Magnolia Express - Christophe Thibierge - E-Book

Magnolia Express E-Book

Christophe Thibierge

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Beschreibung

Dans un pays qui pourrait être les États-Unis des années 70, Aline et Jonathan partent sur la route à la recherche d'un livre. Au fil de leurs rencontres, les personnages de ce road-movie aux accents musicaux se livrent peu à peu. Ce pèlerinage vers un livre inaccessible n'est peut-être qu'un prétexte à une quête plus personnelle.

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Seitenzahl: 134

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Pour Adeline,

Où qu’elle soit.

Sommaire

Première partie : Prélude en Fugue

Le vieil homme et la rivière

Café brûlé

Bob

Repas d'affaires chez les oiseaux

(avant) Tout sauf Joe Schlabotnik

Caletown

(avant) Deux livres et demie d'inconnu

Libellule

L'aigle de la route

(avant) Les loups et les hommes

Mississippi River

(avant) Deux auditeurs souriants

Conrad et son taxi

Des nuages et des chats

Prélude en fugue

Prélude en fugue (2)

Nouvelles de la région

De pancartes jalonner notre vie

Jack Kerouac, et quelques paysages

Deuxième partie : En glissant doucement au loin

La victoire des ours barbus

In the night, par Edward Hopper

Et ta nuit sera illuminée comme la mienne

Paquebot Taxi

Joe le Bûcheron et les bouches d'incendie

Il faudrait que j'en parle à la NASA

Petit guide à l'usage des durs d'oreille

Papillons de nuit

(avant) La quête (1)

(avant) La quête (2)

(avant) Fort Zinderneuf

Breakfast dans l'air surchauffé

Maîtriser sa vie.

Plongée sous-marine

(avant) Déchirement

Rhapsody in Wood

Rendez-vous au paddock

Eileen

Rêve nocturne au milieu de l'été

Wells Fargo Inc.

Étape de nuit

Stuffy beans

Repos

Tribunal de lapins

Lac

Gros Bêta

Vénus

Big Salmon Inc. (1)

Big Salmon Inc. (2)

Pas de mots pour ça

(avant) Tu étais là

Troisième partie : Tijuana

Lait et crème fouettée

Pluie d'argent dans la vallée

Vieux Bill Horseshoe

Le convoi de la Rivière Sanguine

Mouvements syndicaux chez les lettres

Vieux Bill Horseshoe (2)

Vieux Bill Horseshoe (3)

Cargo cabane

George et Théa

Dîner des Grands de ce Monde

Dîner des Grands de ce Monde (2)

Pensées de Conrad

Dîner des Grands de ce Monde (3)

Un rêve d'Aline

Cahutes

Cahutes (2)

Ça marche.

Anecdotes

Ballade

Marée humaine

Les îles enchantées

Âmes en peine

Ça marche (?)

Gloire à nos courageux pilotes

Et ta peine sera lavée dans les eaux d'un fleuve boueux

Quatrième partie : Magnolia

Quelque part au sud

Hauteurs du Tamalpais, 3h du matin

Grande pensée (1)

Grande pensée (2)

Grande pensée (3)

Grande pensée (4)

Grande pensée (5)

Cailloux blancs

Train Fantôme

Train fantôme (2)

Assis sur ce train

Union Station

Si tu passes un jour en Oklahoma

Traces

(avant) Sautillons, sautillons

(avant) Expectative

(avant) Haïku du vide

(avant) Grande Pensée ?

Pas plus qu'un autre

Epilogue : Magnolia

La chanson du bateau de rivière

14 poèmes pour Aline

Première partie :

Prélude en Fugue

Le vieil homme et la rivière

Chaque matin, le vieil homme passe devant ma maison. La brume se lève à peine, la rivière est encore tranquille, glacée comme un miroir et transpercée çà et là par quelques roseaux pointus. Il suffit que je descende vers la berge, l'herbe me chatouille les pieds, que le ciel soit gris ou bleu, pour entendre le bruit de son vieux moteur, comme une horloge qui ferait Touk, Touk, Touk, Touk. Quelquefois je me suis fait un café, et je descends avec ma grande tasse serrée dans les mains, d'autres fois j'ai juste les poings au fond des poches, les yeux plissés à attendre l'apparition de son vieux bateau au tournant de la rivière. Il passe chaque matin, pour aller pêcher plus bas, vers la mer, on se fait juste un signe, ça nous suffit pour la journée. Et quand la vie est triste, quand tout est lourd et sans saveur, j'aime bien le voir glisser doucement vers la mer. Il ne pourra rien m'arriver tant que le vieil homme passera chaque matin devant ma maison.

Aline me dit que ça ne sert à rien, elle ne comprend pas et souvent elle me jette un oreiller à la tête quand je me lève. Ça fait partie du rite, et même si elle me rate souvent, j'aime bien qu'elle m'envoie son oreiller à la tête. Les matins où elle reste à bouder, j'attrape un de ses pieds nus, et elle le retire sous la couette en faisant Ouuuuuh, et elle émerge doucement sous ses cheveux tout décoiffés.

Café brûlé

Quand on a échangé un signe, le vieil homme et moi, je remonte dans la chambre avec ma tasse de café. C'est du bon café brûlé, et l'odeur embaume tout l'escalier et la chambre. Je m'assieds à nouveau dans le lit, et j'attends que l'odeur chatouille les narines d'Aline, j'attends qu'elle se retourne en faisant Mmmmmgrmff vers ma grande tasse de café. J'adore la regarder qui se soulève, et qui me lance un regard peu amène, des cheveux dans la figure et le nez chiffonné. Moi je me contente de prendre un air détaché, de humer mon café d'un air innocent en regardant au plafond. Ça n'est pas de ma faute si j'aime bien me lever tôt le matin, et le café quand il a une chaude odeur de bois.

Bob

Au moment où nous descendons, les champs commencent à être ensoleillés, et une fumée de vapeur monte de la terre, les arbres sont encore endormis, on entend juste quelques oiseaux. De temps en temps, quand on a de la chance, on voit un renard qui traverse l'herbe en trottinant et qui rejoint vite la haie dans l'ombre. Je l'ai appelé Bob.

Je me souviens de la première fois qu'Aline a vu Bob. C'était au petit matin, je ne la connaissais que depuis la veille et je ne savais pas encore comment elle dormait, ce qu'elle aimait comme café, ce qu'elle pensait du Président Nixon, enfin tout quoi. Nous dégustions notre café brûlé, les yeux dans les yeux, je regardais les paillettes dorées dans les siens, et les petits plis de sourire autour. Je la regardais froncer le nez, plonger dans sa tasse à la recherche des dernières gouttes, et puis soudain elle s'est immobilisée, le regard fixé derrière moi, vers la fenêtre de la cuisine. Je me suis retourné juste pour voir le panache de Bob disparaître dans le fourré.

- c'est Bob le Renard, lui ai-je dit. Pour expliquer.

Repas d'affaires chez les oiseaux

Chaque matin, quand nous avons fini de boire le café, Aline s'étire sur sa chaise, se lève et met les grandes tasses dans l'évier, puis fait couler dessus de l'eau chaude, un petit nuage de vapeur monte vers la fenêtre.

Les oiseaux connaissent bien l'heure, et quand je sors pour secouer la nappe, ils atterrissent juste sur les dalles de la terrasse. Certains se posent à la fin d'un long vol plané, en battant rapidement des ailes, puis sautillent vers moi d'un air affairé. J'aime bien ce moment-là, à déchaîner une petite fête avec ma nappe de coton à carreaux. Par derrière, j'entends les cling, cling d'Aline qui finit, le soleil commence à fabriquer des ombres, et la rivière se devine derrière une rangée d'arbres, un peu plus bas. Quelquefois, je reste avec ma nappe qui pendouille, à écouter et regarder. Au bout d'un moment, j'entends qu'on pousse le battant de la porte derrière moi, et deux bras doux se nouent autour de ma taille. Je sens son visage appuyé contre mon dos, elle écoute aussi et je n'ose plus bouger.

Ça fait déjà longtemps que les oiseaux sont partis travailler.

(avant) Tout sauf Joe Schlabotnik

Je m'appelle Aline, et il y a un mois je voulais acheter un livre, mais je n'avais pas d'idée, je voulais juste lire un livre. C'est toujours très difficile de trouver ce genre de livre, on a l'impression qu'on embête les libraires, ils ne savent pas du tout quoi vous proposer. Alors je suis descendue vers le centre-ville, en essayant de trouver une librairie que je n'avais pas encore essayée, mais je ne me faisais pas d'illusions : on allait encore me poser plein de questions, tout ça pour se retrouver avec le dernier roman de Joe Schlabotnik, « tout le monde m'en dit du bien, vous verrez vous allez aimer ». Alors moi je veux bien, je prends le livre, je le paye et je le lis, mais ça n'est jamais le livre que je cherchais.

J'attendais le signal lumineux pour traverser la rue, quand j'ai vu une petite librairie un peu plus loin sur la droite, de l'autre côté de la rue, il y avait marqué LIBRAIRIE en jaune au-dessus de la devanture, et quelques étalages devant, avec des livres rangés sagement. J'essayai de voir à l'intérieur, mais il ne semblait y avoir personne. Pourtant quand j'entrai, je le vis, accroupi devant une étagère, en train de noter quelque chose sur un cahier.

Caletown

Après le petit déjeuner, il faut se préparer pour aller en ville, parce que la librairie doit ouvrir comme tous les matins, sinon les gens s'inquiéteraient. Les fois où je n'ai pas ouvert la librairie le matin, il y en a qui viennent me voir le lendemain, et ils ont l'air ennuyé : « Vous n'avez pas ouvert, hier matin ? ». Alors j'essaie de les rassurer, parce que c'est vrai que c'est gênant, il ne faut pas causer de mauvaises surprises aux gens qui aiment les livres.

Aussi ce matin je pousse un peu Aline qui se brosse les dents, et je dis C'est sûr que ce serait mieux si on habitait au-dessus de la librairie, comme ça on pourrait l'ouvrir et puis retourner petit-déjeuner, et puis on installerait une sonnette et il y aurait marqué « Si vous voulez un livre, vous n'avez qu'à sonner ». Mais Aline me répond en secouant la tête (elle a encore de la mousse dans la bouche), puis elle dit A Caletown, on ne verra plus Bob, et puis c'est bien ici, et les oiseaux qu'est-ce qu'ils mangeront ?

Oui, c'est vrai. Aline a souvent raison, parce qu'elle voit des choses que je ne vois pas, comme Bob ou les oiseaux. J'aime bien Aline, on tombe toujours d'accord.

Alors je vais faire chauffer la camionnette, et puis on part. Ce matin, c'est à moi de conduire.

(avant) Deux livres et demie d'inconnu

- Bonjour Monsieur, voilà je cherche un livre.

- Ça tombe bien, parce que j'en vends. Si on a de la chance, j'ai peut-être votre livre ?

- Ben oui, j'espère, parce que je l'ai souvent cherché, mais à chaque fois on m'en donne un autre...

- Ah bon...

- ... Mais je ne veux pas le dernier livre de Joe Schlabotnik, parce que ça n'est pas celui-là.

- Ah bon...

Il me regardait en souriant, et puis il s'est relevé en fermant son cahier, il était un peu plus grand que moi. Il continuait à sourire alors j'ai dit Je veux un livre à lire vous comprenez, et tous les libraires me posent des questions et à la fin ils me vendent un livre qui n'est pas du tout ce que je cherchais. Il hochait la tête d'un air sérieux, il faisait une petite moue, il avait l'air de chercher.

- Bon, me dit-il, c'est un peu embêtant...

- Vous n'avez pas ce genre de livre ? (Déjà, je me préparais à partir, c'est quand même énervant).

- Si, si, mais j'en ai plusieurs différents, alors je ne sais pas...

- Ah...

- Écoutez, je peux vous les prêter, et puis vous m'achèterez celui qui vous plaît ? Je suis désolé, normalement je donne des conseils et les gens sont contents. Ça ne vous embête pas que je vous les prête ?

- Non pas du tout, mais ... (il souriait) ... Qu'est-ce qui vous dit, enfin, je veux dire, je pourrais ... (il souriait) ...

Il se tourna légèrement, attrapa deux ou trois livres sur l'étagère du haut. Enfin, deux livres normaux et puis un petit qui n'avait pas encore fini de grandir. Deux livres et demi.

Libellule

Pendant qu'Aline s'installe, je nettoie vite le pare-brise de Libellule, c'est ma camionnette. Je le fais rapidement, en surveillant Aline parce que temps en temps elle me pique ma place et j'ai perdu mon tour de conduire. Non, ce matin, elle farfouille juste dans la boite à gants, et elle pêche sa paire de lunettes fumées, un truc qui lui cache tous les yeux, on se demande comment elle fait pour voir à travers. Elle a mis un T-shirt clair et on voit ses bras bronzés et elle me regarde et je souris, allez c'est bon, il est propre ce pare-brise, de toute façon on connaît bien la route, Libellule et moi.

Comme d'habitude, Libellule refuse de démarrer d'abord, on dirait qu'on la réveille, et je sens qu'Aline sourit, parce qu'elle, elle n'a jamais de problème, elle est bonne copine avec Libellule. Dans ces cas-là, je prends un air sérieux en donnant des petits coups d'accélérateur, allons, allons, dépêchons-nous, voyons, pas d'enfantillages.

VROUM, VROUUUUM, Vroummmmm...

La main d'Aline vient juste se poser sur ma nuque comme un petit animal, et je fais attention aux cahots, pour ne pas effrayer cet oiseau-mouche que je sens tout chaud, palpitant. Pourquoi aller chercher plus loin ?

L'aigle de la route

J'ai toujours aimé rouler, en voiture, en camionnette, à moto. Je me souviens, quand j'avais quatorze ans j'avais acheté une mobylette avec mes économies, évidemment c'était pas le dernier modèle, et tous les garçons du quartier, ils me prenaient cent mètres dès le feu vert, et puis ils se croyaient en sécurité, ils ne savaient pas que l'Aigle de la Route était derrière eux. Dès qu'on avait une ligne droite un peu longue, je n'avais même pas besoin de la pousser, ma mob les rattrapait doucement, ils ne se doutaient de rien avec leurs pétrolettes couleur rose bonbon. Et puis tout à coup, leurs cheveux se hérissaient, et ils se courbaient vite sur le guidon, espérant m'échapper. Mais on n'échappe pas à l'Aigle de la Route sur son Speedster Compensé, voilà ce qu'il en coûte de se croire infini. Je les dépassais l'air dégagé, les yeux fixés loin devant, sur une trajectoire enfin digne de moi et bientôt je n'entendais plus que le ronflement du Speedster, tandis que leurs plaintes s'envolaient dans le vent, tout ça c'était déjà du passé.

Je me souviens avoir téléphoné chez moi, le jour où on m'a volé mon Speedster, j'avais couru partout autour du collège, il ne restait plus que l'antivol rouge vif.

- Manman...

- Qu'est-ce qu'il y a, tu vas bien ? Dis-moi, il ne t'est rien arrivé ?

- Manman...

- Pourquoi as-tu cette voix, ô mon dieu, mais dis-moi ce qui s'est passé, est-ce que tu es encore entier ?!

- on m'a volé le Speedster...

- le quoi ?

- ... ma mob...

Je n'y peux rien, je m'attache très vite. J'aurais aimé présenter le Speedster à Libellule, ils se seraient bien entendus, et Aline en aurait fait un copain.

Alors je regarde souvent dans la rue, si je ne vois pas le Speedster. Un jour, peut-être, je le retrouverai. J'espère.

(avant) Les loups et les hommes

Alors je suis rentrée avec ces deux livres et demi sous le bras, j'étais plutôt embêtée, j'aurais préféré acheter un livre et puis voilà. Quand je suis sortie de la librairie il souriait toujours gentiment, puis il s'est penché à nouveau vers l'étagère du bas.