4,99 €
Tels deux astres rentrés en collision, ils n'étaient pas prêts l'un pour l'autre. Mais qui peut se targuer d'attendre de pied ferme une telle passion?
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2020
À Toi…
Tu te reconnaîtras forcément à travers ces lignes.
Ne prends pas mes mots pour un pugilat littéraire,
mais pour un « je t’aime et adieu, connard »
Première Partie : Elle
Le Calme Avant La Tempête
Une Fois La Pomme Croquée...
La Salope Apprivoisée
Les Mots / Maux de trop
Bim Bam Boum…
Deuxième Partie : Lui
De Mes Chats... Jusqu’à Elle
La lionne et sa proie
Un autre monde
La Folie du Sans-Cœur
« Je t’aime, connard »
Comme tous les jeudis, afterwork au bowling en compagnie Raphaël, mon grand frère, et de quelques-uns de ses amis.
La même petite bande, les cocktails habituels, les traditionnelles blagues scabreuses... à un détail près : chaque semaine, mon frangin me présentait une nouvelle pièce rapportée, qui disparaissait comme par enchantement le jeudi suivant. Des blonds, des bruns, des roux... un médecin, un mécano, et même un baron de la drogue, une fois.
Ils avaient, chacun leur tour, tenté différentes stratégies, plus ou moins directes : m’aider à lancer ma boule de bowling en me tâtant le cul, me servir des verres de plus en plus chargés, me susurrer des flatteries à l’oreille, me suivre et me coincer aux toilettes...
Mon frère, bien que très gay, fréquentait beaucoup d’hétéros. Il n’était jamais à court de pièces rapportées. Des personnages hauts en couleurs, beaux, jeunes, cultivés... mais qui, pour une raison obscure, ne m’intéressaient pas vraiment, ou pas longtemps, lorsque je me prêtais à leurs jeux de séduction. Le problème – s’il y en avait un - ne venait pas d’eux, mais de la misanthrope qui sommeillait en moi.
Pourtant, Raphaël cherchait, d’une manière assidue et mal dissimulée, à me caser avant mes quarante ans. Investi de cette mission, il me présenta, un jeudi soir, cet homme.
Pendant un instant, je crus le reconnaître. Ce fut assez troublant comme sensation : plutôt physionomiste, je n’avais pas pour habitude de me perdre dans les yeux d’un inconnu en me demandant où je l’avais croisé et si j’avais déjà couché avec lui.
Son regard calme avait dû en tromper beaucoup, mais moi, je voyais clair dans son jeu. Il avait ces yeux qui vous transperçaient, d’un froid glacial et calculateur. Un vicieux, celui-là... Ni laid, ni beau, avec un petit peu de gras mal placé, des cheveux bruns qui agonisaient sous une tonne de gel, la petite trentaine mais un style vestimentaire de quadra mal dans sa peau. Il devait être une sorte de rat de bureau, cela se voyait à sa chemise unie aux manches longues qu’il avait retroussée rapidement avant que l’on nous présente l’un à l’autre.
Il m’avait regardé, sans vraiment me voir : un rapide examen du haut vers le bas, glissant sur mes lèvres, ma poitrine, mes fesses. Visiblement, je n’étais pas son type de femme… ou peut-être n’étais-je pas assez apprêtée à ce moment-là ? Après tout, j’étais la “Miss jeans et baskets" de la bande. Jamais à mon avantage, sauf, peut-être, à poil.
Malgré les œillades équivoques de mon frangin, la nouvelle pièce rapportée n’était pas venue pour moi. Sa hargne durant la partie de bowling et ses stridents “strikes” ne mentaient pas : il était là pour jouer, boire et rigoler. On aurait dit un bagnard que l’on venait de libérer, il était de plus en plus effervescent au fil de la soirée.
Je ne me souviens plus des banalités échangées lors de notre première rencontre. Entre deux tours, nous avions parlé de nos métiers et il avait conclu que son dos de cadre stressé avait besoin de mes services d’ostéopathe. J’avais regardé sa nuque, plutôt poilue, et tressaillis à l’idée de devoir passer mes mains sur une toison velue le long de sa colonne vertébrale. Les poils me répugnaient.
Il ne s’était pas comporté comme la pièce rapportée courante, il semblait apprécier les gens qui l’entouraient comme si c’était la dernière fois qui lui serait donné une chance de les revoir. Il n’avait rien du prédateur standard : cet animal-là n’était pas en chasse. Aucune insistance dans le regard, aucune main baladeuse, rien.
J’ai dû, à la fin, le rattraper sur le parking, pour lui glisser ma carte de visite. Pour son dos (mais bien sûr). Mon égo avait surtout pris un sacré coup ce soir-là : je ne lui avais pas tapé dans l’œil, comment accepter son affront silencieux ?
∞
« Je suis une femme capricieuse, par moments. Sans être déraisonnable, j’aime obtenir ce que je désire. Et là, tout de suite, je te veux. Je te veux implorant et suppliant, fou de désir. »
∞
Des Désirs… Au moment où je l’ai rencontré, je n’en avais pas de particulier. Je me contentais de ce que j’avais dans mon quotidien, limitant mes relations sociales au strict minimum : la famille, ma patientèle et quelques connards sur Tinder. Une période plutôt calme en somme, perturbée par cet homme.
Depuis le bowling, il était devenu le nouveau toutou de mon frangin. Il le suivait comme son ombre, en beaucoup moins sexy.
Une fois, à la salle de sport, je les vis tous les deux arriver en se chamaillant.
Langage paillard et sourires lubriques : ça parlait cul, évidemment. Je commençais à suer sous mes efforts, mes habits étaient moites et me collaient à la peau. Ils me virent en train de souffrir comme une enragée et se rapprochèrent...
... Et ses yeux se sont posés sur moi. Réellement. Comme si c’était la première fois. Là. Il m’avait vue, là, il m’avait regardé. Un instant, je crus qu’il n’arriverait pas tout seul à décrocher son regard de mes tétons, qui transperçaient presque mon t-shirt humide.
Sourires crispés entre deux phrases de motivation de pseudo-athlètes, puis, j’ai regardé ses mains : elles étaient plutôt jolies. Ses paumes étaient larges et légèrement carrées, ses doigts étaient longs et fins... les mains d’un pianiste, d’un violoniste. Cela m’a un peu surprise : j’imaginais plutôt qu’il aurait eu de petits doigts boudinés, vu ses quelques kilos en trop. Raphaël avant lancé quelques mots en rapport avec les exercices qu’ils s’apprêtaient à faire ; je l’entendis sans vraiment y porter attention, me contentant de sourire à son ombre jusqu’à ce qu’ils s’éloignent.
En me remettant à mon exercice, je m’imaginais entre ses doigts, comme un instrument de musique, caressée habillement.
Inspiration... Frissons... Expiration.
J’avais perdu le compte de mes répétitions et rallongé ma série. Cela m’apprendra à me perdre dans ce genre de délires ! Tout en changeant de machine, j’essayais de remettre de l’ordre dans mes idées brumeuses. Les garçons s’étaient éloignés de moi, attaquant leur échauffement sur les tapis de course.
Inspiration... Expiration...
Ce n’était pas du désir, mais de la curiosité. C’était là ma conclusion. Je refusais de m’agiter davantage l’esprit pour ce petit homme étrange. La bizarrerie m’avait toujours attiré. Il n’y avait rien de mal à expérimenter quelque chose de nouveau.
Quelles perversions étaient tapies derrière ce regard trop lisse pour me faire la politesse d’une œillade aguicheuse ? Je ne me considérais pas comme un canon de beauté, mais j’étais plutôt bien gaulée, avec mon visage mutin, mon fessier et ma poitrine arrogants. Un corps plutôt fin, certes, mais aux formes entretenues... J’estimais avoir un léger charme qui valait un petit détour, une petite flatterie de l’œil.
Peut-être qu’il aime les grosses !
Inspiration... Expiration... Que savait-il faire de ses mains ? Des doigts effilés donnant sur de larges paumes, puissantes... Peut-être étaient-elles douces ?
Inspiration... Expiration... Je ne le désirais pas plus qu’un autre homme. Nous aurions très bien pu nous connaître via Tinder et faire notre affaire.
Mais, non, sur Tinder, nous n’aurions même pas matché !
Inspiration... Expiration... J’étais juste curieuse. Un peu arrogante sur les bords.
J’étais “habituée” au rentre-dedans, à la drague franche et au désir non-dissimulé. Tout le contraire de ce qu’il laissait transparaître.
Fin de série et de séance pour moi. J’ai rejoint Raphaël et son ombre, dans l’espace cardio de la salle de sport. Je me suis mise entre leurs deux tapis de course, tamponnant ma poitrine humide. Mon frère trottinait légèrement, frais comme une rose : ses foulées aériennes étaient rythmées, des gouttelettes commençaient à perler sur son front ; l’autre s’emmêlait presque les pieds, était trempé de sueur et essoufflé, comme au bout de sa vie.
Échange de banalités sur les faits divers quelques minutes... puis subtilement, je fais une piqûre de rappel concernant le rendez-vous d'ostéopathie qu’il n’avait toujours pas pris. Il rit, manque de s’étouffer et promit d’appeler dans la semaine à mon cabinet.
Raphaël, tout en allongeant sa foulée, me fit un clin d’œil, le pouce vers le haut, un sourire satisfait sur les lèvres.
