Ma folie ordinaire - Éric Neirynck - E-Book

Ma folie ordinaire E-Book

Eric Neirynck

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Beschreibung

Que se passe-t-il quand vous avez l’impression de ne plus exister au monde ? De vous diluer dans une séparation que vous n’avez ni voulue ni maîtrisée ? Broyer du noir...

Tel un naufragé, Éric va trouver refuge auprès d’une psy et se voir emmener vers des rivages dont il ne soupçonnait pas l’existence, pour le meilleur et pour le pire...

Bienvenue dans une tranche de vie ordinaire.

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Seitenzahl: 119

Veröffentlichungsjahr: 2020

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© La Boite à Pandore

Paris

http://www.laboiteapandore.fr

Les Éditions La Boite à Pandore sont sur Facebook. Venez dialoguer avec nos auteurs, visionner leurs vidéos et partager vos impressions de lecture.

ISBN : 978-2-23900-395-4 – EAN : 9782390093954

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Éric NEIRYNCK

Ma folie

ordinaire

« La littérature érotique pèche souvent par un excès de métaphores ridicules. Elle joue sur l’interdit et accumule les fantasmes. »

Michel Houellebecq

« Car tout bien pesé, que vaut un homme qui bande mou ? De quel poids pèsent ses poèmes en comparaison ?

La plus grande création artistique d’un homme, c’est d’être en mesure de faire jouir une belle femme. Le reste n’est que littérature. Que vaut l’immortalité si on ne baise pas jusqu’à son dernier souffle. »

Hank Bukowski

À Charles Bukowski et Louis-Ferdinand Céline sans qui la littérature n’existerait plus.

I

Ça faisait un bon moment que mes rares amis, conquêtes féminines, médecins en tous genres, etc., me conseillaient d’aller consulter un psychiatre pour enfin entamer une thérapie qui pourrait remédier à tous mes problèmes de ciboulot. Oui, j’ai bien dit tous mes problèmes. Car d’après eux, j’en avais un bon paquet.

Selon moi, tout au plus quelques TOC (troubles obsessionnels du comportement ou compulsif, c’est au choix) du genre devoir remettre les choses à leur place, m’obliger à allumer/éteindre sept fois un interrupteur, poser le pied sur une dalle sur deux, afin de m’éviter un malheur. Rien de profondément handicapant, juste gênant quand ce genre de trucs se produit en public. Comme la fois où mon putain de cerveau me convainquit qu’il fallait que je touche une toile de Modigliani que j’étais allé admirer au Musée royal d’Anvers, sous peine de… je ne sais plus quoi, mais sûrement un truc bien étrange ou mortel qui allait m’arriver si je ne cédais pas à cet ordre de mon cerveau dérangé.

Au début, j’ai bien résisté à l’appel de ma petite voix intérieure. Je me suis éloigné, me convainquant que c’était impossible, que j’allais avoir de gros problèmes. Et pourtant… j’y suis revenu et ai bien tenté, je dis bien tenté de déposer mes doigts sur la toile. Quelques secondes ont suffi pour que je sente une très, très forte pression sur mes biceps. Deux hommes en noir à l’air tout sauf sympathique me tenaient fermement et m’emmenaient dans un petit bureau à l’écart. Par chance, n’ayant pas réussi mon acte, la direction de l’établissement avait décidé de ne pas appeler la police et m’avait fait reconduire manu militari à l’entrée du musée avec comme sanction l’interdiction d’y remettre les pieds.

Voilà pour la petite anecdote. Pour le reste, je survivais pas mal avec ces défis à la con. Même si, parfois, je me faisais peur à moi-même quand un reste de volonté me forçait à ne pas obéir à mes TOC. D’abord, un sentiment de victoire sur moi-même m’envahissait, pour ensuite me mettre à flipper comme un gosse de ne pas avoir « obéi ». Au final, quoi qu’il arrive, mes troubles gagnaient toujours et je m’exécutais. J’voulais pas crever pour si peu !

Bon, ça, c’est mon point de vue, mon ressenti, ma façon de voir les choses. Mais apparemment, celui-ci n’était pas vraiment partagé par ceux qui me connaissaient. Pour eux, le/mes problème(s) étai(en)t plus profond(s), beaucoup plus profond(s) que ça. À croire qu’ils avaient tous fait une licence en psycho et qu’ils avaient élu domicile dans ma tête. D’après eux, plus grave encore que mes TOC, mon gros, gros problème avec l’alcool. Pas faux, mais l’alcool, perso, je l’ai toujours plus considéré comme un ami que comme un problème. C’est d’ailleurs grâce à lui que je tiens le coup, que je supporte la vie. Oh, je sais ce que vous pensez. Que je suis un pauvre type qui se lamente sur son sort. Oui sans doute, mais comme on dit, je suis comme ça. J’ai beau essayer, me forcer, mes démons reviennent toujours à la charge. Et si ça ne plaît pas, c’est le même prix.

Dans leurs multiples démarches visant à « m’aider », certains de mes potes ont fait preuve de plus de détermination et « d’amour » que d’autres. Ils ont été jusqu’à tenter de me forcer la main, de prendre des rendez-vous pour moi chez un psy ou de me proposer de m’y accompagner. Peines perdues, malgré mes problèmes j’suis tenace ou têtu, c’est au choix.

*

De toute cette bande de copains, le plus acharné de tous était, certainement, Luc, un compagnon de longue date (nous nous étions connus lors de notre service militaire dans les années 90, mais j’vais pas développer le bazar, ça n’a aucune importance) qui, un peu plus rusé que les autres, a même été jusqu’à me donner rendez-vous chez un « ami » bien introduit dans le milieu artistique.

Alors pour info, mais juste pour info, j’suis comédien de formation. Rien de bien glorieux en fait. Suite à ma courte formation dans une école de théâtre bruxelloise, j’ai fait une apparition dans une pièce de Victor Hugo jouée dans un grand théâtre de la capitale. On a aussi pu m’apercevoir dans « GROS Coeur » un téléfilm racontant l’histoire d’amour d’un pilote de course et aussi dans quelques petites productions très confidentielles réalisées vers la fin des années 80. Vous voyez, rien de bien terrible, rien n’ayant laissé une trace indélébile dans l’Histoire du théâtre ou de la télévision… juste de quoi me faire des souvenirs et surtout des regrets. Oui des regrets, ce métier est le seul dans ma vie que j’avais réellement choisi, et puis la vie, une rencontre, un enfant et hop embarqué dans la vie dite normale.

Me voilà donc invité par l’ami Luc, pour ce que je pensais être un déjeuner de travail autour d’un projet de pièce de théâtre. Pièce pour laquelle j’avais, d’après ce qu’il m’avait dit, le profil idéal pour un gros rôle secondaire. Comme un con, alors que j’avais plus foulé les planches depuis plus de vingt ans – et j’insiste je n’avais laissé aucun souvenir à quiconque –, j’étais tombé dans le panneau. En y repensant, c’est vrai que j’avais été d’une naïveté sans nom. Comment quelqu’un pouvait avoir envie de proposer un rôle à un gars comme moi ?

Mais bon, il avait réussi à flatter mon petit ego et comme j’étais encore, malgré mes déboires, plein d’orgueil, fauché – l’espoir de me faire quelques centaines d’euros en reprenant une activité qui m’avait fait rêver –, j’ai accepté sans réfléchir. Et puis surtout, dans ma situation, une bouffe à l’œil ça ne se refusait pas. Sauf que... tu parles d’un dîner ! Un dîner de con, oui. L’« ami » de Luc n’était autre qu’un de ces médecins du ciboulot, adepte de Freud et toute sa clique, un docteur Maboul en puissance. Un de ces gars qui pensent que le problème général des hommes vient du fait qu’ils ont envie de coucher avec leur mère ou de tuer leur père pour prendre sa place, des malades je vous dis, des malades !

Pendant une heure, j’ai fait comme si tout ce qu’on me racontait m’intéressait, avalant mon repas, un petit rôti de boeuf avec légumes et pommes sautées, en répondant de temps à autre aux questions plus ou moins intimes de mon hôte. Il va sans dire que je l’ai très vite démasqué, mais il ne s’est pas arrêté pour autant et a continué à m’analyser devant Luc, tout à sa joie d’avoir réussi son coup.

À peine le désert ingurgité, j’ai déguerpi prétextant un malaise soudain. Comme le gars était bien élevé, il ne s’est douté de rien me saluant, me tendant sa carte et me faisant promettre de l’appeler pour que l’on continue la conversation (le travail) au plus vite. Il va sans dire que je ne l’ai jamais rappelé. Le plus dommage dans tout ça, c’est la confiance entre Luc et moi qui fut rompue pour un bon moment. En même temps, j’ai jamais été copain-copain et dépendant des autres, donc mettre de la distance entre lui et moi ne fut pas des plus compliqués.

Enfin, après ces tentatives infructueuses, tout le monde a abandonné et m’a enfin foutu la paix, me laissant à ma vie. Je suis peut-être détraqué, mais je suis têtu quand je veux.

II

J’ai toujours eu une petite vie des plus banales, faite de merdes et de petits bonheurs. Rares étaient les vrais bonheurs, mais quand même, y en a eu quelques-uns comme la naissance de mes enfants, mes mariages, les moments de sexes intenses passés avec l’une ou l’autre lors de soirées arrosées.

Ces derniers temps, tout se passait normalement, mes TOC m’accompagnaient mais pour une fois les emmerdes se tenaient éloignées. Pourtant, pessimiste comme je suis, je savais bien que ça n’allait pas durer. J’faisais comme si le reste de ma vie allait être un conte de fées. On a tous rêvé de vivre un conte de fées, non ? Franchement qui n’a jamais voulu être le prince charmant allant réveiller sa belle princesse, de préférence pleine aux as, pour vivre le bonheur éternel ?

Mes potes avaient abandonné l’idée de me soigner et s’arrangeaient pour faire comme si mes « problèmes » avaient disparu. Je vivais, je travaillais, je sortais avec l’une ou l’autre fille rencontrée au hasard de la vie, sans espérer quoi que ce soit, et franchement ça m’allait plutôt bien. Du moins ça c’était jusqu’à ce que je tombe sur cette fille que je pensais d’un soir et avec qui j’allais passer plusieurs semaines. Elle m’a tellement marqué que j’ai envie de vous raconter notre histoire en commençant par notre rencontre.

Ça faisait un petit temps que tous les matins je m’arrêtais à la boulangerie du métro située non loin de mon lieu de travail de l’époque, pour y acheter un pain au chocolat. Un délice que je m’octroyais pour commencer la journée. J’ai toujours été fan de pain au chocolat ou chocolatine ou couque au chocolat selon la région de mes lecteurs. C’est vrai, quoi de mieux que cette petite viennoiserie fourrée d’un bâton fondant pour se faire un petit orgasme gustatif ? Bonheur suprême comme très souvent j’étais un des plus matinaux, ma friandise était encore chaude. Une horreur pour l’estomac, j’en conviens, mais un délice pour les papilles. Mais là ne s’arrêtait pas mon intérêt pour ce « Petit Paul », il y avait aussi et surtout une jeune vendeuse, la petite trentaine, brune, les yeux verts et un sourire à vous faire bander au réveil plus fort que l’envie de pisser.

Nos échanges se limitaient à un bonjour et un sourire. Pauline, elle s’appelait Pauline, merci à son employeur d’avoir obligé le port d’un badge d’identification. Grâce à lui je pouvais mettre un prénom sur ce qui devenait une obsession.

À force d’amabilités réciproques, j’ai pris mon courage à deux mains pour entamer la conversation et tenter d’établir un contact. Et... les choses se sont exactement passées comme je l’espérais, elle a fini par accepter mon invitation à prendre un verre.

Deux jours plus tard, je m’installais chez elle. Elle habitait un petit studio dans le centre-ville, un peu identique au mien, pas luxueux, mais tout le confort moderne. Tous les matins suivants,je l’accompagnais au boulot et tous les soirs c’est elle qui venait me chercher à mon job. Nos soirées étaient faites de films et de baise. Le rêve de tout être humain en fait. Tout allait bien et rien ne laissait penser que ce qui allait arriver allait arriver...

Du jour au lendemain, tout s’est effondré suite à cette énième rupture amoureuse. Un grand classique que nous avons tous vécu un jour. À la différence que pour moi, à ce moment-là, je pensais vraiment que c’était ma vie entière qui puait le gâchis et l’échec. Sans me la jouer Cosette, même si c’était totalement faux, à ce moment-là j’étais persuadé que je n’avais aucun souvenir heureux. Je pensais sérieusement que si pour certains ce n’était pas le bon jour, pour moi, ce n’était ni le bon jour, ni la bonne semaine, ni le bon mois et encore moins la bonne vie. La merde totale !

J’ai fini par plonger dans les médocs et faut reconnaitre qu’à force d’antidépresseurs – Lexomil©, Xanax©, Loramet© –, de drogues plus ou moins douces que j’ai commencé à prendre à ce moment-là, pour tenir le coup, eh bien, je ne retenais plus rien du tout. J’avais plus ou moins volontairement la tête dans le cul du matin au soir pour oublier. Oublier, ma vie. Tout oublier en fait. Dans ces moments-là, comme je l’ai déjà dit, les seules choses qui arrivaient encore à m’apaiser étaient la peinture – particulièrement celle de Modigliani, Soutine ou Van Dongen, et une certaine littérature américaine qualifiée de BEAT ou dirty realism (pour les définitions voir Wikipédia ou pour ceux qui les utilisent encore : le dictionnaire).