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Quels que soient le rêve de silence, l’égarement aux limbes ou la résolution à ne plus jamais, les mots reviennent comme une obsession. On ne le comprend pas, mais on y revient toujours. Ils paressent, on les titille. Ils s’éloignent, on court derrière. Ils se cachent, on les débusque.
Ils sont au bord de ma fenêtre et scrutent avec moi les paysages du ciel et de la ville. Ils sont au bord de ma fenêtre et attendent le matin, attendent le soir, la nuit, la rédemption, la lune, le sommeil. Oui, ils attendent le sommeil.
Parfois ils s’aventurent, au coeur de la foule, au noir des bois, s’entichent d’un caillou blanc au fond d’une poche. Évoquent de grands cratères aux eaux lisses. Mais ils reviennent toujours au bord de ma fenêtre. On ne le comprend pas vraiment, mais ils reviennent toujours.
C’est que sans doute le théâtre se trouve là.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Patrick Aveline vit à Marseille depuis l'enfance. Il y déclame sa poésie sur des scènes de théâtre. Et dans les calanques, avec le ciel et la mer pour décor, il aime conter, lors de randonnées poétiques, ses errances passées. Depuis peu, il est ravi de savoir ses petits poèmes appris dans les écoles.
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Seitenzahl: 32
Veröffentlichungsjahr: 2024
Patrick Aveline
On y revient toujours
Recueil de poésies
ISBN : 979-10-388-0871-3
Collection : À l’En-Vers
ISSN : 2606-1716
Dépôt légal : juin 2024
©couverture Ex Æquo
© Illustrations couverture et livre Patrick Aveline
©2024 Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
Éditions Ex Æquo
6 rue des Sybilles 88370 Plombières-les-Bains
www.editions-exaequo.com
Les herbes m’écrivent. De leur petite écriture serrée. Qu’on y revient toujours. De leur petite écriture de mouche, qu’on ne le comprend pas, mais qu’on y revient toujours. Elles m’écrivent tous les jours et je fais de même. Depuis un jour vieux où je me suis évadé. Et que je cours doucement au coin des rues. Depuis ce jour où je laisse les autres parler. La place manque sur la page de leurs histoires. C’est pourquoi leur petite écriture est joliment serrée. Avec des cohues de parenthèses et des phrases longues comme j’aime, tant que je m’y perds. C’est qu’elles ont tant à me révéler. M’annonçant chaque jour où je reçois leur missive si aujourd’hui la brume se lèvera sur les montagnes. Si l’ombre est épaisse derrière les pierres. Si l’ardeur de la lumière ose le reflet. Et comment un homme dit à sa femme ce qu’il n’arrive pas à lui dire. Je me repais de ses points-virgules et de ses longues barres aux T. Je ne l’ai toujours pas compris, mais j’y reviens.
Oh, il me reste encore quelques maigres mots ce soir. Dans le creux de ma main et quelques autres qui paressent là où c'est doux. Quelques petits mots, un peu tordus, un peu bizarres. Pour écrire. Que le jour s’achève encore une fois. Encore une fois sans avoir dit un seul mot de tout ce jour. Où es-tu, où êtes-vous ? Je vous parlerai cette nuit. Dans mes rêves bavards où les nuages s’endeuillent. Je vous parlerai d’amour entre les cyprès noirs. Et puis aussi d’un horizon qui prendrait soin de ma solitude. Dans mes rêves bavards…
Je vis dans une maison de mots. Qui se cachent et que je débusque. Que je déloge doucement de leur mansarde. Quelques miettes, dures comme le pain dur. D’autres sont comme de petites brisures de couple. Ou encore cendres de l’intime. Ils se retrouvent là à tanguer dans les lumières du soir. Sur l’oreiller des brumes. Et dans le lit des arbres. Cette maison de mots s’appelle hiver. C’est une maison, une saison, qui se dore à la lumière d’une minute, puis baille à la prochaine nuit. Entre deux frissons, j’y écris cette lettre.
Je n’imprime pas la trace de mes pas, pas plus que je ne retiens les mots que j’écris. Les uns et les autres accèdent, à peine sont-ils conçus, à la liberté de disparaître. Volatiles et souverains tout à la fois. Les mots naissent de mes pas et mes pas de mes mots. Quel est le berceau, la genèse ? Quel est le désert qui les voit poindre ? Le même qui les voit s’éteindre ?
Ce sont des évadés qui papillonnent une heure dans la plus totale marge. Celle qui parfois louvoie avec le vide, n’hésite pas à l’aventure et se joue de la solitude. Je ne retiens pas les mots que j’écris, pas plus que je n’imprime la trace de mes pas. Libres ainsi la lumière du ciel.
