Manifeste pour une santé commune - Olivier Hamant - E-Book

Manifeste pour une santé commune E-Book

Olivier Hamant

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Beschreibung

Le monde politique et des institutions souvent obsolètes n’ont pas pris la mesure des changements nécessaires à la protection du vivant dans toute sa diversité. Ils n’ont pas tenu compte des (r)évolutions de la connaissance scientifique et s’efforcent de maintenir un système socio-économique dépassé. Comment bifurquer vers une trajectoire viable? Ce livre d’une radicalité douce propose de placer la santé commune au fondement de toute politique, en tant que méthode à la fois universalisable et adaptée à chaque territoire, conçue comme la conjonction de trois santés indivisibles et interdépendantes. - la santé des milieux naturels sur le temps long, - la santé sociale par la garantie d'un accès équitable aux ressources, socle des droits fondamentaux, - la santé humaine comme état de complet bien-être physique, mental et social. La santé des milieux naturels façonne la santé sociale, qui elle-même façonne la santé humaine. Ce Manifeste fait donc de la santé commune à la fois un objectif et une méthode de justice et de robustesse. Il développe un outil opérationnel permettant de veiller à ce que tout projet (économique, social, politique) protège effectivement les trois santés, mesure son impact sur les ressources naturelles primaires (eau, sol, biomasse) et teste sa robustesse face à des facteurs de crises. Faire société par la santé commune est une démarche qui met en cohérence tous les enjeux socio-écologiques pour transformer en profondeur nos territoires et nos modes de vie.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Les auteurs de ce Manifeste ont participé à la création (2012) et au développement de l’Institut Michel Serres à l’ENS de Lyon. Ils travaillent ensemble depuis dans une complémentarité alliant sciences de la nature et droit afin d’encadrer juridiquement l’économie des ressources naturelles à l’échelle de territoires politiquement organisés dans le cadre des programmes internationaux CELT (Centre Lascaux sur les Transitions) (http://institutmichelserres.ens-lyon.fr/; https://lascaux.hypotheses.org/).

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Seitenzahl: 120

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Les Éditions Utopia

61, boulevard Mortier – 75020 Paris

[email protected]

www.editions-utopia.org

www.mouvementutopia.org

Diffusion : CED

Distribution : Daudin

© Les Éditions Utopia, mai 2023

SOMMAIRE

Préface

En coopération

Le vivant nous inspire

Synopsis

Présentation des chapitres

La santé commune, comme vecteur de la justice sociale et écologique

La robustesse, comme guide bio-inspiré de santé commune

Le précédent de la santé des fleuves

Santé commune et économie : quel rôle pour le droit international ?

La santé commune dans le droit national : ajuster besoins et ressources

Enseignements des expérimentations situées de santé commune

Un outil à s’approprier

1. Mon projet pose-t-il une question pertinente ?

2. Mon projet alimente-t-il la santé commune ?

3. Mon projet est-il robuste ?

4. Quel modèle économique mon projet construit-il ?

Ouverture : construire votre contrat de santé commune ?

Postface

Faire santé commune : une pratique située de transformation socioécologique

Références : pour aller plus loin

Notes

Livres des Éditions Utopia

Préface

Le monde vivant n’est pas une abstraction. Nous sommes le monde, nous sommes au monde, quoi que nous fassions. Or le morcellement et le cloisonnement en œuvre dans les sociétés contemporaines, au gré des intérêts « supérieurs » des uns, au détriment de celui des autres, nous font perdre pied. Au sens littéral nos activités diverses deviennent, de fait, hors sol. Comme si nous flottions dans un entre-deux.

L’entreprise est hors sol, fondée sur un modèle qui privilégie la compétition (au détriment de la coopération), anime des équipes au service d’intérêts limités à la seule sphère de son propre développement.

Tout n’y est que tension et rapport de force.

Souvent justifié par le principe de destruction créatrice, théorisée par Schumpeter, ce modèle domine l’esprit du capitalisme contemporain. Il se nourrit de rapports brutaux au nom des intérêts d’une organisation. Il tâche de se soustraire aux élans collectifs produits par les États démocratiques. Il se nourrit d’extraction, de transformation, d’énergie, de production, et engendre des déchets toxiques, liquides, aérosols et matériels. Tandis que les États et les organisations internationales tentent de réguler les méthodes et les flux, les organisations privées tentent d’atteindre des tailles critiques les plaçant en position de négocier d’égal à égal avec les États.

Les rapports du GIEC et de l’IPBES, les uns après les autres, témoignent, signalent et décrivent les effets complexes de ces pratiques et de ces méthodes, de cette organisation de la société humaine à l’échelle mondiale.

En moins de 200 ans un modèle de prédation, dominant, a produit des effets connus aujourd’hui sous l’appellation générique de dérèglement du climat terrestre et d’effondrement de la biodiversité.

Nous sommes de ceux qui pensent que ce que l’Homme a fait, l’Homme peut (doit) le défaire, pour se repenser. Tant, au moins, que les conditions du vivant sont encore réunies. Parmi les groupes humains, les équipes dans les entreprises peuvent se mobiliser.

Depuis plus de vingt-cinq ans, dans une petite entreprise industrielle du nord de la France, nous sommes une centaine de collègues et nous avons tout changé de nos pratiques professionnelles pour réintroduire le vivant et le sensible dans l’acte d’entreprendre.

Le texte que vous allez découvrir présente le travail de chercheurs qui démontrent les interactions des santés sociales, humaines et naturelles.

Je suis particulièrement touché que ce collectif me demande notre témoignage, et je comprends le lien qui leur est apparu entre l’expérience portée par notre « démonstrateur d’écolonomie1 » et « santé commune ». C’est qu’en fait, travaillant dans nos sphères propres, chacun de nous œuvrant à recevoir le monde tel qu’il est et non tel qu’il se fantasme dans les cercles entrepreneuriaux, nous parvenons aux mêmes conclusions : il est encore temps de changer. Pour revenir à nous, vivants humains et non humains, qu’ils soient organismes ou entités écosystémiques (fleuve, montagne, forêt…).

En coopération

Nous démontrons par nos actes qu’il est plus économique de travailler de manière écologique. Nous choisissons nos matières premières par l’analyse du cycle de vie en imposant un triple filtre « sine qua non ». Les produits que nous transformons doivent préserver la santé humaine et le milieu naturel tout en renforçant nos liens étroits avec ce dernier. Nos choix doivent nous permettre de gagner de la productivité pour rester dans la compétition économique mais aussi, de développer notre robustesse2 pour assurer la pérennité de l’activité. Nous voulons entreprendre sans détruire et produire sans laisser de trace toxique. À la destruction nous préférons la transformation créatrice3.

Les encres et les colles, les papiers que nous transformons en enveloppes, sont formulés sans solvants, à base d’eau et de pigments naturels, les forêts sont gérées avec soin, à chaque arbre coupé dix sont replantés dans le respect de la biodiversité des espèces et de la chimie complexe du couvert et du sol forestiers.

Notre usine est devenue un corridor de biodiversité. On y relève 175 espèces de plantes, dont une est protégée, 98 espèces d’insectes, dont deux sont rares, 11 espèces de mammifères, dont 7 de chauve-souris, 38 espèces d’oiseaux dont 28 sont protégées et 4 sont quasi menacées. Les toitures respectent le cycle de l’eau et filtrent la ressource dont nous récupérons les trop pleins au travers de sedums rustiques, pour nos usages industriels. Après nettoyage de nos outils à l’eau de pluie, nous engendrons une boue non toxique que nous diluons et que les bactéries du système racinaire de la bambouseraie de phytoremédiation, que nous avons plantée à l’entrée du site, décomposent pour se nourrir.

Le vivant nous inspire

L’usine produit son énergie renouvelable. Elle est zéro déchet, zéro gaz, zéro pétrole, zéro plastique. L’équipe covoiture ou vient à vélo, se forme au long de sa carrière à de nouveaux métiers qui apparaissent en fonction des besoins propres. Par exemple la menuiserie pour fabriquer sur place des palettes en bois qui se superposent et permettent d’expédier nos enveloppes par camions complets de 66 boîtes au lieu de 33, réduisant les distances parcourues par deux.

Si les 270 000 sites industriels de France métropolitaine deviennent autant de corridors de biodiversité, si les équipes de R&D se mobilisent pour changer les composants toxiques contre des produits compatibles avec la vie, nous remplacerons ce qui peut l’être et nous laisserons ce qui doit être abandonné : nos mauvaises habitudes de consommation, nos vieilles pratiques destructrices du vivant.

Ce n’est pas utopique de penser le monde réel en mobilisant l’intelligence collective pour la préservation des milieux, c’est une question de bon sens et de survie. Le lien se crée entre les chercheurs et la société. Déjà 350 entreprises et collectivités se sont lancées avec nous à repenser leurs méthodes. Déjà 30 000 salariés dans le monde ont obtenu de leurs états-majors le droit de tout changer pour entreprendre sans détruire. Et ce mouvement ne se développe que depuis 25 ans. Il va s’accélérant. Qu’en sera-t-il dans 5 ans ?

Pour réussir le pari de la survie après l’effondrement, il faudra notamment nous appliquer à nous-mêmes des règles rigoureuses. Par exemple ne plus confondre l’information, ayant fait l’objet d’un processus de validation sur la base de faits clairement établis, et la simple opinion. Car nous devons savoir sur quel pas solide appuyer nos révolutions. « Santé commune » résonne alors comme un manifeste, un nouvel appel à penser notre rapport au monde en appuyant nos transitions sur l’information, sur la recherche, la connaissance scientifique et la détermination des humains à emprunter ensemble le parcours difficile et enthousiasmant de la réinvention.

Emmanuel Druon

Auteur et conférencier, dirige l’entreprise Pocheco.

Auteur, aux éditions Actes Sud : Le syndrome du poisson lune, un manifeste anti-management (2015) ; Écolonomie, entreprendre sans détruire (2022) ; Quand écologie et économie font cause commune, 350 entreprises s’engagent (?) ;

Le temps n’existe pas (2020), avec Réjean Dorval.

Synopsis

Nous sommes entrés dans l’ère des turbulences : turbulences sociales, sanitaires, géopolitiques, énergétiques… autant de signaux, plus ou moins faibles, sur les plans socio-économique et écologique. La sonnette d’alarme a été tirée plusieurs fois. Nous fêtions d’ailleurs en 2022 les 50 ans du rapport Meadows « limits to growth », acte de naissance d’une écologie politique bâtie sur le fait scientifique. Pourtant, l’accumulation des chiffres alarmants, des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) à ceux de l’Union internationale pour la conservation de la nature, est inopérante. Pire, elle conduit trop souvent à de nouvelles postures, ou même à de nouvelles opportunités économiques, contreproductives. La puissance scientifique est impuissante.

Dès lors, la question devient : comment transformer ?

Michel Serres, dans le Contrat Naturel, militait pour une reconnexion à la Terre par la biologie (le lien au vivant) et le droit (le lien social) afin de reconsidérer nos droits, nos devoirs et nos dettes. C’est cette idée que nous poursuivons ici pour rendre le contrat naturel effectif. Les interactions entre humains se faisant essentiellement dans la nature, alors il faut surtout remettre en question une « loi » fondamentale de l’économie : celle du marché qui réduit les ressources naturelles à de simples « offres » et les besoins vitaux à des « demandes » ordinaires. Prenant acte de la finitude du monde, nous devrons inévitablement soumettre le marché à la loi de la vie, celle des besoins et des ressources. Malgré la rationalité quasi thermodynamique qui la soutient, cette loi transformatrice de l’économie peut encore rester orpheline, car éloignée des individus, de leurs préoccupations, de leurs croyances. La transformation requiert l’incarnation.

Bruno Latour, dans Face à Gaïa, ouvre une brèche pour rendre cette transformation opérante grâce au sensible :

« On ne se guérit pas de l’appartenance au monde. Mais à force de soin, on peut se guérir de croire qu’on n’y appartient pas ; que ce n’est pas la question essentielle ; que ce qui arrive au monde ne nous regarde pas […] Ce qu’il faudrait par conséquent c’est découvrir un parcours de soins. »

Alliant le contrat naturel et cette nécessité intime du lien organique à la Terre, nous proposons ici la santé commune comme paradigme transformateur, fondé sur la « loi » des besoins et des ressources, et construisant un modèle économique soutenable.

Il ne s’agit en aucun cas de réduire la question socioécologique à une question médicale, mais au contraire de revenir à la définition originelle de la santé par l’OMS, c’est-à-dire « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Il ne s’agit pas non plus de verdir la santé, mais bien au contraire de tisser des liens transversaux et interdépendants entre (i) la santé humaine (comme définie plus haut par l’OMS dès 1946), (ii) la santé des sociétés (notamment par une protection universelle garantissant des droits partagés et l’accès équitable aux ressources, comme définie par l’OIT en 2014), (iii) la santé des milieux naturels (notamment le droit à un environnement sain, permis par l’intégrité des écosystèmes sur le temps long, comme définie par l’ONU dès 1948). Ce triptyque peut devenir opérant si son ontologie hiérarchique est assumée : la santé des milieux naturels façonne la santé sociale, qui elle-même façonne la santé humaine. Les trois santés sont indivisibles, inaltérables et imbriquées. Il s’agit finalement de sortir d’une vision comptable et superficielle de notre « environnement » (trop souvent limitée à des équivalents en tonnes de CO2 émis), pour embrasser notre milieu, et sa complexité, dans notre intimité la plus profonde.

Toutefois, la santé commune resterait orpheline si elle n’était que déclarative. Pour être transformatrice, elle doit guider les trajectoires économiques de façon opérationnelle. Pour cela, nous avons construit un outil qui permet d’évaluer un projet à l’échelle locale – projet d’entreprise, d’association, de collectivité territoriale – vers la santé commune. Il s’agit (i) d’identifier et de valider ses impacts structurants pour les trois santés (humaine, sociale, naturelle), sans exception, (ii) de garantir des retombées pérennes pour les trois piliers des milieux naturels (eau, sol, biomasse), sans exception et sans oublier les milieux marins, et (iii) de confirmer sa validité sur un long terme fluctuant grâce à un test de robustesse (pays défaillant, en guerre ou contexte socio-économique excessivement fluctuant). Si seulement deux des trois santés sont impactées positivement ou si le test de robustesse ne donne pas satisfaction, alors il faut retourner à la table à dessin.

Parmi les nombreuses solutions qui s’offrent à nous, cet outil simple aide à faire un tri pragmatique et éclairé en tenant compte des contraintes et des paramètres locaux. Il fait évoluer les solutions retenues par itérations successives et permet d’identifier une trajectoire économique et écologique robuste.

La santé commune, pyramide avec la santé des milieux naturels (eau-sol-biomasse) comme fondation pour héberger la santé sociale et la santé humaine, devient un changement de paradigme profond quand son interdépendance est assumée. Il ne s’agit pas de plaquer de nouvelles règles, comme la responsabilité sociale et environnementale, sur un modèle économique existant devenu obsolète, socialement et écologiquement. Au contraire, c’est le projet, passé par plusieurs cycles de tests de santé commune, qui construit un nouveau modèle économique situé et durable. La santé commune, c’est un mode d’emploi pour habiter la Terre – et son territoire. Nature et culture sont des préalables ; le modèle économique est non plus une contrainte d’entrée dogmatique, mais un produit de sortie enraciné dans nos liens au monde.

Présentation des chapitres

Les rapports sociaux dépendent d’abord de la capacité à garantir les besoins les plus fondamentaux des êtres humains dans un monde où les fluctuations et les incertitudes s’accroissent. De ces éléments, nous extrayons un principe commun et partagé, la santé commune, dont nous détaillons les contours dans une première partie.

Dans une deuxième partie, nous changeons de point de vue : comment les non-humains cohabitent-ils avec la Terre et quels principes pourrait-on en tirer pour éclairer la santé commune pensée par les sociétés humaines ? De ce détour émerge le principe de robustesse, consubstantiel à la santé commune.

Sur cette base, nous explorons ensuite des démarches à différentes échelles qui mobilisent la santé commune. Nous prenons notamment l’exemple des fleuves et de leur santé, pour discuter de l’équilibre à trouver entre ce que la nature donne aux humains et aux sociétés, et ce que ceux-ci lui restituent. Il s’agit aussi de définir la nouvelle place du droit dans ce contexte, entre contrainte et contrat.

Mais avec cette exploration, nous butons contre le modèle économique, incompatible avec cette réalité du monde. Bruno Latour dans Où suis-je, fait œuvre de résistance :

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