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Depuis la bataille d’Armura, l’étau des infâmes Oromores se resserre sur le pays de Mennelmär. La résistance essuient de terribles revers. Orfa, Aël et leurs amis doivent partir en quête de nouveaux alliés, et surtout percer le secret des pierres des chevaliers des Quatre-Vertus.
Face aux échecs et à la trahison, Orfan et Aël réussiront-ils à garder la foi ? Trouveront-il de l’aide auprès de mystérieuses créatures fantastiques, les Tétitacs et les Dômdus ? Car une grande bataille se prépare dans la plaine de Medaba…
À PROPOS DE L'AUTEURE
Autrice et éditrice jeunesse, Gaëlle Tertrais, mère de famille, a écrit une vingtaine d’ouvrages pour enfants aux éditions Mame et Emmanuel.
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Seitenzahl: 308
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Conception couverture : © Christophe Roger
Illustration couverture : © Dara
Illustration intérieure : © Marie-Alix de France
Composition : Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2022
89, bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-38433-010-2
Loi n° 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, modifiée par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011
Dépôt légal : 2e trimestre 2022
Dans le pays de Mennelmär occupé par les Oromores, des créatures bestiales et cruelles, Orfan Gamarà vit retiré du monde avec sa famille, dans le petit village de Sirbil. Mais son existence paisible prend fin lorsque des Oromores attaquent sa maison et enlèvent ses parents, Loïs et Amaya, et sa petite sœur, Thaïs. Orfan parvient à s’enfuir avec son jeune frère Goulven et leur vieux serviteur, Mat. Ils partent en bateau, à travers la mer des Courants, vers le pays de Brëanodor.
Au cours de la traversée, Mat révèle à Orfan le mystérieux passé de sa famille. Ses parents sont d’anciens chevaliers des Quatre-Vertus, un ordre que l’on croyait éteint depuis la défaite de Darmür, où presque tous les chevaliers périrent. Mat, qui est secrètement chevalier lui aussi, décide d’adouber Orfan la nuit même, sur le bateau. Il lui remet alors un mystérieux bracelet serti de quatre pierres précieuses.
En Brëanodor, Orfan et Goulven sont accueillis par la famille Mariental : Patrick, Anna et leurs enfants, le silencieux Aquila et la pétulante Aël. Goulven aime s’occuper des animaux de la ferme et retrouve son caractère rieur. Orfan se lie d’amitié avec Aël. Durant ces mois d’exil, il apprend à utiliser son bracelet en pratiquant les quatre vertus : prudence, force, justice et tempérance, chacune liée à une pierre du bracelet. À chaque fois qu’il pratique une vertu, la pierre correspondante s’illumine. Ce pouvoir lumineux des pierres guide Orfan et l’aide à mûrir pour devenir un vrai chevalier.
Ce fragile équilibre est à nouveau brisé par l’invasion surprise des Oromores en Brëanodor. Orfan est prêt à se battre, mais il reçoit un message de Mat qui lui demande de retourner en Mennelmär pour y aider la résistance. Alors que les Oromores mettent le feu à la ferme et emmènent Patrick et Anna, Orfan, Goulven et Aël réussissent à partir à cheval. Au cours de cette fuite épique, le bracelet d’Orfan manifeste une puissance surnaturelle qui le sauve des Oromores.
Commence une longue errance dans un pays ravagé pour retourner en Mennelmär. Hélas, celui qui devait les y conduire est mort dans l’attaque de son village. C’est un de ses amis, Benoïn, qui prend Orfan, Goulven et Aël sous son aile et promet de les conduire au port de Kerfissien où un réseau d’évasion leur fera traverser la mer des Courants. Parmi les rescapés de ce village, Orfan fait la connaissance de Wlad, un jeune garçon révolté par la mort de ses parents. Lorsque Orfan, Aël et Goulven partent avec Benoïn, Wlad les suit en cachette…
Guidés par Benoïn, les enfants entament la difficile traversée des montagnes de l’Est. Au cours d’une attaque d’un Oromore isolé, Wlad fait soudainement son apparition. Il neutralise l’Oromore et sauve la vie d’Orfan et de ses amis. Mais Benoïn est blessé par une flèche noire qui risque de lui coûter la vie. C’est alors qu’Aël se découvre un don prodigieux, celui de soigner les blessures : elle est enchanteresse ! L’arrivée de Wlad dans le groupe ne fait pas l’unanimité. Il aurait dû rester avec les rescapés de son village pour leur prêter main-forte. Aël est furieuse. Pourtant, Orfan décide de lui donner sa chance.
Benoïn, sauvé mais toujours blessé, ne peut plus conduire l’équipe. C’est Wlad qui sert de guide. Sa présence se révèle précieuse. Pour éviter une colonne d’Oromores, il fait passer le groupe par le volcan Kapurta. La route est périlleuse et, comble de malchance, les Oromores les poursuivent. En associant leurs vertus, Orfan, Aël, Goulven et Wlad parviennent à vaincre tous les obstacles. Le bracelet des Quatre-Vertus manifeste à nouveau sa puissance. Face au danger des Oromores, les quatre enfants unissent leurs mains. Les pierres du bracelet se mettent alors à briller si fort qu’elles produisent un écran de lumière qui les protège contre les flèches des Oromores.
Le groupe arrive enfin à Kerfissien où il trouve de l’aide pour se rendre en bateau à Dannedebär, en Mennelmär. Après une arrivée rocambolesque, les enfants atterrissent chez les Écuyers du Nord chez qui ils ont bientôt la joie de retrouver Mat. Ensemble, ils préparent l’attaque de la forteresse d’Armura où les parents et la sœur d’Orfan et Goulven sont retenus prisonniers.
Ils s’introduisent par ruse dans la forteresse et livrent une bataille héroïque contre les Oromores, puis parviennent à délivrer les parents d’Orfan et les autres prisonniers d’Armura, avec le secours des pierres du bracelet des Quatre-Vertus et les efforts de chacun. Les assaillants et les prisonniers libérés s’enfuient vers la forêt de Carnoën, poursuivis par les Oromores et leurs dangereux kragouls, des chiens-loups aux mâchoires puissantes.
Orfan est blessé au cours de la fuite. Aël active désespérément son don d’enchanteresse pour le ramener à la vie et le sauve in extremis. Après avoir mis tous leurs ennemis en déroute, les chevaliers et leurs alliés se réfugient au cœur de la forêt, dans une grotte qui n’est autre que celle où se cachèrent Mat et les parents d’Orfan après la défaite de Darmür. Ce refuge chargé d’histoire sera le lieu de l’adoubement des valeureux compagnons d’Orfan : Aël, Goulven et Wlad. Devenus sentinelle et chevaliers des Quatre-Vertus, ils promettent de consacrer leurs forces à la libération de Mennelmär et à la victoire du bien sur le mal.
Il faisait encore nuit sur Dannedebär, en Mennelmär. Les chevaliers Orfan, Aël et Wlad, accompagnés de l’écuyer Tarán, se faufilèrent dans les rues endormies de la ville. C’était l’heure grise où le jour ne parvient pas encore à chasser les ténèbres. L’heure aussi où les Oromores, qui faisaient leur ronde depuis le début de la nuit, baissaient la garde, juste avant l’arrivée de la relève. C’était le moment propice.
Orfan traversa la rue déserte en courant, sa mèche brune fouettant son visage, et se réfugia dans l’embrasure d’une porte cochère baignée d’ombre.
— La voie est libre ! chuchota-t-il aux autres qui attendaient son signal.
Aël, sa longue tresse volant dans son dos, Wlad, concentré et rapide, et Tarán, fonçant en une masse de muscles puissante, suivirent le même chemin. Ils étaient vêtus comme des chiffonniers, d’un large pantalon gris et d’une veste en gros drap rapiécé. Il y avait tant d’enfants ainsi accoutrés ces temps-ci, qui ramassaient des vieux chiffons dans la rue dans l’espoir de les revendre pour survivre, que les quatre compagnons pourraient passer facilement inaperçus. Ils poussèrent la lourde porte et entrèrent dans une cour étroite. Là, sous un auvent, une petite charrette à bras attendait, déjà chargée d’un baril caché sous une bâche. Les quatre compagnons s’en emparèrent, la tirèrent hors de la cour puis la poussèrent dans la rue comme s’ils allaient vendre leurs misérables trouvailles de chiffonniers. Ils arpentèrent ainsi plusieurs rues encore plongées dans le sommeil de la nuit avant de se retrouver nez à nez avec une épaisse et sombre muraille. Les Oromores, en effet, ces géantes créatures, bestiales et velues, qui avaient envahi le pays, avaient dressé des remparts tout autour de la ville de Dannedebär dans l’espoir de surveiller les bateaux en provenance du pays voisin de Brëanodor et d’empêcher toute attaque.
Orfan et ses compagnons déposèrent la charrette le long du mur et n’eurent que le temps de se cacher dans un renfoncement, sous un escalier de pierre. Deux Oromores en armes, tunique de cuir luisante et cheveux hirsutes, passèrent devant eux sans les voir, en traînant des pieds.
— Ils nous ont dépassés, dit Orfan en étouffant le son de sa voix. Nous avons exactement quatre minutes devant nous avant leur retour. Allons-y !
Tarán souleva vite la bâche de la charrette et prit le baril, puis tout le groupe monta l’escalier de pierre qui menait en haut des remparts. Ils débouchèrent sur une plateforme nue, traversée par un froid vent du large, et au milieu de laquelle trônait une masse sombre, allongée comme un énorme chien de garde.
— Le voilà ! chuchota Wlad en contenant difficilement son excitation.
— Chut ! fit Aël. Tu vas nous faire repérer.
Devant eux se dressait une énorme machine montée sur un socle de bois monumental. Un canon de dimension gigantesque pointait vers le large. Il était articulé au socle par un ingénieux système de roues crantées qui pouvaient en modifier l’inclinaison sur 180 degrés. Une arme redoutable, capable d’envoyer des boulets jusqu’aux côtes de Brëanodor… Orfan frémit en pensant à ses amis restés de l’autre côté de la mer des Courants.
— Quel engin… siffla Wlad aussi impressionné qu’admiratif.
— Plus pour longtemps, ricana Tarán.
— Allez ! ordonna calmement Orfan. On s’y met. Tarán, la poudre. Wlad, la mèche. Aël, tu fais le guet.
À son poignet, Orfan eut un regard pour le bracelet des Quatre-Vertus où brillaient les quatre pierres précieuses : l’émeraude pour la prudence, le diamant pour la justice, le saphir pour la tempérance et le rubis pour la force. Leur éclat vif et continu le rassura et l’encouragea à poursuivre son œuvre.
Tarán ouvrit d’un coup sec le baril qu’il tenait entre ses mains et en versa le contenu dans le fût du canon. Wlad disposa une mèche longue qui sortait de la pièce d’artillerie et la fit courir sur le sol sur une distance de deux ou trois mètres. Aël, après un coup d’œil complice à Orfan, se posta près du muret pour observer la rue en contrebas et surveiller le retour des Oromores. Pendant ce temps, Orfan prépara une touffe d’amadou et frappa à plusieurs reprises une molette métallique sur une pierre de silex. Une étincelle se produisit enfin et grésilla sur l’amadou. Orfan souffla dessus avec précaution et une petite flamme surgit.
— Ça y est ! Reculez tous ! dit Orfan.
Tandis qu’Aël, Wlad et Tarán se repliaient vers l’escalier, Orfan mit le feu à la longue mèche qui sortait du canon. Il s’efforçait de respirer régulièrement pour empêcher ses mains de trembler. Soudain, un crépitement se fit entendre. Orfan se redressa et fila à toutes jambes rejoindre ses amis dans l’escalier de pierre. Mais déjà, à l’extrémité nord de la rue qui serpentait au pied des remparts, les deux Oromores revenaient de leur pas lourd. Alors que ses compagnons allaient s’élancer pour dévaler l’escalier, Aël les arrêta d’un geste :
— Non ! Attention ! Les revoilà ! dit-elle à voix basse en se plaquant contre le mur.
Les autres en firent autant. Ils retenaient tous leur respiration. « Pourvu que les Oromores n’aient pas la mauvaise idée de monter sur les remparts… » songea Orfan dont le cœur battait la chamade. Mais immédiatement après, il pensa à la mèche qui grésillait dans le fût du canon. Dans quelques secondes, tout allait sauter ! Il ne leur restait presque plus de temps pour se mettre à l’abri. Il compta mentalement les secondes qu’il restait. 10, 9, 8, 7, 6… Enfin, les deux Oromores passèrent devant l’escalier sans les voir et poursuivirent leur ronde. Par chance pour Orfan et ses amis, ces créatures étaient peut-être d’une force redoutable, mais elles n’étaient pas très malignes. À toute vitesse, les quatre complices dégringolèrent les marches et s’élancèrent dans la rue qu’ils traversèrent précipitamment en abandonnant la charrette sur place.
C’est alors qu’ils entendirent une énorme déflagration qui rebondit sur tous les murs de la ville. Le sol fut ébranlé et beaucoup de vitres de maisons explosèrent. Le canon avait sauté ! Accroupis derrière un mur, les jeunes saboteurs en herbe échangèrent un regard de victoire. Les deux Oromores se mirent à courir lourdement en poussant des cris rauques. Orfan comprit que d’autres patrouilles allaient arriver bientôt. Il fallait filer d’ici, et en vitesse. Les quatre compagnons se précipitèrent dans une ruelle qui sentait le poisson avarié. Tout au fond, ils virent un escalier de bois qui montait en colimaçon. Ils l’empruntèrent sans prendre garde à la présence d’une vieille femme en chemise de nuit qui les regarda passer avec des yeux épouvantés. De là, ils gagnèrent le toit de l’édifice. Ils coururent sur les tuiles disjointes, longèrent une corniche, enjambèrent d’un seul bond un espace vide entre deux maisons, contournèrent une tourelle et débouchèrent, haletants, sur un toit en pente percé de petites fenêtres en chien-assis. Soudain, l’une d’elles s’ouvrit. Orfan se glissa à travers l’orifice, suivi par ses compagnons.
— Mission réussie ! s’écria-t-il en se laissant tomber sur un fauteuil percé.
— Nous l’avons entendu, dit en riant Loïs, son père. Bravo. C’est du beau travail.
— Voilà un canon qui ne tirera plus sur les bateaux de Brëanodor ! commenta Wlad, satisfait.
— Je suis bien contente pour nos amis pêcheurs, ajouta Aël, soulagée.
— Et plus rien ne nous empêchera de recevoir des armes et des réserves de nourriture de Brëanodor, conclut Tarán, le poing serré.
— Sortons de ce grenier poussiéreux, leur proposa Loïs, et allons raconter tout cela à Amaya. Elle est impatiente d’avoir de vos nouvelles.
Les jeunes gens descendirent derrière Loïs et s’installèrent dans la grande salle du rez-de-chaussée où un feu brûlait dans l’âtre. Sur la longue table en bois, Amaya avait disposé des miches de pain et du jambon, ainsi que de grands bols de lait chaud.
— Venez vous réchauffer et racontez-moi tout ! dit-elle joyeusement.
Une petite fille de 5 ans sauta sur les genoux d’Orfan.
— Thaïs ! Tu as bien dormi ? demanda-t-il en l’embrassant.
— Je vous ai entendus partir et je vous ai attendus. J’étais sûre que vous alliez réussir !
— Où sont les autres ? demanda Aël.
— Ils sont allés chercher du ravitaillement, dit Amaya en coupant de généreuses tranches de pain.
Loïs marchait de long en large dans la pièce. Il tapa du poing dans le creux de sa main en râlant :
— Ah ! Si seulement j’avais pu vous accompagner ! Croquignou, comme l’action me manque !
— À moi aussi, mon cher. Mais, tu sais bien que nous ne pouvons pas sortir. Nous serions tout de suite repérés et arrêtés, le tempéra Amaya. Et cette fois, ce ne serait pas la captivité pour nous, mais une exécution pure et simple.
— Depuis que nous nous sommes enfuis d’Armura, il y a six mois, le grand ministre Pagano est devenu comme fou, poursuivit Loïs, soucieux. Cet homme perfide n’est qu’un jouet entre les mains du roi Oromock, mais il a fait de notre pays une véritable prison. Et malheureusement, nous ne sommes pas les seuls à en souffrir. Toute la population vit dans la terreur, maintenant. Les Oromores règnent en maîtres sur la moindre rue, la moindre maison, le moindre buisson. J’ai bien peur que nous n’ayons fait qu’empirer la situation.
— Voyons ! Mat et les enfants ont bien fait de nous libérer. Regarde tout ce qui se passe du côté de la résistance ! Grâce à Mat, dans tout Mennelmär, des groupes se forment çà et là. Ils ne cessent de gêner les Oromores et de détruire leurs installations. Et regarde ce qu’ont fait nos jeunes chevaliers ce matin ! C’est formidable ! Un jour, nous vaincrons ! La lumière et le bien régneront à nouveau. Il faut le croire !
— Maman a raison, dit Orfan. Si on ne croit pas en la victoire de la lumière, on n’y arrivera jamais.
— Oui, répondit son père. J’ai foi en la victoire. J’espère seulement que ceux que j’aime n’auront pas trop à souffrir pour en payer le prix.
Vers la fin de la matinée, Goulven, le petit frère d’Orfan, et la belle écuyère Sultana firent leur apparition, suivis peu après par d’autres écuyers : Azrhel, Ilia et Dann. Tous les trois, avec Sultana, faisaient partie des jeunes gens rassemblés et formés par Mat pour préparer la résistance à Dannedebär ; ils avaient accueilli Orfan et ses compagnons à leur débarquement en Mennelmär. Arrivèrent aussi deux nouveaux venus du nom de Gweltaz et Bazán, anciens prisonniers évadés d’Armura qui avaient rejoint le groupe des écuyers. Ils étaient tous habillés comme leurs camarades, de vieux vêtements ayant perdu toute couleur, et revêtus de longues capes à capuche qui cachaient leurs visages. Chacun avait les bras chargés de sacs de toile qu’ils posèrent en vrac sur la table. Amaya les ouvrit un par un et en fit l’inventaire à voix basse :
— De la farine de seigle, des pois, des fèves. Ah, vous avez trouvé des œufs ! Bravo. Mais il n’y a pas plus de légumes ? Bon, tant pis, nous en ferons une soupe légère.
— C’est tout ce que nous pouvions obtenir avec nos tickets de nourriture, se défendit Sultana. Et encore, Dann a réussi à marchander un peu de lard contre un petit couteau de poche.
— Oh ! Merci Dann ! Tu n’aurais pas dû, dit Amaya, reconnaissante.
— Et comment était l’atmosphère en ville ? demanda Loïs, toujours curieux de connaître l’humeur des habitants.
— Les gens ne parlent pas, tu sais, expliqua Ilia en posant un gros potiron sur la table. Difficile de savoir ce qu’ils pensent. Chacun fait ses achats en vitesse et s’en va en courbant la tête. C’est à pleurer. Il y a des Oromores à chaque coin de rue. Ils nous fouillent avant et après le marché. Et aujourd’hui, nous avons eu de la chance, ils ne nous ont rien confisqué !
— Et en plus, Papa, c’est horrible, intervint Goulven. Nous avons vu des affiches avec vos têtes dessinées dessus, à Maman et à toi ! Avec une offre de récompense de 1 000 agyars par tête à celui qui vous livrera à la milice. J’ai voulu l’arracher, mais Sultana m’a empêché.
— Elle a bien fait. Tu aurais conduit les Oromores droit sur nous. Ma foi, tu aurais peut-être touché la récompense de 2000 agyars, répondit Loïs avec un rire malicieux.
Tous partirent d’un grand éclat de rire qui détendit immédiatement l’ambiance oppressante qui commençait à s’installer. Orfan couva Goulven d’un regard plein de tendresse et de reconnaissance, heureux de voir que son jeune frère gardait intacts sa naïveté et son humour enfantin. Tous, ici, en avaient bien besoin.
— Eh bien, soupira Amaya, nous ne sommes pas près de mettre le nez dehors, c’est un fait. Quant à vous, chevaliers et écuyers, continuez à prendre toutes les précautions nécessaires.
— C’est ce que nous faisons, Amaya, répondit Aël avec un peu de mauvaise humeur. Mais les pierres précieuses ne pourraient-elles pas nous aider plus ?
— Oui ! nous en rendant invisibles, par exemple, suggéra Goulven avec enthousiasme.
— Ou en nous donnant plus de pouvoir, renchérit Wlad. Je suis sûr que le rayon de lumière de plusieurs épées réunies pourrait détruire un canon ou tuer tout un régiment d’Oromores sur le coup. Pourquoi on ne s’en sert pas plus ? Avec elles, on pourrait écraser ces monstres en un rien de temps.
— Ce n’est pas à cela qu’elles servent, répondit fermement Loïs. En tout cas, pas de cette manière, et vous le savez fort bien.
— Elles sont là pour vous aider à grandir en vertu, pas pour semer la destruction, compléta Amaya. Elles ne vous donnent aucun pouvoir qui ne soit déjà présent en vous. Il faut vraiment que vous compreniez cela.
Orfan, jusque-là, était resté silencieux. Il faisait lentement tourner son bracelet en contemplant les unes après les autres les pierres scintillantes. Chacune lui rappelait un moment intense au cours duquel il avait dû se dépasser. Il avait furieusement conscience, à cet instant précis, qu’il n’était plus le même garçon que lorsqu’il avait reçu ce bracelet, un an auparavant. Il avait tellement changé… Aël, Goulven et Wlad avaient également changé depuis leur adoubement, après la bataille d’Armura. Quant aux écuyers, ils se préparaient avec sérieux à prononcer un jour, eux aussi, ce serment solennel. Orfan prit alors la parole :
— Dites-nous en plus sur ces pierres, celles de mon bracelet et celles de nos épées. D’où viennent-elles ? De quoi sont-elles faites ?
Loïs consulta Amaya du regard et répondit :
— Connaître l’origine des pierres constitue une étape importante de votre engagement de chevaliers. Celle de détenteurs du secret des pierres… Amaya et moi déciderons bientôt si vous êtes prêts à franchir cette étape et s’il est utile de le faire. Maintenant, à vos entraînements ! Tous dehors !
Les jeunes gens quittèrent la pièce chaude à regret et sortirent dans la cour au petit trot pour leurs exercices matinaux. Wlad faisait un peu la tête, déçu de la réponse que lui avait donnée Loïs à propos des pierres. Orfan l’observait du coin de l’œil et fut surpris de voir Tarán se rapprocher du garçon. Il l’entendit lui dire à voix basse :
— Frustrant, cette histoire de pierres ! Quand tu en sauras plus, viens m’en parler. Il y a sûrement quelque chose à faire…
À quoi songeait Tarán ? Orfan sentit l’inquiétude l’envahir.
Quelques jours plus tard, ou plutôt quelques nuits, Orfan fut réveillé par une main qui lui secouait l’épaule. Il se leva en clignant des yeux et put distinguer le visage de sa mère, éclairé par un rayon de lune. Dans le dortoir des garçons, à côté de lui, Goulven et Wlad se levaient aussi, réveillés par Loïs. Ils enfilèrent rapidement et sans bruit leurs vêtements et sortirent de la chambre, laissant derrière eux les écuyers endormis. Sur le palier de l’étage, ils retrouvèrent Aël habillée, les cheveux emmêlés tombant sur ses épaules et les yeux encore pleins de sommeil.
— Que se passe-t-il ? questionna Orfan, intrigué.
— Chut ! fit Amaya avec un air de conspiratrice. Venez.
Les jeunes chevaliers suivirent Loïs et Amaya dans l’escalier, puis dans la grande salle où un feu avait été allumé dans la cheminée. Il y faisait bon. Des chaises avaient été disposées en demi-cercle devant le feu. Loïs fit signe aux quatre jeunes de s’y asseoir. Orfan remarqua que leurs quatre épées reposaient à plat sur la margelle de la cheminée. Les flammes faisaient chatoyer les couleurs des quatre pierres précieuses scellées dans leurs pommeaux. Tout cela lui sembla bien mystérieux.
Loïs remit une grosse bûche dans le feu qui fit des étincelles, puis se carra dans un fauteuil. Amaya s’installa dans un autre, en face de son mari, près de l’immense cheminée. Les quatre chevaliers prirent place sur les chaises, prêts à écouter les paroles de leurs aînés. Loïs commença d’une voix grave :
— Amaya et moi avons décidé que vous étiez prêts à franchir une nouvelle étape dans votre progression de chevaliers. Vous voilà désormais bien engagés dans les actions de résistance. Bientôt, vous allez sans doute devoir prendre de plus grandes responsabilités. Nous allons vous révéler l’histoire des pierres… Cette histoire est très ancienne. Orfan, demanda Loïs en se tournant vers son fils aîné, je ne sais pas ce que t’en a déjà dit Mat ; que connais-tu des pierres ?
— Je sais qu’elles étaient scellées sur les pommeaux des épées des anciens chevaliers depuis le temps d’Enor le Grand, le premier roi de la dynastie Arzhur, au Ve siècle de l’ère des Hommes libres, récita Orfan. Et aussi qu’elles perdirent tout pouvoir à la bataille de Darmür qui vit la défaite des derniers chevaliers, il y a huit ans. Elles ont retrouvé leur éclat grâce au bracelet que Mat m’a donné et elles brillent à nouveau sur les épées depuis notre adoubement à tous les quatre.
— C’est exact, mon fils. Et en tant que premiers représentants de la nouvelle chevalerie, vous devez connaître leur origine. Leur histoire remonte encore plus loin. Elle plonge ses racines dans les temps immémoriaux, bien avant le temps du roi Enor le Grand.
— Raconte-nous, Papa ! s’écria Goulven, les yeux brillants d’excitation. Raconte-nous l’histoire des pierres !
— L’histoire des pierres se mêle à l’histoire des hommes, poursuivit Loïs, le regard perdu dans les flammes dansantes du feu. À l’origine, la terre était peuplée de différentes espèces barbares et sauvages qui ne cessaient de se faire la guerre. D’autres espèces plus petites, composées d’êtres inoffensifs et délicats, occupaient les lieux cachés. Une autre encore s’organisa en société et produisit des objets, des idées et de l’art. Elle apparut plus intelligente et plus organisée que les autres, c’était celle des Hommes. Un jour, il y eut une grande bataille entre les Hommes et les créatures barbares. Elle dura un mois entier et ce furent les Hommes qui remportèrent la victoire. Commença alors une ère de progrès où l’Homme se mit à dominer la terre et à l’organiser. Ce temps fut appelé l’ère des Hommes libres. Les Barbares restaient à peu près tranquilles sur les territoires qui leur avaient été attribués. Les Hommes vivaient en clans dans une relative harmonie avec les autres espèces paisibles.
— À quoi ressemblaient ces espèces ? demanda Goulven, intéressé par tout ce qui ressemble à un petit animal à poils ou à plumes. Est-ce qu’elles existent toujours ?
— La plupart existent toujours, mais elles se cachent. Elles vivent soit sous terre, soit à l’abri des forêts ou encore au fond des lacs. Ce sont des êtres de petite taille qui se sont tellement adaptés à leur environnement qu’ils ont acquis des caractéristiques particulières, comme voir dans le noir, vivre dans les arbres ou respirer sous l’eau.
— Oh ! Ils doivent être trop chou ! s’exclama Goulven attendri. Je voudrais tellement en voir ! Tu en as déjà vu, toi, Papa ?
— Oui. J’ai rencontré des nains dans les montagnes du Nord. Il n’y en a plus beaucoup. On les appelle les Dômdus. Je sais qu’il existe un petit peuple des forêts qu’on appelle les Tétitacs, mais je n’en ai jamais vu. Et je crois que ta mère a côtoyé des Sylènes dans sa jeunesse.
— Oui, j’ai grandi dans une région de lacs, dans le sud de Mennelmär. Parfois, quand l’eau était très transparente, les jours où le soleil succède à la pluie, on pouvait apercevoir des Sylènes nager près de la surface.
— À quoi ressemblent-elles ? interrogea Aël, les yeux brillants.
— On aurait dit de longues plantes bleutées aux formes de femme, souples et gracieuses, avec deux longues nageoires, comme deux voiles transparents sur leurs côtés, et une tête coiffée de longs cheveux argentés. Leurs yeux sont de la même couleur. Ils sont si lumineux qu’ils éclairent le fond des lacs. C’est pourquoi les eaux qui contiennent des Sylènes ont une couleur turquoise très reconnaissable. Ces lacs sont aussi réputés pour leur calme. Ce sont les Sylènes qui agissent ainsi : là où elles sont, elles apportent la paix et la sérénité.
— C’est vrai, les Sylènes ne font aucun mal, confirma Loïs. Mais nous les connaissons très peu. Elles ne communiquent pas beaucoup avec les Hommes. En revanche, pour en revenir à notre histoire, il est un peuple, en particulier, qui se mit à entretenir des relations étroites avec les Hommes : les Dômdus. Ils découvrirent dans leurs montagnes des pierres translucides aux couleurs flamboyantes. Ils se mirent à adorer ces richesses et à vouloir en posséder le plus possible. Puis ils se rendirent compte qu’elles pourraient leur être utiles. Comme ces pierres plaisaient aussi aux Hommes, ils décidèrent de les exploiter dans une mine souterraine gigantesque et de les échanger avec les Hommes pour obtenir leur protection contre les peuples barbares. Ces pierres suscitèrent vite la convoitise de beaucoup parmi les Hommes. Certains étaient prêts à se battre et même à tuer pour en avoir. Il commença à y avoir des guerres entre les humains.
En l’an V de cette ère, un chef de clan se distingua par sa sagesse et son intelligence. Il s’appelait Enor. D’un commun accord avec les chefs des autres clans, Enor fut élu roi des Hommes libres. Il voulait lutter contre cette fièvre de la possession qui obscurcissait les cœurs. Il rassembla ses meilleurs guerriers pour fonder un ordre de chevaliers qui défendrait le bien et la justice : l’ordre des chevaliers des Quatre-Vertus.
— Dont nous sommes les héritiers, ajouta Orfan en caressant son bracelet d’argent où les quatre pierres scintillaient doucement. Mais comment découvrirent-ils le pouvoir des pierres ?
Ce fut Amaya qui poursuivit le récit de sa voix douce et claire.
— Enor, avec son armée de chevaliers, assurait donc la protection des Dômdus, en échange de quoi ceux-ci lui fournissaient des pierres. Enor ne voulait pas que les pierres soient source de division, mais instruments du bien pour les Hommes. Il déclara que celui qui les portait ne devait pas être du côté de l’ombre mais du côté de la lumière. Un jour, en prévision d’une bataille qui s’annonçait difficile contre une horde barbare, celle des Osgors, ancêtres des Oromores, Enor remit à ses chevaliers des pierres précieuses destinées à leur donner du courage. Ce jour-là, la bravoure des chevaliers fut sans égale. Et quelle ne fut pas leur surprise de constater qu’à chaque acte de courage ou de sagesse, de justice ou de clémence, leurs pierres se mettaient à briller plus fort ! Les Osgors furent vaincus et chassés plus au sud, au-delà des montagnes noires. Et cette grande bataille fut connue sous le nom de « paix d’Enor ».
Un profond silence régnait dans la grande salle de la maison des Écuyers du Nord. Seul le feu faisait entendre son doux chuintement. Orfan, Aël, Wlad et Goulven écoutaient avec dévotion l’histoire de leur ordre antique.
— Voilà le secret des pierres : elles n’ont aucun pouvoir à elles seules. Mais entre les mains des chevaliers d’Enor le Grand, elles ont acquis une puissance surnaturelle, celle de briller pour révéler l’intensité des vertus de la personne qui les porte.
— Pourtant, objecta Wlad, à la forteresse d’Armura, les pierres du bracelet ont fait exploser la porte en fer et mis par terre les Oromores.
— C’est juste, admit Loïs. Mais parce que vous avez posé vos mains les unes sur les autres, tous les quatre, et conjugué vos forces. Ce n’est pas la force des pierres qui a détruit la porte, c’est celle de vos vertus. Les pierres ont absorbé vos énergies intérieures, les ont fusionnées et les ont matérialisées en un rayon puissant. Elles agissent comme un catalyseur. C’est là que se situe leur pouvoir.
— Alors, pourquoi ne nous servons-nous pas de ce pouvoir ? Je suis sûr qu’avec plus de pierres, on pourrait catalyser notre énergie de façon encore plus puissante ! ajouta Wlad d’un air exalté.
— Attends, le coupa Orfan, intrigué. Dans ce cas, pourquoi les pierres ont-elles cessé de briller après la défaite de Darmür ?
— Les chevaliers ont cessé de s’appuyer sur les vertus pour combattre. Devant la puissance de l’armée Oromore, ils se sont découragés.
— Mais enfin, pourquoi ? s’insurgea Orfan.
— Ils n’ont pas cru que la victoire de la lumière était possible. Ils n’ont pas compris que celui qui sert le bien est toujours victorieux, même s’il doit passer par des moments obscurs et des échecs apparents. Ils ont perdu leur foi…
— Alors, si on n’y croit pas, les pierres ne brillent pas… conclut Orfan, pensif.
— Oui, approuva Loïs, en baissant la tête. À Darmür, quand les chevaliers ont cessé de croire qu’une lumière, si petite soit-elle, pouvait repousser les ténèbres, que le bien pouvait encore l’emporter sur le mal, les pierres n’ont plus eu aucun pouvoir.
Personne n’osait rompre le silence recueilli qui suivit ces révélations. Dans le couloir, un léger craquement retentit. « C’est le bois qui gonfle », se dit simplement Orfan. Personne ne se rendit compte qu’une ombre se tenait derrière la porte depuis quelques minutes. Tarán – car c’était lui –, le plus âgé des écuyers, avait suivi les trois chevaliers lorsqu’ils étaient sortis du dortoir. Il en savait désormais aussi long qu’eux sur le secret des pierres… Dans la grande pièce, la petite voix de Goulven s’éleva :
— Mais, sait-on où se trouve cette mine de pierres précieuses ?
— Depuis la bataille de Darmür et l’invasion des Oromores, l’emplacement des pierres est tenu secret, de peur que les Oromores ne cherchent à se les approprier et à en détourner le pouvoir à leur profit. Cela serait catastrophique ! Un sortilège en cache l’endroit et personne n’est autorisé à s’y rendre. Seule la sentinelle Lalibella, rescapée avec nous de cette effroyable bataille, peut en lever le sort. Elle seule connaît le sortilège qui ferme et ouvre la mine.
— Ah bon ? Mais les pierres ne sont-elles pas dans les mines du Grand Nord où les Oromores envoient leurs prisonniers ? demanda Aël, étonnée. Je croyais qu’ils les emmenaient là-bas en esclavage pour extraire des pierres précieuses, justement. J’imaginais que c’était ce que faisaient mes parents depuis leur enlèvement…
— Non, ma chère Aël, les pierres ne sont pas dans les mines du Grand Nord, répondit Amaya. Les Oromores cherchent depuis longtemps l’emplacement de ces pierres et ils croient dur comme fer qu’elles se trouvent là-bas. Pourtant, ils n’y ont pas trouvé la moindre pierre précieuse. Non, les pierres sont ailleurs…
Amaya hésita à poursuivre. Elle retint ses paroles en remarquant une lueur étrange dans le regard de Wlad. Le jeune chevalier s’anima soudain :
— Maintenant que les pierres ont retrouvé leur pouvoir et qu’une nouvelle chevalerie est en train de voir le jour, ne croyez-vous pas qu’il faudrait aller chercher de nouvelles pierres ? Celles des anciennes épées de Darmür, abandonnées par les anciens chevaliers, ne sauraient suffire.
Loïs et Amaya échangèrent un bref regard où passa une ombre de crainte. Si la sentinelle hésitait encore à en dire plus sur l’emplacement de la mine, désormais sa décision était prise : elle ne révélerait pas ce qu’elle savait… Amaya répondit :
— Je ne crois pas que cela soit nécessaire pour l’instant.
Elle ignorait que quelqu’un d’autre, placé derrière elle, avait tout entendu… Tarán était toujours là, derrière la porte, caché dans l’obscurité du couloir. Une lueur fauve et terrifiante passa dans ses yeux grands ouverts. Mais personne ne s’en aperçut…
Le canon détruit, Orfan espérait qu’il serait plus facile pour les bateaux en provenance de Brëanodor d’approcher de Dannedebär. Il attendait une livraison importante qui devait arriver d’un jour à l’autre. Depuis quelques nuits déjà, les chevaliers et écuyers faisaient le guet, chacun leur tour, sur une petite plage de galets, lieu du rendez-vous, à quelques kilomètres de la ville. Ils savaient comment passer les remparts à un endroit moins bien gardé où ils avaient repéré une brèche. En déplaçant quelques pierres habilement descellées à l’avance, ils pouvaient se glisser à travers la muraille et disparaître dans les champs en quelques secondes.
Toutes ces actions menées dans la clandestinité, au nez et à la barbe des Oromores, plaisaient énormément à Orfan. Il se sentait utile. Il avait enfin l’impression de réaliser quelque chose pour son pays et de mettre en œuvre les vertus si patiemment acquises. Pourtant, ce soir-là, alors qu’Orfan était de garde sur la plage, il se sentait encore comme un jeune chien, maladroit et pressé, tremblant de crainte et d’excitation. Il regarda son bracelet et vit que les pierres brillaient. Les quatre vertus étaient donc actives en lui à cet instant : la justice car il prenait son tour de garde, comme chacun ; la force car il ne fallait pas manquer de courage pour se trouver seul, la nuit, en opération clandestine ; la prudence car il devait bien réfléchir à chacun de ses actes ; la tempérance car aucun excès n’était permis pour ne pas se mettre en danger. Orfan devait l’admettre, les vertus grandissaient en lui petit à petit.
Tout à coup, dans la nuit d’encre, il aperçut au large une brève lumière qui clignota deux fois. C’était le signal attendu ! Enfin, le bateau arrivait ! Seul dans la nuit froide, tandis qu’il essayait de discerner la silhouette du navire dans le brouillard obscur, Orfan sentit monter en lui une pointe d’anxiété. Il avait le trac ! Il passa ses doigts sur son bracelet et y sentit le contact lisse des pierres. Cela le rassura.
Se souvenant de ce qu’il avait à faire, Orfan alluma une petite lampe à pétrole et en cacha la flamme par deux fois avec une étoffe pour répondre au signal. Bientôt, sur l’eau, il vit de nouveau la lumière clignoter deux fois, en réponse à la sienne. Les marins de Brëanodor étaient au rendez-vous.
