Mésopotamie je reviendrai - Olivier Auré - E-Book

Mésopotamie je reviendrai E-Book

Olivier Auré

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Beschreibung

Le retour aux origines est toujours, en quelque sorte, salvateur. Il en ressort bien souvent de la joie, parfois de la douleur et souvent des repères inaliénables. L'histoire qui est racontée vous emporte à Babylone, en Mésopotamie, au sixième siècle avant Jésus-Christ, en quête de vérité sur les origines des civilisations. Puissent vos yeux s'assortir à la juste cause. Accrochez-vous à vos propres intuitions, au doux son de l'Euphrate, sous la lune indiscrète. Point de sermon, ni d'incantation, une lampe à huile et votre discernement suffiront. Alton Geneva, antiquaire et astronome, habite à Babylone depuis bientôt un an. Loin de sa contrée, à la merci de la providence, il lui faut empêcher une guerre qui se trame, épaulé par Magdalena Kissing et trois fidèles amis. Tous les chemins ne mènent-ils pas à...Sumer?

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Seitenzahl: 278

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Sommaire

Préface

Chapitre I : Alton Geneva

Chapitre II : Magdalena Kissing

Chapitre III : La tour de Babel

Chapitre V : Nabuchodonosor II

Chapitre VI : Le don de Sibylle

Chapitre VII : Sémiramis

Chapitre VIII : Kish

Chapitre IX : Le temple de Nabû

Chapitre X : La porte royale

Épilogue

Préface

À l’heure des civilisations oubliées, au temps des charmes obscurcis, se livre un paysage de légende. La terre se lie au Tigre et à l’Euphrate pour exprimer l’identité d’un berceau. Comment se persuader que l’on est en présence du premier sol des grandes civilisations ? Cet environnement n’attend pas qu’on le décourage que ce soit pour sa rudesse ou sa versatilité. Il est posé sur le décor naturel de l’influence de l’araméen.

Tant de luttes ont jonché ces lieux, tant de déchirements, d’exactions et de dénouements. Il convient de simplement y penser voire le considérer. Les steppes s’étendent en parlant aux déserts tandis que les prairies sont verdoyantes. Le contraste est prononcé aussi bien sur le plan culturel que géographique.

Les vestiges sont là, irrésistibles à l’épreuve du temps. Ils racontent une certaine histoire, déroulée à l’ère des bâtisseurs et des visionnaires. Si les Sumériens1 pouvaient aujourd’hui témoigner, ils argumenteraient de plus belle. Le ciel azur est souvent une étrange compensation, surtout sur ce territoire souvent tombé en déréliction. Il suffit de traverser villes et villages pour apercevoir des peuples qui survivent avec fatalisme.

Ur, Nippur, Babylone, Ninive et Palmyre nourrissent les cartes topographiques depuis plus de cinq millénaires. Ils demeurent présents comme invisibles tellement il est facile d’imaginer leur stature d’époque. Tous ces peuples et ces civilisations ensevelis ne suffiront pas à ternir l’image sempiternelle d’une ère légendaire, constamment inexacte pour les historiens, mais bel et bien enfouie dans les sols des plaines iraquienne et syrienne.

Nous sommes bien peu de chose devant l’immensité d’un désert, mais, de temps en temps, nous pouvons imaginer les étapes successives de sa formation au gré des phénomènes climatiques et de l’érosion. Nous sommes bien peu de choses devant l’un des berceaux de l’humanité, mais nous montrons une juste révérence aux legs historiques.

Les routes et les chemins de Mésopotamie nous réserveront encore de grandes surprises. Bousculée à l’heure actuelle par les guerres d’idéologie et d’ethnie, elle écrit une nouvelle histoire. Celle-ci est moins avenante que l’originale, car elle concerne désormais une terre marquée par d’innombrables souffrances.

Qu’importent la latitude et la longitude, nous sommes bien en présence d’un majestueux palimpseste historique. Nous reconnaîtrons aisément le pouvoir captivant de cette région, car elle a, tôt ou tard, croisé notre regard dans les livres d’histoire citant l’Antiquité. Le voyage auquel vous allez prendre part ne nécessite ni valises, ni crèmes solaires et encore moins les moustiquaires, il emmènera votre imaginaire par-delà les monts de Galilée afin de s’enivrer des authentiques parfums d’un passé glorieux.

Que sait-on réellement de Babylone ? Que sait-on de ces mythiques jardins suspendus et de cette tour de Babel légendaire ? La Mésopotamie méridionale devait ressembler à un gigantesque carrefour géographique, commercial et culturel. On peut facilement imaginer tous ces commerçants patentés ou tous ces badauds foulant ces chemins en quête de fortune et d’avenir. On peut facilement imaginer que l’akkadien2 courait encore les rues, langue riche au passé cunéiforme. Aux mois de l’arrivée des eaux, à savoir décembre et janvier, il faisait sûrement bon vivre à travers les grandes murailles de cette cité. Mais à quelle époque ? Partons pour l’an 600 avant Jésus-Christ. Le royaume d’Assyrie, au nord, est mordant de conquêtes et, pour autant, les chemins de l’emprise de Babylone restent étonnamment calmes et mercantiles. Le palais du roi Nabuchodonosor II, de la dixième dynastie, tient place forte à l’instar de la future porte d’Ishtar.

Comment imaginer l’avenir de Babylone puisque nous en sommes à l’apogée ? La vie y est agréable que l’on soit habitué ou pas aux mondanités. La tour de Babel, maison du fondement du ciel et la terre, construite depuis plus de deux millénaires, impose sa présence par son impressionnante hauteur et son envergure déconcertante. Le chef-d’œuvre fut interrompu par Dieu lui-même, en voulant dire Yahvé, pour punir l’orgueil humain. Mais cela est une très vieille histoire. Parthes, Perses, Kassites, Chaldéens et Araméens coexistent selon leur rang social et leur vocation à la sédentarité ou au nomadisme. Ils sont Babyloniens, n’est-ce pas ? Il est à souhaiter que des yeux voient cette ruche ardente, ou en l’occurrence, se l’imaginent. Ce qui se passe ici, en la cité de « la porte des Dieux », marque le sceau d’un des plus mythiques secrets de l’histoire. Il ne faudrait surtout pas mésestimer la culture antique, car elle a vu et décelé des problématiques illisibles par l’homme du vingt et unième siècle.

L’Euphrate se baigne dans sa candeur et ne cesse de se répéter la semonce suivante : « pourvu que j’arrive avant le Tigre… » Les deux fleuves parallèles se livrent un combat de frères comme galvanisés par l’intérêt qu’on leur porte et l’avenir de la région. Ils irriguent tous deux ces plaines arides et hostiles et sèment, du mieux qu’ils peuvent, les parcelles de végétation, d’oasis et de fraîcheur. Les températures frisent les records ici-bas et, malheureusement, aucune station balnéaire n’est à répertorier dans les alentours. Babylone est bien le seul joyau de Mésopotamie méridionale favorable à leur réputation alors autant faire bonne figure.

Avant l’arrivée des Achéménides, dans environ 60 ans, le Babylonien, tel l’épicurien insatiable, jouit de manièreéhontée d’uneépoqueprolifique.Unepopulation disparate constitue la pyramide sociale, et l’honnêteté ne fait pas vraiment partie du manuel de la réussite. Les avertissements divins n’ont visiblement eu aucun effet sur cette époque mystique, mais réelle. Nabuchodonosor II s’occupe très bien de son palais, de ses batailles et de ses chantiers dédiés à la postérité. Le marché est toujours aussi bondé, notamment pour pouvoir se procurer du vin de palme, mais aussi une grande variété de fruits et de légumes pour ne pas citer la grenade, la pomme, la figue, le pois chiche, la datte, l’oignon voire du bétail pour la culture agraire.

Il y a énormément de monde dans Babylone, mais quelques endroits secrets et tranquilles existent, connus uniquement de quelques chanceux qui aspirent à une certaine spiritualité dans cet engrenage infernal. Où que l’on soit, la tour de Babel est visible et le chantier pharaonique des jardins supposés suspendus impressionne et terrifie parfois même. Beaucoup d’esclaves y ont malheureusement déjà laissé la vie, mais ce chantier avance à une cadence intenable. La promesse du roi à l’égard de la reine Amytis de Médie prend des airs d’obsession. Les badauds se confondent chaque jour en spéculations. Quel en sera le résultat ? Seul l’avenir nous le dira, que ce soit au travers de l’orgueil d’un roi ou par l’émergence de ce joyau végétal qui intrigue.

Cette ville fortifiée est doncconstammenten ébullition. D’aucuns diraient que c’est le train-train quotidien du Babylonien et qu’ils auraient peine à faire concurrence aux habitants de Kish, située à quinze kilomètres à l’Est. Chacun trouve ainsi sa place dans le grand gruyère, ils s’appellent Gaspard, Madeleine, Silas, Martha, Barthélemy, Béthanie, Arsès, Télémaque, Ilushumma et la liste est longue. Malgré les multiples déviances du lieu, la forteresse est correctement protégée. Les gardes du roi sont aux grandes portes de la ville, mieux vaut prendre les plus grandes précautions dans cette région de poudrières. Les familles se réfugient sous leur chaumière au coucher du soleil tandis que certains « mar banê », ces gens de bonne famille de la société babylonienne, s’adonnent aux festivités mondaines. La luxure et la démesure trouvent bonne flatterie dans certains quartiers urbains, c’est ainsi.

L’Esagil, temple du dieu Marduk, divinité tutélaire de Babylone, apparaît comme délaissé en ce crépuscule, mais la tour de Babel fait grâce de son ombre en ce clair de lune naissant. Les divinités sont multiples à cette époque, pour ne citer que Marduk représentant Jupiter, Ishtar représentant Vénus, Ea la nappe souterraine et Adad l’orage. Le Babylonien possède la liberté de culte et demeure libre de se rendre à tel ou tel temple aux heures qu’il choisit. Il est, en vérité, craintif des représailles divines alors il s’accommode de certains offices ou rituels pour se donner bonne conscience. Il est aussi un fin négociateur dans tout domaine que ce soit, cela est question de survie.

Les fêtes populaires sont fréquentes, les beuveries aussi. Le vin de palme coule à flot dans certaines rues et à certaines heures. Les danses de rue sont fréquentes, celles au cours desquelles les regards lubriques scrutent les belles intrépides aux déhanchés si particuliers et si étourdissants. Il y a réellement plein d’histoires à raconter sur ce bout de civilisation situé au beau milieu des steppes arides de Mésopotamie, vitalement concerné par les apports fluviaux de l’Euphrate et du Tigre. Cette ville mythique et légendaire renferme beaucoup de secrets, emportés par le poids de l’histoire. Elle constitue une des passerelles entre le réel et l’imaginaire collectifs.

Si d’aventure vous parveniez à la fin de cette préface sans vous en lasser, les personnages que vous allez découvrir vous entraîneront dans le quotidien babylonien de ce sixième siècle avant notre ère. Leur réelle existence reste encore une énigme. Probablement ou probablement pas. L’atmosphère en Mésopotamie relève d’une indicible réalité, attachante et troublante à la fois.

Le climat rugit, les dieux scrutent et Yahvé n’oublie jamais… Bienvenue à Babylone… Bienvenue en Mésopotamie…

1 Civilisation antique relative au Pays de Sumer, au sud de la Basse-Mésopotamie, du 4e à la fin du 3e millénaire avant Jésus-Christ.

2 Langue sémitique, parlée de Babylone au nord de la Mésopotamie (Assyrie), fortement influencée par le sumérien, relative à l’empire d’Akkad, du début du 3e au 1er millénaire avant Jésus-Christ.

Chapitre I Alton Geneva

— Geneva ! Geneva! Cela faisait combien de temps ? s’écria un badaud insistant. Le marché de Babylone bat son plein aujourd’hui. Le soleil de plomb laisse à penser que la place couverte du marché sera bondée. Le quai ou « karu » promet donc une très importante affluence en ce début de journée.

— Lugalz’, quelle bonne surprise ! répondit-il. Cela me rappelle l’époque des grandes caravanes. Mais que fais-tu à Babylone ?

Alton Geneva est ce qu’on peut appeler un marginal dans la société babylonienne, antiquaire de profession et astronome à ses heures perdues. Il ne se délecte pas des multiples grivoiseries de la ferveur citadine. Il observe, s’adapte, mais ne se livre pas.

— Une petite affaire dans la cité, sur les chantiers des jardins suspendus, ajouta l’ami ravi.

— J’habite à Kish à présent. À l’époque, j’habitais à Ur, t’en rappelles-tu ?

— Que de beaux souvenirs… rétorqua Geneva.

Alton Geneva est un homme soi-disant d’origine indo-européenne, svelte, le teint hâlé, cabossé par les souvenirs de quêtes, defemmeset d’exploits. Effacé, mais déterminé dans sa recherche d’antiquités à travers la Mésopotamie, il vit à Babylone depuis bientôt un an. Il possède sa propre boutique d’antiquités près du temple de Ninmah, non loin de la porte Nord. Il détient effectivement de nombreux objets datant des ères sumériennes, akkadiennes et indo-européennes, respectivement de 2500 ans, de 600 ans et de 3000 ans. Le legs est certes précieux, mais la fierté n’en est pas moindre. Ce patrimoine historique et culturel vit à travers les siècles et ranime l’histoire des peuples du passé mésopotamien.

— Que se passe-t-il réellement sur ces chantiers ? demanda Geneva.

— Car, il faut le dire, le mystère est très bien entretenu. J’ai même entendu parler de la méthode de la vis hélicoïdale concernant le pompage de l’eau. Est-ce vrai ?

— Tu m’as l’air très bien informé Geneva ! Aurais-tu des informateurs bien discrets ? Ha ha ha, je plaisante, répondit Lugalz’.

— L’œuvre sera sûrement merveille en son temps, mais la discrétion est de rigueur. Je travaille sur l’ouvrage. Non, je ne plaisante pas cette fois-ci, j’y suis chef de chantier, ajouta-t-il fièrement.

— Je pourrai te faire visiter à l’occasion. Tu pourras juger par toi-même.

Lugalz’ ne reste sur le chantier que durant les jours fastes et il rejoint sa famille à Kish avant la survenue des jours néfastes. Pendant ces derniers, il rend juste hommage aux dieux. Les jours fastes et néfastes jonchent le calendrier mésopotamien, écumoire de mois lunaires et d’années solaires. Les jours fastes sont propices au labeur, à l’œuvre et au service ; les jours néfastes sont propices au recueillement et à la piété. Ceci est théoriquement la version officielle. En voici la version babylonienne, les jours fastes sont propices au labeur, à l’œuvre et au service ; les jours néfastes sont propices à l’amusement, à la grivoiserie et aux fredaines. Tous les sept jours, ce rituel réapparaît en fonction des vicissitudes de la Lune et des humeurs de la déesse Sin.

— Avec grand plaisir. Tu pourras me trouver au nord de la cité. Je tiens une boutique d’antiquités près de la porte Nord. Demande Alton et l’on te renseignera.

— J’enverrai Enmerkar te chercher, c’est mon assistant. Je suis fort occupé par toutes ces affaires de travaux et je n’aurai point le temps pour les pérégrinations, indiqua Lugalz’.

— Je te remercie. À l’occasion, nous boirons une bière dans une des tavernes de Babylone… proposa Geneva.

La foule emplit déjà cet endroit si cosmopolite. Le marché est pleinement vivant et les rencontres sont bien souvent fortuites ou tout simplement habituelles. Geneva salue donc son ami et repart en vadrouille dans l’effervescence des sons et senteurs. Le soleil monte progressivement à son point haut et le cadran solaire de la cité, appelé gnomon, indique la neuvième double-heure ou «bēru3 », soit dix heures du matin en transcription contemporaine. Les marchands exposent leurs cargaisons supposées fraîches et fort heureusement saupoudrées de sel pour leur conservation. L’artisanat bat également son plein avec des ventes de céramiques, pièces de tissus, métaux forgés, objets en roseaux et de multiples autres choses. Geneva achète quelques fruits, légumes et provisions avant de rentrer chez lui. Il doit en effet ouvrir son échoppe en fin de huitième «bēru », située environ à 2450 coudées royales4 du marché, soit 1300 mètres. Il hâte donc son pas en longeant la tour de Babel dans le secteur de Kullab avant d’atteindre le temple d’Ishtar et arriver enfin chez lui dans l’arrière-boutique. Sa maison, construite en briques crues, fait intégralement partie du paysage de l’architecture babylonienne. La porte en bois d’olivier laisse découvrir à l’invité un vestibule lumineux alimenté par des vitraux généreux. Le salon, faisant office de salle de vie, juxtaposé à la cuisine donne l’impression que la pièce comporte plusieurs fenêtres, mais, là aussi, il se révèle trahi par des hublots de lumière. Une petite porte dérobée au fond de la pièce permet d’accéder à la grande remise, puis à la boutique. La remise est ordonnée sans l’être, farfouillée, ici et là, d’objets, de vases antiques et autres reliques artisanales. Un plan de travail dénote des manipulations d’orfèvrerie et les outils disséminés semblent égarés pour la juste cause.

Les murs intérieurs de la demeure sont vieillis par l’atmosphère ambiante et la sobriété du lieu. Les statuettes d’albâtre présentes prônent une certaine solennité et le fauteuil mésopotamien, situé à côté de la table de pitance en cèdre, laisse à Geneva le loisir de se reposer. D’ailleurs, sur cette table, gît ce matin un parchemin arrivé hier de la main d’un messager. L’antiquaire prend étonnamment le temps de le relire en arrivant, l’air interrogatif. Il gamberge tout en enlevant sa veste en lin. Certes, il réfléchira à la question pendant les prochains jours néfastes. Il est l’heure d’ouvrir boutique, car il faut bien gagner sa vie, car l’aisance côtoie peut-être certaines castes de Babylone, mais rarement monsieur Tout-le-Monde, malgré les apparences. Geneva a largement les moyens de vivre, mais il n’est en rien un exubérant. Ses trouvailles sur les fouilles archéologiques lui ont permis d’amasser un grand nombre d’objets de valeur prisé par la noblesse babylonienne.

Sa boutique d’antiquités est vraiment accueillante, disposée par ses soins sur trois grandes étagères de bois artisanal. Sont exposés vases, jarres antiques, plats d’orfèvrerie, sculptures de marbre et d’albâtre, statuettes ethniques et autres pièces de collection. Bref, le fonds de commerce est gratifiant pour cet homme noyé sous les années de quêtes et de terrain. C’est une passion, mais aussi une manière de vivre. Béthanie, la gouvernante, est là depuis le septième «bēru », elle a mis la boutique en propreté et s’occupera bientôt du repas. Béthanie est araméenne, assez âgée, et très bien considérée par Geneva. C’est un peu comme une deuxième mère pour lui, elle n’hésite pas, le cas échéant, à le tancer pour ses mauvaises manies.

— Bonjour Béthanie, comment allez-vous ? demanda Geneva.

— « Chlomo5 » monsieur Geneva, attention à vos chaussures pleines de sable ! Kaissono6 et j’ai pris soin, ce matin, de poser sur la table un de vos parchemins laissés dans votre fauteuil.

— Très bien ! Je vous en remercie. Je l’ai vu. Je vais à la devanture si vous me cherchez. Décidément, ces dalles de pierre grès vous donneront toujours du fil à retordre. Elles sont reluisantes grâce à votre persévérance. Que ferais-je sans vous ?

— « é7 », dit-elle en rigolant. L’homme reconnaissant est toujours généreux, ajouta-t-elle.

La boutique d’antiquités ouvre bien à l’heure en cette matinée. La moitiéduneuvième«bēru » vient de poindre. Il est donc onze heures. Babylone est réveillée depuis longtemps et le soleil, craquelant les briques crues des habitats babyloniens, est omniprésent comme pour rappeler à l’homme sa dure condition. Aujourd’hui, à l’ouest de la ville, près du temple d’Ea, divinité représentant la nappe souterraine, a lieu un mouvement de protestation des travailleurs libres, consternés par leurs maigres revenus en considération de leur labeur. Sans doute en vain, mais certain. Geneva est en vaine aujourd’hui, car un collectionneur perse venu de Nuzi, à environ quatre jours de cheval au nord de Babylone, vient juste d’arriver pour faire acquisition d’une sculpture sumérienne en marbre. Cette dernière représente un visage féminin datant d’environ 2700 ans. Arsès, tel est son nom, observe et scrute minutieusement l’objet d’art, il questionne Geneva sur l’origine et la nature des fouilles qu’il a entreprises pour mettre au jour une telle pépite. La campagne de fouilles d’Ur8 fut l’une des plus éreintantes de l’antiquaire, il s’en rappelle comme si c’était hier, la sculpture en présence est incontestablement le beau trophée ramené du périple. Geneva précise, argumente et soutient son plaidoyer. Les deux hommes discutent donc ardemment sur la curiosité antique.

Soudain arriva un messager du palais. Il entra dans la boutique avec une convocation urgente mandée à l’attention de Geneva.

— Puis-je vous aider, monsieur ? demanda Geneva.

— Bonjour, monsieur Geneva, je suis envoyé par l’administrateur Télémaque, grand architecte du roi Nabuchodonosor II, qui vous fait mander au palais dans les plus brefs délais… Hum… Dès demain, rétorqua le messager.

— De quoi s’agit-il exactement ? insista Geneva.

— Je ne pourrai vous répondre, le grand architecte souhaiterait vous en parler lui-même.

Aussitôt arrivé, aussitôt reparti. Le messager repart sous caution de l’accord verbal de Geneva.

— Une autre affaire sur le feu, Geneva? se permit Arsès.

— Non, du moins, pas encore, répondit ironiquement Geneva.

— Geneva ? Geneva? Ce nom n’est pas babylonien, ni mésopotamien ? s’interrogea le collectionneur curieux.

— Non, effectivement. Je suis lusitain, originaire plus exactement d’Albos. Ma passion pour les antiquités m’a conduit en Mésopotamie, à Babylone en passant par la Galilée, Ninive et Uruk.

— Cela fait bientôt quinze ans, comme le temps passe, évoqua Geneva, l’air songeur.

— Très bien. Trêve de bavardages, je la prends pour le prix convenu, conclut Arsès.

— À savoir 700 mines soit 70 000 drachmes, précisa Geneva.

L’affaire est conclue. Le dixième «bēru» s’affiche. La sculpture convoitée vaut effectivement son prix, sa vente embellit cette fin de journée. Son absence va désormais laisser un vide dans la boutique. Arsès, le collectionneur, passe, quant à lui, la nuit à Babylone avant de repartir demain à Uruk au septième «bēru », c’est-à-dire six heures du matin. La journée babylonienne commence au premier «bēru », à la nuit tombée, elle se compose de douze «bēru ». Les premières doubles-heures sont dédiées aux veillées et aux cultes en l’honneur des dieux.

Arsès remercie Geneva et disparaît dans les ruelles de la cité. L’antiquaire profite de l’accalmie pour se faufiler dans l’arrière-boutique, chez lui. Il se saisit du parchemin sur la table juste avant de s’accorder son repas. Il vient juste de comprendre.

Voici ce que dit le message : « Méfiez-vous du grand architecte du roi, la vérité n’est pas là où on l’attend, ni la grandeur… ».

— Qui m’a envoyé ce message et pourquoi ? s’interrogea-t-il.

— En tout cas, cette personne savait qu’on allait me convoquer au palais.

Béthanie a d’ores et déjà disposé le repas. Geneva espère avoir quelques éclaircissements sur ce mystérieux message. Demain, il espère en apprendre plus au palais.

3 Double heure en Mésopotamie (voir tableau de correspondance dans le glossaire)

4 Unité de mesure en Mésopotamie – 1 coudée royale équivaut à 0,529 mètre.

5 « Bonjour » en araméen.

6 « Je vais bien » en araméen.

7 « oui » en araméen

8 Grande ville de Mésopotamie antique située à environ 225 kilomètres au sud-est de Babylone.

Chapitre II Magdalena Kissing

Le palais de Nabuchodonosor II semble si loin des yeux pour le Babylonien. Il ne s’y trame que décisions et connivences entre le roi, la reine et les grands notables de la cité. Une suivante de la reine Amytis de Médie, lasse de voir ce spectacle, rêve d’ailleurs en cet instant présent. Elle scrute Babylone et l’horizon mésopotamien pour chercher un peu de sa Galilée. Elle pense à sa lointaine Capharnaüm aux abords du lac Tibériade. Ainsi, elle passe sa glorieuse journée à servir dignement sa souveraine alors qu’elle chevauchait en toute liberté durant son enfance sur les chemins de Galilée. La liberté est un peu moins du quotidien et, malgré le fait que ses parents ainsi que frères et sœurs quittèrent Carphanaüm pour faire fortune à Babylone il y a un certain nombre d’années, elle ne cesse de regretter ce bon vieux temps. Magdalena n’est pas une esclave, elle est libre de rejoindre ses appartements lorsque cesse son service. Israélite aux cheveux soyeux et ondulés, sa silhouette élancée ne laisseraitaucunhommeindifférent. Elle revêt aujourd’hui un châle drapé en forme de robe d’un blanc écru, l’élégance est à son raffinement.

— Magdalena, que fais-tu ? s’indigna la reine Amytis.

— Veuillez m’excuser Majesté, qu’il y a-t-il pour votre service ? répondit la servante.

— Es-tu avec nous ? Je t’envoie chez Télémaque, le grand architecte, dis-lui que je souhaite le voir au onzième «bēru » pour que nous discutions de mes souhaits pour les jardins. C’est une directive de la reine, il s’y tiendra, décréta la reine.

— Très bien Majesté. Je me rends à ses ateliers sur le champ, ajouta la servante.

Les ateliers de Télémaque se trouvent dans le bastion ouest à la cour Sud sur les bords de l’Euphrate. Les appartements royaux se trouvent en cour Nord et sont tout récents.

— Aussitôt chantier fini, aussitôt chantier nouveau, murmura Magdalena, empressé par son soudain mandat.

La balade est loin d’être de tout repos, mais celle-ci lui donne l’occasion d’aller voguer en cour Sud en passant à proximité de la salle du trône et de voir quelques connaissances au mépris du temps sacré. Les cinq cours intérieures du bastion Sud sont toujours agréables en promenade. Les températures, fort heureusement, s’élèvent à trente voire trente-cinq degrés. C’est l’hiver, l’affirmation peut faire sourire, mais les nuits sont fraîches en basse Mésopotamie. La dizaine de degrés est fréquente. En haute Mésopotamie, à Ninive, c’est le froid qui sévit avec quelques chutes de neige. Il fait chaud malgré tout dans ce désert civilisé, comme on peut l’appeler, ce qui n’empêche pas les badauds de la cour de vaquer allègrement à leurs occupations. La passerelle vers le bastion Ouest est en vue, les gardes postés en faction prennent leur labeur en patience et ne s’accommodent aucunement des visages inquiets et interrogateurs. En effet, le bastion Ouest est plus communément appelé la fourmilière. Maints ouvriers et architectes, esclaves et porteurs d’eau travaillent dur sous ce soleil d’hiver brûlant de douceur. Magdalena aperçoit enfin les ateliers de Télémaque, à l’ombre des gigantesques villas de briques crues. La porte d’entrée de l’office soutient une consistante ogive architecturale travaillée rappelant à celui qui entre l’importance relative du lieu. La servante entend déjà la voix bien portante de Télémaque, celui-ci discute avec l’un de ses collaborateurs, mécontent visiblement de la lenteur des travaux concernant les futurs jardins suspendus. Elle passe la porte d’entrée, marche le long d’un corridor ajouré, traverse l’atrium entremêlé de colonnes marbrées soutenant des poteries végétales, pour atteindre l’entrée de l’atelier du destinataire.

— Trouvez-moi une solution ! Les arbres et la végétation doivent demeurer ! s’exclama Télémaque.

— J’y travaille seigneur Télémaque. Je vous trouverai une issue à cette affaire, affirma le collaborateur anxieux.

Magdalena entend tout de cette conversation ambiguë. Elle prête l’oreille sans vraiment porter grande attention à ce qu’ils racontent.

— Dîtes-moi, connaissez-vous l’antiquaire le plus chevronné de Babylone, Alton Geneva ? demanda Télémaque.

— Il me semble avoir entendu parler de lui, surtout de ses légendaires campagnes de fouilles en pays d’Ur1, il tient une petite boutique au nord de la cité, non loin de la forteresse orientale, à proximité de l’hypothétique porte d’Ishtar, répondit le chef artisan.

— Les travaux de la porte d’Ishtar prendront naissance dans quelques années, décret royal à l’appui ! Soyez-en sûr. Mais la priorité revient, en ce temps présent, aux jardins suspendus, ajouta Télémaque.

— Très bien seigneur Télémaque. Quant à Geneva, je ne sais rien d’autre à son sujet, mais je le crois honnête, confia le chef artisan.

— Je me méfie de ce Geneva, je l’ai fait mander pour avis, nous verrons ce qu’il en pense, peut-être pourra-t-il nous aider à résoudre cette affaire ? J’ai eu vent de sa passion pour l’astronomie et les sciences, son savoir peut nous être précieux pour arriver à nos fins, étant donné que les plus éminents scribes scientifiques butent sur la question. Utilisons-le à bon escient, déclara Télémaque.

Dans son attente, Magdalena voit apparaître une silhouette approchante dans le corridor. L’homme marche d’un pas convaincu, quoique nonchalant, il vient dans sa direction. En arrivant à sa hauteur, l’individu lui sourit.

— Bonjour, Mademoiselle, pourriez-vous m’indiquer où se situent les ateliers du grand architecte Télémaque ? demanda-t-il.

— Bonjour, Monsieur, c’est ici, vous y êtes, répondit Magdalena.

L’individu la remercie et se présente, sans crainte aucune, à la porte d’entrée de l’atelier de l’irascible Télémaque. La conversation s’arrêta soudain dans l’atelier.

— Alton Geneva !! Quel grand honneur de vous voir ! Avez-vous facilement trouvé mes ateliers ? s’écria Télémaque tout en esquissant un sourire des plus mielleux.

— Monsieur le grand architecte, bonjour, répondit sobrement Geneva.

— Laissez-moi vous présenter mon chef artisan, ajouta Télémaque.

Geneva salua le chef artisan.

— Une demoiselle m’a indiqué l’entrée de l’atelier. Il me semble qu’elle attend à la porte d’entrée. Elle était là avant moi. Je peux patienter à l’extérieur, insista Geneva.

— Mais, de qui s’agit-il ? se demanda Télémaque.

Le grand architecte se dirigea vers la porte d’entrée. Il passa le seuil et vit la servante.

— Que me veux-tu, servante ? demanda Télémaque, d’un son sec et méprisant.

— Seigneur Télémaque. La reine Amytis désire vous voir en salle d’audience lorsque poindra le onzième bēru, dit la servante.

— Que me veut-elle encore ? En forteresse Nord ? s’exclama Télémaque.

— Précisément, seigneur Télémaque, réplique la servante.

— Les affres protocolaires ! Ne voit-elle pas que je travaille d’arrache-pied sur ces jardins ? Tu diras à la reine Amytis que je serai là, au onzième bēru, conformément à ses exigences, s’enragea Télémaque.

— Très bien seigneur Télémaque, acquiesça la servante.

Magdalena prend congé du grand architecte et repart vers les appartements royaux de la forteresse Nord.

— À nous deux, monsieur Geneva. Où en étais-je ? reprit Télémaque.

Le grand architecte congédia le chef artisan. Sa conversation avec Geneva se prolonge durant un demi «bēru ».

Sur le chemin de retour, Magdalena atteint bientôt la grande voûte, au Nord-est du Palais Sud, véritable lieu d’entreposage et grande conciergerie du palais royal. Elle y connaît Sibylle, sa meilleure amie, assistante du grand intendant du roi à savoir Oenopide. Il lui arrive de lui rendre visite durant la journée quand elle dispose discrètement de son temps, ou d’ailleurs même quand elle n’en dispose pas. Il lui faut, comme la plupart du temps, parler le Babylonien9, car Sibylle est d’origine grecque et fille de notables de Babylone.

Elle entre donc dans l’ombre du grand bâtiment, arrive à hauteur des officines avant d’apercevoir Sibylle. Elle s’approche de cette dernière.

— Bonjour la Pithye10, comment vas-tu ? dit Magdalena en rigolant.

— Shalom Magdalena, que fais-tu si loin des appartements de la reine, à cette heure-ci ? lui demanda Sibylle de manière ironique.

— Je ne reste pas longtemps, mais je souhaitais simplement te saluer. Que de denrées, de pièces de collection, d’atours et de parures pour le peuple de Babylone, ajouta Magdalena !

— Pour le peuple ou les notables ? Pfft11 ! Que voit-on de cette élégante et indécente distribution ? interrogea sarcastiquement Sibylle.

— Tu m’étonneras toujours Sibylle, défenseuse des grandes et nobles causes. Ton heure viendra, j’en suis sûr, dit Magdalena en souriant.

— Et plus tôt que tu ne le crois, rétorqua Sibylle.

Les deux amies continuent à discuter et à rigoler.

— À ce propos, toi qui es au courant de tout, as-tu déjà entendu parler d’un certain Alton Geneva ? demanda Magdalena.

— Ma profession me donne l’occasion de connaître d’un peu plus près les us et coutumes du peuple de la cité, mais de là à connaître les identités des habitants de Babylone… Geneva? Je ne vois vraiment pas. Pourquoi cette question ? répondit Sibylle.

— Un antiquaire et un astronome à la fois… Je viens de l’apercevoir à l’atelier du grand architecte. La reine Amytis m’y a envoyé et il me semble que ce dernier tente de le manipuler, ajouta Magdalena.

— Voyez-vous ça ? L’espionne galiléenne. Ne te préoccupe pas de ce Geneva, il s’en sortira tout seul, déclara Sibylle.

— Tant pis. J’aurais souhaité le prévenir même si je ne le connais pas, se résolut Magdalena.

— KI12-SSING13 : le lieu de la cassure explosive, d’après les saintes Écritures cunéiformes sumériennes en l’occurrence. Allez ! Retourne vite aux appartements royaux avant que la reine Amytis ne te tance pour ta fredaine, s’amusa Sibylle.

— Je suis sérieuse Sibylle, mais tu as raison, il faut que je rentre, termina Magdalena.

— Je te taquine Magdalena. Je te remercie pour ta visite. On se verra très bientôt. Je dois me déplacer au palais avec Oenopide pour y éditer un état des besoins logistiques. Ce dernier a demandé audience auprès du roi Nabuchodonosor II, conclut Sibylle.

Les deux amies se saluent. Magdalena se dirige enfin vers le palais Nord pour exposer à la reine le résultat de sa pérégrination. Le neuvième «bēru » va bientôt sonner et les fresques de lapis-lazuli14 qui ornent les portes du palais Nord commencent à irriguer ses yeux.

9 Plus précisément le néo-Babylonien. Langue principale du Proche-Orient, très influencée par l’araméen, pendant la première moitié du 1er millénaire avant Jésus-Christ.

10 Devineresse antique associée au sanctuaire de Delphes – Origine : 8e siècle avant Jésus-Christ.

11 Interjection utilisée pour marquer l’indifférence.

12 Mot sumérien signifiant lieu, place, terre.

13 Provient de la racine sumérienne « i-n-sig » signifiant détruire.

14 Pierre ornementale de couleur bleue utilisée en Mésopotamie pour fabriquer des mosaïques, des sculptures.

Chapitre III La tour de Babel

Les jours néfastes arrivent et le cycle hebdomadaire va bientôt prendre fin. Les soi-disant trois jours de piété arrivent au terme du douzième «bēru », au crépuscule. L’Etemenanki ou plus communément la tour de Babel s’illumine des lanternes de feu à chacun des sept étages, visible à 9000 coudées royales15 de la cité selon les voyageurs.

Geneva a repris ses activités dans sa boutique, dès son retour du palais. Sa conversation avec le grand architecte Télémaque était pour le moins singulière. Pourquoi toutes ces questions ? Ces scribes scientifiques dans l’entourage de Nabuchonosor II pourraient aisément trouver les bonnes solutions. Peut-être bien qu’ils ne sont pas en mesure de les mettre en œuvre. Bref, il convient de rester prudent sur cette affaire. L’antiquaire semble très préoccupé par le message d’avertissement qu’il a reçu. D’ailleurs, pour se changer les idées, il décide d’aller faire un peu d’astronomie au sommet de la grande ziggurat1 de Babylone. Il y a sept étages à monter, mais la passion vient à bout de toutes les compassions. L’Etemenanki et sa vision panoramique doivent se mériter, Marduk16 lui pardonnera. Le ciel est étoilé telle une parure de pierres précieuses érigée en une gigantesque bande blanche inestimable. Les méthodes prédictives17, de nos jours, sont essentielles à la compréhension de l’univers. Geneva continue ainsi à