No One Else - Daniel Cardoso - E-Book

No One Else E-Book

Daniel Cardoso

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Beschreibung

Un contrat à Montréal ? La vie Hollywoodienne ? Une arnaque à plusieurs centaines de milliers de dollars ? Qu’est-ce qui a poussé ces deux amis parisiens à vivre cette aventure incroyable ? Plus de dix mille kilomètres à travers les États-Unis qui les amènent par des rencontres plus incroyables les unes que les autres à révéler leur humanité, leur solidarité et l’envie d’aller toujours plus loin, toujours plus fort. Avec audace et passion pour défendre leurs idéaux, ce road trip se fait dans la joie, la rage de vaincre, mais fait aussi face à la fatalité de la mort. Le fil conducteur de cette aventure ? Tenir une promesse coûte que coûte… faite lors d’une rencontre de cœur à cœur, un coup de foudre amical, musical…

Une belle histoire vraie « feel good » qui vous donnera l’envie et la force d’aller au bout de vos rêves.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Comédien, producteur, maître de cérémonie, polyglotte, artiste aux multi-casquettes, Daniel Cardoso a été formé dès son plus jeune âge au théâtre d’improvisation. Cette expérience fut un atout pour créer et développer des projets artistiques de tous styles. Il profite de la pandémie pour se consacrer à l’écriture et à l’aboutissement d’un projet qui lui tenait à cœur. Ce livre est le récit d’un parcours inédit aux États-Unis avec son amie chanteuse, déjà reconnue. Un parcours également humain, qui l’amènera à réaliser ses rêves de scène, tout en aidant les jeunes nouveaux artistes à concrétiser les leurs.

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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19 Octobre2014

Paris – PorteMaillot

Laconventionseterminebientôt,jesuisépuisé,àbout deforce.Jen’aiplusdevoix.Jesuissoulagé,touts’est bienpassé.J’aidormitroisheureslanuitprécédenteet celafaitmaintenantvingt-deuxheuresendeuxjoursque jegèrelascène,traduisanttantôtenanglais,tantôten français.

J’ai devant moi neuf cent quarante-sept fans.

Desheuresentièresàlesdivertir,àmettrel’ambiance, à crier, les faire crier, mais le plus fatiguant reste la traductionconsécutivequejeréaliseendirectentreeux etonzeacteursdelasérieAméricaineLesfrèresScott (One TreeHill).

Je suis constamment sur le qui-vive, en alerte. Le stress est omniprésent. Tout est réglé à la minute.

BéatriceetLéa,mèreetfille,géranteetdirectrice, deux femmes au tempérament sanguin, proche dela folie.Ellessonthargneusesetcolériques.Jemedoute que tout ce qu’elles font n’est pas toujours très net, ellesontdesdollarsàlaplacedesyeux.Parfoiselles meparlenttellementmalquej’aienviedehurler,mais ellessaventtoujourssefairepardonneretfaireamende honorable. Elles me rendentfou.

Heureusement, j’ai mes petits moments de pause. Celuiquejepréfèrec’estquandjevoisGaïaprendresa guitareetcommenceràl’accorder.Elleauncharisme

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impressionnant. Dès qu’elle foule le sol de la scène toutlemondesetaitetlaregarde,elleaquelquechose d’envoûtantpresqued’énigmatique,c’estunetrèsbelle femme, blonde, élancée, d’un mètre quatre-vingt. Elle saluelepublicetonladécouvred’unesimplicitéetd’une gentillessedéconcertantes.C’estmameilleureamie.

Sondeuxièmealbumestsortienjuindecetteannée. Elletouchelescordesdesaguitare.Àlapremièrenote, jelareconnaisimmédiatement.EllevajouerBlackto Bluelachansonquiadonnéletitreàl’album.J’adore.Je l’écouteavecattentionetémotion.Savoixpuissanteet rauque,souventcomparéeàJanisJoplinremplitlasalle. Elleestlà,présente,forte,captivantlepublicquin’était paslàpourlavoir.Lepariestgagné,standingovation. Cette nouvelle audience est conquise. Je suistellement fierd’elle.

Mapauseestfinie,ilfautquejereprennelascène. On touche au but et bientôt ce sera la cérémonie de clôture,toutlemondevarentrerchezsoi.J’aihâteque laconventionsetermine.Jesuisépuisé,àboutdeforce. Je n’ai plus devoix.

– Allez Dean ! Un dernier effort !

L’adrénalinemetient,jevaispuiserdansmesdernières ressourcespourfinirenbeauté.C’estparti!Lamusique est à fond, les fans sont déchaînés. Ils crient de joie, maisaussidepeine,carcelasonnelafinduweek-end. J’appellelesacteursunparunetilsmerejoignentsur scène.Leshurlementsdesfansredoublentdeforce,je n’entendsmêmeplusmavoixdanslemicro.J’enaila

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chairdepoule.Jenesuisplusdutoutfatigué,j’aiune patateincroyable.Toutecetteénergieenvoyéedetous lescôtésrebonditcontrelesmursetnousrevient,ànous surscène;cemomentestmagique!

Tout le monde est là ! Les neuf centquarante-sept fans,lestrentemembresbénévolesdustaff,lesonze acteurs,ilesttempsquej’appelleBéatriceetLéapour nous rejoindre surscène.

Tout le monde se remercie, se congratule, je suis content qu’elles me remercient particulièrement au micropourmontravail,çagalvaniseetlesfansmele fontsentir.

Je suis heureux.

Ellesontunedernièreannonceàfaire.Jemedoutede quoi ils’agit...

Ilyaurabienunetroisièmeéditiondecetteconvention àParisenoctobre2015,maisSURPRISE!Ilyenaura unesupplémentaireenaoût...àMontréal!Jetombedes nues!

J’improvise devant cette audience estomaquée à laquellejenedoispasmontrermasurprise.Fairecomme sitoutétaitnormal,nesachantabsolumentpassijefais partie de ce projet ounon.

Je croise les doigts. J’aime tellement voyager.

JeconnaisdéjàtrèsbienlesÉtats-Unis,j’yaivécuet aitraversévingt-deuxétatsenvoiture,maisjeneconnais pasdutoutleCanada.EspéronsqueBéatriceetLéam’y emmèneront.

Ilesttempsdedireaurevoirauxacteursetauxfans.

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Aveclestaff,onseprenddanslesbras,ons’embrasse. Ceweek-endaétééprouvantpourtoutlemonde,nous sommes heureux de nous revoir en février pour la convention sur la sérieCharmed.

Soudain, j’entends mon nom. C’est Léa qui m’appelle.

Gaïa aussi est appelée.

–Dean,Gaïa,vouspouvezvenirnousvoirdansla Green Room?

–Onarrive!JemetourneversGaïa,inquiet.

–Tucroisqu’onaencorefaitquelquechosequ’ilne fallait pas?

Comme si c’était une habitude. Elles me rendent vraiment parano !

–Jenesaispas,onvabienvoir.

Chargés comme des mulets, Gaïa etmoinous dirigeonsverslaGreenRoom,cetimmensecouloirdu HyattRegencyn’enfinitpas.Cettelonguetraversée laisseletempsderéfléchir.Jemerefaistoutleweek-endenaccélérédanslatête.Qu’est-cequej’aibienpufaire? Léatoutesourianteestaffaléedansundescanapés, tandisqueBéatricecomptelesbillets,imperturbable.

Léa me tend une enveloppe.

–TiensDean,voilàdéjàtonsalaire.

–Merci beaucoup!

–Sinon,jevoulaisvousparleràtouslesdeuxdela conventionàMontréal.PournousDean,c’estévident quetuviens,onprendenchargetonbillet,lelogement etbiensûrtuseraspayé.EttoiGaïa,situesdisponibleà

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cesdates-là,onaimeraitbeaucoupquetuviennesetque tufasseslapremièrepartiedeTylerHilton.Ilferaun concertlesamedisoir.Qu’est-cequevousenpensez?

–Sérieux?Vraiment?

Jesuiseuphorique.Gaïaquiestgénéralementplusposée etmoinsextravertiequemoiluirépondsimplement.

–Ohbahouais,carrément,çapeutêtresupercool!

–Dean,commeencemomenttunetravaillespas,on voulaitaussiteproposer,devenirtravailleravecnousau bureau,àpartirdemardi,surtoutcequiestpréparation et gestion deconventions.

J’accepteévidemmentlaproposition.Endixminutes, jeviensd’êtrepayé,detrouveruntravaildanslequel jevaisapprendrelescoulissesdel’événementiel,etde

«gagner»unvoyageàMontréaldanslecadredece boulot que j’aimeparticulièrement.

Grandesaccoladesetembrassadessontdemiseset nousvoilàrepartisavecGaïa,sourireauxlèvres.Finis laparanoetlestress,placeàlajoieetàlasatisfaction...

Pour un temps au moins !

Je suis tellement excité que je ne peux pas rentrer chezmoi.Ilfautquejesorte,fasselafête.Cen’estpas raisonnable,maisj’aibesoindemedétendre,boiredes bières et jouer au baby-foot avec les copains. Jevais encorerentrerà6hdumatin,maisc’estcommeçaque j’aimeclôturerlesweek-endsdeconventionetpuisj’ai mon lundi pour m’en remettre avant de commencer mardi.

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Lesconnaissantmaintenantdepuisunanetdemi,je nesuispastrèsrassurédemeretrouveraubureautous lesjoursdelasemaineavecelles.Ellessontcapables decolèresincroyablesetdesejeterdesmotsàlafigure quejenediraimêmepasàmonpireennemi.Ellessont impitoyables,maisl’expérienceàacquériretcequ’ilya àlaclefsonttropbeauxpourfairelafinebouche.

Je prendrai sur moi. Après tout, j’ai l’habitude.

Celafaitmaintenantcinqmoisquejesuisaubureau, mesyeuxsecroisentdevantl’écrand’ordinateur.Nous sommesàquatrejoursdelaconventionCharmedetje suisimpatient.Jem’entendstrèsbienavecShannen, HollyetBrianetj’aihâtedelesretrouver.Jesaisqu’on vas’éclater.L’annéedernièrenousavionsdînéetfaitla fêtetoutelanuit.ShannenetHollyavaientfaitfermer le lobby de leur hôtel demandant à Gaïa de jouer de lamusiquejusqu’àcinqheuresdumatin.Nousavions aussirencontréRafaelunamideWes.Ceweek-endétait magique.QuandBéatriceetLéal’ontsu,ellesnousont incendiés,presqueradiés.Selonelles,nousnesavons pastenirnotreplace,nousn’avionspasàêtreaveceux... Rienn’yafait.Leurexpliquerquec’étaitàlademande desacteursétaitinutile.Nousétionsdevenusdesrebuts. Ilm’afalludutempspourcomprendrequ’ils’agissait enfaitdejalousie.J’entretenaisunerelationaveceux qu’elles étaient incapables d’avoir. Je n’attends jamais rienenretourcontrairementàelles.Letempsafaitson effet,del’eauacoulésouslespontsettoutvamieux, maisjesaisàquoim’entenirpourcetteconvention.

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Jedoisremplirlesfichesdeplusdesixcentsfansavec tousleurs«extras».Quiaquel«pass»?Quiacombien d’autographesetavecqui?Quiacombiendephotoset avecqui?Quiades«meetingsroom»etavecqui?Il fautrentrerchaquedonnéeuneparune,fanaprèsfan, acteuraprèsacteur.Jedétesteresterassisderrièreun écran.C’esttellementrébarbatif.Àlamoindreerreur,je m’attirelesfoudresdeguerre.Mêmeàunchienonlui parlemieux,saufquandonledresse.C’estlasensation quej’ai.Nepascraquer,jedoismerappelerdesbons moments passés avec elles, car il y en a beaucoupet dansquelquesmois,jeparsauCanada.Mèreetfilleme fontpasserautantdebonsmomentsquedesituationsde crises.Jeverraid’ailleurs,dansundeleursbonsjours, pourleCanadaafindepartirplustôtetrevenirplustard, pourenprofiterunpeu.Aprèstout,jeméritebienaussi quelquesvacances.Jeproposerail’idéeàGaïapendant leweek-end,jesuissûrqu’elleserapartante.

Jesuisinquietpournepasdireparano.J’aivuquelques

documents passés et surpris quelquesconversations. Je pense que la société ne va pas si bien que ça et quecertaineschosessetrament.D’ailleursjen’aipas toujoursétépayécequ’onmedevaitetjedoisréclamer àplusieursreprisesmondû.Ilyatoujoursunebonne raison.Jedétestecettesituation.Maisjeneconnaispas grand-choseaumondedel’entrepriseetjedécidede continuer à leur faireconfiance.

Montréalmetient.Levoyageetl’aventureavanttout. Ceweek-endvaêtredément,j’aibossédurpourça.

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21 Février 2015

Paris – PorteMaillot

Onestsamedietlapremièrejournées’estsuperbement bienpassée.AvecShannen,HollyetBrian,nousnous sommestombésdanslesbras.Jem’éclate.

Hierc’étaitmonanniversaire.Jen’auraispaspurêver meilleur cadeau. Lorsque la journée s’est terminée, j’avaisrendez-vousaurestaurantjusteàcôtéduPalais desCongrès.Nousétionsplusd’unevingtaine.

Ma famille et mes amis proches sont là. De la conventioniln’yaqueGaïaetNaduska.Toutlemonde estarrivé,ilesttempsdecommanderleChampagne! LamarquedeChampagnen’estpasécritesurlacarte. On sait juste que la bouteille est à cinquante euros. C’estdonnépourunrestaurantsituédanscequartier.Le patrondontonvoitqu’iln’yconnaîtrien,nousmontre deuxbouteillesdifférentes.Nousavonslechoixentre duHeidsieckbrutouduRuinartrosé.Monpèreetmoi nous regardons interloqués. Il faut vite choisiravant qu’ilneseressaisisse.Cethommen’yconnaîtvraiment rien!Lerepassepassedanslajoieetlabonnehumeur, àlasaveur–évidemment-d’unexcellentRuinartrosé. Levinaussicouleàflots.Noussommesseulsdansle restaurant.Quelquechosemanque!Delamusiquebien sûr.Noussommesplusieursartistesréunis,Gaïa,quia amenésaguitare,mononcle,chanteurdeFadoetmon cousin,chanteur-musicien.C’estGaïaquicommence.

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Mêmeleservices’estarrêté.Lesserveursetlepatron l’écoutent avecattention.

Jedemandeensuiteàmononcledenouschanterdu Fado, cettemusique portugaise auxaccentsmélancoliques quiabercétoutemonenfanceetquiexprimesibienla

«Saudade».Cemotprofondquidéfinitunsentiment si particulier entre nostalgie et mélancolie, espoir et douleur,etquin’ad’équivalentoudetraductiondans aucuneautrelangue.J’aimecesentimentetmononcle le chante àmerveille.

Aprèsuneversionacappellaacclamée,sansguitare,il nepourrapascontinuer.Tony,moncousin,plutôtdiscret engénéral,auneidée.EtsiGaïal’accompagnaitàla guitare.

–Mais je n’y connais rien au Fado ! Je nepourrai jamais!

–Si,tuverras,ilsuffitquej’écoutemonpèrechanter etjetedisquellesnotesilfaudrajouer.

Ça a l’air si simple quand il le dit. Gaïa n’est pas convaincue non plus, mais pourquoi pas. C’est une nouvelle expérience pour tout le monde. Mon oncle commenceàchanter,TonyseplaceentreluietGaïa.Il estconcentré,imperturbable.Ilcommenceàdicterles notesetGaïas’exécute.Jen’encroispasmesoreilles. Çamarche!Quelplaisird’avoirautantdetalentsautour desoi.

Ilcommenceàsefairetard,demain,ilfautselever tôtetfinirlaconvention.Gaïa,Naduskaetmoi,onne

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vapasêtrefrais,maiscen’estpasgrave.Lasoiréeétait tellement belle, qu’énergétiquement, nous sommes nourris.

7h30leréveilsonne.Çapique!Heureusementque jedorsdansl’hôteljusteau-dessusdelaconvention.J’ai hâtederetrouverlesfans.Ilyauneambianceparticulière surcetévénement.C’estjusqu’àprésentleweek-end oùjesuisleplusprochedesfans.Jecomprendsunpeu mieuxleurengouement.Celienparticulierquej’aiavec les acteurs est visible de tous, du coup c’est l’éclate, toutenrestantprofessionnelbiensûr!Shannenparten courantdanslasalleaumilieudesfans,tandisqu’Holly medemandedelaprendreparlebraspourqu’onyaille ensemble. Elle est plus réservée. Mais laconvention approchedelafinetelleselâchedeplusenplus.

Encoreunévénementquisefinit,encoredesaurevoir, despleurs,desembrassadesetdes«àbientôt!»

Tout s’est très bien passé. Je suis aux anges.

Je traverse à nouveau ce long couloir du Hyatt Regencydontjeconnaismaintenantchaquerecoinpour allerretrouverBéatriceetLéa.Jeregardeenl’air,pris dansmespensées,àrêvassercommesisoudainementce longboyauneutre,froidetsansvies’étaittransforméen vortexmenantversunmondeenchanté.

Léaal’airunpeustresséeenmetendantmonsalaire. Je m’apprête à discuter et rigoler avec elle, en lui racontantlesmomentsdelaconventionqu’ellearatés. Trèssouventonsemarrecommedesgaminstousles deuxàpartagernospotinsduweek-end.Maisavantde

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commencer,jesuisprisdecoursparBéatrice.Elledoit meparler.

Aïe ! Je décide de prendre les devants.

–Touts’esttrèsbienpassé!

–C’estparrapportauCanada!

C’était trop beau pour être vrai! Ça fait cinq mois que je ne pense qu’à ça. Pourquoi rien ne peut être simple ?

–Onadesgrosproblèmesd’argentetducouponne pourra pas, et te prendre le billet d’avion et tepayer. Il faut que tu choisisses l’un ou l’autre. Nous avons vraimentenviequetuviennes,maisc’estàtoidevoir! Onvadînermaintenantaveccertainsmembresdustaff, tuveuxveniravecnous?

Jesuisabasourdi.J’acceptelapropositiondudîner, maisjesuisunpeuenétatdechoc.Avecletraindevie qu’ellesont,lamaisonqu’ellesontlouéepourdeuxou troissemainesàLosAngelesavantlaconventionde Montréal,pluscellelouéepourcinqousixpersonnes pendantl’événement,jenecomprendspastropcomment monbilletd’avionpeutfaireladifférence.Encoreun coupdeTrafalgar!

Quelledécisionprendre?Devoirpayerdemapoche pourallertravaillerouaccepterdetravaillersansêtre payé?Dansuncascommedansl’autre,cen’estpas juste,maisellessontfortes!Ellesmelaissentlechoix, jegardemonlibrearbitre.Sijeveuxvraimentallerà Montréal,maintenantqueçafaitdesmoisquej’ypense etenrêve,ilfautquejepaye...pourtravailler.Jesuis

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dégoûté.Ellessaventquejen’aipasunethuneetqueje galère tous lesmois.

Noussommesunedizainedepersonnesattablées,pour cedînerquinouspermetaussidedébriefer.Jeraconte desanecdotesdepanelsquelestaffaratées.Jerisaussi parmoment,commelesautres,maisjerisjaune.Jefais bonnefigure.Aprèstout,çaneregardepersonneàpart noustroisetlesautresn’ontpasàsubirmadéception. SoudainLéa,lesyeuxécarquilléscommesiellevenait d’avoirunerévélation,setourneversmoi.

–Au fait, mardi ce n’est plus la peine de venir au bureau,finalementonvaprendreSéverineàlaplace. Elleaunstageàfaireetducoup,onn’apasbesoinde larémunérer.Çanouspermettradefairedeséconomies ettoiçatelaisseraplusdetempspourteconsacrerau théâtre!

–Euuuh,d’accord,çamarche!

Grandsilenceàtable.Toutlemondeestgêné,Séverine lapremière.Cocomonbinômeaubureauetamie,me fait signe de respirer calmement. Comment peut-on annoncerçadevanttoutlemonde?

Enmêmepasuneheuredetemps,jeviensdeperdre montravailetpotentiellementlevoyageàMontréal!Je suisécœuréparlamanièredontcelaestfait!

J’enaimarredel’ascenseurémotionnelqu’ellesme font vivre constamment. Un jour tout est génial, on s’adore,jesuislemeilleurettoutvabien.Unjourje deviensjetable.

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Unefoisl’additionpayée,jenem’attardepas.Jegarde toujourslesourire,horsdequestionquel’onpuissevoir quejesuisaffecté,maislesaurevoirsontdifférents. Jevoisdansleregarddecertaines,iln’yavaitquedes filles,delacompassion.Onpouvaitpresquelire«bon courage!»Jen’oublieraijamaiscesentiment.Uneheure aprèsavoirétéencenséparlesfansetlesacteurs,jeme sens maintenanthumilié.

Il est encore tôt. J’ai le temps d’arriver dans mon barpréféréavantlafindel’happyhour.J’aibesoinde décompresser. Jouer au baby-foot, draguer, évacuer. Il fautquandmêmequejefasseattentionàl’alcool,carje saisetsensqu’aufonddemoi,j’aiuneragebrûlantequi nedemandequ’àsortir.Toutiramieuxdemain.

20 décembre 2010

Orlando (Floride) – La Nouvelle-Orléans (Louisianne)

Jem’habitueàlavieenFloride.Celafaitmaintenant quatremoisquejevisàOrlandoetquejepassequelques week-endsàMiamiouàKeyWest.J’ailabellevie.Je travaillebeaucoup,jegagnebienmavie,ilfaitbeau, chaudetjemesuisfaitunesacréebandedepotes.Onfait lafêtetoutletemps.Contrairementauxidéesreçues,ici j’aimaigri.Vulanourriture,jenemangepasbeaucoup. J’ailaissédespommesvertespendantdeuxmoissur le comptoir de la cuisine, elles sont toujours aussi brillantesetintactes.Jeneveuxmêmepassavoiràquoi ellessonttraitées.TrouverdelaviandesansOGM,sans antibiotiqueetsansstéroïderelèvedudéfietdemande d’avoirunporte-monnaiebiengarni.Unesaladebien choisieetpréparéeparmessoinsmevagénéralement trèsbien.

Aujourd’huijedoisalleràl’aéroport.J’aihâte.Jevais cherchermamèreetmoncopain.Ilsviennentpasser deuxsemainesavecmoipourNoëletleNouvelAn.Il afalluéconomiser,maisons’estprévuunprogramme génial.

Les trois premières soirées, nous les passons à Orlando. Je n’ai que sept jours de congés et je dois travaillerlajournéejusqu’au22inclus.Jeleurprésente

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mesnouveauxamisetlesoironfaitlatournéedesbars etdesboîtes,pendantqu’eux,lajournée,visitentles alentours.SaintAugustine,Tampa...

Enfinenvacances.Ilesttempsdelouerlavoitureet d’allerpasserNoëldansunendroitdontj’aitoujours rêvé:LaNouvelle-Orléans!

Il faut partir très tôt, même si nous n’avons pas beaucoup dormi. Le berceau du JAZZ se trouve à 1033kmd’Orlando.EnpassantparlaI-75puisenprenant laI-10auxalentoursdeLakeCity,nousenavonspour neufheuresderoute.Pourdéjeuner,nousnousarrêtons à Thallahassee, aucun de nous n’a entendu parlerde cettevilleetpourtantils’agitdelacapitaledel’étatdans lequeljevis.Situéeenpleineterre,ellen’avraimentrien d’exceptionnel,doncpaslapeinedeperdredutemps, larouteestencorelongue.Ilfautfinirdetraverserla Floride,unboutdel’Alabama,duMississippietdela Louisiane pour arriver enfin au milieu de ce French Quarteroùsemêlent«vieux-sud»,musiqueetvaudou, letoutàl’accentcajun.Unefoislesbagagesdéposésà l’hôteletnousêtrerafraîchis,nousvoilàplongésdans l’effervescence.Onsentdéjàqu’àl’instardeNewYork, oùnousseronsdansquelquesjours,cettevillenedort jamais.Entoutcaspaslanuit!

BourbonStreet!Quec’estbeau!Ilyadescouleurs

partout, les balcons en fer forgé sont éclairés de guirlandes lumineuses colorées qui brillent de mille feux. Demain soir c’est Noël et les gens sont quand mêmedehors,joyeux,àdanseretchanter,unverreàla

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main.Touslesbarsetclubsproposentdelamusiquelive etlesgroupessontvraimenttalentueux.IciduJazz,làdu Rock,encoreiciduBlues.Danscettepetitecavevoûtée et sombre, c’est piano-bar ! Je veux y vivre, j’aime tellementcetteambiance.Biensûr,j’aiconscienced’être dansunquartiertrèsparticulier,protégéetépargnépar laviolenceafindegarderl’affluxdestouristes.Jen’ai pasencoredécouvertlerestedelavilledévastéepar l’ouraganKatrinacinqansplustôt.Quandnoussommes arrivés,lanuitétaitdéjàtombée.

Jen’aiaucuneidéedel’heureàlaquellenousnous sommescouchés.Ons’estlaisséprendreparl’ambiance etembarquerdanscetteénergiefulgurante.

Au petit-déjeuner, je demande àTiffany,notre serveuseafro-américaine,sielleconnaîtuneégliseoù nouspourrionsallerpourlaMessedeNoël.Toutcequi estreligieuxestpourmoid’unennuimortel,maispasser leréveillondeNoëldansuneégliseafro-américaineà écouterduvraiGospel,n’apasdeprix.Jesaisd’avance que ce moment sera magique, gai etpleind’énergie. Aumoinslà,onnepasserapasdesheuresàécouterun prêtrerabâcherlesmêmesversetssuruntonmonocorde. Tiff,çayestonestdevenupote,vientdenousoffrirdes bonnetsdeNoël–traditionaméricaineoblige.J’adorece côtéqu’ontlesAméricainsdesympathisertoutdesuite,d’êtreavenants.Prenantmonnumérodetéléphone,elle metiendrainformédanslajournéedecequ’elleentend par-cioupar-làpournousindiquerlameilleureégliseoù aller. Elle est super chouette cette fille. Je nesuis

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pasencorebienréveillé,maisellem’adonnélapêche avec son sourire et son entrain communicatif. Nous partonsvisiterlaville,lesjardins,lesbordsdufleuve Mississippi.Partout,danschaquerecoin,ilyadesgens quijouentdelamusique.Aufildesheures,quel’onne voitpaspasser,jereçoisplusieurstextosdeTiff.Ellese renseignetoujours.Jeluifaisconfiance.

Vers19hcen’estpasunSMSquejereçois,maisun appel.C’estTiff.Elleesttellementexcitéequ’elleparle tropvite.AvecsonaccentspécifiquedelaLouisiane,je necomprendspasunmotdecequ’ellemeraconte.En rigolant,jeluidisdesecalmeretdeprendresontemps. Reprenant sa respiration, elle m’explique qu’elle vient d’entendreuneannonce,pourrappelerauxgensquece soirilyaura«tellefemmepasteureafro-américaine» quiréunirasesfidèlesàlaFranklinAveBaptistChurch quipeutaccueillirjusqu’àdeuxmillepersonnes!

Les coordonnées introduites dans le GPS, nous prenonslaroute.Certainsquartiersquenoustraversons portent encore les stigmates du passage de Katrina. Cinqansaprès,lavilleesttoujoursenruineparendroit. Onvoitbienoùsesontportésleschoixdespoliticiens alorsqu’unegrandepartiedelapopulationvittoujours dansunemisèreimpressionnante.Lesgensn’ontpas lesmoyensdefaireréparerleurmaison.Cettetraversée pouratteindrel’églisemefaitfroiddansledos.Jeme rendscomptedelachancequej’ai.Malgrémespetits moyens,jesuisquandmêmeprivilégié.

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En entrant dans l’église, je suis surpris par sa configuration.Elleestmoderneetneressemblepasdu toutauxéglisesquel’onpeutvoirdanslesfilmsoules séries.Sanslaprésencedel’AuteletdelaCroix,j’aurai eu la sensation d’entrer dans une salle de spectacle bondée. Deux mille personnes, c’est énorme ! Nous sommestrèspeudeblancsdanscettecongrégationqui nous accueille à brasouverts.

Microàlamain,lapastoressecommencesonprêche. Elleauncharismeetuneénergieincroyables.Jesuis tellementàfond,mêmemoij’aienviedecrier«Alleluia» enchœuraveclerestedesfidèles.L’ambianceestfolle, joyeuse,enivrante.Lachoralecommenceàchanterdu Gospel,j’enaileslarmesauxyeux.Onenoublierait presque,qu’autour,lavilleestencoredévastéeetque beaucoupdespersonnesprésentesiciviventdansune grandepauvreté.Quelleforceilsont!Jesuisadmiratif! Il y a beaucoup àapprendre.

La cérémonie terminée, nous repartons exaltés, transportés,prêtsàfairelafêtedansBourbonStreet! Contrairement à Paris, ici, le 24 décembre, tout est ouvert, les rues sont bondées et animées. Quel Noël inoubliableetquelleleçondevie!

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26 décembre 2010

New York (NewYork)

NousavonsquittéLaNouvelle-Orléansle25vers20h etroulétoutelanuit.Avecmamère,nousnousrelayons pourconduire,moncopainn’apaslepermis.Ilessaye de tenir compagnie au conducteur du moment pendant que l’autre se repose à l’arrière avant la prochaine rotation.Encomptantlespausesetletempsdereprendre quelquesaffairesàlamaison,nousavonsletempsd’aller àl’aéroportd’Orlando,rendrelavoituredelocationet prendrenotreavionàneufheuresdirectionNewYork.

Deuxheurestrentedevolplustard,nousatterrissons àNewark,l’undestroisaéroportsdelaville.Ilnous faut quarante-cinq minutes en taxi et débourser près decentdollarspourrejoindrenotrehôtelàManhattan. Cen’étaitpasdutoutprévudanslebudget,maisnous sommestellementfatiguésparlaconduiteetl’enviede s’allongerunpeudansunvrailitesttelle,qu’onn’y réfléchitpasàdeuxfois.Nousn’avonsquetroisjours pourdécouvrir «laGrande Pomme». Il va falloiren profiteraumaximum.JedoisêtrederetouràOrlando le29ausoir,pourreprendreletravaille30aumatin. Pendantletrajet,latêtecolléecontrelavitrecommeun grandenfant,j’observelaneigequicommenceàtomber abondamment.NewYorksouslaneige...Unevraiecarte postale.J’ail’impressiond’êtredansl’undecestéléfilms de Noël surM6.

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Malgrémonémerveillement,jenepense