Opération : Soleil de Jade - Jean-Marc Bourdet - E-Book

Opération : Soleil de Jade E-Book

Jean-Marc Bourdet

0,0

Beschreibung

Le golfe de Guinée est une zone d'insécurité permanente, bordée de pays aux villes immenses, politiquement instables et où la misère la plus totale côtoie la richesse la plus ostentatoire.
Un petit pays résiste à cette ambiance : São-Tomé et Príncipe, deux îles minuscules plantées dans l'océan. Leur douceur de vivre est menacée par les pirates, trafiquants d'armes, de drogue... et la pêche illégale réalisée dans leurs eaux par des flottilles de chalutiers chinois.
Quand un groupe armé terroriste tente de s'implanter dans ces îles, le gouvernement de São-Tomé demande l'aide de la France, dont la Marine est présente en permanence dans le golfe.
Les fusiliers marins, forces spéciales et services secrets français vont devoir engager le combat pour sauvegarder le "Leve-leve" : cet art de vivre bon enfant de Príncipe, menacé par une violence étrangère.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Jean-Marc Bourdet, écrivain et marin, est un multirécidiviste du roman d’aventure. Avec ce dixième opus, mettant en scène deux mondes aussi opposés que l’île de Príncipe face à l’ogre du terrorisme, il nous livre une vision amoureuse de la paix, tout en montrant avec sensibilité le don de soi des hommes que la France engage dans les opérations extérieures…

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 300

Veröffentlichungsjahr: 2020

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Jean-Marc BOURDET

OpérationSoleil de Jade

Roman

Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-490522-79-8ISBN Numérique : 978-2-490522-80-4Dépôt légal : Février 2020

© Libre2Lire, 2020

Photo de couverture :©Simon Ghesquiere/Marine Nationale/Défense

À la demande de l'auteur, les droits afférents à ce livre seront intégralement versés à l'Association "Entraide Marine-ADOSM"soutient des familles endeuillées et apportant assistance aux marins blessés.

entraidemarine.org

Ce roman est dédié aux premiers maîtres Alain Bertoncello et Cédric de Pierrepontdu commando Hubert ; morts au combat dans la nuit du 9 au 10 mai 2019

lors de la libération d’otages au Burkina Faso

*******

Merci

au vice-amiral d’escadre Isnard ;

au contre-amiral Provost-Fleury ;

au capitaine de vaisseau Dumoulin et à son équipe ;

au capitaine de vaisseau Sébastien, à son état-major et à son équipage ;

au capitaine de corvette Kempf ;

au lieutenant de vaisseau Méline ;

au major Estevada ;

au SACN Romelot ;

à l’aspirant® Canin.

Préface

Cette fois-ci, l’aventure écrite par Jean-Marc BOURDET pour vous distraire et vous faire rêver a pour décor une très belle région d’Afrique de l’Ouest, le Golfe de Guinée. Les paysages y sont magnifiques et la population accueillante.

Cependant, elle est victime d’un mal endémique : la piraterie. Le Bureau Maritime International estime que 2018 a connu plus de deux cents attaques de ce genre, des tankers comme des remorqueurs ou des embarcations de pêcheurs qui ont subi des coups de feu ou ont été le plus souvent kidnappés contre le paiement d’une rançon. La pêche illégale vient compléter ce tableau d’une triste prédation que les États riverains tentent d’endiguer en coordonnant leurs actions et en se dotant des moyens d’exercer leur légitime souveraineté.

Depuis 1990, la Marine française apporte son aide à travers la mission « Corymbe » afin d’assurer une présence permanente et de conduire des actions de coopération avec les marines riveraines, de soutenir les forces françaises déployées en République de Côte d’Ivoire et au Sénégal, et d’être prête à tout instant à porter assistance à nos ressortissants séjournant dans cette région.

Les forces spéciales jouent là aussi un rôle important. Présentes en nombre dans plusieurs pays de la région, elles sont déployées pour une grande partie d’entre elles au Sahel pour lutter contre les groupes terroristes sévissant en Afrique de l’Ouest. C’est lors d’une opération de libération d’otages au Burkina Faso, le 10 mai 2019, que deux membres du prestigieux Commando Hubert, les premiers maîtres Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, sont décédés au combat.

Je remercie enfin Jean-Marc BOURDET pour sa générosité car ses droits d’auteur, issus de la vente de ce roman, seront reversés à des associations caritatives de soutien aux familles de nos soldats ayant œuvré au succès des armes de la France, parfois jusqu’au sacrifice de leur vie.

Vice-amiral d’escadre Laurent ISNARD

Pêcheurs en eaux noires

Amado observait en fumant le sillage du Soleil de Jade, son bateau, traînant une fine ligne bardée d’hameçons, promesse de la bonne ou mauvaise pêche du jour. Que serait-elle ? Chaque marée dévoilait l’agonie de ces eaux sombres sous un ciel gris chargé de pluie. Là-bas, à l’horizon, des chalutiers pourris armés par les Chinois ratissaient les fonds, dérobaient les poissons avec la certitude de ne pas être inquiétés face à son pays dont la marine militaire n’existait pas. Parfois, « Sea Shepherd », une organisation internationale soucieuse de sauvegarder les ressources halieutiques du golfe de Guinée, embarquait des militaires santoméens et chacun de leurs contrôles démontrait le pillage systématique des ressources marines au profit d’un pays lointain insatiable, sûr de sa force et imposant sa loi.

Dans la fumée de sa cigarette, Amado voyait l’avenir de la planète se consumer. Il distingua, au milieu des Chinois, un gros navire différent autour duquel les petits chalutiers se serraient. Il ne s’agissait pas de leur bateau-usine, celui-là il le connaissait bien. Que faisaient-ils donc ? Il allait prendre ses jumelles lorsqu’il se ravisa. Qu’importait ces braconniers contre lesquels il ne pouvait rien. L’essentiel de la vie c’était de cultiver son bonheur quotidien et sa propre pêche, même modeste, le lui assurait.

Il regarda Pedro, son ami et matelot, qui arrosait d’eau de mer les paniers tressés attendant la remontée de la ligne sur le pont du navire. Durant la route de retour, il préparerait le poisson et rejetterait à la mer les viscères dans les cris stridents des mouettes qui les envelopperaient tel un essaim plus bruyant que les femmes et les enfants piaillant lors du marché de Santo Antonio.

Le chronomètre de l’abri indiquait 13 heures et ils n’auraient pas trop de temps pour rentrer au port avant le soir. Amado plongea le bout incandescent de sa cigarette dans la mer et jeta le mégot dans la boite de conserve qui lui servait de cendrier. Pour lui, il ne pouvait être question de polluer l’océan, propriété de Neptune, vieux compagnon des marins, dieu irascible du seul livre qu’Amado relisait sans cesse : « L’Odyssée » écrite par un certain Homère, poète aveugle chantant le retour d’Ulysse dans sa terre natale, un Grec des temps jadis rentrant d’une longue guerre ô combien inutile pour un motif ô combien futile. Les deux gros volumes reliés de cuir lui avaient été offerts par Santos, son grand-père, à la fin de sa scolarité. Car Amado aimait réciter des poèmes et jouer la comédie au sein de la petite troupe de son village. Alors le médecin, bientôt centenaire, n’avait pas hésité à se séparer de cette vieille édition, à présent le grand trésor d’Amado, pour que le jeune homme puisse rêver avec Zinga, son épouse, dont les chants très doux contrastaient avec les voix éraillées des femmes lors des soirées traditionnelles. Les îles de São Tomé et Príncipe cultivaient des musiques aux rythmes issus du continent, de cet Angola terre-mère dont les tambours des chants guerriers résonnaient toujours dans les cœurs lors des innombrables fêtes de la saison sèche : la Gravana. Pour l’heure, Zinga égayait le bord en récitant des vers.

Amado fit signe à Pedro que le moment était venu de remonter la pêche dont le petit bénéfice suffisait à faire vivre sa famille et son matelot. Et puis, dans quelques jours ce serait l’anniversaire de Bola, leur fils de six ans qui dormait à la proue du navire, bercé par la houle de l’Atlantique. Amado s’estimait chanceux de pouvoir vivre de la pêche grâce au bateau offert par les Portugais, anciens colonisateurs et pourvoyeurs d’esclaves des siècles passés. Le pavillon de São Tomé flottait à la poupe de son navire, renforçant son caractère d’îlien opiniâtre et combatif d’une touche de fierté, celle d’être maître de son destin depuis que ses ancêtres s’étaient affranchis de leur statut de sous-hommes. Amado rectifia le port de son bonnet de laine rouge qui retenait ses longues boucles de cheveux châtains et rejoignit Pedro afin de récupérer les poissons frétillants et de les jeter dans les paniers. Les deux hommes en sueur semblaient deux pièces adverses d’un échiquier tant leurs aspects différaient ; autant Pedro, un Angolare aux traits marqués, aux yeux sombres et à la musculature épaisse, était trapu et noir comme l’ébène, autant Amado offrait aux regards un corps fin aux muscles étirés et à la peau dorée. Santos affirmait qu’il ne pouvait-être que le descendant d’un Berbère de Chinguetti1 recopiant sur des peaux de gazelles, dans la lumière du désert, les manuscrits qui faisaient la notoriété de ses dix bibliothèques. Il pouvait aussi venir d’un de ces navigateurs chevronnés ayant guidé les caravelles portugaises au large des côtes d’Afrique, lisant les routes dans le vol des oiseaux, la position des étoiles, la couleur des eaux, les poissons pêchés au lever du jour, les odeurs de terre apportées par l’alizé…

Zinga leur servit des gobelets de vin de palme qu’ils avalèrent d’un trait, avant de jouer habilement du cavaquinho2 et de chanter de sa belle voix haute et chaleureuse :

Deus quer, o homem sonha, a obra nasce.

Deus quis que a terra fosse toda uma,

Que o mar unisse, já não separasse.

Sagrou-te, e foste desvendando a espuma3…

Le vent venait du sud-ouest, apportant son lot de pluie en des nuages aussi gonflés les outres des navires d’Ulysse. Les grains se succédaient, venant buter sur les sommets abrupts de Príncipe. Le versant sud de l’île restait ainsi fort humide et sa jungle épaisse en rendait l’accès difficile. Peu de colons s’étaient aventurés jadis sous les baobabs et les palmiers gigantesques gorgés d’eau. Les maladies tropicales avaient eu raison de toutes les tentatives de colonisation de cette zone dangereuse et en interdisaient l’accès ; ainsi, les murs de la dernière roça4 oubliée près du fleuve se couvraient-ils de mousse verte et se crevaient-ils de racines tortueuses dont la force les faisait disparaître inexorablement de la surface de la Terre. Amado la connaissait pour s’y être aventuré durant son adolescence, alors qu’il était initié aux mystères des origines de son peuple.

Sur son travers tribord, il distingua mieux le gros navire. Les parages des îles Tinhosas, devenues des sanctuaires protégés, restaient vierges et la haute silhouette d’un pétrolier toujours entouré des petits chalutiers ne manquait pas d’être insolite aux abords de ces hauts fonds aux rochers tranchants comme des rasoirs. Il fut surpris de voir venir à lui un gros canot noir. En saisissant ses jumelles, il remarqua que le tanker ravitaillait deux des chalutiers rouillés comme les vieilles carcasses des voitures achevant leurs vies derrière le potager de son frère. L’idée de faire comme ces pêcheurs étrangers et de se ravitailler aussi à bon compte l’effleura. Le trafic de carburant sévissait sans impunité dans le golfe dont les fonds regorgeaient de pétrole. La manne de cet « or noir » restait cependant l’apanage de quelques privilégiés de pays gangrénés par des mafias locales et, raffiné ou non, disparaissait vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique…

Zinga chantait à présent « Socope »5, un poème de Maria Manuela Margarido6. Sa voix montait vers le ciel et réveillait les mains de Bola qui rythmait la chanson tout en reprenant avec bonheur les paroles disant l’amour de la liberté :

Les vertes longueurs de mon île

sont à présent l’ombre de l’oca

brouillard de la vie.

Sur les dos courbés sous le poids

J’entends les pas rythmés

bien comptés du socopé,

les pieds-racines-de-la-terre

tandis que les voix en chœur

persistent dans leur plainte

Se traînant, monotone

jusqu’à l’explosion

dans cette quête éperdue de liberté.

Amado aimait ce poème qui évoquait la libération du poids des chaînes d’un esclavage disparu. Il allait reprendre le chant lorsque le premier coup de feu toucha Pedro dont la tête éclata comme une noix de coco, éclaboussant Zinga de cervelle et de sang avant qu’elle ne s’écroule à son tour. Bola, intrigué, se releva mal à propos et fut touché au cou et au ventre. Amado resta hébété, incapable de comprendre ce qui se passait, regardant avec effroi sa famille anéantie, son équipier disparu. Le désastre s’avérait total et il ne réagit que par un long cri déchirant, inhumain. Lorsqu’il sentit le choc des balles, l’une dans sa poitrine dénudée, la seconde lui arrachant une partie du cuir chevelu et faisant exploser son oreille gauche, Amado jura et tendit son poing en direction de l’embarcation rapide des assaillants. Le visage inquiet de Yoli, sa fille de 4 ans restée à la garde de Madalena, lui apparut dans l’ultime effort qu’il fit pour se raccrocher à la vie… et la nuit se fit en lui, brutale, douloureusement brutale…

Mission Corymbe 143

Depuis la passerelle du Mistral, Matthieu observait l’Alouette III encore immobile sur le pont d’envol. Les pilotes faisaient le tour de leur machine, inspectant soigneusement chaque élément vital de l’appareil dont le moindre défaut pouvait signifier la mort. L’océan étendait mollement sa longue houle en un balancement régulier, perceptible quoique sans conséquence pour la mission de l’hélicoptère.

Matthieu se souvenait de la fierté de son père, pilote de la flottille 35F à Lanvéoc, embarquant tous les deux ans pour une campagne d’application à bord de la Jeanne ; la fierté des marins descendant la coupée après un accueil triomphal à Brest, et la sienne lorsqu’il visitait dans les bras de son père ce porte-hélicoptères mythique attendu avec impatience dans les ports du monde où chaque escale avait alors un parfum d’aventure. Tout jeune, Matthieu guettait le passage de Pascal, le facteur aussi excentrique que celui de « Jour de fête »7, virevoltant aussi magistralement que les goélands lorsqu’il embouquait la passe de la ruelle conduisant à la seule vieille maison d’un quartier laminé par les bombes de la seconde guerre mondiale et reconstruit sans humanité. Pascal, syndicaliste bon enfant, pourtant de toutes les grèves et ennemi juré des bourgeois de province, chantant la « Carmagnole » avec son accent pointu de Provençal exilé dans une Bretagne dont il vantait sans vergogne les mérites lorsqu’il retrouvait son village perché au milieu des oliviers. Le messager acceptait alors la tasse de café offerte par sa mère, racontait sa vie d’enfant aventurier des collines d’Aubagne tout en lui remettant solennellement, et en mains propres, les cartes postales multicolores qui tapissaient la porte du placard de sa chambre. Les timbres racontaient à leur tour des histoires de ports inconnus : Dakar, Abidjan, Libreville, Le Cap, Rio, Valparaiso, Tahiti, Köbe, Singapour, Djibouti… Chaque image portait des rêves en bandoulière ; des rêves de conquérants du Nouveau Monde affrontant les tempêtes de mers inconnues, cherchant à tâtons les passages vers les Indes ; des rêves d’enfant puis de jeune homme, amplifiés par la grâce des plumes d’écrivains navigateurs et explorateurs : ces Conrad, Kessel, Monfreid, London…

Le rotor de l’appareil tournait à présent, répondant aux ordres du chien jaune, maître de cérémonie des décollages et appontages. Les gestes du marin s’avéraient aussi précis que gracieux. La chorégraphie de signaux énigmatiques suppléait à la parole, impossible dans le vacarme de la turbine. L’appareil dansa un instant à quelques centimètres au-dessus du pont avant de s’élever tel un oiseau et d’éviter8 par bâbord en une belle courbe. Matthieu appréciait la danse et fredonna la valse de « Gisèle 9», un ballet admiré à l’opéra de Toulon lors de ses quarante ans…

Être le pacha du Mistral sonnait néanmoins la fin de sa vie en mer, troisième et dernier commandement avant de retrouver la terre et de devenir le mari, le père et bientôt le grand-père présent à chaque grande étape de la vie de famille. Doublerait-il habilement ce cap ? La mer était une amante exigeante, quasi exclusive, double vie des marins embarqués, appelant de ses chants de sirène et accaparant les pensées de ceux dont le sang avait été salé au fil des décennies.

L’ordonnancement des actes du chef de quart lui rappelait son début de carrière lorsque le pacha, trônant dans son fauteuil, lançait parfois des regards réprobateurs, interrogateurs ou lançait de petits commentaires sarcastiques, voire des conseils qu’il ne fallait pas manquer de suivre à la lettre.

Xavier, son pacha du De Grasse, était une statue de marbre que personne n’osait regarder et sa passerelle avait des airs de temple antique. L’équipe de quart pratiquait un rituel savamment orchestré destiné à plaire à ce saint homme au regard fixé sur le phare de la Vieille. Matthieu sortait à peine de sa campagne d’application à bord de la Jeanne. La mer était forte ; l’exercice de remorquage prévu eût été trop dangereux pour les manœuvriers. L’aviso qui les suivait était branlé à marcher sur les cloisons et pourtant le commandant ne renonça pas au passage du Raz de Sein. Devenu un officier supérieur expérimenté et à son tour oracle du Seigneur, Matthieu se souvenait de sa frayeur lorsque, chef de quart novice, il dut donner ses ordres de barre pour le passage mythique de ce chaudron du Diable où les courants atteignaient plus de 8 nœuds. La lourde frégate dansait un ballet violent comme extrait du « Corsaire 10» et, malgré le froid qui régnait à bord, renforcé par le courant d’air créé par les portes ouvertes des ailerons, le jeune homme suait à grosses gouttes. Les navigateurs proposaient deux routes et il hésitait tout en jetant discrètement un œil sur l’oracle et en priant pour qu’il dise une parole… Sa prière fut exaucée ; l’oracle perdit son aspect pétrifié et sortit de sa léthargie : « Je serais vous, je prendrais la route ouest… » Et ce furent les seules paroles que Dieu lui souffla, dans son infinie bonté. Matthieu n’aurait pu s’y tromper et officia pour le plus grand plaisir de ce pacha taciturne et habituellement aussi fermé qu’une huître sauvage. Le soir même, délivré de son fardeau et fier comme un cadet de Gascogne, il avait été invité à la table de cet officier à l’humour noir et au verbe haut, descendant d’un corsaire malouin et commandant d’un vaisseau de la Royale comme tous ses ancêtres l’avaient été. Le bâtiment blanchissait la sortie du goulet de Brest jusqu’à la dilution d’un SNLE11 dans la « mer jolie », plongeant dans la plume et chavirant les cœurs des marins débutants.

Le De Grasse devait son nom au prestigieux chevalier de l’ordre de Malte, vainqueur de la bataille de Chesapeake qui donna l’indépendance à l’Amérique et le commandant d’une frégate portant ce nom se devait d’être à sa hauteur. Xavier s’en montrait digne, n’hésitant pas lorsqu’une soucoupe chargée de cacahuète vola dans les airs à se lever pour aboyer dans le téléphone : « Le commandant ! Mettez-nous le cul à la mer ! » Et de raccrocher sans attendre de réponse avant que le navire ne vire de bord, donnant une dernière chance aux cacahuètes d’échapper aux morsures des hommes en roulant sur le tapis du carré… Puis ce fut le calme d’une route surfant sur la vague et d’un repas durant lequel l’atmosphère fut de joyeuses ripailles. La statue qui trônait en passerelle s’avérait alors un bon vivant et ses qualités de marin s’exprimaient aussi puissamment qu’un Cyrano de Bergerac s’offrant une tirade des nez…

La voix grave du pilote de l’hélicoptère chassa ses souvenirs : « Mistral de Victor III – fusée de détresse à une heure ; distance approximative 2 nautiques, mais la visibilité est réduite et je ne vois rien pour le moment – je me dirige vers le point d’alerte. » Venant du CO12, la voix de Gabriel, le COMOPS13, précisa : « L’Alouette en azimut 30 à 32 nautiques, altitude 1200 pieds et fait cap au 220. »

Le chef de quart le regarda, attendant ses ordres. Matthieu se leva, regarda la route qu’ils suivaient et la carte sur laquelle le timonier pointait la position du pêcheur avant de glisser malicieusement, en prenant le même ton que son ancien pacha :

— Je serais vous, je ferais immédiatement route au 166 en montant ma vitesse à 16 nœuds.
— Bien, commandant !
— À droite 10. Venir au 166.

Le barreur confirma l’ordre et le navire vira lentement de bord. Lorsque le cap fut au 166 et la barre à 0, le jeune chef de quart donna l’ordre de monter en puissance. Matthieu approuva du regard et prit le micro de la diffusion générale :

— Le commandant ! Nous avons une détresse à 32 nautiques et nous faisons route vers le contact. Notre Alouette ne devrait pas tarder à nous donner des informations et je demande au toubib de monter me retrouver en passerelle.

« Du CO : Aucun navire en AIS14 dans le secteur et je n’ai encore rien au radar. Il doit s’agir d’un petit bateau en résine ou en bois, peut-être un plaisancier ou un pêcheur. Rien non plus sur les ondes : pas de SOS et rien en phonie. J’ai questionné São Tomé et aucun secours possible à en attendre. Nous sommes les seuls à pouvoir agir. »

Aucun May Day !? Alors il pouvait s’agir d’un naufragé. Bien que la mer fût calme et la température de l’eau voisine de 25°, il ne fallait pas traîner à porter secours à un navigateur en détresse. Son poste téléphonique sonna : Christophe, le toubib, terminait une consultation et serait là dans une poignée de minutes. Le point de détresse se trouvait à deux heures de route et le temps semblait trop long. Le ciel et la mer se confondaient, aussi blancs l’un que l’autre. La météo avait annoncé un train de dépressions. Il jeta un coup d’œil à son écran. La route était bonne et le Mistral fendait les creux de deux mètres sans trop de mouvement. Il se leva et observa le ciel. La nouvelle dépression ne se hâtait pas et permettrait d’atteindre le navire en détresse sans difficulté.

Le toubib venait d’entrer discrètement dans la passerelle, semblant flotter dans sa TPB15, plus sec que Matthieu, amoureux de Djibouti où il résidait entre deux missions et qui lui valait cette minceur propre aux habitants de la corne de l’Afrique. Il se dirigea droit sur Matthieu qui ne perdit pas de temps en palabres et commenta :

— Tu as dû entendre au général : l’hélico a repéré une fusée de détresse et pour le moment nous ne savons rien de ce qui se passe. Il est possible qu’il ne s’agisse que d’une avarie à bord d’un navire non équipé de VHF, ce qui s’avère courant dans le secteur.
— Ce n’est pas logique, commandant, un marin qui possède des fusées de détresse est probablement en possession d’une radio.
— À moins qu’il ne s’agisse d’un naufragé. Nous n’allons pas tarder à le savoir.
— Nous sommes le seul hôpital digne de ce nom à moins de 160 nautiques et s’il y a un blessé, chaque minute compte. J’ai demandé à mes infirmiers de rejoindre l’hôpital où Amandine fait préparer la salle de soins ainsi que le scanner, à toutes fins utiles.

Les observations de l’équipage de l’Alouette confirmèrent qu’un drame venait d’avoir lieu : « Il s’agit d’une embarcation d’une dizaine de mètres, probablement un ligneur car il y a des paniers et quelques poissons sur le pont. Sa timonerie est en partie incendiée et il tient encore bien la mer. D’après nos premières constatations, un homme est étendu près de son accès. Il nous a fait signe et est conscient bien que mal en point. Trois corps ensanglantés baignent dans le sang. Le bateau est visiblement criblé d’impacts de balles et se nomme Soleil de Jade ; il est immatriculé à São Tomé. »

Matthieu réfréna sa colère. C’est cependant d’une voix rageuse qu’il réagit.

— Bon sang ! Cette zone était pacifique et voilà que cette gangrène de piraterie gagne du terrain… Christophe, je crois que tu vas avoir du boulot… Chef de quart ! nous passons au stade « alerte piraterie ».

Le toubib n’exprimait jamais ses sentiments de manière ostentatoire. Il eut tout de même une légère crispation de la mâchoire qui trahit sa tension. Il commenta d’un ton neutre.

— Dès que nous aurons réalisé les premiers soins, nous devrons sans doute évacuer le ou les blessés vers Libreville.
— Ta réputation de chirurgien de l’impossible serait-elle surfaite ? Douterais-tu de ton talent ?
— Pas le moins du monde. Je n’opère cependant qu’en cas de nécessité absolue. Un corps est une mécanique dont le créateur n’a pas donné toutes les clés. Je vais me connecter avec le Val-de-Grâce. Ils me guideront si une opération délicate doit-être effectuée.
— Toujours prudent, Christophe. En attendant, nous devons les récupérer à bord et tu feras tes petits miracles pendant que l’Alouette sera ravitaillée.

Le toubib décrocha le téléphone et entra en communication avec l’infirmière-chef :

— Amandine, tu vas être treuillée à bord d’un ligneur piraté afin de consolider les blessures de ceux qui sont encore vivants. Tu peux rejoindre immédiatement la salle de briefing Avia16. Je vais descendre et m’occuper de la préparation de la salle d’opération.

Lorsque le jeune chef de quart eut appelé aux postes de combat, rameuté les équipes du pont d’envol et les aéros17, sa voix trahissait le désir d’en découdre. Le garçon rappelait à Matthieu sa fougue d’enseigne de vaisseau. Loin de démobiliser l’équipage, les deux jours d’escale à Lomé avaient ravivé sa motivation. Tous rapportaient leurs gris-gris achetés au marché des féticheurs. Le sens de l’engagement n’excluait pas ces périodes de pause salutaire. Matthieu le mesurait pleinement en observant attentivement l’activité de la passerelle. Les mugs furent décrochés et l’odeur du café, remonté comme par enchantement des cuisines, acheva de réveiller les derniers neurones assoupis.

Les yeux du jeune quartier-maître concentré sur la barre brillaient et tout son visage souriait. Il y a parfois des moments tragiques qui soufflent la magie et Olivier, le second, surgit dans la passerelle. Lui aussi avait rechargé ses batteries et le navire alangui retrouvait son énergie.

— J’ai entendu que nous passions en alerte piraterie. Quelles sont les dernières nouvelles de l’Alouette ?
— Un ligneur criblé de balles ; des corps couchés sur le pont et un blessé conscient.

Cécile de Milly

Damien, l’ambassadeur de France au Gabon, était un homme d’une soixantaine d’années, au crâne légèrement dégarni et aux yeux vert très vif, bien qu’en partie cachés par des lunettes teintées cerclées de noir. Avec ses cheveux blancs, longs et ondulés, il personnifiait l’universitaire parisien riche de connaissances livresques, spécialiste en science politique, cultivé et d’aspect austère. Cependant, et contrairement aux apparences, Damien s’avérait un homme sensible et la perte de son attaché militaire l’avait ébranlé. Le vieil officier avait été retrouvé presque mort dans la jungle de la partie sud-ouest de l’île de Príncipe. Depuis, rapatrié en France dans un état critique, Robert n’avait pas repris connaissance et se mourait.

L’ambassadeur s’appuyait sur lui et perdre un tel pilier lui donnait le vertige. Le vivier contenait peu de militaires autant au fait des arcanes de la vie africaine, des rythmes indolents écrasés par la moiteur équatoriale, ainsi que des palabres éternelles et des attentes interminables. Former un novice pourrait demander beaucoup de temps et engendrer des erreurs majeures dans la communication avec des pays meurtris par un colonialisme violent et un néocolonialisme sournois qu’ils n’avaient pas encore totalement oublié.

L’officier envoyé par Paris possédait un solide dossier sans pour autant maîtriser la diplomatie. Son cursus linguistique le surprenait néanmoins par sa richesse : le lieutenant de vaisseau parlait l’anglais, le russe, l’italien, l’espagnol et le portugais. Il était tout de même perplexe face à ce que ses missions précédentes révélaient des capacités opérationnelles de Cécile de Milly ; saurait-elle se tenir à la bonne distance, assister, conseiller et ne pas plonger tête baissée dans l’action ?

Face à lui, la jeune femme blonde au visage énergique et au regard droit ne bronchait pas. Impeccable dans son uniforme blanc, elle se concentrait visiblement sur sa prise de notes et Damien prenait plaisir à raconter : « São Tomé et Príncipe est un pays lointain dont les îles restent à l’écart de l’agitation des pays du continent noir. Son président : Evaristo Carvalho est un homme d’expérience qui se rapproche de la France par pragmatisme puisque la majorité des pays qui bordent le golfe est francophone. Après des années de dictature, la vie y semble paisible bien que les récentes découvertes pétrolières aient entraîné un début de criminalité. » La jeune officier plongea son regard dans le sien et intervint :

— Le golfe de Guinée ne me semble pas si calme que ça. D’après le dossier de la DRM18, les actes de piraterie, de pêche illégale, de surpêche et de trafics en tous genres sont en nette progression.
— C’est exact pour les parages du Nigéria, capitaine, cependant je persiste et signe : les îles chocolat19 restent des parenthèses de rêve ; un mélange de passé colonial et d’un soupçon de modernisme tenant compte du patrimoine culturel de toutes les ethnies présentes aux côtés des occidentaux. Cette richesse humaine se compose principalement d’Angolares, de Bubis, de Fang, de Cap-Verdiens et de métis ; leur langue consensuelle, le créole, mêle une bonne part de portugais avec des idiomes riches de couleurs, de sons et d’images.
— N’est-ce pas aussi dans cette région que les Portugais ont commencé le commerce des esclaves ?
— Entre autres. São Tomé et le Cap Vert leur servaient de plaque tournante pour la traite des noirs échangés par des potentats locaux contre des babioles et des armes déclassées. Les esclaves emplissaient ensuite les cales des navires en route vers l’Amérique du Sud.
— L’Amérique du Sud ?
— Lors des conquêtes espagnoles et portugaises, les conquistadores semèrent la mort par l’épée avant de propager des maladies inconnues comme la syphilis, qui a décimé les Indiens. Mettre en valeur le Nouveau Monde nécessitait de trouver une main d’œuvre robuste habituée à un climat proche de celui qui règne ici.
— Et comment leurs… descendants, voient-ils ce passé ?
— Cela dépend de la manière dont la décolonisation s’est opérée et de la repentance de ceux qui se sont enrichis par ce commerce barbare.
— Faut-il pour autant abuser de la repentance ? Les générations actuelles ne sont pas responsables des actes auxquels elles n’ont pas participé.
— C’est vrai et, à part quelques extrémistes, ce passé est trop lointain pour qu’il ravive les tensions avec d’anciennes puissances coloniales. Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, le gouvernement de São Tomé gère son pays avec prudence. Un brin d’amitié avec les Portugais par-ci, un brin avec les Français par là… et pas de désir de raviver les tensions après les années difficiles de dictature.
— Des richesses ?
— Très peu. Quelques vieilles plantations de cacao et de café, tombées la plupart dans l’oubli même si, depuis quelques années, de jeunes entrepreneurs régénèrent les domaines agricoles. Ses eaux recèleraient cependant une belle réserve de pétrole et cette information a éveillé l’attention des grandes compagnies pétrolières. Nos amis chinois semblent même s’y intéresser.
— Le fameux collier de perles de l’Empire du Milieu va-t-il s’enrichir d’une nouvelle base à São Tomé ?
— Pas dans l’immédiat… Les Chinois s’avèrent encore trop peu nombreux pour constituer une véritable menace tout en s’infiltrant dans le tissu économique des deux îles. Là où je peux vous rejoindre, c’est que partout où ils s’installent ils savent poser les jalons de ce que j’ose parfois appeler un futur pillage économique des pays qui les accueillent.
— Le commandant a déclaré dans son dernier rapport qu’il enquêtait sur la possibilité d’implantation d’un groupe de clandestins, peut-être des migrants, sans plus de précision sur sa localisation.
— Il ne m’en a pas fait part et j’ignore ce qu’il a en tête. Lorsqu’il a été secouru par les employés du gouverneur de Príncipe, il délirait et tenait des propos incompréhensibles, vomissait souvent et son état était vraiment inquiétant. Le Val-de-Grâce a diagnostiqué un cancer généralisé et une leucémie galopante consécutifs à une exposition prolongée à une radioactivité puissante. Robert ne nous racontera jamais ce qu’il a découvert et le guide qui l’accompagnait a disparu sans laisser de trace.

La sonnerie du téléphone interrompit la conversation. Il décrocha et mit la main sur le micro.

— Excusez-moi, capitaine… Son regard, porté sur le numéro qui s’affichait, exprima la surprise. Son visage s’éclaira et c’est d’une voix enjouée qu’il répondit.
— Oui !... Bonjour, Jean-Yves… Comment ?... De la piraterie au sud-est de Príncipe, tu en es certain ?... Ce n’est pourtant pas une zone réputée dangereuse… Je me trouve justement en entretien avec elle… Sans doute… Un instant…

Damien fixa intensément Cécile tout en consultant sa boite mail, et son air bon enfant disparut lorsqu’il s’adressa à nouveau au ministre.

— Nos relations avec Evaristo sont excellentes et je comprends sa détresse car il n’a aucun moyen de s’y opposer… Transmets à l’Élysée que je m’en occupe… Bonne soirée à toi.

Lorsqu’il raccrocha, Damien resta un moment silencieux avant de reprendre d’une voix plus lasse, tout en tapant un message sur son clavier d’ordinateur : « Le ministre m’informe qu’un pêcheur a été attaqué par des pirates au sud-ouest de Príncipe. Le Mistral se trouve sur zone et vient de récupérer un blessé ainsi que trois morts par balles.

— Au sud-ouest de Príncipe ? Voilà qui devient intéressant. C’est comment la côte de ce côté-là ?
— Impénétrable. Des pics de lave solidifiés qui pointent comme des dents monstrueuses et crèvent une jungle que Robert se plait à explorer durant ses congés.
— Il est possible d’explorer la jungle toute proche alors pourquoi cette attirance ?
— Celle de Príncipe est moins dangereuse et il disait qu’il cherchait où passer sa retraite.
— Son dossier indique qu’il s’est porté volontaire pour Libreville il y a sept ans. Vous a-t-il dit pourquoi ?
— Non. Je sais comme vous qu’il a quitté son poste à Tunis un an après la révolution de la dignité dont il ne parlait jamais.
— Sa famille était d’origine tunisienne et la DRM a enquêté sur son implication possible dans le processus de cette révolution sans rien découvrir d’anormal.
— Employé modèle du quai d’Orsay… un goût immodéré du secret issu d’une carrière active à la DGSE20 interrompue officiellement en 2009, après quatre années passées au Kosovo. Se retrouver à Tunis quelques mois avant que le pays ne bascule dans la liberté brouillonne d’après Ben Ali exclut tout de même qu’il ait été envoyé là par hasard.
— Qu’est-ce qui l’attirait ou plutôt comment passait-il son temps en dehors de son travail à l’ambassade ?
— Je ne suis jamais allé chez lui. Il vivait seul, ne recevait jamais et menait une vie privée très discrète.
— J’ai pu voir des photos de son appartement prises par la police scientifique la semaine dernière. Cela ressemble à un musée archéologique.
— Cela m’a aussi frappé. Les experts ont analysé ses ordinateurs, fouillé de fond en comble son bureau et épluché tous ses documents sans rien remarquer d’anormal. Je me souviens cependant de cet attrait pour les petits objets anciens. Parfois il en ramenait de ses explorations de l’arrière-pays. Pour lui, l’Afrique recèle encore bien des zones d’ombre.
— Et en marge de ces mystères historiques, aurait-il mis les pieds dans une fourmilière plus contemporaine ?
— Vous êtes une femme d’action et vous concluez trop vite. Franchissez chaque étape en ménageant vos effets. Modérez-vous et laissez décanter les informations ; c’est indispensable en diplomatie et je suppose que prendre le temps de la réflexion ne peut que s’avérer payant lorsque vous vous retrouvez au cœur de l’action.
— Avant le combat sans aucun doute. Durant celui-ci, mon esprit laisse l’instinct prendre le dessus et ce sont mes réflexes qui me sauvent.
— Je vous avoue mon ignorance de la guerre et voici venir le temps des loups.
— Comme vous l’évoquiez tout à l’heure.
— Exactement !
— Une sonnerie discrète attira son attention.
— Ah, le mail d’Evaristo…

L’ambassadeur le lut rapidement, plissa le front et rédigea un rapide mémo qu’il transmit à Paris dans la foulée, avant de lancer l’imprimante.

— Je ne vais pas vous commenter les mails venant du ministre des Affaires étrangères et du président de São Tomé. Vous constaterez cependant que ce dernier nous demande d’intervenir, si nécessaire par la force et y compris dans ses eaux territoriales, pour mettre fin à toutes les activités illicites dont l’acte de piraterie n’est peut-être finalement que la petite partie émergée.
— C’est-à-dire ?
— En plus de l’acte de piraterie, le tanker qui assure régulièrement le ravitaillement des îles en combustible a disparu et son AIS21 est muet.
— Rien ne dit qu’il soit piraté. Il peut avoir essuyé une tempête et rencontrer des problèmes techniques. Nous avons un Falcon à Dakar et ses capacités vont-être mises en œuvre pour le retrouver. Le Mistral est aussi rompu à ce genre de situation.

Un autre mail s’afficha sur l’écran de Damien. Il le parcourut rapidement et sourit.

— Vous étiez missionnée pour enquêter sur ce qui est arrivé à Robert et l’état-major des armées m’informe que vous voici à présent en charge de renseigner le COS22 sur ces problèmes de piraterie. Quant au Mistral, il sort de la mission Corymbe afin de vous épauler. Le Ventôse prend le relais.
— M’épauler ? Je ne suis que lieutenant de vaisseau, Excellence.
— La fonction prime le grade, capitaine, et votre présence ici ne passe pas inaperçue, tant au Quai d’Orsay qu’au sein de l’Hexagone.
—