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À la découverte des traditions et de la culture du Mali.
Deuxième édition : mai 2012. Un homme, refusant de se plier au conformisme ambiant, subit l'hostilité de son épouse et de ses enfants. Excédé, il débarque un jour d'aïd avec un troupeau de moutons... Dans le Mali des années 1960, une bande d'écoliers de province échafaude les hypothèses les plus folles quant à l'origine du sucre blanc... Le rejeton d'une famille et son chat entretiennent des rapports complices, jusqu'au matin fatidique où...
Entre Bamako la ville « croustillante, bouillonnante, bruyante » et le paisible village de province, l'imaginaire des auteurs maliens s'exprime dans une langue savoureuse parlant de l'Afrique d'hier et d'aujourd'hui. Les nouvelles présentées dans ce recueil sont une invitation au voyage et témoignent de la richesse du paysage littéraire du Mali, pays de griots et d'épopées...
Laissez-vous emporter dans un formidable voyage grâce aux nouvelles maliennes de la collection Miniatures !
À PROPOS DES AUTEURS
Ousmane Diarra est né en 1960 à Bassala, au Mali. De son village de Bassala dans les brousses maliennes, il dévorait les caisses d’ouvrages livrés par la Croix-Rouge. Diplômé de l’école normale supérieure de Bamako (Maîtrise de lettres modernes), il a enseigné le français pendant deux ans. Il est actuellement bibliothécaire au Centre culturel de Bamako. Nouvelliste, poète et romancier, Ousmane Diarra est également auteur de livres pour la jeunesse et conteur. À ce titre il a participé à de nombreuses animations autour du conte au Mali et en France. Aujourd’hui, après avoir publié plusieurs nouvelles, il s’est enfin senti légitimé dans son amour de la littérature avec son premier roman très remarqué, Vieux Lézard. Avec Pagne de femme, il signe un roman beaucoup plus ample et ambitieux, au souffle puissant et gambadant, historique dans tous les sens du terme.
Sirafily Diango est né en 1959 à Gafoun au Mali. Il a obtenu en 1986 une maîtrise en lettres modernes à l’école normale supérieure de Bamako. Il a ensuite enseigné le français au lycée mixte d’Accart-Ville à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso. Depuis 2002, il est professeur de lettres au lycée Massa Makan Diabaté à Bamako. Metteur en scène de la troupe du lycée, il réalise aussi des expositions avec ses élèves, qu’il a encadrés pour l’adaptation en bandes dessinées du Lieutenant de Kouta de Massa Makan Diabaté. Partenaire de Lire en Fête, il contribue au festival Étonnants Voyageurs au Mali, dès 2003. Il est organisateur du concours de lecture « Génies des Bibliothèques », espace d’émulation entre les élèves des différents établissements de la capitale, et animateur du groupe AkaGafé, qui a pour vocation de promouvoir la littérature francophone. Membre actif du Festival de l’Eau de Manantali en 2005, il est nommé intendant de l’opéra du Sahel en 2006.
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Seitenzahl: 112
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Enclavé à l’intérieur de l’Afrique occidentale entre le tropique du Cancer et l’Équateur, le Mali est traversé par deux grands fleuves – le fleuve Sénégal et le fleuve Niger – qui fondent son étrange géographie d’eau et de terre sèche. État sahélien de par sa partie septentrionale, il est à cette frontière historique entre l’Afrique dite « blanche » et l’Afrique dite « noire », celle des antiques routes des caravanes du commerce transsaharien.
Cinq empires ou royaumes importants se succédèrent au Mali du Ve au XIXe siècle – l’empire du Ghana, l’empire du Mali, l’Empire songhaï, le royaume bambara de Ségou et l’Empire peuhl du Macina – qui firent de ce pays l’un des berceaux de la civilisation africaine. Jusqu’à l’invasion par la France en 1880, date à laquelle le Mali devint une colonie sous le nom de « Soudan français », avant d’être intégrée à l’A.O.F. (L’Afrique occidentale française fédérait huit territoires français en Afrique : la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan français – devenu Mali –, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Niger, la Haute-Volta – devenue Burkina Faso – et le Dahomey – devenu Bénin). Après la Seconde Guerre mondiale, les revendications en faveur de l’indépendance prirent de l’ampleur et la fédération du Mali proclama son indépendance le 20 juin 1960.
La richesse et la diversité de la culture malienne, que le croisement entre l’islam et les croyances traditionnelles nourrit, en font un haut lieu de la pensée et de la littérature africaines. En raison de la colonisation, le français y est la langue officielle, mais le bambara y est bien plus utilisé par tous les groupes (environ 80 % de la population le parle), et, dans une moindre mesure, quelques autres langues africaines (peuhl, sénoufo, soninké, tamasheq, songhaï, dogon, khassonké, etc.).
Le début réel de la littérature écrite de langue française voit le jour quand Ibrahima Mamadou Ouane publie l’étude Les Dogons du Soudan. Ensuite, Fily Dabo Sissoko, Seydou Badian, Amadou Hampâté Bâ et Yambo Ouologuem enrichirent durablement ce paysage littéraire.
Nouvelles du Mali, paru pour sa première édition en mars 2008, est un numéro emblématique de la collection « Miniatures » publiée en partenariat avec Courrier international. Sans faire de bruit, alors que la nouvelle est un genre réputé difficile à vendre, le premier tirage a été épuisé plus vite que nous le pensions, porté peut-être par la régularité de la collection riche désormais de vingt titres ; et apprécié sûrement pour la qualité des textes de ces cinq écrivains majeurs de la scène littéraire malienne contemporaine réunis ici. À l’image de la capitale Bamako, décrite par Ousmane Diarra, Moussa Konaté, Alpha Mandé Diarra et Sirafily Diango, la littérature malienne est une littérature en mouvement, qui se nourrit à la fois des traditions et de la confrontation avec le monde moderne. Et la publication renouvelée d’un extrait des Mille et Une Bibles du sexe de Yambo Ouologuem, « La Peau sur l’œil », reste un hommage à celui auquel il faudra un jour rendre justice. Cette deuxième édition en est un exemple.
Pierre ASTIER
par Ousmane Diarra
C’était un matin de tabaski1. Le soleil, déjà haut à l’horizon, continuait sa course folle à travers un ciel pur comme du cristal. Il progressait à pas de géant comme si, jaloux de cette journée toute belle, il voulait y mettre fin le plus tôt possible.
Les fidèles, revenant des mosquées, affluaient de partout, vêtus de leurs habits de fête et tenant à la main leur peau de prière. C’étaient des femmes et des hommes de tous âges, des enfants, qui marchaient par petits groupes, à pas pressés. Certains, encore imprégnés de l’atmosphère de prière et de recueillement, l’air solennel et à pied, continuaient de psalmodier des versets tout en égrenant leur long chapelet. D’autres, par contre, les jeunes et les enfants, arrivaient à peine à contenir leur gaieté.
Dans l’enceinte des mosquées, les imams avaient fini d’immoler leurs moutons ; les autres, pour que leurs sacrifices soient validés, devraient en faire autant, dans les meilleurs délais. Et puis, après avoir égorgé les moutons, on devait les dépecer, et ensuite les découper en morceaux pour la cuisine. Il y avait, par-dessus tout, la perspective de déguster, affalé dans un fauteuil, à l’ombre de manguiers ou de médinas, les gigots dorés tout en savourant un thé à la menthe.
Les ménagères, elles, se hâtaient dans les cuisines. Portant une cuvette ou une bassine d’eau sur leur tête joliment tressée, elles défilaient entre la fontaine et les cuisines, ou encore se démenaient bruyamment parmi leurs ustensiles pendant que les grandes marmites attendaient l’huile et les morceaux de moutons, impatiemment.
On criait. On s’interpellait. On riait aux éclats.
Ceux des moutons qui n’avaient pas encore subi l’épreuve du couteau lançaient des bêlements pathétiques, se répondant de maison en maison, comme s’ils appelaient Dieu à leur secours.
Ce fut donc au milieu de cette atmosphère embaumée de fête que l’on vit, comme une avalanche déferlant de la colline qui surplombait le quartier à l’ouest, un grand troupeau de moutons. C’étaient de grands moutons qui défiaient toute concurrence, de gigantesques béliers dont les cornes non moins gigantesques faisaient penser à une invasion de buffles.
Ces grandes bêtes étaient conduites par deux hommes à l’allure singulière, deux hommes dont la dissemblance aussi bien physique que vestimentaire était si frappante qu’elle ne pouvait passer inaperçue malgré l’atmosphère de fête.
Le premier, qu’on voyait courir et gesticuler après les animaux, proférant force jurons dans sa langue, était quelque peu gringalet, habillé en tissu léger : pantalon flottant, ample boubou que le vent gonflait comme une voile. L’ensemble était d’une saleté répugnante. Cet homme, chaussé de souliers en plastique aux talons éculés, pouvait aisément passer pour un quelconque marchand de bestiaux.
Le second, par contre, était un véritable colosse, un orang-outang d’environ un mètre quatre-vingtdix. D’une noirceur d’ébène, il était sanglé dans un complet traditionnel impeccable : pantalon bouffant, chemise et grand boubou, cousu dans un tissu recherché et richement brodé. Coiffé d’un bonnet blanc enrichi de fils d’or et chaussé d’une paire de babouches blanches, l’homme tenait, ramassés derrière, d’une main, les pans de son boubou d’une blancheur éclatante, tandis que l’autre main se balançait d’avant en arrière, comme pour battre la mesure de sa démarche souple et majestueuse.
À la vue des grandes bêtes, on pensa qu’il s’agissait de moutons qui auraient raté la foire. Le malheureux propriétaire du troupeau et le berger les conduisaient au marché pour les liquider à quelques bouchers avisés qui, par la suite, en tireraient de substantiels bénéfices.
Mais lorsqu’on vit les moutons s’engouffrer dans le quartier au lieu de bifurquer vers le marché et qu’on eut constaté que le géant n’était autre que Moussa, un habitant du quartier, un voisin, l’étonnement fut à son comble. Quoi donc ! Moussa le taciturne, l’iconoclaste, le renégat devenu marchand d’animaux du jour au lendemain ? Quoi encore ? Habillé comme un grand bourgeois bien de chez nous ? Comme tout bon bourgeois qui se respecte ? Décidément, cette révolution aurait mis le monde à l’envers !
Moussa était connu dans le quartier comme un homme renfermé. Et comme tout homme renfermé, il sentait forcément mauvais. Aux yeux de la plupart des habitants du quartier, il était quelque peu étrange, menaçant pour chacun et pour tous parce qu’on ne savait rien sur lui, ou presque rien. On savait seulement, et encore par ouï-dire, qu’il était fonctionnaire et travaillait quelque part dans la haute administration. Il était marié et père de trois enfants. (Sa femme, quand il était absent de la maison, se rendait chez les voisins, et il lui échappait parfois quelques bribes de renseignements sur son mari…) Il habitait avec sa petite famille dans une villa qui, aux dires de ceux qui prétendaient en savoir plus, lui appartenait en propre. Il possédait une belle voiture. Sa femme était belle et généreuse. Généreuse, oui, tout le quartier pouvait en témoigner. Et d’ailleurs, sans cette dernière, il y a longtemps qu’on lui aurait réglé son compte. On l’aurait accusé de quelques trafics sombres, de stupéfiants par exemple, ou d’organes humains. Et hop ! un de ces matins, voici que les gamins encerclent sa maison. On le somme de sortir. Et aussitôt qu’il sort sa tête, pan ! et pan encore ! Il roule dans son sang répandu comme une mare. On l’asperge d’essence. Et puis pan ! le feu. Nous voici assistant au plus bel autodafé ! Le molosse, faut dire que sa femme lui rendait bien service…
Là, s’arrêtaient toutes les données fiables sur sa personnalité. Le reste n’était que ragots.
Donc, au tout début, on le prenait pour l’homme le plus méchant du monde. Moussa était un misanthrope tout simplement. Depuis qu’il habitait le quartier, personne ne lui connaissait un ami ni une quelconque relation. Un homme sans autre parent que sa femme et ses enfants est-il vraiment un homme ?
Le matin, on le voyait sortir au volant de sa voiture pour se rendre au travail. Le soir, il revenait de la même manière, pour aussitôt s’engouffrer dans sa maison d’où il ne ressortait que le lendemain pour se rendre de nouveau au bureau. À peine adressait-il quelques salutations timides aux voisins.
Cependant, au fil du temps, on avait fini par se convaincre qu’il n’était pas aussi méchant qu’on le pensait. Grâce à sa femme d’abord, laquelle se rendait à toutes les cérémonies, donnait à gauche et à droite, tant aux griots qu’aux pauvres. Par la suite, quelques nécessiteux, qui avaient bravé la réserve de Moussa, étaient allés lui expliquer leurs difficultés financières et ressortirent de chez lui avec un sourire de satisfaction aux lèvres.
Malgré sa discrétion et sa réserve, Moussa était d’une générosité providentielle, à l’image de son épouse. Il n’hésitait donc pas à desserrer la bourse pour secourir quiconque lui demandait de l’aide.
Un jour, des enfants qui jouaient au football dans la rue avaient cassé le pare-brise de sa voiture. Tout le monde s’attendait à ce que les parents des gamins, dès le lendemain, reçoivent des convocations à la police. Mais quelle ne fut la surprise de tous lorsque, en lieu et place de convocations, les enfants reçurent des ballons et autres équipements sportifs !
Il restait cependant que Moussa était un irréductible iconoclaste, résolument renégat, et un authentique infidèle qui semblait nourrir un mépris souverain pour toute pratique religieuse. Serait-il secrètement un Nazaréen ? Ou un adepte attardé des religions traditionnelles ? Il paraît que dans son village, comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs, hélas, on en était encore à adorer les arbres et les pierres. Quelle ignorance criminelle ! Maudits soient le paganisme et tous les païens !
Moussa ne se présentait jamais aux mariages ni aux baptêmes. Il ne participait à aucune cérémonie religieuse, ou même sociale. On ne l’avait jamais vu une seule fois à la mosquée, même lors des grandes prières collectives comme celles du ramadan ou de la tabaski. Priait-il d’ailleurs ? Sa femme répondait toujours oui. La pauvre ! Elle aimait son mari et le défendait. C’était son droit. Seulement, personne ne pouvait la croire quand elle racontait que son mari était un bon musulman, qu’il passait ses nuits à prier et qu’il faisait le ramadan. Mieux, qu’« il jeûnait tous les lundis et tous les jeudis de l’an, comme un saint » ! Ça, c’était vraiment de la légende. Personne n’était dupe.
Moussa ne portait jamais de boubou ni de pantalon bouffant, comme tous ceux qui se respectent chez nous. Il était toujours habillé à l’européenne : pantalon et chemise kaki, costume sombre et cravate, souliers en cuir…
Ce matin-là, donc, la vue de Moussa dans cet accoutrement insolite, conduisant ce troupeau de grands béliers vers sa maison, relança les mille et une questions qu’on ne cessait de se poser sur lui. Mille et une autres légendes naquirent parmi les petits groupes de curieux qui se formaient par-ci par-là devant son domicile.
Il avait détourné des deniers publics, et pour conjurer les malheurs qui ne manqueraient pas de s’abattre sur lui, il allait sacrifier tous ces moutons !…
– Qu’est-ce que tu racontes ? demanda un jeune homme à son voisin qui venait de laisser entendre que Moussa n’était qu’un cadre corrompu jusqu’à l’âme, un scélérat, un vulgaire voleur des maigres biens de l’État et du peuple.
– Le sacrifice de tous les moutons du monde ne le sauvera pas des châtiments du peuple.
– Moussa, reprit le premier, est un cadre honnête et compétent. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il s’est toujours tenu en marge de la société.
– Alors, répliqua le deuxième, comment vas-tu expliquer ce sacrifice inattendu ?
– Mais, enfin ! qui te dit qu’il s’agit de sacrifice ?
– C’est quoi alors ?
– Je ne sais pas, coupa sèchement le premier en s’éloignant.
Moussa, aidé du berger, avait fini de regrouper les moutons devant sa maison. Il ordonna à ce dernier de les coucher en position d’immolation, face à l’Est. Il dut répéter plusieurs fois cet ordre au berger interloqué. Puis, indifférent à la foule de plus en plus dense, il entra dans sa maison.
Il traversa la cour d’un trait, ignorant Aminata, sa femme, assise recroquevillée dans un coin de la véranda. Leurs trois enfants, deux fillettes et un jeune garçon, jouaient à cache-cache au milieu des piles de vêtements et des balles de tissus. Les deux servantes, debout et frileuses, pleuraient comme des orphelines.
