Nègre Blanc - Arvo Steinberg - E-Book

Nègre Blanc E-Book

Arvo Steinberg

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Beschreibung

Numéro 2 de la revue Nègre Blanc créée par Arvo Steinberg: Nouvelles, poésies et visuels (peinture, dessin, photographie, collage etc.) Revue artisanale et indépendante: goût pour l'avant-garde, l'expérimentation et l'underground.

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2019

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(...)Cela recommençait jour après jour. Ils lui lançaient qu’il avait une tête à détraquer une pendule. Ils le traitaient de résidu de fausse couche. Ils lui collaient des messages dans le dos et lui tiraient dessus avec des capuchons de stylo. Ils lui donnaient toute une litanie de surnoms dégradants : rat de fumier, crétin, gardien de cochons, nègre blanc.

Tristan Egolf, Le seigneur des porcheries, 1998, éditions Gallimard, p.70

INDEX DES VISUELS

Couverture par Arvo Steinberg

Logo 4e de couverture par Alas Steinberg

Le messager

,

Alas Steinberg

La porte

*, Juana Sabina Ortega

True Romance, Marseille, fév. 2019,

Vincent Hedoin

Huiles essentielles, Arles, nov. 2018,

Vincent Hedoin

Statues Toulousaines

,

Ar.Steinberg

Un hiver de sacrifice

,

T.Lgz

Odyssée,

Ar. Steinberg

Sans-titre

,

Julie Redon

Le grand sommeil, Mer Méditerranée, août 2018

,

Vincent Hedoin

Un poète yougoslave, Sarajevo, fév. 2018

,

Vincent Hedoin

Marta, 1976,

Pablo Steinberg

Pièce manquante**

,

J. Pacheco Surriable

Dessins de carnets

,

Cyril Torres

La couleur de la racine***, J.S. Ortega

Quartz Géant

,

Ar. Steinberg

*Détail de la série REFUGIOS Encre de chine et collage sur papier

70*50 cm France 2018

** Détail, Acrylique sur bois ,100*100cm 2016

***Détail, Acrylique, encre de chine et papier végétal sur papier

60*70 cm Chine 2018

NUMERO 2

Hiver 2019

Arvo Steinberg et Associés

AVANT-PROPOS

Le Nègre Blanc ne galère pas seul : pas moins de onze camarades viennent gonfler les rangs et agiter les étendards des petites victoires – car la création est une révolution en soi.

En introduction de ce numéro, la nouvelle Farah, sur un ton gonzo-noir, parfois surréaliste et toujours halluciné, narre la recherche, par un obsédé bipolaire, de l’amour disparu.

La deuxième section de ce livre se voit fournie en auteurs variés, de la poésie dramatique au moment de grâce versifié, en passant par les coups de tronche spontanés et autres incidents griffonnés dans des carnets tâchés. Toutes ces belles lettres se voient relevées de statues, de rêves et de moments volés comme autant de manières d’écrire sans mots.

Ainsi je tiens à remercier dans le désordre mais de la même manière, Isidore de Palsuie, Julie Redon, Théau Leidner, Alas Steinberg, Pablo Steinberg, Juana Sabina Ortega, Johanna Pacheco Surriable, Vincent Hedoin, Cyril Torres, Rachel Abaldalb et Pierre Renier pour avoir participé et donné de leur énergie pour ce deuxième numéro qui je l’espère, donnera autant de plaisir et de fil à retordre au lecteur qu’il nous en a donné à nous.

I.

…Pauvre Farah… De toi, il ne reste que cet espace vide de ta présence mais encore plein de toi et de tes choses. Il y fotte encore une odeur de toast chaud… comme un semblant de dimanche matin ensoleillé…

Je sens les larmes quimontent, un frisson me parcourt. J’ai les yeux gros de l’envie de pleurer. Je pose ma main sur ta table, celle sur laquelle tu dessinais parfois ces androgynes squelettiques, les paupières lourdes de couleurs, les yeux pleins de mélancolie, éternels… Je pense, « Je n’aurais jamais dû t’offrir ce livre sur Egon Schiele » et j’en ris.

J’empile ce que je sais de toi, je l’associe, je pose mon front sur une pile de bouquins t’ayant appartenu, je crie dans la salle de bain pour espérer décoller des murs un peu de tes murmures, de ces choses que tu devais te dire, le matin, devant ta petite glace.

Je théâtralise mon chagrin.

J’ai ce livre entre les mains, Ombres et Lumières sur les Mythologies perdues, il était sur ton rocking-chair. J’adore ce genre de livre. J’ai eu le temps d’en lire un bout, ça m’a donné envie d’écrire. Sais-tu que j’adore raconter des histoires ? Dans ce bouquin il y a un tas de phrases efrayantes. Des paragraphes obscurs qui parlent de tout et de rien, bourrés de métaphores. Tiens celui-là par exemple :

(…) Ainsides Faluns était né l’homme de cristal, dont l’intérieur visible comme le sommet des montagnes renfermait une étrange vapeur triturée d’éclairs dansants, menée par des vents qui en dictaient les tourbillons. Mais voilà, avec le temps la vapeur devint grasse, maculant les parois de cristal. Bientôt ilne fut plus possible d’y voir et l’homme fgé, retourné à la roche, n’avait gardé de ses secrets que des orbites remplies de sable (…)

Ça me parle, ça me parle bien plus que tous ces torchons remplis de petits sentiments indigestes que j’ai pu lire.

Je ne m’aime pas. J’aime Farah. Est-ce qu’elle m’aimait ? En était-elle seulement capable ?

Il y a du bruit dans la cage d’escalier.

Il y a du bruit dans la cage d’escalier.

Je me précipite à la porte, je m’y colle de tout mon long, déverse mon regard dans le judas. Mon cœur ne palpite plus, ilvibre. Ma bouche est sèche, je n’ai rien mangé depuis hier.

J’ai un couteau dans la poche.

Dans le petit cercle j’aperçois deux types plein de cambouis qui descendent l’escalier. La voisine sur son palier leur dit bonjour. Encore une vieille folle.

Elle me regarde.

Elle a tourné ses yeux vers moi, à travers la putain de porte, comment a-t-elle fait ? Je retiens ma respiration, comme à l’école quand je ne voulais pas que le prof de math me fasse passer au tableau.

Elle me regarde.

Je me laisse glisser le long de la porte, doucement.

Elle me regarde.

Il ne faudrait pas non plus qu’elle m’entende. Il ne faut surtout pas qu’elle panique. Je reste assis contre la porte. Aujourd’hui encore, la lumière est telle dans cet appartement, que je finis par faire éclater en sanglots. J’ouvre grand la bouche, je plisse fort mes yeux. Mon nez est envahi par la morve et ma bouche est comme remplie de glu. J’étouffe un râle de désespoir. Faudrait pas qu’elle m’entende la vieille carne. J’étale mes larmes sur mon visage et me lève. Je cale mon œil rougit dans le judas. Elle n’est plus là.

J’aime bien cet immeuble. L’appartement est au cinquième étage et la cuisine a une vue plongeante sur une cour exiguë qui croule sous les chaussettes et les torchons qui ont été pris dans le vent sur les cordes à linge. En face on peut voir la cuisine de la voisine. J’imagine Farah papoter de fenêtre à fenêtre dans la ligne directe des éviers, en faisant la vaisselle en même temps que la vieille. Le vent qui s’engouffre dans la pièce lui faisant doucement frémir ses cheveux…

La vieille est dans sa cuisine et elle me fixe. Je sursaute. On reste tous les deux à se regarder avec étonnement, prêts à déguerpir s’il le faut, comme deux chats qui se croisent sur un toit de tuiles. Je la salue d’un geste sec et maladroit. En retour, elle me dévisage.

J’ai un couteau dans la poche.