Muguette - Karine Berard - E-Book

Muguette E-Book

Karine Berard

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Beschreibung

"Muguette" est une histoire d'amitié improbable entre deux âmes écorchées. Une pièce qui interroge la maladie psychique, la vieillesse et la solitude. Une ode au lien social.

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EPUB

Seitenzahl: 28

Veröffentlichungsjahr: 2019

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À Jérôme et Valentin,

PERSONNAGES

HUGUETTE : 83 ans, veuve. Vit seule, avec ses souvenirs, dans un petit appartement de la région parisienne. A deux grands enfants partis de la maison depuis longtemps : un fils, cadre supérieur qui vit à Toulouse avec sa femme et ses deux enfants, et une fille, comédienne de théâtre qui a du mal à joindre les deux bouts. Elle les voit peu… très peu… Toujours très coquette malgré sa solitude, elle tient un journal intime pour tuer le temps.

LIONEL : 33 ans. Grand et bel homme, impulsif et torturé. En proie à des délires mystiques, il se prend pour Jésus Christ.

La pièce est un huis clos. Elle se déroule au domicile d’Huguette, dans son petit appartement kitsch et cosy, au milieu de ses livres et de ses nombreux bibelots.

Sommaire

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

- I -

Comme chaque jour, entre deux feuilletons, Huguette Delacroix, 83 ans, s’assoit à la table de la salle à manger et noircit son journal intime. Elle lit à voix haute, hésite, rature, et corrige son écrit.

HUGUETTE. - Cher journal. Voilà maintenant un an que j’ai emménagé dans mon petit appartement du 5e étage de la « Roche Brune ». Que de changements depuis la mort de Marcel ! Je croyais que je n’arriverais jamais à m’habituer à ce lieu exigu. Pire encore, je pensais pleurer notre maison jusqu’à la fin de mes jours. Et finalement, j’ai fini par me résigner. C’est incroyable comme la vie change, comme elle nous change. Un temps. Lorsque j’ai visité cet appartement, l’agent immobilier s’est bien gardé de me montrer la vue plongeante qui donne sur l’hôpital psychiatrique de la ville. Pourtant, je me souviens lui avoir demandé la destination des gros bâtiments en face de ma fenêtre. Il m’avait alors simplement répondu, d’un ton laconique : « Oh ça ? C’est le C.S.M.P. ! Un centre de soins. Le quartier est très calme, rassurez-vous ! » C.S.M.P. : Centre de Santé Mentale de Plantfleuri. Un terme savant pour désigner, ni plus ni moins, ce qui a été pendant longtemps l’asile de la ville. J’ai parfois le sentiment de ne plus comprendre la marche du monde : on remplace un mot par un autre « politiquement correct », on invente des concepts au demeurant plus attrayants… Mais au-delà de ces effets sémantiques, la nature des choses change-t-elle vraiment ? Les pauvres gens qui vivent dans cet hôpital aseptisé sont-ils plus heureux que ceux de l’asile d’autrefois ? Je crois qu’en dehors des agents immobiliers du quartier qui ont bien compris l’utilité de cette nuance de style, la majorité des gens ne voient guère de différence entre l’ancien asile de Plantfleuri et ce centre de santé mentale récemment inauguré. D’ailleurs, en toisant les malades de ma fenêtre, je me rends compte à quel point leur solitude me renvoie à la mienne. J’ai même parfois l’impression que leur prison est le miroir de ma propre claustration. Finalement, au fil du temps, la promiscuité avec mes voisins insolites a fini par ne plus m’incommoder.

Huguette part à la cuisine et revient avec une tasse de thé. Elle reprend l’écriture de son journal, toujours à voix haute.