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Aboubacar raconte son histoire dans ce recueil de textes et de poèmes, illustré par lui-même. Il nous parle de son ressenti, de son vécu :
Tristesse, joie, positivité, autant d’émotions intenses superbement retranscrites dans ses textes.
Plus qu’un recueil de très beaux textes, c’est une vraie leçon de vie, le récit d’un périple démarré dans la tristesse, dont il est sorti grandi, tant par les épreuves franchies que par les belles rencontres.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Aboubacar Kaba est né en 2003 à Abidjan. Avec sa famille, il quitte très vite la Côte d’Ivoire pour la Guinée Conakry, à cause de l’instabilité politique. À 13 ans suite à la mort de son père, sans soutien, il part sur la route de l’exil, accompagné de son frère aîné. Son frère tombe malade et est abandonné par les passeurs. Abou continue seul. Le voyage durera deux ans depuis la Guinée jusqu'à Bordeaux en passant par le Niger, le Mali, le Maroc, puis l'Espagne : un vrai parcours du combattant ! Aujourd'hui, il suit une formation en alternance de jardinier-paysagiste, soutenu par « Les Apprentis d'Auteuil ».
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Seitenzahl: 45
Veröffentlichungsjahr: 2024
Aboubacar Kaba
Mi-Grand
Récits & Poèmes
À ma famille,
À ma mère, à mon père,
À mon frère et ma sœur,
À tous les amoureux du bonheur.
Lâtékâkôrôdjônidî
(Le destin est plus âgé que l’humanité)
Adage malinké
Mais si l’on ne peut pas pardonner, cela ne vaut pas la peine de vaincre.
Victor Hugo, le dernier jour d’un condamné.
Prologue
Quels sont les mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense à Abou ? Accueil, rencontre et partage. Et ces mots s’enchevêtrent et se succèdent au gré du chemin parcouru ensemble. Il est venu chez nous tout simplement avec son sourire et il y revient encore, tout simplement aussi.
Quand il est arrivé, il avait aussi dans ses bagages, rangé juste à côté de son sourire, une grande curiosité, une curiosité du monde et des autres. Il les regardait et il les découvrait avec toujours une part d’émerveillement. Un jour qu’il admirait des tableaux, on lui a donné des pinceaux et des peintures. Il est parti, appliqué et joyeux, dans l’aventure des couleurs. Une autre fois, il nous a dit qu’il aimait dire le monde avec des mots, que c’était pour lui une autre façon de peindre. Nous étions quelques personnes à accompagner son chemin. Alors, enthousiaste, il nous a confié ses poèmes. Pour le remercier et l’encourager, nous avons posé ses mots et ses images sur les pages d’un petit recueil. Puis ce recueil est devenu son compagnon de témoignage dans les collèges et dans les lycées où il intervenait pour raconter son voyage vers nous.
Les familles d’Areve avaient accueilli Abou, l’association Tremplin l’avait guidé, l’association des Apprentis d’Auteuil allait relayer la confiance, garder l’élan et croire en sa créativité. Grâce au soutien de tous ceux qui ont accompagné Abou et ses projets, de petit recueil de poèmes et d’images, il devient maintenant un livre : Mi-Grand, édité par les Éditions Plume libre. Toute une aventure !
Nous savons que ce livre grandira avec lui et qu’il sera facteur de partage et de transmission. Ses écrits, présents et à venir, au gré des lectures et des lecteurs, sèmeront et feront germer des graines de discernement et de tolérance, c’est certain…
Belle et longue vie à ton livre Abou !
N'teri lou
Mon bout de chemin
La femme marocaine :
D’où viens-tu, garçon?
Le garçon :
DouniaN’woulolayorodjandougouguera la.
La vie m’a fait naître ailleurs, loin d’ici.
Le jardin où j’ai poussé était un bidonville d’Abidjan,
Abobo derrière rail il s’appelait, ma mère aussi y était née.
C’est ailleurs que j’ai grandi
Car la guerre a changé mon destin et celui de ma famille.
La guerre nous a chassés et pourchassés
Et j’ai passé ma première frontière tout petit déjà.
Depuis Abidjan, nous posons nos valises à Conakry.
La Guinée, Terre de mon père, du père de mon père, la terre de tous mes pères!
Je suis Kaba Djété!
La polygamie et ses jalousies amenant à la haine nous accueillent aussi.
Attention au mauvais œil!
Mon père croyait en la confiance et au pardon,
Mais sa mort nous a abandonnés à ses autres femmes,
Elle nous a montré la réalité de nos autres frères et de nos marâtres.
Le mauvais œil et la haine!
Maman était souffrante, rongée par la maladie.
Elle a lutté sans cesse en gardant le sourire, sous le regard de ses enfants.
Puis sa tête se perd, elle ne nous reconnaît presque plus.
Tonton, par amitié pour mon père, nous sort de l’abandon
Mon frère, ma sœur et moi.
Mais sa femme ne nous aime pas, alors il croit nous donner une chance :
Il nous confie à des passeurs. On doit laisser ma petite sœur.
Le Mali et sa route pour mon grand frère et moi
Le Mali et sa déroute quand les passeurs nous séparent.
Mon frère, ta santé précaire a signé pour toi l’arrêt de ce voyage.
Tu étais pour moi un guide et j’ai continué sans toi le chemin.
Je n’avais alors que 14 ans et j’ai marché, car tu m’as dit :
Dông siirakadiantâandi a gnôsôrôgnéfélônkassia.
(Frère poursuis la route, je te rejoins plus tard.)
J’ai cheminé du Niger vers l’Algérie.
Le désert m’a brûlé les yeux.
Le désert m’a donné faim.
Le désert m’a donné soif.
Mais il m’a donné soif de vivre, il m’a donné faim de rencontre.
Je suis arrivé ici, au Maroc et je suis rassasié.
Car ici, j’ai rencontré Dieu!
La femme marocaine :
Tu as rencontré Dieu?
Le garçon :
Oui, Dieu en ce jour est une femme.
C’est toi qui es devant moi
C’est toi qui prends soin de moi
C’est toi qui m’apportes ce bol de soupe
C’est toi qui me donnes ces chaussures pour mes pieds nus.
Dieu est parfois une mère.
***
Je me souviens de cette berceuse…
Né la mélékanisanfé
N’fadifankélén li dî
N’fadilôayéyérenenlanan
Nkôlôiyédonkilâlâ
Alôkônônikâssîkanbôlâ
Diyiéndenî
Firenfireni li dîméyétamalaindoussoukounkonôn
Diguinanfôyônlô.
Petit ange du Ciel
Bout de vie pour moi
En moi tu ris
Dans mon dos tu chantes
Comme un oiseau qui gazouille.
Petit homme indigo
