Miroitements sur l'océan - Claire Aubourg - E-Book

Miroitements sur l'océan E-Book

Claire Aubourg

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Beschreibung

C'est l'histoire poétique d'une passion amoureuse aussi dévorante que toxique
Le roman prend racine dans la forêt landaise, au bord de l’océan.
L’Atlantique est fortement présent dans ces pages, comme un tiers qui serait témoin, dans une histoire de coup de foudre, de passion érodée par les dents insidieuses de ce qui se révèle peu à peu : la jalousie.
Comme l’océan-miroir, l’existence n’est que le concentré de multiples miroitements de toutes sortes...
Dans le miroir d’eau vive immense, ma vie avec Gautier oscille…
La relation s’est ponctuée d’accrocs.
Des griffures, des rayures sur le miroir…
Devant l’océan, devant la vague douce qui lape la plage,
Encore et encore,
J’essaie de rassembler en moi ce qui peut être sauvé.


À PROPOS DE L'AUTEURE 

Attachée à la terre des Landes, à sa forêt de pins, à son littoral atlantique, Claire Aubourg y vit depuis l’enfance.
Après les livres à lire, les livres à écrire…
Ses préférences vont à la musique autant qu’à la nature… avec un penchant certain pour le silence et la lenteur.

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Seitenzahl: 133

Veröffentlichungsjahr: 2023

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MIROITEMENTS sur l’OCÉAN

 

Roman

 

 

 

 

 

Claire Aubourg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Irréparable ronge avec sa dent maudite!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal.

 

 

 

 

La vague revient, fidèle chienne,

Lécher tes pieds de sa langue amère.

Flairant soudain la peur millénaire,

Longuement elle aboie dans tes veines.

François Cheng, Enfin le royaume.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Je regarde, fascinée, les miroitements d’un soleil d’argent éclaté sur l’océan mouvant et sans bornes.

Je regarde, effarée, les reflets scintillants de ma vie, disséminés dans ces dernières années passées.

Sur l’océan époustouflant de beauté miroitent des paillettes de lumière, sur l’océan mouvant, entre émeraude et turquoise, l’océan mugissant, sombre et magnifique.

Sur l’océan des jours qui roulent et emportent ma vie miroitent des éclats de rêves et des pierres de bonheur.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il n’y avait pas d’issue, que l’on pouvait rester piégé dans l’impasse d’une situation. Rien ne semblait se mouvoir, glisser, se décaler. Elle est terrible l’impression si juste d’être serré dans les mâchoires d’un étau.

Mais il y avait l’océan.

Mais il y avait la musique.

Et la maison, remplie de musique, près de l’océan.

Ce que j’ai construit s’est effondré. Château de sable mouillé par les vagues. Rien ne tient plus. Ma bonne fortune a disparu, évaporée comme un peu d’eau dans ma main.

Le voyage est fini. Quel voyage? Le voyage avec lui. L’idée, l’image du vrai voyage aussi : ce parcours dans la liberté, vers l’accès à l’autrement, à l’autre. Évasion salutaire hors de soi-même. Marcher avec lui tenait du vrai voyage.

Il faut vivre encore et je ne sais plus comment, sans cette porte ouverte sur l’étranger, sur ce qui n’est pas moi.

Je ne veux pas tourner en rond sur moi-même, comme une toupie!

 

***

 

Le local du club de surf est fermé. Le sable s’est amoncelé tout le long de la rue de la Côte d’argent, déserte en cette saison.

Je suis descendue sur la plage. Un ciel plombé pèse sur l’horizon, du nord au sud. Je suis venue voir l’océan. L’océan, mon second souffle. Un temps privilégié dans le quotidien. Pour me remplir du grondement de l’océan, du bruit de tonnerre de la vague qui s’écroule. Vague après vague. Les rouleaux écumants, l’un après l’autre, galopent quelques instants au-dessus de la surface liquide, en vrombissant.

Dans ce temps étrange, en bout de course, en fin d’histoire, j’ai tellement besoin de solitude, d’espace. Au bout de tant d’essoufflement dans une vie à deux, j’ai tellement besoin de venir au bord de l’océan, pour exsuder mon angoisse, pour y retrouver une largeur éloignée de la relation.

La marée basse s’est retirée loin, la plage est immense. Je peux me croire complètement ailleurs, hors des habitudes. Je ne dis à personne que je vais voir la mer. Je veux une complète solitude avec l’océan. Entre lui et moi, le lien s’impose ancien et profond. Le ciel est immense, l’Atlantique libre et infini. C’est beau. C’est toujours beau. Le soleil, perçant la barre sombre des nuages, ne forme plus qu’un ruisseau d’or en fusion, là-bas, vers le sud. Je suis frappée par la rectitude de la ligne d’horizon, parfaite aujourd’hui, tendue d’un cardinal à l’autre. Les points blancs des mouettes glissent sur l’émeraude de l’onde.

La première vague, en s’étalant, retrousse une lèvre de sable roux.

C’est beau comme un rêve d’amour.

Mon rêve d’amour, je l’ai attendu longtemps.

J’aime l’attente, le désir qui bouge, qui vibre, comme une corde tendue d’où naît la musique!

Je porte ici mon amour. Si jusque-là je l’ai traîné comme un boulet au cœur, il ne pèse plus autant maintenant. Je peux marcher longuement sur le sable mouillé, en le tenant contre moi, beau souvenir à protéger, sans qu’il m’entrave. Que le fil soit cassé me laisse dans un apaisement bizarre, un vide plutôt, sans projection.

Puis-je estimer être délivrée de ce carcan relationnel dans lequel je me suis moi-même enfermée?

L’océan me tient compagnie et je me sens petite et légère à côté de sa force tranquille, de son puissant mouvement, dans l’obstination perpétuelle de sa voix profonde qui couvre la mienne que je lui jette, petite, si petite, sur le désert de la plage. Je crie que je veux être libre. Je crie que je veux aimer, aimer! L’aimer, lui, encore… Aimer, le seul engagement qui m’ait jamais intéressée, le seul choix vraiment passionnant - Et tant pis s’il est fou!

 

***

 

J’ai marché loin sur le sable. Je suis seule, je peux crier, lancer à l’océan ma voix fluette qui se perd dans l’impérieux grondement liquide. Reliquat de souffrance jeté hors de moi.

Balancement de l’eau, désordre de mes émotions. Les souvenirs très proches encore m’invitent dans une drôle de valse! J’ai plutôt l’air d’un canard boiteux, d’un goéland malhabile à terre, avec les amplitudes loufoques de mon tempérament, ingérable même encore aujourd’hui.

Vagues de tourments, vagues de fous rires. Certaines scènes me reviennent en tête, m’entraînant vers le noir, ou dans une irrésistible hilarité. Il en est que je juge, à distance, tout à fait absurdes. À quelles mises en scène ridicules m’a entraînée l’amour de l’autre!

Entre mon ardeur et son charme, godiller était parcours de combattant!

Charmant! Charmeur! Si vite charmé! Et elles sont nombreuses celles que j’appelais, en mon for intérieur, les petites charmeuses!

Dans le miroir des apparences, le jeu des regards enjôleurs frôlait le grand art! Quand je me suis découverte spectatrice au premier rang, je n’ai pas trouvé la pièce comique! De loin pourtant, les anecdotes prennent une allure désopilante. Le grotesque de certaines situations refait surface, de temps en temps. À distance, je peux rire de moi.

J’ai toujours aimé l’océan. Je le connais depuis l’enfance. Nos parents nous y emmenaient, ma sœur et moi, les dimanches de beau temps, petites filles munies d’un seau et d’une pelle. Le sable mouillé se laissait manipuler et nos ustensiles n’en finissaient pas de bâtir des tours au château dont les douves creusées recevaient la première vague sous nos cris de joie. Le sable trop spongieux avalait l’eau et, en un clin d’œil, les formes s’émoussaient, s’affaissaient.

On s’amusait à enfouir nos jambes dans un trou de sable, en guettant aussi la première vague qui parviendrait jusqu’à nous. On partait à la chasse au trésor : superbes coquillages aux cernes roux, coques et couteaux, bigorneaux en spirales.

Notre impatience s’aiguisait jusqu’au moment suprême de la baignade : ébattements, éclaboussements dans la fraîcheur vivifiante de l’eau. Je me souviens avec délice de ces jours d’été torrides avec des semblants de siestes chaudes sous les grands pins qui sentent bon la résine.

La voix incessante de l’océan m’apaise, me détache des platitudes. Sa perpétuelle invitation à prendre le large me tire des contingences communes. Elle s’accorde avec mon inclination à la rêverie, avec un idéalisme naïf, sûrement excessif!

Pourrais-je vivre loin de l’océan? J’y reviens, de toute façon. Je reste sur le bord. Je n’ai rien d’un marin, d’un capitaine au long cours. Je suis de ceux qui se tiennent devant l’océan, fidèles et obstinés, fascinés par son immensité, son appel répété, implicite, à partir, partir pour de vrai, partir loin, partir pourquoi? Partir jusqu’où?

Pour le voyage idéal, dans le désir éternel, inscrit dans mon corps, dans ma tête… désir d’un autre monde… désir d’un ailleurs qui existe sans doute déjà, quelque part au-delà de mes gènes… au fond de l’horizon? De l’autre côté de l’océan? J’aimerais encore qu’on puisse croire à de meilleurs rivages.

Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, dit la chanson.

Dans le bruit sourd de la marée qui va et vient, qui va et revient, qui se répète encore, sans jamais s’interrompre, devant la masse d’eau qui se meut, énorme et puissante, je suis là, et je contemple l’océan.

J’envoie à la mer, comme souvent, mes idées fixes, mes ressassements, mes encombrements, telles des bouteilles refermées sur des appels au secours qui ne seront jamais lus, perdus dans le vent et le ressac.

J’arpente l’infini de la plage et l’air emporte mes cris, mes rires et ce que je dis à l’océan.

L’océan. Je peux tout lui dire, il prend et dilue mes ressentiments et me laisse seulement avec une sensation momentanée de liberté.

Le vent joue avec mes cheveux longs. J’adore le grand air qui baigne mon visage.

Partir… L’idée est devenue obsession, ces derniers temps. Couper le lien tout à fait, casser, perdre. La chanson qui pourrait s’écrire dans ma tête rejoint tous les refrains d’amours brisés.

Ma vie, comme un miroir brisé, en mille morceaux, sur le sol.

La vague court, vient frôler mes pieds et se retire pour mieux revenir.

Réfugiée sur la plage quasiment déserte, pour une longue balade, j’aspire à me raccorder à l’essentiel : se tenir au plus près de la terre et des feuillages, se tenir au plus près de l’eau et du sable. Mais je m’égare dans cette perspective. Illusion de vouloir échapper à la vie en société.

Qui suis-je sans l’autre?

Qui suis-je sans lui, maintenant?

Je cherche l’issue de secours qui me délivrerait du réseau trop serré de ma relation avec lui.

La mer devant moi, étrange présence sans âme, devient pour un moment un immense miroir narcissique où s’évacuent et vagabondent les flux de ma pensée.

Miroitements de ma vie sur l’océan…

Cependant, mon corps absorbe l’air marin, se gorge de sel, d’humidité et d’oxygène. Ma peau fleure bon un mélange de parfum, de soleil et de brume salée. L’océan m’émerveille et j’aime rester là, à le regarder, à le sentir, à l’écouter, avec la sensation bienfaisante d’un bonheur évident, véritable, à saisir ici, justement, dans l’instant.

Et rien d’autre si possible.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 2

 

 

Un jour, j’ai croisé le sourire de Gautier.

Devant les portes largement ouvertes du club de surf, ils étaient quatre ou cinq garçons, apprêtés dans leurs tuniques noires, parmi les couleurs vives des planches.

Je passais. Il m’a souri.

J’ai cueilli son sourire comme un fruit mûr, gorgé de soleil.

C’était juillet qui débutait. Je n’avais rien à faire là. Que j’emprunte cette rue pleine de vacanciers, à une heure très chaude de la journée, c’était plutôt exceptionnel.

J’ai rencontré le sourire lumineux de Gautier. Il a fait beau d’un seul coup sur ma planète. Éblouie par un sourire!

Il m’a souri. Je suis passée. J’ai emporté son sourire avec moi. C’était un événement sans équivalent.

Le lendemain, je n’avais rien à faire là, mais je suis repassée dans la rue de la Côte d’Argent, devant le club de surf.

J’ai reconnu son sourire.

Il me l’a offert de nouveau.

Cet été-là, j’ai bien aimé l’ambiance du village livré aux vacanciers, moi qui les fuyais d’habitude.

Dans ma vie trop sauvage, j’ai aimé les concessions dédiées à l’amitié, à celui qui m’entraînait dans ses turbulences, avec une sidérante facilité. Sur la plage encombrée d’estivants, j’ai comme changé de peau, changé de rêve. L’océan semblait rétréci, réduit à un rôle de service factice. Il ne tenait plus le devant de la scène.

Puis l’été s’est rafraîchi, les rues se sont vidées. Les amis d’un temps se sont dispersés, le vent a poussé le sable, de nouveau, dans les encoignures des portes fermées. L’été a passé. Gautier est resté.

L’océan, immuable, a retrouvé le large et, sur la grève, le grand air marin a couru comme un fou et redonné à l’espace son goût sauvage.

 

***

 

Le fait de choisir Gautier plutôt qu’un autre ne tient à presque rien. C’est ce presque, bien sûr, si fragile, si aléatoire, si engageant, si ridicule… qui tient tout l’édifice. Tout le reste est stupide.

Je sais aujourd’hui que je me suis engagée avec presque rien de justifié. Tout le reste est absurde. À moins que je ne sache pas bien discerner encore… Entre forces occultes et inconscient qui nous mènent, mine de rien! Il est bien ténu, le fil du libre arbitre!

Je me suis arrêtée à des circonstances, des consensus, des coïncidences, ces drôles de hasards sur lesquels on trébuche et je me suis entêtée à les faire parler. Comme s’ils pouvaient composer la trame de mon existence! Comme si je me défaisais de la responsabilité de mon propre destin, bâti sur un hasard… sûrement aveugle!

Je l’ai choisi, lui, Gautier, plutôt qu’un autre.

Je ne sais pas pourquoi, mais il fallait que ce fût lui!

Je pourrais dire que c’est son fameux charme, dont il joue si bien, qui m’a… piégée! Mais je préfère chercher des motivations plus compliquées, plus valorisantes pour ma personne… Quoi? Je serais pareille à toutes les autres? …Conquise par son charme! Par son regard intense!

Gautier n’est pas devenu le centre de ma vie, il a infiltré toute ma vie, les moindres recoins de ma vie! J’ai tout fait passer par lui, ma tendresse, mon amitié pour d’autres, mes passions, mes désirs, mes rêves, tout est passé par le tamis de mes grands sentiments pour lui.

J’ai eu l’impression d’évoluer dans la transparence. Je n’avais aucune conscience de la démesure. Son sourire, de toute façon, pavoisait au-dessus de tout, ouvrait toutes les portes, autorisait tous les élans. L’amour m’a fait perdre la raison, je n’en doute plus! Moi qui défendais, bec et ongles, une liberté que je jugeais primordiale, moi qui me targuais de garder si bien les pieds sur terre, malgré une inclination romanesque évidente, je suis effarée par l’ambiguïté de mon être et surtout l’ampleur des effets d’un tel amour.

J’ai laissé la sagesse au vestiaire, sans m’en rendre compte.

Mon tempérament est marqué par les excès. Ainsi disent les autres! Mes amours, sûrement, frisent l’insupportable, mes mélancolies plongent très au fond de moi, mes énergies voudraient grimper les sommets! Aussi, la vie parfois me renverse avec une redoutable violence.

 

***

 

Pour le meilleur… et pour le pire, je me liais à lui, tout entière, certaine ainsi de contrecarrer d’office les mauvais démons. Je ne doutais pas du tout des vertus de mon amour pour lui, tout scellé d’illusions. Ce qui était blessé en nous, l’amour le sublimerait. J’étais partante pour une relation privilégiée, exceptionnelle. Je le voulais beau, cet ordinaire de vie à deux. Pas question de se laisser bercer sur les vagues des habitudes et de finir par sommeiller dans l’ennui d’une alliance repue, bien installée dans les apparences!

Dans un sens, je n’ai pas été contrariée! Pas le temps de s’engourdir sur des couronnes! Mais je me suis trompée. Je me suis retrouvée dans l’impasse. C’est très commun.

Y aurait-il eu un autre parcours?

Si je n’avais pas suivi l’impulsion fulgurante phénoménale qui intimait aux autres voix de se taire, Gautier, pas un autre!

L’amour fou me répétait : c’est celui-là!

Le véritable coup de foudre! Je ne demandais qu’à me fier à ces voix intérieures qui ne disent que ce que l’on a décidé de toute façon, que ce dont on a envie, sûrement.

J’aurais dû voir! Nos libres fiançailles étaient déjà truffées de signes avant-coureurs. Mais ma perspicacité était devenue tout à fait sélective sinon amorphe. Ma traduction des faits se fourvoyait complètement.

J’aurais dû me méfier de moi-même, de mes images trop idéales, lamentablement idéales! que j’ai calquées sur lui, de ma sensibilité marquée par le manque - ma joue contre la joue de ma mère, mes bras autour de son cou, les myriades de bisous mouillés de l’enfant que j’étais pour ma mère, ça… ça n’avait jamais existé! C’était comme un trou sombre au-dedans de moi, mais je ne le savais pas vraiment encore.

J’aurais dû savoir qu’un homme… n’est jamais tout à fait prince… et que le tempérament masculin, libidineux, n’a souvent rien à voir avec la poésie sensuelle d’une femme, que l’un n’aspire pas à l’autre forcément!