Lungomare Bellini - Jean-Pierre Poccioni - E-Book

Lungomare Bellini E-Book

Jean-Pierre Poccioni

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Beschreibung

Une trahison sentimentale est un épisode suffisamment pénible pour que personne ne souhaite en lire les péripéties dans un roman. C’est pourtant ce qui arrive à Pierre qui veut en comprendre le comment et le pourquoi, ce qui est naturel, mais n’hésite pas à entraîner sa nouvelle compagne dans cette quête, ce qui l’est beaucoup moins !


À PROPOS DE L'AUTEUR


Jean-Pierre Poccioni naît en 1948 à Paris. Il étudie les lettres à la Sorbonne puis mène une carrière d’enseignant. Il vit et écrit actuellement à Orléans. En l’an 2000, il entre en littérature avec un premier roman, Le Beau désordre, que publient les éditions Autrement. Suivent La Maison du faune chez Phébus, Un garçon en ville aux Éditions du Rocher, La Femme du Héros chez Pierre-Guillaume de Roux et L’Histoire du marin blond chez Z4 Éditions. Lungomare Bellini est donc son sixième roman. 

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Seitenzahl: 129

Veröffentlichungsjahr: 2022

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L’Escalier

À Michel Lambert dont les qualités littéraires remarquables n’ont d’égales que les qualités humaines.

« Le fait est que comprendre les autres n’est pas la règle, dans la vie. L’histoire de la vie, c’est de se tromper sur leur compte, encore et encore, encore et toujours, avec acharnement et, après y avoir bien réfléchi, se tromper à nouveau. C’est même comme ça qu’on sait qu’on est vivant : on se trompe. Peut-être que le mieux serait de renoncer à avoir tort ou raison sur autrui, et continuer, rien que pour la balade. Mais si vous y arrivez, vous… alors vous avez de la chance. »

Philip Roth, Pastorale américaine

« Il faut avoir atteint la maturité complète ou posséder au moins une grande expérience pour montrer ses sentiments sans en être empêché par la fausse honte. »

Joseph Roth, La Crypte des Capucins

Le nombril

Il aimait le refuge de la salle du fond qui tenait à distance la rumeur de la rue. Il se laissait tomber sur la moleskine usée, Farid le servait, puis il fermait les yeux sur la subtile amertume d’une Leffe blonde. La pause s’écoulait et le monde attendait derrière la buée, le temps de quelques pages, jusqu’au verre terminé.

Il ouvrit ce jour-là un petit livre à couverture bleu pâle.

La ville.

Solaire, tyrrhénienne, mêlée à ses rêves.

Ses rêves ? Courir vers l’eau, s’évaporer comme les flaques absentes.

Libre ? Son bras est là ! Une longe de cuir.

Claude veut avancer vers le bleu.

Inutile, il est là qui lui parle.

Claude, écoute-moi donc ! Ce qu’il dit est dur, épais, indestructible. Prison et plaisir.

Plaisir tout de même.

Lui.

Respire puissamment. Comme puissamment armé. Puissamment raisonné. Plus tard, ses mains, dans la chambre, entre ses jambes. L’Italie dans la rue et lui dans le compas glacé, l’angle ouvert. Vacances. Il jouit. Claude aussi, déjà haret. Pourquoi pas ?

Je vois le genre !

Il posa le livre et s’accorda une longue gorgée de bière. Il eut une pensée pour Audrey qui disait que seuls les enfants et les analphabètes achètent les livres sur la foi du titre ou de la couverture. Il s’imaginait mal venir à bout de celui-ci.

Lungomare Bellini, pourtant ! Deux années plus tôt, le nom de ce boulevard maritime sur l’arc d’une baie, la ville d’un côté et la plage de l’autre. Au 52, l’hôtel, le lieu de ce séjour aux journées lumineuses dont il se demandait encore comment elles avaient pu précéder de si peu le désastre.

Pierre lut encore quelques pages cherchant le mode d’emploi de cette narration déroutante. Il glissait sur les phrases n’acceptant l’éveil de sa conscience qu’au signal de certains mots. Il n’avait rien à faire de ceux du folklore, lido, corso, duomo, citta et quelques autres censés par leur couleur faire passer cette histoire fort opaque. Il voulait du souvenir intime. Il cherchait le détail familier comme on cherche un visage sur une photographie. Il aurait tant aimé retrouver la trattoria d’Emilio ou celle de Gianni, ou bien encore le Nettuno, ce bar au bord du sable où des jeunes en maillot de bain dansaient en plein après-midi. À défaut il guettait d’autres rues, des boutiques, un monument peut-être, mais le décor restait vague et les couleurs lui semblaient mortes.

Seuls vivants, émergeaient les portraits mêlés d’un homme et d’une femme. Portraits chaotiques faits de brusques écarts de l’infime détail – la courbe d’une lèvre, le bleu froid d’un regard – aux vastes envolées symboliques jusqu’à l’abstraction, mais conservant le dénominateur commun d’une opposition constante et somme toute banale entre massif et fluide, minéral et floral, solide et éthéré. L’Homme et la Femme.

À disséquer chaque phrase pour en extraire ce que l’auteur avait dissimulé dans les replis de sa prose, il se lassa. Il haussa les épaules, ferma le livre, termina sa bière et sortit sous la pluie qui depuis le matin faisait briller l’asphalte.

Plus tard un de ses collègues remarqua le petit livre à couverture bleue abandonné au milieu des papiers, des notes et mémos. Qu’est-ce que c’est ? dit-il en l’ouvrant au hasard. Le geste nonchalant et le coup d’œil rapide disaient clairement à quel point l’acte était machinal, l’objet tenu en piètre estime. Il lut à voix haute :

Figurine d’albâtre, fluide. Tanagra faussement fragile. Nombril paupière close. Et la peau transparente sur la cage émouvante dessinée par les côtes au flanc, qui se soulève.

— Nombril paupière !Un peu bizarre ton histoire, non ?

En un autre moment Pierre eût contesté l’usage du possessif, à la fois par l’évidence qu’il était abusif et surtout pour ce qu’il contenait d’ironie, d’ostracisme et au fond de bêtise. En un autre moment qu’en cet instant précis où cet insolite nombril le renvoyait à des souvenirs intimes. Le premier surtout.

C’était rue d’Alésia, dans un hôtel dont il ne retint rien tant il était banal. Parfois il l’eût voulu sordide, mystérieux ou original, mais il lui fallait convenir qu’aucune particularité ne venait à son secours. La chambre était également fort commune et la fille séduite quelques heures plus tôt n’avait ni raison de s’y sentir mal à l’aise, ni prétexte à s’y prélasser. Elle y fit glisser sa robe, expédia prestement deux chiffons de dentelle et il eut devant lui, à portée de caresses, un corps superbe. Pour la première fois de sa vie le désir se teinta d’inquiétude. Fasciné mais tendu, presque timide, il effleura les seins parfaits, juste assez lourds pour en perdre la tête et bien assez menus pour être vulnérables, il posa sur les hanches des mains respectueuses et resta hésitant, figé au seuil des caresses. Heureusement il découvrit sur la courbe adorable d’un ventre au doux bombé le nombril étonnant, simple trait, boutonnière de chair. Plus tard elle lui confia qu’à cette époque elle hésitait encore à définir cette forme bridée. Était-ce une surprise, un délice étonnant ou une irritante défaillance de la nature ? Il y vit quant à lui le défaut indispensable à toute perfection et il osa la coucher sans façon sur le lit.

Eut-il persévéré dans cette lecture ingrate sans l’intervention du collègue qui lui fit découvrir ce trait d’union anatomique entre Audrey et l’héroïne du livre ? J’irai au bout de ce roman, pensa-t-il, comme on inventorie un tiroir négligé trop longtemps, comme on vide une malle oubliée. J’ai toujours fait le choix de la lumière.

Il se mentait. La lecture l’attirait dans une pénombre faite de mots précipités, de brisures soudaines, de virevoltes et obscurités où il traquait l’écho intime. Il suivait des chemins à peine tracés, explorait des impasses, s’attardait aux énigmes. C’était une quête et elle devenait plus fébrile et têtue à chaque page.

Mais une nuit c’est long et le livre était bref. Bien avant l’aube, il le referma sur sa dernière page. Chaque mot, chaque ligne l’avait mené par cent détours et illusions, avancées et régressions, à extirper, cerner puis accepter l’incroyable évidence.

Claude et l’arbre intérieur

Il avait repris sa lecture en quête du nombril dont son collègue avait repéré la forme singulière mais il se heurta à l’obstacle massif et rugueux du tronc d’un arbre qui traversait le hall de l’hôtel à la façon d’un surgissement volcanique. L’histoire était simple. Ce très bel exemplaire de pinus pinea enfonçait ses racines à l’endroit exact où le Dr Silvio Carducci, architecte attitré des hôtels les plus huppés de la région, avait prévu de poser sur un repli de dune le hall majestueux qu’il avait dessiné. L’écologie italienne était encore à naître, mais certains précurseurs virent d’un mauvais œil l’abattage du grand pin. Le Dr Carducci, souple et plein de ressources, imagina alors cette intégration qui passa en son temps pour une hardiesse. Un journaliste de Grosseto évoqua « le souffle divin qui inspira au Dr Carducci l’osmose magnifique de la nature et du béton ». L’article figurait dans un encadrement d’acier inoxydable en trois endroits du hall et de surcroît dans les dépliants vantant les singularités et attraits de l’établissement.

Pierre avait lu l’histoire, avait vu le tronc insolite dans son coffrage de verre. Il se souvenait tout aussi clairement de l’indifférence d’Audrey, tant pour la prouesse technique, ce qu’il pouvait comprendre, que pour l’image, ce qu’il admettait moins volontiers.

— Il est ridicule, cet arbre. On dirait qu’il est faux !

Et voici que Claude buvait un lait glacé assise dans un des fauteuils de rotin du hall qu’on avait disposés de sorte qu’on puisse admirer la puissante colonne filant vers le plafond pour retrouver le ciel !

Certes, dans un pays qui semait des centaines d’hôtels au long de côtes dont la plupart avaient été préalablement bordées de pinèdes on pouvait supposer que d’autres constructeurs aient imaginé ou imité cette solution à un problème qui devait fréquemment se poser. Pierre se prit donc à collecter tout ce qui pouvait concourir à une identification de l’hôtel et fut vite convaincu que c’était celui qu’il avait lui-même connu. La couleur des fauteuils de rotin au vert un peu fané, la porte menant au bar dont l’acajou prétendait évoquer un noctambulisme interlope et le bar lui-même avec ses tabourets hauts recouverts de faux léopard, le genre de détail dont on dit justement qu’il ne s’invente pas, tout cela s’ajoutant à l’arbre lui-même ne laissait guère de place au doute.

Cependant son métier de démographe l’avait familiarisé avec les probabilités et il sentait bien que la conjonction du lieu et du nombril, aussi singuliers que soient l’un et l’autre, ne pouvait suffire à remplacer le trouble par la certitude. Il lui fallait trouver autre chose, interroger le texte dans ses moindres détails, dénicher le fait révélateur, l’indication décisive. Et pour être efficace il devait aussi réactiver ses souvenirs.

Audrey et lui avaient séjourné au Modigliani en plein mois de juillet, à une époque où l’hôtel était complet. L’établissement n’était guère familial et l’on y trouvait justement beaucoup de couples de leur âge – quel âge avait donc Claude ? Deux femmes au nombril horizontal. Pourquoi pas ?

L’une était Audrey, sans conteste la plus remarquable, ses traversées du hall allumaient les regards masculins et laissaient à chaque fois un sillage ému et flatteur pour lui.

L’autre aurait été le modèle de cette Claude littéraire dont les évocations étaient décourageantes d’imprécision. Certes, il ne s’attendait pas à trouver dans un roman une fiche anthropométrique, mais cet impressionnisme était exaspérant.

Un signe, un idéogramme rapide. Un cygne d’un seul trait d’encre pâle. Comme une eau-forte, pourtant. Un corps comme un appel. Plie-moi, froisse-moi. Un corps fragile d’insolence et frais en plein soleil.

Audrey n’avait rien d’un cygne fragile !

Claude était arrivée dans ce lieu de villégiature en compagnie d’un homme évoqué par petites touches assassines qui constituaient page après page l’image archétypique du mâle viril pour ne pas dire simiesque. Sa poitrine embroussaillée de poils, sa musculature de sportif qu’il exhibait sans retenue, sa démarche de bellâtre et chacun de ses gestes s’étaient progressivement transformés en attributs d’une bestialité conforme au portrait psychologique parallèlement mené : heureux et fier de lui, gourmand de soleil et de pâtes, grand buveur de rosé, engluant chaque femme de son regard luisant de concupiscence, il était la caricature du pire estivant et le lecteur se demandait combien de temps le cygne pâle pourrait supporter la vulgarité du primate.

La réponse surgit à la page soixante sous la forme élancée d’un rival magnifique. Rival est excessif car le combat était perdu d’avance. Le cygne s’inclina, plie-moi, froisse-moi, et se donna dans un délai très bref. La scène était décrite en douze pages saturées de métaphores et d’abandons émus, pleines de montées vers un ciel supposé, spirituel et vague, un vrai ciel de roman. Claude s’y donna toute et sembla subjuguée par ce corps de statue. Le passage, d’un style encore plus détourné du droit fil que dans les autres pages, laissait apercevoir le mélange confus du marbre et de la sueur, mais en perles très fines, du cri et du murmure, du sauvage et du doux.

Il lut une description de fesses qui le déconcerta. Comme bien des hommes il aimait ces rondeurs devinées sous les robes et dans la nudité intime de l’amour ne détestait pas certaines positions qui en exagèrent le volume. Cependant sa perception restait globale alors qu’il lisait ici un lent déchiffrement où texture, carnation, courbure, naissance au bas du dos, limite en haut des cuisses, formaient un portrait et visaient de surcroît à établir l’idée d’une personnalité de chaque hémisphère.

Il abandonna ce blason comme une fantaisie venue d’un autre âge et parce que cette description ne lui apportait rien. Jamais il ne s’était attardé de cette façon-là sur les fesses d’Audrey.

Mais il achoppa sur deux ou trois phrases allusives jouant sur le non-dit et le symbolique pour ne pas dire clairement que Claude fut initiée par cet amant exceptionnel aux jouissances sodomites et s’en trouva comblée. Pierre enregistra avec soulagement cette précision, Audrey s’était toujours montrée rétive à cette pratique.

En bref, un acte légendaire, une saga érotique de deux heures à en croire le narrateur, une apothéose de jouissance qui s’était déployée pendant que le primate désormais cocu somnolait sur le sable ou guignait les baigneuses aux seins nus.

Pierre gagnait en sérénité à mesure qu’il acceptait la coïncidence pour ce qu’elle était. Audrey n’était pas cette fille, ce qui aurait impliqué qu’il soit ce rustre borné et fier de lui. N’exagérons rien !

Au lendemain de cette scène d’amour le couple ainsi soudé par l’étreinte mythologique s’en alla vers Florence et les arts, les beautés du musée des Offices. Le narrateur impitoyable expliquait qu’elle avait maintes fois tenté de convaincre son piètre compagnon de l’y mener. C’est donc en toute justice qu’ils tournèrent le dos à la mer pour les routes sinueuses des monts métallifères qu’ils parcoururent dans l’enivrante vivacité d’une jolie voiture décapotable que l’auteur nommait, allez savoir pourquoi, Le lys rouge.

Pierre ne scrutait pas spécialement ces heures fictives puisqu’il savait qu’Audrey n’aurait pu matériellement lui voler le temps d’une telle escapade. Il ne s’attarda donc pas sur l’envolée des amants dans la beauté toscane, collines et cyprès, blondeur des blés, ciel bleu dur. Le soleil écrasait de lourdes fermes aux murs d’ocre, poursuivait son reflet sur le rouge éclatant de la carrosserie puis abandonnait la voiture sur des places ombreuses, près de fraîches fontaines désertées à midi, tout cela était classique et prévisible. Lecteur sélectif, sa passion le menait uniquement sur les traces du doute. Il ne sentit rien d’autre en ces instants que l’émotion devant une beauté universelle à tous également offerte et donc insignifiante.

De même il les suivit sans excès d’intérêt dans la lumière réduite des salles du musée où Audrey n’avait pu se rendre.

Le Printemps.

La nature dévoilée et les corps dévoilés, élancés. Les nudités de gaze et cet Hermès au beau geste du bras à la hanche posé. Sa peau d’ivoire.

— Vois-tu, Claude, l’épaule nue ?

— Je vois et vois aussi ce linge vert qui l’habille à demi…

— Comment dis-tu ?

— Le linge vert bien sûr, cette noble tunique.

— Comme c’est charmant cette verdeur offerte au printemps de Botticelli !

— Vert, vert, vert comme la mer, le feuillage, l’espoir disent certains.

Pourquoi fut-il soudain plus attentif ? Les mots, une tension que le style aurait su faire sentir malgré ses circonvolutions baroques ? Audrey aimait la peinture et s’attardait parfois dans les musées. Mais il ne l’imaginait pas un instant se complaire à ce babillage. Vert, vert, vert !

Il allait poursuivre, passer ces complicités futiles et agaçantes quand est venue l’imperceptible angoisse d’une faille. Quelque chose lui avait échappé, quelque chose allait se produire. Un bond jusqu’aux beaux livres, Moyen Âge, Renaissance et les pages giflées avec fébrilité. Botticelli, L’Adoration des mages, La Madone du Magnificat et enfin Le Printemps. La tunique est sans conteste rouge. Rouge vif !

Trop peu de femmes souffraient de daltonisme pour que Pierre ait pu s’obstiner dans la thèse d’une coïncidence. S’il s’était abrité derrière ses armes mathématiques, il aurait tenté de s’accommoder de l’espace faible mais non nul qui sépare la certitude de la très grande probabilité. Dans les décimales il aurait conservé la possibilité de fabriquer un rêve anesthésique seule échappée possible vers l’oubli. Il refusa et choisit la solution facile et populaire de l’intime conviction. Cette voie bien que peu rationnelle fabrique les plus indestructibles certitudes. C’est par elle que des hommes enferment d’autres hommes au fond d’une prison et c’est par elle que Pierre s’apprêtait à revoir son passé à partir d’une fiction suspecte de ne pas l’être tout à fait.

Éros et repassage

Caroline repassait. C’était une activité qu’elle accomplissait souvent peu vêtue, petite culotte et soutien-gorge par exemple, pareille à l’ingénue de cinéma qui après un bain forcé a mis à sécher ses habits sur des buissons. Pierre n’allait pas jusqu’à tourner le dos comme le soupirant du film toujours respectueux mais en général il résistait à l’élan du désir.

Ce jour-là elle était en jean et tee-shirt, et s’occupait de linge de maison, serviettes de table et torchons de cuisine, une opération de repassage totalement inutile aux yeux de Pierre.

Il lui racontait Lungomare Bellini.