Lisa & Raphaël - Jérôme Dewasch - E-Book

Lisa & Raphaël E-Book

Jérôme Dewasch

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Beschreibung

"Tu vas partir... je le sais, je le sens..." Après cinq ans, un couple décide de se séparer. C'est comme ça, il n'y pas de raison. C'est tout. Pour ne pas que leurs proches, à force de chercher en vain des pourquoi, s'emparent de leur histoire, Lisa et Raphaël imaginent ensemble le scénario de leur rupture et décident de le jouer. Mais rien ne va se passer comme prévu... Une comédie moderne sur le couple et l'amour. Lisa & Raphaël a été jouée pour la première fois le 8 octobre 2022.

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Seitenzahl: 62

Veröffentlichungsjahr: 2022

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À Véro, ma « Lisa », toujours.

À Alexandre, pour qui j’écris.

À Clara, Amélie, Louis-Damien et Joël, qui ont donné vie à cette joyeuse tribu.

Le plateau est presque nu. Sur une musique a lieu la scène de rencontre, mimée, jouée dans des situations muettes, proches de la comédie musicale et du cinéma.

De la rencontre dans la rue à l’emménagement : séduction, amour, chamailleries, danse. Tout sera joué sans paroles, dans des situations burlesques parfois.

La séquence « emménagement » permet l’installation d’une partie du décor (banquettes, chaises, luminaires. Des draps noirs qui recouvraient la bibliothèque sont retirés). Lisa et Raphaël se chamaillent sur la place des objets…

Ils s’installent, lui près du bureau, elle sur la banquette. Immobilité.

Panneau : « 5 ans après ».

RAPHAËL. Tu vas partir… je le sais, je le sens… Y’a plus de silences entre nous. Que des mots, que des phrases… Plus d’ombres qui traversent la chambre la nuit… Ta main ne se crispe plus quand elle approche la mienne… Y’a trop de sourires sur ton visage, trop de sourires faciles…

Lisa éclairée à son tour. Elle a allumé la lampe de chevet. Elle est de l’autre côté de la scène. Raphaël dans l’ombre.

LISA. Tu vas partir… Je ne sais pas si je l’ai voulu, si je l’ai craint. Je t’ai regardé naître, mourir, et puis renaître. Devant moi. Malgré moi. Sans moi.

Les deux éclairés maintenant. Intérieur jour. Lisa est en train de ranger des affaires dans un carton. Raphaël est toujours près du bureau, face public.

LISA ET RAPHAËL. Tu vas partir…

RAPHAËL. Demain ?

LISA : Je me fous de savoir quand… Où ?

RAPHAËL. Je me fous de savoir où… Pourquoi? Si seulement on savait pourquoi, ce serait plus facile. Je veux dire, plus facile à comprendre. (Après un temps, il se tourne vers elle.) Lisa ?

LISA. Oui ?

RAPHAËL. Tu m’écoutes ?

LISA (continuant, le nez dans ses cartons). Bah oui, je t’écoute.

RAPHAËL. Non tu ne m’écoutes pas. Tu fais quoi là ?

LISA. Je fais des cartons pour la braderie du 19. Les choses que ni toi ni moi n’emportons, autant essayer de les vendre.

RAPHAËL. J’hallucine ! Non mais vraiment, j’hallucine ! Je te parle de notre séparation, qui n’est pas rien, hein, enfin pas rien pour moi… et toi tu fais des cartons ! Ça ne peut pas attendre un peu ? Et pour une brocante en plus !

LISA. Pas une « brocante », une « braderie ».

RAPHAËL. Et tu peux m’expliquer la différence ?

LISA. Ah mais y’en a pas. C’est juste que je préfère dire « braderie ». C’est plus sympa. « Brocante », ça fait vieux.

RAPHAËL. Le mot est bien choisi, cela dit…

LISA. Comment ça ?

RAPHAËL. Tu brades nos souvenirs, tu brades notre amour ! C’est moche, Lisa, c’est moche !

LISA. Je ne brade rien du tout, je fais de la place.

RAPHAËL. « Je fais de la place » ! Sympa ! Vends-moi aussi tant que tu y es ! Je suis sûr que ça intéresserait deux ou trois de tes copines ! (Il s’adresse au public.) « A votre bon cœur, Mesdames ! Remise exceptionnelle aujourd’hui ! Une affaire à saisir ! Du premier choix ! Dans le cadre d’une séparation de couple - non, non, pas de drame, Madame, c’est une séparation par consentement mutuel – Ça veut dire quoi ? ça veut rien dire, ça veut juste dire qu’on est malheureux mais qu’on le dira pas, enfin pas trop fort hein ! et qu’on évitera les mesquineries chez l’avocat. Vous savez Madame, Monsieur le sait, lui, ces petites mesquineries du genre : Je garde Pépette ! Pépette c’est le petit chien insignifiant et ridicule qui nous a servi d’enfant avant qu’on en ait, on n’en a pas eu cela dit, ça fera moins de dégâts, c’est le petit chien qu’on trouvait trop beau et trop mignon, ça rend vraiment aveugle l’amour. Je garde Pépette, tu peux prendre le panier et les croquettes si tu veux… Vous voyez, ce genre de petites bassesses qui feraient presque oublier qu’on s’est aimé un jour… Donc Mesdames, je vends, que dis-je je vends, je brade, je donne, un spécimen masculin unique, plutôt bien fait, bien conservé… (Il regarde vers Lisa, qui sourit, qui semble douter aussi.). Il a encore toute sa jeunesse et son avenir… Regardez ! C’est pas du bel homme, ça ? »

LISA. Raphaël.

RAPHAËL. Oui ?

LISA (souriant). Tu me saoules.

RAPHAËL. Je te fais encore rire, c’est déjà ça.

LISA. Tu m’as toujours fait rire. Dès la première fois. Quand tu es entré dans ce café…

RAPHAËL. On ne s’est pas rencontré dans un café.

LISA. J’aime à l’imaginer en tout cas… Tu es assis à cette terrasse, le nez plongé dans ton bouquin, pas n’importe lequel, c’est du Nietzsche. Je passe dans la rue, ton attention est détournée, non pas par moi, tu ne m’as pas vue, mais par mon parfum, c’est mon parfum qui te fait lever les yeux vers moi et me chercher. Tu quittes ce que tu étais en train de faire, tu te lèves précipitamment, tu m’accostes…

RAPHAËL (qui s’est assis au piano, joue pendant sa réplique en parodiant son romantisme). C’est sûr que c’est plus sympa que la vraie version. Toilettes de la fac, les mains encore mouillées parce que ce putain de sèche-mains ne fonctionne jamais, je suis sorti en trombe, énervé, – je ne m’énerve jamais – tu passais à ce moment-là, un café à la main, je t’ai bousculée, ton tee-shirt était plein de café, tu t’es brûlée en plus, et tu m’as engueulé dans le couloir, devant tout le monde… Tu as raison. Brade nos souvenirs… et change notre histoire… Au point où on en est… C’est quoi cette histoire de braderie ? Depuis quand tu fais les braderies, toi ?

LISA. C’est Chloé qui m’a…

RAPHAËL. …Ah, Chloé !

LISA. Quoi Chloé ?

RAPHAËL. Non mais c’est bien, ça l’occupe, ça doit donner un peu de sens à sa vie…

LISA. Tu n’es pas juste avec elle. Elle a toujours été là…

RAPHAËL. … pour se plaindre.

LISA. Comme ma meilleure amie.

RAPHAËL. Comme une meilleure amie qui passe son temps à se plaindre et n’écoute pas un mot de ce que tu lui dis, quand elle te laisse le temps d’en placer une. Non mais reconnais-le, cette fille est une plainte permanente. C’est une plainte qui aurait trouvé un corps, le corps d’une femme de 29 ans, pour exister tous les jours. (Il imite Chloé.) « Lisa, faut que j’te raconte ! c’est terrible ! Ma vie n’est que merde dans un puits sans fond ! » …

LISA. C’est mon amie.

RAPHAËL. C’est clair…

LISA : Quoi ? Qu’est-ce qui est clair ?

RAPHAËL. Rien…

LISA. Raphaël…

RAPHAËL. Non mais c’est clair, c’est ton amie… Comme Fred est le mien.

LISA. Rassure-toi, je n’ai mis aucun des cadeaux que t’as faits Fred dans les cartons.

RAPHAËL. Des cadeaux que nous a faits Fred… Il n’a peut-être pas les moyens de Chloé, mais quand il fait un cadeau, au moins c’est pour nous deux.

LISA. Oh que oui ! Et c’est toujours de bon goût, et fin ! Ce bon vieux Fred !

RAPHAËL. Ne te moque pas de lui. Il fait ce qu’il peut, le pauvre…

LISA. Je sais qu’il fait ce qu’il peut. Je dis juste que parfois il pourrait éviter de faire…

RAPHAËL. C’est mon ami.

LISA. C’est ton boulet.

RAPHAËL. Pardon ?

LISA. C’est un boulet, Raphaël ! Ah ça, il n’est pas méchant, pas méchant du tout. Mais quel boulet ! Quand il débarque et dit : « Salut ! Ça va toi ? », et qu’il s’installe immédiatement sur le canapé, j’ai l’impression qu’on est parti pour deux heures de baby-sitting… Bref, je te les ai mis de côté, ses cadeaux. Ils seront pour toi.

RAPHAËL