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Un bad boy tatoué et impoli, une héroïne au caractère bien trempé... Entre haine et désir, rien ne se passera comme prévu !
Quand Gaby rejoint ses amis musiciens dans un bar parisien, elle ne s’attend pas à croiser le chemin d’un client imposant : grand, brun, tatoué, marqué par des cicatrices et un regard glacial. Après une altercation, la jeune femme décide de remettre ce type arrogant à sa place. Mais contre toute attente, l’attirance entre eux est immédiate et brûlante, surtout lorsqu'elle le retrouve le lendemain sur le pas de sa porte.
Pour Ice, c’est un choc : cette rencontre réveillée des souvenirs enfouis. Il a déjà croisé Gaby huit ans plus tôt, dissimulant toujours son visage. Ce désir ancien pour la belle brune ne fait que s'intensifier. Pourtant, se rapprocher de Gaby pourrait être une erreur fatale, car s’il veut la protéger, il devra cacher ses véritables intentions... et son identité. Leurs destins entremêlés pourraient les conduire sur un chemin dangereux.
Plongez dans l'intégrale de Never Give Up et laissez-vous emporter par cette romance sombre et captivante où les sentiments sont aussi ardents que les secrets sont lourds !
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE :
"Gaby ne ressemble en rien aux héroïnes habituelles de romances." - Ivre de Mots
"Une plume qui nous envoûte... certaines scènes sont si poignantes qu’elles apportent des larmes." - Aurélie, Des Songes et Des Mots
"Un beau tatoué, méchant, avec de la répartie : j’ai été servie !" - Monpetitcoinlecture85, Babelio
"Les personnages sont bruts, ce n'est pas un roman à l'eau de rose !" - loona10, Booknode
"Une histoire qui nous fait voyager... beaucoup d'intrigue, bien ficelée." - Susu76, Booknode
À PROPOS DE L’AUTEURE :
F.S. Gauthier est née en 1972 dans l’est de la France. Mariée, maman et grand-mère, elle aime la nature, la mer et les lectures passionnées. Never Give Up est son troisième roman, écrit avec la même intensité qu’elle partage depuis l’âge de 17 ans. Ses inspirations incluent Diana Gabaldon, Cassandra O’Donnell, et Karen Marie Moning.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
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F.S. GauthierNever give up
Texte intégralPartie 1Roman
Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Graph’L
Table des matières
Copyright © F.S Gauthier 2020
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Épilogue
Tous droits réservés
Ceci est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite.
AVERTISSEMENT : Ce roman contient des scènes de violences physique et psychologique. Il est destiné à un public adulte.
À mon mari, Corinne,Et à toutes mes lectrices.
Je remercie d’avance toutes les personnes qui prendront le temps de lire ce roman.
Un énorme merci à mes lecteurs qui me soutiennent, vos messages et votre enthousiasme me vont droit au cœur.
Un grand merci à mes collègues auteures pour leur soutien : Siobhan, Audrey, Marjory, Lexine, Sacha, Anne, Erika et bien d’autres encore.
Je vous souhaite à tous un agréable moment de lecture.
Gaby
Je suis en retard, comme d’habitude. J’enfile ma veste en cuir, attrape mes clés et m’apprête à quitter mon petit appartement au moment où la sonnerie de mon téléphone retentit. Je me dirige à l’ouïe pour mettre la main sur mon portable, qui est posé sur le rebord du lavabo, et grimace quand je constate l’indicatif de la Colombie.
J’attends et redoute ce coup de fil depuis que j’ai prévenu mon paternel, il y a trois mois de cela, de mon retour au pays. Il faut dire qu’il n’était guère enthousiaste. J’expire bruyamment et décroche.
— Bonjour, père.
— Mon jet est en route. Un de mes hommes passera te prendre à ton appartement demain matin à sept heures.
Je note qu’il est toujours aussi chaleureux et ne peux m’empêcher de rétorquer :
— Moi aussi, je vais bien. Je te remercie de t’en inquiéter. J’apprécie tout l’amour que tu mets dans tes propos.
Mon ton est sarcastique, mais le sien claque comme un fouet.
— Gabriela, je n’ai pas de temps à perdre en futilités. J’ai des projets d’avenir pour toi, nous en discuterons à ton retour.
— De quelle nature sont ces…
Trop tard, il a raccroché. Je reporte mon portable devant mes yeux et le fixe avec tout le mépris dont je suis capable.
— Connard.
Il a des plans d’avenir me concernant ? Ça tombe bien, moi aussi, Juan Carlos Pérez !
Je veux des explications sur les circonstances du décès de ma mère et je les obtiendrai, d’une façon ou d’une autre.
Cela fait dix-sept longues années que j’y songe, que je me remémore ce jour fatidique. Cela ne m’est guère compliqué puisque je souffre d’exaltation de la mémoire, plus communément connue sous le terme d’hypermnésie. Contrairement à ce que les gens pensent, ce n’est pas un don. Je souhaiterais pouvoir oublier certains souvenirs parfois.
Mon père, si épris de sa femme, n’a pas versé une seule larme ce jour-là. Quant à moi, il m’a abandonnée comme on le ferait avec un animal, alors que j’avais à peine sept ans. Oh, il a réglé tous les frais médicaux nécessaires à ma santé, ainsi que ce pensionnat que je détestais tant. Il a ouvert un compte à mon nom également, géré par le directeur de l’école jusqu’à mes seize ans, sur lequel il versait de l’argent tous les mois pour mes besoins vestimentaires. Mais mon paternel n’a jamais pris aucune nouvelle de moi, pas un coup de fil, aucune visite. Et là, j’apprends qu’il possède son propre avion. Depuis quand ?
J’ai mon billet sur un vol commercial, il peut donc se mettre son jet bien profond dans son trou de balle en guise de suppositoire si ça lui chante, je ne monterai pas à bord de son jouet. Un de ses sbires passera me prendre ? Je n’ai pas besoin de chaperon, j’ai vingt-quatre ans, merde !
Il sait que je réside sur Paris, mais je ne lui ai pas communiqué mon adresse et il ne me l’a pas demandée non plus. Preuve supplémentaire, s’il en faut, de tout l’intérêt qu’il me porte.
Pour mes seize ans, mon amie Colleen m’a invitée à passer les vacances d’été chez elle, à Marseille. C’est son père qui s’est chargé d’obtenir l’autorisation et les papiers nécessaires auprès du mien. Et là encore, rien. C’est à se demander si j’ai existé un jour à ses yeux.
Je ne suis jamais retournée à l’internat. J’ai vécu deux ans à Marseille, puis j’ai mis le cap sur Paris, la ville natale de ma mère, sans jamais faire appel à qui que ce soit. Alors, il peut aller se faire foutre avec ses projets !
Je sors de mon appartement, légèrement irritée. J’enfourche ma Ducati rouge vif et démarre le moteur. Ce son m’apaise quelque peu. Il n’y a que deux choses qui parviennent à me calmer : la vitesse et la musique. Ma bécane est loin d’être neuve, mais c’est un monstre. Je l’adore. Il m’a fallu trois années d’économies pour parvenir à m’offrir ce bijou d’occasion. Will, un guitariste, me la rachète, mais elle va me manquer.
J’arrive au bar et rejoins les gars, avec cinquante minutes de retard. Ce soir, nous jouons dans un pub irlandais proche du jardin du Luxembourg, comme tous les vendredis, depuis un an. J’ai rencontré Will et Matt dans la rue. Je me suis arrêtée pour les écouter, nous avons parlé un peu et, la semaine suivante, je les accompagnais avec mon propre instrument.
Will est blond avec des yeux bruns et il est plus petit que moi. Pourtant, je ne suis pas si grande que ça : un mètre soixante-huit. Matt, lui, joue du synthé portatif. Il est brun, des yeux marron rieurs et toujours de bonne humeur. Contrairement à eux, je ne cherche pas à vivre de la musique. Même s’ils prétendent que je pourrais facilement percer dans ce domaine, c’est seulement un exutoire pour moi, un moyen de m’évader.
Je travaille à temps partiel depuis deux ans dans une M.E.C.S, Maison d’Enfants à Caractère Social. Certains diront que je suis masochiste, c’est peut-être le cas, mais je me sens utile auprès de ces gosses. Je me vois en eux, en quelque sorte. Je ne suis pas quelqu’un qui s’attache aux autres, plus depuis Colleen. Ça fait trop mal quand les gens que vous aimez disparaissent ou trahissent votre confiance, comme mon père.
Mon amie est décédée dans mes bras, d’une overdose. J’avais à peine dix-huit ans. Encore un chapitre de ma vie que j’aimerais pouvoir effacer. On en a fait des bêtises ensemble, toutes les deux, mais je n’avais pas compris à quel point l’absence de ses parents et leur indifférence à son égard la faisaient souffrir. Un père pris par sa carrière, une mère qui passait son temps à courir d’un institut de beauté à des boutiques de luxe. Colleen ne manquait de rien, hormis de l’affection des siens.
C’est ce que j’apporte à ces gamins, un peu de réconfort et d’attention, dans la mesure de mon possible. Et ils me le rendent bien. J’avoue que j’ai tout de même eu le cœur serré en prenant congé d’eux cet après-midi. Pierre, un bambin de six ans, a réussi à me faire monter les larmes aux yeux. Il s’est accroché à mon cou en pleurant et m’a suppliée de revenir. J’ai pouffé de rire quand il m’a demandé, sur un ton de reproche, qui allait leur jouer de la guitare si je n’étais plus là. Ils vont me manquer. Vraiment. Mais j’ai un abcès à crever, un rôle à jouer. J’ai tout sacrifié pour ça.
Je grimpe sur la petite scène et adresse un signe d’excuses aux gars qui me sourient brièvement en retour. Je sors mon instrument de sa housse tandis que Matt brandit la liste des morceaux que nous devons jouer, mais je n’ai pas besoin d’y jeter un coup d’œil, je m’en souviens très bien. Je me mets en place et écoute Will terminer Heathens de Twenty One Pilots.
Ce dernier lève deux doigts et me désigne. Ok. C’est à moi d’interpréter les deux morceaux suivants. J’acquiesce tandis qu’il se saisit de la petite bouteille d’eau à côté de lui et avale une grande gorgée. Il la repose et s’approche du micro. Je l’observe, fronçant les sourcils.
— Une seconde d’attention, s’il vous plaît. Pour les habitués, je ne vous présente plus ma collègue qui a enfin eu l’amabilité de nous rejoindre. Pour les autres, ouvrez bien vos oreilles, car elle a une voix que vous ne serez pas prêts d’oublier.
Il se tourne vers moi avec un sourire de complaisance.
Abruti !
Il sait que je déteste me mettre en avant de la sorte. Je le fusille du regard et il éclate de rire avant de me déclarer :
— C’est la dernière fois que je peux t’asticoter un peu. Demain, tu seras à des milliers de kilomètres, alors je n’ai pas pu résister !
Je lève les yeux au ciel. Will est un vrai môme, parfois.
— On s’y remet ? l’interrogé-je.
Il opine du chef. Je baisse les yeux sur mon instrument et frappe trois fois la mesure de mon pied avant de me mettre à jouer.
Inconnu
Mes tympans sont pris d’assaut par la musique dès mon entrée dans le bar. Je me faufile jusqu’au comptoir sans trop de mal, les personnes s’écartant sur mon passage dès que leurs yeux se posent sur mon visage.
Le type installé à ma droite se tourne vers moi, me détaille deux secondes, se lève et déguerpit. Du coup, je m’assois sur le tabouret qu’il occupait. Le barman a un moment d’hésitation avant de me demander ce que je désire boire.
— Votre meilleur single malt. Sans glace.
Réponse sèche et froide, mais c’est ma nature et je la cultive depuis des années, car cela m’est très utile dans mon boulot.
Je souris intérieurement quand le gars me sert, les mains légèrement tremblantes.
Il n’a rien dans le slip, celui-là !
J’attrape ma boisson et avale une longue gorgée. Mon verre à la main, je pivote vers la scène pour jeter un œil sur le type au micro. Il ne se débrouille pas trop mal, mais mon regard est happé par une silhouette féminine qui vaque un peu en retrait, non loin de lui. Elle se penche pour extirper une guitare d’un étui et là, ma queue se réveille.
Oui, nous sommes d’accord, elle a un cul d’enfer !
Je détaille avec appréciation ses longues jambes moulées dans son pantalon de cuir noir et remonte sur son joli postérieur. J’attends qu’elle se redresse pour voir si le haut de son corps est aussi prometteur que le bas. Pas de doute, cette nana est bandante de la tête aux pieds. Elle porte une veste de cuir assez ajustée. Ses cheveux sont remontés sur l’arrière de son crâne et attachés en une sorte de chignon en pétard. J’adore.
Bon, ce serait bien qu’elle se retourne pour que je puisse voir le côté face. Si ça se trouve, elle est myope, porte des culs de bouteille sur le nez et est édentée. Ce dernier point est pratique pour une petite pipe conventionnelle, mais j’apprécie un peu de douleur. Quoi ? Je suis tordu ? Je ne parle pas de me croquer la banane, non plus !
Le recto est aussi délectable que le verso. Sa veste s’ouvre sur un corset de cuir qui soutient ses seins généreux, marque la finesse de ses hanches, son ventre plat. Des mèches brunes, presque noires, échappées de son chignon encadrent savamment son visage oblong à la peau hâlée. Mon regard s’attarde sur sa bouche pulpeuse et des images de ses lèvres pleines autour de ma queue envahissent mon esprit.
Je ferme les paupières pour me ressaisir et laisse la colère, sentiment qui ne me quitte jamais véritablement depuis que je suis gamin, refaire surface. Je n’ai aucune chance de baiser une femme comme elle ni même une qui serait plus singulière d’ailleurs, il suffit de voir mes traits pour le comprendre. Mais bon, je peux toujours fantasmer en l’admirant.
Je porte de nouveau mes yeux sur elle, je veux savoir de quelle couleur sont les siens, mais elle ne les lève jamais complètement vers la salle.
Son acolyte, à moins que ce ne soit son mec, fait une petite allocution au micro. C’est prétentieux et ça ne semble pas lui plaire à elle non plus. Il s’approche pour lui dire je ne sais quoi et j’ai soudain envie de lui éclater la tronche contre le mur, mais elle n’esquisse aucun geste tendre ou sourire affectueux en retour.
Peut-être n’est-elle pas avec lui, tout compte fait.
Elle pivote face à la salle, mais ses paupières sont baissées.
— Ouvre les yeux, bébé ! bougonné-je.
Je suis surpris lorsqu’elle entame Firestone de Kygo, et ce, sans se servir du micro. Finalement, le petit con à ses côtés a raison. Sa voix est chaude, sexy, un peu rauque et glisse sur ma peau comme du caramel fondu. Elle m’ensorcelle et mes poils se dressent légèrement sur mes avant-bras. Je l’observe, impressionné. Je n’y connais rien en talent musical, mais elle, elle me subjugue. Je le suis encore plus, alors qu’elle passe au morceau suivant : Human de Rag’n Bone Man. Elle a du coffre et, vu la corpulence de l’interprète original de ce titre, je me demande où elle va chercher autant de puissance alors qu’elle est assez menue. Toutes les personnes sont tournées vers elle, en admiration, mais la belle n’a toujours pas relevé ses paupières et semble comme habitée par la musique.
Je veux voir ses yeux, merde !
Je quitte mon tabouret, approche de la scène et fais signe au guitariste. Il se penche légèrement vers moi, sans cesser de jouer, et je lui sors la chose la plus salace qui me vient à l’esprit :
— Quand elle aura terminé ce morceau, demande-lui si elle suce aussi bien qu’elle chante. Dis-lui bien que c’est de ma part surtout.
Ouais, je suis vraiment un salopard sur ce coup-là, mais je suis certain d’obtenir le résultat escompté ensuite.
Il cesse immédiatement de gratter son instrument, me toise avec mépris et s’apprête à m’envoyer promener, mais mon regard lui cloue le bec et il recule même d’un pas. L’idée qu’il peut se la taper et pas moi me plonge dans une colère noire. Je retourne à ma place, vide mon verre cul sec et attends, sans quitter la scène des yeux.
Le blondinet annonce une pause de cinq minutes sitôt que la brune termine sa chanson. Il s’adresse à elle et me désigne d’un mouvement de tête. Sa réaction est immédiate, elle braque ses prunelles tels des pistolets mitrailleurs sur moi durant cinq secondes et détourne le regard. Je lui fais peur. Je ne peux la quitter des yeux, sous le choc, tandis qu’elle s’entretient avec les deux musiciens.
J’ai déjà vu des billes d’un bleu turquoise vif comme les siennes, il y a huit ans, chez les Blacks. Mais c’est impossible que ce soit la même nana, n’est-ce pas ?
Gaby, la fille de tous mes fantasmes. Elle avait seize ans et a débarqué de Suisse avec sa copine, dont le prénom m’échappe. Cette dernière fricotait avec Pim’s, un des motards du groupe. Je bossais avec lui sur les bécanes. Gaby me saluait tous les jours, mais je lui répondais par un grognement et prenais garde à lui masquer mon visage. Chaque fois que je la sentais bouger dans mon dos, pour essayer d’entrevoir mes traits, je laissais tomber mes outils et allais m’enfermer dans le petit bureau du garage qui était pourvu d’une vitre sans tain. Je ne voulais pas lire la crainte et encore moins le rejet dans ses yeux, comme je le voyais si souvent dans ceux des autres gonzesses que les gars se tapaient. Combien de fois me suis-je astiqué le manche en l’épiant, alors qu’elle venait coller son petit nez contre la fenêtre du bureau ? Un nombre incalculable.
J’étais raide dingue de cette petite brunette aux courbes parfaites. Tout le monde le savait, sauf elle. Et chaque fois qu’un des gars exprimait le souhait ne serait-ce que de s’approcher d’elle, je cognais comme un possédé. C’est de là que vient le surnom qu’ils m’avaient attribué d’ailleurs : Démon.
Voir cette jeune femme brune, bien roulée, avec les mêmes yeux turquoise, me rappelle Gaby. Je me demande si cette dernière, avec les années, ressemblerait à celle qui se trouve non loin de moi, sur cette estrade. Non, probablement pas. Pourtant, en l’observant bien…
Tu prends tes rêves pour des réalités, mec !
À ma grande surprise, elle reporte son regard sur moi et ne me lâche pas. Elle semble déterminée, mais j’ignore totalement à quoi.
J’aimerais m’assurer que la teinte de ses prunelles n’est pas due à l’éclairage de la salle, mais elle passe son instrument au second gars qui le dépose derrière son synthé. Elle s’empare du micro sans fil et m’adresse un clin d’œil avant de me tourner le dos. C’est bien la première fois qu’une femme agit de la sorte à mon égard.
Est-ce que je l’intéresse ? Tu as vu ta gueule ? Tu délires, là !
Elle frappe trois fois son talon sur le plancher, entame S&M de Rihanna et fait glisser sa veste en cuir sur ses épaules, s’en défait, un bras après l’autre, d’une façon si sensuelle que ma queue durcit d’un coup. J’ai à peine le temps d’apercevoir l’aigle aux ailes déployées, dessiné à l’encre noire entre ses omoplates, qu’elle se retourne subitement.
J’ai rêvé ou c’est le même tatouage que le mien ?
Elle plante ses prunelles dans les miennes et se déhanche doucement, tout en passant les doigts de sa main libre sur sa poitrine, puis les laisse descendre, avec une lenteur calculée, sur l’intérieur de sa cuisse. Ma bite est aussi dure que du marbre et sursaute quand, à la fin d’une phrase, elle rejette lentement sa tête en arrière, sort le bout de sa langue rose et la fait lentement glisser le long de son micro, en gémissant.
— Bordel de merde, murmuré-je.
Tout le monde a les yeux braqués sur elle.
— Elle chauffe toute la salle, là ! marmonné-je.
Après tout, ils peuvent bien tous baver comme des escargots, son regard est rivé au mien.
Elle défait lentement la boucle de sa ceinture et sort celle-ci des passants de son pantalon d’un geste vif, tout en quittant la scène. Elle avance vers moi d’une démarche féline, sensuelle, aguichante, mais sans être vulgaire.
J’ai le souffle court et ma queue palpite de plus en plus fort. Je manque exploser dans mon froc lorsqu’elle fait durement claquer l’extrémité de sa ceinture à côté de ma cuisse.
Putain, je suis brutal quand je baise, mais pas au point d’utiliser un fouet ou des chaînes !A-t-elle des pratiques sexuelles particulières ? À moins que son choix de chanson soit juste délibéré pour m’allumer.
À la fin du morceau, elle enchaîne immédiatement avec Sex with me de Rihanna. Je suis au supplice.Cette femme est une déesse de lascivité.
Elle se glisse entre mes jambes et pose sa main libre sur ma cuisse. Un courant électrique part de ce point de contact, remonte jusqu’à mon aine et fait vibrer ma queue comme celle d’un serpent à sonnettes. Le bout de ses doigts parcourt lentement mon ventre, mon torse, mon cou.Je ne respire plus et déglutis à grand-peine.
Sa main passe ensuite dans mes cheveux en désordre, en agrippe une poignée à l’arrière de mon crâne et tire dessus d’un petit coup brusque, ce qui me fait légèrement reculer la tête.
Aucune femme ne m’a jamais touché comme elle s’y emploie et ça m’excite comme un dingue, autant que ça me fout en rogne, car elle me laisse entrevoir ce à quoi je n’aurai jamais droit.
La diablesse l’ignore et poursuit sa douce torture. Elle plaque ses seins contre ma poitrine et frotte doucement mon entrejambe de son genou tandis que ses yeux turquoise flamboient. Ce sont les flammes de la vengeance.
Mon regard la foudroie autant de désir brut que de colère noire, mais ça ne la déstabilise même pas. Mes mains sont cramponnées au tabouret, mais j’ai de plus en plus de mal à me contrôler pour ne pas la plaquer contre le comptoir et la prendre comme un sauvage.
Elle me lâche et s’écarte alors que le titre touche à sa fin, puis pivote vers le barman.
— Sers un verre à monsieur Glaçon, Brice, c’est pour moi.
Elle me fait de nouveau face et me gratifie d’un large sourire de complaisance.
— Bonne nuit, Ice, susurre-t-elle d’une voix sexy, avant de tourner les talons sous les vivats et coups de sifflets des autres personnes présentes dans le bar.
Je vais la tuer ! Et la baiser comme un fou ! Bon, peut-être pas dans cet ordre. Mais bordel, si je quitte mon siège maintenant, je suis certain de marcher comme un cowboy tant mes couilles sont gonflées comme des melons et ma queue chargée comme un fusil à pompe prêt à tirer.
Gaby
Je rejoins Will et Matt, fière de moi, après la leçon que je viens de donner à cet abruti. Lorsque je l’ai assassiné du regard, le sien m’a figé sur place et j’ai détourné les yeux. Mais, j’ai pensé que si j’arrivais à affronter ce type, j’y parviendrais certainement avec mon père, alors j’ai pris mon courage à deux mains. Je me suis servie de lui, comme un test.
Il est grand, un mètre quatre-vingt-dix environ, bâti comme un rugbyman. Son t-shirt moulant ne cache rien de la musculature de ses abdominaux et de ses pectoraux, ma légère exploration de son corps par-dessus ses vêtements le confirme. Ce type est tout en muscle. Un corps parfait qui, je dois l’admettre, est loin de me laisser indifférente. Dès que j’ai posé ma main sur lui, mon ventre s’est mis à faire des cabrioles et le désir s’est répandu dans mes veines à une vitesse fulgurante. Le tatouage à la base de son cou, une chaîne brisée, m’intrigue. Quant à son visage…
Il n’est pas laid, sans être un top model non plus. Son profil gauche est pourvu de trois cicatrices inesthétiques qui courent du haut de sa tempe jusqu’à sa mâchoire volontaire. L’une passe à l’extrémité extérieure de son œil et lui laisse la paupière légèrement plissée de façon naturelle. Mais le plus saisissant, c’est son regard. Ses yeux, d’un bleu très clair, presque translucide, vous glacent le sang par leur hostilité. Ice. Ça m’est venu comme une évidence. Ce type est aussi froid qu’un bloc de glace. Seuls ses cheveux châtain foncé, parsemés de mèches plus claires, sont d’une douceur incroyable.
— Je ne te connaissais pas comme ça, lance Matt pendant que je range ma guitare dans sa housse.
— Faut pas me chercher.
— En tout cas, il semble très à l’étroit dans son pantalon. Il ne cesse de se tortiller sur son tabouret.
— Tant mieux.
Je souhaite même l’avoir suffisamment excité pour qu’il se déverse dans son futal. Il aurait l’air fin. Mais, je ne suis pas en meilleur état que lui, mon entrecuisse est trempé.
Je sais qu’il m’observe avec une lueur meurtrière depuis que je lui ai tourné le dos, car je ressens comme une sorte de courant électrique continu qui part de ma nuque et s’étend jusqu’au creux de mes reins.
— On prend un verre, avant de partir ? nous questionne Will.
Je le regarde, dubitative.
— Euh…
— Dis-moi ce que tu souhaites et je t’apporte ta boisson ici.
Je m’apprête à accepter et change d’avis immédiatement. Je n’ai fait que rendre la monnaie de sa pièce à ce mec, si je lui laisse voir qu’il me déstabilise, il jubilera. Hors de question. Et puis, nous sommes dans un lieu public, il n’osera pas tenter quoi que ce soit.
— Non, je le prends au comptoir avec vous.
— T’es sûre ? demandent-ils en même temps d’un ton sceptique.
Bon sang, ils ont vingt-six ans et ce sont des hommes, oui ou non ?
— Certaine.
Je me retourne et focalise mon regard sur le type blond qui se tient un peu plus loin que Ice, au comptoir. J’avance d’un pas assuré mais, intérieurement, je n’en mène pas large, vu la carrure du gars. Je m’accoude au bar, dos à lui. Matt me fait face et Will se place légèrement en retrait à nos côtés, de façon à ce que nous puissions converser. Les garçons commandent des bières, moi, je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche.
— Servez-lui donc la même chose que moi.
Voix très rauque, basse, virile, autoritaire. Vraiment très sexy.
Brice s’active avec un regard craintif. Apparemment, Ice fout la trouille à tout le monde. Je vois Matt écarquiller les yeux d’effroi avant de sentir un léger souffle chaud qui caresse mon cou délicieusement et fait vibrer mon corps.
— Soit tu es très stupide, soit tu as une sacrée paire de couilles. Rassure-moi, tu n’étais pas un mec avant de subir une opération chirurgicale pour devenir une femme, n’est-ce pas ? murmure-t-il à mon oreille.
Je me mords la langue pour ne pas rire, mais ne peux m’empêcher de sourire, ce qui surprend les garçons.
— Peut-être. Va savoir, répliqué-je à voix haute, mais sans me retourner.
Brice dépose un verre à moitié rempli d’un liquide ambré devant moi et recule aussitôt.
Où sont donc passés les hommes ? Les vrais ?
Je me saisis de la boisson et l’avale d’un trait. L’alcool me brûle la gorge, mais chasse toute crainte de mon corps. Les gars terminent leur bière et Matt esquisse un geste de la tête en direction de la sortie. Je dépose un billet sur le comptoir et pivote face à monsieur Glaçon.
— Adieu, Ice.
Je sors et rejoins les gars dehors.
— On se voit demain à l’aéroport, comme convenu ? questionné-je.
— Oui, Matt me conduira. Pour huit heures, c’est bien ça ?
— Oui.
Nous nous saluons, puis j’enfourche mon bébé et prends la direction de mon appartement.
****
Quelques minutes plus tard, je me dévêts, entre dans la douche et repense à ce que j’ai aperçu dans les yeux de Ice. De la surprise, un désir intense et de la colère, mais ce n’est pas ce qui m’intrigue le plus. Non, c’est cette petite lueur d’espoir, très fugace, qui me perturbe.
Que m’est-il passé par la tête pour agir ainsi ? Geste apaisant en signe de paix, comme pour enterrer la hache de guerre, ou au contraire, audacieux, pour me prouver que j’en étais capable ? Aucune idée.
Je sors de la douche et me plante devant le miroir.
— Quelque chose ne tourne pas rond chez toi, ma fille, dis-je à mon reflet.
Je hausse les épaules, me sèche, brosse mes dents, enfile ma nuisette et rejoins mon lit. Je dors très mal. Je rêve de ma mère et me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Il me faut bien deux heures pour retrouver le sommeil et mon esprit dérive de nouveau.
Deux yeux bleu pâle, presque translucides, me fixent durement, puis me contemplent avec espoir et disparaissent. Un souffle chaud, aussi léger qu’une plume, court lentement sur mon cou en une caresse exquise, très vite remplacé par des lèvres exigeantes qui m’embrassent avec langueur. Une langue, d’une sensualité extrême, me lèche de la base de mon oreille à ma nuque, provoquant de délicieux frissons. Elle descend le long de ma colonne vertébrale jusqu’au creux de mes reins, allumant un feu de brousse qui se propage en moi. Des dents mordillent mes fesses, petits pincements vifs à la limite entre douleur et plaisir. Des mains puissantes parcourent mes courbes avec douceur et des doigts habiles roulent ensuite la pointe de mes seins, tirent lentement dessus. Je gémis et me cambre. Ils poursuivent leur chemin le long de mon ventre, s’emparent de ma féminité, agacent mon point sensible. Mon corps s’électrise et se tend de plaisir lorsqu’un doigt pénètre en moi avec force. Il va-et-vient avec lenteur d’abord, puis plus rapidement. Mon bassin ondule pour l’accompagner, pouvoir le sentir plus loin. Ma respiration se saccade et mon ventre se contracte tandis qu’un incendie me consume de l’intérieur. Une bouche aspire mon clitoris, le lape, le suce, alors qu’un second doigt rejoint le premier à l’intérieur de moi. Mon dos s’arque et ma tête se renverse au moment où une vague de plaisir me submerge avec la force d’une rivière en crue avant de m’engloutir.
Je m’éveille en criant, alors que la clarté du petit matin inonde la chambre. Je m’assois et baisse les yeux sur la moiteur de mon entrejambe. Mince, c’est bien la première fois que ça m’arrive. Mais bon, ça fait un moment que je n’ai pas utilisé mon ami Rocco, mon vibromasseur rose bonbon. Ingénieux et pratique, il est doté de multiples vitesses de vibrations, une tête tournante et de plus, on peut le glisser dans son sac à main. Par contre, je ne sais pas à quoi les gens pensent quand ils font évoluer leur invention. Des sextoys qui s’illuminent comme des ampoules, couleur au choix. Manque plus qu’il fasse iPod, des fois que l’envie nous prenne de créer une discothèque dans notre vagin.
Il me faut bien cinq minutes pour me ressaisir et comprendre que des coups insistants sont frappés sur ma porte d’entrée.
— Oui, oui, j’arrive. Pas la peine de vous exciter comme ça, grommelé-je.
Je me dirige jusqu’à la porte sans même penser à me couvrir et ouvre cette dernière. Je reste bouche bée, n’en croyant pas mes yeux, puis un désir primaire m’assaille, alors que mon regard glisse sur les lèvres sensuelles de l’individu.
4
Ice
Cette nana m’impressionne de plus en plus. Elle ose s’installer au comptoir, dos à moi, certes, mais putain, elle a du cran !
Je m’approche de son oreille et ma queue tressaille de nouveau. Elle sent tellement bon, bordel ! Un parfum subtil et sucré. Je me demande si sa peau est aussi savoureuse que son odeur et il me faut faire appel à tout le self-control dont je suis capable pour me retenir d’y goûter.
Je vois son pote, les yeux emplis d’horreur et ronds comme des soucoupes, reculer d’un pas, comme si j’allais le bouffer, lui, plutôt qu’elle.
Quelle couille molle, celui-là !
Je regrette de ne pas voir son visage quand je lui demande si elle n’était pas un mec avant de passer sur le billard pour devenir une femme, mais je suis sûr qu’elle sourit. Je crève d’envie qu’elle me regarde de nouveau, même si ce n’est que pour une poignée de secondes. Mais, elle ne me fera pas ce plaisir. Pourquoi le ferait-elle ?
Elle exauce ma prière muette juste avant de quitter le bar et me surprend encore, en faisant le truc le plus inattendu qui soit. Elle m’adresse un sourire sincère et passe le dos de ses doigts sur la partie de mon visage abîmé. Caresse douce et légère qui me fait ressentir tant d’émotions que j’ai du mal à faire le tri. Je la regarde comme un con, le souffle coupé, alors que ma queue s’agite de plus belle. Cette femme me tue.
Je la suis des yeux jusqu’à ce qu’elle franchisse le seuil puis, sans même m’en rendre compte avant que je n’atteigne la porte du bar, je l’épie à travers la vitre.
Putain, j’ai vingt-neuf ans, mais j’ai l’impression d’en avoir quinze, là !
Je suis soulagé lorsqu’elle se contente de donner un coup sur l’épaule de ses compagnons en guise de salut. Je suis pathétique. Vraiment.
Je manque d’éjaculer dans mon calecif quand elle retire le bâtonnet qui maintient son espèce de chignon en place, puis secoue sa longue crinière.
Bordel, ses traits sont plus mûrs, mais elle lui ressemble beaucoup tout de même !
La colère gronde en moi quand je la vois récupérer un casque et grimper sur une grosse cylindrée rouge vif.
Elle est folle, elle va se tuer sur un engin pareil !
Je sors du bar en trombe au moment où elle démarre sur les chapeaux de roue, manie sa machine avec dextérité et disparaît dans la nuit. Bon, elle maîtrise. Je suis à la fois surpris et rasséréné. Cependant, une question m’obsède. Je retourne au bar, déterminé à obtenir une réponse.
— La chanteuse. Comment s’appelle-t-elle ? questionné-je le barman.
— Euh… C’est que…
Il me gonfle, là ! Je me penche vivement sur le comptoir, attrape l’encolure de sa chemise dans mon poing et tire le bonhomme jusqu’à ce que nos nez se touchent.
— Son prénom, insisté-je d’un ton mordant.
— Ga… Gaby.
Bordel de merde !Est-il possible que ce soit la même ? Ma Gaby ?
— Son nom ?
— Aucune idée.
Je le secoue et il panique.
— Marchand ! Elle se nomme Gaby Marchand.
C’est elle, putain !
Mon cœur a un raté et tous ces sentiments enfouis depuis des années remontent d’un coup à la surface. Je regrette, encore aujourd’hui, de lui avoir caché mon visage à l’époque. J’ai été lâche. Après tout, voir le rejet dans son regard n’aurait ajouté qu’une personne de plus à une longue liste. Mais, je pense que cela m’aurait anéanti. Seulement, je ne le saurai jamais si je n’essaie pas, n’est-ce pas ? Alors, là, maintenant, si j’ai, ne serait-ce qu’une infime chance d’apprendre à la connaître un peu, je veux la saisir.
Je m’apprête à poser une énième question au gars, mais je le vois grimacer et émettre un geignement. Je relâche légèrement mon emprise sur sa chemise et aperçois une de ses mains s’approcher de son entrejambe. Il est train de se pisser dessus, ce couard !
— Si tu ne souhaites pas également chier dans ton froc, file-moi immédiatement son adresse.
— Personne ne sait où elle habite, pas même les deux musiciens qui l’accompagnent. C’est la vérité. Elle est très secrète comme fille. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle vit dans le XIXe arrondissement.
Il me débite tout ça à une telle allure que je ne suis pas certain d’avoir tout compris, sauf l’essentiel.
— Pourtant, tu la paies bien pour qu’elle se produise dans ton bar, avec les papiers adéquats, non ?
— Non, elle refuse. Je ne rémunère que les deux garçons. Elle dit qu’elle joue pour le plaisir, pas pour l’argent.
Ça ne m’étonne pas. En plein hiver, à Marseille, non pas qu’il y faisait très froid, je l’ai vu retirer son blouson et le donner à un sans-abri. Oui, ça m’est arrivé de la suivre à moto. Bon d’accord, très souvent, mais j’étais mordu comme un chien en rut. Elle me plaisait, même si je n’ai jamais discuté avec elle. Peut-être l’aurais-je trouvée tarte si je l’avais fait, mais putain ! Ce qu’elle était bandante !
Un grondement s’échappe de mes lèvres à ce souvenir et le gars reprend :
— J’ai insisté, mais elle ne veut rien savoir. Ne me faites pas de mal, s’il vous plaît, geint-il.
Je le relâche et il soupire tel un ballon qui se dégonfle. Je décide d’en rajouter une couche et le gratifie de mon regard le plus mauvais, avant de rapprocher vivement mon visage du sien.
— Bouh !
Il fait un bond de deux mètres en arrière. J’ai déjà vu des pleutres, mais celui-là bat tous les records !
Je rejoins mon bolide, une ZZR 1400, de la même couleur que celle de Gaby, ce qui me fait sourire. Je sors mon portable et active la fonction GPS. J’ai un pied-à-terre en banlieue parisienne, mais je ne connais pas la ville pour autant. Lorsque la carte du XIXe arrondissement s’affiche, je râle.
— Merde, fais chier ! Elle ne peut pas vivre dans un endroit plus petit !
Je grimpe sur ma bécane en grimaçant. Mes couilles sont aussi dures que des noix de coco et j’ai à peine débandé. Impossible, tant que je pense à elle. Je ne la trouverai probablement pas, mais j’aurai peut-être un pot de cocu en tombant sur sa moto.
Arrivé dans le secteur, je sillonne toutes les rues, mais aucune trace du véhicule rouge et encore moins de sa propriétaire. Je rentre à l’hôtel, dépité, les burnes prêtes à exploser et la queue en flammes.
Je me branle sous la douche pour me soulager, mais dès que je rejoins mon plumard et que je ferme les yeux, son image me hante et ma queue se redresse à me faire mal.
— Fais chier, bordel !
Je ne dors rien de la nuit, finis par m’effondrer d’épuisement vers cinq heures du matin, pour être tiré des bras de Morphée une heure plus tard par la fonction réveil de mon portable. Autant dire que je suis d’une humeur de chien. De plus, je dois récupérer une morveuse et la ramener en un seul morceau chez son père.
Comme si j’avais une gueule à faire du babysitting !
Je me gare devant un vieil immeuble en briques dans une rue du XIXe arrondissement, ce qui me fait de nouveau penser à elle. Bien évidemment, mon service trois-pièces réagit au quart de tour.
J’appelle un taxi et lui communique l’adresse. Il se chargera du transport des bagages ainsi que de la petite Maria Pérez. Je ne sais même pas à quoi ressemble cette gosse ni son âge. Mais bon, vu le père, je l’imagine capricieuse et superficielle, ce qui n’améliore pas mon humeur.
J’entre dans l’immeuble et cherche le nom sur les boîtes aux lettres pour prendre connaissance de l’étage. Je ne sais que penser lorsque mon cerveau intègre ce que je lis : Pérez / Marchand 1er étage.
Bon sang, ce serait une sacrée coïncidence tout de même, non ?
Je n’ose y croire et pourtant, mes jambes s’élancent et grimpent les marches quatre à quatre. Je tambourine sur la porte à la faire trembler. Quand elle s’ouvre enfin, je suis à la fois au paradis et en enfer. Ma queue gonfle comme un tuyau d’arrosage sous pression prêt à exploser.
Bordel, elle veut me castrer ou quoi ?!
Gaby se tient là, la bouche entrouverte, parée d’une nuisette minimaliste en satin rouge à fines bretelles qui ne masque rien de ses tétons pointés vers moi. Ses cheveux sont en désordre, comme si elle venait de s’envoyer en l’air.
Elle ferait bander un eunuque, nom de Dieu !
Son regard s’attarde un instant sur ma bouche, puis elle serre subitement ses cuisses l’une contre l’autre et se mord doucement la lèvre inférieure. Mon missile se tend au maximum tandis que mes couilles se contractent, prêtes à envoyer la sauce pour le décollage. Je m’agrippe avec force à l’encadrement de la porte, me mordant fortement la langue pour me faire penser à la douleur que je m’inflige plutôt qu’à lui sauter dessus.
— Désolée, se reprend-elle. J’étais en plein rêve érotique avec un grand Viking blond.
Mes doigts serrent si fort le chambranle que le bois craque.
Je vais lui en donner du Viking, moi !
Mon regard la harponne, mais la belle change de posture. Elle carre les épaules, redresse la tête, menton en avant. Une vraie guerrière. Et ça me plaît.
— Comment as-tu eu mon adresse ? Tu m’as suivie ? s’informe-t-elle d’un ton hargneux.
— Non. Je suis là pour escorter la petite Maria Pérez auprès de son père, mais j’avoue que te revoir est loin de me déplaire.
Je m’attends à une réponse sarcastique de sa part, mais certainement pas à ce qu’elle me fusille de ses prunelles pleines de colère et me demande d’un ton venimeux :
— Et comment mon père a-t-il obtenu mes coordonnées ?
Son père ?
Les bras m’en tombent. Je comptais lui avouer qui je suis, mais si elle est vraiment sa fille, je ne peux pas prendre ce risque.
— Tu ne peux pas être à la fois Maria Pérez et Gaby Marchand.
Ses yeux turquoise s’arrondissent de surprise.
— Comment sais-tu que je me fais appeler Gaby Marchand ?
Oh bébé, j’aimerais tellement te dire la vérité.
— Le barman. Donc, il est impossible…
Je n’ai pas le temps de terminer ma tirade qu’elle tourne les talons d’un pas exaspéré. J’entre et ferme la porte derrière moi. Ma queue frétille au moment où elle se penche en avant pour récupérer un passeport dans la poche de sa veste en cuir. Elle l’ouvre et me le colle sous le nez.
— Maria Gabriela Pérez, lis-je, avec regret. Alors, pourquoi Marchand ?
— C’était le nom de ma mère.
Elle se tourne d’un mouvement vif et range son passeport, mais la lueur de tristesse dans son regard ne m’a pas échappé. J’ai envie de la réconforter, mais je ne sais pas comment m’y prendre. Cogner, je sais faire, mais ça...
— Tes bagages sont prêts ? questionné-je pour la sortir de ses pensées.
Elle soupire, se saisit d’un papier sur la table et pivote, l’air déterminé.
— Je ne voyagerai pas avec toi, Ice, et encore moins à bord du coucou de mon paternel. J’ai un vol commercial. Contrairement à ce que pense mon père, je suis une grande fille. Alors, tu peux repartir d’où tu viens et refermes la porte en sortant, ce sera gentil de ta part, dit-elle, brandissant sa carte d’embarquement.
La revoilà en mode combattante.
Oh, ma belle, on peut me qualifier de beaucoup de choses, mais certainement pas d’être complaisant.
— Ton père me paie pour te ramener, poupée, alors va t’habiller et ne discute pas.
Je lui arrache son papelard des mains et le déchire en petits morceaux que je balance par-dessus mon épaule. Son regard, d’abord incrédule, me lance des éclairs. Je m’attends à une réplique foudroyante, mais elle me surprend encore :
— Bien. Je vais me vêtir. Si mon seigneur et maître veut bien avoir l’obligeance de patienter.
Je l’observe, suspicieux. Même si son ton est belliqueux, je ne l’imaginais pas baisser les armes si vite. J’en suis presque déçu.
Elle m’adresse un large sourire, s’empare de sa veste et d’un trousseau de clés sur la table. Elle se dirige vers la pièce qui doit lui servir de chambre, puisqu’un matelas est installé à même le sol, et y pénètre. Elle repousse légèrement la porte, mais ne la ferme pas. Je la contemple relever ses cheveux et les attacher à l’aide d’une pince. Je deviens fou quand elle fait savamment glisser les bretelles de sa nuisette le long de ses bras, puis laisse lentement descendre le vêtement soyeux jusqu’à la chute de ses reins où je découvre un second tatouage.
Je ne pense plus, je fonce droit sur elle avec ma queue qui bat comme un tambour dans mon calebar. J’entame le dernier pas lorsqu’elle frappe violemment la porte de son talon et je me la prends en pleine gueule.
Elle a failli me péter le nez, putain !
— Je vais la tuer ! grommelé-je.
Je l’entends se bidonner derrière la porte. Je ne sais même pas où je trouve la volonté de ne pas entrer pour la plaquer contre un mur et la baiser à fond. Puis, j’entends de l’eau couler.
Génial ! Je l’imagine complètement à poil sous la douche, maintenant !
Je tourne en rond au milieu de son appartement quasi vide, ce qui me déconcerte, vu le paquet de pognon que son père doit brasser, et je repense à ce que j’ai vu sur son dos. Une phrase joliment calligraphiée au creux de ses reins : « Aussi bas que l’on soit, on se relèvera. » Puis, ce tatouage entre ses omoplates, identique au mien, mais elle y a ajouté un nom juste en dessous : « Démon ». Ça me perturbe et me touche au point d’en avoir mal au bide depuis que je m’en suis aperçu.
Pourquoi m’a-t-elle gravé sur sa peau ?
Cette nana me plaisait déjà par le passé, mais cette femme, aujourd’hui, m’attire comme un aimant. Inutile de rêver, elle ne sera jamais à moi, même pas pour un coup vite fait. Et puis, même si elle le désirait, ce qui ne sera jamais le cas vu ma tronche, son père a d’autres desseins pour elle. Mais putain, l’imaginer dans les bras de ce vicelard de Manuel me fait grave chier, maintenant !
Bon, qu’est-ce qu’elle fout ? Ça fait bien quinze minutes que l’eau coule, elle va en avoir encore pour combien de temps ? J’en ai marre d’attendre !
— Tu as bientôt terminé ? gueulé-je à travers la porte.
Aucune réponse. J’entre dans la chambre et là, j’ai un mauvais pressentiment. Placard vide, plus de drap sur le matelas, fenêtre béante. J’ouvre la porte de la salle de bains à la volée. L’eau s’écoule toujours de la douche, mais plus de belle brune. Je viens de me faire avoir comme un bleu !
Je sors en trombe de l’appartement en claquant la porte derrière moi.
Rien à foutre s’il est vandalisé !
Je dévale les marches et entends le bruit du moteur d’une bécane. Je sors de l’immeuble au moment même où sa tête pivote vers moi. Un sac de sport noir est arrimé à l’arrière de son engin, la guitare sur le dos de la belle. Elle m’adresse un doigt d’honneur, baisse sa visière et met les gaz, alors que je ne suis plus qu’à deux pas d’elle.
Cette fille me plaît de plus en plus et je souris comme un idiot. Si elle pense m’avoir berné, elle se trompe. J’ai eu le temps d’apercevoir le nom de l’aéroport sur le papier avant de le déchiqueter et elle va payer pour ce qu’elle vient de faire.
Gaby
J’ai trompé le gorille de mon père avec une facilité déconcertante. Passer par la fenêtre a été un jeu d’enfant. Je pratique le parkour depuis quatre ans, discipline extrêmement physique qui consiste à transformer des éléments du milieu urbain ou rural en obstacle à franchir. Les gens connaissent peu cet art du déplacement, hormis à travers le film Yamakasid’Ariel Zeitoun.
Je mets moins de vingt minutes pour parvenir à destination. Will et Matt sont déjà garés sur le parking. Je m’arrête au niveau du coffre de la petite Clio vert pomme et coupe le moteur. Je descends de ma moto, retire mon casque et défais la sangle qui maintient mon bagage.
— Bonjour, Gaby, me saluent-ils.
— Salut, les gars.
— Pas trop triste de me laisser ton bijou ?
Si, mais je n’ai pas le choix.
— Je ne pense pas que la compagnie aérienne accepte un excédent de bagages de la sorte.
Je sors les papiers liés à la vente, les signe et les lui tends. Will m’a déjà réglé le montant correspondant que j’ai reversé à une association caritative. Là où je vais, je n’ai besoin de rien, sauf une bonne dose de courage.
Ma nuque se met subitement à me picoter. Je me retourne, mais ne remarque rien qui m’inquiète. Et puis, non seulement Paris dispose de trois aéroports, mais j’ai vu le taxi qui attendait devant l’immeuble. Impossible pour ce dernier de me suivre dans les embouteillages.
Je laisse mon casque à Will, il en fera bien ce qu’il voudra, et fais mes adieux aux garçons, sans effusion ni aucun regret. J’attrape la poignée de mon sac et me dirige vers le bâtiment sans me retourner, une boule d’appréhension au ventre.
J’attends ce jour depuis si longtemps, mais suis-je réellement prête ?
— Ne te laisse pas submerger par tes émotions, tu peux y arriver.
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu cette rengaine au cours de ces six dernières années, mais la prononcer ne m’aide pas vraiment.
Je réimprime mon billet et rejoins la file d’attente pour enregistrer mes bagages. Je me remémore l’expression de Ice au moment où j’ai démarré sous son nez puis, je perçois, du coin de l’œil, une forme massive débouler comme un train à grande vitesse. J’ai à peine le temps de pivoter qu’une main puissante se plaque sur mes fesses tandis que l’autre agrippe mes cheveux à l’arrière de mon crâne. J’ouvre la bouche pour crier, mais Ice me déstabilise totalement quand il me déclare :
— Ne m’abandonne pas, bébé, je ne peux pas vivre sans toi ! Cette femme, c’était une erreur. Pardonne-moi, mon amour !
J’éclate de rire, puis ses lèvres s’abattent sur les miennes. Elles sont exigeantes, chaudes, douces, sensuelles et, à ma grande surprise, font voler des papillons dans mon abdomen et apaisent mon stress. Alors, quand une langue audacieuse vient caresser la mienne, je ferme les yeux et lui réponds sans me faire prier.
Ice met fin à notre baiser et me dévisage, cherchant à lire je ne sais quoi dans mes yeux. Ne comprenant pas pourquoi ce contact buccal m’a tant plu et voulant m’assurer que je n’ai pas imaginé ce constat, je pose mes mains sur ses joues et pars à l’assaut de sa bouche, ce qui le surprend brièvement. C’est si doux et agréable que mes lèvres se mettent à bouger lentement contre les siennes. La boule d’angoisse dans mon ventre disparaît, laissant place à une délicieuse chaleur.
Je pratique le sexe sans lendemain, même si je n’ai rien fait depuis deux ans, mais je n’embrasse pas. Jamais. C’est ma règle. Je trouve que c’est trop intime et ne veux pas prendre le risque de ressentir la moindre tendresse pour qui que ce soit. Mais là, je clos mes paupières et me délecte de toutes les sensations merveilleuses que me procure ce simple baiser.
Ice me presse plus fort contre lui, plaquant ainsi mon ventre contre la protubérance de son jean. Il se déchaîne sur mes lèvres, mon cou, me mordille le lobe de l’oreille, propageant toute cette tiédeur dans mon corps jusqu’à mon clitoris qui se met à pulser. Je lui réponds avec la même ardeur, mes mains s’aventurant dans sa chevelure si soyeuse.
— J’ai tellement envie de toi, bébé, murmure-t-il de sa voix rauque, avant de reprendre possession de ma bouche.
Nos langues se cherchent, s’enroulent, se lèchent et se caressent. Ice me soulève de sa main plaquée sur mon postérieur et je passe naturellement mes jambes autour de sa taille, oubliant tout autour de moi. La chaleur se transforme en brasier lorsqu’il me fait légèrement monter et descendre contre lui, frottant ainsi sa verge dure comme de l’acier, sur la couture de mon pantalon. Mon point sensible se met à palpiter plus fort. Je gémis, Ice gronde.
Je perds la raison, alors que mes lèvres se détachent des siennes, partent en exploration le long de sa mâchoire, son cou. Je frotte plus vite et plus fort mon entrejambe sur cette bosse si solide, mais ce n’est pas suffisant, j’ai besoin de la sentir en moi, qu’elle me remplisse. J’ai déjà éprouvé du désir, mais ça n’a jamais été aussi puissant qu’en cet instant.
— Baise-moi, haleté-je.
Sa main s’agrippe plus fort à mes cheveux et ses lèvres reprennent violemment possession des miennes. Il se baisse et se redresse aussitôt, puis m’emporte je ne sais où d’un pas rapide. Il me dépose au sol, dans la cabine des toilettes pour handicapés, avant de fermer à clé, sans que jamais nos lèvres ne se quittent. Je crois que nous en sommes incapables, animés d’un désir brut, primitif.
Sa main quitte ma chevelure et je la sens tirer sur l’étui de ma guitare. Je défais le crochet de la sangle sur ma poitrine et le poids de mon instrument disparaît immédiatement. Nos lèvres se séparent et Ice recule légèrement, son regard rivé au mien, tout en défaisant les boutons de son jean. Ses yeux flamboient d’un désir ardent, ce qui décuple le mien et je suis brièvement surprise de ne plus y voir cette hostilité.
J’ai l’impression fugace de jouer à Shifumi alors que nous plongeons une main dans la poche arrière de nos pantalons et en ressortons chacun un étui argenté, ce qui nous fait sourire. Son expression rieuse change radicalement ses traits. Il est beau. Ses cicatrices ne me rebutent pas, elles accentuent seulement son air dangereux lorsqu’il a ce regard antipathique, mais là, ce n’est pas le cas. Je pense avec regret qu’il devait être magnifique avant de récolter ces marques.
Je retire précipitamment mes boots, mon pantalon et mon string trempé. Mes yeux se fixent sur sa verge longue et épaisse quand il la recouvre du préservatif. J’humecte mes lèvres avec gourmandise, ce qui le fait gronder. Je n’ai pas le temps de me pencher sur son membre qu’il me plaque brusquement contre la cloison, passe une main derrière ma tête, l’autre à l’arrière de ma cuisse dénudée. Il soulève ma jambe qu’il dépose contre sa hanche et positionne son sexe à l’orée du mien.
— Ne me ménage pas, Ice, supplié-je, agrippant ses épaules.
Il tire doucement sur mes cheveux pour redresser mon visage vers le sien et s’empare de mes lèvres tel un assoiffé. Sa bouche glisse jusqu’à la base de mon oreille, descend sur mon cou, l’embrasse, le lèche. Je brûle et n’aspire qu’à ce qu’il apaise ces flammes qui me dévorent de l’intérieur.
— Prends-moi... Ice, dis-je, pantelante.
Il plonge son regard affamé dans le mien et me pénètre d’un coup de reins violent. Je rejette ma tête en arrière en criant tandis que mes yeux se ferment.
Il se retire lentement, puis replonge en moi avec vigueur.
— Oh bordel, oui ! crié-je.
Ce ballet se répète trois fois, puis Ice augmente le rythme de ses puissants coups de reins, attisant l’incendie en moi.
— Putain… Gaby… C’est trop bon, bébé.
Il va-et-vient à une cadence de plus en plus effrénée et la cloison tremble sous chacun de ses martèlements en moi. Ses dents me pincent au creux du cou, alors que mes ongles griffent ses pectoraux par-dessus son t-shirt. Nous ne sommes plus que bouches, langues entremêlées, halètements, grognements et cris. Le feu rugit dans mon corps, se concentre au creux de mes reins et se diffuse jusqu’à ma nuque. Toutes mes terminaisons nerveuses se tendent à l’extrême.
— Je vais… Oh mon Dieu, Ice, ouiiiiiii ! m’écrié-je.
Il me donne un dernier coup de boutoir brutal, rejette sa tête en arrière et explose à son tour dans un feulement bestial.
Ice
La meilleure baise de toute ma vie et je ne pense qu’à recommencer ! Par contre, de son côté, j’en doute. Pas un mot depuis que nous sommes sortis des toilettes. Elle me suit sans rechigner, mais semble perdue dans ses pensées. Nul besoin d’être devin pour en comprendre la teneur. Je n’ose pas aborder le sujet, de crainte qu’elle me rejette et je refuse d’entendre ces mots. Un vrai gamin.
Nous sommes presque arrivés au pied du jet de son père quand elle ouvre enfin la bouche.
— Joli suppositoire, lâche-t-elle, avec mépris.
Je la considère un instant, surpris, me demandant ce qu’elle peut bien reprocher à cet appareil. Nous grimpons à bord et elle salue les pilotes en espagnol, qui eux, la reluquent avec lubricité. Je les fusille du regard, ils dégagent aussi sec dans le cockpit et referment derrière eux.
Gaby paraît écœurée par le luxe à l’intérieur. Son vieux ne se refuse rien. Moquette bouclette gris clair, sièges inclinables ergonomiques en cuir blanc, toilettes et salle de bains grand luxe, ainsi qu’une petite cuisine design qui permet de réchauffer des plats préparés, petit frigo et bar intégrés.
— Mmm... Je parie que les cueilleurs de café ont à peine de quoi bouffer, grommelle-t-elle.
Là, elle n’a pas vraiment tort. Elle prend place sur l’un des sièges tandis que je range nos affaires dans le compartiment à bagages qui est accessible en vol et m’installe en face d’elle. Elle regarde à travers le hublot et semble songeuse. Je la contemple un long moment, sans rien dire. L’avion commence à rouler et elle ferme les yeux.
— Donne-moi la force, maman, murmure-t-elle, alors que nous décollons.
Vu son comportement depuis tout à l’heure, je comprends qu’elle n’adhère pas au train de vie de son père, mais là, elle m’intrigue. La simplicité de l’aménagement intérieur de son appartement me revient à l’esprit.
— Tu as laissé ton logement ouvert. Tu ne crains pas qu’il soit squatté ?
Elle ricane et plante son regard dans le mien.
— J’ai laissé les clés au gardien avant de partir.
Ah, le fameux trousseau sur la table. Rusé de sa part.
Nos regards restent rivés l’un à l’autre pendant un temps interminable, puis le sien commence à dériver lentement sur mon torse. Elle le détaille avec insistance et quand elle se mordille la lèvre, ma queue se dresse comme un ressort.
Je défais ma ceinture de sécurité, quitte mon fauteuil l’air de rien, et me dirige vers la salle de bains. J’entre et retire mon blouson ainsi que mon t-shirt. Je souris quand, à travers le miroir, je constate que ses ongles ont laissé des marques de griffures sur ma peau.
Ouais, c’était explosif.
Je renfile mon cuir pour qu’elle ne puisse pas distinguer mon tatouage dorsal et laisse mon vêtement ouvert à dessein. Si elle veut mater, surtout qu’elle ne se prive pas ! J’espère que ça l’incitera à remettre le couvert parce que passer quasiment onze heures de vol, avec elle à proximité, sans la toucher, me paraît totalement impossible. Je vais devenir dingue. Je ne pense qu’à caresser sa peau, téter ses nichons et goûter la saveur de sa chatte brûlante depuis que nous avons quitté l’aéroport.
Je ressors et, la première chose que je vois, ce sont ses longues jambes nues galbées et athlétiques. Dos à moi, elle porte à présent une robe légère qui lui arrive au-dessus du creux des genoux. Mes yeux se portent immédiatement sur son cul quand elle se penche pour extirper son instrument du compartiment à bagages. Des images obscènes de mes doigts profondément ancrés dans ses hanches et de ma queue la fourrant à fond par-derrière envahissent mon esprit.
Je soupire de frustration, retourne à ma place et ferme les yeux. Je les rouvre et redresse mon buste, ce qui écarte plus largement les pans de mon cuir, au moment où j’entends les premières notes de Glitter And Gold de Barns Courtney.
Comme la veille, ses paupières sont baissées et son pied nu bat la mesure. Elle semble vraiment ailleurs lorsqu’elle joue et je me demande si la musique n’est pas un refuge pour elle.
— Depuis quand chantes-tu ? m’informé-je une fois qu’elle a terminé son morceau.
Son regard se voile de tristesse avant de se perdre de nouveau à travers le hublot. Je ressens un pincement au cœur, pourtant, habituellement, je ne suis pas quelqu’un qui se laisse attendrir.
Elle reste un long moment silencieuse, puis murmure d’une voix à peine audible :
— Depuis que j’ai intégré l’internat en Suisse, à sept ans. Ma mère me manquait terriblement, alors je me suis mise à fredonner les comptines qu’elle me chantait. Ça me donnait l’impression qu’elle était avec moi, même si elle ne le serait jamais plus.
Je suis choqué.
— Pourquoi ton père t’a-t-il envoyée à l’étranger si jeune ?
Sa tête pivote vers moi et ses yeux emplis de colère me mitraillent.
Oh bébé, ça, c’est un sentiment que je connais très bien.
— Tu travailles pour lui, donc je suppose qu’il t’en a…
Son acrimonie s’amenuise jusqu’à s’éteindre complètement dès que son regard glisse sur mon torse dénudé. Intéressant. Elle lorgne mon corps avec une telle avidité que mon cornet à deux boules ressuscite aussitôt. J’ai l’impression que son inspection dure une éternité et je commence à m’impatienter.
Allez, bébé, saute-moi dessus !
Je fais doucement rouler les muscles de mes pectoraux et ma queue se tend encore plus lorsqu’elle entrouvre légèrement la bouche et passe la pointe de sa langue sur sa lèvre inférieure. Puis, elle ferme subitement les yeux.
Ah non, merde !
— Il faut qu’on parle, Ice, m’avise-t-elle d’un ton grave.
