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Le 5 avril, le corps inanimé de Salomé Séguin est retrouvé au pied d’un arbre du paisible parc Hugo-Plessie. Dre Flamant, psychologue experte en langage non verbal, se trouve piégée entre la possibilité de soulager la souffrance de ses clients et son instinct pour déceler la vérité. Chaque geste, chaque silence, chaque regard devient un indice crucial, révélant des secrets inquiétants. Dans une enquête où la frontière entre le bien et le mal devient trouble, Dre Flamant se jette dans un labyrinthe tortueux. Sera-t-elle en mesure de respecter ses propres limites, qui s’effritent si facilement face à son enquêteur préféré ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Justine Fortin - Dès l’école primaire, Justine s’évade dans son univers en écrivant des romans. L’écriture, la lecture et la littérature la passionnent donc depuis toujours. Elle adore également les sciences humaines, c’est pour cette raison qu’elle se spécialise en psychologie. Actuellement étudiante au doctorat dans ce domaine, elle dépeint, par sa passion et à travers sa plume, sa future profession.
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Seitenzahl: 349
Veröffentlichungsjahr: 2024
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MONSTRES
Dre Flamant

Justine Fortin
MONSTRES
Dre Flamant

Éditions Lo-Ély
www.editionsloely.com
Facebook : Éditions Lo-Ély

Auteure : Justine Fortin
Facebook : Justine Fortin - auteure
Instagram : @Justine_Fortinn
Direction littéraire :Tricia Lauzon
Révision et mise en page : Lydia Lagarde
Correction et révision :GinetteBédard
Graphiste pour la couverture :Véronique Brazeau
Imprimerie : Marquis
Dépôt légal –
Bibliothèque et Archives nationales du Québec 2024
Bibliothèque et Archives Canada2024
Toute reproduction, intégrale ou partielle, faite par quelque procédé que ce soit, photographie, photocopie, microfilms, bande magnétique, disque ou autre, est formellement interdite sans le consentement de l’éditeur.
Subventionné par :

Imprimé au CanadaISBN EPUB : 978-2-89855-065-2
À Jacquouilles,
Dans toute l’adversité, à travers tous lestypes de combats que tu as mené dans ta vie,
Tu m’as toujours fait comprendre que pour surmonterl’impossible, il fallait que je n’écoute qu’une seule voix
La mienne.
Je suis profondément reconnaissante à tous ceux et celles qui m'ont encouragée (et continuent de le faire) dans mon parcours d'autrice. Votre soutien précieux m'inspire à poursuivre avec passion. À ma famille, mes ami(e)s, mes collègues et mon éditrice, je vous dis un gigantesque « merci ».
Justine Fortin

Miroir du quotidien
Samedi 5 avril, 2 heures 25 AM
Si jamais ses griffes raclent le bord de mon visage,je ne serai plus capable de me tenir.Si jamais ses yeux me dénudent sans retenue,je ne serai plus capable de respirer.Si jamais sa voix atteint mon âme, je ne serai…Mais qu’est-ce que ce bruit?Je sors de ma cachette.Est-ce cette horrible créature qui joue avec mes sens?Le bruit s’accentue, je ne peux faire autre chose que…
Me réveiller.
Mon bras chercha à tâtons pour atteindre mon téléphone cellulaire. Les appels nocturnes annonçaient rarement de bonnes nouvelles. Il y avait une chance sur deux que ce soit Manon-Rose. Son besoin excessif de validation s’était rendu plus d’une fois à perturber mes nuits.
— Allô ? répondis-je en essayant d’éclaircir ma voix endormie.
— Loulou?
Ce n’était pas Manon-Rose. À quoi jouait-il? S’il m’appelait à environ deux heures et demie du matin pour jouer à l’homme en manque d’affection, il n’avait pas choisi le bon moment. Je lui avais dit que c’était terminé. Oui, pour la quarantième fois, mais cette fois-ci était la bonne.
— Je raccroche, William. Je suis fatiguée, finis-je par répondre.
— Non, c’est sérieux. Il faut que tu viennes au poste immédiatement.
— As-tu vu l’heure?
— J’aimerais bien avoir le luxe de pouvoir donner des horaires aux délinquants pour qu’ils commettent leurs crimes durant les heures ouvrables, mais…
— J’arrive.
Je raccrochai. Je ne voulais plus entendre sa voix, je ne voulais pas qu’il me fasse à nouveau la morale. L’écouter parler me donnait l’impression que notre intimité ne s’était jamais arrêtée. Nous devions rester des collègues. Je n’avais plus besoin d’être plus que ça, même si parfois, dans les couloirs sombres du bureau, je pouvais sentir ses yeux sur moi. Ces doux yeux qui me rappelaient que peut-être, juste peut-être, il y avait quelque chose de plus entre nous. Si proche d’obtenir son cœur, mais si loin. Je m’efforçais de l’ignorer, de maintenir cette distance professionnelle afin de préserver la tranquillité de nos relations de travail.
Je sautai hors du lit, l’adrénaline parcourant mes veines, et j’attrapai vivement un pantalon noir et une chemise rose pâle. Le roseapporterait une touche de couleur vive à ma tenue, un contraste nécessaire avec la monotonie de la journée qui s’annonçait. Arrivée devant la porte, je glissai mes pieds dans des bottillons en suède avant de m’observer dans le miroir.
Souhaites-tu réellement qu’il te voie de cette manière?
Je me donnai deux petites claques au visage pour que mon corps réalise bien que j’étais en route vers le poste de police.
3 heures AM
William lorgnait la fenêtre de la porte d’entrée. J’aurais préféré ne pas être attendue à cet endroit,dans l’ombre de la porte, car cela ajoutait une touche d’inconfort à notre rencontre imminente. Pourquoi fallait-il que ce soit lui qui assure le service ce matin et non son collègue?
Lorsqu’il me vit arriver, il s’empressa d’ouvrir la porte, tel un gentleman, et j’entrai, arborant une mine sévère.
— Bon, que s’est-il passé ? me dépêchai-je de demander pour éviter ses questions anodines.
— Bon matin à toi aussi, Loulou, répondit-il en posant sa main sur mon épaule.
— Ne m’appelle plus comme ça, rétorquai-je bêtement en retirant sa main d’un brusque mouvement de bras.
— Quelqu’un s’est levé du mauvais pied ce matin, qu’est-ce…
— William, pourquoi suis-je ici? répétai-je en évitant son regard.
Si je commettais l’erreur de plonger mes yeux dans son regard, je perdrais la carte à nouveau. C’était une évidence telle le nez au milieu du visage. Je le savais, il le savait, nous le savions tous les deux.
— Viens, suis-moi. Allons dans mon bureau, pour que je puisse t’expliquer.
— Parfait, monsieur le détective, lâchai-je.
Il détestait que je l’appelle ainsi, mais il jouait vraiment avec mes faibles nerfs. Je le suivis à pas mesurés, mes bottillons raisonnant faiblement sur le sol carrelé alors que je m’approchais de lui avec une subtile réticence. Une fois arrivée à sa chaise, je choisis la mienne, prenant le temps de la déplacer légèrement pour me retrouver le plus loin possible de lui. Mon geste permettait de créer une distance physique, qui reflétait la ruine émotionnelle entre nous. Chaque centimètre nous séparant me servait de barrière supplémentaire. Parfait, concentre-toi sur ce qu’il y a d’important.
Et ce n’est pas lui.
William me proposa un café, que j’acceptai sans hésiter. Bien sûr, monsieur le détective avait le droit à sa propre machine Nespresso.
Il déposa une tasse fumante devant moi et alla fermer la porte. Je n’aimais pas du tout ça. Il jouait à un jeu dangereux.
Ressaisis-toi. Ne le regarde pas, tiens ton bout. Tu es ici pour travailler. Tu es ici pour travailler.
— Pour faire ça simple et rapide, nous venons de trouver le corps d’une victime dans le parc Hugo-Plessie.
— Une victime? Vous avez écarté toute possibilité que ce ne soit pas un meurtre?
Je ressentais une aversion profonde pour les cas de meurtres. Chaque fois que je me trouvais confrontée à ces affaires, un malaise insidieux s’installait en moi. Un peu comme une sueur froide qui se glisse le long de notre colonne vertébrale. Ma quête de justice était plus facilement assouvie par d’autres types de crimes.
— C’est officiellement une victime.
J’attendis quelques secondes qu’il poursuive, mais il avait recommencé à boire son café comme si le dossier était clos. Pour être simple et rapide, il avait réussi. Hugo-Plessie était le plus gros parc du pays, je me demandais comment ils avaient réussi à trouver un corps à travers toute la forêt. Avait-il réellement besoin que je le guide pour qu’il me donne plus de détails sur le dossier? Pas maintenant. Attends le moment idéal.
Je choisis de ne pas lui poser de questions, car cela ne faisait pas partie de ma mission de comprendre les détails spécifiques du crime concernant le « comment » et le « quoi ». En revanche, j’avais toujours une pensée pour la victime, je souhaitais toujours savoir « qui ».
— Connaît-on l’identité de la victime? demandai-je, sur un ton qui se voulait professionnel.
— On est là-dessus, la victime n’avait rien sur elle. Je t’épargne les photos, mais nous sommes certains que c’est une jeune femme ou une adolescente. Ça reste à confirmer.
Oh non…
— Un meurtre contre une adolescente?
Une rage sourde montait en moi. L’idée qu’un être innocent, encore si jeune et vulnérable, puisse être victime d’un acte aussi impardonnable me plongeait dans un tourbillon de colère et de désespoir. Voilà. C’était la raison pour laquelle j’évitais les cas de meurtres. Impossible pour moi de ne pas m’indigner et de rester neutre.
— Loulou…
Je levai les yeux au ciel. Il devait arrêter de m’appeler comme ça, même si c’était pour me réconforter. Fais diversion, reprends le dessus de la conversation. Je devais passer en offensive.
— Donc, si je comprends bien, ma présence ici signifie que tu préfères que je me charge de contacter la famille de la victime, n’est-ce pas? poursuivis-je.
— Non, ce n’est pas pour ça que je t’ai fait venir.
Ah, bon? D’où venait l’urgence, dans ce cas?
— J’ai besoin que tu viennes avec moi pour interroger les témoins, déclara-t-il.
— Maintenant? m’étonnai-je.
J’avais réussi à me motiver à me rendre au commissariat de police, mais je n’étais pas prête à interroger des témoins. Je ne connaissais rien de l’affaire et encore moins des personnes à interroger. Il me jetait dans la gueule du loup et j’avais seulement envie de dormir.
— Oui, maintenant. Pourquoi t’aurais-je fait venir sinon?
Il y avait tellement de raisons, mais je voyais clair dans son intention. Je n’étais pas d’accord et il le savait.
— Tu connais mon opinion sur le fait de questionner des témoins qui viennent tout juste de vivre un choc émotionnel. Tu devrais leur laisser le temps de digérer, de comprendre, de…
— On n’a pas de temps à perdre! Je ne fais que suivre les procédures.
J’étais sidérée de constater que le milieu de ma phrase avait interrompu le début de la sienne.
— Les procédures, vraiment?
William était rarement enclin à suivre les procédures établies. Ses ambitions démesurées pour propulser sa carrière au sommet, au mépris des règles, l’avaient souvent égaré sur des chemins détournés. La soif insatiable de réussite l’avait maintes fois conduit à s’affranchir des normes établies, compromettant ainsi parfois ses propres objectifs à long terme. Le pire dans tout ça, c’était que je l’avais aidé à le faire. Il savait très bien que j’excellais dans le rôle du petit soldat, prêt à exécuter ses ordres. « Oui, caporal! », comme si ces mots me servaient de source d’apaisement. Aider quelqu’un, se sentir utile, qui ne souhaite pas ça? Je pouvais le sermonner sur les procédures pour éviter d’être au garde-à-vous face à sa demande, mais ça ne servait à rien de tenter de le raisonner à faire autrement. Et, si ça me permettait de l’aider… ? C’était un cas de meurtre, ce que j’évitais le plus possible. Mon engagement envers la justice pesait sur mes épaules, mais cela pouvait être à double tranchant. Mets tes limites, mais accepte le défi.
— Tu n’auras pas beaucoup de matériel avec lequel travailler, l’avertis-je.
Je savais que peu de témoins allaient parler, et ce, avec raison. Je comprenais leur méfiance quant au risque de dévoiler des informations sensibles. Je n’avais aucune intention de leur forcer le bras. La confiance entre ces témoins et moi s’installerait avec le temps. William bénéficierait de faire de même pour obtenir des témoignages plus réfléchis et justes. Cependant, je le connaissais par cœur : « le temps ne fait pas de cadeau » était sa phrase préférée alors que la mienne était tout le contraire. « Le temps révèle tout ».
— Tout ce qui est dit ou non dit peut-être une piste. Pour l’instant, rien n’est à négliger.
Je pris une gorgée de café, sachant très bien que la fuite n’était pas une issue possible.
— Allons-y. On a du pain sur la planche.
— Il n’y a que toi qui puisses les interroger? m’informai-je.
Je ne voulais pas être avec lui, seule. Il savait pertinemment que j’essayais de l’éviter, aucun effort n’était fait de ma part pour le cacher. Je voulais qu’il sache que j’étais prête à interroger ses témoins avec n’importe qui. Sauf lui. Autrement, je ne pouvais pas garantir la qualité de mon travail.
— Oui, et que toi, comme psychologue, qui puisse si bien les lire, renchérit-il.
Il essayait de m’amadouer. Tiens ton bout.
— Je ne lis les pensées de personne. Je ne fais qu’observer, comprendre, écouter.
William faisait probablement référence au fait que mon expertise était majoritairement sur le non-verbal de mes clients. Les gestes, les comportements, les silences et les absences constituaient la force de mes interventions. Je ne manquais pas un seul détail, car pour moi, les mots n’étaient qu’accessoires à la thérapie.
— Peu importe, me coupa-t-il. Préfères-tu être dans la salle avec moi ou derrière avec…
— Derrière, le coupai-je à mon tour. Donne-moi tous les documents nécessaires pour que je puisse me mettre à jour et je serai prête d’ici vingt minutes.
Je lui tendis ma main afin qu’il me donne les documents confidentiels. Il soupira lentement et me remit la paperasse. Sa main effleura la mienne durant cinq… six… sept… secondes. Je me reculai afin de sortir immédiatement du bureau. Je n’étais plus sa Loulou.
En serrant les documents contre ma poitrine, je repris vie. Dre Flamant était prête à affronter ce nouveau cas.
heures 07 minutes AMJ’étais assise derrière le miroir sans tain aux côtés des collègues de William. L’atmosphère de la pièce était fébrile et silencieuse, nous attendions tous et toutes que l’interrogatoire commence. Le premier témoin s’appelait Eliott Gagnon, un jeune adolescent de treize ans. Il était assis, les épaules affaissées vers l’avant, un capuchon sur la tête. Il grattait sans cesse ses paumes de main. Un tic nerveux qu’il avait probablement pris de sa mère, qui était assise à côté de lui et faisait la même chose.
— Eliott, tu n’as rien à craindre. C’est important que tu comprennes qu’en aucun cas, tu n’es en état d’arrestation. Je n’ai simplement que quelques questions à te poser, fit William, dans la salle d’interrogatoire.
— Oh… ça commence. Allez, Willy! s’exclama Philippe, son collègue.
Je me créai une bulle personnelle. J’avais besoin de toute la concentration qu’il me fallait pour bien cerner mon potentiel client. J’inscrivis à mon cahier : ELIOTT, BAVARD DE SES MEMBRES.
Eliott était si inconfortable qu’il n’allait pas parler, je le sentais. William voulait aller de l’avant et tenter de lui tirer les vers du nez. Bonne chance à lui. Cette fois-ci, son charme ne serait pas suffisant pour obtenir ce qu’il voulait.
Vingt minutes plus tard, j’observai Eliott, atterré, sortir de la salle d’interrogatoire avec sa mère, tout aussi bouleversée. William se gratta la tête et n’osa pas regarder dans notre direction. Il était mauvais perdant et je savais qu’il s’en voulait de ne pas avoir pu soutirer les informations qu’il espérait de son témoin.
— C’est moi qui interroge le prochain! s’excita Philippe à ma droite.
Philippe se comportait comme si nous étions dans un jeu. Il ne réalisait pas qu’il y avait de vraies personnes impliquées dans cette affaire. De vraies émotions. De vrais traumatismes.
— Essaie de faire mieux que lui! lui répondit Logan en riant.
Logan était le bras droit de William. Toujours très déplacé, il manquait continuellement d’empathie. Une belle brochette d’hommes qui s’encourageaient dans leur masculinité parfois toxique. Bravo!
— William ne pouvait faire mieux avec Eliott, le défendis-je.
Pourquoi devais-je toujours le protéger? Ce n’était plus à moi de le faire. Il était assez grand pour gérer ses collègues machos. William entra dans la pièce, l’air désespéré. Il me regarda, mais je fis mine de me concentrer sur le prochain témoin : Franka Cyr. Selon son dossier, elle avait passé quelques années en prison, mais ça faisait déjà plus de cinq ans qu’elle avait réintégré la société. Je savais tout de même que ça influencerait la manière dont elle serait interrogée par Philippe. Il allait l’attaquer comme si elle était une suspecte, alors qu’elle n’était actuellement qu’une témoin.
— Alors, Franka, on s’ennuyait des embrouilles et des scènes de crime? lança Philippe avec un rire hautain.
Franka lui renvoya un regard moqueur. J’étais consternée par rapport à cet échange, mais pas du tout étonnée.
— Il ne peut pas commencer comme ça, il va tout faire foirer, crachai-je avec dédain.
Attaquer son témoin de manière agressive ne ferait que susciter davantage d’hostilité. Il était parvenu à installer une atmosphère de méfiance, ce qui ne lui rendrait pas service du tout.
— Laisse-le faire, c’est sa technique.
Je n’aimais pas du tout ça. Je réalisai que William avait posé sa main sur mon épaule pour que je me calme. Je croisai le regard de Logan qui rit dans sa barbe à la suite de son geste. Son comportement empreint de sexisme semblait lui passer dix pieds par-dessus la tête, ce qui lui permettait de rehausser sa confiance en lui. Une confiance qui était inébranlable devant ses collègues. Ne rentre pas dans son petit jeu. Être l’objet de ses énièmes moqueries n’était pas au top de ma liste d’intérêt et je n’avais pas assez dormi pour faire preuve de patience.
Je me levai d’un bond en me dirigeant vers la porte de sortie.Mon départ me servirait de bouclier contre toute tentative de dénigrement.
— Mais où vas-tu? On ne fait que commencer. Tu sais qu’on a besoin de toi! m’intercepta monsieur le détective.
— Je vais rencontrer chaque témoin la semaine prochaine dans un environnement plus sain et plus convivial.
— La demoiselle est fâchée, parce qu’on n’invite pas chaque témoin à prendre le thé ? dit Logan derrière William.
Je regardai William en espérant qu’il réagisse en ma faveur, en espérant qu’il me défende comme je le défendais à tous les coups, mais rien. Encore pire. Un sourire en coin encouragea ses collègues à continuer de se moquer de mon humanité. Ainsi soit-il, mon cher.
Je quittai la pièce avec rage en direction du stationnement. Les mêmes pensées tournoyaient dans ma tête, tentant de me convaincre que j’avais pris la bonne décision en m’éloignant de lui. Je ne passais jamais avant ses collègues. Je ne passais jamais avant sa carrière. Je ne passais jamais avant sa douce moitié.
L’irrésistible dépendance
Dimanche 6 avril, 9 heures AM
J’entendis le son de la sonnette retentir à travers ma cuisine. Je ne savais pas qui pouvait se présenter chez moi à cette heure de la journée, un dimanche matin. Ma nuit n’avait pas été récupératrice et maintenant, mon sommeil allait encore être fragmenté. Je restai allongée en espérant que ce n’était qu’une erreur d’adresse.
La sonnette retentit de nouveau. J’aurais espéré que la personne renonce, mais je me levai de mon lit pour aller ouvrir la porte. La silhouette qui se dessinait à travers celle-ci me fit soupirer.
William.
Il n’avait plus accès à ma clé depuis vendredi dernier. C’était la meilleure décision que j’avais pu prendre depuis des lustres, du moins, le concernant.
— Quoi? dis-je en entrouvrant la porte.
— On doit parler du cas. Je suis à deux doigts de me faire retirer l’enquête, je dois absolument prouver que je suis assez compétent pour mener l’affaire, je dois…
J’observai ses lèvres remuer comme quelqu’un qui tente de mastiquer un fibreux morceau de viande. William avait tendance à laisser son anxiété l’emporter lorsque les choses n’allaient pas comme il l’espérait. Cependant, à travers tous les sons qui sortaient de sa bouche, je ne pensais qu’à une chose.
— Qu’as-tu dit à Alyanna?
Il leva les yeux au ciel. William n’aimait pas quand je prononçais le prénom de sa douce moitié. Ça détruisait son monde de licornes, dans lequel il pouvait mener une double vie sans que les deux univers coexistent. Je lui avais clairement dit que je ne pouvais plus faire semblant. Alyanna existait, l’aimait. Alyanna était celle qu’il présentait à tout le monde comme sa conjointe.
— Elle comprend que je doive travailler.
— Ici?
Je faisais exprès de le provoquer. Tu peux même aller un peu plus loin. Je me mis à refermer la porte, mais son pied se coinça juste à temps dans la petite ouverture qui nous séparait.
— Loulou…
Mes doigts s’enfoncèrent dans le bois de ma porte, comme une empreinte de ma lutte intérieure contre mon désir ardent de céder à la tentation. Chaque fibre sous mes doigts me servait d’avertissements muets pour m’aider à résister. Il ne pouvait pas entrer à l’intérieur. Je restai fidèle à ma décision. Bravo, continue comme ça!
— Tu sais que j’ai besoin de ton expertise…
William avait les mots justes, mais ce n’était pas suffisant. Mon expertise pouvait attendre à demain, sur mes heures de travail.
— J’ai quelque chose à te montrer sur l’enquête, promis.
Recevoir des indices en primeur sur le crime était un privilège sur lequel je ne pouvais pas cracher facilement. Chaque parcelle d’information, chaque indice, était une pièce précieuse du puzzle. J’avais besoin d’ouvrir la fenêtre sur l’obscurité du crime. William balançait le dossier de gauche à droite devant moi, comme un éventail d’évidences tangibles, cherchant à me convaincre de l’authenticité de ses propos. Bien joué !
Pourquoi fallait-il que je le félicite de m’avoir semée?
— Rentre, dis-je en me reprochant ma faiblesse.
Monsieur le détective entra dans mon vestibule, puis retira ses souliers. J’allai nous préparer du café, espérant que je puisse travailler efficacement malgré mon manque de sommeil.
— J’espère que tu es prête à voir les images de la scène du crime, déclara William depuis la salle à manger.
Il ne me donnait jamais le choix de toute façon. Les photos devaient déjà être étalées sur ma table. Je ne pris même pas la peine de lui répondre, trop concentrée à essayer de choisir nos tasses dans mon armoire. J’ajoutai un peu de lait dans chacune des boissons fumantes avant de le rejoindre. J’avais visé dans le mille. Toutes les photos étaient bel et bien éparpillées sur la table, me coupant l’appétit. Je pris une gorgée de mon café pour m’aider à me ressaisir.
— Merci, Loulou, dit-il en prenant sa tasse à son tour.
Je soupirai. J’avais la conviction qu’il allait arrêter de m’appeler comme ça, s’il voyait que je ne réagissais plus comme avant. Pourtant, ce surnom avait du vécu et me donnait des papillons dans l’estomac. Will… William était si beau quand ses enquêtes envahissaient sa tête et qu’il ne lâchait pas le morceau. Son regard brûlant d’intensité ainsi que sa détermination palpable le rendaient irrésistiblement captivant.
Non, il fallait que je me ressaisisse.
Je pris une profonde inspiration, détournant mon attention de sa présence magnétique pour me recentrer sur le dossier.
— Je suis prête, déclarai-je.
Il me pointa un premier cliché. J’observai le dos d’une jeune fille aux cheveux roux, dont le corps était face contre terre. Ses bras étaient étirés au-dessus de sa tête et recouverts d’ecchymoses. Sa robe blanche à dentelle avait été ravagée par des déchirures et des éclats de sang. Son corps était enseveli de feuilles mortes, ce qui était étrange au mois d’avril, surtout dans le parc Hugo-Plessie. Ce parc était verdoyant. Ce n’était habituellement pas la décrépitude qui régnait comme ce que me projetaient les clichés.
— Nous avons identifié la victime hier : Salomé Séguin.
Son regard semblait exiger une réaction de ma part. Le nom ne me disait absolument rien. Je haussai les épaules en hochant la tête pour lui faire comprendre que je ne savais pas qui elle était.
— C’est la fille du président de GLOIRE INC.
— …
— Le multimillionnaire? Tu dois avoir plus d’un de ses produits qui vient d’une de ses compagnies…
— Vous allez avoir les médias collés au cul, l’avertis-je.
— Pas juste les médias, mes supérieurs aussi. C’est déjà le cas. On ne peut pas se tromper. Je ne peux pas me tromper.
Ne cède pas. Ne cède pas. Et puis à quoi bon me retenir?
— Tu ne vas pas te tromper, William. Ça fait des années que tu travailles pour avoir une enquête de cette envergure. Si toi tu doutes, sache que moi, j’ai confiance en tes aptitudes, l’encourageai-je.
Il plongea son regard dans le mien, une seconde. Deux secondes. Trois secondes. Quatre secondes. Ça suffit. Je toussotai pour faire diversion et il dirigea son attention à nouveau sur les photographies.
— Ce qu’on comprend, c’est que Salomé Séguin a eu un rendez-vous dans ce parc qui s’est terminé autour de vingt-deux heures.
— D’accord. Jusqu’ici, rien d’anormal.
— En effet, mais écoute ça. Salomé a été trouvée aux petites heures du matin. Donc, la grande question est : que s’est-il passé entre vingt-deux heures et le moment où son corps a été trouvé ?
Il y avait un million de réponses possibles à cette question.
— Avec qui était son rendez-vous?
— Aucune trace de ça. Ce n’est basé que sur les paroles de son père.
Je soupirai. Il manquait beaucoup de détails pour en venir à une conclusion satisfaisante.
— C’est là que les témoins entrent en jeu. As-tu pu lire les documents que je t’ai donnés hier?
— Oui, absolument. Je ne comprends pas comment toutes ces personnes se retrouvaient au parc Hugo-Plessie au même moment, avouai-je.
— Le parc Hugo-Plessie est gigantesque, je ne trouve pas cela improbable. C’est surtout l’heure à laquelle ça s’est passé. Normalement, ce n’est pas ce genre de personne qui rôde dans les parcs en soirée…
— Il y a quelque chose qui cloche.
— J’ai besoin que tu creuses. Peux-tu aller les rencontrer cette semaine?
Il revenait au front avec ses demandes hors de proportion. Je ne pouvais pas lui refuser. Je n’étais pas capable et il le savait très bien.
— Je vais voir ce que je peux faire. De quoi as-tu besoin exactement?
— Du profil de chaque témoin, dit-il en ramassant les photos.
— Parfait. Tu ne vas pas me présenter le reste des preuves?
— Ce n’est pas nécessaire.
— William, on est une équipe ou on ne l’est pas? J’ai besoin de toutes les informations possibles pour pouvoir t’aider.
Il arrêta d’empiler les photographies, un petit sourire en coin.
— Quoi? demandai-je en sachant très bien que je rentrais dans son petit jeu.
— Je pensais que tu ne voulais plus qu’on soit une équipe.
— Tu sais ce que je voulais dire. Là, je parle d’une équipe professionnelle, William.
Je devais me ressaisir, je perdais la carte beaucoup trop facilement avec lui. Il me présenta les autres photographies et les détails qu’il avait obtenus. Je compris pourquoi il ne souhaitait pas me les montrer au départ, ce n’était effectivement pas pertinent pour mon mandat. J’aidais les témoins à mieux aller, alors que lui, les témoins l’aidaient à résoudre son enquête.
— Nous devrons discuter après chaque rencontre que tu auras cette semaine : le plus de matériel j’obtiens rapidement, le mieux ce sera. Si tu arrives à les faire parler ou à les faire venir au poste, je suis preneur.
— Ils ont le devoir de collaborer à l’enquête si ce sont des témoins, lui rappelai-je.
— Il nous manque de preuves, il nous manque trop d’éléments pour assembler l’image complète, qui me permettrait de passer à l’étape de leur tordre le bras pour parler. Ils nous ont dit des balivernes selon moi, mais encore une fois, selon la loi, je ne peux pas les forcer à en dire plus. Surtout s’ils me font tous croire que « c’est tout ce qu’ils savent ».
— Tu veux que je joue l’agent double? déchiffrai-je.
Nous sortions clairement et officiellement de mon mandat, mais ça, monsieur le détective le savait très bien. À quoi bon respecter les fameuses procédures?
— Non, mais si tu as un client qui, disons, te fait une grande révélation, tiens-moi au courant. Tu es la meilleure pour les faire parler.
Il me faisait ses yeux piteux, ses yeux remplis de fausse pitié, ses yeux qui… non. Rappelle-toi pourquoi tu n’es plus avec lui.
— Tu n’étais pas de cet avis hier, lui ramenai-je en pleine face.
— Je suis désolé pour ça. Quand le temps est serré, tu sais comment c’est…
Il était incapable de réellement s’excuser. Je savais que cette explication serait ce qui se rapprocherait le plus du pardon, alors j’acceptai ses « excuses ». William rangea son matériel dans son sac et se leva pour partir. Une pulsion en moi ne souhaitait pas qu’il s’en aille tout de suite. Voulait-il réellement partir?
— Aimerais-tu un autre café ? proposai-je en me levant à mon tour.
— Je ne peux pas te le refuser.
Mon cœur se mit à battre plus rapidement, je tournai les talons pour me diriger vers ma machine à café. Je savais qu’il me suivrait, j’avais quand même couru après. J’entendis ses pas me rejoindre dans la cuisine. Quelques secondes plus tard, ses bras s’enroulèrent autour de ma taille. Je fermai les yeux. J’avais deux choix : le repousser ou le laisser aller. Si un de mes clients ou une de mes clientes se retrouvait dans le même dilemme, qu’est-ce que je lui dirais? En toute franchise, je réalisai qu’il fallait que je commence à appliquer mes propres conseils. Ses lèvres se posèrent sur mon épaule. Ma respiration devint haletante, j’allais flancher.
— Loulou, susurra-t-il à mon oreille.
Il avait gagné. Je me retournai et glissai ma main derrière son cou pour l’attirer vers moi. Ses lèvres me donnèrent une décharge électrique que je ne voulais pas chasser. Il me souleva du sol en direction de ses bras alors que je défaisais ses boutons de chemise. Il avait gagné, je n’arrivais pas à tenir mon bout. Je l’aimais trop.
Eliott Gagnon
Lundi 7 avril, 16 h 30
— Eliott, descends! Dre Flamant est arrivée! cria la mère de l’adolescent dans le cadre de la porte.
J’avais réussi à me faufiler dans l’horaire de la famille Gagnon. Mon objectif premier était de rencontrer le fils pour m’informer de son état. Je n’avais aucune idée de ce qu’il avait pu voir la nuit du meurtre. Cependant, lors de son interrogatoire, il paraissait tellement traumatisé que je me doutais qu’il avait vu le diable passer sous son nez. Une image terrifiante que je tenterais de chasser, s’il me le permettait.
— Ne restez pas dans l’entrée, je vous en prie. Vous pourrez discuter dans le salon.
Je retirai mes bottillons de cuir brun avant de suivre madame Gagnon jusqu’aux divans. Le silence semblait grandement l’importuner. Ses doigts grattèrent avec une régularité presque hypnotique, la paume de sa main gauche.
— Installez-vous, Eliott devrait arriver bientôt. Eliott! cria-t-elle à nouveau à l’endroit de son fils qui ne descendait pas. Est-ce que je peux vous offrir quelque chose à boire? À manger?
— Non, ça ira, merci.
Je n’acceptais jamais quoi que ce soit de mes clients. Ce n’était pas contre eux, mais je voulais maintenir un cadre thérapeutique clair. Accepter des offrandes, peu importe leur nature, pouvait créer une ambiguïté sur la nature de notre relation.
Je m’assis sur le divan en prenant soin de laisser mon bloc-notes dans mon sac. Je devais voir comment Eliott allait s’ouvrir avant de lui imposer ma méthode. Je le vis descendre les marches d’escalier. Le chandail à capuchon noir qu’il portait était le même que lors de son interrogatoire par William. J’en conclus que ce vêtement lui apportait un certain réconfort. Son visage était caché le plus possible, sa bouche était recouverte du col de son coton ouaté. Il évita de me regarder en restant tourné vers sa mère, comme s’il attendait qu’elle lui dicte qu’il pouvait s’asseoir. Je remarquai que ses mains étaient aussi cachées, mais dans ses manches. Si j’avais pu offrir à Eliott de disparaître, il aurait probablement pris cet aller simple volontiers.
— Souhaitez-vous que j'assiste à la rencontre? me demanda madame Gagnon.
— Eliott, c’est ton choix, répondis-je en essayant d’avoir un contact visuel avec lui.
Son regard évitait toujours le mien. Sa mère lui fit un geste encourageant pour l’inciter à prendre une dé
