Magie interdite - Delphine Biaussat - E-Book

Magie interdite E-Book

Delphine Biaussat

0,0

Beschreibung

Dans un royaume sans magie, Ulfan et Milena devront s’unir pour sauver la couronne.

À Solène, la Magie est interdite. Le Roi l’a proscrite, craignant qu'elle ne détruise sa famille, comme elle a failli tuer son père. Mirag, le Dieu-serpent, a été forcé de se cacher, et ses pouvoirs s’affaiblissent. Pourtant, malgré l’interdiction, la Magie persiste dans l’ombre, vivant dans les mémoires et se manifestant chez certains individus.

Ulfan, petit-fils d’un puissant magicien et fervent adepte de Mirag, doit sauver le père du Roi de Solène d’une mort imminente. Traqué et détesté, il s’appuie sur ses rares alliés pour accomplir cette mission périlleuse. Dans cette quête, il découvrira peut-être bien plus que ce qu’il cherchait, y compris l’amour.

Milena, l’une des trois filles du Roi, découvre l’existence de la Magie en sauvant un mystérieux chat. Entre ce secret qu’elle doit protéger à tout prix et un mariage forcé imposé par son père, Milena se trouve à un carrefour : choisir entre sa liberté et sa loyauté envers sa famille.

Un roman fantasy à rebondissements, rempli de danger, de magie, et de choix déchirants. Une aventure captivante qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page !

Extrait :

Saunan Tadellas, souverain de Solène, écrit derrière son imposant bureau. Il rédige plusieurs courriers importants qui ne peuvent attendre. Sa fonction exige cette rigueur.
Un sourire de contentement se dessine sur ses lèvres lorsqu’il appose le sceau royal sur l’avant-dernière lettre. Au moment où il la pose sur la pile à envoyer, on toque à la porte.
— Entrez !
Un garde d’une vingtaine d’années, vêtu aux couleurs du pays, jaune et bleu foncé, ouvre la porte. Ses yeux sortent de leurs orbites.
— Majesté ! Le Seigneur Drolan veut vous voir. Il est...
Il est rejeté en arrière, laissant place à l’invité surprise qui n’a pas eu la tolérance d’attendre la permission de pénétrer dans la pièce. Le vigile brutalisé proteste, une main sur la garde de son épée.
— Laisse, Poris ! Ce n’est rien. Tu peux la refermer, le congédie le Roi d’un geste de la main.
Il a l’air furieux, constate Saunan en observant celui qui se tient face à lui.
Silencieusement, les deux hommes se jaugent. Saunan, impassible, mais avec un mauvais pressentiment, patiente que son interlocuteur prenne en premier la parole.
— Sa Majesté est vraiment trrrop bonne de m’accueillir dans son bureau ! ironise le nouveau venu.

À propos de l’auteur :

Delphine Biaussat est née le 6 août 1983 à Périgueux en Dordogne. Passionnée de lecture depuis l’enfance, elle se tourne tout naturellement vers l’écriture dès son adolescence. Après plusieurs tentatives inachevées, elle renoue avec sa plume avec plus de ferveur. Grande rêveuse, elle se consacre désormais à l’écriture de romans fantasy, où l’imagination est reine.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 226

Veröffentlichungsjahr: 2018

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MAGIE INTERDITE

 

 

 

 

 

 

Delphine Biaussat

Fantastique

Éditions « Arts En Mots »

Illustration graphique : © Tinkerbell Design

 

 

 

 

Prologue

 

Saunan Tadellas, souverain de Solène, écrit derrière son imposant bureau. Il rédige plusieurs courriers importants ne pouvant pas attendre. Sa fonction exige cette rigueur.

Un sourire de contentement se dessine sur ses lèvres lorsqu’il appose le sceau royal sur l’avant-dernière lettre. Au moment où il la pose sur la pile à envoi, on toque à la porte.

— Entrez !

Un garde d’une vingtaine d’années, vêtu aux couleurs du pays, jaune et bleu foncé, ouvre la porte. Ses yeux sortent de leurs orbites.

— Majesté ! Le Seigneur Drolan veut vous voir. Il est...

Il est rejeté en arrière, laissant place à l’invité surprise qui n’a pas eu la tolérance d’attendre la permission de pénétrer dans la pièce. Le vigile brutalisé proteste, une main sur la garde de son épée.

— Laisse, Poris ! Ce n’est rien. Tu peux la refermer, le congédies le Roi avec un geste de la main.

Il a l’air furieux, constate-t-il en observant celui qui se tient face à lui.

Silencieusement, les deux hommes se jaugent. Saunan, impassible, mais avec un mauvais pressentiment, patiente que son interlocuteur prenne en premier la parole.

— Sa Majesté est vraiment trrrop bonne de m’accueillir dans son bureau ! ironise le nouveau venu.

Saunan se contracte. Le ton de Jicas Drolan est chargé de menaces. Est-ce qu’il est au courant ? se demande le Roi de Solène en déglutissant.

— Je t’en prie, assieds-toi. Tu sais bien que ce palais est ta deuxième maison. Que puis-je pour toi, mon ami ?

Saunan et Jicas ont grandi ensemble. Le père de ce dernier a été le Premier ministre du père de l’actuel souverain de Solène. Depuis qu’ils sont petits, ils sont inséparables et se considèrent comme des frères de cœur.

Après avoir signifié qu’il préfère rester debout, Jicas s’exclame avec méchanceté :

— C’est bien connu, tout ce qui à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi ! Comme les jouets de notre enfance...

Cela ne fait plus aucun doute. Comment est-ce possible ? Quel Dieu le lui a révélé ? À moins que ce ne soit...

— Il y a certaines limites à ne pas dépasser. Tu as osé m’offenser, moi ton ami, ton plus fidèle sujet ! continue Jicas, sa rancœur augmentant au fur et à mesure qu’il sort tout ce qu’il a sur le cœur.

— De quoi veux-tu parler ?

— Moi, j’ai toujours respecté tes épouses en restant à ma place ! Même si j’aurais bien séduit Lilon qui est une femme d’une beauté époustouflante.

La prénommée Lilon est l’épouse royale, la femme principale de Saunan. Celui-ci se satisfait de peu car pour lui, l’amour, les sentiments, priment sur le devoir royal en la matière : « A quoi bon posséder une quantité infinie d’épouses si je n’ai pas de profonde affection pour elles » pense-t-il à chaque fois que son cœur et sa raison se battent en duel. Outre cette dernière, il n’en a qu’une autre. La Loi l’autorise pourtant à avoir jusqu’à cinq épouses.

Saunan ouvre la bouche pour protester, mais aucun mot ne la franchit, ignorant quoi dire.

— Qui te donne le droit de te servir à volonté de la mienne ?

La fureur de Jicas grossit. Ses yeux d’un bleu limpide deviennent de plus en plus durs.

Saunan sait son ami le sang chaud, mais jamais il ne l’a vu dans une telle rage. Il peut exploser à tout moment ! Le Roi décide qu’il doit réagir : il ne peut pas lui permettre de prendre définitivement le contrôle de la situation.

— Il se trouve que je suis amoureux de Nalaissa.

Jicas laisse éclater un rire provenant du Monde des Ténèbres. Puis il se tait, esquisse une grimace et, d’un geste, balance sur son ami un livre qui était rangé sur une étagère. Le souverain parvient à stopper l’ouvrage qui chute à côté de lui. Puis il se lève, en restant sur la défensive.

— Bon réflexe. Mais sauras-tu bloquer... ça ?

Plusieurs volumes visent le Roi qui réussit à se préserver tant bien que mal.

— Arrête ! Je suis ton Roi, tu me dois le respect ! Calme-toi, nous allons en discuter posément.

— Posément ? Qui y a-t-il à expliquer ? Tu m’as trahi ! Je ne peux te pardonner. Nalaissa est à moi !

Saunan éprouve de la peine pour son ami, mais peut-il inlassablement combattre les élans de son cœur ?

— Comment l’as-tu appris ? C’est elle qui...

— Non. Enfin, elle a fini par me l’avouer, car je savais qu’elle romançait avec un autre.

— Quels indices as-tu trouvés pour en arriver à cette conclusion ?

— Ni plus ni moins qu’un bâtard.

Le souverain devient pâle face à cette annonce. Il a peur de comprendre.

— Que veux-tu dire ?

— Tu devrais le savoir, toi qui l’as mise enceinte !

Jicas parle d’une voix basse, froide, sans aucune émotion. Cela ne présage rien de bon. Le porteur de la nouvelle continue :

— Lorsque je me suis aperçu de sa trahison, cela m’a plongé dans une colère noire. Il était certain que je n’étais aucunement le père, car depuis que j’ai ma troisième épouse, je l’ai délaissée, malgré mon attachement pour elle. Elle n’a pas tout de suite craché le morceau, mais à un moment, elle n’a pas eu le choix si elle voulait garder son rejeton !

— Que lui as-tu fait ? crie Saunan, tremblant.

Il a bien conscience qu’il a fait du mal à son ami et que par conséquent il a brisé leur relation. Il le sait, mais n’a pas pu faire autrement ; son amour pour Nalaissa est tel qu’il n’a pas pu ignorer ses sentiments.

Pendant un temps, il a combattu contre lui-même, mais lorsqu’il s’est rendu compte que Nalaissa ressentait la même chose, il a cédé avec délice, mais a tout de suite éprouvé une énorme culpabilité. Malheureusement, Jicas est maintenant au courant de sa trahison.

— Rassure-toi ! Si c’est son état de santé qui t’inquiète, elle est encore en vie. Je ne tuerais jamais une femme. Je l’ai bannie, et je suis prêt à parier qu’elle finira par venir te quémander ton aide. Je te l’abandonne, je ne veux plus rien avoir affaire avec elle !

— Mais tu as pensé à votre fils, l’enfant que vous avez eu précédemment ?

— Mon fils ! Elle ne possède plus aucun droit sur lui ! Tu as tout détruit ! Tu vas le payer très cher ! hurle Jicas.

La porte de la pièce s’ouvre, laissant apparaître Poris, paré à intervenir. Depuis un moment déjà, il perçoit des bruits étranges des éclats de voix, mais sans comprendre ce qui se dit. Là, il a clairement entendu la menace du Seigneur Drolan. Il doit absolument voir ce qui se passe dans le bureau, le Roi de Solène est peut-être en danger.

Jicas se retourne, propulse le garde en arrière et ferme la porte avec grand fracas. Avec son esprit, il donne une rapide rotation à la clé. Ainsi, il ne sera plus dérangé, du moins pendant un certain temps. Son attention revient sur son ancien ami.

— C’est à mon tour de te détruire !

Saunan prend peur. Il ne reconnaît plus Jicas. Il contemple dans son regard une haine implacable. Qu’a-t-il fait ? Il s’en veut tellement. Si seulement il avait pu prédire que les choses allaient s’envenimer à ce niveau, il aurait forcé son cœur à vivre dans le chagrin.

— Tu comptes me tuer ?

— Te tuer ?

Jicas éclate d’un rire tonitruant.

— Non, trop facile. J’impose que ta vie ne soit plus que regrets et que ta famille te tourne le dos. Tu vas être la cause de leur malheur !

Il ferme les yeux puis, dans un profond silence, il se concentre pour laisser entrer la pleine Magie en lui. Les murs se mettent à vibrer. Ne faisant pas attention à l’alarme qui a été donnée dans le palais par ce bon et imbécile Poris, il les rouvre et les greffe à ceux du Roi de Solène.

— Moi, Jicas Drolan, Grand Adepte du Dieu Mirag, je maudis ton foyer. À partir de ce jour, elle n’engendrera plus de fils. Telle est ma volonté.

Il a prononcé ces mots d’une voix calme, presque douce, sucrée.

Les murs tremblent de plus en plus fort. Les étagères basculent, renversant avec force une rivière d’ouvrages. Le lustre se détache et tombe en chute libre, n’épargnant pas Saunan qui s’écroule sous le poids.

Jicas recule. Il n’a pas prévu ce qui vient de se passer. Non ! Je l’ai tué ! Cela ne devait pas se dérouler ainsi. Mon ami... C’est toi qui l’as cherché. Les yeux hagards, il regarde la grande porte. On tente de la franchir par tous les moyens. S’il attend qu’ils entrent, ce serait fini pour lui, il serait pendu haut et court sans autre forme de procès ! Et puis quel procès, d’abord ? La Loi est très claire à ce sujet : quiconque s’en prend à la vie du Roi de Solène est voué à la mort. Le Seigneur Drolan inspire ; se mettre à paniquer ne résoudrait pas la situation, bien au contraire. La fenêtre ! C’est l’unique issue. Il se rue dessus et l’ouvre. Il est tard, le soleil se couche.

Il est au premier étage. Il regarde en bas et évalue rapidement les risques : il est encore jeune, et est en très bonne condition physique ; les chances sont assez élevées pour qu’il s’en sorte indemne. Il ose et atterrit avec la grâce d’un chat. Seules ses paumes subissent quelques égratignures. Il dépoussière ses genoux et se fond dans les ombres qui grandissent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1

 

Bien des cycles plus tard

 

Milena

Je me penche à la rambarde du balcon de ma chambre. Dangereusement on me dirait sûrement, car, du haut de mon un mètre cinquante-huit, mes pieds ne touchent presque plus le sol. J’adore me trouver là, à contempler le monde qui s’ouvre devant moi.

Le centre de la cité est tout proche. J’ai la chance de percevoir le brouhaha du marché qui s’installe chaque matin, les voix des marchands qui s’élèvent jusqu’à moi. J’apprécie cette animation pleine de vie. Rien de tel pour commencer une belle journée ! Mais malheureusement, d’où je suis, je n’en vois rien, mais je l’imagine aisément. Je peux bien vous l’avouer à condition que vous gardiez le secret : il m’arrive parfois de partir discrètement pour rejoindre cette effervescence.

Ce que j’aperçois de mon balcon est juste magnifique. D’un côté, il y a le désert à perte de vue ; en face de moi, au loin après Diamanta, surnommée la cité blanche, il y a une longue étendue d’eau : Et lorsque je me penche fortement à droite, je perçois au lointain des montagnes s’élever très haut dans le ciel ; au côté qui m’est invisible, le nord, je sais qu’il y a des forêts.

Ma belle cité, Diamanta, la capitale et le joyau de Solène, est au centre de différents écosystèmes. Il y fait bon vivre, je m’y sens tellement bien ! La plupart du temps, les températures sont très écrasantes. C’est le désert qui nous apporte cette chaleur torride. Mais un vent bienvenu arrive régulièrement, il parvient de la grande étendue d’eau. Trois périodes se distinguent par cycle : la saison chaude où l’astre solaire cogne très fort, la saison florale où les fleurs et la végétation se vêtent de jolies couleurs, et la saison nuageuse où même si le soleil est bien présent, des nuages blancs voyagent sous la voûte céleste. Chaque période possède son lot de pluies, mais celles-ci sont rares. Elles tombent juste assez pour les besoins des Soliens, des cultures, de la faune et de la flore. Notre Dieu, Lumin, chérit Solène et en prend soin. Il nous aime. Ses adeptes lui vouent un culte depuis un temps infini.

L’astre brille de tous ses feux dans le ciel, rayonnant. Je suis persuadée que la journée va être très belle.

Derrière moi, la porte de ma chambre s’ouvre.

— Princesse ! Faites attention, vous allez chuter !

J’ancre mes pieds au sol et je me retourne. C’est ma gouvernante qui vient de pénétrer dans la pièce. Pas le moins du monde embarrassée, je lui souris, heureuse de la voir en ce jour éblouissant.

— Je ne risque rien. Je ne me lasserai jamais de ce panorama, ma chère Gilline, lui déclarai-je en englobant d’un geste du bras le paysage.

Gilline a une quarantaine de cycles, et elle travaille au palais depuis que j’en ai cinq. Elle affiche un air fâché.

— Je le sais bien ! Mais il n’empêche que vous ne devriez pas vous pencher de la sorte, grommelle ma gouvernante en levant les yeux au ciel. De plus, dans cette tenue !

Je baisse mon regard et observe ce que je porte. Je ne vois pas ce qui la choque. Je ne suis pas nue, quand même.

— Mais enfin, Gilline ! Je suis en chemise de nuit.

— Une princesse ne peut pas se montrer ainsi aux yeux du monde.

Ma gouvernante rougit, j’en suis consternée. Il n’y a pas de quoi en faire un scandale. Toutes les filles de la cité sont vêtues d’une chemise de nuit au lever du lit, ce qui est des plus normal. Je suis au fait que Gilline m’adore et qu’elle fait de son mieux pour me protéger. Mais là, il n’y a aucune raison de le faire. Après réflexion, je pense qu’elle agit comme ça avec moi parce qu’elle imagine que j’ai toutes les chances de devenir une grande Reine, plus tard. Et que notre Dieu Lumin est du même avis. Je sais pertinemment bien que devenir Reine n’est pas ma destinée. Mon objectif dans la vie est juste d’être heureuse.

— Il est tôt. Il n’y a pratiquement pas de passants, encore. Et puis, personne ne fait attention à moi.

— Qu’en savez-vous, Princesse ? Vous avez tellement la tête ailleurs lorsque vous êtes perchée sur ce balcon, que vous ne pouvez pas tout le temps faire attention à qui passe ou pas.

Attendrie, je m’approche de Gilline et l’embrasse sur la joue.

— Et alors ? Ma chemise de nuit est longue. Je suis tout à fait décente, j’essaie de la rassurer.

— Décente ? Mais une princesse ne l’est pas en tenue de nuit, en public. C’est impossible ! Ah, si votre père le savait...

Je le vois d’ici. Son visage deviendrait tout rouge, et de la fumée sortirait de ses oreilles. Il en profiterait une nouvelle fois pour me proférer de très odieuses choses qui me pinceraient le cœur. Je secoue la tête, tentant d’enterrer cette mauvaise pensée, et je me force à rire. Non, jamais il ne le saurait.

*

Comme chaque matin, après avoir célébré et prié notre Dieu Lumin au temple, avec mes sœurs nous marchons derrière nos parents. Derrière nous suivent les autres épouses du Roi de Solène ainsi que quelques personnes.

Jusqu’au palais, il y a environ trois cents pas à parcourir. Nous nous déplaçons en silence, dans un recueil absolu. En chemin, je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil aux restes d’un temple. Celui-ci fut détruit en un temps où je n’étais pas née. Il n’en reste plus grand-chose : les trois quarts du monument sont effondrés, de gros blocs de pierre ont été enlevés pour servir à différentes constructions, et toutes les décorations et inscriptions ont été profanées et effacées.

Cela me peine beaucoup. J’aimerais tellement connaître l’histoire de ce temple. J’imagine qu’autrefois il était le lieu de culte de notre Dieu Lumin. Pourquoi a-t-il été détruit ? Par qui ? Je frissonne et soupire.

À côté de moi, une de mes sœurs s’aperçoit de mon humeur morose. Elle me murmure :

— Que se passe-t-il ? Tu as l’air bien triste, tout d’un coup.

Je tourne la tête vers Riya, une jeune fille de presque un cycle de plus que moi. Elle est gentille, et elle n’est pas comme mon autre sœur. Riya se préoccupe toujours de moi quand ça ne va pas. Je lui désigne le monument anéanti dans un geste du menton, et je lui réponds par une question :

— Ne t’es-tu jamais demandé ce qu’était ce temple ?

Riya l’observe pensivement pendant que l’on s’éloigne petit à petit.

— J’évite d’y songer. Tu sais bien que c’est un sujet qu’il est interdit d’aborder.

En effet. Notre père nous l’a bien fait assimiler depuis que l’on est en âge de s’exprimer. J’ai obéi, désirant à tout prix empêcher la fureur de mon père d’éclater. Mais je ne peux bloquer mon esprit. Lui est curieux et espère comprendre. J’insiste donc.

— Mais tu as peut-être des suggestions ?

— Non, pas vraiment. On peut éliminer l’idée d’une guerre. De ce que j’en connais, Solène... Diamanta, n’a jamais été en conflit avec qui que ce soit. La paix a constamment existé.

Je soupire. Elle a raison, mais je n’ai toujours pas de réponse.

— Je suis au courant. Et c’est tant mieux pour notre si beau pays, mais... pourquoi a-t-il été détruit ? Pourquoi est-il interdit d’en parler ?

— Je ne sais pas, mais notre père se mettrait en colère s’il se rendait compte que tu t’intéresses à cela.

— Taisez-vous, les bavardes, siffle mon autre sœur avec un regard assassin.

Vexée, je ferme la bouche pour ne plus la rouvrir jusqu’au palais.

Ayane est notre ainée. Elle possède des cheveux noirs et des yeux sombres. De nous trois, c’est celle qui ressemble le plus à notre père. Et aussi la plus jolie. Mais ce détail, ce n’est que mon point de vue. Non pas que je sois jalouse, mais c’est un fait. On ne s’aime pas, on se supporte à peine. Je ne sais pas pourquoi ma grande sœur me méprise, et pourquoi elle me tient loin d’elle, comme si j’avais une maladie contagieuse. Avec le temps, j’en ai pris l’habitude et je fais avec. Mais ce n’est pas pour cela que je me laisse faire, c’est mal me connaître.

Ma préférence va nettement à Riya. Je l’admire et je rêve de lui ressembler. Elle est un peu le garçon manqué de la famille, tout en ayant un charme immense. Ma sœur porte les cheveux courts, et une mèche tombe sur son œil droit. Avant, elle les avait brun foncé. Maintenant, elle a coloré quelques mèches d’une teinte rouge. Riya est une fille originale, comparée aux autres habitantes de Diamanta.

 

 

2

 

Milena

Lors du déjeuner, le destin de mes sœurs et moi est chamboulé sans que je n’aie rien vu venir auparavant.

— Il est temps de vous marier !

Juste avant cette phrase sortie d’une voix autoritaire, les discussions autour de la longue table allaient bon train. Celles-ci furent stoppées net. Aussi net qu’un morceau de viande tranché par un boucher.

Nos regards convergent en direction de Daneth Tadellas, Roi de Solène, mon père.

— Milena ayant seize cycles dans six jours, vous, mes filles, serez donc toutes en âge de vous marier et de faire perdurer la lignée de notre famille.

Devant cette annonce fracassante, Ayane, Riya et moi, nous avons trois réactions différentes. La nouvelle me coupe l’appétit. Je lâche la cuisse de poulet que j’étais en train de déguster. Comme ça. Sans faire exprès. J’étais très très loin de prévoir ces paroles. Je suis estomaquée. La surprise me fait ouvrir grands les yeux et la bouche. Je contemple mon père. Je veux qu’il poursuive. Je veux comprendre sa pensée.

Tour à tour, son regard se pose sur chacune de nous, ses lèvres sont pincées. Il n’attend pas de réponse, sa décision a l’air d’être prise. Je sens que mon corps gèle. Je suis terrifiée. J’observe mes sœurs : Ayane a d’abord une mine étonnée qu’elle efface aussitôt de son visage parfaitement maquille, et à la place se dessine un sourire réjoui. Si notre père a bien toute sa tête, bien évidemment qu’elle doit être ravie. Elle doit s’imaginer bientôt devenir reine. Tant mieux pour elle, si c’est le cas. Quant à Riya, son regard s’assombrit, et ce n’est pas bon signe. Je la connais bien : lorsqu’elle a cette attitude, un coup d’éclat n’est jamais bien loin. Elle est la forte tête de la famille, et quand quelque chose lui déplaît, elle ne se fait pas prier pour le faire savoir. Cela horripile notre père. Je déglutis, attendant la suite.

— Enfin, Daneth ! Elles sont encore très jeunes. Ne pourrais-tu pas patienter un ou deux cycles supplémentaires ? Rien ne presse.

Mésuline vient de contredire le Roi de Solène ! C’est l’épouse royale. C’est un couple uni, mais je crois que c’est la première fois qu’elle lui fait connaître son désaccord. Cette fois-ci, c’est normal. Mésuline est une mère très aimante. Vu son regard, elle est tout autant stupéfaite. Donc, elle n’était pas au courant des plans de son mari.

À l’autre bout de la table, le Roi l’observe durement, ce qui me choque, il faut bien l’avouer. Il ne ressemble plus à l’homme ayant une grande affection pour sa femme.

— J’ai pris ma décision ! J’ai invité plusieurs nobles de pays voisins. Dans dix jours un banquet aura lieu. Ils seront présentés à nos filles, et ils pourront commencer à faire connaissance. Naturellement, elles auront le loisir de choisir leur époux.

— Et si l’une de nous n’en a pas envie ?

C’est ce que je craignais. Riya vient de se lever de table, se moquant de la chaise qui racle désagréablement le sol.

— Je ne vous laisse pas le choix ! Vous marier est une obligation royale.

— Je ne mets pas en cause cette Loi. Je suis tout simplement trop jeune pour cela, et je n’en ressens pas le désir. Que vos nobles restent chez eux !

— J’ai décidé qu’il était temps ! Je n’attends de toi rien de mieux qu’une totale obéissance. Prends exemple sur Ayane et ton autre sœur !

La colère me monte aux joues. Comment ose-t-il dire ça ? Est-ce qu’il a demandé mon avis ? Non ! Mais je ne peux lui donner entièrement tort. Je ne suis malheureusement pas comme Riya. M’élever contre mon père est difficile.

— Mais je ne vais pas tomber amoureuse sur un simple claquement de doigts ! continue Riya.

— Qui te parle d’amour ? Tu changeras d’opinion lorsque nos invités arriveront. Tu ne trouveras jamais mieux comme mari.

Je m’aperçois que les poings de Riya se crispent de plus en plus. Ses mains deviennent écarlates. Ses yeux étincellent de rage. Son menton tremble de désespoir. Mon cœur se serre. Je ne sais plus où j’en suis, je ne sais pas trop quoi penser de cette situation, mais ce qui est sûr c’est que j’ai de la peine pour elle. Je parviens presque à ressentir ce qu’elle ressent. Elle a mal. Soudain, elle s’enfuit sans regarder en arrière.

Toujours impassible, notre père se fait servir un verre de vin.

*

J’ai le moral au plus bas. Après le déjeuner où mon père a eu une déclaration-choc, je décide de quitter le palais sans prévenir qui que ce soit. J’ai besoin de m’aérer l’esprit, et je veux rester isolée. Ainsi, me réfugier dans ma chambre est une très mauvaise idée, car à un moment donné, Gilline viendrait me voir. D’habitude, j’aime me confier à elle. Mais là, j’ai un besoin urgent de réfléchir. Seule.

J’emprunte le même chemin que ce matin, celui qui passe devant la ruine et le temple, puis je sors par la Porte Est. Les deux gardes sur les côtés de celle-ci me saluent avec respect et me souhaite une agréable promenade tout en me recommandant de ne pas trop m’éloigner et de faire très attention. Comme si j’étais une tête brûlée ! Je ne tiens pas à prendre des risques qui pourraient me coûter la vie. Depuis plusieurs jours, une rumeur circule, racontant que les bâs sont très mauvais en ce moment, dans le désert. Plusieurs personnes sont portées disparues. Il y en a qui sont persuadés que ce sont à cause de ces serpents.

C’est triste, bien sûr. Mais là, tout de suite, cette information n’a que peu d’importance pour moi. Si j’entends un bâ s’approcher, je rentrerais, voilà tout. De toute façon, je ne compte nullement marcher jusqu’à ce que l’astre solaire s’éclipse. Pour le coup, il y aurait de grandes chances pour que je me perde, ce qui serait très embêtant. Je n’ai pas envie d’affoler le palais, et que des dizaines de personnes partent à ma recherche. Je n’aime pas trop me faire remarquer, contrairement à ma sœur, Ayanequi aime briller sous le regard des autres, notamment celui de notre père.

J’avance presque tout droit jusqu’à ce que j’atteigne une dune que je grimpe. Parvenue au sommet, je serre autour de moi ma longue robe blanche pour que je puisse m’asseoir convenablement. J’ai enfin le calme que je désirais tant. Tout en offrant mon visage à l’astre solaire, je laisse mon regard voguer devant l’immensité de sable aux végétations rares qui s’étend face à moi. Puis mon esprit retourne à ce qui s’est déroulé plus tôt.

Dès le saut du lit, j’étais comme tous les matins, d’une humeur excellente. Mais la phrase fatale « Il est temps de vous marier » prononcée sur un ton grave m’a hérissé les poils des bras. La suite a été pire. Elle m’a tout bonnement gâché le reste de la journée. Mon humeur est à présent d’une morosité accablante. Ce n’est pas la peine de réfléchir sur ce point : je ne veux pas me marier. Je suis beaucoup trop jeune pour ça ! Et ce n’est pas parce que je vais avoir bientôt un cycle de plus, que mon état d’esprit, ma manière d’être, va changer miraculeusement. M’imaginer enchaînée à vie à un homme que je ne connais pas et dont je ne suis pas amoureuse me fait horreur. Par mon statut, j’ai une liberté limitée, mais si j’obéis à mon père, elle n’existera plus. J’empoigne du sable dans ma main que je rejette avec rage. Que dois-je faire ? Comment convertir mon destin qui semble tout tracé ? En ai-je le pouvoir et le courage ? Tant de questions encombrent ma tête. Je suis terrifiée par l’avenir que mon père m’a choisi.

Soudain, mon attention est attirée par un mouvement à quelques pas de moi. Est-ce un bâ, le serpent tueur du désert ? Je me relève, épouvantée, et je recule en restant sur mes gardes. Je contemple le sable, prête à me sauver si un danger devait s’attaquer à moi. Je me rends finalement compte que la créature enfouie dans le sable est beaucoup trop petite : un scorpion finit par faire surface et s’éloigne de moi.

Je ne peux m’empêcher de rire de ma propre peur. La plupart de ses congénères ne sont pas inoffensifs, mais ils ne sont rien par rapport aux bâs, ces gros serpents noirs ornés de cercles vert foncé sur leur peau écailleuse. Ces reptiles, en plus d’être rapides, sont tellement puissants qu’ils peuvent étouffer un homme avec une grande facilité, et l’avaler s’ils ont faim. Et c’est sans compter qu’ils possèdent un dangereux venin. Mais curieusement, ils l’utilisent peu. Si l’animal caché s’était révélé en être un, je n’aurai bénéficié d’aucune chance.

 

— Princesse, je vois bien que vous êtes malheureuse. Vous ne souhaitez pas vous confier ?

Comme tradition, chaque soir avant de me coucher, Gilline démêle mes longs cheveux bouclés. Je me contemple tristement dans le miroir ovale, devant moi. Autant il est facile d’y penser, et autant d’en parler c’est difficile.

— Vous étiez tellement gaie, ce matin. Que vous est-il donc arrivé pour ce changement complet ? On croirait que vous avez perdu quelqu’un.