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Sous une mer de sable, dans les fins fonds d'un désert reculé, quelques hommes et femmes vivent dans une structure de métal. Ces personnes suivant un régime et des règles strictes sont forcées à s'entraîner au combat depuis leur plus jeune âge. La liberté leur a été promise s'ils arrivent à devenir des soldats d'exception. Dans ce groupe de personnes, le guerrier appelé Numéro 2 mène son combat dans l'établissement tandis que l'alternative de se rebeller prend racine en lui. Ce garçon aussi fort qu'ingénieux et assoiffé d'aventures veut emprunter la voie que personne d'autre avant lui n'a osé arpenter, défier la hiérarchie et ses chefs impitoyables.
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Seitenzahl: 194
Veröffentlichungsjahr: 2020
Chapitre 1 : Pas plus qu’une vermine
Chapitre 2 : Une occasion de discuter
Chapitre 3 : Patience
Chapitre 4 : Une question de couleur
Chapitre 5 : Un combat sans fin
Chapitre 6 : Le retour d’un chef.
Chapitre 7 : Un prêté pour un rendu
Chapitre 8 : Une source de savoir
Chapitre 9 : Retour en selle
Chapitre 10 : l’agneau dans la peau du loup
L’histoire qui suit eut pour localisation un étrange édifice. Une bâtisse froide et aussi curieuse que terrifiante. Le soleil ne brilla pas une seule fois entre les parois des murs. Pas une petite strie de lumière n’éclaira les chambres à l’intérieur du bâtiment. Aussi difficile que cela puisse paraître, des humains vivaient dans cette « maison » sans chaleur extérieure, sans lumière naturelle.
L’endroit était situé dans les profondeurs d’un désert, sous des tonnes de sable, éloigné de toute autre vie. L’apparence chaude et belle du désert au-dessus était instantanément brisée une fois les entrailles de la Terre passées. Des parois de métal blindé séparaient le sable naturel de la vie fabriquée des personnages étranges entre ces murs. Quelques boulons pouvaient être aperçus de çà et là, si quelqu’un arrivait à creuser une bonne centaine de mètres, mais c’était bien là la seule particularité esthétique du bâtiment. L’architecture ressemblait à d’immenses cubes très laids les uns à côté des autres. Ils n’avaient pas pour fonction d’attirer des touristes, mais plutôt de les faire fuir. Les habitants de ce bagne étaient surement des bandits, des criminels, des gens ayant commis assez d’horreurs dans leur vie pour mériter de vivre dans un endroit comme celui-ci. Et pourtant, même des personnes de ce genre n’auraient pas à subir un sort comme les prisonniers de cette cage.
Ceux qui avaient donné corps et âme pour construire ce bâtiment détestable n’avaient pas été de mauvais bougre, ils en étaient devenus avec le temps. Les premiers étaient cinq et avaient des titres bien précis. Au fil des années, quelques-uns s’ajoutèrent à ceux-là et à l’époque de cette histoire, on en comptait une vingtaine.
Vingt personnes pouvant décider de vie ou de mort sur des esclaves enfermés. Chacun d’eux portait un masque sur le visage et une capuche sur la tête. Cela les cachait des regards et leur permettait de bénéficier d’avantages techniques dus aux recherches technologiques que les locaux exécutaient. Ces masques qui leur donnaient un certain style, mettaient en valeur les chefs et les distinguaient les uns des autres. En un coup d’œil, les personnes observant un masque pouvaient identifier le rang du chef au vu du numéro inscrit sur celui-ci. Dans cette troupe de vingt personnes, il y avait un maître. L’ordre ne régnait que par la terreur sur les prisonniers, mais aussi dans l’équipe des chefs. Le plus haut gradé portait un masque, mais pas de numéro pour indiquer sa position. En revanche, un superbe trait jaune vif au niveau de la bouche montrait un faux sourire et faisait pâlir tous les visages de ceux qui le voyaient apparaître dans la noirceur des locaux.
Les couleurs des numéros distinctifs sur les masques étaient une nécessité, puisqu’ils indiquaient les grades de ces gens. On pouvait compter cinq couleurs en tout avec des chefs pour les commander. Cinq chefs rouges, cinq bleus, cinq verts, quatre oranges et un jaune, classés respectivement du plus faible au plus puissant.
D’un autre côté, chez les « prisonniers » on trouvait aussi des signes distinctifs sur chacun, rapportés par rapport à leur couleur de groupe et leur rang dans celui-ci. On comptait une cinquantaine de prisonniers marqués, répartis par paquets de dix dans chacune des couleurs. Cette hiérarchie établie dans l’établissement était plus importante pour les chefs que pour les prisonniers, car ceux-là savaient qu’ils n’avaient rien à dire à n’importe lequel de leurs supérieurs.
Que faisaient toutes ces personnes éloignées de n’importe quelle autre forme de vie, sous un désert, ayant une telle organisation ? Les évènements de la vie des prisonniers parlèrent d’eux-mêmes. Et l’un d’entre eux en particulier.
— Numéro 2 ! Debout !
La personne venant d’appeler entra dans la chambre froide et rouillée en éclatant la porte contre la paroi métallique juste derrière. L’homme masqué qui fit son apparition dans un boucan du diable envoya un grand coup de pied dans le corps de l’homme à terre pour s’assurer de voir le blanc de ses yeux et de le réveiller. Celui-ci ne répondit rien et ouvrit normalement les yeux. Le chef qui était venu aujourd’hui était comme tous les autres, sadique et vicieux. Il avait pris soin de placer des petits pics sur l’avant de sa chaussure pour transpercer ne serait-ce qu’un peu de chair de la personne qu’il tabassait. Rien de bien déstabilisant lorsque les côtes étaient habituées à des traitements bien pires.
Numéro 2 était réveillé avant l’arrivée du chef qu’il pouvait désormais apercevoir. Les deux marques orange du masque brillaient très bien dans la pénombre et lui laissait admirer le rang de son agresseur. L’homme à terre avait attendu patiemment son réveil. Aussitôt frappé, il se leva regardant droit devant lui, sans croiser le regard de l’autre. L’homme attendait les instructions.
— Tu n’es plus très bavard aujourd’hui, dit le chef. Peut-être que les coups de bâtons d’hier t’ont calmé après tout. Ben quoi ? Tu n’avais qu’à ne pas nous titiller, tu sais très bien qu’on voit quand tu manigances quelque chose.
— Oui. Répondit Numéro 2 sans expression.
— Bien. Alors aujourd’hui tu devrais avoir une meilleure journée ! continua le chef en lui mettant une grande tape sur l’épaule. Suis-moi !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les deux personnages sortirent de la cellule et Numéro 2 se retrouvait avec huit autres prisonniers qui suivaient le chef comme des soldats. Ce fut au tour du dernier personnage de se faire appeler. Une fois devant la porte de celui-ci, le chef ne fit pas comme pour les autres et toqua sur la paroi en métal. Il ouvrit le loquet de l’extérieur et tint d’une voix rauque et rassurante :
— Allez, debout Khan ! On t’attend pour continuer.
Et ce dernier ne mit pas trois secondes supplémentaires pour pousser la porte que le chef avait entrouverte. Son regard plus sérieux que celui des autres se rangea derrière le cortège et suivit sans dire un mot.
Tous marchèrent en rythme, tête et dos droits, parfois couverts de bleus. Ils finirent par apercevoir un brin de lumière au fond du couloir. Le chef une fois passé au travers, se rangea sur le côté et regarda chacun des dix personnages marqués de leur numéro orange.
Ils arrivèrent tous à bon port et redécouvrirent une salle d’entrainement classique, spacieuse et froide, finalement pas beaucoup plus lumineuse.
— Khan, aujourd’hui c’est toi qui fais l’entrainement. Un bois pour toi, mains nues pour les autres. Exercice numéro 18. Je vais regarder et on verra ce qu’on va faire des perdants. Tu peux commencer.
Celui-ci hocha la tête et partit un peu plus loin dans la salle pour trouver son arme. Les neuf autres pendant ce temps savaient ce qu’ils avaient à faire et se mirent en position de combat. Pas un mouvement suspicieux en attendant le premier du groupe. Le silence régnait.
L’homme revint avec une arme plutôt fine, un bâton assez flexible pour fouetter, mais assez rigide pour faire tomber quelqu’un. Ainsi, l’arme en main, il s’écria vers les autres :
— Maintenant !
Il ne fallut pas un quart de seconde pour que le numéro 10 réagisse et se place directement en position d’attaque, avec l’ordre de défaire son opposant. Le but de l’exercice était simple. Du plus faible au plus puissant, chacun des personnages se devait d’essayer de vaincre le premier. Si l’un d’entre eux était vaincu, son supérieur avait obligation de l’amener sur l’un des bancs des côtés tout en combattant le Khan, puis de le défaire. Le numéro 10 qui fut le premier avait une bonne posture d’attaque, les genoux pliés et les talons presque détachés du sol. L’homme avec son bâton se précipita vers le premier de ses « adversaires » et envoya deux coups de sabre en diagonale vers celui-ci. Il les esquiva en reculant et fit une roulade sur le côté. En tentant de donner un coup de pied en direction des jambes du Khan, le soldat tourna la tête et ramassa un grand coup de bois en pleine tête. S’étalant à terre, il annonçait à la deuxième personne de s’avancer pour à son tour tenter de défaire l’adversaire. Le numéro 9 était une femme, et celle-ci allait devoir ramener son coéquipier sur le côté. Le Khan n’allait surement pas lui faire de cadeaux pour autant.
Elle s’avança dans la même position que le premier et attendit la venue de l’« ennemi ». Celui-ci arriva assez vite en donnant un coup de bâton de bas en haut toujours en diagonale. Le coup étant parti de la gauche vers la droite, la femme profita du peu de l’ouverture pour se décaler sur son côté gauche et se rapprocher du compagnon à terre.
Elle arriva proche de lui, mais ne le regarda pas pour rester concentrée sur l’homme qui s’était déjà retourné, le bois pointé dans sa direction.
Elle esquiva un autre coup et tenta de donner un coup de poing au niveau du foie de l’homme. Mais celui-ci fit un pas vers l’arrière en tirant le poignet de la femme, la faisant basculer vers l’avant avant de donner un coup franc sur le haut de son dos. Elle ne tomba pas, mais plongea complètement vers l’avant en faisant une roulade avant de se stabiliser et reprendre sa posture initiale.
Le Khan plus sérieux se jeta encore vers son ennemie, donnant des coups aussi rapidement qu’il le pouvait vers la gauche puis la droite.
La femme esquiva les quelques premiers in extremis, mais ramassa quand même un coup de bâton puis le poing de l’homme qu’il avait lâché du manche. Il donna un coup de pied direct vers l’avant et le tour était joué. Numéro 9 était tombée et c’était encore une défaite.
Le Khan ne s’arrêta pas une seconde de plus et se jeta sur les suivants sans leur donner le temps de réfléchir. Il les envoya au tapis un par un avec quelques coups seulement. Il devenait impossible de ramasser tous les perdants et de faire face à l’adversaire en même temps, mais telle était la règle. Il ne restait plus que deux adversaires encore debout. Le sabreur qui les savait coriaces ne se dégonfla pas pour si peu et leva son bâton vers le numéro 3.
Il eut le droit à quelques bons échanges, il reçut deux ou trois coups dans les bras qui lui permirent tout de même d’aller chercher deux personnes au sol et de les emmener sur les côtés. Cela ne fut pas suffisant et celui-ci vint aussi à tomber au sol, ne pouvant pas suivre la vitesse du plus puissant.
— Bien, il ne reste plus que vous deux. Dit le Chef derrière son masque, attentif à tous les mouvements des pauvres torturés. Khan, va chercher un vrai sabre, mais évite de trancher la tête de Numéro 2. Et sans réfléchir, l’autre partit rattacher son bois au râtelier et alla chercher la vraie lame, non plus en bois, mais en superbe acier rouillé, elle était presque tranchante.
Numéro 2, pas plus effrayé que d’habitude, prit la même posture que les autres, et engagea les festivités. Il ne tentait pas d’attraper quiconque sur le sol, et bougeait de droite à gauche pour appréhender les coups rapides du Khan.
Il connaissait par cœur le personnage en face de lui et envoya directement un coup de pied dans le genou droit du sabreur quand celui-ci balança sa lame de l’autre côté. Le Khan tenta de renverser sa lame pour atteindre l’adversaire au niveau des côtes, mais Numéro 2 attrapa la main en vol puis enchaîna avec un coup de poing en pleine face. Il fut si puissant et rapide, que son adversaire ne put que l’encaisser. Le combat était fini. Le second qui tenait encore le corps dans les vapes de son supérieur le posa au sol et alla chercher un par un les coéquipiers tombés avant lui pour les disposer sur les bancs. Il n’y avait aucun sourire, aucune fierté, aucun honneur. L’entrainement était fini, et tout le monde en ressortait perdant.
— Mais c’est pas vrai ! s’exclama finalement le chef au masque orangé.
Les règles sont les règles, ce sont les perdants d’abord ! Et tu ne pouvais pas montrer ce genre de férocité pendant les démonstrations la semaine dernière ? Tu nous fais passer pour quoi ? Montrer que tu es le plus fort seulement quand ça t’arrange, c’est ce qui te fera mourir !
En disant ces paroles, le personnage désormais aux pieds de Numéro 2 lui décocha une gifle sur le visage. Le prisonnier ne tenta pas d’esquiver. Il releva la tête sans rien dire pour continuer d’écouter.
— Tu vas encore passer une mauvaise journée, soldat de pacotille. Tu n’es pas digne d’être traité avec respect puisque tu ne seras jamais un guerrier comme nous.
Il reprit ensuite en se tournant vers le Khan à moitié éveillé :
— Et toi… Ce n’était pas du bon boulot. Tu n’as pas gagné ton titre pour perdre face au second. Je ne t’inflige rien, mais c’est ton semblable qui va prendre. Numéro 2 ! dit-il de vive voix. Va prendre la lame et coupe-toi une phalange du doigt de ton choix.
C’était la première fois que cela arrivait pour lui. Numéro 2 avait encore tous ses doigts, mais il connaissait bon nombre d’apprentis soldats qui n’en avaient plus beaucoup. Toujours sans rechigner, il exécuta et partit chercher la lame rouillée avant de poser son petit doigt au sol. Il coupa celui-ci d’un tiers de sa longueur aussi vite que possible et le présenta ensuite au chef. Le Khan qui avait regardé l’autre se tailler un doigt à sa place ne put pas se retenir de ressentir la petite souffrance de celui-ci. Il en était désolé.
—Hmm… Bien, ce n’est pas trop mal, dit le chef. Tu peux aller bander ça très vite. Si je ne t’entends pas, ça suffira.
Toujours sans réponse, il se tourna et commença à marcher. Le chef sortit un fouet de sa ceinture et donna un grand coup dans les airs pour faire peur à Numéro 2 qui sursauta. Celui-ci ne tint rien et marcha encore vers la petite boîte rouillée accrochée au mur. Dans celle-ci étaient disposées quelques bandes, rien de bien médical, mais c’était mieux que rien, pour un doigt en tout cas.
Le comportement du deuxième chef de l’équipe orange n’était pas vraiment différent des autres, quoiqu’un peu plus vicieux ; il était aussi détestable que l’on pouvait l’être, sans une once d’humanité ou de compassion. Les membres de l’équipe étaient déjà rodés, étant parvenus jusque dans cette couleur orange, ils étaient passés par bien des entrainements et tortures, autant physiques que morales.
— Combien de temps cela peut-il faire que je suis là ? Se demanda le garçon qui s’était coupé le doigt. Il n’était pas très inquiet de savoir combien de temps il lui restait, mais il était simplement curieux.
Avec les années qu’il avait passées entre ces murs, il avait perdu toute notion du temps, tout allait si vite et si lentement. À vrai dire, il avait aussi perdu la notion de la plupart de ses émotions qui n’avaient pas le temps de ressurgir entre deux baffes de ses supérieurs. Toutefois, la colère et l’acharnement qu’il pouvait utiliser au combat n’avaient jamais diminué depuis son enfance. Puisque ces émotions avaient prouvé leur utilité dans le secteur, les supérieurs leur avaient bien fait fleurir celles-ci dans le crâne.
— Je t’entends penser. Dis le chef à Numéro 2 qui ne répondit pas.
Bon, peu importe que tout le monde se relève et parte pour les salles de furtivité 3 et 4. C’est toi, second qui va t’occuper de ton camarade, mais ne me fait pas attendre !
L’homme partit alors relever le Khan de sa couleur, car c’était le plus endommagé de tous. Les autres sur les bancs n’avaient reçu aucun reproche de leur chef, ils voulaient que cela continue et se relevèrent donc seuls pour aller le rejoindre. Numéro 2 porta l’autre homme en passant le bras de celui-ci au-dessus de son cou. Le numéro 6 qui était le plus proche tenta de faire de même de l’autre côté, mais le second le repoussa.
— Il m’a demandé à moi, ne sois pas punis à ton tour, laisse-moi faire.
Et l’autre sans dire un mot passa son chemin pour rejoindre les couloirs très sombres vers les salles indiquées. Le Chef fut à peine parti sans les guerriers en apprentissage, que ceux-là prirent une allure plus triste et une cadence de marche plus lente, bien que toujours en rythme. Tous étaient exténués. On lisait sur le visage de chaque personne la souffrance des années en captivité qu’ils avaient passées, mais chacun d’un trait différent, selon les leçons reçues. Ces humains étaient effectivement devenus des machines de guerre furtives, prêtes à raser l’armée d’un autre royaume en solitaire. Mais le coût de cette force de la nature était si grand qu’il ne pouvait pas être caché par leur visage.
La « journée » avait commencé ainsi, et mit les femmes et les hommes du groupe dans une bonne dynamique. S’ensuivirent les leçons de furtivité remplie de pièges douloureux, de force avec quelques coups de fouet s’ils échouaient, de tactique avec encore quelques moyens bien trouvés d’endurcir l’esprit des combattants. En bref, une autre journée dans l’enceinte du bâtiment.
Une fois le programme d’entrainement de la journée terminé, il fallait encore que chaque soldat fasse les pas vers sa chambre, et cela était peut-être l’épreuve la plus éprouvante pour certains. Tandis que d’autres étaient punis et ne pouvaient dormir que quelques heures plus tard, ou bien encore châtiés pour avoir fait autrement que les ordres, l’intégralité du groupe orange pouvait aller se reposer. Cette façon de faire était bien trop dure, le combat interminable que menaient tous les futurs soldats et qui brûlait leur humanité n’était plus possible, du moins pour l’un d’eux qui en avait assez vu.
Numéro 2 rentra dans sa chambre comme tous ses confrères et attendit que quelqu’un ferme la porte derrière lui. Il eut encore la force de se baisser et s’allonger sur son matelas. Il regarda au plafond, sur lequel un miroir était disposé pour voir toutes les horreurs que les supérieurs avaient pu lui faire. Bien sûr la lumière était tellement faible qu’il était difficile de différencier les bleus des coupures.
— Ce ne serait pas bientôt mon anniversaire ? Se dit-il en plissant les yeux.
Et à cet instant un grand claquement vint de la porte. TOC-TOC-TOC. Une main lourde et assurée. C’était un chef à coup sûr, impossible d’avoir un son comme celui-ci sans gants renforcés. Numéro 2 devenait très fort pour reconnaître les sons, et c’est peut-être ce qui l’avait amené jusque-là où il était. Une petite seconde plus tard, un des supérieurs entra dans la chambre, sans se précipiter. Il laissa la porte entrouverte derrière lui pour faire un brin de lumière en plus. Il regarda l’homme allongé sur son lit fait d’un tapis en mousse et inspira longuement. Un grand masque, un sourire jaune qui scintillait dans la pénombre et une immense capuche qui cachait son visage. Pas de doute, il n’y en avait qu’un comme lui.
— Bonsoir, second. C’est ton anniversaire aujourd’hui. J’ai entendu que tu t’étais coupé le doigt. Dommage pour un combattant de ton calibre. Alors, dis-moi, quelle faveur veux-tu cette année ? demanda le Maître.
— J’aimerais parler avec le Khan du groupe orange, s’il vous plaît. Répliqua le second, sans hésitation.
— Comme toujours. Soit, je te donnerais une demi-heure avec lui, profites-en bien. Tu aurais peut-être mieux fait de demander une chemise.
— Merci Maître, dit Numéro 2.
Il savait qu’il valait mieux ne surtout pas répondre autre chose que le nécessaire. Sa décision était prise, et il allait abandonner une chemise ou un autre confort contre une discussion avec son Khan. Le Maître des lieux ne resta pas plus longtemps et tira derrière lui la porte de la chambre en sortant. Il murmura quand même quelques mots en signe de respect pour ce jour.
— Bonne nuit, second. Tâche d’être acharné à nouveau cette année.
Et ainsi la porte se referma pour un moment. Quelqu’un d’autre vint la pousser, et comme escompté, c’était le Khan du groupe. Le Maître avait tenu parole. L’invité fit un pas en avant et la porte se referma aussitôt, avant que l’on entende le son du verrou.
Numéro 2 se leva aussitôt et prit l’autre dans ses bras.
— Mon frère… Tu m’as tellement manqué. Dit-il.
À cet instant, un soulagement dans leurs muscles se fit sentir, les deux personnages qui ne possédaient plus rien devinrent riches de sentiments. Les deux étaient si heureux de se revoir seuls qu’ils en oublièrent le cube métallique dans lequel ils se trouvaient.
— Deux fois par an, c’est bien trop peu. Tu m’as beaucoup manqué aussi.
Les deux frères se regardèrent de haut en bas, une fois, puis deux. Ils étaient fiers l’un de l’autre. Encore une fois ils avaient survécu ensemble aux tortures et aux épreuves.
— Je suis désolé pour ton doigt, dit le Khan.
— Ne sois pas bête, tu n’y es pour rien. Désolé pour ton visage, j’aurais dû taper moins fort.
Comme à chaque rencontre, les deux garçons préféraient oublier leur vie misérable dans ce taudis, mais ce n’était presque que leur seul sujet de conversation. Cette fois-ci, Numéro 2 avait une idée en tête, et il n’allait pas tarder à la partager avec la seule personne en laquelle il avait confiance. Il s’assit sur son lit et proposa au Khan de faire de même. Lorsqu’ils furent installés, il prit la parole en gardant le volume assez bas pour ne pas être écouté.
— J’ai bien réfléchi. Cela fait des années que notre calvaire dure, nous avons survécu jusqu’ici, mais qui sait jusqu’à quand nous pourrons tenir. Il faut trouver un moyen de s’échapper de cet endroit et de partir le plus loin possible ! c’est ça où nous allons mourir avant même d’atteindre le premier rang du groupe jaune.
— Tu ne te rends pas compte de ce que tu dis ! Répondit son frère rapidement en regardant autour de lui. Regarde, un simple écart de comportement t’a fait perdre une partie de ton doigt. Que crois-tu que les chefs feront s’ils savent que tu es parti ? Ou simplement s’ils apprennent que tu veux t’échapper ?
La volonté de partir du plus jeune était désormais bien ancrée dans son esprit, et les mots de son frère ne le firent pas changer d’avis.
— Je n’ai pas peur de mourir, et toi non plus, je le sais ! continua Numéro 2. Si nous mourons en tentant de partir, nous aurons essayé, mais si nous réussissons, ce sera la liberté pour toi et moi.
