Opération cat's eyes - Jessi Rosas - E-Book

Opération cat's eyes E-Book

Jessi Rosas

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Beschreibung

Elena, trentenaire divorcée, cherche le grand amour. Sa nouvelle proie, Thomas, ne semble pas être celui qu'elle pense connaitre...

Elena a une trentaine d’années. Jeune maman divorcée, elle jongle au quotidien entre ses enfants, son job, sa famille, ses amies, et sa quête du grand amour… D’ailleurs, elle convoite avec plus ou moins de discrétion Thomas, le directeur marketing sexy de la société pour laquelle elle travaille.
Lorsqu’elle apprend qu’elle est envoyée en déplacement professionnel avec ce dernier, folle de joie et déterminée à lui mettre le grappin dessus, elle part au congrès remontée à bloc et coachée par Clarissa, son amie d’enfance. Hélas, rien ne se passe comme prévu…
De retour au bureau, son chef Olivier lui confie qu’il vient de découvrir certaines anomalies comptables dans l’entreprise. Toujours partante pour de nouvelles intrigues, Elena est entraînée dans son sillage.
Entre situations cocasses, rebondissements, coups de cœur et déceptions, Elena ne risque pas de s’ennuyer.

Découvrez sans plus attendre un roman plein de rebondissements et plongez dans les secrets de l'entreprise d'Elena à la recherche d'un coupable.

EXTRAIT

Elena arriva en retard au travail. Pas de beaucoup, mais en retard quand même ! Maudits bouchons ! C’est décidé, bientôt elle prendrait les transports en commun ! Avec son MP3 sur les oreilles ou un bon roman, ça devrait le faire, se dit-elle en se pressant vers l’ascenseur du parking.
En général, elle se faisait cette réflexion à peu près aussi souvent qu’elle décidait de se mettre au sport ! Elena
continuait de prendre de bonnes résolutions en cherchant son badge d’accès quand au détour d’un pilier, à cinq mètres
de l’ascenseur, elle aperçut Jean-Marc, le big boss, qui attendait lui aussi l’ascenseur. « Oh non… Quelle poisse ! Pas lui… »
Jean-Marc était un patron « dynamique ». La petite cinquantaine, cultivé, bien habillé, mais c’était un incorrigible charmeur et un beau parleur de compétition internationale. Il n’était pas du tout le style d’Elena qui se sentait mal à l’aise avec lui. Jean-Marc avait créé sa société de logiciels dédiés aux entreprises pendant la belle époque des start-up. Il avait créé des logiciels d’organisation d’entreprise en comptabilité et gestion, de développement des ventes, de création marketing. Des solutions clefs en main pour développer et faire gagner de l’argent aux entrepreneurs. Il avait, c’est vrai, beaucoup investi, financièrement et de son temps.

À PROPOS DE L'AUTEUR

À l’image de son héroïne, Jessi Rosas est une working girl aux journées bien remplies, rythmées entre un travail prenant d’assistante de région et un métier de maman fait de petits bobos et gros chagrins, de fêtes d’anniversaire et autres activités trépidantes. Cette Parisienne dans l’âme, fraîchement débarquée en Lorraine, trouve enfin le temps de se consacrer à l’écriture et publie son premier ouvrage, le roman d’une passionnée de lettres qui passe sa vie dans les chiffres…

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Seitenzahl: 382

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Présentation de l'auteur

À l’image de son héroïne, Jessi Rosas est une working girl aux journées bien remplies, rythmées entre un travail prenant d’assistante de région et un métier de maman fait de petits bobos et gros chagrins, de fêtes d’anniversaire et autres activités trépidantes. Cette Parisienne dans l’âme, fraîchement débarquée en Lorraine, trouve enfin le temps de se consacrer à l’écriture et publie son premier ouvrage, le roman d’une passionnée de lettres qui passe sa vie dans les chiffres…

À Noah et Orlane, mes deux soleils.

1

Le bruit du téléphone portable réglé sur le mode « réveil » fit sursauter Elena. Comme tous les matins, elle le fit tomber en voulant l’éteindre, tâtonna sous le lit pour le retrouver et le faire taire, se retourna en ronchonnant, la couette sur la tête. Oui, mais ça ne marche pas. Le temps ne s’arrête pas, même avec une couette sur la tête et une énorme envie de rester couchée !

Au bout de dix minutes de sursis, Elena se décida enfin à sortir la tête du lit. Elle se doucha et déjeuna en silence afin de préserver encore le sommeil de Léo, neuf ans, et Luna, quatre ans. Elle était partagée ce matin. Partagée entre la satisfaction d’être vendredi et que la semaine soit terminée et le pincement au cœur de voir les loulous partir chez leur père pour une semaine. Eh oui ! Les joies de la garde alternée… Plus le temps passait, plus Elena était persuadée que cette situation était vraiment trop compliquée pour les enfants. Elle avait bien intégré tous les discours en vogue qui disent que les enfants ont besoin de leurs deux parents. Mais Elena pensa à sa propre enfance. Ses parents immigrés espagnols. Chez eux, personne ne divorce, on fait avec et c’est comme ça. Maman était à la maison en permanence, ménage, repassage, préparation des repas étaient son quotidien. Puis, bien sûr, s’occuper des enfants, cela allait de soi. Mais papa, toujours sur les chantiers, de l’aurore au coucher du soleil, sans compter les déplacements lointains, y compris à l’étranger pour le travail. On ne le voyait que très peu. Enfin, bref, les enfants avaient l’air tout ce qu’il y a de plus heureux et épanouis.

Elle se glissa doucement dans la chambre des enfants. Léo dormait en haut du lit superposé. Il se levait toujours facilement et n’était jamais de mauvaise humeur au réveil. Il ouvrait les yeux, s’étirait et se levait. Simplement. Elena lui enviait cette capacité à démarrer la journée sur les chapeaux de roues. Avec Luna, c’était plus compliqué ! Elle avait tout hérité d’elle ! Elle grognait, se roulait en boule, ronchonnait. Elle finissait par sortir du lit en chouinant, les cheveux en bataille et les yeux encore plein de sommeil. Pourtant Elena veillait à ne pas les coucher tard. Mais Luna n’était pas du matin…

— Qu’est-ce que vous prenez pour le petit dej’, les loulous ? leur demanda Elena.

— Euh… un Kinder ? répondit Léo.

— Alors… laisse-moi réfléchir… Euh… NON !

— Oh ! Maman ! À chaque fois, tu me fais le coup du réfléchissage !

— Oh ! Léo, t’es sûr que c’est français, ça ? Céréales et jus d’orange, c’est bon ?

— Mouais, ça ira, fit Léo résigné.

— Et toi, ma petite choupette, qu’est-ce que tu veux ?

— Rien ! asséna-t-elle en bougonnant.

— Allez, ma puce ! Tu ne pars pas à l’école le ventre vide. Quelques petites madeleines et du lait au chocolat ?

Elle accepta la proposition et déjeuna sans grande conviction et en bâillant ! Elena partit se sécher les cheveux pendant que les enfants déjeunaient. Puis, comme tous les matins, l’annonce du flash info de 8 heures de Radio Latina fut le déclencheur d’un tourbillon de vêtements, chaussures, manteaux, cartables ! Chaque matin, tout le monde allait à son rythme jusqu’à ce que les infos de 8 heures résonnent comme le gong du « on est encore en retard » ! Pourtant Léo qui détestait être en retard donnait l’heure à intervalles réguliers.

— Maman, il est 7 heures 48.

— Maman, il est 7 heures 52.

— Maman, il est 7 heures 58.

— Léo, arrête de faire l’horloge parlante !

Finalement, la petite famille partit avec très exactement six minutes de retard sur le planning idéal ! Luna était à peu près coiffée et Elena aussi ! Après être restés coincés dans les bouchons matinaux du centre-ville, ils arrivèrent devant l’école au moment où tous les élèves se mettaient en rang ! Elena gara sa voiture en double file afin d’accompagner les enfants jusqu’à la grille et de leur faire un énorme bisou. Une semaine, c’est long ! Heureusement, les écoles maternelle et primaire étaient dans le même complexe, ce qui réduisait (un peu) le retard.

— Madame, vous n’êtes pas au drive du fast-food ! Arrivez plus tôt et garez-vous sur une place de stationnement pour accompagner vos enfants, la sermonna la directrice de l’établissement.

Bon, l’école n’était pas forcément un bon souvenir pour tout le monde… Elena ne répondit rien, serra ses enfants contre elle et huma leur odeur plus longtemps que les autres matins, les noya de « je t’aime » puis partit le cœur serré.

2

Elena avait fêté ses trente-trois ans à peine un mois plus tôt. « L’âge du Christ », lui rappelait souvent son père en riant.

Elle sourit en se souvenant de sa fête d’anniversaire en famille. Fêter son anniversaire à quelques jours de Noël revient à dire qu’on n’a pas d’anniversaire. La fête, c’est en même temps que Noël et le cadeau est un cadeau groupé Noël-anniversaire ! Mais cette année Elena avait râlé. Ce n’était pas juste !

Ses parents et ses frères s’étaient donc tous mis d’accord pour se retrouver chez les parents pour son anniversaire. Le jour pile bien sûr ! Cela aurait dû être une surprise, mais vu son caprice quelques jours avant, et le coup de fil de sa mère le matin de son anniversaire, qui lui demandait innocemment de passer le soir même « pour lui montrer quelque chose »… finalement, cela n’en était pas une !

Ses trois frères, ses belles-sœurs et ses neveux et nièces étaient tous là. Sur leur trente et un. Elle avait habillé Léo et Luna pour la circonstance, mais cela n’avait étonné personne. Heureusement, cette année, son anniversaire était tombé un vendredi soir. Ils avaient tous pu profiter de la soirée. Et Elena avait mentalement remercié le ciel d’avoir les loulous le jour de son anniversaire. Parce que Cyril, son ex-mari, ne lui aurait sûrement pas permis de les prendre exceptionnellement pour l’occasion.

Ce n’est pas qu’ils ne s’entendaient pas. Mais leur relation d’« ex » était remplie de frustration et de méfiance. Elena avait rencontré Cyril dix ans plus tôt. Elle était en stage dans la banque où il travaillait. Elle sortait d’une histoire compliquée avec un type hyper sympa et drôle, mais sur qui on ne pouvait absolument pas compter… Cela n’avait pas été un coup de foudre. Elena disait souvent que ça ressemblait plutôt à un arrangement. Elena était une jolie brune. Avec ses beaux yeux marron, ses grands cils, son corps fin et gracile, elle présentait bien, parlait bien. Elle sut ne pas lui faire de l’ombre. Cyril était ambitieux, calculateur et, professionnellement, tout lui réussissait. Ils avaient construit une vie plutôt agréable, un beau mariage, pas de problèmes d’argent, propriétaires d’un grand appartement. Mais pas de chaleur, pas de passion, pas d’engueulades non plus. Léo était arrivé vite. Puis Luna par hasard. Cyril ne voulait pas de deuxième enfant. Il avait clairement dit à Elena qu’il ne l’avait pas voulu donc il ne s’en occuperait pas… En même temps, il ne s’était pas occupé de Léo non plus. Léo était un joli trophée, une belle fierté pour son papa, mais en coulisse c’est Elena qui gérait tout. À partir du moment où Elena était tombée enceinte de Luna les relations s’étaient détériorées. Encore moins de dialogues, plus d’incompréhension. Un silence total. Aucune activité en commun, aucun projet en commun… Rien. Le néant. Quelques mois après la naissance de Luna, ils avaient décidé de se séparer d’un commun accord.

Le plus dur pour Elena fut de l’annoncer à ses parents. Eux, pour qui le divorce ne se passait qu’à la télé et à Hollywood… Ce fut d’autant plus dur que deux de ses trois frères étaient mariés et heureux en ménage. Enfin, en apparence au moins.

Elena était clairement tombée des nues lorsque Cyril lui avait demandé la garde alternée. Mais, comme d’habitude, il avait argumenté comme il fallait, en bon commercial, il avait eu ce qu’il voulait. Sur le coup, elle n’avait pas vraiment réfléchi, tous les arguments de Cyril se bousculaient dans sa tête. Il était tellement convaincant quand il s’y mettait. Il vendrait un congélateur à un esquimau. Il avait gardé l’appartement, avait fait un partage « équitable » des comptes et des biens. Étant lui-même liquidateur, comptable et contrôleur des biens de la communauté, il n’avait pas trouvé de contradicteur. Elena était épuisée par tout ce qu’impliquait cette situation, de devoir se justifier auprès de sa famille, de se retrouver un appartement, s’installer une nouvelle vie avec ses enfants. Elle ne s’était pas vraiment occupée des modalités pratiques. À tort. Si c’était à refaire, elle ferait différemment, s’imposerait, s’occuperait de tout. Mais c’était trop tard.

Cyril avait eu la brillante idée que « l’échange » des enfants se ferait le vendredi soir. Elena ou lui déposerait les enfants à l’école le vendredi matin et l’autre les récupérerait le soir à la sortie de l’école. Ce qui permettait de prévoir un week-end sans être obligés de rentrer à une heure précise pour déposer les enfants chez son autre parent. Et officieusement, cela permettait aussi de ne pas avoir à se croiser…

Cyril avait refait sa vie. Il ne vivait apparemment pas encore avec sa compagne, mais les enfants la connaissaient.

Elle soupira en tournant son visage vers le soleil pâle de janvier.

Ça n’avançait pas, c’était bouché ! Comme tous les jours en région parisienne ! Bon sang, elle allait encore être en retard. Elle klaxonna pour réveiller l’automobiliste de devant et réussit à faire vingt mètres avant de stopper de nouveau ! Quelle poisse !

3

Elena arriva en retard au travail. Pas de beaucoup, mais en retard quand même ! Maudits bouchons ! C’est décidé, bientôt elle prendrait les transports en commun ! Avec son MP3 sur les oreilles ou un bon roman, ça devrait le faire, se dit-elle en se pressant vers l’ascenseur du parking.

En général, elle se faisait cette réflexion à peu près aussi souvent qu’elle décidait de se mettre au sport ! Elena continuait de prendre de bonnes résolutions en cherchant son badge d’accès quand au détour d’un pilier, à cinq mètres de l’ascenseur, elle aperçut Jean-Marc, le big boss, qui attendait lui aussi l’ascenseur. « Oh non… Quelle poisse ! Pas lui… »

Jean-Marc était un patron « dynamique ». La petite cinquantaine, cultivé, bien habillé, mais c’était un incorrigible charmeur et un beau parleur de compétition internationale. Il n’était pas du tout le style d’Elena qui se sentait mal à l’aise avec lui. Jean-Marc avait créé sa société de logiciels dédiés aux entreprises pendant la belle époque des start-up. Il avait créé des logiciels d’organisation d’entreprise en comptabilité et gestion, de développement des ventes, de création marketing. Des solutions clefs en main pour développer et faire gagner de l’argent aux entrepreneurs. Il avait, c’est vrai, beaucoup investi, financièrement et de son temps.

Aujourd’hui, son activité professionnelle consistait à signer les documents et les chèques et, surtout, il était le représentant de sa société aux yeux du monde, commercialement et financièrement ! Ce qu’il faisait très bien. Il avait aussi comme activité quotidienne d’aller au golf « pour enrichir son carnet d’adresses ». D’après lui, tout se passait là-bas. Les rencontres au sommet entre grands patrons de ce monde avaient lieu sur le green ! Toujours selon lui, il avait noué des contacts et conclu un grand nombre de contrats grâce au golf.

— Bonjour la belle Elena, comment vas-tu ?

Ah oui, et dans la boîte aussi, le tutoiement était de rigueur, « on est une grande famille, non ? ».

— Très bien, merci Jean-Marc, et toi ?

— Comme un vendredi, je prépare une importante compétition de golf. Je t’en ai parlé ?

— Oui, oui… fit-elle peu convaincue.

— Il faudrait que je t’emmène avec moi très prochainement ! Que je te montre un peu ce qu’est le golf. Apprendre avec quelqu’un qui a un excellent niveau est un gage de réussite ! Puis j’ai ma table réservée au restaurant du golf, une table tranquille avec une vue magnifique sur le parcours.

Gling. L’ascenseur s’ouvrit au bon moment.

— Retenez l’ascenseur !

Une jeune métisse pulpeuse avec plein de frisettes s’engouffra dans l’ascenseur.

— Samira ! Bonjour ! dit Elena, très enthousiaste de voir son amie.

— Bonjour Elena, contente de te voir moi aussi ! Jean-Marc… fit Samira avec un signe de tête.

Samira se retourna vers Elena en grimaçant… Les relations de sa collègue avec le patron étaient assez houleuses ! Samira ne se laissait pas marcher sur les pieds et savait le remettre à sa place poliment, mais fermement. Contrairement à Elena qui manquait souvent de repartie et angoissait toujours à l’idée de se retrouver face au PDG.

L’ascenseur s’arrêta au quatrième étage où étaient regroupés les bureaux de la société. Jean-Marc, qui était toujours plus ou moins gêné en présence de Samira, partit vers son bureau sans un mot. Juste un petit clin d’œil à Elena qui n’échappa pas à Samira.

— Dis donc, t’as encore la cote avec le grand schtroumpf ! Il ne lâche jamais l’affaire.

— Même une chèvre aurait la cote avec lui. Qu’est-ce qu’il est lourd… Je pose mes affaires à mon bureau, j’allume mon PC et on se retrouve au café ? Tu passes voir si Justine est arrivée ?

— Ça marche !

Elena alluma son PC pour charger ses mails, rangea son sac à main dans le tiroir et prit quelques pièces de monnaie pour le café. Elle leva la tête juste au moment où passait Thomas, le beau directeur marketing. Elle fondit immédiatement quand il la salua en souriant. Quelle beauté ! Quelle classe ! Elena aurait vendu sa seule et unique paire de Louboutin pour qu’il l’invite à dîner ! Dès qu’il lui adressait la parole, elle redevenait une ado de quinze ans devant une star de la chanson ! Quand elle croisa son propre reflet dans la vitre avec ce sourire niais, elle se ressaisit immédiatement ! « Quelle gourde tu fais, ma pauvre Elena ! »

4

Samira et Justine étaient bien plus que des collègues. Elena travaillait dans la société depuis trois ans. À son retour de congé maternité après la naissance de Luna, elle avait eu la désagréable surprise de constater que son ancienne boîte avait été rachetée par une grosse société allemande. Son poste d’assistante de gestion avait perdu toute sa substance, car les Allemands avaient déjà un service contrôle de gestion donc ils avaient transféré tous les dossiers en cours dans leur propre service en Allemagne. Tout le monde y compris elle-même s’ennuyait ferme dans la coquille vide de leur ancienne société.

Il y avait deux camps. Le camp des « j’attends de me faire licencier pour prendre un chèque » et le camp des « je n’ai pas envie d’attendre et je vais me prendre en main pour rebondir de moi-même ». Elena avait fait partie du deuxième camp. Elle avait remis son CV à jour. Ce qui n’avait pas été facile, car elle avait intégré cette société après la fin de ses études. Mais elle avait réussi à se faire embaucher chez JMC (Jean-Marc Capella) après avoir passé quelques entretiens par ailleurs.

C’est Justine qui lui avait fait passer son premier entretien. Justine était l’assistante de la RH. C’est une magnifique jeune femme de trente-quatre ans. Une gravure de magazine, grande, blonde, les yeux verts et des jambes interminables. Elle clamait haut et fort qu’elle était célibataire par choix et ne se privait pas pour enchaîner les conquêtes ! Vu son physique de rêve, les prétendants ne manquaient pas. Jean-Marc se pâmait devant elle. Sauf qu’il n’osait pas rentrer dans les bureaux des RH, car la responsable de Justine, la charmante Lisa était la seule maîtresse à bord. Lisa avait été serveuse avant que Jean-Marc ne fasse d’elle sa maîtresse pour quelques mois. À l’époque, il était encore marié et Lisa avait fort bien négocié leur rupture puisqu’en échange de son silence elle avait exigé le poste de DRH de sa société ! Comme quoi, y’a pas que les études dans la vie ! Il faut aussi savoir bien choisir ses amants ! Elle avait donc été parachutée à un poste de grande envergure avec pour seul bagage en poche son bac professionnel vente, son art de la négociation et une volonté de fer ! Grâce à un travail énorme, elle avait réussi à apprendre le métier sur le tas et s’en sortait plutôt pas trop mal. Grâce aussi à Thierry, le responsable du service juridique qui était toujours là pour répondre aux questions les plus pointues. Justine avait elle-même été recrutée par Lisa il y a cinq ans. Une grande complicité était tout de suite née entre les deux femmes qui travaillaient en bonne intelligence.

 

La pétillante et rigolote Samira était arrivée, elle aussi, il y a trois ans, un peu avant Elena. Elle avait la grande chance d’être l’assistante du beau Thomas au marketing. Elena lui enviait cette chance qui laissait Samira de marbre. Samira était heureuse en ménage. Elle avait rencontré Julien, son mari, au lycée. Ils s’aimaient comme au premier jour et étaient les heureux parents de la petite Sofia. Tout baignait dans sa vie. Elle respirait le bonheur et ça se voyait. En outre, c’était un vrai clown ! Toujours le mot pour rire, parfois même sans le vouloir…

Les jeunes femmes, formant un charmant trio ou une belle brochette comme les appelait Jean-Marc, étaient devenues amies très vite. Elles partageaient leur quotidien, leurs joies, leurs peines, leurs histoires. Cette ambiance agréable permettait aux filles de venir travailler le cœur léger.

Elena avait aussi la chance d’avoir pour responsable Olivier. C’était un doux rêveur, passionné de chiffres. Capable de faire en un temps record des budgets, des prévisionnels avec juste une calculatrice et un crayon à papier. C’était un vrai bourreau de travail. Très intelligent, très calé dans son domaine, le contrôle de gestion, la finance et tout ce qui était chiffré d’une manière générale. Il était juste en permanence dans la lune. Enfin, dans ses chiffres. Mais il était calme, posé, arrangeant et de bon conseil. Olivier travaillait main dans la main avec Gaëlle, son alter ego féminin en charge de la comptabilité. Tout le monde souhaitait ardemment qu’ils finissent ensemble, mais a priori cela n’avait pas effleuré l’esprit des deux principaux intéressés… Tous deux célibataires endurcis et le nez dans le guidon du matin au soir.

L’ambiance chez JMC était plutôt bonne. Jean-Marc ne l’avait pas fait exprès, mais il avait su s’entourer de bons éléments (merci Lisa !). Une des choses positives que Jean-Marc apportait à sa société, c’était de leur avoir insufflé l’esprit d’équipe et d’avoir fait en sorte que ses salariés s’attachent sincèrement à son entreprise. Il en était d’ailleurs très fier et ne manquait jamais de rappeler à quel point son équipe lui était fidèle et dévouée.

5

Elena arriva à la cafétéria toute guillerette. Croiser Thomas dès son arrivée avait embelli sa journée.

— Salut ma Juju ! Oh, les filles, devinez qui m’a fait un sourire à tomber par terre ce matin ?

— Jean-Marc ? demanda Samira.

— Euh non, lui a bien failli me gâcher la journée. J’avais trop peur de rester coincée dans l’ascenseur avec lui ! Beurk !

— Oh, n’exagère pas, ma grande. Bon, moi, je parie sur le beau Thomas ? répondit Justine.

— Ouais… Quel charme !

— Café sans sucre pour vous, mes bichettes ? interrogea Samira.

— Oui, comme d’hab’ ! répondirent Elena et Justine en chœur.

Samira leur paya leur café noir sans sucre et prit comme tous les matins son chocolat chaud avec supplément de sucre.

— Toujours ok pour ce soir les filles ? Vous passez à la maison ? demanda Elena en les regardant tour à tour.

— Oui, mais j’ai promis à Julien de ne pas rentrer tard. Il trouve que je le délaisse en ce moment…

— Oh ! le pauvre biquet… Il n’a pas de copains avec qui passer la soirée ? intervint Justine.

— Nan, mais tu plaisantes et qui va garder Sofia ? Si on est deux à sortir le même soir, c’est sûr que c’est moi qui aurais mon mini-moi dans les pattes ! Non, chacun son tour et les vaches sont bien gardées ! répliqua Samira avec une mimique de son cru.

— T’es sûre que c’est ça l’expression ? s’exclama Elena en pouffant.

— Non, aucune certitude, mais vous avez compris.

Samira était une championne pour relooker les expressions. C’était souvent à mourir de rire ! Mais comme elle disait si bien : « Même relooké, on comprenait toujours ! »

Les trois filles retournèrent chacune à leur bureau sans manquer de se donner rendez-vous pour déjeuner.

Elena parcourut ses mails et reprit ses dossiers en cours. Elle devait mettre à jour aujourd’hui tous les fichiers des diverses royalties de la société. Olivier, son chef, était arrivé entretemps.

— Bonjour Olivier.

— Oh, bonjour Elena. J’ai fait une bêtise, j’ai renversé mon café sur tous les papiers que tu m’avais préparés pour la réunion de cet aprèm’. Ça t’embête de me les ressortir ?

— Non, bien sûr, je te fais ça tout de suite.

Olivier… Toujours dans la lune… Elle lui ressortit tous les documents, les classa dans des pochettes colorées par thème et, cette fois-ci, les conserva sur son bureau jusqu’au commencement de la réunion pour plus de sécurité. Elle finissait son classement en rêvant à moitié quand le beau Thomas passa une tête par la porte de son bureau.

— Elena, Olivier est-il dispo ?

Elena sursauta, prise en faute en pleine rêverie. Thomas sourit encore plus, ce qui le rendit encore plus craquant. Il était grand, les cheveux châtains, souples et brillants, un corps athlétique… Elena rosit et répondit en bégayant :

— Euh oui, bien sûr, il est là… Je le préviens.

Elle se cogna le haut de la cuisse en contournant son bureau pour aller prévenir Olivier. « Aïe, ma pauvre Elena, dans quel état tu te mets dès que tu le vois. » Sa petite voix intérieure n’était jamais la dernière pour se moquer d’elle devant son comportement gauche et énamouré dès qu’apparaissait le beau Thomas !

Elle prévint Olivier, le regard de Thomas dans son dos la brûlait. Quand il passa près d’elle pour entrer dans le bureau d’Olivier, elle huma son parfum lavandé et viril en fermant les yeux. Elle referma la porte sur un petit nuage !

Son téléphone la sortit du rêve éveillé. Elle reconnut le numéro de Samira.

— Oui Sam, que puis-je pour toi ?

— J’appelais pour savoir si ton cœur n’avait pas lâché, je sais que mon boss est chez toi.

Elle éclata de rire.

— Très drôle… Tu voulais autre chose ?

— Ma tante a fait du ti-punch et j’ai réussi à en récupérer deux bouteilles. Ça vous dit pour ce soir ?

— Carrément ! Avec plaisir ! Pas autant que si tu avais emmené ton charmant pa…

La porte du bureau d’Olivier s’ouvrit en laissant apparaître Thomas.

— Je te laisse, à plus !

Elena raccrocha précipitamment. Elle l’avait échappé belle ! Un peu plus et Thomas assistait en direct à ses aveux de groupie !

6

Thomas sortit du bureau et se fendit d’un grand sourire à l’attention d’Elena. Il s’assit sur un coin de son bureau. Le cœur d’Elena battait la chamade.

— J’aurais besoin de toi si cela ne te dérange pas ? lui demanda-t-il.

— Non, non, bien sûr, avec plaisir…

Elle sautait de joie intérieurement. Pourvu qu’il l’invite à déjeuner ! Euh non, plutôt à dîner, c’est mieux, ça fait moins professionnel !

— Nous participons à un salon informatique réservé aux professionnels la semaine prochaine et j’aurais besoin que tu files un coup de main à Samira sur le stand de JMC. A priori, Olivier pourra se passer de toi deux jours. Peux-tu t’absenter pendant deux jours ? C’est en province.

Elle le regarda en souriant pendant que toutes les informations se bousculaient dans sa tête. J’ai mes enfants ! Non, je ne les ai pas ! Qu’est-ce que j’emmène ? Comment je m’habille ? Faut que je prenne rendez-vous chez l’esthéticienne !

— Euh oui, bien sûr, pas de problème.

Thomas sourit jusqu’aux oreilles ! Elena fondit.

— Parfait, je demande à Samira de s’occuper des billets de train et de l’hôtel et de te tenir informée du planning.

Elle se mordit la langue juste avant de lui dire qu’elle pourrait partager sa chambre d’hôtel !

Dès que Thomas eut passé la porte de son bureau, elle rappela Samira. Occupé…

Fallait absolument qu’elle en parle à quelqu’un ! Justine ! C’était toujours plus compliqué d’appeler Justine puisqu’on ne savait jamais si elle était en entretien. Tant pis, elle prenait le risque !

— Oui, Elena ?

— Oh Juju, devine ?

— Thomas t’a mis la main aux fesses ?

— Non, quand même pas, chaque chose en son temps… Je pars au salon avec lui et Samira deux jours la semaine prochaine !

— Cool ! Au moins, t’es tranquille, ce n’est pas Samira qui essaiera de te le piquer ! Elle est définitivement monogame !

— Oui, c’est sûr ! Faut que vous m’aidiez ce soir à préparer ma valise ! Lingerie sexy obligatoire !

— Ok, et ma grande, y’a pas que Thomas dans la vie, rien de tel qu’un salon sur l’informatique pour trouver un mec. Ne serait-ce que pour la soirée.

— Imagine si c’est lui qui trouve une nana ? Juste sous mon nez ? prit peur Elena.

— Mais non, t’inquiète… Et puis tu feras pareil ! La belle affaire !

— NAN ! Mais, au fait, comment s’est passée ta soirée ? Tu n’avais pas rendez-vous avec ton garagiste ? Comment c’était ?

— Bof… Pas terrible. Je vous raconterai à la cantine. Mais ce sera rapide, crois-moi ! En revanche, j’ai autre chose à vous raconter…

— Vas-y, raconte ! s’impatienta Elena.

— Non, tu vas devoir patienter, mon rendez-vous est arrivé ! Bye !

Elle raccrocha.

Elena passa les dix minutes suivantes à rêvasser, imaginer cent fois le déroulement de leur hypothétique soirée… Puis elle se ressaisit, elle avait du boulot. Elle se mit sur ses fichiers et ne se laissa pas distraire jusqu’à l’heure du déjeuner.

Samira passa une tête dans son bureau à 12 heures 30 :

— J’ai faim !

— Oui, moi aussi, on passe chercher Justine ?

— C’est parti !

Elena prit sa carte de cantine dans son tiroir et suivit Samira vers le bureau de Justine.

7

Elles se dirigèrent toutes les trois vers la cantine d’entreprise située au rez-de-chaussée. La cantine servait à toutes les sociétés du bâtiment. Il y avait également une conciergerie au rez-de-chaussée ce qui était extrêmement pratique. Lisa avait été à l’origine de l’implantation de la conciergerie. Elle était tellement souvent débordée qu’elle n’avait jamais le temps de passer à la poste, chez le cordonnier, au pressing. Ayant vu un reportage un soir sur le phénomène des conciergeries qui se développaient en France, elle avait décidé d’en implanter une dans l’immeuble. Jean-Marc n’avait opposé aucune résistance, comme d’habitude quand Lisa avait une idée. Puis elle avait réussi à convaincre toutes les autres sociétés de l’immeuble. Depuis c’était la facilité pour tout le monde.

Elles arrivèrent à la cantine où il y avait un monde fou.

— Sam, t’es chiante à avoir toujours la dalle en même temps que tout le monde ! s’énerva Justine.

— Excuse-moi d’avoir la même horloge biologique que tous les êtres humains normaux ! Qu’est-ce qui t’arrive, t’as passé une sale soirée ? Et ton garagiste ?

— M’en parle pas… Franchement, je me suis ennuyée à mourir… Il n’a parlé que de voiture toute la soirée. On a été mangé dans un resto où y avait des décos de bagnoles partout. Et le mufle, il a partagé la note. Donc je suis rentrée chez moi rapidement ! Et à pied ! J’avais trop entendu parler de voitures toute la soirée ! Je suis rarement sortie avec un mec aussi chiant !

— Non, pas chiant, passionné ! Vous ne partagez juste pas la même passion, intervint Elena, la fleur bleue.

— Ça, c’est certain ! lui rétorqua Justine beaucoup moins fleur bleue.

Elles prirent leur plateau et tournèrent quelques minutes avant de trouver une table libre.

— J’ai cru qu’on n’allait jamais pouvoir manger ! dit Samira en s’affalant sur son siège.

— Mais si, ma petite goinfre, ne t’inquiète pas !

Il est vrai que leurs deux plateaux côte à côte étaient pour le moins différents ! Le plateau de Justine était composé de salade, légumes vapeurs et un yaourt nature. Justine était végétarienne. Samira avait pris une petite salade pour avoir bonne conscience, mais avec une belle pizza fumante et un éclair au chocolat.

— Je ne comprends pas comment tu fais pour ne pas grossir avec tout ce que tu manges ! lui fit remarquer Elena.

— Je ne suis pas mince.

— Oh arrête ! s’indigna Elena.

Samira était pulpeuse juste comme il faut. Appétissante, comme disait Julien, son mari.

— C’est le sport ça !

— Tu fais du sport toi maintenant ? s’étonna Justine.

— Oui, avec mon mari !

Elles éclatèrent de rire.

— Juju, t’avais pas un truc à nous raconter ? demanda Elena qui se souvint de leur discussion.

— Si ! Vu que je me suis couchée tôt hier soir… Je ne reviendrai pas sur ma soirée… Bref, je me suis levée très tôt ce matin pour aller courir. En revenant, j’ai fait un petit crochet par le marché qui s’installait. Et j’ai eu l’excellente idée de m’arrêter au stand du traiteur italien…

— Et tu as craqué sur le traiteur ? Un bel Italien avec un accent et tout ?

— Presque ! C’est tout ça sans l’accent ! Il est beau comme un dieu ! Bref, on a un peu discuté et j’ai réussi l’air de rien à lui proposer de venir me faire un dîner italien à la maison demain soir…

— Ouh là là… Ça va être chaud ! Bien sûr, compte rendu détaillé lundi à la cantine ! s’enthousiasma Samira, la bouche pleine.

Elles étaient en train de rire et plaisanter sur la future soirée de Justine quand un plateau se posa juste à côté d’Elena.

— Alors les filles, tout va bien ?

— Eh bien, ce n’est pas souvent qu’on te voit à la cantine, Jean-Marc… s’étonna Samira.

— Oui, c’est vrai, je suis débordé, je n’ai pas le temps de déjeuner à l’extérieur aujourd’hui…

Il desserra sa cravate comme un homme extrêmement épuisé par sa matinée de travail.

— Samira, as-tu réservé nos billets de train et l’hôtel pour le salon de la semaine prochaine ?

Elena manqua de s’étrangler. Cela ne lui avait même pas effleuré l’esprit que le big boss pourrait être de la partie…

— Les billets de train, c’est ok, je suis sur la résa de l’hôtel. Thomas m’a informé que tu avais quelques exigences en termes d’hôtel…

Le ton ironique de Samira échappa complètement à Jean-Marc.

— Oui, au moins un trois étoiles, ce n’est pas parce qu’on ne dort pas chez nous qu’on doit mal dormir. On va avoir du boulot sur ce salon. En tout cas, je compte sur vous pour représenter JMC avec classe !

Il n’avait d’yeux que pour Justine.

— Ne me regarde pas, je ne fais pas partie du voyage ! l’informa Justine.

— Ah bon ? Mais…

— Vois ça avec Lisa si tu as besoin de bras supplémentaires, lui dit perfidement Samira.

— Euh bah non… Ça devrait le faire, on se débrouillera…

Il avait l’air dépité… Les filles profitèrent de l’arrivée d’Olivier et Gaëlle pour s’éclipser discrètement.

8

Elles pouffèrent de rire jusqu’à l’ascenseur.

— Non, on va se débrouiller. C’est sûr que j’aurais bien aimé me glisser discretos dans la chambre de Justine, mais bon, je vais devoir me contenter d’essayer de coincer Elena entre deux portes, singea Samira.

Elena n’en pouvait plus de rire.

– N’exagérons rien, les filles… En revanche, c’est sûr que j’aurais sûrement boosté les ventes, fit remarquer Justine.

Elles rirent de plus belle. Elles se dirigèrent vers la machine à café en riant toujours des imitations de Samira. Elles prirent un café rapidement, car toutes souhaitaient boucler leur travail avant de partir.

— Ce soir, les filles, opération « tout le monde m’aide à préparer ma valise pour la semaine prochaine », leur rappela Elena.

— Pas de problème, ma belle ! la rassura Justine.

— Ouh là… J’ai autant envie de bosser que vache qui pisse.

Elena et Justine se regardèrent avec des yeux ronds avant d’exploser de rire encore une fois.

— Quoi ? demanda Samira surprise.

— Rien ! Bon courage, les filles, à tout à l’heure.

Elena et Justine partirent les larmes aux yeux. Elena se remit sur ses fichiers. Ils seraient terminés avant ce soir, ce qui était une excellente nouvelle vu qu’elle s’absenterait deux jours la semaine prochaine. Elle se surprit à rêvasser… « Stop ! Termine ça, ma grande ! » Sa petite voix intérieure ne lui laissait décidément aucun répit !

Olivier était en réunion avec tous les responsables de services, Gaëlle à la compta, Thierry au juridique, Alexandre à l’informatique, Sophie au commerce et le beau Thomas au marketing… Bon y’avait aussi Jean-Marc bien sûr. C’était leur petit rituel du vendredi après-midi. Leur « coordination ». Chaque service se tenait au courant des dossiers en cours, des difficultés rencontrées, des bonnes et mauvaises nouvelles, etc. Ce qui fait que tout le monde travaillait ensemble et s’entraidait.

L’après-midi passa rapidement et ce fut vite 17 heures, l’heure du départ pour Elena. Elle avait prévu d’aller faire quelques courses pour recevoir ses invitées ce soir. Clarissa serait de la partie également. Clarissa était sa meilleure amie depuis toujours. Elles se connaissaient depuis leur naissance, avaient grandi ensemble. Elles se connaissaient par cœur.

Clarissa était la fille unique des meilleurs amis de ses parents, Manuel et Rosa. Leurs pères étaient arrivés en France en même temps. Ils arrivaient tous deux d’un petit village du sud de l’Espagne. Et leurs mères étaient inséparables. Pedro et Maria, les parents de Clarissa, étaient les fleuristes du quartier où avaient grandi Clarissa et Elena. Malheureusement, Maria avait succombé à un cancer du sein avant ses quarante ans et laissé tout le monde désemparé. Pedro se concentra sur sa fille unique qu’il choya. Au décès de la mère de Clarissa, les filles avaient dix ans. Submergée par le chagrin, Clarissa prit quand même le foyer en main, car son père était dévasté. Pedro s’était jeté dans le travail, Maria aimait tant les fleurs… Il ne s’était jamais remarié, n’avait jamais amené d’autres femmes à la maison et n’était même jamais sorti avec une autre femme, à la connaissance de Clarissa. Sa vie tournait autour de sa fille, ses deux petits-fils et Rosa et Manuel, les parents d’Elena.

Pendant un temps, à l’adolescence, Clarissa était sorti avec Guillermo, le frère aîné d’Elena. Au début, Elena avait bien dû l’avouer, ça lui avait fait bizarre… Son frère, beurk. Puis, après un an de romance, ils s’étaient séparés, car ils avaient quand même sept ans de différence et, à l’adolescence, ça fait beaucoup. Guillermo avait été le premier amour et le premier amant de Clarissa. Clarissa avait été le premier amour de Guillermo. C’était elle qui avait mis un terme à leur histoire. C’était parti d’un malentendu idiot sur une prétendue blonde qui tournait autour de Guillermo. Elena savait que ce n’était qu’un prétexte. Clarissa avait envie d’ailleurs… À leur rupture, Elena avait eu la surprise de voir que son frère n’était pas qu’un idiot qui coupait les cheveux de ses poupées, mais qu’il avait été un homme profondément amoureux de sa meilleure amie. Elle l’avait consolé à de nombreuses reprises. Puis le temps était passé, Guillermo avait rencontré Nathalie, sa femme, et avait rapidement eu ses jumeaux. Clarissa avait eu du mal à accepter la femme de son frère. Elena se rendit compte qu’elle était jalouse, mais c’était trop tard. Quelques années plus tard, Clarissa avait rencontré Simon et donné naissance à Jules et Baptiste, ses garçons, qui avaient à peu près le même âge que Léo et Luna. Puis Clarissa s’était séparée. Simon avait été retrouvé dans le lit conjugal avec une jeune inconnue sans vêtements…

Clarissa était aujourd’hui comptable dans une concession automobile de l’autre côté du périph’… Peu de kilomètres les séparaient, mais avec les bouchons perpétuels elles avaient l’impression de vivre à des heures de route. Clarissa avait également ses garçons en garde partagée et la première chose que les filles avaient regardée quand Clarissa avait mis Simon dehors, c’était que leurs semaines « maman » tombent en même temps. Simon n’étant pas dans une position lui permettant de négocier, il ne s’y était pas opposé. Du coup, quand elles n’avaient pas leurs enfants, elles passaient régulièrement le week-end l’une chez l’autre. Et comme leurs enfants s’adoraient, ils passaient aussi régulièrement ensemble leurs week-ends « en famille ».

9

Elena arriva au supermarché, liste en mains. Elle aimait beaucoup cuisiner, mais ce soir, elle avait envie de profiter de ses invitées. Elle avait donc opté pour plein de petites choses à grignoter. Elle ferait un guacamole maison, car tout le monde l’adorait et qu’elle le préparait très bien, mais pour le reste elle se laissa guider par les idées inventives des industriels ! Elle voulait faire une salade de fruits pour le dessert, mais en plein mois de janvier, ce serait plutôt une salade jaune… Pomme… Banane… Poire… Ah, des oranges… Bof… Mince alors ! Elle allait être obligée de se rabattre sur un gâteau au chocolat… Quelle malchance ! Elle qui avait justement envie de faire un repas diététique… Elena sourit en pensant à du chocolat… Elle eut subitement une très, très bonne idée : une fondue au chocolat ! Des fruits, oui, mais plongés dans du chocolat chaud. Miam ! Elena finit rapidement ses courses, très fière de son idée de dessert. Elle n’oublia pas de faire un détour par le rayon vin. Elle n’y connaissait rien et prit du vin blanc, du chardonnay, car dans les séries américaines tout le monde buvait « un verre de chardonnay ». Pas sûr que les filles se contenteraient d’un verre ce soir, mais ça ne devait pas être mal… Et le rosé, c’était pour les barbecues !

Elle se dirigea vers les caisses d’un pas décidé. Tellement décidé qu’elle rentra dans un Caddie.

— Oh ! pardon, excusez-moi.

Un grand brun se retourna.

— Je vous en prie, il n’y a pas de mal.

Elena se rendit compte que le Caddie dans lequel elle était rentrée n’était pas « en plein milieu » comme elle l’avait injustement pensé quelques instants plus tôt, mais que la file d’attente allait bien jusqu’au milieu du rayon… Elle prit place derrière sa victime qui lui sourit. Elle soupira : « Je ne suis pas rentrée… » Son téléphone portable sonna. Elle fouilla dans son sac, le maudit d’être si grand et désordonné. Tout le monde se retourna, car évidemment tout le monde avait entendu sa sonnerie de téléphone La Reine des neiges. C’était sa nièce de dix ans qui lui avait mis ça sur son téléphone et, bien sûr, Elena ne savait pas comment en changer. Le grand brun de devant se retourna en souriant.

— Allô ?

— Salut ma poule ! T’es où ?

— Ah Clacla, figure-toi que je suis à la caisse du supermarché et on dirait que toute la ville a eu l’idée de venir faire les courses en même temps que moi !

— Moi aussi, je suis dans les bouchons, mais sur le périph’ ! Pour changer… Les filles arrivent à quelle heure ?

— Vers 19 heures. J’espère que je serais passée en caisse à cette heure-là… J’ai trop de trucs à te raconter !

— Vas-y, j’ai le temps, je suis bloquée.

— Ce n’est pas trop discret de raconter sa vie à la caisse du supermarché ! Devine ! fit Elena plus bas.

— Thomas t’a invitée à dîner ?

— Non.

— T’as couché avec Thomas ?

— Non, pas encore.

— Oh, allez Néna ! Crache ta Valda ! s’impatienta Clarissa.

— Je… Salon… Prochaine… Samira…Thomas… chuchota Elena.

— Euh, là, t’as le forfait voyelles, je comprends rien du tout…

— Je te raconterai tout à l’heure ! T’en as encore pour combien de temps ?

— Le temps de sortir mon gogo gadget hélicoptère et je suis sur ton toit dans cinq minutes.

— Très drôle…

— Je pense, enfin j’espère, être là dans vingt minutes. Bisous ma bichette.

— Bisous.

Elle rangea son téléphone dans son sac et soupira en regardant la file qui n’avait pratiquement pas avancé.

— Je pense qu’on doit être dans la file qui avance le moins, dit l’inconnu avec perspicacité.

— J’y suis toujours ! Je suis très mauvaise en choix de file d’attente !

— C’est vous qui portez la poisse alors ? Je le saurai pour la prochaine fois !

L’inconnu rit de sa plaisanterie. « Merci, c’est sympa, pensa Elena. Première fois qu’on me dit que je suis un chat noir… » L’inconnu mettait ses courses sur le tapis. Apparemment, il était célibataire. Et une soirée entre potes s’annonçait. Bières, chips, pizzas, M&M’s… Elena regarda son propre Caddie et se félicita de tous les fruits et légumes qu’il y avait dedans ! Elle commença fièrement à mettre ses courses sur le tapis. Elle mit soigneusement les bouteilles de vin et les tablettes de chocolat derrière les fruits et légumes. Lorsque la caissière fit avancer le tapis pour encaisser l’inconnu, les bouteilles de vin soigneusement cachées tombèrent sur le tapis dans un bruit de gling-gling épouvantable… Elena les rattrapa avant qu’elles ne tombent par terre. Pour la discrétion, on repassera…

— Faut coucher vos bouteilles, madame, ce n’est pas stable, aboya la caissière.

Oui, bah ok ! Mince, tout le monde la regardait ! L’inconnu récupéra sa carte en souriant, lui fit un signe de tête et se dirigea vers le parking.

10

Elena remit ses sacs dans le Caddie pour aller jusqu’au parking. Elle aurait aimé ranger le Caddie et porter ses sacs jusqu’à la voiture pour aller plus vite, mais c’était trop lourd. La faute à ces vilaines bouteilles de vin blanc pas discrètes du tout ! Espérons au moins que le vin sera bon. Elle tenait son Caddie d’une main en cherchant ses clefs de voiture de l’autre. Elle tâtonna dans les profondeurs abyssales de son sac à main. « La prochaine fois, je prends un tout petit sac ! » Le parking était un peu en pente, le Caddie commença à prendre un peu de vitesse en se déportant sur la gauche.

— Oh non ! Mince !

Sa deuxième main était coincée. Elle avait enfin trouvé ses clefs de voiture, mais elle n’arrivait pas à les sortir. Elle était prise dans un affreux dilemme : soit elle sortait la main pour récupérer le Caddie avant qu’il n’emboutisse une voiture, mais elle repartait à la recherche de ses clefs de voitures dans son sac ; soit elle tenait fermement ses clefs de voiture en essayant de remettre d’aplomb le Caddie de la main gauche. Elle prit cette option. Ce n’était pas la bonne. Le Caddie se dirigeait vers une belle BMW, les chaussures d’Elena glissaient sur le sol humide. Elena ferma les yeux. Puis, d’un coup, le Caddie stoppa. Elle ouvrit les yeux. Le grand brun, l’homme de la file d’attente, se tenait là, les mains fermement posées sur son Caddie.

— Euh, merci, dit Elena, penaude.

— Vous avez perdu une main ?

Qu’est-ce qu’il était drôle celui-là…

— Après avoir embouti mon Caddie, vous vouliez rentrer dans ma voiture ? Il souriait.

— Pardon… Je ne savais pas que c’était votre voiture… Désolée…

— Je vais vous accompagner jusqu’à votre voiture, ce sera plus sûr.

— Non merci, ça ira, je suis juste à côté.

Effectivement, la petite Golf d’Elena était stationnée juste à côté. Il lâcha le Caddie.

— Bon… eh bien, faites attention à vous, lui dit le charmant inconnu.

Elena lui fit un demi-sourire qui aurait pu ressembler à une grimace. « La barbe ! Faut toujours que je passe pour une gourde ! » Elle ouvrit sa portière pour poser son sac à main. Bing ! Dans la portière de la BMW de son voisin.

— Je vais finir par croire que vous le faites exprès ! Vous m’en voulez personnellement ?

— Non ! Pardon je suis vraiment désolée. D’habitude, je ne suis pas si maladroite !

C’était totalement faux ! Elena avait toujours été plutôt gauche. Heureusement, la voiture n’avait rien.

— Faites attention à vous. Et au plaisir de vous recroiser dans les rayons légumes ou vins blancs du supermarché.