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Se couvrir la tête d'un châle. Rester tranquille. Patience. En soi, un lieu sûr. Ce qu'on y trouve n'est pas de mémoire. C'est un présent intense nimbé d'une clarté nouvelle. J'explore mon intimité étrange, je prends des notes, je tiens un journal, je remplis des cahiers.
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Seitenzahl: 92
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Liminaire
Au commencement
Couronnes
Désir
Erin
A quia
I Breasail
Tara
Belisama
Belenos
Oceano nox
Extra muros
In extremis
Raptus est
Ada et Laura
Sur l’avenue
Circulation
Nihil igni vacuum
Sphota
Quelle est la question
Le refuge
Au chant du loriot
Eaux-fortes
Fuga
Maïa
Un conte
Une amie
Circonférences
Baleines
Adana
Fado
Le jaguar
L’eau
Symptôme
Nulle-part
Le lac noir
Le bal
Ty wan
Ada nue
Une lecture
L’éveil
Images
Verbes
La Grande Ourse et le Soleil
Le tapis volant
Le tambour
L’ermitage.
Saman
Caeruleum
Excursion boréale
L’ultime
Soulèvement
Un pays
Son visage
L’équation
Confins
Ainou
Prémices
Lustres
Chandelles
Départ
Pérégrinations
Ce récit, c'est un buisson d'aubépine.
Une fièvre au fond d'un lit.
Ce que tu montres par-dessus son épaule, ce sont les Hyades, les Pleïades, et Aldébaran.
Ce sont des sphères graves qui retiennent les lignes, un désir où l'existant prend forme et s'attarde.
C'est ce mystère, cette résistance qui s'énonce en distances, en espacements, le temps nécessaire pour être, cette sensation qui donne la mesure et le poids des choses.
Ce monde, c'est une attraction où tu ajoutes ton mouvement singulier selon ce qui s'ordonne. Ce hasard approprié et contenu dans ta circonférence, cette involution où tu te concentres et où tu reproduis le macrocosme, ton univers miroir mais décalé de l'infime fraction qui te permet d'accomplir ta propre loi.
Conteur, tu es l'incertain.
Sous la peau, c'est un chamboulement qui te tient éloigné, c'est ta part, ta portion, un lopin d'accidents, un jardin aux confins pleins de fruits inespérés, de feuillage qui se déploient, où tu goûtes cette émotion si forte, ce délice que tu prolonges, d'où il faut t'arracher, un sentiment qui refuse de s'éteindre, ce fol amour qui invente le moyen de tout transgresser.
Ce monde, tu le chéris, merveille, pur bonheur, il est ta passion, chair de ta chair. À peine né tu l'as connu avant de te connaître, lumière des premiers jours, en toi sa présence.
L'aurore, joie sans mélange, ses rayons dans ta chambre, une couronne pour un roi parfait.
L'aube, la promesse avant d'accomplir ce que l'épreuve exige, les termes d'un pacte sans faille qui t'autorise l'abandon quand tout est au-dessus de tes forces, qui te permet l'abîme et le retour, cette prévenance qui ne te livre pas à la démence de ce qui ne finit pas.
Un brouhaha.
Il s’éveille.
Il écoute.
Une kyrielle dans un silence.
Dehors, ce qui déborde de la nuit.
Côte à côte.
Lui, il l'appelle.
Elle ne dort pas.
Ada ? L'air tremblait. Tu me regardais.
Accroupis, je soufflais sur de l'étoupe.
Il y avait nos signes brûlants, l'ocre sur la veine invisible, le souterrain où les images circulent.
Ada, nous apprenions la géographie sur des sentiers bordés de fleurs.
Le rêve en pointillés et les constellations.
Une maille de pistes que nous suivions, les sens affûtés, le corps lancé comme une sonde.
Les traces de pas menaient aux cavités fraîches où l'on recueille des filets d'eau après la chasse.
Nous nous reposions dans les refuges ombrés, habités dans un cercle, près de la peau des autres.
Nos bras et nos mains, nos étreintes pour contenir le vertige d'une course dans l'éther.
Ada, t'en souviens-tu ?
Les chants et les balancements, la vague rythmée par le bois creux et le pas des danseurs.
Je suis plus grand que moi.
Tu es l'écho de ma splendeur, beauté qui me caresse et me cajole.
J'y viens mon ami. Là, sous la couverture. J'écoute, je me rapproche.
Ada, je l'entends encore…
Cela commence ainsi.
Sur le fleuve, braises couvées dans des pots de terre, emportées au creux des pirogues sur les eaux grasses, peaux d'écailles et gueules béantes, bêtes affreuses qui guettent le rameur.
Nous glissons dans l'écume, il faut se soulever.
Légers sur l'abysse nous témoignons de ce que nos yeux voient.
Peuple ailé, nos couronnes éclairent les gouffres obscurs.
Talon suspendu dans l'humus à l’affût des énigmes.
Enfouis au creux des songes, le miroitement cristallin des pupilles de fauves. Les pelages luisants dans les caches végétales de lianes entrelacées.
Un jaillissement de plumes en myriades multicolores.
Doigts tendus, flèches arc-en-ciel, les chasseurs murmurent le nom des choses.
Chuintements et claquements d'une langue qui traque les mouvements infimes de l'ombre et de la lumière, tremblements de la canopée scandés en formules, puis la détente de l'arc et le bruit sourd d'une chute.
Alors, un chant s'élève, voix douce et fluette.
Un récit, une berceuse, le long des lignes serpentines parfumées de musc, une mélopée d'amour pour le cycle des générations, pour celle que l'on mange, chair fondante de ta bouche.
Ma bouche et ton souffle. Je suis là.
Mon doux, ne t'endors pas encore, ouvres tes narines, j'ai quelques mots pour toi.
Parfum d'une récitation, le bois de rose d'un moucharabieh, bouche à oreille en langue de phonèmes tangibles, la pulpe des charmes enivre les ruelles.
L'heure pour perdre la raison, passant qui marche sur des sabres.
Où sont les fruits charnus, les dattes de la coupelle ?
Mon compagnon, je veux goûter ce qui est ignoré.
Souffle encore sur l'étoupe et dis-moi qui est celle qui occupe tes pensées.
Ma compagne, ce rêve, c'est Ada, Ada Nì Daghda.
Écoute, Ada, approche ton oreille. Il est tard, je chuchote.
Aux antipodes pastel, un fusain de corbeaux en vol sous les nuages pâles.
Vent d'ouest, dessalé de bruine. C'est une lande d'herbes maigres mangées par les pierres où les mousses prospèrent.
Une eau claire ruisselle en gargouillis jusqu'au repos d'une tourbière. Chevilles fines cabriolent pour une cueillette de simples, cheveux noirs sous une mantille rouge, œil noir dans le rose des joues.
Son ventre est brûlant, tisanière, elle s'accroupit et relève sa jupe bohémienne. L'ambre éclabousse les tiges décapitées.
Ada, fille de Claddagh.
Ada, n'avance pas sous les hêtres.
Il est là, le vénérable, il boit dans le torrent.
Sa barbe et ses cheveux ondulent dans le courant.
Éloigne-toi, fille de Claddagh, ne t’approche pas.
Il est au jardin céleste.
Retourne t'en au village, emporte ta cueillette.
Lui le pèlerin, le jeûneur, il écoute un silence.
Quatre compagnons tonsurés sont sur la grève. Silhouettes en sayon de laine, les visages sont maigres. Occupés au gréement du coracle, ils s'activent précis et agiles.
Ils sont bons marins de l'abîme, la rupture.
Ada, lèvres carmin, s'est arrêtée en chemin. Elle a entendu les sonneurs de galets, allègres dans le tumulte de la rumeur océane.
L'air crâne, mains sur les hanches, elle les toise, les quêteurs.
Ils rient, gaillards et francs. Pieds menus, elle danse, aguiche de pas cambrés.
- Emmenez-moi avec vous !
- Rentre chez toi, Ada la blanche ! Ton désir nous brûle !
Ils sont fraternels, les éclaireurs, c'est le cœur ardent de l'été qui vient les réchauffer.
- Il vous faudra bientôt coudre les voiles ! J'apporterai l'aiguille, le fil et la toile. Drôles, vous verrez ce que peut faire une fille habile !
- Hâtes-toi, fileuse, nous graisserons la toile, il nous tarde de partir au ponant !
- C'est entre mes cuisses qu'il faut aller pour éveiller des mondes. Là se trouve une nuit belle et féconde. Emmenez celle qui vous le demande, portez-la au nouveau jour.
- Cette voix rauque ? Est-ce toi cueilleuse ?
- Écoutez la, entendez, elle est d'un âge très antique. Elle précède un grand vacarme, un tohu-bohu, une navigation périlleuse. Lui, le pèlerin de l'invisible, il s'est éveillé, il arrive, il m'entend. À présent, il craint de quitter son île et sa jument.
Il vous dira : " Nous naviguerons entre ses cuisses, car le péril est grand dans la tempête ".
- Fille, est-ce toi ? Cette gorge où bat le cœur blanc d’un soleil lointain ? Est-ce toi, Ada ? Ce sein, cette laine zéphire qui bourdonne de feux follets ?
- Pressez-vous, quêteurs. Un vent se lève, c’est l’aquilon.
Et puis l'éblouissement, l'obscurité, l'éblouissement …
D'un sommeil lourd et sans rêves, ils abordent un nouveau rivage.
Belle Ada, j'arrête là mon récit. Mes paupières sont lourdes, les mots ne me viennent plus. Je t'en dirai la suite un autre soir.
Mon cher, j'aime cette Ada-là. Reprends ton souffle, éteignons la lumière, la lune est pleine, la nuit est jolie.
Chant de Finistère.
C'est une danse, une sarabande spirale pour éreinter l'intelligence.
Au-delà de la peur, elle s'élève de palier en palier.
Hors du moule de l'homme, jusqu'à la modification des substances.
Mutants sur des canots en papier, trappeurs et algonquins.
Les coureurs de bois, les humbles fondateurs du peuple gaspésien.
Où est leur esprit ?
C'est le cœur de la nation, c'est le monde qui arrive.
Les tyrans passent et le génie s'avive.
Réfugié au nord de l'hiver, il chasse sur la banquise.
New-York, Etats-Unis.
Le cliquetis des couverts, la porcelaine brillante.
Entre les tables, le frou-frou soyeux des serveuses.
Ada qui vient.
Ada, dents de lait. Ada, sourire.
Ada, j'enlève mon manteau. Ada, les arabesques.
Une broderie.
L'odeur d'Ada.
Elle a usé de nouvelles chaussures et fatigué de vieilles impostures.
Ada…
- Sale temps ! Je me suis écorchée, j’y ai laissé un linceul de soupçons. Dans une galerie d’os, il en manquait pour expliquer la transformation de l'homo erectus en homo sapiens.
Tu me poses une question, je réponds en exposant ma théorie.
- L'épigénétique ?
- De quoi parle-t-on, au juste ?
- Ce sont nos bouches qui remuent.
- Et nos yeux qui pétillent.
Laboratoire de biophysique moléculaire, Université de Gaspésie.
Au-dessus des têtes studieuses, le grésillement des particules sourd d'un nimbus de champs morphiques. C'est une salle blanche où se forment des hologrammes instables, des hésitations, des doutes, des idées sans queues ni têtes et des chimères.
Les circulations chaotiques n'y permettent pas d'exclure le danger d'une invention ou les résultats aléatoires d'une collision.
En ce lieu hors du commun, il arrive aussi qu'une cabale modifie le cours de l'univers.
Les dernières observations confirment que l'expression des gènes est modifiée chez le sujet qui pratique la méditation.
La possibilité que ces caractères acquis soient transmissibles aux générations suivantes me semble ouvrir des perspectives passionnantes.
Tara, comté de Meath, Irlande.
L'aéroplane vrombit au-dessus des nuages. Métal vif-argent, subtil et léger dans l'air. Vol à destination de Tara, province de Meath, Irlande. Reflets de «l'aurore aux doigts de rose».
Ada Nì Daghdha oppose un bâillement léonin à cette exubérance dès potron-minet. Si elle survit aux nids de poule, elle sautera dans la première diligence, cahin-caha sur le chemin jusqu'à l'Université Républicaine de Tara.
Un barde flamboyant, fervent admirateur de la grâce adaïque, la guidera dans le dédale de couloirs et de salles ornés de boiseries.
L'établissement de style élisabéthain
