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Avez-vous déjà eu l'impression d'être différent(e) des autres? Ou de ne pas être la personne que vous croyez être depuis toujours? Une fois le chapitre "lycée" clos, Livia peut enfin profiter de ses vacances avant son entrée en fac. Mais finalement, ses plans sont totalement changés, quand elle fait la rencontre des jumeaux Liam et Aria qui viennent d'emménager dans le vieux manoir Conwell. Sans qu'elle ne s'y attende, ces mystérieux individus vont faire basculer sa vie. Mais qui sont-ils? Pourquoi ont-ils d'étranges tatouages noirs qui apparaissent sur leurs corps? Et pourquoi Liam ne cesse de la sauver? Alors prise dans un tourbillon d'événements, de révélations et de sentiments inattendus, Livia va essayer de s'accrocher à la vie, quel qu'en soit le prix. "Mes peurs, mes doutes, mes sentiments... je vous expliquerai tout dans ce récit. Je m'appelle Livia Wilson et voici mon histoire."
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Seitenzahl: 276
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Sur YouTube : Fancy Fanny
Sur Instagram : @lady.fanny
Boutique en ligne : www.fancy-fanny.fr
Texte : Fancy Fanny
Dessins : Catherine, ma maman
Couverture : Caroline Mertz
Son Instagram : @carolinegraphiste
Corrections : Manon Cruette de l’Harmonie des Mots
Son site web : www.lharmoniedesmots.com
Édition : Fancy Fanny
Dépôt légal : avril 2022
ISBN : 978-2-493819-00-0
Version révisée
© Copyright Fancy Fanny, 2022.
Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, du texte, des dessins, de la nomenclature contenus dans cet ouvrage (qui sont la propriété de Fancy Fanny) est strictement interdite.
Pendant l’écriture de ce roman, la musique m’a accompagnée, m’a énormément inspirée. C’est pourquoi à chaque début de chapitre vous trouverez un titre de musique qui correspond à celui-ci.
Je vous invite donc à écouter tous ces morceaux sur la playlist « Le Pouvoir de l’Encre » en flashant le code ci-dessous avec votre application Spotify sur votre smartphone. Si vous avez Deezer, les musiques sont disponibles dans la playlist « Le Pouvoir de l’Encre ».
Enjoy!
La sonnerie du lycée vient de retentir. Ce son n’a jamais été aussi libérateur, mes années lycée sont enfin terminées ! Bon, en théorie, ce n’est pas encore le cas, puisqu’il me reste la remise des diplômes qui aura lieu dans deux jours. Mais après cela, je vais enfin être libre. Bon débarras, adieu cher lycée. C’est un grand soulagement, vous ne pouvez pas imaginer à quel point !
Pour la dernière fois, je passe le pas de la porte de la classe avant de me diriger vers mon casier pour récupérer mes affaires, pour la dernière fois également.
Dans les couloirs, l’atmosphère est chargée en émotions contradictoires : certains pleurent, d’autres rient. Pour ma part, même si je ne ris pas (parce que tout simplement, je n’ai plus personne avec qui rire), je me situe davantage dans cette deuxième catégorie. Pleurer pour la fin du lycée ? Ah ça non, jamais !
Je dois vous avouer que je suis plutôt fière de moi d’être restée ces trois dernières années dans ce même bâtiment avec les mêmes personnes. Ces personnes qui ne font pas attention à vous ou qui se moquent de vous dès que vous avez le dos tourné. En même temps, je ne suis pas du tout le genre de personne sociable, qui a des tas et des tas d’amis. La seule que j’avais, Iris, a disparu de la circulation il y a quelques mois, sans laisser de traces. Depuis, j’affronte seule ce lourd quotidien qu’est le lycée.
Au même moment, je passe devant le tableau d’affichage rempli d’affiches en tout genre, mais aussi de disparitions inquiétantes d’adolescents qui étudiaient à Eagles Falls Hight. Iris en fait partie. Je détourne rapidement le regard pour ne pas pleurer, car oui, elle me manque toujours, terriblement.
Les portes de l’école passées, je prends une grande bouffée d’air frais… Ah, les vacances d’été peuvent enfin commencer. Ces vacances sont pour moi l’occasion de profiter de la vie avant la rentrée en école d’architecte, rêve que je vais – enfin – pouvoir toucher du doigt. Pour cela, je vais devoir déménager à Portland pour étudier à l’université de CourtYard, la plus réputée dans ce domaine. Cette dernière est située à une heure et demie d’Eagle Falls, ce qui veut dire que je vais devoir quitter ma famille, la zone de confort dans laquelle j’ai toujours vécu. Cela ne va pas être facile, je vous l’accorde, mais il le faut et je vais y arriver, c’est une certitude. Comment dit-on déjà ? Quand on veut, on peut ! Pas vrai ?
« Way Down We Go » de Kaleo résonne toujours dans mes oreilles quand le bus fait une halte à quelques mètres de chez moi.
À la maison, je n'ai qu'une envie : aller me défouler. Depuis plusieurs années, faire mon petit jogging dans le quartier est mon petit plaisir à moi, afin de me vider la tête et de ne penser à rien.
En parlant de quartier, le nôtre est vraiment très tranquille, plus tranquille, c’est impossible. Aussi loin que je m'en souvienne, Eagle Falls a toujours était notre ville. Toujours tous les quatre : mes parents, mon grand frère Marcus et moi.
Après m’être changée, je sors de la maison encore vide. Je visse les écouteurs dans mes oreilles avant de me mettre à courir ; d’abord lentement puis plus rapidement, sur le rythme de « Lucky Strike » de Maroon 5.
Comme à chaque fois – c’est mon petit rituel –, je m'arrête pour reprendre mon souffle devant le manoir Conwell, une vieille bâtisse abandonnée située dans le virage de notre grande rue. Voyez-vous le genre de manoir que l'on évite à cause de ce qu'il pourrait y avoir à l'intérieur ? C’est ce genre de lieu. Avec mon frère, on l'appelle « manoir hanté », bien que nous n'ayons jamais vérifié s'il l’était vraiment.
Le manoir a de beaux ornements sur le devant, une vieille porte qui a bien vécu et quelques fenêtres par-ci par-là. Il est constitué de briques oranges, salies avec le temps et surement à cause de l’absence de nettoyage. Il a du charme, c’est indéniable et en termes d'architecture, il est parfait, du moins à mon goût.
Je prends une grande inspiration, quand une voix s’élève de nulle part :
— Tu veux que je te prenne en photo devant ma maison ?
Hein ? Quoi ? Ai-je bien entendu les mots « ma maison » pour définir le manoir Conwell ? Quelqu'un habiterait ici ?
Je tourne la tête vers la personne en question… vers le grand jeune homme accoudé à la balustrade. Il porte un jean troué ainsi qu’une veste en cuir noir. Ses cheveux noirs sont courts sur les côtés, un peu plus épais sur le dessus avec une mèche qui lui tombe presque devant les yeux… Ces derniers sont d'un noir profond, à se perdre dedans.
— C’est « oui » ou c'est « non » ? s’impatiente-t-il.
J’ai été tellement concentrée sur son physique, que je ne lui ai même pas répondu, quelle malpolie je suis.
— Euh… Non merci, c'est bon, balbutié-je. C'est juste que… que… je trouve votre… maison très intéressante.
— Merci pour elle, dit-il de façon froide et détachée, en désignant « la maison » avec sa main.
Il est peut-être beau, mais pas chaleureux, non, ça, c'est sûr et certain.
— Je ne savais pas que… qu'elle était habitée.
Je le vois ouvrir la bouche pour me répondre, mais au lieu de sa voix, j’entends celle d'une femme qui vient de sortir du manoir.
— On doit y aller ! Tu conduis ? demande-t-elle tout en lançant des clés au jeune homme, qu’il rattrape avec une rapidité déconcertante.
Bien que je ne sois pas experte en beauté, je dois bien avouer que cette femme est très élégante, très belle avec sa chevelure d’un noir de geai identique à celle de l’homme. Elle est également habillée de noir ; elle porte un pantalon en cuir moulant, un haut en flanelle et un rouge à lèvres rouge flamboyant. La ressemblance entre les deux individus est assez frappante, même troublante. Sont-ils de la même famille ?
— Oh, tu t'es fait une nouvelle amie ? dit-elle à l’intéressé.
Euh… qui, moi ? Sa nouvelle amie ? Je suis tellement surprise par ses mots que je suis à deux doigts de me retourner pour voir s'il n'y a pas réellement quelqu'un derrière moi.
Le silence n'a même pas le temps de s'installer que le jeune homme en question lance d’un air dédaigneux :
— Oh non… C'est juste une passante qui est apparemment fan de notre maison, c’est sans importance.
Sans importance ?! Je me serais bien passée de ce genre de réflexion !
Sans un mot de plus envers moi, le duo monte dans une très belle Corvette noire décapotable qui doit dater des années 70. Je ne l’avais même pas remarquée alors qu’elle était garée devant leur maison. Une fois installés et la voiture démarrée, ils passent devant moi, lui sans me regarder et elle me fixant avec un sourire découvrant ses dents bien blanches.
Pour tout vous avouer, j'ai vraiment du mal à comprendre cette situation. Déjà, je ne savais pas que ce manoir était habité, ensuite, cette rencontre avec ces deux personnes fut, disons, déconcertante.
Allez, je ne vais pas rester là à faire le pied de grue. Je me remets alors à courir, tant bien que mal, perdue dans mes pensées. Je suis très perturbée, voire troublée. Contrairement à l'aller où je ne pensais à rien, le retour est beaucoup plus difficile. Pour me vider l’esprit, accentuer la cadence est ma seule option.
Ma mère est enfin rentrée, après une longue garde de plusieurs heures. Ce qui, visiblement, n’est pas le cas de mon père.
Mes parents travaillent tous les deux à l'hôpital de Eagle Falls : ma mère en tant que médecin urgentiste et mon père en tant que cardiologue.
J'ouvre la porte puis dépose mon iPod dans une coupelle en verre posée sur la console en bois blanc à côté de la porte d’entrée. Vous savez, le genre de vide-poche fourre-tout que tout le monde a ? Eh bien, c’est à cela que sert ce récipient.
Ma mère qui m’a entendue rentrer vient à ma rencontre :
— Oh, ma chérie, tu es enfin là ! Tu sais bien que je n'aime pas quand tu t'en vas sans prévenir ! dit-elle avec ce ton rempli d’inquiétude que je connais si bien.
— Maman, j'étais juste partie courir ! Et puis, je ne pouvais pas vous prévenir, il n'y avait personne à la maison.
— Tu aurais pu m'appeler ou m'envoyer un petit SMS, non ?
Je soupire :
— Ne t'inquiète pas, la prochaine fois je te préviendrai.
Aussi loin que je m'en souvienne, ma famille a toujours été très, trop, protectrice envers moi, aussi bien mes parents que mon frère. Et cela ne s'est pas arrangé avec les récentes disparitions d'enfants. Plus que mon frère, je n’ai jamais eu le droit de faire quoique ce soit sans leur aval. Est-ce que cela me dérange ? Non pas vraiment. Comme je n’ai plus d’amis depuis la disparition soudaine d’Iris, je ne sors plus. Donc non, cela ne me dérange pas, mais je dirais que c’est plus lassant qu’autre chose, d’être toujours surprotégée, comme si j’étais constituée uniquement de sucre, ce qui, bien évidemment, n’est pas le cas…
— Je vais prendre ma douche.
— O.K., je t'appelle quand le dîner est prêt.
— Papa et Marcus ne mangent pas avec nous ?
— Non, ce soir nous sommes entre filles, s’exclame-t-elle avec son plus beau sourire.
Je monte les marches de l’escalier tout en regardant les trois photos de famille accrochées au mur à intervalles réguliers.
Ah la famille ! Si quelqu'un de l'extérieur tombait sur ces photos, il pourrait croire que je n’en fais pas partie, que j’ai été adoptée. Parce que oui, mes parents sont tous les deux élancés, grands et blonds aux yeux bleus. Et mon frère, devinez quoi ? Le portrait craché de mes parents. Alors que moi, je suis l’exact opposé : pas très grande, avec des formes, des cheveux châtains et des yeux vert émeraude. La couleur de ces derniers étant ce que je préfère chez moi.
Quand j'étais petite, cela me dérangeait, je me posais d'ailleurs beaucoup de questions sur mes différences avec eux. Et puis un jour, je devais avoir environ huit ans, j’ai fini par en parler à mes parents tellement cela me perturbait. J’ai donc su ce jour-là, grâce à une photo, que je ressemblais à ma grand-mère maternelle qui, elle aussi, avait des cheveux châtains et des yeux verts. Depuis, ces différences ne me dérangent plus. Je suis moi, tout simplement…
En temps normal, j'aime les soirées entre filles avec maman, mais pendant cette soirée-là, mes pensées dérivent sans cesse vers cette rencontre mystérieuse. Tant de questions défilent dans ma tête. Qui est-il ? Qui est-elle ? Habitent-ils vraiment dans le manoir Conwell ?
Au vu de mon silence, ma mère m’interpelle :
— Liv, tu es partie dans un pays lointain ?
Pas si lointain que cela en fait. Dans mes pensées, je suis juste au bout de notre rue, dans le virage. Mais je ne peux pas le lui avouer.
— Euh, quoi ?
Assises dans le canapé, avec un bol de pop-corn salé – mon péché mignon –, nous regardons Lolita malgré moi. C’est typiquement le genre de film qui me donne de l'urticaire, mais ce soir, comme bien souvent, il n’y a rien d’autre à la télévision.
— Je te trouve pensive ce soir, je me trompe ?
— Oh non, je suis juste un peu fatiguée.
— C’est peut-être à cause du stress des examens que tu as dû accumuler pendant toute cette année, non ?
— Certainement, dis-je la bouche pleine de pop-corn.
— En tout cas, j’espère qu'après la remise de ton diplôme tu les reverras !
— Qui ça ?
— Eh bien, tes amis !
Oh non ! Voilà qu'elle recommence avec « mes amis ». Pour ma mère c'est un sujet très important qu'elle aborde à tout bout de champ. Depuis la disparition d'Iris, elle s'en fait beaucoup trop pour ma vie sociale. En vérité, je suis davantage une fille qui reste dans son coin et qui n'intéresse personne que l'inverse. Avoir des amis, c'est bien, mais très peu pour moi. Merci, mais non merci. Mais cela, elle ne le sait pas, je n’ai jamais voulu l’en informer. Depuis la disparition soudaine de mon amie, elle croit que je me suis fait de nouveaux amis et je préfère qu’elle pense cela plutôt qu’elle découvre la vérité : mon no man’s land amical. Donc je compte sur vous pour garder mon secret !
— Bon, maman, je tombe de fatigue, je vais aller me coucher.
— Très bien, ma chérie, à demain alors.
— À demain, lui dis-je en lui déposant un bisou sur sa joue.
Malgré la fatigue, le marchand de sable est aux abonnés absents. Les heures défilent : minuit, 1 heure, 2 heures et toujours pas de sommeil à l'horizon. Mais qu'est-ce qui m’arrive ?
Le lendemain, le réveil est difficile. Je suis fatiguée, mais en même temps je n’ai plus sommeil. C'est très bizarre.
Je descends les escaliers et me dirige vers la cuisine d'où émanent de délicieuses odeurs de pancakes. Hum. J’en salive d’avance. Marcus et ma mère sont autour de la table de cuisine en train de discuter. Mais quand mon frère me voit, il fait un signe de tête à ma mère qui se retourne brusquement. Je vois que je ne suis pas la seule à être bizarre aujourd’hui.
— Ma chérie, tu as bien dormi ? me questionne maman.
— Oui, ça va, mentis-je.
Assise à côté de Marcus, je me tourne vers lui afin de lui demander si sa soirée de la veille s’est bien passée. Au lieu de cela, mes yeux sont attirés d'abord par sa lèvre coupée puis par son œil au beurre noir. Bon sang ! Que s'est-il passé ? J’étouffe un cri de surprise.
— Tu t'es battu ? lui dis-je en faisant les gros yeux.
— Non, je suis tombé de… dans l'escalier en rentrant cette nuit. C'est de ma faute, j'aurais dû allumer.
J'ai l'impression qu'il ne me dit pas tout ou que ce n’est tout simplement pas la vérité. Je lui donne un coup de coude, en rajoutant :
— Mouais, tu sais, je ne suis pas née de la dernière…
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase puisque ma mère dépose déjà une assiette remplie de pancakes sur la table, mais visiblement Marcus n’en a pas envie puisqu’il se lève de table et part. Il ne perd rien pour attendre celui-là…
— Bon, je file, je dois prendre mon service ! annonce ma mère en déposant un baiser sur le haut de ma tête.
— Quoi, déjà ?
— Désolée ce n'était pas prévu, mais ils ont besoin de moi aux urgences.
— D'accord, et papa ?
— Il devrait rentrer dans la journée.
— Oh, eh bien, bon courage alors.
Ma mère se dirige vers l'entrée puis crie à l’intention de mon frère :
— Marcus, je m'en vais, mais ta sœur reste là !
Puis elle me regarde :
— Si tu pars, n'oublie pas de prévenir ton frère ou de m'envoyer un petit SMS.
— Oui, maman, ne t'inquiète pas, lui dis-je en soupirant.
Je vous avais prévenu, la protection ici, c'est très important !
Une fois habillée, je m'installe derrière mon bureau, afin d'en savoir plus sur le manoir Conwell et ses habitants potentiels.
Après plusieurs recherches, j'apprends que le manoir n'est plus habité depuis au moins une vingtaine d'années. Très bizarre. Comme si j'avais rêvé la scène de la veille. Peut-être ?
Je dirige ma souris vers la croix rouge pour fermer la fenêtre d’Internet, quand j'entends Marcus sortir de sa chambre. Il est temps pour moi d'avoir une petite conversation avec toi, cher grand frère.
— Hey, Marcus, attends ! Je peux te parler ?
— Si c'est pour me parler de ma tête, je t'ai tout dit.
Il se tourne vers moi… mais à ma grande surprise, il n'y a plus rien sur son visage, plus aucune trace suspecte.
— Mais… Comment ça se fait ? Tu… tu n’as plus rien ? paniqué-je presque.
— Ce n'était rien, j’t’assure !
— Tu vas vraiment continuer à me mentir ?
— Écoute, Livia, je n’ai rien à te dire de plus, le sujet est clos, point.
— Alors comme ça, je n'ai pas le droit de m'en faire pour mon grand frère ? Que s'est-il passé ? Et pourquoi n’as-tu plus rien alors qu'il y a à peine une heure, tu avais la lèvre éraflée et un œil au beurre noir ?
— Crois-moi, cela ne te regarde pas !
Sur ces derniers mots, il descend l'escalier. Quelques secondes plus tard, j’entends la porte d'entrée claquer, ce qui me fait sursauter. Je ferme les yeux et prends une grande inspiration.
Depuis quelque temps, je n’arrive plus à le comprendre. Et ses blessures ? Je ne les ai tout de même pas rêvées. Si ?
Je me dirige vers la fenêtre de ma chambre afin de voir ce qu'il fait : Marcus est devant chez nous en train de parler à un homme chauve, assez grand et très baraqué.
Bon sang ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Je rêve ou quoi ? Je viens de voir l’inconnu donner un coup de poing dans l’épaule de mon frère ! Prise d’une soudaine montée d'adrénaline, je me précipite hors de la maison à une vitesse folle et, comme Marcus, je claque la porte d’entrée. En entendant le bruit de cette dernière, les deux paires d’yeux se tournent vers moi marchant vers eux. J’imagine que Marcus ne doit pas en revenir, tellement son regard en dit long. Ne supportant pas que l'on touche à mon frère, il faut bien que j’intervienne. Vous feriez pareil, je me trompe ?
— Non mais ça ne va pas ? Qui vous donne le droit de le frapper !?
L’armoire à glace regarde mon frère, interloqué :
— Mais pour qui elle se prend celle-là ? De quoi elle se mêle ?
Avant de lui donner une réponse, Marcus m’ordonne en pointant la maison du doigt :
— Rentre ! Et ne discute pas !
Sa voix est ferme et remplie de colère. Il est bien loin le Marcus avec qui je jouais pendant des heures à cache-cache ou aux Playmobil.
— Je rentre à condition que ce monsieur s'en aille, dis-je en croisant les bras.
L'inconnu reprend :
— J'm’en vais, mais n'oublie pas pour la prochaine fois, dit-il en lançant à Marcus un regard noir lourd de reproches.
Puis il se retourne et remonte dans sa Cadillac vert bouteille.
Un silence pesant s’installe entre mon frère et moi, mais une fois la voiture disparue de notre champ de vision, il se retourne vers moi :
— C'était quoi ça ?!
— Vous étiez en train de vous disputer, je n'ai fait que prendre ta défense !
— Je te conseille de réfléchir la prochaine fois avant de faire quoi que ce soit ! aboie-t-il.
— C'était lui hier, non ?
— Hier quoi ?
— Avec qui tu t’es battu ?
— Sérieusement Livia, gronde-t-il, tu es complètement à côté de la plaque, vraiment !
— Mais alors, dis-moi ! Dis-moi ce qu’il se passe ?
— Laisse tomber… Tu ne peux pas comprendre.
— Ah parce que maintenant on parle en messages codés ? Explique-moi ce que je ne peux pas comprendre ! crié-je.
— Baisse d'un ton, tu vas finir par rameuter tout le voisinage.
Furieux, Marcus rentre à la maison en laissant la porte ouverte. Je le suis, en prenant bien soin de refermer doucement celle-ci.
— Alors ? J’attends une réponse valable ! dis-je en croisant les bras.
— Arrête Liv, je ne peux rien te dire.
— Donc des choses se passent dans mon dos et je n'ai pas le droit de savoir, c'est ça ? Ta lèvre guérit toute seule, une armoire à glace te menace et tout va bien dans le meilleur des mondes ?
Marcus laisse mes questions en suspens, laissant le silence pesant reprendre du terrain. Je sais que la conversation est terminée, mais je ne compte pas abandonner. Un jour, je connaîtrai la vérité. Avant de remonter dans sa chambre, mon frère souffle puis m’ordonne d’un ton ferme qui ne laisse place à aucune discussion :
— Si tu pars, préviens-moi, merci.
Je n'ai pas envie de lui répondre. Je fais de même ; je remonte dans ma chambre en prenant bien soin de claquer la porte. Et puis merde alors !
En début d’après-midi, je suis tranquillement en train de lire Les Hauts de Hurlevent pour la énième fois quand j’entends quelqu’un frapper à la porte de la maison. Bizarre, nous n’attendons personne aujourd’hui ! Peut-être que Marcus si ? Si c’est le cas, il va bien finir par aller ouvrir. Après cinq minutes, mon aîné n’est toujours pas sorti de sa chambre. Je décide alors d’aller voir qui peut bien être notre invité surprise, en espérant que ce ne soit pas l’armoire à glace de ce matin.
— Coucou Livia, lance une jeune femme, tout enthousiaste.
Cette dernière porte un chapeau noir sur sa chevelure rousse flamboyante, un jean moulant ainsi qu’un blazer vert foncé.
— Salut Fallon, dis-je à mon tour en souriant.
Fallon est la meilleure amie de ma mère depuis des années. Je crois bien qu’elles l’étaient déjà avant même ma naissance.
De temps en temps, Fallon passe nous voir à la maison, comme aujourd’hui. Pour mon plus grand plaisir d’ailleurs, car j’adore cette femme, toujours plein d’enthousiasme, d’entrain et de bons conseils aussi. Quand je ne peux pas joindre maman à cause de son travail, c’est vers Fallon que je me tourne pour avoir des conseils en tout genre.
— Ta maman est là ?
— Nope ! Toujours au travail. Tu veux que je lui dise que tu es passée quand elle rentrera ?
— Je veux bien, oui.
— Tu veux quand même entrer ? lui demandé-je en ouvrant grand la porte.
— J’aurais vraiment aimé, mais mon mari m’attend.
Je sais que Fallon est éperdument amoureuse de son mari, mais depuis que je la connais, je n’ai jamais eu l’occasion de faire sa rencontre. Fallon vient toujours seule à la maison.
— La prochaine fois, d’accord ? dit-elle en me caressant la joue.
De la part de quelqu’un d’autre de ma famille, ce geste m’aurait fait reculer de trois pas, mais pas avec Fallon. Elle a toujours été très tactile avec moi, envers tout le monde d’ailleurs. C’est sa marque de fabrique.
Après le départ de la jeune femme, la fin de journée a passé très vite. Entre Les Hauts de Hurlevent, le rangement et le ménage de ma chambre, je ne vis pas le temps passer. Concernant Marcus, il ne m'a pas adressé la parole de toute la journée et tant mieux.
Maintenant, il est 17 heures et je n’ai plus envie de rester à la maison.
— Je sors, je vais courir ! crié-je à Marcus.
Décidément, c'est un rituel chez nous de crier dans l'entrée. Mais pas de réponse de sa part. Peu importe, j'ai fait mon taf, je l'ai prévenu, il n'avait qu'à entendre. Point !
Écouteurs dans les oreilles, je me mets à courir sur le son de « Radioactive » d'Imagine Dragons.
Courir est mon exutoire, ma drogue à moi, ma dose d'héroïne.
Pendant ma course, je n'arrête pas de penser à l'histoire de Marcus qui me dépasse totalement, je n'arrive pas à comprendre. Pourquoi est-ce si difficile pour lui de me raconter la vérité ?! Ne me fait-il donc pas assez confiance pour cela ? Je suis vraiment en colère et surtout déçue de lui. Plus ça va, plus Marcus change ; il n'est plus comme avant. Depuis qu'il a atteint sa majorité, il y a de cela quatre ans, je sens qu'il change de plus en plus et qu’un fossé – que dis-je, un ravin – commence à se creuser entre nous. Pas top me direz-vous, pour un frère et une sœur qui étaient autrefois soudés comme les doigts d’une main.
Comme à mon habitude, je m’arrête pour reprendre mon souffle devant le manoir et, secrètement, j’espère revoir le mystérieux jeune homme.
En regardant le manoir, qui paraît toujours inoccupé, j’ai la nette impression que ce que j’ai vu la veille n’était qu’une pure invention de mon imagination bien développée.
Je reprends ma course de plus belle, un peu déçue de ne pas avoir aperçu le jeune homme.
Une fois rentrée, Marcus me saute dessus :
— Où étais-tu ?
— J’étais partie courir, je t’ai pourtant prévenu, dis-je innocemment.
