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Si tu veux comprendre le bonheur, il faut l'entendre comme une récompense et non comme un but...., disait Saint-Exupéry. Je vous invite à me suivre jour après jour sur mon Chemin de Foi jusqu'à Compostelle. Je prends le risque de vous dévoiler mon intimité en choisissant de témoigner de mon expérience, de ma vie de pèlerin, avec mes joies, mes doutes et mes difficultés. Quotidiennement, j'ai pu expérimenter les largesses de la Providence et effectuer des rencontres merveilleuses et invraisemblables. Au-delà de l'effort physique, le Chemin de Compostelle nous aide à réfléchir sur soi et sur notre société au travers de rencontres, d'échanges philosophiques ou spirituels. Il n'est finalement qu'un support, un prétexte pour faire le point et nous rendre confiant en l'avenir. Je me suis aperçu en recopiant ce carnet de route qu'il n'avait pas pris une ride avec le temps... Puisse la transcription de celui-ci écrit en 2009, vous donner du courage pour tenter l'expérience, voire la refaire, ou simplement vous aider à affronter la vie. Elle est si douce cette vie qui nous a été donnée, c'est nous qui sommes durs...
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Seitenzahl: 453
Veröffentlichungsjahr: 2025
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C'est vous qui êtes mes témoins déclare l’Éternel...
Ésaïe 43-10
A Guy AUGUSTE,
Président de l'Association des Pèlerins de Compostelle de Montereau-Fault-Yonne (77) de 2002 à 2022.
Je remercie :
Pierre ROCHE, professeur de Lettres, pour ses conseils émérites et sa relecture attentive.
Préambule
Montereau-Fault-Yonne (77), samedi 6 juin 2009, J-22
Chant des pèlerins de Compostelle
Moret sur Loing (77), lundi 8 juin, J-20
Moret sur Loing, lundi 15 juin, J-13
Champagne-sur-Seine (77), lundi 22 juin, J-6
Moret sur Loing, samedi 27 juin, J-1
Moret sur Loing, dimanche 28 juin, Jour J, 28 km
Sens (89), lundi 29 juin, J+1, 21 km
Joigny (89), mardi 30 juin, J+2, 31 km
Auxerre (89, Mercredi 1er juillet, J+3, 35 km
Vermenton (89), jeudi 2 juillet, J+4, 25 km
Vézelay (89), vendredi 3 juillet, J+5, 28 km
Corbigny (58), samedi 4 juillet, J+6, 31 km
Saint-Révérien (58), dimanche 5 juillet, J7, 20 km
Guérigny (58), lundi 6 juillet, J+8, 30 km
Nevers (58), mardi 7 juillet, J+9, 17 km
Saint-Pierre-le-Moutier, mercredi 8 juillet, J+10, 32 km
Valigny (03), jeudi 9 juillet, J+11, 36 km
Bouzais (18), vendredi 10 juillet, J+12, 32 km
Le Châtelet (18), samedi 11 juillet, J+13, 27 km
La Châtre (36), dimanche 12 juillet, J+14, 31 km
Cluis (36), lundi 13 juillet, J+15, 27 km.
Cuzion (36), Mardi 14 juillet, J+16, 31 km
La Souterraine (23), Mercredi 15 juillet, J+17, 39 km
Châtelus-Le-Marcheix (23), jeudi 16 juillet, J+18, 40 km
Saint-Léonard-De-Noblat (87) , vendredi 17 juillet, J+19, 30 km
Limoges (87),Samedi 18 juillet, J+20, 22 km
Flavignac (87), Dimanche 19 juillet, J+21, 27 km
La Coquille (24), Lundi 20 juillet, J+22, 31 km
Sorges (24), Mardi 21 juillet, J+23, 36 km
Saint-Astier (24), Mercredi 22 juillet, J+24, 40 km
Mussidan (24), jeudi 23 juillet, J+25, 24 km
Sainte-Foy-la-Grande (33), Vendredi 24 juillet, J+26, 29 km
Sainte Ferme (33), Samedi 25 juillet, J+27, 25km
La Réole (33), Dimanche 26 juillet, J+28, 20 km
Bazas (33), Lundi 27 juillet, J+29, 25 km
Le Billon (33), Mardi 28 juillet, J+30, 27 km
Roquefort (40), Mercredi 29 juillet, J+31, 28 km
Mont-de-Marsan (40), jeudi 30 juillet, J+32, 29km
Hagetmau (40), Vendredi 31 juillet, J+33, 30km
Orthez (64), Samedi 1er août, J+34, 28 km
Sordes-L'Abbayes (64), Dimanche 2 août, J+35, 25km
Bayonne (64), Lundi 3 août, J+36, 41 km.
Ciboure (64), Mardi 4 août, J+37, 28 km
Irun (Espagne), Mercredi 5 août, J+38, 16 km
San Sebastian, jeudi 6 août, J+39, 30 km
Azkizu, Vendredi 7 août, J+40, 30 km
Markina-Xeimen, Samedi 8 août, J+41, 42 km
Gernika, Dimanche 9 août, J+42, 25 km
Portugalete, Lundi 10 août, J+43, 52 km (dont 15 km en métro)
Castro Urdiales, Mardi 11 août, J+44, 28 km
Santona, Mercredi 12 août, j+45, 37 km
Santander, Jeudi 13 août, J+46, 33 km
La Revilla, Vendredi 14 août, J+47, 64 km (dont 20 km en train)
LIanes, Samedi 15 août, J+48, 42 km
Dimanche 16 août, San Esteban, J+49, 40 km
Sebrayo, Lundi 17 août, J+50, 28 km
La Vega, Mardi 18 août, J+51, 23 km
Venda Del Escamphero, Mercredi 19 août, J+52, 37 km
Salas, Jeudi 20 août, J+53, 42 km
Borres, Vendredi 21 août, J+54, 40 km
Berducedo, Samedi 22 août, J+55, 32 km
Granda De Salime, Dimanche 23 août, J+ 56, 21 km
Fonsagrada, Lundi 24 août, J+ 57, 29 km
Castroverde, Mardi 25 août, J+58, 32 km
San Roman De Reporta, Mercredi 26 août, J+59, 42 km
Arzua, Jeudi 27 août, J+60, 42 km
Santiago, Vendredi 28 août, J+ 61, 36 km
Santiago, Samedi 29 août, J+62,
Dimanche 30 août, Santiago, J+63
Retour en car, Lundi 31 août, J+64
Moret-sur-Loing, Lundi 1er septembre, J+65
Prière du matin
EPILOGUE
Je vous invite à me suivre sur mon Chemin de foi jusqu'à Compostelle. Que vous soyez croyant ou non croyant, juif, musulman, laïc, peu importe, j'ai choisi de vous témoigner mon intime expérience.
Je suis né en 1955. Je suis chrétien de religion catholique. J'ai été baptisé à l'âge de quatre ans, mes parents n'étaient sans doute pas trop pressés...
Je crois profondément en Dieu. Je comprends parfaitement qu'on ne puisse pas croire en lui. Je ne peux malheureusement pas prouver qu'il existe, même si j'en suis absolument convaincu, et personne ne peut me prouver le contraire. Il s'agit là d'une intime conviction, d'un mystère, d'une expérience personnelle...
Le 28 juillet 2024, j'ai été invité par l'Association des Pèlerins de Saint-Jacques à la messe annuelle organisée chaque année à Ville Saint-Jacques (77). Je venais de finir mon second ouvrage sur mes grands-parents intitulé « RESISTANTS MALGRE EUX ». Durant la cérémonie, j'ai ressenti une sorte d'appel :
Et maintenant, si tu retranscrivais ton carnet de route de pèlerin vers Compostelle...
Je prends beaucoup de plaisir à écrire, mais ce carnet avait juste pour vocation de rester dans un tiroir à l'intention de ma famille. En quoi cela intéresserait-il donc les autres ce que j'avais vécu, mes doutes, mes difficultés, mes rencontres, mes questions ? Est-ce bien raisonnable de s'exposer, se dévoiler ainsi intimement ? Dès lors que l'on publie, l'Autre entre dans notre intimité. Deviendra-t-il alors un ami ou un ennemi ? Je suis d'accord si cette intimité peut l'aider à grandir, à se questionner à son tour, à réfléchir. Alors...
Oui Seigneur, ce peut être intéressant de diffuser cette expérience,
mais-aide moi, je ne peux pas le faire tout seul...
J'ai mis un peu de temps avant de me lancer dans cette aventure. Je me suis dit que, dans un premier temps, je pouvais toujours retranscrire mon carnet avec ma petite écriture convertie en pattes de mouche pas toujours très facile à lire. Je verrai bien ensuite si ce témoignage méritait d'être publié ou pas et, finalement, j'ai sauté le pas.
J'ai effectué celui-ci en 2009, il y a donc maintenant quinze ans. J'y ai vécu des moments intenses et des expériences magnifiques, voire magiques. Finalement, cette petite phrase arrivée en milieu de messe a grandi en moi progressivement pour devenir incontournable.
En retranscrivant, j'ai revécu intensément, profondément, une seconde fois mon Chemin. J'ai eu mal aux pieds pendant les huit premiers jours : incroyable non ? J'ai eu les larmes aux yeux et des frissons. J'ai même pleuré parfois en revivant des événements, des rencontres. J'ai pris beaucoup de plaisir à revisiter ce Chemin de bout en bout, à le refaire dans le silence de mon bureau, à y inclure mes photos pour permettre de le rendre plus vivant, plus compréhensible, plus accessible aux autres.
Il s'agit juste de mon expérience, de mon témoignage. Je ne cherche pas à convaincre, je m'expose seulement à votre sagacité. Puisse-t-elle vous donner envie de faire ou de refaire ce Chemin avec un autre regard sur vous, sur les autres et sur l’immensité qui nous entoure...
J'ai beaucoup de respect pour mes frères juifs et musulmans. Nous croyons au même Dieu, ce Dieu unique et éternel. Peut-être s'y retrouveront-ils un peu, beaucoup, passionnément...
J'ai rencontré des laïcs purs et durs qui revendiquaient ouvertement leur incroyance en Dieu et pourtant me parlaient de la Providence. J'ai approché des pèlerins qui refaisaient pour la troisième, quatrième, voire cinquième fois le pèlerinage, en partant à chaque fois d'un lieu différent. Ils cherchaient vraisemblablement quelque chose que j'ai pu dénicher dès le premier voyage.
Amis et curieux, bienvenu dans mon monde, bonne route, Buen Camino et que Dieu vous garde....
Gérard
Ne vous imaginez pas que l'amour, pour être vrai, doit être extraordinaire.
Ce dont on a besoin, c'est de continuer à aimer. Comment une lampe brûle-t-elle, si ce n'est
par l'apport continuel de petites gouttes d'huile dans la lampe ?...
Elle sont les petites choses de la vie de tous les jours ; la joie, la générosité, les petites
paroles de bonté, l'humilité et la patience, simplement aussi une pensée pour les autres,
notre manière de faire silence, d'écouter, de pardonner, de parler et d'agir.
Voilà les véritables gouttes d'amour qui vont brûler toute une vie d'une vie de flamme.
Ne cherche donc pas Jésus loin, il n'est pas là-bas, il est en vous.
Entretenez bien la lampe et vous le verrez...
Mère Théreza.
La Loi scoute sur laquelle je me suis engagé à l’adolescence et qui fut mon fil conducteur durant ma vie :
Le scout met son honneur à mériter confiance.
Le scout est loyal dans toute sa vie.
Le scout partage avec tous.
Le scout est fait pour servir et sauver son prochain.
Le scout est accueillant et combat l'injustice.
Le scout protège la vie parce qu'elle vient de Dieu.
Le scout sait obéir et ne fait rien à moitié.
Le scout a du cran et sourit dans les difficultés.
Le scout respecte le travail et le bien d'autrui.
Le scout est pur et rayonne la pureté.
Ma promesse faite en 1969 à 14 ans :
Sur mon honneur, avec la grâce du Seigneur,
je m'engage à servir de mon mieux Dieu, l’Église et mon pays,
à aider les hommes mes frères en toutes circonstance et à vivre la loi scoute.
Françoise, mon épouse adorée, m'accompagne à l'AG des pèlerins de Saint-Jacques. Elle a lieu comme chaque année mais cette année, pas de chance, il pleut, il mouille, c'est la fête à la grenouille !...
Nous entrons dans le jardin d'une maison bourgeoise à Montereau, celle du Président Guy AUGUSTE. Il nous reçoit en écartant les bras comme si nous nous connaissions depuis la nuit des temps, accompagné de son sourire extraordinaire et d'un petit mot de gentillesse pour chacun de nous.
Un coup d’œil rapide sur l'espace vert nous indique que les tentures sont prêtes pour nous accueillir déjeuner. Mince ! Il fait froid, il flotte et je n'ai pas pris de pull. En revanche, l'ambiance ici à l'air festive.
Nous sommes rapidement tous conviés à monter à l'étage de son pavillon où se tient l'AG. Il y a environ une trentaine de personnes et, malgré nos 54 ans, nous faisons partis des plus jeunes.
Françoise, qui d'habitude vit assez mal dans un milieu qu'elle ne connaît guère, semble détendue.
Une conversation s'avance avec Emmanuelle, ma voisine assise à côté de nous, et se poursuivra tout à l'heure dans le jardin. En quelques instants, nous savons presque tout de sa vie, de son pèlerinage. Puis, brusquement, elle disparaît à nos yeux à la faveur d'une autre rencontre... Curiosité du Chemin de Saint-Jacques où la furtivité des occasions côtoie l'essentiel. Nous n'aurons même pas le loisir de la saluer en fin de journée. Elle restera ainsi pour nous une illusion, un mystère, dans ce tourbillon de sourires et de gentillesse.
Après avoir écouté pieusement le rapport d'activité de l'association que nous découvrons, nous donnons notre adresse pour un éventuel pèlerinage à Jérusalem. Après tout, pourquoi pas, Françoise ne semble pas contre. Je la trouve même très sereine et c'est très bien.
Moi, je le suis un peu moins car depuis mi-mars je me bats avec ce qui semblerait être une tendinite au talon droit. Je crois que j'ai à peu près tout essayé. J'ai écouté tous les conseils des médecins, des soigneurs divers et variés. J'ai, certes, obtenu quelques résultats sans toutefois me sentir encore « opérationnel » et c'est bien ce qui m'inquiète. Je dois dire qu'en arrivant ici, ma décision de partir ou pas, suite à cette satanée tendinite, n'était pas prise. Il me reste encore quelques semaines, mais serai-je physiquement en état le jour J ? Mon angoisse monte au fur et à mesure que le départ approche.
Et puis, j'ai été pris par l'ambiance Jacquaire où la Providence fait partie du quotidien. « Si tu dois partir, tu partiras. Si tu dois t'arrêter en cours de route, tu t'arrêteras, c'est que Dieu en aura décidé ainsi... », me dit-on.
Ils ont presque tous fait le pèlerinage et sont d'un réconfort incroyable. Parfois, ils l'ont fait d'une seule traite, quelquefois sur plusieurs années mettant à profit leurs jours de congés. Il n'y a pas vraiment de règle en la matière, certains s'y sont même risqués plusieurs fois...
Quelle joie émane d'eux ! Nous nous sentons entourés, mais pas étouffés. Une sorte de juste équilibre emprunté de gestes discrets, de petites attentions et de paroles bienveillantes d'encouragement. En tout cas, ma décision est prise maintenant. C'est dit, je pars à la recherche de ce qu'ils ont déjà découvert et visiblement ramené avec eux, cette espèce de chaleur humaine, de fraternité, qui fait tant défaut à notre époque.
Alors que nous prenons congé, Gérald s'approche de nous :
- Tu connais le chant des pèlerins ? , lance-t-il. Et là, spontanément, quelques autres se joignent à lui et chantent ensemble...
- Allez, répète..., me dit-il. Et nous partons avec cette petite fredaine dans la tête, elle ne me quittera plus durant mes marches d’entraînement : « Ultreia...Ultreia...Esusea... Deus Ad Juvanos... ».
- Bon Camino, Gérard !!!, me disent-ils à chaque poignée de main, le regard pétillant d'envie.
Ce fut vraiment une chouette journée et nous avons même pris RDV pour lundi soir avec une pèlerine, Jacky. Elle habite, coïncidence ou Providence, juste derrière chez nous depuis seulement quelques mois...
Recto Verso de mon Crédencial
Tous les matins nous prenons le chemin
Tous les matins nous allons plus loin.
Jour après jour la route nous appelle
C'est la voix de Compostelle.
Refrain :
Ultreia Ultreia Esusea
Deus Ad Juvanos
Chemin de terre et chemin de foi
Voie millénaire de l'Europe
La voie lactée de Charlemagne
C'est le chemin de tous les Jacquets
Et tout là-bas au bout du continent
Messire Jacques nous attend
Depuis toujours son sourire fixe
Le soleil qui meurt au Finistère
JC BENASET
Guy, le président de l’Association, dédicace la première page de mon carnet de route.
Ding-dong.... Il est 19h30 et nous voici chez Jacky autour d'un apéro. Cette petite bonne femme énergique est intarissable sur le Camino qu'elle a parcouru plusieurs fois.
Elle me rassure à propos de ma tendinite, elle, l'ancienne infirmière militaire.
- Tu sais, c'est assez fréquent d'en faire même en cours de route... Il faut surtout bien boire et, si nécessaire , prendre des anti-inflammatoires.
Ça, pour boire, je bois. Au moins 3 litres par jour depuis un mois et demi. Ma situation s'améliore, certes, mais que c'est long !!!...
Nous sommes surpris d'apprendre qu'il vaut mieux revenir de Compostelle en train plutôt qu'en avion car la « transition » est trop rapide... Françoise me regarde déçue.
- Tu sais, poursuit Jacky en la regardant, il faudra attendre quelques jours avant que ton mari ne refasse surface.... Il aura marché 60 à 70 jours, vécu sommairement et sera donc un peu déconnecté d'avec la réalité.... Tous les pèlerins vivent ça. Moi, quand je suis rentrée la première fois, je suis restée prostrée sur mon canapé les trois premiers jours...
Je n'y avais pas du tout réfléchi, mais c'est mieux ainsi que Françoise l'entende avant mon départ.
Peut-être la Providence s'est elle déjà mise en route ? Je dois dire que j'obtiens des réponses à des questions que je ne m'étais même pas encore posées. Chaque rencontre est riche de conseils. Ils arrivent au moment opportun, ni trop tôt, ni trop tard. Je me sens en quelque sorte accompagné, pris en charge, par je ne sais quoi...
Au fond, cette histoire de pied m'a permis de prendre conscience que j'en avais deux et qu'il valait mieux les choyer.
Si je n'avais pas eu ce souci de tendinite, j'aurais continué mes entraînements de course à pied 3 fois 14 km par semaine, j'ai toujours fait du footing. J'aurais alors chargé mon sac à dos, sûr de moi et de ma forme physique, et serais parti sans même prendre le temps de « roder » mes godasses... Réflexion faite, aurais-je été bien loin ?...
Cette fichue tendinite m'a obligé à aller chercher des informations sur Internet, consulter médecin, kiné, ostéopathe et podologue. Bref, à me préparer non pas comme un athlète mais comme un marcheur au long court, pour finalement m'entendre dire qu'il vaut mieux plutôt y aller « mollo ».
Tous les jours, depuis un mois et demi maintenant, je fais presque une heure de gymnastique le matin après le petit déjeuner : abdominaux,.étirements des jambes, assouplissement du dos, car j'ai bien compris que l'un n'allait pas sans l'autre... Bref, j’essaie de mettre toutes les chances de mon côté en me préparant physiquement correctement.
Par ailleurs, j'ai commencé mes sorties afin de roder mes chaussures. Celles-ci s'accompagnent d'un graissage de pieds avec de la crème NIVEA.. Je mesure ainsi, crescendo, ma résistance à la marche : 8,5 km, puis 11,5 km, bientôt 19 km, d'abord sans sac à dos, puis avec...
J'apprends à marcher. C'est bête, non ? Mes semelles orthopédiques et les petites douleurs que j'ai à présent dans les deux pieds m'obligent à me concentrer à chaque pas, un peu comme si je devais marcher sur des œufs. Je m'efforce d'obtenir un pas souple de manière à ne pas trop solliciter mes tendons. Facile à dire, pas si facile à faire...
De plus,à priori, je marche trop vite : 5,3 km/h dès la première sortie. « C'est beaucoup trop ! », m'a dit Jacky. Il faut donc que j'apprenne à marcher à environ 4,5 km/h, notamment durant les deux premières semaines. Elles n'ont pas la réputation d'être des plus faciles. Donc je cherche, je cherche le bon pas, le bon rythme, la bonne enjambée, ni trop lente, ni trop rapide... Et, finalement, j'y arrive...
Moret sur Loing, lundi 15 juin, J-13
Je rencontre le Père James, curé de Moret sur Loing (de 2005 à 2015), pour lui demander, selon la tradition du moyen âge, son accord pour partir en pèlerinage. J'avais déjà obtenu l'accord de ma famille préalablement toujours selon cette même tradition.
C’est un homme affable notre curé, un peu bedonnant, un peu fatigué, la maladie qui devait l'emporter quelques années plus tard faisait déjà son œuvre. C'est une personnalité discrète qui fut fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres. Il fut également Aumônier des artistes, écrivit de nombreux poèmes et réalisa un livre de photos sur la cathédrale de Meaux.
Il est un peu curieux notre Père James. Il a l'air assez sympathique mais en même temps excessivement timide. Nous sommes assis tous les deux face à face autour d'une table dans le presbytère et je ne le sens guère à l'aise avec ma démarche. Il ne me regarde pas en face, provoquant chez moi également une certaine gène. Il ne me pose pas de questions sur ma motivation profonde à prendre le Chemin et reste, au fond, assez superficiel. Que dois-je en conclure ?
- Avez-vous un bâton ?, me lance-t-il soudainement. Il faudra le faire bénir par le prêtre car ce n'est pas moi qui célébrerai la messe, ajoute-t-il. Une autre tradition que j'ignorai...
Mon brave curé, va alors chercher le « cachet historique » de la paroisse dans le tiroir de son bureau pour tamponner mon Crédencial, l'actuel étant trop moderne selon lui. Puis il a couché quelques mots sur mon carnet de route, les premiers. Je suis touché.
Ensuite, nous conversons sur le tourisme en Seine-et-Marne. Il semblerait que la Région Île-de-France envisage de construire un gîte pour les pèlerins à Larchant (77), sur l'axe Paris-Etampes-Orléans, et rétablir ainsi progressivement cet itinéraire historique, aujourd'hui abandonné, vers Compostelle (la voie de Tours arrivant de Paris).
Père James
Il m'apprend par ailleurs, que Jacky a organisé une messe « spéciale pèlerins » pour la circonstance. Le jour de mon départ. plusieurs d'entre eux y seront conviés avec prières, chants jaquaires et donc la bénédiction de mon « bâton ». Moi qui pensais m’échapper un peu incognito à l'issue de la messe dominicale, c'est foutu... La pression est énorme, je ne peux plus me rétracter et suis bien obligé de constater que, non seulement je dois partir, mais je dois également aller jusqu'au bout à présent... Mon destin semble définitivement scellé.
Champagne-sur-Seine (77), lundi 22 juin, J-6
Aujourd'hui, je rencontre le Père Gabriel CONSTANT. C'est toujours avec beaucoup de plaisir que je discute avec ce prêtre ouvrier de presque 80 ans qui continue, malgré son âge, son activité sacerdotale à la mesure de ses possibilités.
Il fait partie de ces prêtres pour qui j'ai beaucoup d'estime. Ce sont, pour moi, les vrais témoins et les vrais représentants de l’Église catholique sur cette terre. Cet homme est l'amour, la douceur, la compassion, la culture, l'intelligence et la compréhension de l'autre réunis.
Je l'avais rencontré il y a quelques mois. Je m'étais alors confié à lui sur mon désir de partir sur le Chemin de Compostelle afin de m'aider à préparer spirituellement mon Chemin. Nous avions discuté et, sur ses conseils, je suis retourné quelquefois à la messe, que j'avais abandonnée depuis de nombreuses années, notamment au Carmel de Saint-Jacques à Avon (77).
Je me suis également efforcé de lire régulièrement les Évangiles. Enfin, j'ai prié chaque jour et me suis mis progressivement à l'écoute du Seigneur, de ses fameux « signes », en l'interrogeant souvent sur ma problématique de pied.
Mais que veux-tu Seigneur ? Pourquoi ce problème qui m'angoisse tant et me pourrit la vie ?
Veux-tu que je parte ou que je reste ?
Ce problème de pied a jeté un trouble en moi et je m'en suis souvent ouvert à lui, comme à un ami. Je lui ai confié également mes gros coups de blues en pensant à mon départ prochain et au fait de quitter ceux que j'aime. C'est dur de quitter ce monde de certitudes où nous avons nos habitudes pour partir vers l'inconnu, même si celui-ci n'est pas foncièrement dangereux. C'est dur de quitter son confort, son épouse, et je profite de tous les petits instants volés pour la regarder encore et encore, imprimer ma mémoire, sentir sa main dans la mienne tout en regardant la télé.
–– Sois confiant, m'a-t-il dit. Remets-t'en à Dieu. Fais ce qu'il te semble juste, mais accepte de t'arrêter si ton corps te lâche. Ce ne sera pas une défaite.
Père Gaby
Ce chemin n'a pas à être un exploit sportif mais plutôt une recherche sur soi-même. Je suis déjà sur le Chemin dans ma tête. J'ai d'ailleurs beaucoup de difficultés à me concentrer sur mon activité à la Ligue des Droits de l'Homme, dont je suis le président en Seine-et-Marne, et décrypte bien des interrogations dans le regard de mes amis ligueurs auxquels je n'ai pas dit que je partais. « Gérard, serait-il en train de nous lâcher ?». Dans mon activité professionnelle et à la maison, c'est un peu la même chose : je suis présent de corps mais pas toujours d'esprit...
- Sois confiant, le corps indique toujours quelque chose dont on ne comprend pas toujours la cause.
Peut-être que consciemment, j'ai une furieuse envie de partir et de réaliser cette aventure mais qu’inconsciemment, j'ai une furieuse envie de rester auprès de Françoise... En y réfléchissant un peu, ce problème de pied est survenu juste après avoir préparé mon itinéraire et calé les gîtes sur mes étapes.
Ce doute est tout de même ancré en moi. Pourquoi Dieu m'inflige-t-il cette épreuve ? Existe-t-il vraiment ?
De fil en aiguille nous discutons avec le Père Gaby et, dans la discussion, il m'informe qu'il doit célébrer la messe à Moret dimanche prochain en l'absence du Père James.
Dimanche prochain !!! Mais alors, c'est la messe de mon départ... Le Père Gaby va célébrer MA messe... Le Bon Dieu ne pouvait me faire plus beau cadeau. Je retire tout ce que j'ai dit. Oui, Dieu existe ! Il donne à ses enfants ce dont ils ont besoin, au bon moment comme, un Père attentionné, même si parfois il les laisse un peu galérer...
Moret sur Loing, samedi 27 juin, J-1
13,4 kg, 13,4 kg, mon sac fait 13,4 kg. C'est beaucoup trop ! Pour bien faire il faudrait le descendre à 12 kg...
Je le redéfais, et à nouveau, je contemple son contenu sur le sol du séjour. Tout me semble pourtant important. Que dois-je vraiment supprimer ?
Je me sépare de deux soupes-minute sur trois, de petites réserves de sel que je m'étais faites, du bâton de colle que j'imaginais important d'emporter pour coller dans mon carnet de route les cartes postales achetées au fil du temps, du « Baume du Tigre », bien connu des sportifs, et de quelques autres bricoles.
Dois-je vraiment emporter mon petit appareil photo ? C'est lourd quand on y pense un appareil photo. Oui, mais comment raconter ensuite tout ce que j'aurai vécu, traversé, vu ? C'est dit, je le garde, en revanche j'abandonne les deux piles de réserve que je m'étais octroyées.
Je pèse longtemps le pour et le contre à propos de mes chaussettes. Je les contemple indécis. En effet, j'emporte cinq paires, plus celle que je porte., Si j'en enlève deux, je gagne 140 grammes., Et merde !!! Je garde toutes mes paires et on verra bien...
Moret sur Loing, dimanche 28 juin, Jour J, 28 km
Nous sommes restés, Françoise et moi, longtemps l'un contre l'autre dans notre lit avant de nous lever. Ce fut un moment de tendresse intense où chaque minute de ce plaisir, à la fois simple et tellement profond, était savouré. La nuit prochaine, nous ne serons plus serrés l'un contre l'autre, nous le savons...
Je t'aime Françoise, comme je n'ai jamais aimé, profondément, sincèrement, passionnément, puissamment.
J'ai tellement prié quand j'étais gosse pour rencontrer une femme qui me permettrait de ne pas connaître la désunion de mes parents. Le Bon Dieu, en te plaçant sur mon chemin, le 27 mars 1979, m'a vraiment exaucé. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir être aussi heureux dans ma vie et je le suis, grâce à toi, à l'immense amour que tu me donnes et aux trois merveilleux enfants que tu m'as faits.
Merci à toi Françoise d'avoir permis ce voyage. Je sais combien cette aventure te coûte. Nous sommes inséparables tous les deux. Je ne te remercierai jamais assez et garderai toujours en moi cette très grande preuve d'amour.
En effet, cette histoire de pèlerinage m'avait intrigué, intéressé même, quand j'étais scout. En même temps, j'étais tellement jeune, j'avais dû classer ce rêve dans un coin de ma mémoire comme on classe les rêves à priori inaccessibles. Bien des années plus tard, en 1990, alors que nous profitions de vacances dans l'Aveyron (12), j'y ai découvert ce Chemin, LE Chemin. Il partait du Puy-en-Velay (43) pour rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Porc (64). Serpentant dans l'Aubrac, il demeurait encore confidentiel mais bien une réalité. Espalion (12) et Estaing (12), villes étapes, avaient même investi dans un refuge pour pèlerins. Il y avait donc bien des cinglés pour tenter de refaire ce pèlerinage moyenâgeux...
Ensuite, un jour de 1998, nous nous sommes rendus au Thalie-Théâtre de Moret pour entendre avec curiosité un type qui, non seulement était allé à Saint-Jacques de Compostelle depuis le Puy-en-Velay, mais était parti de Jérusalem pour gagner à nouveau Compostelle en passant par la Turquie. C'était Guy. Un type extraordinaire, un de ces types simples, heureux, joyeux, positifs, un de ces hommes que l'on aime rencontrer dans sa vie. Il transpirait sa foi et ne tarissait pas sur ses voyages en répondant aux questions.
C'était donc possible. Je gardais précieusement ses coordonnées pour le cas où, mais ma vie professionnelle ne le permettait plus, en tout cas pas tout de suite. Cependant, la petite graine était plantée, resterait à convaincre ma Françoise le moment venu. Mais là, ce serait une autre histoire...
Comment annoncer à l'amour de ma vie que sa moitié partirait bien deux mois faire ce pèlerinage, nous qui ne nous sommes jamais quittés ?
Et puis il y a eu cette grosse déprime en 2007 avec ce foutu boulot. De guerre lasse, j'ai fini par signer une « Cessation Progressive d'Activité ». Je quitterai donc la RATP officiellement le 31 décembre 2009. je ne voyais pas ma fin de carrière si tôt et espérais encore pouvoir travailler quelques années. Mais le sort en a décidé autrement, à moins que ce ne soit déjà la Providence...
Un immense soulagement naquit en moi, je savais que bientôt je quitterai le monde de l'entreprise, ou plutôt celui de l'entreprise RATP. Je ne reconnaissais plus les valeurs de celle-ci. Elles m'avaient animé plus jeune, j'y croyais dur comme fer et m'étais battu intensément.
Organiser le transport de voyageurs, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux, des pauvres, des riches, voilà une tâche gratifiante, le sentiment d'être utile à la société, aux autres Hommes mes frères, et non pas à des usagers, réduits à une masse informe et impersonnelle...
En même temps, j'ai l'impression d'être au bord d'un précipice. Que faire de ma vie à présent, à 54 ans ? Que faire de notre vie, devrais-je dire, car Françoise se trouve désemparée, inquiétée même, avec des revenus diminués de 40% au 1er janvier.
Le Chemin de Saint-Jacques m'est apparu alors comme une nécessité, un besoin pour faire un point sur ma vie, la vie passée, et d'envisager l'avenir, notre avenir.
Lorsque l'on a des moments difficiles et des incertitudes, la meilleure solution n'est-elle pas de s'en remettre à Dieu ?
Seigneur, qu'est-ce que tu veux faire de moi, de nous à présent ?
J'ai mis du temps avant d'en parler à Françoise. Je ne savais pas comment aborder le sujet et il était évident pour moi que nous le ferions tous les deux, malgré ses réticences. Mais sa santé et son dos se sont notablement dégradés ses dernières années. Il devenait évident que, même en faisant de petites étapes, ce serait sans doute trop dur pour elle. Alors partir seul ?
Je ne me rappelle plus vraiment quand et comment j'ai dû aborder le sujet. Ce n'était pas une surprise pour elle car elle savait tout l'attachement que je portais à ce pèlerinage. Je n'en avais parlé à personne sauf à elle et je suppose qu'elle a dû s'en ouvrir à Émilie, notre fille, espérant peut-être trouver un peu de compassion à cette idée farfelue. Mais ce fut tout le contraire. Peut-être notre fille en a-t-elle parlé à Mathieu, mon gendre, qui lui a flairé un projet génial. Bref, Émilie est devenue ma meilleure alliée dans cette aventure et mon épouse, de bonne ou de mauvaise grâce, je ne sais pas, a fini par se ranger à cette éventualité.
Peut-être qu’Émilie en a parlé à Antoine, notre second fils. En tout cas, je n'ai pas eu à le faire et celui-ci, bien que réservé, n'a pas émis un NON catégorique. Quant à Baptiste, mon autre fils, je crois me rappeler que cette éventualité est apparue un jour à table avec Françoise, mais il n'en a pas fait grand cas.
Au fond, c'est bien que cela se soit passé ainsi. Je n'aurais pas trouvé les mots, j'aurais eu trop peur de passer pour un exalté, un fou, un mari abandonnant son épouse, ce qui n'était évidemment pas mon cas.
10h30, je couche mon sac dans l'entrée pour le vérifier encore et encore. Tout à coup, je sens de l'eau sous un de mes genoux posé à terre. Merde ! Il y a de l'eau partout !... Mon sac est trempé. J'ai dû mal fermer le bouchon de ma bouteille et un litre d'eau s’est répandu sur le carrelage... C'est un peu la panique, la messe est à 11h. Décidément, je n'en manque pas une...
Nous arrivons à 10h45 sur le parvis de l'église. Jacky, tout sourire, nous y attend. J'ai le droit à quelques photos comme les vedettes. Je souris. J'ai le souffle court. Je n'en mène pas large.
Le Père Gaby accueille les paroissiens et commence la célébration. Ce fut pour moi un moment fort, puissant. On m'invite à lire la première Lecture. Toute l'assemblée me regarde. Ils doivent me prendre pour un original, voire pour un fou... Nous sommes en 2009, le Chemin de Compostelle est encore un mythe réservé et ne s'est pas transformé en GR. Mais non, à travers leurs regards je sens la sollicitude des uns et des autres. Je vais partir, eux vont rester. Je vais partir peut-être sur un chemin qu'ils aimeraient bien parcourir eux aussi, sans vraiment l'oser. A cet instant, je suis particulièrement ému et touché. Je finis la Lecture avec la chair de poule...
- Combien pèse ton sac ?, me demande alors Guy quand je regagne ma place.
- 13kg...
- C'est trop lourd, tu as trois litres d'eau, c'est trop. L'eau on peut en demander partout...
Moi, je préfère rester prudent. Je sors doucement d'une tendinite et je vais marcher en juillet-août en plein cagnard. On verra bien plus tard, mais pour l'instant, je préfère avoir un sac lourd à un manque d'eau.
Françoise, assise à côté de moi, semble absente.
Son regard est perdu. Je lui prends la main et la lui serre très fort. Elle me regarde et revient à elle. Quelle est agréable cette main, si petite, si douce, tu me manques déjà, tu sais...
Nous récitons le Notre Père et tout le monde se tient debout main dans la main, Françoise à ma gauche, Baptiste à ma droite. Lui, qui tout à l'heure donnait l'air de prendre du recul avec toutes ces « choses spirituelles », me tient fermement la main. Le Notre Père, que j’imaginais chez lui oublié, est dit sans hésitation et avec ferveur. Je suis à cet instant heureux. Si seulement Baptiste, mon fils aîné, si seulement tu pouvais découvrir Dieu comme je l'ai découvert moi-même. Nous ne sommes pas très différents l'un de l'autre. Tu as un côté naïf, un peu comme moi, et un cœur gros comme ça ! Mais, par je ne sais quel artifice, tu caches, tu planques même ce cœur généreux, alors que tu as un cœur d'enfant tout comme moi.
Je pense que c'est une qualité d'avoir un cœur d'enfant. Quand on a un cœur d'enfant, on a naturellement un regard d'enfant. A partir de ce regard, tout est possible, on rêve, et les rêves aident à vivre. Ils nous guident avec espérance, même quand la vie nous a amochés.
Le Père Gaby lors de la messe d'envoi
Oui ! C'est une grande qualité et en tout cas une grand chance que de garder longtemps son cœur d’enfant. L'instant de la communion est un autre moment fort. Je pleure, je ne sais pas pourquoi, submergé par l'émotion sans doute. Que c'est dur de quitter ceux qu'on aime... Puis, je demande à Dieu du courage et je reprends progressivement mes esprits.
Évelyne, une maman catéchiste, me demande si elle peut informer chaque dimanche les paroissiens de ma progression. Quel honneur ! Quelle pression également, car si je m'arrête, tout le monde le saura.... Je lui propose de rencontrer Françoise et de relever les lieux et les dates des étapes. Je suis très touché par la sollicitude des paroissiens que je ne connais pas ou peu. Que fais-je donc d'exceptionnel ? Il y a tellement eu de pèlerins avant moi et il y en aura tellement après...
Puis vint le moment du départ, de l'Envoi comme on dit chez les pèlerins. J'embrasse tout le monde. Je pleure. Je bafouille. Françoise pleure, les enfants pleurent... Est-ce de tristesse, de joie, d'émotion ? Je ne sais pas. Un mélange de tout vraisemblablement. Tout le monde dit qu'il va prier pour moi. J'essaie de trouver quelques mots gentils pour chacun. J'ai l'impression que tous me confient leurs peines, leurs chagrins afin de prier pour eux, là-bas, à Compostelle. Je le prends comme une grande marque de confiance.
Que c'est lourd à porter Seigneur, toute cette souffrance et toute cette confiance qu'ils mettent en moi...
Élisabeth et Bernard, les parents de Mathieu, sont là et ont tenu à m'accompagner. Ils ont de gros soucis avec leur commerce, proche du dépôt de bilan. Je les sens désespérés. Je les aime bien. Ce sont de bonnes personnes et j'ai de la peine pour ce qui leur arrive. Je prierai tous les jour pour que Dieu les aide à trouver une solution.
Claire, la sœur de Mathieu, dont j'ai appris que le couple n'allait pas bien du tout, est là également. Je te porterai aussi dans mes prières Claire. Que le bon Dieu t'aide et te permette d'y voir plus clair en toi et dans ta vie.
Mathieu, je suis très ému en l'embrassant. Je lui glisse à l'oreille : merci... Je sais que c'est grâce à lui si je pars.
Antoine me dit : Prends soin de toi papa..., et toi aussi mon fils. Je lui dis : Je t'aime... Ludivine, sa future épouse, pleure également... Que d'émotions ! Que d'émotions ! Je lui dis que je prierai pour elle, elle qui n'a pas reçu d'éducation chrétienne. Je ne sais pas comment cette expression peut raisonner en elle. Tu vas être la marraine de Théo, le fils d’Émilie et de Mathieu, c'est à la fois un honneur et une responsabilité car, au-delà des cadeaux et de la sollicitude que tu auras vis à vis de lui, Dieu sera présent dans votre relation et pour toujours.
Émilie, qui m'étreint comme jamais. Je t'aime ma chérie.
Sur le parvis de l'église de Moret-sur-Loing
Et mon Baptistou, je le serre très fort dans mes bras. Nous avons choisi ce prénom qui veut dire baptisé. Oui, mon fils, je t'aime profondément et nous avons voulu inscrire en toi, en nous au travers de ce prénom, celui de notre fils aîné, tout ce qui m'aura, je devrais dire nous aura conduits notre vie durant : la Foi. Et toi ma Françoise, mon amour, qu'il est dur cet instant. Il faut absolument que je parte, cela devient trop dur.
Aide-moi Seigneur, je t'en prie, aide-moi...
Françoise me tend une enveloppe contenant un petit mot et une photo de nous tous à Noël dernier. Je ne veux pas le lire. Je la range dans mon sac. Je l'ouvrirai plus tard et prendrai le temps de la savourer encore et encore.
J'agrippe mon sac, un dernier au revoir de la main. Je pleure, ils pleurent tous...Jacky m'attend sur le parvis pour prendre une dernière photo. Je pense très fort en la regardant : Prends soin de ma femme Jacky...Voilà ! Maintenant c'est parti. Quelques personnes de la messe me saluent encore et m'encouragent quand je traverse Moret. Je me retourne une dernière fois en haut de la côte pour regarder au loin ma ville d'adoption, Moret...
Je bois beaucoup. Et au final , je suis heureux d'avoir mes deux bouteilles d'un litre et demi. En fait, durant cette première étape, je vais boire 4,5 litres. Il faut dire qu'il fait très chaud et que nous sommes en plein après-midi.
La carte Michelin que je possède n'étant pas très précise, je me paume et reviens sur mes pas de 2 km. Je fais une halte à Montmachoux (77) et arrive enfin à Villethierry (89) chez Nicole et Pascal, ma sœur et mon beau-frère. Il est 19h30.
Personne. Je prends donc la clé dans le pot de fleurs, comme convenu, et fais comme chez moi. Je commence par prendre un bon bain de pieds, puis une bonne douche. Et comme ils ne sont toujours pas là à 20h30, j'en profite pour écrire ma journée lourde en émotion.
21h, Nicole et Édouard, son fils, arrivent d'un baptême où ils avaient été invités. Ma sœur, toujours aussi charmante et égale à elle-même, me prépare un bon repas. Puis Pascal nous rejoint. Il m'avoue que je vais vivre une expérience intéressante et que peut-être un jour... Nous discutons ainsi jusqu'à 23h30, mais il faut aller se coucher à présent, demain tout le monde travaille...
L ÉGLISE ’ N'EST PAS UNE DOUANE. ELLE EST LA MAISON PATERNELLE OÙ IL Y A DE LA PLACE POUR CHACUN AVEC SA VIE DIFFICILE.
PAPE FRANÇOIS, LA JOIE DE L’ÉVANGILE N° 47
Sens (89), lundi 29 juin, J+1, 21 km
6h du matin, branle-bas de combat, Nicole et Pascal vont aller travailler. Je me lève donc et Édouard dort toujours. Le calme revient. Qu'est-ce que je vais faire maintenant que la tornade matinale des parents en activité est passée ?
Est-ce que j'attends que mon neveu se réveille pour lui dire au revoir et parler un peu avec lui ? Je me dis que les jeunes se lèvent parfois tard et je ne peux pas m'offrir le luxe de me sauver à pas d'heure. Je décide donc d'« appareiller » tranquillement, silencieusement, seul comme je suis arrivé, après avoir laissé un petit mot sur la table de la cuisine...
Assez rapidement, sur la route, il fait une chaleur à crever. Curieusement, je suis pressé d'arriver chez ma mère à Sens (89). Je fais très attention à mon environnement, aux paysages, aux maisons sur ce Chemin... Comme hier, je me dis que je vais peut-être découvrir un petit coin sympa où je pourrais revenir avec Françoise pour y construire notre future maison. J'ai trouvé le petit village de Saint-Sérotin (89) très sympa, coquet, avec des fleurs dans des vasques de-ci de-là, une petite église, presque une chapelle, et même un café.
Durant ma pause, je prends enfin le temps d'ouvrir l'enveloppe et de lire la lettre que m'avait tendue hier Françoise. Beaucoup d'émotions et de larmes, cette lettre me touche.
Je vous aime tous énormément et la relirai souvent, c'est promis...
Enfin, j'arrive à Saint-Martin-du-Tertre (89). Je cherche au loin, à l'horizon, le beffroi de la cathédrale de Sens. Ah Sens, te voilà !... Quelques kilomètres encore et je frappe à la porte du secrétariat de l'évêché où je suis accueilli par une jeune femme. Le prêtre est absent et la brave dame ne sait pas où celui-ci range habituellement le cachet pour tamponner les Crédencials. Je suis un peu déçu et je me contente donc d'un cachet administratif... Allez ! Je reprends mon sac, encore quelques efforts avant de finir cette étape.
Ding-dong... Bonjour Madame, voulez-vous accueillir un pauvre pèlerin pour Compostelle ?... C'est ainsi que je me présente à l'interphone de ma petite mère qui ne m'attendait pas si tôt. Et oui, les pèlerins partent tôt et arrivent tôt, il faut le savoir !
Après avoir englouti une part de clafoutis maison, je lui demande une cuvette d'eau avec du gros sel pour faire tremper mes pieds. Pour l'instant, je n'ai pas à me plaindre, tout va pour le mieux. Je lui donne tous mes vêtements à laver et pars prendre une bonne douche. Ah, ça va mieux, je peux enfin respirer...
Quel plaisir de la revoir, de passer une soirée avec elle !
Elle en profite pour me confier une petite statuette en argent de Saint-Antoine de Padoue contenue dans un petit étui cylindrique en corne. Il mesure environ deux centimètres de long et peut-être un centimètre de diamètre. Elle le tient de sa grand-mère, Eugénie, et l'a gardé toute sa vie. Parfois, elle priait fermement Saint-Antoine en tenant la petite icône dans sa main. Je suis très touché par son geste. A l'aurore de sa vie, ma mère me passe le relais. Merci ma petite maman, j'espère être digne de ta confiance. J'angoisse déjà à l'idée de perdre cette petite chose cylindrique couleur sable durant mon périple.
Elle m'avoue avoir souvent prié Saint-Antoine à la cathédrale de Sens pour que je revienne la voir. Il faut dire qu'en 1997, n'en pouvant plus et sans claquer la porte, je lui avais écrit une longue lettre, l'informant que j'avais l'intention de mettre de la distance entre elle et nous.
Elle s'était montrée vraiment trop odieuse et dure. Françoise, tout comme moi, nous avions de plus en plus de mal à supporter ses réflexions et sa langue de vipère. C'est dommage car, par ailleurs, elle s'était révélée une mère aimante avec ses enfants, peut-être un peu trop d'ailleurs, jusqu'à exclure les pièces rapportées...
Ma maman
Si quelqu'un m'a appris à aimer l'autre, c'est pourtant bien ma mère.
Je m'en rappelle encore. Alors que je devais avoir 7 ou 8 ans, elle me confia un jour un cabas rempli de fruits et de légumes que j'avais bien du mal à porter. Elle me demanda de l'apporter à une vieille dame que nous ne connaissions pas.
Elle habitait quelques maisons après la nôtre, à Livry-Gargan (93). Elle avait remarqué cette voisine au marché le matin même. Cette femme regardait, soupesait les fruits et les légumes sans jamais rien acheter.
Adolescente, ma mère a beaucoup souffert de la faim durant la guerre. Elle en a gardé des traces toutes sa vie. Adulte, par peur de manquer, elle gâchait fréquemment la nourriture. Elle cuisinait, cuisinait, en faisait dix fois trop et les plats finissaient au mieux dans la gamelle des chiens de notre voisin, au pire à la poubelle...
Je n'ai jamais eu à souffrir de la faim. Mais je pense que cette sensation doit être terrible. Elle peut ancrer profondément en nous un traumatisme jusqu'à faire ensuite l'inverse, c'est-à-dire le gâchis.
Je t'aime ma petite mère, avec tes défauts et tes qualités. Je te remercie de m'avoir apporté tant de choses et permis d'être ce que je suis. C'est grâce à toi si j'aime les autres comme mes frères et mes sœurs.
C'est un peu naïf ce que j'écris, je sais, mais c'est ainsi. J'ai une espèce d'immense amour en moi pour l'humanité. Je suis très malheureux lorsque je dois entrer en conflit avec les autres, que ce soit au travail ou dans ma vie personnelle. Je préfère, et de loin, la situation de compromis, en exécutant un pas vers l'autre. Parfois, cela ne semble pas possible, comme avec nos voisins à Moret. Mais là, c'est un peu différent et complètement pathologique (eux, pas moi). J'en arrive même à ne plus détester ma supérieure hiérarchique à la RATP, celle qui m'a fait tant souffrir. On ressort toujours grandi de telles épreuves et on apprend alors à pardonner. A quoi bon la rancœur, elle n'apporte rien...
J'ai de la chance, le Bon Dieu m'a fait une mémoire chancelante. C'est parfois une gêne, en même temps une grâce car, assez rapidement, j'oublie le mal que l'on m'a fait. Je n'en veux plus à personne. Je suis, comme on dit, un « Bienheureux », une espèce de grand niais qui ne voit pas ou plutôt ne veut pas voir la malice des autres.
Pardonner, pardonner, il en ressort toujours quelque chose et nous grandissons un peu plus à chaque fois en sagesse.
Nous sommes à table.
- Tu as l'air triste mon grand, me dit ma mère.
- Non, tout va bien, je t'assure...
En fait, mon pied droit commence à me lancer alors que depuis Moret il me foutait la paix. C'est marrant comment les parents peuvent nous décrypter...
Elle tient absolument à dormir sur la banquette repliable de son petit appartement HLM et insiste pour que je couche dans son lit. Je ne me fais pas trop prier car il est maintenant 21h30 et je tombe de sommeil. Par ailleurs, je sais qu'elle souhaite regarder la télé. Or, si je dors dans le canapé, nous allons nous ennuyer mutuellement.
Avant de me coucher, ma bonne maman a sorti et placé sur la table de la cuisine tout un tas de choses : des bandes, du sparadrap, du charbon actif pour les infections intestinales, des provisions etc...
J'ai beau lui dire que non, vraiment non, j'ai déjà tout, mais je la sens inquiète, angoissée. Partir pour un si long voyage..., me dit-elle. Je lui prends donc une pince à épiler, une épingle à nourrice. Elle semble déjà plus rassurée. J'y ajoute un sachet de dattes et de raisins secs que j'accepte de bon cœur et me voici paré pour le lendemain.
CELUI À QUI ON PARDONNE PEU, MONTRE PEU D’AMOUR.
LUC 7,47
Joigny (89), mardi 30 juin, J+2, 31 km
5h30, maman est déjà réveillée et a même eu le temps de replier le lit-banquette sans m'attendre. Nous prenons le temps de déjeuner tranquillement. Puis je range le Tupperware de pâtes qu'elle m'a préparé la veille et nous nous embrassons avec émotion.
- Sois prudent et si c'est trop dur, arrête. Il n'y a pas de honte. Il ne faut pas foncer. Tu me le jures ?
- Oui maman, je te le jure. Ne t'inquiète pas...
Je l'embrasse tendrement. Nous retenons nos larmes comme si l'un ou l'autre partait définitivement. Ma petite mère, je t'aime...
Je pars pour une journée difficile, je le sais. Aujourd'hui, il va faire très chaud, la distance demeure très importante pour l'une de mes toutes premières journées de marche et je n'ai pas de carte pour me repérer. Pour finir avec ces joyeusetés, je vais longer la RN6 avec son bitume bouillant...Une journée de tous les dangers somme toute !
8h, c'est de la folie. J'ai droit à un flux très important de voitures à la sortie de Sens. L'herbe étant trop haute sur le talus, je marche à contre-sens de circulation sur la bande pointillée peinte le long de la chaussée. Là, je joue un peu à la Playstation, si j'ose dire... Je suis obligé de rester sans cesse concentré sur les véhicules arrivant de face. En fonction de l'attitude du conducteur, tantôt je continue à crapahuter sur la bande pointillée, tantôt sur le talus herbeux.
Le principe reste simple. A chaque semi-remorque rencontré, j'emprunte le bas-côté afin d'éviter l'aspiration d'air à son passage. Pour les voitures, c'est selon... Parfois, je vois les automobilistes s'écarter et mettre leur clignotant. Là, je suis confiant et reste sur ma ligne pointillée. Mais d'autres demeurent mordicus sur leur axe de déplacement et c'est donc à moi de m'éloigner en marchant sur l'accotement. Je remarque qu'assez souvent les conductrices ne s'écartent pas. Je m'en amuse et tente alors de faire mentalement des prédictions. Nana en vue... Écarte-toi bonhomme, c'est moi la boss ! On se distrait comme on peut...
Sur le bas-côté d'une nationale, on découvre vraiment de tout. Je passe sur la puanteur des bestioles butées et les nombreuses pièces de voitures gisant là : courroies, bas de caisse, plastiques et métaux divers, enjoliveurs de roue etc. J'y ajoute évidemment les sempiternelles bouteilles en plastique ou en verre, les canettes et paquets de cigarettes. Misère, quel dépotoir ! Ne pas marcher sur un objet tranchant... Ne pas marcher sur un objet tranchant.. Marcher sur la route... Marcher sur le talus...Ne pas marcher sur un objet tranchant... Ce jeu dure des heures et m'épuise vraiment à la longue.
J'arrive à Villeneuve-sur-Yonne (89). J'entre par le carrefour des « Droits de l'Homme », un bon présage. Cette petite ville me paraît très sympathique, avec deux grandes portes médiévales du XIIIème. Elle ressemble, au fond, un peu à Moret sur le principe des villes médiévales mais en beaucoup plus grand. Quelqu'un à la terrasse d'un café m’interpelle bien gentiment :
- Vous allez où comme ça ?
-
A Joigny...,
dis-je avec un large sourire.
Je n'ai pas encore osé dire A Compostelle, comme si pour moi, ce n'était pas encore une évidence. Pourtant si, j'y vais bien... J'ai quitté à présent mon enveloppe familiale, ma zone de confort, pour marcher vers l'inconnu. Je fais une halte à Armeau (89). Derrière la mairie, il existe quelques bancs ombragés en bordure de l'Yonne. Ce lieu est très sympa. Je pense à toi, ma Françoise, je suis sûr que tu aurais aimé. Je reste sur place plus de deux heures à manger un morceau et à regarder couler le fleuve. Je relis ta lettre et les larmes reviennent. Décidément, je suis incorrigible...
Je repars et cherche quelqu'un qui pourrait me donner de l'eau. Et oui, je continue à boire allégrement mes 4, voire 5 litres par jour, et je n'en ai plus beaucoup. J'entends quelqu'un derrière un portail mais ne voit personne. Je tente alors de demander à cette ombre de l'eau. J'entends alors distinctement d'accord, sans pour autant ouvrir le portail. J'attends bien cinq minutes, pensant même à un plaisantin, et à repartir quand, soudain, l'homme sort et me tend une bouteille. Ouf ! Merci Monsieur...
Je reprends la RN6 mais j'ai mal à présent à ma plante de pied gauche. Je sens qu'une ampoule se forme et je ne peux rien faire, sauf continuer... Putain de bitume ! Mon problème vient vraisemblablement de la dureté de ce bord de route. Il n'y a rien de pire que de marcher sur du bitume...
Villeneuve sur Yonne
J'arrive enfin à Joigny et me dirige tout de suite vers une bijouterie. En effet, j'ai perdu deux de mes quatre vis de ma montre, celles qui tiennent la partie arrière. Je ne sais vraiment pas comment. Mais sans montre, mon aventure devient compliquée. Or, je n'ai pas de portable, par choix. La bijoutière me regarde bizarrement. Je dois lui faire un peu peur avec mon short et mon sac à dos. Je suis tout rouge, sale et couvert de sueur. Heureusement, son sourire revient quand je sors un billet pour payer...
Je me rends enfin au presbytère à côté de l’église Saint-Jean. J'y suis accueilli par le Père Yvan, un homme charmant de 59 ans, autant dire un jeune...
Il est prêtre depuis neuf ans. Précédemment, il était directeur financier d'un grand groupe international. C'est assez marrant comme on peut changer sa vie du tout au tout. Il m'explique alors qu'avant la prêtrise, il avait été également moine quelques années à Vézelay et a accueilli de nombreux pèlerins.
Le Père Yvan
Il me présente une petite chambre. Elle est sobre avec un lavabo et une tablette à côté du lit sur laquelle repose une grande bouteille de Perrier que j'ingurgite presque d'un trait. Il me propose la salle de bains avec baignoire juste à côté, Mais pas d'eau chaude, précise-t-il. Ce sera donc à l'eau froide que je prendrai ma douche et nettoierai mes affaires. On s'habitue à tout...
Puis, il m'invite à la messe à 18h30. Celle-ci a lieu dans un petit offertoire avec un petit autel juste à côté de ma chambre. Je suis lessivé. J'aurais préféré m'occuper de moi et de mes affaires. Mais bon, je ne peux pas refuser, je suis pèlerin après tout.
Nous sommes six exactement. C'est bien la première fois que j'écoute une messe en aussi petit comité. J'y suis chaleureusement accueilli. Une des participantes a effectué le pèlerinage il y a deux ans et m'encourage. L'office en semaine dure peut-être une trentaine de minutes et j'en suis surpris, mais cette intimité m'a séduit.
