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Lorsque Lola nous invite à la rencontrer, nous découvrons une jeune femme dans la trentaine, un peu espiègle et regardant l'avenir avec beaucoup d'envie. Tout aurait été différent si elle n'avait pas gagné une précieuse bataille contre une maladie implacable depuis son enfance, qui la condamnait à une fin certaine et proche. Elle découvre alors l'immense bonheur de pouvoir enfin vivre, mais aussi les questionnements et les angoisses universelles qui accompagnent l'existence. Comment les surmonter ? Comment se nourrir des expériences qu'elle n'a pas vécues pour avancer dans la vie ? C'est en convoquant les ressorts de la comédie que Lola va tenter de trouver les réponses à ses questions
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Seitenzahl: 85
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Prélude
Tableau 1 : Louise et Octavie
Tableau 2 : Octavie, Lucien, Louise et Aurelio
Tableau 3 : Lola
Tableau 4 : Un petit jeu sans conséquence
Epilogue
La lumière de lève sur Lola s’adressant au public.
32 ans, 32 années de vie, c’est déjà long mais en fait tellement court. Et chaque anniversaire me rappelle à chaque fois ce que j’ai gagné sur la maladie, mais ça je ne le sais toujours qu’après. Et si au moins une fois dans mon existence quelqu’un là-haut, s’il y a quelqu’un, pouvait m’offrir l’insouciance des moments à venir…
Dans le doute, je crois que je devrais y penser moi-même. Que toute mon âme et tout mon corps voyagent enfin ensemble comme un météore, visitent l’immensité, le grand, le beau, et que jamais au grand jamais, ils ne se fragmentent à leur contact. Je veux dire qu’ils ne se consument telle une comète s’approchant trop près de la lumière. Quelques instants d’éternité, ce serait trop demander ? Aujourd’hui, je peux vous le dire. Pour la première fois, j’y crois.
Au fait c’est vrai, nous ne nous connaissons pas encore. Je vous remercie d’être-là car je vous avoue qu’il est parfois bien plus facile de se livrer à des inconnus qu’à...comment dire… Oui bien sûr, vous l’avez expérimenté vous aussi, vous savez de quoi je parle. Cela ne m’engage pas trop car de toute façon, il y a peu de chance que l’on se revoit.
Je m’appelle Lola, un joli prénom n’estce pas ? Cela vous évoque, laissez-moi deviner, disons une jeune fille pétillante, qui croque la vie, irradie son entourage avec son sourire, sa bonne humeur, son énergie à déplacer les montagnes, mais il y a la face cachée. Vous ne le saviez pas ? Il y a toujours une face cachée ! Lola, cela vient de Dolores, et en espagnol, cela signifie douleur.
Ah, vous voyez que tout n’est pas toujours ce qu’il semble être. Et d’ailleurs je me suis depuis longtemps demandé s’il n’y avait pas comme une prédestination derrière les prénoms. Pas vous ?
Les parents devraient se méfier des prénoms qu’ils donnent à leurs enfants. Ce qu’ils inspirent, tout cela n’est qu’éphémère, il y a des courants et tout le monde sait que les modes changent. Mais le sens, l’origine, cela reste, c’est indélébile. Oui je crois de plus en plus que oui, même s’ils ne pensent pas à mal, les parents devraient se méfier.
LOLA, un prénom court, mon prénom pour quatre lettres, qui peuvent, jouons un peu, enfanter elles-aussi.
L… comme Louise
O…comme Octavie
L… comme Lucien
A…comme Aurelio
Ces quatre-là, je les connais, enfin quand je dis que je les connais, ils viennent juste de surgir dans ma vie. Ils doivent se retrouver ce soir, ils sont inséparables. Je vous laisse avec eux, mais promis, nous allons nous revoir, je suis bien trop heureuse de vous avoir rencontrés vous-aussi.
NOIR
Musique : Vivaldi : Sonate n°5 en mi mineur. Mouvement 1 Deux violoncelles seuls.
Chez Octavie et Lucien. Octavie et Louise entrent les bras chargés des préparatifs du repas du soir.
Octavie : Merci de ton aide, tu peux poser les sacs là… Ouf….Eh ben, j’en peux plus.
Louise : Ça tombe bien, j’avais du temps, tu as bien fait de m’appeler. Et si on se posait un peu là ? Regarde-toi, sincèrement si je peux te conseiller, un bon remaquillage t’aidera à retrouver un peu de fraîcheur ce soir.
Octavie : Ne me dis pas ça je t’en prie, j’ai tendance à éviter mon reflet dans le miroir en ce moment, je n’ai pas besoin que tu le remplaces. Sois chic s’il te plaît !
Louise : Ok Installe-toi, si tout n’est pas prêt lorsqu’ils arriveront, ce ne sera pas un drame. On se fait un thé?
Octavie : Volontiers.
Louise : Je fais comme chez moi hein ? Tout en préparant et en servant. Tu en sais plus sur la surprise que nous réserve Lucien ?
Octavie : Je suis tellement épuisée que je ne me suis même pas posé la question et puis…
Louise : …Excuse-moi de t’interrompre une seconde. Tu la ranges où ta boîte à thé ?
Octavie : Ah, je crois que tu vas la trouver juste à côté de la bouilloire. Je ne me souviens pas l’avoir rangée ce matin.
Louise : Allant hors scène dans la cuisine et en parlant plus fort. On en était où ? Je t’écoute là…. Ah oui, tu me disais que tu ne savais pas ce que Lucien nous préparait ?
Octavie : Aucune idée. Et puis Lucien, nous surprendre ? Franchement ! Non je ne m’attends à vraiment rien d’incroyable de sa part.
Louise : Ne dis pas ça !
Octavie : Echangeons nos vies, tu verras, tu vas t’éclater avec lui.
Louise : Revenant de la cuisine. Arrête avec ça tu veux ? Récupère un peu et on va passer une bonne soirée. Cela faisait un bon moment que nous nous n’étions pas retrouvés comme ça, tous les quatre. Aurelio est parti vraiment longtemps pour cette dernière mission.
Octavie Il est rentré quand exactement?
Louise : Il y a trois jours. Et nous ne nous sommes pas vraiment vus. A son retour d’Indonésie, il a repris direct les cours à l’université. Je ne sais pas comment il tient. D’habitude, il prend au moins deux ou trois jours pour souffler et cela nous permet de nous retrouver. Il m’a dit qu’il n’avait pas eu le choix. En tout cas ce soir, il ne sera rien qu’à nous, il me l’a promis.
Octavie : Parfois je t’envie tu sais ?
Louise : Pourquoi tu penses ça ?
Octavie : Un mari en mission, quand les enfants ont grandi et quitté le nid, tu gères ta vie comme tu l’entends, plus d’horaires, plus de menus, plus de figures imposées en position horizontale, plus de contraintes, tu te sens vraiment libre non ?
Louise : Qu’est-ce que tu t’imagines ? Ça dépend des jours… Et je peux te le dire, Aurelio me manque quand il est engagé sur des missions longues. Et puis je suis désolée mais je n’ai pas du tout envie d’aborder ce sujet. Un temps….En souriant. C’est un tout petit peu intime.
Octavie : se relevant. C’est toi qui décides. Allez c’est bon, un peu d’audace. On s’y met, ce sera déjà ça de fait.
Louise : En riant. De l’audace ? Tu as mis la barre très haut… Ouvrant les sacs… Regarde ! Oh là là… Ton traiteur est génial. On va se régaler. Nous n’avons plus qu’à dresser ces plats et on passera pour des cuisinières de folie. Louise et Octavie s’activent à la préparation de leur repas façon buffet où chacun ira se servir. Tu ne m’as pas raconté, cela se passe comment au journal ?
Octavie : Pas grand-chose à dire de plus que d’habitude. Tu rédiges un super papier, parfois, tu as quelques retours positifs.
Louise : J’te coupe une seconde, tu n’aurais pas un plat plus grand ? Celuilà, je crois qu’il va être un peu juste.
Octavie : Tiens, regarde en bas à gauche là.
Louise : Ah merci. Ah oui excuse-moi, tu disais ?
Octavie : Où j’en étais ? A oui, je disais que tu ne fais que très rarement l’objet d’une marque de reconnaissance. Personne ne se bouscule au portillon pour te dire « Good Job Octavie ! ». A peine un peu d’autosatisfaction et tu te retrouves déjà devant une nouvelle page blanche, un nouveau sujet et souvent des doutes. Je dois les surmonter chaque jour.
Louise : Mais ça, tu ne le découvres pas aujourd’hui, tu dois commencer à bien gérer non ?
Octavie : Après tant d’années, je me sens par moment découragée par ce recommencement perpétuel. C’est comme ça, c’est une particularité du journalisme. Le pire, c’est que j’ai l’impression encore que cette urgence, cette remise en cause permanente m’est nécessaire pour respirer. Ou alors…. Elle s’arrête, pensive.
Louise : Allez… dis ce que tu penses.
Octavie : Ou alors pour combler un grand vide. J’en sais rien du tout tu sais… Et je ne sais rien faire d’autre. Quand je ressens un peu de lassitude, je suis terrifiée car je n’ai jamais imaginé d’autres perspectives dans ma vie.
Louise : Ne t’en fais pas trop. Parfois, un peu de repos… quelques jours de congé et on est de nouveau prêt à reconquérir le monde. Il faut juste se l’autoriser. Un temps. Et ta nouvelle directrice ?
Octavie : Je te dirais qu’elle est devenue plutôt distante avec moi.
Louise : C’est quoi cette histoire ? Elle a des raisons de t’en vouloir ?
Octavie : Oui, j’t’ai pas raconté ? Tu ne sais pas la dernière ?
Louise : Ben non, cela fait un petit moment que l’on ne s’est pas vues tu sais bien.
Octavie : Ecoute-ça, c’est incroyable. Il y a vingt ans, lorsque Lucien a été lauréat de ce fameux prix littéraire, après une interview, il s’était fait draguer d’une manière assez redoutable par une jeune journaliste, ce qui l’avait mis très mal à l’aise. Je me souviens, elle lui avait même écrit une lettre enflammée qui m’avait alors complètement retournée. J’avais harcelé Lucien pour qu’il me la fasse lire. Et cette lettre m’avait aussi remplie de jalousie. Même pour conquérir Lucien, je n’avais jamais voulu lui révéler de sentiments si intenses.
Louise : Quoi ? Tu ne lui as jamais dit ce que tu ressentais vraiment ?
Octavie : Non je n’ai jamais été douée pour ça.
Louise : Je n’en reviens pas ! Et alors ? Quel rapport avec ta directrice ?
Octavie : Et bien figure toi que l’autre jour, en fin de conférence de rédaction, un collègue m’a interpellée pour me demander des nouvelles de Lucien. Je l’ai vu faire le rapprochement avec mon nom de famille. Je l’ai vue blêmir. Je l’ai lu sur son visage. Là, j’ai compris moi aussi que c’était cette femme qui était tombée follement amoureuse de Lucien il y a vingt ans. C’était bien elle, je n’avais pas percuté avant, j’avais oublié jusqu’à son nom. J’ai pu voir à cet instant qu’elle avait souffert. Oh, si tu l’avais vue, son visage portait encore les stigmates d’une plaie qu’elle a dû avoir du mal à cicatriser.
Louise
