Maman, est-ce que c'est possible ? - Léa Schmitt - E-Book

Maman, est-ce que c'est possible ? E-Book

Lea Schmitt

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Beschreibung

Mary, 29 ans, vit entre ses enfants, ses rêves et un quotidien parfois fragile. Jean, 28 ans, est un commercial brillant promis à un bel avenir. Leur rencontre n'a rien d'ordinaire : en une semaine, tout peut basculer. Mais aimer suffit-il à déjouer le destin ? Inspiré d'une histoire vraie, ce roman traverse les décennies, les générations, les blessures secrètes et les espoirs farouches. Il interroge nos choix, nos rêves, ce que l'on croit maîtriser - et ce que la vie décide à notre place. Parfois, une lecture ouvre des portes qu'on ne soupçonnait pas... "J'ai découvert un roman et des personnages touchants, une époque transcrite avec justesse et une ode à l'amour malgré les aléas de la vie. Savoir que cette histoire est en grande partie inspirée de la vie de personnes existantes rend la lecture plus émouvante et plus profonde encore." - Judy Manuzzi - Éditions Artis | éditrice spécialisée dans l'auto-édition « Un roman bouleversant qui m'a touchée en plein coeur. Jean et Mary, un couple d'un amour puissant à travers les épreuves de la vie, m'a fait vibrer et m'a donné l'impression de vivre leur histoire à leurs côtés. » - Anne Mataly - Lectrice

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Seitenzahl: 230

Veröffentlichungsjahr: 2025

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QUI EST LÉA SCHMITT ?

Toulouse, 1980.

Léa voit le jour dans une famille recomposée bien avant que ce soit la norme. Elle grandit entre sa sœur aînée, un frère et une sœur bien plus grands, dans un univers plein de tendresse…

Ce livre, elle l’a écrit pour son père. Pour lui dire ce qu’on ne se dit pas toujours — même quand on s’aime profondément.

Elle aime écrire, mais n’avait pas prévu que ce roman prendrait autant de place.

Ni autant de temps.

Perfectionniste ? Un peu.

Curieuse ? Beaucoup.

Attachée aux détails ? Énormément.

“Elle écrit comme on déplie une histoire longtemps gardée au creux du cœur. ”

« Une carrière réussie est une chose

merveilleuse, mais on ne peut pas

se blottir contre elle la nuit

quand on a froid. »

Marilyn Monroe

Sommaire

Préface

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre final

Préface

Il y a des histoires qui nous habitent avant même d’être racontées.

La mienne a commencé par une phrase dite à ma mère, un soir… Je ne savais pas qu’elle deviendrait un livre.

En l’écrivant, j’ai découvert qu’un récit pouvait être à la fois un hommage et une quête.

Hommage à ceux qui nous ont façonnés.

Quête pour comprendre si nous avançons vraiment par choix… ou si nous suivons une route tracée depuis toujours.

Certaines histoires se répètent. D’autres nous changent à jamais.

La mienne fait peut-être les deux.

Léa

À mon père Jean-Louis

À ma mère Liliane

1.

Toulouse, après-midi du samedi 22 mars 1980

Mary est là, pensive, dans la chambre du futur bébé. Elle n’en revient toujours pas de cette nouvelle !

Ça y est, enfin ! Le rendez-vous gynécologique de ce matin a été formel, il n’y a désormais plus de doutes sur la couleur de la layette à acheter. Son rêve de donner à Jean ce garçon est sur le point de se réaliser.

Pour fêter ça, elle décide de consacrer une partie de son après-midi à quelques emplettes supplémentaires.

Elle descend rejoindre Jean dans le salon.

– Chéri, j’aimerais aller faire quelques achats pour le bébé, ça te dit ?

– Oui, d’accord, si ça te fait plaisir, allons-y.

Charline, bientôt 2 ans, joue tranquillement quand Mary s’approche d’elle.

– Ma puce, on va se promener, viens mettre ton manteau et tes chaussures.

– Romener, ouiiiiiii ! s’exclame Charline.

De retour de leur balade, Mary monte dans la chambre du futur bébé et commence l’agencement, ainsi que le rangement des achats du jour. Après un dernier coup d’œil d’ensemble, son regard se pose sur l’album de naissance acheté en tout début de grossesse. Elle le récupère et descend dans la cuisine pour y annoter quelques éléments :

« Trousseau complet pour BB.

Brassières, chaussons, etc. neufs.

Landau prêt, petite chambre préparée.

Tout est bleu et neuf pour BB.

Le petit lit est fait avec draps et couvertures.

Le petit placard contient toute la layette propre et rangée avec

soin par maman.

Le chauffe-biberon et 6 biberons sont là. »

Sur la page d’à côté, elle colle une photo d’elle enceinte, à Paris, aux côtés de Jean, et note :

« Papa et maman à Paris. Février 80. En attendant BB. »

Elle referme l’album et le laisse sur la table.

Jean le saisit à son tour. Il le feuillette avec tendresse, puis y ajoute un mot :

« Tout est bleu et prêt pour ton arrivée, nous t’attendons avec impatience, ton papa. »

Ensemble depuis plus de six ans, Jean est arrivé dans la vie de Mary de façon totalement inattendue. Leur rencontre a soudain redistribué les cartes du destin de ces deux êtres. Elle n’attendait plus grand-chose de l’amour, et lui s’était fait une raison de sa vie actuelle, apprenant à composer avec.

Maman solo de deux jeunes enfants, après une séparation douloureuse, Mary n’aurait jamais imaginé que sa vie puisse encore s’éclairer.

Pourtant, grâce à Jean, elle s’est accrochée à l’idée qu’une vie paisible, remplie d’amour et de joie, était encore possible.

Dès le premier jour, il lui a offert cet espoir, presque naturellement, en lui faisant vivre une vie douce et lumineuse. Il est devenu un pilier incontestable de cette magnifique petite famille, et n’a cessé de tout mettre en œuvre pour que tout soit possible.

« Les femmes peuvent être courtisées

de mille manières, peut-être plus…

Mais, il en est une qui va au-delà

du baiser et du regard : le respect… »

Audrey Hepburn

2.

7 ans plus tôt, vendredi 12 octobre 1973

Nous sommes vendredi, place de Jaude au centre-ville de Clermont-Ferrand. Une matinée ensoleillée commence sur la ville, comme le promettent les habitudes météorologiques de la région en cette période de l’année. Il fait déjà 15 °C quand approche midi. Le soleil est bientôt à son zénith et l’odeur dans l’air garde un léger parfum d’été. Une de ces journées qui donne envie de flâner et de faire du lèche-vitrine dans les plus beaux magasins de la ville. Spécialiste de la mode, implanté au cœur des grandes agglomérations, le Groupe Galeries Lafayette contribue, en France et dans le monde, à faire rayonner un certain art de vivre à la française que Mary prend plaisir à redécouvrir chaque fois qu’elle vient en ville.

Jeune femme de 29 ans et déjà maman de deux enfants, Mary profite de ce moment comme tous les vendredis.

Même si elle est sans travail stable et que son budget serré l’oblige à être extrêmement raisonnable sur ses sorties et sur ses dépenses alimentaires, le vendredi reste un jour spécial pour elle. C’est SA journée : du matin, quand elle dépose les enfants à l’école, jusqu’au soir, quand elle les récupère, elle s’octroie, ce jour-là, un peu plus de fantaisie dans son quotidien presque réglé comme du papier à musique. Pas d’obligation ménagère, pas d’heure de repas précise, elle peut se laisser vivre, elle s’en fiche, elle est libre ! Une fois sa sortie terminée, elle pense toujours à rapporter une surprise aux enfants. Souvent, elle leur achète un goûter qui les change de leur habituel « pain/carrés de chocolat » très bon marché. Afin de moins regretter son achat, qui, pourtant, est un vrai sacrifice pour elle, Mary s’imagine toujours leurs yeux pétillants d’appétit quand ils découvriront les gourmandises qu’elle leur a choisies.

Maman exemplaire sur tous les points, elle vit uniquement pour ses deux enfants. Elle adore partager ces instants figés, privilégiés, ces moments de bonheur simple dans leur quotidien modeste, pas toujours facile quand on a 8 et 9 ans.

Fréquemment le réfrigérateur vide et sans grands moyens financiers, elle transforme régulièrement, même si elle ne l’approuve pas réellement, les dîners, en un bol de lait chocolaté avec des biscuits. Malgré une très mauvaise qualité nutritionnelle, cela permet à Lisa et David d’avoir ce petit peu de chaleur au cœur que procure un chocolat chaud au coin du feu en hiver.

Sa fille aînée, Lisa, n’a pas grand-chose en commun avec sa maman. Physiquement d’abord, elle est très brune avec de longs cheveux raides, une peau très blanche et une dentition proéminente qui n’a pas l’air de la déranger malgré les moqueries qu’elle subit quotidiennement à l’école. Lisa se moque éperdument de son apparence physique, elle est une petite fille studieuse, qui ne s’anime qu’en présence de livres et de leçons qu’elle dévore. Mary aurait peut-être préféré qu’elle profite de son enfance en faisant les cent pas dans un magasin de jouets en quête de la dernière poupée mannequin à la mode, ou qu’elle aime prêter attention à ses tenues vestimentaires. Mais, elle se dit qu’au moins, elle a une chance de devenir quelqu’un avec un travail stable qui lui permettra de ne pas compter chaque centime dès le 15 du mois. Un avenir prometteur dont Lisa a déjà pris conscience et qu’elle s’efforce de rendre possible chaque jour à l’école en étant une élève brillante.

Son petit frère David, lui, est très proche de sa maman, sûrement à cause de son histoire : on comprenait très vite, en le regardant aux côtés de sa sœur, que la paternité « officielle » de son père n’avait été qu’une formalité administrative. Peut-être par convenance. Peut-être pour sauver les apparences. Peut-être pour ne pas bouleverser un équilibre déjà fragile.

À cette époque, Mary avait vécu un instant de folie, une parenthèse sans lendemain, une impulsion, rien de plus. Mais, les conséquences, elles, étaient restées. Ainsi, elle était très embarrassée en voyant grandir son petit garçon aux traits de son amant de l’époque.

David a le teint mat, les cheveux bouclés et un nez grec qui ne laissent aucun doute quant à la vérité de cet adage :

« Quand on parle d’une chose évidente et qui saute aux yeux, on dit souvent que ça se voit comme le nez au milieu de la figure. »

Mary approche de la trentaine et elle sait bien que c’est une étape importante dans la vie d’une femme. On se retourne sur son passé, choisissant, ou non, de régler ce que l’on croit enterré et oublié à jamais.

Elle, qui a fait ce choix de vie de maman, probablement commencée trop tôt, sait que, pour l’instant, à part ses deux enfants, elle n’a pas construit grand-chose. Ses parents, très présents, ne lui laissent pas la possibilité d’avancer dans une vie amoureuse ou de famille stable et équilibrée. Son père la considère toujours comme une petite fille et essaye de lui faire croire qu’il est le seul à pouvoir subvenir à ses besoins. Sa maman, spectatrice de la relation oedipienne entre Mary et son père, peine beaucoup à se faire une place malgré tout l’amour qu’elle porte à sa fille. Ainsi, ils ont tous deux contribué à une vie « toute tracée » pour Mary, qui va aux antipodes de qui elle est réellement.

Elle, qui rêve à une grande vie à l’américaine où tout est possible, s’est toujours imaginée pouvoir réaliser de grandes choses, avec celui qui partagera le reste de sa vie.

Elle ne mesure même pas 1,60 m, mais son charisme pouvait laisser le souvenir d’une grande et belle dame, élancée, naturellement sexy, sans pour autant dépasser la frontière de la vulgarité, dans ses vêtements choisis avec goût. Les cheveux blond-platine, elle est coiffée comme si elle sortait tout droit d’une séance photo pour les marques de renom qu’elle prend tant de plaisir à regarder dans les vitrines de ses magasins préférés.

Même pas 1,60 m, et pourtant, elle est grande et elle est belle.

Alors, elle flâne de vitrine en vitrine, le cœur léger et la tête remplie des mille questions qui lui occupent l’esprit en permanence. Elle rêve à son avenir, à ce prince charmant qui fera mentir toutes les certitudes de son père à l’égard des quelques prétendants dont elle a pu lui parler, et ainsi lui prouver qu’un amour sincère, autre qu’avec lui, est possible.

Il est 10 heures, rue du Verseau, dans un secteur industriel de Clermont-Ferrand, dans les bureaux d’une grosse entreprise fondée en 1956, spécialisée dans la production de clous, d’agrafes et de machines pour ces produits à usage industriel.

Tout le monde s’agite, comme dans une fourmilière géante où chacun sait ce qu’il a à faire. Chantal, la standardiste rigolote et toujours prête à faire la fête, est d’humeur morose aujourd’hui. Un grand événement qui la chagrine particulièrement va se produire. Cette entreprise, elle y est depuis toujours, c’est comme une grande famille, et tous les salariés ont une importance particulière pour elle. Placée en tête de ligne, elle est la première à les accueillir, et aujourd’hui l’un d’entre eux est muté à l’agence de Lyon. Il s’agit de Jean Schmitt, un jeune commercial de 28 ans à la carrière prometteuse. Il est chef d’agence et même si sa vie amoureuse est un peu tumultueuse, cela ne le perturbe pas outre mesure.

Entre jeune commercial fougueux et homme d’affaires averti, Jean a un physique qui pourrait faire fuir la plupart des femmes tellement sa beauté laisse transpirer son manque de sérieux et de droiture. Cependant, son magnétisme personnel neutralise aussitôt cette idée lorsqu'il les approche.

Le voilà qui arrive à hauteur de Chantal avec son sourire ravageur.

– Bonjour Chantal, belle journée n’est-ce pas ?

– Oh bonjour Jean. Oui, quelle magnifique journée… lui répond-elle avec la gorge légèrement serrée.

– Sais-tu si Manoz est dans son bureau ?

– Il y est oui. Justement, il t’attend. Je t’en prie, vas-y.

Chantal compose le numéro de ligne directe du Président-Directeur Général et annonce :

– Monsieur Manoz, Jean arrive à votre bureau.

– Ah très bien, merci.

Derrière le comptoir de Chantal, dissimulés par une grande vitre sans teint, se tiennent les bureaux de la direction. D’abord, celui de Martine, l’assistante de direction, puis, en suivant, celui de Pierre Manoz, le fondateur et Président-Directeur Général de l’usine.

Jean arrive au niveau du bureau de Martine, la salue et frappe à la porte de Manoz pour s’annoncer.

– Bonjour monsieur le directeur.

– Jean, je t’attendais, comment vas-tu ?

– Très bien, il paraît que tu veux me voir ?

– Oui, assieds-toi, nous avons quelques dernières formalités à voir ensemble.

Jean prend place dans l’un des fauteuils du petit salon privé dont disposent les hautes fonctions des grosses entreprises quand Martine arrive.

– Jean, un déménageur viendra prendre les dernières affaires de ton bureau vendredi prochain à la première heure, puis passera chez toi à Beaumont pour déménager ta maison. Nous n’avons pas réussi à en avoir un plus tôt, j’espère que cela te convient.

– Vendredi prochain ? Oui, très bien, c’est parfait. J’en profiterai pour régler mes dernières affaires personnelles.

– Tu vas beaucoup nous manquer Jean et tu seras toujours le bienvenu ici, ose lui lancer Martine.

Jean, un peu déboussolé, toussote afin de dissimuler sa gêne. Il est séducteur, mais, quand les rôles s’inversent, étrangement, il ne sait plus comment réagir. Puis, son truc à lui, c’est de ne jamais mélanger plaisir et travail. Son passé lui a appris que c’est rarement, voire jamais, une bonne idée.

– Merci, c’est adorable. Mais, tu sais, j’ai prévu de revenir une à deux fois par semaine pour mes réunions avec l’équipe commerciale, on va se revoir.

Manoz, qui écoute la conversation, rassemble l’ensemble des documents dont il a besoin pour valider la demande de mutation, s’installe dans le fauteuil en face de celui de Jean, les interrompt et, sans s’en apercevoir, le sort de cette inconfortable situation :

– Alors, as-tu pu visiter ton nouveau bureau à Lyon ?

– Non, justement pas encore, j’ai rendez-vous à la banque à 11 heures pour le transfert de mes comptes et je pense prendre la route juste après pour être à Lyon en début d’après-midi.

– Parfait, donc, si c’est définitif pour toi, une petite signature ici et ta demande de mutation sera officielle.

– Je te remercie pour cette opportunité que tu m’offres, tu ne seras pas déçu, nous allons gagner en parts de marché sur la région lyonnaise.

– Je n’en doute pas.

Jean appose sans tarder sa signature — qu’il termine toujours par un point — et, tout en regardant sa montre, se lève et tend la main à Manoz en guise d’au revoir. Son patron, qui l’aime beaucoup, le regarde un instant, dubitatif, puis finit par le tirer vers lui pour lui faire une accolade en guise d’un au revoir un peu plus chaleureux. Dans un éclat de rire, Jean, gêné, se libère des bras de Manoz.

Il tourne les talons et d’un signe de la main accompagné d’un clin d’œil, salue Martine en passant devant son bureau.

Arrivé au niveau du standard, il s’approche, tapote l’épaule de Chantal puis, sans un mot, poursuit jusqu’au parking.

Là, garée juste devant l’usine, l’attend sa BMW Série 5 E12, six cylindres sous le capot, symbole discret de ses réussites professionnelles. Concurrente directe de la Mercedes 200280 qu’il aurait aussi pu choisir et qui partage avec elle le coup de crayon de Paul Bracq. Jean avait toutefois opté pour la BMW, plus vive, plus joueuse, faite pour ceux qui aiment vraiment conduire. Jean est commercial itinérant et le confort de conduite allié au plaisir est un véritable plus.

Bien installé dans son siège en cuir, prêt à partir, Jean, qui aime les plaisirs simples de la vie, allume son autoradio. Il tourne légèrement le bouton des stations afin d’enlever le grésillement de la chanson qui passe à ce moment-là, et c’est avec un son absolument parfait que ce qui sort des enceintes de la voiture transcende Jean. D’un roulement de doigt sur la molette du volume, il augmente le son sans attendre et laisse vivre la voix d’Elvis Presley avec son tube Burning Love dans l’habitacle de sa voiture. Une chanson parfaitement en accord avec l’humeur du moment qui amène Jean à se laisser complètement aller. Battant la mesure en tapotant alternativement son index sur le volant et son pied sur le parterre de sa voiture, la chanson habite Jean pendant tout le temps qui le conduit à sa destination.

Arrivé au parking en plein air de la rue Maréchal Joffre, Jean réunit tous les papiers nécessaires à son rendez-vous avec la banque et descend de sa voiture.

Garée à côté de lui se trouve une adorable Peugeot 404 décapotable. Il prend un court instant pour la contempler, puis se dirige vers son lieu de rendez-vous sur le boulevard Desaix. L’immeuble de la Banque populaire se trouve ici à deux pas de la place de Jaude.

Ce sont ses derniers instants à Clermont-Ferrand et Jean a envie de prendre le temps. Il décide donc, après son rendez-vous, de traîner un peu sur la place avant de prendre la route pour Lyon. C’est sa manière à lui de lui tirer sa révérence. Et, même si ce n’est pas son passe-temps favori, il a une paire de chaussures qui lui fait mal depuis quelque temps. Il va en profiter pour en acheter des nouvelles aux Galeries Lafayette qui ne sont qu’à quelques mètres de là.

Il fait beau, lunettes de soleil dernier cri, costume sur mesure et cravate rangée dans sa poche pour avoir l’air plus libre, Jean est un modèle d’élégance à la française, un gentleman. Il semble sûr de lui, presque inaccessible, un paradoxe quand on connaît la vraie nature de cet homme. En réalité, Jean est un romantique, un homme fleur bleue, qui se laisse facilement désarmer dès que ses sentiments prennent le dessus.

Il n’est plus qu’à quelques pas de la vitrine de ce grand magasin aux multiples étages, quand avant d’y entrer, il la voit. Son cœur s’arrête. Il est subjugué. Qui est-elle ? Il doit l’accoster, il doit engager la conversation. Jean se dirige près d’elle, l’air tranquille, faisant mine de contempler la même vitrine, afin de se laisser le temps de savoir comment il allait procéder.

Mary, habillée avec un pantalon de cuir rouge et un chemisier blanc, est là, juste à côté de lui. Cette femme des temps modernes ne peut être comparée à aucune « Grande » de l’époque. Son aura transporte immédiatement Jean vers un chemin qu’il sait très dangereux pour lui. Cette jeune femme, blonde, belle à croquer, l’a totalement fait chavirer quand le vent a transporté son parfum jusqu’à lui.

Comme un enfant qui ne veut pas se faire prendre, Jean fixe Mary dans la vitrine, n’ayant ainsi que le reflet de son visage. Ses traits sont à peine distinguables, la couleur de ses yeux non plus, seul son rouge à lèvres rouge ressort comme si Andy Warhol l’avait peinte à la manière pop art de Marilyn Monroe.

Il ne la perçoit pas réellement, mais cela ne l’empêche pas de deviner la puissance de sa beauté.

Mary, se sentant regardée, se retourne un instant puis comprend que son admirateur n’est autre que cet homme à côté d’elle. Elle fixe elle aussi Jean dans la vitrine. Ces quelques secondes semblent être des minutes, peut-être des heures. Ils sont tellement gênés par ce jeu de cache-cache, auquel ils n’ont certainement plus joué depuis leur plus tendre enfance, qu’ils ne bougent plus, telles deux statues de cire qui se seraient retrouvées là sans trop savoir pourquoi.

Pourtant, ils se sentent plus vivants que jamais, et c’est, sans se consulter, que, dans un mouvement parfaitement synchronisé, ils se sont mis à tourner lentement leur tête l’un vers l’autre.

La magie opère immédiatement et en découvrant ce reflet prendre vie sous leurs yeux respectifs, ils se sentent maintenant troublés par ce qu’ils viennent de vivre.

Entre sensation étrange, qui n’en est pas moins agréable, et étonnement, c’est très bizarrement qu’ils ressentent déjà, l’un comme l’autre, un sentiment très fort.

Une impression de « déjà-vu », comme s’ils se connaissaient. Pas un mot ne sort de leur bouche, ils sont là, se regardant, comme si le monde avait momentanément cessé de tourner pour laisser au destin le temps d’écrire leur histoire.

Mary lui sourit en premier, laissant à Jean l’opportunité et un accord non verbal pour commencer un échange des plus banals :

– Quelle magnifique journée, n’est-ce pas ?

C’est son regard plongé dans les yeux pétillants de Jean qu’elle lui répond :

– C’est vrai, cette journée est une très belle journée.

Avec un air un peu penaud, mais ravi qu’elle lui réponde, Jean enchaîne :

– Vous êtes de la région ? Je ne vous ai jamais vue ici.

– Oui, je vis à Chamalières, à quelques kilomètres d’ici, j’ignore si vous connaissez.

– Absolument, je connais.

– Et vous ?

– Moi ? Je vis à Beaumont depuis un an.

– Ah oui, un an ? dit Mary sans cacher son étonnement de ne l’avoir jamais vu auparavant.

– Vous accepteriez que je vous offre un café ? ose lui demander Jean.

La jeune femme, gênée, rigole doucement, laissant ainsi apparaître ses deux incisives. Elle fixe Jean avec ses deux dents posées sur sa lèvre inférieure, le rendant encore plus dingue de cette femme. Ce charme et ce sourire lui donnent une envie irrésistible d’en savoir plus sur elle.

Mais Mary ne l’entend pas de cette oreille.

– Monsieur, nous ne nous connaissons pas, je ne crois pas qu’il soit raisonnable d’accepter votre proposition.

– Je quitte cette magnifique ville et ses magnifiques habitants la semaine prochaine…

– Ses magnifiques habitants ?

– Oui, enfin, surtout une !

– Pardonnez ma curiosité, mais où partez-vous ?

– Acceptez que je vous offre ce café et je vous raconte tout.

Mary hésite.

Mais Jean est commercial et il a une immense force de persuasion.

– C’est vous qui voyez, cependant, vous m’avez posé une question et si je peux me permettre, moi, je sais où je vais, en revanche, vous, vous passerez le reste de votre journée à vous le demander.

Dans un éclat de rire, Mary enchaîne :

– Eh bien… Si nous nous sommes rencontrés une fois, nous nous rencontrerons certainement de nouveau.

Piqué, Jean est complètement déstabilisé. Pourtant, il n’a pas l’intention de se laisser mettre sur le carreau aussi rapidement.

Ils viennent de vivre quelque chose de puissant, il le sait, il le sent, cette rencontre n’a rien de fortuit, alors il insiste :

– C’est vrai. Vous faites donc confiance au destin et j’adore ça ! Mais je crois que vivre chaque jour à fond est aussi important que de faire confiance à notre destin. Ne seriez-vous pas déçue s’il vous faisait mentir ?

Mary semble un peu troublée…

Jean, qui sent que ce n’est pas encore perdu pour lui, continue :

– Je suppose que si je vous ai rencontrée à une semaine de mon départ, c’est que je ne pouvais pas partir sans vous avoir connue.

Mary, qui admet intérieurement cette dernière remarque, répond :

– Écoutez, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, je dois être à Chamalières à 15 h 30… Une prochaine fois, peut-être ?

– Vous y serez, vous avez ma parole.

Mary, qui ne peut nier ce qu’elle a ressenti tout à l’heure, se laisse aller.

– Juste un café alors.

Pour valider la réponse de Mary, Jean lui tend la main.

– Je m’appelle Jean, enchanté.

– Moi, c’est Mary.

– La Brasserie du Théâtre n’est qu’à quelques pas, cela vous conviendrait, Mary ?

– Oui, c’est parfait.

– Super ! Ils servent même à manger si le cœur vous en dit.

– On a dit juste un café.

– On verra… répond Jean, avec un sourire incroyable illuminant son visage.

Malgré son apparence décontractée, Mary se méfie des hommes, et Jean le sent. Cela ne lui déplaît pas, d’ailleurs, de voir que Mary, aussi convoitée qu’elle doit l’être, reste prudente. Cela lui donne une sensibilité qui le touche encore plus.

C’est l’un à côté de l’autre, marchant à l’unisson que Jean et Mary se dirigent vers la Brasserie du Théâtre.

Les voilà devant quand le garçon de café arrive.

– Bonjour, je vous installe en terrasse ou à l’intérieur ?

– Nous allons profiter de ce beau soleil en terrasse, merci, lui répond Jean. Mary, c’est bon pour vous ?

– C’est très bien, oui.

– La table n° 10, ici à votre gauche, leur indique le serveur.

– Mary, je vous en prie, je vous suis.

Jean, en homme galant, passe derrière la chaise de la jeune femme, la tire et l’invite à s’y installer.

Mary apprécie vraiment tous ses efforts. Les bonnes manières se perdent, et elle est très étonnée de voir que quelques hommes résistent encore. Elle a tellement vu toutes sortes d’énergumènes tenter de la séduire par le passé. Jamais aucun de ceux qu’elle a croisés ne lui a fait ressentir ce bien-être ou ce respect que Jean lui offre naturellement. Ses anciennes relations ont laissé quelques mauvais souvenirs à Mary, et elle sait que désormais, elle va avoir besoin de temps, pour connaître celui à qui elle a — sans trop le savoir encore — ouvert son cœur.

Une fois installés, ces deux inconnus se mettent à se regarder. Ils savent que l’un d’eux va devoir rompre le silence. Chacun a envie d’en savoir plus sur l’autre.

Mary prend les devants. Elle n’a pas oublié ce qui l’a amenée à accepter l’invitation de Jean.

– Alors ? Vous dites que vous partez la semaine prochaine. Maintenant que j’ai accepté ce café, vous pouvez m’en dire plus ?

Interrompue par le barman, avant même que Jean n’ait le temps de commencer, Mary lance un regard au serveur qui en dit long sur son besoin de tranquillité.

– Que puis-je vous servir ? demande le serveur qui a compris qu’il est de trop.

– Deux cafés ! répond Mary d’un ton sec.

– Très bien, je vous apporte ça tout de suite.

Jean, attendri par cette femme de caractère, toussote en guise d’échauffement de voix, puis commence son récit :

– Je suis commercial itinérant pour une grosse société, ici, à Clermont-Ferrand. Le fondateur de la boîte vient de me proposer d’élargir mes activités avec un poste comme directeur de l’agence de Lyon. Avant de venir place de Jaude et de vous y rencontrer, j’étais à la banque pour y faire transférer mes comptes, et encore avant, j’étais à l’usine où je signais les documents pour ma mutation définitive.

Mary ne comprend pas ce qui a amené Jean à l’inviter malgré ce départ imminent. Elle le fixe, avec des yeux remplis d’un mélange d’incompréhension et de tristesse, puis lui répond :

– Et, nous nous rencontrons seulement maintenant ? À une semaine de votre départ ?

– Mary, votre rencontre me réchauffe le cœur et je vous avoue que je n’avais pas prévu de vivre ça aujourd’hui. Ce déjeuner m’oblige à considérer la mesure de notre rencontre.

Mary sourit timidement.

Jean, qui sent qu’un malaise peut s’installer entre eux, enchaîne :