Murmures - Collectif Murmures - E-Book

Murmures E-Book

Collectif Murmures

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Beschreibung

« Ouvrez l'oreille, entendez leur appel. Là, dans ce bruissement, percevez-vous l'harmonie de leurs si doux murmures ? » Ainsi naquit la tragédie, de Fanny Gloanec (premier prix) Murmure d'une voix, de l'eau sur le rocher ou du bruissement d'un tissu. Le murmure est poétique, mais il peut aussi être violent, tendre et enivrant. Ce sont onze auteurs et quatre artistes qui vous offrent dans ce recueil tout ce que ce mot leur a inspiré.

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Seitenzahl: 95

Veröffentlichungsjahr: 2024

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O le frêle et frais murmure ! Cela gazouille et susurre, Cela ressemble au cri doux Que l’herbe agitée expire…

Paul Verlaine

TABLE DES MATIÈRES

AVANT-PROPOS

« MURMURE » DE WOLFY D’ARKAN

AINSI NAQUIT LA TRAGÉDIE DE FANNY GLOANEC

QUAND LE VENT HURLE DE MAËL PASCAL

SUPPLIQUE POUR UN MURMURE EN FORME DE PANTOUM DE SYLVIE ARNAUD

L’APPEL DES SIRÈNES DE TINY TRIEU

LETTRES MORTES DE MANU DE WIT

« GANGHI » DE CAROLINE BLINEAU

LE SOUFFLE DE LA GEISHA DE CÉCILIA DUMINUCO

MURMURES ENCYCLOPÉDIQUES DE SANDY HEINRICH

MURMUR(erre)MENT DE OURANIDE

LE PRÉFÉRÉ DE MARIE-HÉLÈNE MOREAU

MURMURES ET VIE DE FAMILLE DE MARINA PEREZ

« MURMURE DE LA VILLE » DE LOUIS COURTIER

LE CONCOURS « MURMURES » DE JULIEN RAYNAUD

REMERCIEMENTS

AVANT-PROPOS

Depuis l’organisation de notre tout premier concours en 2019, Les Murmures Littéraires encouragent la création littéraire francophone. Nos activités se veulent un signe de ce que peuvent apporter l’entraide et la solidarité entre personnes animées d’une passion commune pour la lecture ou l’écriture.

Si notre concours annuel s’adresse majoritairement aux auteurs de romans, nous n’en oublions pas pour autant les autres formats d’écriture.

Ce recueil veut ainsi témoigner à la littérature courte la considération qu’elle nous semble mériter en réunissant des contes, nouvelles, récits épistolaires et poèmes qui entrent en résonance avec le premier élément de notre nom, « Murmures ». Nous avons aussi souhaité y conjuguer arts graphiques et littérature courte en invitant quatre artistes à donner leur propre interprétation de ce thème.

Mystère, poésie, remords, douceur, haine, tendresse, perfidie… Ces murmures se déclinent sur des registres variés et des thèmes éclectiques.

Nous formulons le vœu qu’ils sauront vous parler et vous émouvoir au fil de ces pages.

Nous vous souhaitons une agréable lecture.

Les Murmures Littéraires

Avertissement :

Certains textes mentionnent ou mettent en scène des sujets pouvant heurter la sensibilité du lectorat, notamment le suicide (Le Souffle de la Geisha), la manipulation psychologique et le meurtre (Le préféré), ainsi que le sexisme (Murmures encyclopédiques).

"Murmure" par wOLFY D' Arkan

AINSI NAQUIT LA TRAGÉDIE

Premier prix de l’appel à textes Fanny Gloanec

« Et maintenant, dites-moi, Muses, habitantes de l’Olympe – car vous êtes, vous, des déesses : partout présentes, vous savez tout ; nous n’entendons qu’un bruit, nous, et ne savons rien. »

(Iliade, II, 485-486.)

À l’aube des temps naquirent le Chaos, puis la Terre mère. Du Chaos naquit la Nuit noire. Ses ombres voraces furent contenues dans un sanctuaire. Comme toute lumière se révèle dans l’obscurité, la Nuit noire, à son tour, donna naissance à la Lumière du jour. En ces âges oubliés, la forêt et l’océan recouvraient toute chose. Les muses, esprits incarnés de la nature, s’ébattaient gaiement entre vagues et bosquets, entre fougères et frênes. Là, entre les feuilles, entre les branches, entre renards et cerfs, entre chenilles et papillons, elles patientaient en quête d’un être à féconder.

Car les muses sont les abeilles des boutons d’âmes humaines.

À l’aurore du printemps vint un homme, le premier à s’aventurer dans leur royaume enchanteur. Son esprit vierge, libre de toute emprise, poussa les muses à l’ensemencer de leur créativité. Elles lui chuchotèrent toute la beauté du monde, sa douceur, sa fureur, sa mélancolie, sa colère, sa force et sa fatalité. Elles glissèrent en son cœur une myriade d’idées, puis, virevoltant autour de lui, le suivirent, avides d’observer le bouton d’âme s’ouvrir.

De quelle espèce serait sa fleur ?

Attentif, il écouta tous leurs secrets : de la logique implacable de la nature, de la nécessité de chaque particule, de sa splendeur sauvage et immaculée. L’homme s’assit dans l’herbe de la clairière et resta immobile, stupéfié par l’abondance de ces révélations. Au plus profond de son âme résonna alors un sentiment, le désir ; la glaise qui donnerait corps à leurs cadeaux. Lorsqu’il osa ouvrir la bouche comme pour s’en libérer, il susurra à son tour, et entendit avec joie la symphonie des idées qui s’entrechoquaient. Les muses rougirent de félicité.

Motivé par leur gestuelle sémillante, il se mit à chanter, modulant les impressions que l’impétueuse nature lui offrait. L’euphonie l’envahit tout entier, l’incitant à danser. Les muses le rejoignirent dans un ballet spirituel. Leur beauté sauvage le transcendait. L’homme s’enivra de leur chorégraphie, de leur fraîche odeur printanière mêlée à leurs rires cristallins.

La pousse devint bourgeon.

L’homme se sentit bientôt incapable de contenir la passion qui l’embrasait, aussi détourna-t-il son regard troublé pour scruter les alentours. Il trouva une pierre qu’il polit en biseau, puis étudia les sylphides. Saisi d’une frénésie, il sculpta dans la roche leurs méandres alanguis. Ses chefs-d’œuvre, il n’admira point. Il préféra graver les premiers signes qui donnèrent vie aux lettres. Bien vite, il écrivit sa première poésie, louant la magnificence de ses éveilleuses.

Des quelques branches de saule jonchant le sol, il tailla un fusain. Il le plongea dans l’ocre d’argile et dans la blanche sève, caressa les pétales des jacinthes des bois. Une fois sa palette achevée, avec une infinie tendresse, il peignit les nuances sur la peau de ses convives et orna leur corps de fresques à leur gloire.

Les larmes frémissantes des égéries s’écoulèrent. Se mêlant aux pleurs de l’homme, elles imprégnèrent la terre, d’où germèrent de vierges bocages nitescents. Les muses exultaient, enchantées d’avoir semé la graine de l’inspiration, toute la sagesse et l’ingéniosité de leur univers. Et ce que l’artiste engendrait les emplissait d’une profonde reconnaissance.

La fleur était éclose.

Les muses tentèrent de le retenir, mais, mû par son insatiable soif de découverte, l’homme s’éloigna de la clairière et partit à l’aventure, s’enfonçant dans la pénombre. Loin. Bien trop loin. Exalté, il ne prit pas garde où se posaient ses pieds. Il ne s’aperçut de rien lorsqu’il franchit le seuil du sanctuaire des ombres. Il ne sentit point l’étreinte glacée de la Nuit lui hérisser la peau. Il ne huma pas les miasmes délétères des ténèbres. Il ne les vit guère se réunir pour lui fondre dessus. Quand elles s’immiscèrent dans chaque pore, dans chaque membre, dans chaque pensée, il éprouva une panique ineffable, bien vite transmuée en un obscur sentiment de puissance.

Quand il ressortit, les idées semées par les muses s’étaient étiolées, rongées par une vaine certitude, une amère suffisance. L’homme avait pénétré dans l’antre du pouvoir initial, et, malgré la lumière que les muses avaient glissée en lui, l’esprit de domination l’avait corrompu.

Infatué par ses réflexions industrieuses, il rejoignit la clairière, retrouva ses hôtesses et d’un hurlement, affirma qu’elles étaient perfectibles, que son intelligence les surpassait. Gonflé de ce nouvel orgueil, il reconsidéra la flore environnante, mais resta indifférent à sa beauté. Lui vint alors l’envie impérieuse de l’ordonner. Il piétina les mousses, arracha les joncs et écima les chênes, se délectant de leurs craquements plaintifs. Une jouissance le submergea à l’idée d’asservir la Terre mère.

Comprenant où l’homme s’était égaré, les muses se réunirent et entonnèrent une dernière mélopée. La mélodie s’éleva au-delà de leur verte clairière, plongea au plus profond des bois, condamnant à jamais le sanctuaire des ombres qui avait flétri leurs desseins.

Il était trop tard, la fleur avait fané.

Craignant d’être elles-mêmes viciées, et pour échapper à la vindicte de leur oppresseur, les muses s’éloignèrent ; pour se dérober à son regard, se métamorphosèrent. Elles se fondirent dans les nervures des feuilles et les courbes des branches, dans le bruissement du ruisseau et la fraîcheur du vent. Elles se firent gouttes, elles se firent arbres, elles se firent flammes, elles se firent sable. Et l’homme, aveuglé par sa soif de supplanter ce monde qu’il estimait désormais sien, ne fut plus en mesure de les voir ; surtout, il devint incapable d’entendre leur souffle créateur.

Ni leur voix, ni leur chant, ni leur mémoire ne pénétra plus son esprit. Dévoyé à jamais, il enfanta de nombreux fils et filles, atteints du même mal, aussi insensibles que lui. Malgré l’insondable culpabilité qui pétrissait leurs âmes à la vue des vestiges sylvestres, leurs cœurs d’airain battirent la discorde, et, au fil des siècles, ils modelèrent la Terre mère selon leur désir, celui de dominer toutes les merveilles des muses.

Ainsi naquit la tragédie.

Depuis, les inspiratrices se cachent. Pourtant l’espoir demeure, car, bien qu’invisibles, elles guettent sans cesse l’arrivée d’une âme vierge de toute noirceur pour y déposer leur lumière éternelle. Ouvrez l’oreille, entendez leur appel. Là, dans ce bruissement, percevez-vous l’harmonie de leurs si doux murmures ?

QUAND LE VENT HURLE

MAËL PASCAL

Le vent avait toujours violenté la montagne du bout du monde. Chaque rafale était un coup de fouet qui effritait la roche. Bien à l’abri derrière s’étaient recroquevillés les bâtiments de la dernière ville avant le néant. Au sol, il y avait les grandes villas des riches, en marbre, loin des bourrasques. Au-dessus, les maisons en briques, puis celles en bois, de plus en plus pauvres à mesure que l’on s’approchait du ciel. Et au-dessus des maisons pauvres, il y avait nous autres, les gamins des toits. On vivait sur les tuiles, les ardoises et les planches. Chaque pas était une lutte contre les rafales, une lutte que nombre de mes amis avaient perdue. Les plus chanceux tombaient et se relevaient ; la plupart s’envolaient, leurs cris s’évanouissaient dans le vent et l’on ne voyait jamais leur chute. Mais ils ne mouraient pas, non, ils rejoignaient la cité de la Lune et y vivaient le reste de leur vie dans de beaux vêtements de soie et d’argent. Enfin, c’est ce que l’on se disait.

On ne connaissait pas d’autre toit que la voûte céleste, pourtant les couchers de soleil resplendissaient à tel point que l’on plaignait les riches. L’astre rougeoyait, sa lumière paraissait filtrer à travers un rubis. Les rares nuages plats rougissaient, ils se muaient en pétales de roses. Le vent devait trouver ce spectacle apaisant ; lui d’ordinaire si enragé se calmait immanquablement. Et pour quelques minutes, nous cessions d’être seuls : des gens sortaient de chez eux et montaient se joindre à nous. Ils nous donnaient à manger et restaient pour profiter du crépuscule, puis ils redescendaient. Je me souviens en particulier d’une vieille dame dont les yeux clairs semblaient avoir vu passer un millénaire d’existence. Elle affirmait que, dans sa jeunesse, le sommet de la montagne était bien plus haut. Je suivais son regard vers l’arête tordue et, de toute mon insouciance enfantine, je déclarais que, quand je serais grand, j’irais là-haut. Alors la vieille dame riait ; elle répondait qu’en retardant d’un jour mon ascension, j’aurais un pas de moins à marcher pour y arriver. Elle est morte quand j’avais neuf ans ; et le vent a continué de raboter la montagne.

Elle n’a jamais vu le sommet percé de part en part. Elle n’a jamais vu achevée l’œuvre du vieux Jov. C’était un homme étrange, le vieux Jov. Maigre comme un clou, il demeurait pourtant le seul type capable de résister au vent là où il soufflait le plus fort. N’importe qui se serait envolé ; lui donnait l’impression de danser. Il ne résistait pas, en fait, c’était ça son secret. Il laissait le vent le guider. Il avait toujours agi ainsi, le vieux Jov. Il s’était levé un matin, réveillé par une bourrasque plus puissante que les autres, avait marché vers la montagne et s’était mis au travail. Comme ça. Lorsque les gens venaient lui demander ce qu’il faisait, au début, il répondait : « Écoute le vent, il veut chanter mais n’a pas de cordes vocales ! » Alors