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Dark fera-t-il le bon choix entre l'amour et la vengeance ?
Azami arrive au Manoir, où habitent les Samouraïs de la Vierge Clytie. Son destin : se lier avec un des princes immortels, Dark, le fils du Seigneur des Ténèbres. Tout les oppose et pourtant, elle est sa Promise. Azami est douce, fragile et pleine de vie ; Dark est sombre, puissant et empli de haine.
Mais le jeune homme a un autre dessein : venger la mort de sa mère. Il lui faut devenir puissant, surpasser son père pour le détruire. Pour cela, il n'a pas le choix, il ne peut se lier car son pouvoir se figera. Azami ne doit pas devenir un obstacle. Pour cela, il est prêt à la sacrifier. Le combat des Samouraïs se durcit. Il faut au plus vite détruire les Portes qui mènent de Noutan au monde du Seigneur des Ténèbres car les pouvoirs de la Vierge Clytie faiblissent et l'armée ennemie devient chaque jour plus puissante et plus nombreuse. Dark et les Repentis sont alors des alliés dans cette guerre. Mais Dark doit faire le bon choix.
Le premier tome d'une saga fantastique passionnante, à lire sans attendre !
EXTRAIT
Dark le lâcha brutalement et se releva. Il sourit de satisfaction. La Promise était une petite créature qui ne poserait pas de problème. Elle était frêle, sans grand courage. Elle ne l’attirait pas du tout. Les quelques craintes qui l’avaient rongé ces derniers jours furent balayées devant sa mine pitoyable.
Il la bouscula au passage et poursuivit son chemin de sa démarche de félin. Azami avait enfin rencontré son terrible guerrier immortel. Ses espoirs venaient de se volatiliser comme des milliers de papillons prenant leur envol.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Sandrine Castello est née en mai 1976 à Marseille.
Actuellement, elle est enseignante dans une école de Saint-Maximin la Sainte Baume, où elle a le bonheur de côtoyer des personnes formidables. Rêveuse et débordante d'imagination, Sandrine écrit pour son plaisir depuis de nombreuses années.
Noutan est son premier roman.
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Seitenzahl: 235
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A mes deux anges, Romain et Maëva,
A ma mère et mon père, des parents merveilleux,
A ma famille et mon frère, qui m’ont entourée,
A mes amis, les piliers dans ma vie,
Et à Toi, Chance, qui m’a à nouveau souri.
Le phénix déploie ses ailes,
Le bec tourné vers l’horizon,
La jeune femme enfila un long manteau noir à capuche et se couvrit la tête. Elle sortit une grosse clé d’une de ses poches et ouvrit la lourde poterne. Elle se glissa hors du château en veillant à refermer discrètement la porte.
Elle plongea alors dans la forêt sombre de Mirouan. L’heure était tardive et personne ne s’apercevrait de sa disparition avant l’aube. Elle se mit toutefois à courir. Il ne servait à rien de s’attarder en ces lieux, ni d’avoir un quelconque regret.
Les branches épineuses agrippaient son long manteau mais elle poursuivait son chemin aussi vite que lui permettait la végétation. Puis enfin, elle s’arrêta et scruta les alentours. Sa vision n’était pas aussi parfaite que celles des Princes mais elle pouvait apercevoir des ombres dans cette nuit noire. Elle sentit la présence de Sédah et son cœur s’accéléra. Elle devinait maintenant ses formes mais aussi celles de deux autres personnes. La plus robuste était certainement le Sorcier Moyo, quant à l’autre personne, à n’en point douter, c’était une jeune Vierge. La Princesse Clytie ne s’expliquait pas sa présence. La Vierge n’aurait jamais dû les accompagner.
Sédah apparut alors et la serra tendrement dans ses bras. Il était son refuge depuis son enfance, la force qui la soutenait quand elle faiblissait face à ses obligations. Des obligations qui la vidaient de toutes énergies, de toutes forces pendant de longs jours. Il trouvait toujours les mots pour l’encourager face à la douleur que lui infligeait son pouvoir de Vierge.
Elle enfouit son visage dans son cou, sentit son odeur. Il était tout, tout ce qui aurait pu être s’ils avaient été des êtres communs et non des Immortels.
Soudain, un mélange de colère et d’anxiété vint la submerger. Son cœur se serra. Ressentir les sentiments des autres était toujours difficile à gérer. Elle les accueillit et ils envahirent chaque parcelle de son corps. C’était douloureux.
⸺ Il est encore temps de rentrer, Clytie. Tu peux regagner le château et m’oublier. Nous ne savons pas comment la situation risque de changer. Ce serait terrible si…
La Vierge Clytie posa un doigt sur ses lèvres et leva les yeux sur le beau visage de Sédah. Elle toucha sa joue et caressa tendrement ses marques de naissance, semblables à de fines lignes entrelacées. Elle aimait chacun de ses traits : ses yeux noisette pailletés jaune d’or, sa peau mate, son nez fin et droit, sa bouche pleine. Elle passa les doigts sur les cernes qui commençaient à apparaître depuis que Loua était morte.
⸺ Chuttt ! Rien ne pourra t’arriver. Tu es mon frère et je ne te laisserai pas basculer dans les Ténèbres. Aussi longtemps que je vivrais, tu m’auras à tes côtés pour t’apaiser et t’aimer. Mon amour te suffira.
Sédah la serra plus fort. Il était conscient de son sacrifice et pourtant il savait qu’elle ne pourrait pas éternellement l’aider. Il basculerait inévitablement dans les Ténèbres parce que Loua était morte avant qu’ils aient pu se lier. La colère monta en lui. Loua était morte et il était prisonnier de cette fichue malédiction. Comment pourrait-il lutter toute sa vie d’Immortel ? Pourtant, il ne pouvait concevoir de mettre fin à ses jours pour satisfaire son vieux père, le grand seigneur Rayan !
Il avait combattu pour son Seigneur et protégé son royaume. Il lui avait été aussi fidèle qu’un fils aimant son père pouvait l’être. Il avait mené bien des batailles, toujours sur le front, ne pliant jamais devant l’ennemi. Ses mains étaient souillées par le sang des Immortels qui étaient tombés sous sa lame. Mais l’ennemi avait emporté à jamais sa Promise et sa vie était désormais condamnée à basculer dans le chaos, les Ténèbres.
Il méritait un meilleur avenir. Il avait le droit à du respect et de la reconnaissance. Il n’était pas un martyr. C’était un guerrier redoutable et craint de ses ennemis. La colère monta en lui avec plus de force. Il s’enfuirait du Monde des Origines, emmenant sa jeune sœur Clytie puisque c’était son souhait et il régnerait à son tour sur un monde qui l’accueillerait comme il se devait ! Il sentit son corps s’apaiser. Clytie faisait du mieux pour canaliser son énergie. Elle absorbait ses sentiments et son corps se détendit. Il la repoussa doucement et se tourna vers le Sorcier Moyo :
⸺ Il est temps de partir.
Clytie voulut interroger le Sorcier sur la présence de la Vierge mais il était déjà trop tard. Moyo avait ouvert le passage vers un autre monde et son frère s’y était engouffré sans un regard en arrière. Elle le suivit avec un terrible pressentiment.
⸺ Dépêche-toi Laïdao ! Hurla Akainou. Si tu t’endors, on va y passer la journée ! Et nous allons finir embrochés !
Akainou esquiva la lame qui s’apprêtait à lui trancher la gorge et planta la sienne dans le torse de son ennemi. Le corps disparut alors dans un tas de cendre.
Laïdao tremblait si fort que la pierre lui échappa des mains. Il se baissa pour la ramasser et croisa le regard moqueur de Mamoru. Il avait honte d’avoir si peur mais ces guerriers Makkuras étaient effrayants. Il prit la pierre et l’inséra dans son logement. Mamoru donna un grand coup d’épaule contre la porte pour l’empêcher de s’ouvrir et s’éloigna d’un bond quand Laïdao l’enfonça complètement.
Le clac que produisit la fermeture de la porte alerta Minh. Elle se tourna vers la porte avec un sentiment de satisfaction. Il ne manquait plus qu’à s’occuper de ces quelques Guerriers Makkuras et ils pourraient rentrer. La porte se désagrégea et tomba aux pieds d’un Laïdao terrifié. Minh sourit en voyant la sueur perlée sur le crâne dégarni du Mortel. Au fond, il était courageux, même s’il ne pouvait s’empêcher de transpirer la peur.
Son regard se figea alors sur Dark. L’air semblait s’être assombri autour de lui et un sentiment effrayant émanait de sa personne. Son sabre tournoyait et les têtes s’envolaient dans une danse macabre. Les cendres que produisaient les Guerriers morts s’élevaient dans les airs et tourbillonnaient autour de lui. Minh avait du mal à percevoir les mouvements de Dark : leurs vitesses défiaient l’entendement.
Il fallait se rendre à l’évidence : Dark allait basculer dans les Ténèbres et alors ce serait la fin. Elle se souvint d’une récente conversation avec Maître Lichan au Manoir. Le Maître nettoyait une belle cage à oiseaux. D’ailleurs, elle ne comprenait pas bien pourquoi ce vieil homme l’astiquait souvent alors qu’aucun oiseau n’y logeait. Elle finit par lui poser la question.
⸺ Et bien pourquoi devrais-je capturer un oiseau pour l’enfermer dans ma cage ? Les oiseaux ne sont-ils pas libres de choisir leur maison ? Demanda le vieil homme de sa douce voix.
⸺ Si je possédais une cage, j’achèterai l’oiseau qui va avec.
⸺ Mais l’oiseau serait alors prisonnier. Il aimerait certainement avoir le choix s’il pouvait parler. Regarde sur la branche.
Minh avait levé la tête et regardé par la fenêtre. Un magnifique canari était perché sur une branche et semblait s’intéresser aux gestes du maître.
⸺ Je sens bien qu’il hésite. Se laisser enfermer et ne plus avoir peur de manquer de nourriture ni de chaleur, ou vivre librement mais ne pas savoir ce que demain lui réserve.
⸺ Moi, je n’hésiterais pas. Je choisirais le confort.
Le maître sourit et répliqua :
⸺ L’attrait de vivre à l’extérieur, c’est de ne dépendre de personne. Tu es libre de tes choix et tu peux aller aussi loin que tes ailes te portent.
Il s’approcha du rebord de la fenêtre et poursuivit :
⸺ Le froid arrive. J’espère seulement qu’il fera le bon choix.
C’est alors que Minh s’aperçut que le Maître ne parlait plus de l’oiseau. Son regard s’était porté sur le jeune homme qui s’entraînait seul dans la cour intérieure du Manoir. Dark devenait chaque jour un peu plus puissant. Les mouvements de son corps étaient souples et rapides. Son sabre fendait l’air autour de lui. Son regard était sombre et semblait combattre un adversaire imaginaire. Mais le plus inquiétant était l’atmosphère qui se dégageait de sa personne : un voile maléfique l’entourait et tournoyait autour de lui comme un linceul. Son regard devenait terrifiant, et les marques noires de sa lignée scintillaient. Les Ténèbres l’appelaient dans un murmure insistant. Elles l’envoûtaient et bientôt il serait happé à jamais dans ses filets. Ce serait alors le chaos pour Noutan et il n’y aurait plus d’espoir.
Minh attrapa de justesse le fourreau de son sabre. Le retour à la réalité était un peu brutal. Mamoru le lui avait lancé et la fixait d’un air grave. Lui aussi s’inquiétait de la tournure des événements.
Le combat était terminé et l’atmosphère semblait s’être un peu apaisée. La Porte était détruite et pourtant le cœur des Compagnons était lourd. Minh remarqua alors Dark allongé sous un grand arbre au tronc tortueux. Ses yeux étaient clos. Une légère brise d’automne souleva une mèche sur son visage mat. Quelques feuilles aux couleurs orangées tombaient sur lui comme une caresse. Les marques scintillaient maintenant avec moins de force. Son corps s’apaisait et il reprenait le contrôle de lui-même.
Bon, aujourd’hui, ce n’était pas le jour où tous leurs espoirs se volatiliseraient. Dark avait, semble-t-il, retrouvé ses esprits.
La jeune fille se retourna et salua encore la passagère du véhicule qui lui faisait de grands signes d’adieu. Puis le véhicule disparut dans un virage et elle baissa son bras. Elle prit sa valise verte en carton et emprunta le petit pont en bois qui enjambait un bassin à l’allure sauvage. Elle poursuivit son chemin sans s’arrêter.
Elle marchait d’un pas déterminé. Il y avait si longtemps qu’elle attendait ce moment, où enfin elle pénétrerait dans le Manoir et rencontrerait les Compagnons ! Elle avait hâte. Sa Gardienne lui avait tant parlé de leurs exploits qu’elle était tout excitée de faire leur connaissance. Et puis, elle était vraiment curieuse de rencontrer son Promis. Une petite voix lui rappela qu’elle devait rester prudente, qu’il n’était pas des plus disposés à se lier… Elle fit taire la voix qui lui insufflait des recommandations. Elle était d’une nature optimiste, ne reculant jamais devant les défis. Son Prince terrible allait avoir affaire à un personnage déterminé.
Elle changea la valise de main car celle-ci était un peu lourde. Toutes ses affaires tenaient dans ce petit bagage. Pour la fermer, elle avait même dû s’asseoir dessus. Elle s’arrêta et prit un mouchoir dans sa poche pour s’éponger le front.
Elle apercevait enfin le Manoir et elle resta à le fixer, trop surprise pour faire un pas de plus. Le Manoir semblait tout droit sorti d’un passé, vraiment lointain. Son allure la fit grimacer d’horreur. Un corbeau croassa en passant au-dessus de sa tête et la fit sursauter. L’endroit lui faisait finalement un peu peur. Elle déchantait : l’endroit idyllique de ses rêves s’était soudainement transformé en une grossière demeure décrépite et abandonnée. Voilà pourquoi elle n’avait conservé aucun souvenir à son sujet ! Son cerveau avait refusé d’imprimer l’image de ce grotesque tas de pierres !
Elle observa les jardins envahis par les ronces et les arbustes épineux. Il y avait tant à faire qu’elle soupira. Elle ne manquerait pas de travail.
Elle fit un pas en avant et s’arrêta. Elle tendit l’oreille et posa sa valise. Elle était certaine d’avoir entendu un chat miauler. Elle le chercha du regard et finit par l’apercevoir tout en haut d’un grand arbre dégarni. C’était un chaton tout blanc avec de petites oreilles pointues. Il était perché sur une branche et ne savait comment redescendre de l’arbre sans se briser le cou. La jeune fille lui sourit et tenta de le rassurer puis elle évalua la hauteur de la branche à atteindre pour délivrer le malheureux animal.
⸺ Ça doit faire environ quatre mètres de haut, pensa la jeune femme en hésitant. Ne bouge pas, j’arrive !
Le chaton la fixait d’un regard dubitatif. Il s’assit et s’agrippa plus fort.
⸺ Ne t’en fais pas, je vais t’aider à redescendre et ensuite tu me remercieras avec un gros câlin.
Azami posa son petit sac à dos et retira sa veste. Elle respira un bon coup et se détendit les bras. Elle pouvait le faire ! Elle évalua une dernière fois la hauteur de la branche. Rien de plus facile ! Il suffisait de s’assurer que ses pieds trouveraient de bons appuis.
Elle commença à grimper. Les branches de ce magnifique érable semblaient tenir bon sous son poids. Non pas qu’elle fût lourde, mais parce que certaines branches étaient dangereusement fines. Elle grimpait avec agilité comme le petit singe de Madame Binocle, sa terrible préceptrice. Elle pouffa en se rappelant les horribles lunettes qu’elle portait sur son énorme nez et qui lui valut ce surnom. Elle faillit en lâcher sa prise. Elle redevint sérieuse : il ne manquerait plus qu’elle tombe et alors, si elle en réchappait, il faudrait expliquer combien son geste avait été stupide, combien elle était désolée…
Encore deux branches et elle pourrait attraper le gentil petit chaton qui s’était mis dans une position aussi délicate. Mais alors qu’elle arrivait presque à sa hauteur, contre toute attente, le chaton sauta sur sa tête en plantant ses griffes. Azami poussa un cri et son pied dérapa. Elle bascula dans le vide, le chaton agrippé à ses cheveux.
Elle s’attendait à un atterrissage mémorable surun sol bien dur mais à son grand soulagement ce furent des bras puissants qui la rattrapèrent. Quand elle ouvrit les yeux, elle vit le plus beau regard jamais rencontré. Des yeux bleus comme le ciel en plein été. Son sourire s’élargit puis se figea : le jeune homme était furieux. Azami remarqua ses cheveux étranges : ils étaient mi-longs, frisés et ébouriffés, comme si ses cheveux s’étaient emmêlés pendant une course folle. Elle se retint de gentiment se moquer de sa coiffure, consciente que cela ne ferait qu’envenimer la colère de son sauveteur.
Le jeune homme la posa à terre sans ménagement et passa nerveusement une main dans ses cheveux, ce qui aggrava la situation. Azami se demandait comment la main n’était pas restée coincée dans cette tignasse ! Il pointa un doigt accusateur sur le pauvre chaton terrifié, en fronçant les sourcils de mécontentement. Azami se mordit les lèvres pour s’empêcher de rire.
⸺ J’espère qu’il en valait la peine !Lança-t-il en colère. Ta vie contre ce chaton stupide.
Azami baissa rapidement le regard sur le chaton mais trop tard ! Elle éclata de rire sous le nez de ce garçon qui lui avait sauvé la vie !
⸺ Je suis désolée ! Mais c’est vraiment drôle ! Tes cheveux !
Le jeune homme se redressa vexé et tenta de mettre de l’ordre dans sa chevelure. Ce matin, il avait pris beaucoup de soin à les peigner et à les dompter. Mais voilà ! Il avait fallu que la nouvelle venue lui fasse faire quelques acrobaties et un beau sprint pour que tous ses efforts soient anéantis.
Quand il l’avait aperçue du rebord de sa fenêtre en train de grimper à l’arbre, il n’avait pas hésité un instant : il avait sauté de l’étage et était retombé sur les arbustes. Les épines avaient accroché ses cheveux et en tirant sauvagement dessus, il en avait perdu une bonne poignée, en plus d’avoir déchiré son tee-shirt. Puis, il était passé par-dessus les fougères et avait manqué de s’étaler de tout son long lorsque ses pieds s’étaient emmêlés dans un filet de pêche. D’ailleurs il n’avait pas compris pourquoi ce filet se trouvait abandonné dans le jardin, où il n’y avait pas moyen de pêcher à des kilomètres ! À moins que, en y réfléchissant avec du recul, peut-être était-ce un filet pour ramasser les châtaignes… Enfin, par on ne sait quel miracle, il était arrivé juste à temps pour réceptionner la jeune fille avant qu’elle ne touche le sol.
⸺ C’est de ta faute ! Accusa-t-il. Il a bien fallu que je te rattrape avant que tu ne t’écrabouilles sur le sol. Je me retiens de t’administrer une bonne fessée car je pense que si je n’avais pas été là, à l’heure actuelle, nous serions dans une position un peu délicate !
Azami cessa de rire et rougit. Il avait raison : elle aurait pu tout détruire en tentant de sauver le chaton. Elle avait une mission : rencontrer un terrible guerrier immortel, avec un penchant légèrement destructeur pour le convaincre de se lier avec elle afin qu’il ne bascule pas dans le Mal absolu, c’est-à-dire les Ténèbres ! Si elle échouait, alors ce serait le chaos sur Noutan. Et il faut bien se l’avouer : si le jeune homme n’était pas intervenu à temps, sa mission aurait pris fin assez brutalement, anéantissant les années de labeurs de ses deux Gardiens mais aussi le sacrifice de Compagnons qui l’avaient protégée.
⸺ Je suis vraiment désolée de m’être mise en danger.
Elle s’inclina pour accompagner ses paroles.
⸺ Je te remercie de m’avoir sauvée d’une chute qui aurait pu m’être fatale.
Elle se redressa puis s’avança et lui tendit la main en souriant.
⸺ Je m’appelle Azami.
Il prit sa main :
⸺ Akito.
⸺ Pardonne-moi de m’être moquée de toi.
Le jeune homme sembla confus car la jeune fille paraissait sincère. Il remarqua alors sa fine silhouette. Elle était drôlement petite. Sa peau très blanche contrastait avec ses cheveux longs très noirs. Son regard était franc et chaleureux. Ses yeux bleus pétillaient de joie de vivre, comme si le malheur ne semblait jamais l’avoir touchée. Pourtant…Malgré lui, il observa le foulard qu’elle avait noué autour de son cou et qui, il le savait pour l’avoir vue, dissimulait une vilaine cicatrice. Il mit ses mains dans les poches et haussa les épaules.
⸺ Oublie ça.
Il regarda le petit animal ronronner sous les caresses d’Azami. Elle était douce et ses gestes avaient beaucoup de grâce. Pas comme l’autre…
⸺ Tu penses que je peux le garder ? Demanda Azami inquiète. Il est tout petit, il fait un peu froid alors…
⸺ Fais comme tu veux.
Une légère brise se leva et Akito se redressa. Il passa une main par-dessus son épaule et grimaça. Dans sa précipitation, il avait oublié son katana.
L’atmosphère s’épaississait et un malaise le saisit. Quelqu’un approchait et cela ne présageait rien de bon. Décidément, à chaque fois qu’il pensait à ce sauvage, il se matérialisait sous ses yeux ! Akito se crispa car il ne savait comment son Compagnon, si on pouvait appeler cet être un Compagnon, pouvait réagir. Akito se tourna et l’aperçut.
Un jeune homme grand et à la démarche féline s’avançait vers eux, l’air menaçant. Les pans de son manteau de cuir marron s’agitaient à chacun de ses pas. Azami se raidit et recula devant cet être. Ce jeune homme-là n’avait pas un regard des plus avenants.
Ses cheveux étaient d’une couleur peu commune : d’un violet très sombre, accentuant le caractère obscur de ce personnage. Ses yeux verts aux pupilles fendus semblaient pouvoir terrasser d’un seul regard celui ou celle qui oseraient le défier. Sa peau mate était marbrée d’un tatouage naturel que seuls les Immortels du monde des Origines portaient. Il représentait sa descendance directe avec eux et celui-ci était sans aucun doute le fils de Sédah.
Sous ses vêtements, elle devinait chaque muscle tendu et prêt à bondir sur sa proie. Elle l’imaginait rapide et sans pitié. Il était terrifiant et son ventre se noua.
⸺ Décidément Akito, toujours au mauvais endroit ! Se moqua le jeune homme d’une voix profonde.
⸺ La chance est de mon côté Dark, rétorqua Akito sans se démonter, conscient de l’allusion sur le sauvetage d’Azami.
Akito n’avait aucun doute : Dark avait dû tranquillement observer la scène à distance avec un sourire mauvais affiché sur les lèvres. Il était même certain qu’il avait influencé le chaton pour qu’il se jette ainsi sur la jeune fille et la fasse tomber.
L’air sembla geler. De nouveau le chaton se remit à trembler.
⸺ Nous verrons pour combien de temps.
Dark s’avança jusqu’à eux et se pencha vers Azami en la pénétrant de son regard. Il devait la dépasser de deux bonnes têtes.
⸺ Une si petite chose.
Azami le fixait mais son cœur battait fort. Il lui semblait qu’il pouvait l’entendre. Soudain, il saisit le chaton par le cou et le brandit devant elle. Elle tenta de lever ses mains pour le récupérer mais Dark le tenait fermement devant son visage. Le pauvre animal était tétanisé.
⸺ Tu as failli à ta mission.
S’adressait-il à elle ou au chaton ? Azami n’aurait su le dire tellement ses mots étaient équivoques.
Et contre toute attente, il tordit le cou du chaton qui craqua brutalement. L’animal n’émit aucun son, il avait juste écarquillé les yeux avant de mourir.
Dark remit la pauvre dépouille dans les mains d’Azami qui était restée trop choquée pour réagir. Il se redressa et observa l’érable.
⸺ Cela aurait pu être court et sans souffrance. Dommage.
Une larme roula sur le visage d’Azami. Dark sourit, satisfait de son premier contact avec la jeune fille. Elle allait vite prendre ses jambes à son cou et s’enfuir loin de lui.
⸺ Espèce de… !
Akito poussa Dark mais celui-ci l’attrapa violemment par le col et le plaqua au sol. Il lui agrippa le bras et le retourna violemment derrière son dos. Akito poussa un cri sous la douleur. Dark était rapide, Azami n’avait rien vu venir. Elle fit un pas vers les deux jeunes hommes, mais Dark leva son regard vers elle, ce qui la paralysa de la tête aux pieds. Il avait les traits durs, la colère se lisait dans ses yeux verts. Il resserra sa poigne ce qui fit grimacer Akito, puis se rapprocha de son oreille et lentement il lui dit tout bas :
⸺ Un jour Akito, il faudra que nous ayons une conversation entre hommes. Et ce jour-là, je ne te ferai aucune faveur. En attendant, je te dis et ne le répéterai pas : n’interfère pas dans mes affaires.
Dark le lâcha brutalement et se releva. Il sourit de satisfaction. La Promise était une petite créature qui ne poserait pas de problème. Elle était frêle, sans grand courage. Elle ne l’attirait pas du tout. Les quelques craintes qui l’avaient rongé ces derniers jours furent balayées devant sa mine pitoyable.
Il la bouscula au passage et poursuivit son chemin de sa démarche de félin. Azami avait enfin rencontré son terrible guerrier immortel. Ses espoirs venaient de se volatiliser comme des milliers de papillons prenant leur envol.
Devant son trône, la Reine Ignissa tomba les genoux à terre. Son mari le Seigneur Rayan vint s’agenouiller près d’elle et la serra dans ses bras avec chaleur. Depuis deux jours, ils avaient cherché leur fille Clytie. Mais il n’y avait plus de doute maintenant. Leur fils Sédah avait également disparu ainsi que ce misérable Sorcier Moyo. Ils avaient donc tous fui. Sédah avait fui comme un lâche alors qu’il savait le danger qu’il représentait !
Sans Loua, il allait basculer dans les Ténèbres et alors son pouvoir irait en se décuplant. Il le rongerait comme bien des Immortels et alors ce serait la guerre, la destruction partout où il irait.
Mais il avait fait encore bien pire : il avait emmené leur fille la Vierge Clytie. Il avait profité de sa faiblesse envers lui pour l’emmener dans sa déchéance. La seule Vierge du Royaume de Rayan, la fierté de son peuple. La seule à pouvoir prédire l’avenir et à transmettre l’immortalité aux plus valeureux guerriers du Royaume de Mirouan.
⸺ Comment allons-nous protéger le peuple ? Demanda Ignissa avec désespoir. Dès que la nouvelle se répandra, nos ennemis seront à nos portes.
Le Seigneur Rayan releva sa femme mais la maintint contre lui.
⸺ Nous trouverons une solution, femme. Il semblerait que la Vierge Nouma ait aussi disparu.
Le vieil homme s’était avancé vers Azami. Les larmes avaient maintenant séché sur son visage, mais son expression n’était que tristesse. Elle avait terminé d’enterrer le petit animal au pied de l’arbre où elle avait cru le sauver. Ses mains étaient couvertes de terre et elle tenait maladroitement la pelle qui avait servi à ensevelir le chaton.
Elle essuya son visage avec le revers de sa manche. Elle ne réussit qu’à se tacher les joues. Elle était loin d’être une jeune femme forte et pleine d’assurance. Azami était fragile et avait peur. Comment en aurait-il pu être autrement ? Elle était la Promise de l’un des hommes les plus puissants de Noutan, et elle avait eu la malchance d’être née sous la constellation stellaire opposée de celle de Dark ! Ils étaient donc aussi différents que la nuit et le jour. Pourtant le vieil homme avait espéré…
Il se souvint de cette triste journée, il y a dix-neuf ans…Une tempête terrible avait tout d’abord bien failli les empêcher d’arriver à l’hôpital du Sud de Bassal. Le vent couchait les arbres. Leurs branches cassées s’envolaient et se brisaient sur les passants et sur les voitures. Tout ce qui n’était pas profondément ancré à la terre était emporté.
Deux Compagnons et lui-même montaient la garde dans les couloirs de l’hôpital. Ils étaient nerveux. La mère d’Azami avait insisté pour qu’ils attendent derrière la porte. Les parents ne se rendaient pas bien compte du danger qu’ils encouraient. Ils n’étaient après tout que de simples noutaniens, tous deux mortels, très loin de se douter de l’enjeu de leur petit bébé.
La Vierge Clytie avait mis en garde Maître Lichan sur l’importance de la venue au monde de ce nourrisson. Dans ses visions, ce serait la Promise d’un des fils de Sédah, celui qu’elle avait vu le trahir. Et ce Prince serait très puissant, au point de faire pencher la balance de leur côté s’il se liait et décidait de combattre à leur côté.
Mais si la Vierge avait eu la vision, Sédah et le Sorcier Moyo devaient aussi savoir. Le bébé était en danger et il fallait être extrêmement méfiant et s’attendre à tout. Sédah le tuerait sans hésitation car il représentait une menace quand son fils changerait de camp. Sédah préférerait voir son fils basculait dans les Ténèbres, plutôt que de le savoir un allié de la Vierge.
Maître Lichan avait enfin entendu les cris du bébé et par on ne sait quelle magie, la pluie avait cessé et le soleil était apparu. Les parents lui avaient alors donné le nom d’Azami, fleur du chardon, capable de chasser les mauvais sorts.
Mais pendant que ses deux Compagnons et lui-même attendaient patiemment derrière la porte, le Prince Féraï avait surgi dans la chambre et avant même qu’il ait pu intervenir, il avait assassiné les parents. Le vieil homme avait vu le bébé dans les mains du meurtrier et quand la lame entailla sa peau fragile, ses deux valeureux Compagnons avaient engagé le combat contre ce Prince des Ténèbres. Un combat dont la seule issue possible était la mort.
Maître Lichan avait réussi à saisir le nourrisson des mains de Féraï. Un filet de sang coulait le long de son cou. La blessure nécessitait l’intervention rapide d’un bon soigneur. Il avait lancé un dernier regard en arrière. Les Compagnons ne tiendraient plus longtemps. Ils allaient bientôt mourir, offrant leur vie pour tenter de sauver celle de ce bébé, qui était le dernier espoir de Noutan. Il s’était alors enfui aussi vite qu’il le pouvait. Il fallait qu’il rejoigne la Sorcière Sans Nom car il craignait un empoisonnement de la lame.
Un véhicule l’attendait à l’entrée de l’hôpital et il monta. Il banda la blessure du nourrisson et espéra arriver à temps.
