Made in Korea - Laure Mi Hyun Croset - E-Book

Made in Korea E-Book

Laure Mi Hyun Croset

0,0

Beschreibung

Un jeune Français, enfant adopté, solitaire et apathique, passe son temps devant un écran d’ordinateur. Adepte de jeux vidéo et de junk food, il se soucie peu de sa santé, jusqu’au jour où il apprend qu’il a du diabète et qu’il doit modifier fondamentalement son hygiène de vie. Il décide alors de partir en Corée pour y pratiquer le taekwondo, bénéficier de la saine gastronomie de la péninsule et, par la même occasion, découvrir sa culture d’origine. Loin d’être une énième variante sur la quête identitaire d’un individu déraciné, ce roman réjouissant, à la fois mélancolique et tendre mais non dénué d’ironie, relate l’histoire d’une renaissance, sans faits glorieux ni émotions de pacotille.


À PROPOS DE L'AUTRICE 

Laure Mi Hyun Croset est une romancière suisse née à Séoul. Elle a publié, notamment, aux éditions BSN Press : un récit sur un toxicomane, On ne dit pas “je” ! (2014), une novella épistolaire, S’escrimer à l’aimer (2017) et un microroman, Pop-corn girl (2019), sur les émois d’une adolescente aux USA, ainsi qu’un roman satirique, Le beau monde, chez Albin Michel en 2018.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 82

Veröffentlichungsjahr: 2025

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



MADE IN KOREA

MADE IN KOREA

Laure Mi Hyun Croset

roman

De la même auteure

Pop-corn girl, BSN Press, 2019

Le beau monde, Albin Michel, 2018

S’escrimer à l’aimer, BSN Press, 2017

Après la pluie, le beau temps, Didier, 2016

On ne dit pas “je” !, BSN Press, 2014

Polaroïds, Luce Wilquin, 2011

Les Velléitaires, Luce Wilquin, 2010

À Xavier Oberson, avec amour

1 Monde

Le diagnostic était tombé. Il allait devoir modifier drastiquement ses habitudes, lui qui ne s’était jamais amusé à les définir avec précision. Fondamentalement, il aimait surfer sur le Net et paresser, tout en se gavant de comfort food. Il passait la majeure partie de son temps assis à son bureau ou couché sur son canapé, dans le royaume du gras et du sucré. À dire vrai, son univers se résumait à ses écrans et à son réfrigérateur.

Heureusement, il avait déniché, très tôt, un job de concepteur de jeux vidéo qui le payait suffisamment bien pour lui permettre de s’acheter de quoi se nourrir et de renouveler son stock de survêtements une fois par semestre. Prendre des décisions n’était pas son fort. Il avait donc systématisé un maximum de choses, notamment les appels à ses parents et à ses quelques amis d’enfance, qu’il effectuait le dimanche pour les rassurer et se dire, à lui aussi, qu’il existait dans le vaste monde.

Cela avait commencé par un cadeau de sa cousine, laquelle voulait qu’il prenne soin de lui. Encore ce maudit concept de care ! Il avait enfilé son jean le plus présentable et un sweater puis il était allé chez le médecin qui officiait dans l’immeuble où il habitait. Il ne devait l’avoir croisé que rarement, puisqu’il se faisait livrer tout ce qu’il pouvait. Ça avait été drôle de constater que le cabinet, situé deux étages au-dessous de son appartement, était configuré à l’identique, mais que son aménagement, plus bourgeois, lui donnait une apparence très différente, même s’il n’avait pas eu besoin de demander à la réceptionniste où se trouvaient les toilettes.

En fait, la vraie surprise avait été – ce que le prénom épicène, Alix, dissimulait – qu’il s’agissait d’une femme. La docteure l’avait mesuré, pesé et lui avait pris la tension, qui était montée un peu lors de ce rapprochement. Elle avait regardé dans sa gorge, son nez, ses oreilles, puis avait écouté son cœur et ses poumons. Quand elle avait palpé ses ganglions et son abdomen, cela l’avait un peu chatouillé, néanmoins, jugeant le moment inopportun, il s’était abstenu de le manifester. Elle avait ensuite vérifié ses réflexes qui avaient paru la satisfaire. Finalement, elle lui avait posé quelques questions d’usage et observé son carnet de vaccination, avant de rédiger une ordonnance pour une prise de sang à jeun.

Il s’était rendu en sifflotant au laboratoire. Il aimait bien recevoir des résultats, surtout lors des jeux auxquels il s’adonnait. Il ouvrit la porte de l’espace de prélèvement avec le même sentiment d’irréalité, comme s’il pouvait disposer de plusieurs vies. De toute façon, il ne tenait pas vraiment à la sienne.

Quelques jours plus tard, il était allé, assez excité, au deuxième rendez-vous chez sa généraliste, qui était, avec sa mère et sa cousine, une des rares femmes non virtuelles avec qui il était en contact. La docteure avait affiché un air moins enjoué que la fois précédente. Il avait trop de cholestérol, principalement du mauvais, et son taux d’HbA1c ou hémoglobine glyquée était supérieur à la normale. Il s’agissait d’une mesure moyenne sur trois mois, s’il avait bien compris. Hémoglobine l’avait fait sourire.

Cependant, il avait moins ri, quand il avait appris qu’il devait retourner faire une analyse sanguine, afin de vérifier s’il avait vraiment du diabète. Il avait d’abord grommelé qu’il allait claquer de l’argent pour rien, car n’importe quel nutritionniste aurait pu le lui prédire en apercevant sa bedaine. Puis, angoissé, il avait à peine écouté le laïus sur la graisse viscérale qui enveloppait ses organes, les rendant, surtout le foie, très vulnérables.

Alix Rivière lui avait précisé que les chiffres n’étaient pas alarmants, mais que, s’ils montaient, il lui faudrait prendre des médicaments pour éviter des complications, et que ceux-ci seraient accompagnés de petits effets secondaires. Décidément, les intellos, avec leur délicatesse, avaient une manière de dire les choses plus glaçante que les autres !

Sonné par l’entretien, il avait cherché en ligne des informations qui l’aideraient à comprendre ce qui lui arrivait et à savoir comment il pourrait éviter d’être game over trop rapidement. D’autant plus qu’il ne s’agirait pas d’un switch off rapide et indolore. Il courait le risque de devenir aveugle, d’être amputé, d’avoir un AVC ou de devenir dingue. Cette cochonnerie de diabète s’attaquait au système nerveux, au système cardiovasculaire et aux organes vitaux, la totale quoi !

Sans état d’âme, la deuxième prise de sang avait confirmé les résultats de la première. Il ne pouvait vraiment pas rester là, sans rien faire, à attendre tranquillement de perdre toutes ses facultés. Certes, il n’avait pas d’ambitions, mais se détériorer aussi tôt, puis mener son existence dans un état dégradé ne faisaient pas du tout partie des plans acceptables.

Ayant parcouru quelques ouvrages qui promettaient des guérisons miraculeuses du diabète de type 2, il avait rapidement compris qu’il devrait modifier plusieurs paramètres de sa vie actuelle. C’était très facile à retenir. Il devait faire l’inverse de ce qui constituait le délice de son quotidien : pratiquer une demi-heure de sport par jour et se nourrir de végétaux. Au moins, il ne buvait pas. Avec qui boirait-il ?

Il imaginait difficilement s’inscrire dans une salle de sport, commencer à faire son marché et se mettre à cuisiner, alors qu’il se faisait livrer presque tous ses repas et qu’il ne connaissait qu’un seul moyen pour les réchauffer : les passer au micro-ondes.

Il lui vint soudain une idée ! Comme il devait complètement changer de mode de vie, au moins pourrait-il l’effectuer de manière distrayante. Il pensa aux films de mafieux coréens qui lui plaisaient tant et se dit qu’il pourrait faire d’une pierre deux coups : vivre sainement et découvrir sa culture d’origine !

À part les séries sur Netflix et les bulgogis ou les bibimbaps qu’on lui livrait, accompagnés de kimchi – le chou fermenté vénéré par les bobos pour ses propriétés diététiques, en dépit de son odeur infecte –, il n’y connaissait presque rien. Il savait seulement que la nourriture du Pays du matin frais, peu grasse et pleine de légumes, était excellente pour la santé. Les Coréens bénéficiaient d’une espérance de vie parmi les plus longues de la planète.

Il n’aurait qu’à s’inscrire dans une école de taekwondo en Corée ! Et il pourrait se rendre dans les milliers de restaurants ouverts jour et nuit de la capitale. Cela tombait bien, il venait d’honorer un contrat et de toucher un immense chèque. Un mois intensif lui permettrait de s’initier à ce sport de combat, d’instaurer une nouvelle hygiène de vie, en attendant le rendez-vous, fixé deux mois plus tard, avec une diabétologue. Il verrait bien, au retour, s’il serait prêt à continuer sur cette voie.

Il chercha le prix d’un billet d’avion en business class – il lui fallait de la place pour installer ses grosses fesses qui n’avaient pas démérité – à destination de Séoul. Il y avait des offres à presque deux mille euros moins chères qu’un vol plus rapide. Il réfléchit. Entre treize heures de vol (fichue guerre en Ukraine !) et dix-huit heures, il ne voyait pas vraiment la différence. Il pourrait simplement regarder deux films de plus ! Aussitôt, il acheta des billets aller et retour.

C’était le printemps, la saison la plus agréable pour voyager en Corée, lut-il sur les sites, car il n’y faisait pas trop chaud. La mousson était encore loin, et les arbres étaient en fleur. À l’automne, dotées de magnifiques érables rouges, les forêts flamboyaient, mais son diabète avait été diagnostiqué en mars. Au moment où la nature s’épanouissait, son corps pourrissait, il n’y pouvait rien. Peut-être devrait-il y voir un signe positif ? Celui d’un renouveau. Il n’était hélas ni cérébral ni mystique.

Il trouva le site d’une école de taekwondo qui proposait une initiation en anglais à cet art. Ses connaissances de la langue de Shakespeare laissaient un peu à désirer, toutefois il saurait bien imiter les mouvements. Après tout, il avait commencé à jouer à Street Fighter II à l’âge de cinq ans.

Il pourrait même obtenir un diplôme, son premier depuis la fin de l’école obligatoire ! Il s’aperçut que les cours avaient lieu non loin du quartier historique de la ville. Il y restait quelques vieilles pensions, où il pourrait dormir à l’ancienne, par terre, sur un sol chauffé par un système très répandu en Corée, pour une somme modique. Il voulait, dès à présent, expérimenter la frugalité. Il s’inscrivit immédiatement dans ce club. Il s’agissait enfin d’une décision importante qui n’avait pas trait à un monde imaginaire !