n’avait d’écho que dans le ventre de l’oubli. Nous restions sur notre faim.
Je reprends mes études pour devenir journaliste, avocat ou plus certainement enseignant, à l’exemple de ma mère. Mais aujourd’hui, le nationalisme algérien me hante et je veux y tenir une place.
Dans la foulée de ces événements se tiennent les élections législatives en 1946. L’Union démocratique du Manifeste algérien, UDMA, gagne onze des treize sièges proposés. La loi sur le statut de l’Algérie est promulguée en septembre 1947. Pas de grands bouleversements en fait, l’Algérie reste composé de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Dans le même temps est créée une Assemblée algérienne composée de deux collèges de 60 représentants chacun. Le premier est élu par les Européens et l’élite algérienne, les diplômés et fonctionnaires, le second par le reste de la population algérienne. Le dogme de cette assemblée se résume ainsi : "Égalité effective entre tous les citoyens français. "
Les succès électoraux se poursuivent en 1947 avec les élections municipales où le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, le MTLD conduit par Messali Hadj rafle la mise. La répression des autorités françaises ne tarde pas. En 1949 sur les 59 élus MTLD, 36 sont arrêtés. Les grands leaders des mouvements nationalistes algériens sont sous surveillance stricte des policiers français, d’autres préfèrent l’exil comme l’émir Khaled El Hassani Ben El Hachemi en Égypte puis en Syrie, Messali Hadj, Malek Bennabi, Mohamed Hamouda Bensai, Ben Badis, Mohamed Bachir El Brahimi, Larbi Tebessi, Ferhat Abbas, Omar Ouezggane.
La question algérienne est posée, encore qu’existent des divergences d’approche, avec la création d’organisations comme le Parti de la réforme ou mouvement pour l’égalité, l’Association des oulémas musulmans algériens, association de l’Étoile nord-africaine, le Parti du peuple algérien, les amis du Manifeste des Libertés et le parti communiste algérien. Le Mouvement pour le triomphe des libertés revendique le statut de l’égalité ou de l’indépendance des Algériens. Les arrestations et les interdictions se multiplièrent. Le Comité révolutionnaire d’unité et d’action, le CRUA, est fondé le 21 mars 1954 et organise la lutte armée.
En février 1954, je m’installe à Constantine et milite d’ores et déjà au sein du CRUA. J’aime me promener dans cette ville qui me rappelle tant de bons, mais aussi, de mauvais souvenirs. En parcourant les rues de la ville, mes convictions s’affinent et s’enracinent en moi.
Le 23 mars 1954, Mostafa Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Mohamed Dekhli et Ramdhame Bouchbouba fondent une nouvelle organisation militaire, le Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action, le CRUA. En outre, le PPA, le Parti populiste algérien, possède d’autres organisations satellites : l’Association des étudiants, l’Association des femmes musulmanes, des groupes sportifs, des médersas et des syndicats. Les SMA ont été le principal mouvement de jeunesse algérien. Les mesures répressives de l’administration coloniale n’ont pas affaibli le mouvement, parti des SMA, à participer à la guerre de libération algérienne.
Leur objectif est clair : la lutte armée jusqu’à l’indépendance. C’est ainsi que le MTLD de Messali Hadj passe au second plan et insiste sur sa légitimité historique face au nouveau rival. Avec des moyens très modestes tant en armes qu’en effectifs. Comme le cas indochinois, Hô Chi Minh, où des soldats algériens étaient présents lors de la défaite française de Diên Biên Phu. Combattre permet aussi de mettre en avant la question algérienne sur le plan international, et ainsi d’obtenir le soutien des puissances arabes, mais surtout celle des États-Unis et de l’URSS favorables au processus de décolonisation.
Constantine en ce beau matin ensoleillé se révèle à moi dans sa beauté blanche, nacrée et je découvre les parfums exaltants qui mettent en émoi mon sensoriel. Tous mes appétits sont aiguisés, les odeurs, les sons, la vue me laissent sans voix. Je m’abreuve de ces particularités, soudain mon esprit s’arrête sur une vision quasi quotidienne.
Les hommes et les femmes venus des plateaux environnants se pressent pour distiller de leur force. Ils se fraient un chemin vers leur subsistance. Dans la fraîcheur du matin, ces hommes et ces femmes se pressent devant l’occupant pour rivaliser d’ardeur afin de nourrir leur famille restée là-haut dans leur village. Ils arrivent par vague le matin pour redorer les couleurs de cette belle ville qui a subi les méandres de la vie, traversée par les noctambules épris de l’ivresse de la vie et par les Français qui s’enquièrent de manœuvres pour leurs travaux d’embellissement de leur propriété.
Les magasins ne vont pas tarder à ouvrir. Toutes ces échoppes sont pleines de victuailles, de mode, de musique. Les bars alentour ouvrent leur porte. On y découvre les matinaux qui viennent déguster un café avant de partir ouvrir leur boutique. Les frères attendent, les sœurs font le pied de grue devant l’absence de propriétaire. Ils sont étrangers chez eux, les absents de l’histoire, les passagers clandestins, les sans-papiers qui cherchent ici et là de quoi subsister.
Je me suis installé en plein centre-ville. Du haut de mon perchoir dans cette chambre de bonne, obtenu grâce à l’influence de ma mère, j’observe cette pièce de théâtre. Les femmes affublées dans leurs robes traditionnelles côtoient les minettes en scooter et les bobos drogués. La musique américaine des juke-boxes des bars impulse le rythme de leur vie. Il existe une forme d’apartheid issue de cultures, de vision, de croyances différentes. Bien que sympathique et courtois, le mélange des genres n’est pas de coutume et rarement, je ne peux découvrir des indigènes, comme nous appellent les Français, attablés à une terrasse de café, pour échanger des avis. Il est exclu qu’une femme européenne puisse marcher avec un enfant du pays, un Algérien, mis à part si celui-ci est à son service.
Je décide de descendre pour me mêler aux indigènes dans cette frustration qui était la mienne, à savoir-être dans son propre pays qu’un intermittent du spectacle, n’ayant aucune valeur décisionnelle, ni aucune implication dans la bonne marche de ce pays, dans cette région et encore moins dans cette ville.
Je déambule dans ces rues qui foisonnent de richesse, je prends un café à un vendeur ambulant.
- Trois sucres s’il vous plaît, j’aime le café sucré.
